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Pierre Citerne, dégustateur

Pour qui ambitionne d’aimer le vin, la dégustation à l’aveugle offre la possibilité d’un dialogue intime avec lui, mais aussi avec soi-même, une introspection. C’est une indispensable école d’humilité, un antidote précieux au magistère pédant de certains « professionnels » de l’hôtellerie ou de la critique, qui dispensent leur science d’en haut, sans jamais se prêter à ce difficile jeu de l’aveugle où ils auraient tant à perdre et si peu à gagner.

Cette phrase forme la conclusion d’un article signé par Pierre Citerne (PC) dans La Revue du Vin de France de ce mois de septembre 2020. Cet article relate de façon très ouverte comment PC a vécu sa participation au concours « Cata por Parejas » organisé à Barcelone au début du mois de mars (juste avant le moment fatidique après lequel plus rien ne fût possible).

Dégustation par paires, donc. PC fait la paire avec Brunnhilde Claux, vigneronne en Minervois. Une phase éliminatoire en 7 vins. Une phase finale, accessible aux dix meilleures paires, en 7 vins.

14 obstacles à franchir entre l’importance de participer au concours et le triomphe pour la paire victorieuse.

PC et Brunnhilde vont se qualifier brillamment pour la finale en se frayant un chemin entre Champagne et Jerez, Condrieu du Domaine Vernay et riesling spätlese de la Moselle, Priorat catalan et Ribera del Duero castillan pour finir par un Montilla-Moriles andalou (millésime 1929). Six fois sur sept, ils goûtent juste ! Du moins pour reconnaître l’appellation. Chapeau !

Autant les vins sélectionnés pour la phase éliminatoire sont susceptibles d’être reconnus, autant ceux proposés en finale condamnent même les meilleurs à se fracasser sur les limites de leur talent et de leur mémoire.

Jugez-en par vous-même: Franciacorta de style champenois, mais malgré tout lombard. Puis s’enchaînent un Cava, un muscat espagnol de la région d’Alicante, un vin de cépage listan en provenance des Îles Canaries, un Corton-Bressandes, un Rioja en macération carbonique et un vin …chinois (produit par LVMH).

On regrettera que les vins proposés avantagent manifestement les dégustateurs espagnols, dont on peut supposer qu’ils connaissent bien les vins élaborés dans leur propre pays. 8 vins espagnols sur un total de 14, ça fait désordre. Autant savoir que l’organisateur est un acteur commercial de premier plan, basé à Barcelone. Le concours est un outil de marketing comme un autre.

La paire victorieuse est -qui l’eût cru- de nationalité espagnole.

les Açores: la pierre volcanique, l’océan et la vigne

Tout cela me replonge en hier soir, lorsque nous dégustâmes à l’aveugle 12 vins dont il finit par s’avérer qu’ils étaient tous originaires …des Açores. Une très belle sélection, en particulier les blancs secs: toniques, digestes et concentrés. Un Portugal de l’extrême ouest, encore très peu connu.

Je conserve en particulier le souvenir d’un 2018 issu du cépage terrantez do pico, salin, précis, caillouteux, très long et m’évoquant irrésistiblement le Chablis (Grand Cru).

1.667 bouteilles produites. Alcool: 12,5%. Grand vin. Anthocyane ne le vend pas.

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L’Espagne, c’est maintenant !

Il reste de la place pour participer à la dégustation de ce samedi 22 août, pendant l’après-midi.

Programme

Aspects pratiques

Inscription via https://doodle.com/poll/6sm2esksy2z4b7cd.

Vous pouvez vous inscrire jusqu’à samedi, juste avant de venir.

Les commandes doivent me parvenir au plus tard le mardi 25 août.

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accord mets & vins dégustation restaurants

1 dîner, 4 services, 17 vins (première partie)

Gloups.

Cher Monsieur, que lis-je dans ce titre ? Ne serait-ce point exagéré, voire excessif ? Est-ce bien raisonnable ? Plaidez-vous coupable ?

C’est-à-dire, Votre Honneur, que, comment dire, ça s’est passé à l’insu de notre plein gré. C’était un piège et nous sommes tombés dedans, par la faute de notre naïveté. Gambadant par le plus grand hasard dans la belle ville de Saint-Trond, nous avons été comme qui dirait sauvagement happés par un estaminet local. Lequel estaminet s’est avéré extrêmement bien achalandé en victuailles savoureuses et en boissons propres à susciter une douce ivresse. Faisant alors fi d’une modération qui, de temps à autre, commence d’ailleurs à me les briser menu, nous fûmes les victimes, à peine consentantes, d’un dîner-dégustation sobrement titré 4*4, puisque chaque plat s’est avéré accompagné par non moins de 4 vins. En n’oubliant pas l’apéro, le compte est bon: 4 services, 17 vins.

Nous étions donc ce lundi soir chez Paul, Andrea et Aurélie au Gastrobar 3 Sense, à 3803 Wilderen.

Nous avons demandé et obtenu un crachoir. Cela peut paraître incongru, voire peu compatible avec la notion de dîner-dégustation, mais goûter 17 fois de suite impose des mesures fortes, sous peine de ne plus distinguer un Beaujolais nouveau d’un Madiran pur tannat. Pour paraphraser le jargon administratif fédéral, il est fortement recommandé de faire preuve de bon sens.

L’apéro et les deux premiers accords

Apéro: Corpinnat Gramona Brut Impérial Gran Reserva 2014 (Catalogne). D’aucuns seraient tentés d’affubler ce vin du titre guère flatteur de Cava. Que non, puisqu’il s’agit ici de privilégier des raisins de haute maturité et un long élevage sur lattes (48 mois). Corpinnat, c’est en quelque sorte ce que Cava devrait être. Le style du vin est riche, crémeux et légèrement fermentaire. La bulle est élégante, douce et fondante. Belle longueur. C’est classique et plutôt consensuel. Dosage: 8 grammes. Alcool: 12%. Biodynamie. Assemblage classique: chardonnay, xarel.lo, parellada et macabeu. Il me manque néanmoins la tension minérale et le « punch ». Servir bien frais. C’était accompagné d’un petit gaspacho à l’huile de chorizo et d’une bouchée pommes de terre, anguille fumée, pomme verte.

1er service: albariño 2019 (Galice), en 4 interprétations presque’aussi magistrales l’une que l’autre. Leirana, du Domaine Forjas del Salnès, confirme qu’il est une entrée de gamme d’un très haut niveau: le nez peut sembler un peu discret, mais la bouche est d’une remarquable fraîcheur, d’une énergique tonicité. Pazo de Señorans a pour lui la notoriété et un nez explosif. La bouche m’a semblé par contre un peu en retrait: au milieu des franches acidités de ses trois concurrents, celui-ci paraît moins « éveillé ». Disons qu’il veut être copain avec tout le monde et que cela peut nuire à l’expression d’une personnalité bien à lui.

Cies est un riesling du Palatinat. Meuh non, c’est une cuvée 100% albariño de Forjas del Salnès, mais le tranchant et l’aromatique évoquent irrésistiblement la tension teutonique. Minéral, sans la petite touche exotique (ananas) caractéristique du cépage. Extrême et donc sans doute susceptible de dérouter. L’antithèse du blanc méditerranéen, un vrai vin atlantique. Quand on a appris à apprécier Leirana, il est temps de s’attaquer à Cies. Ne tentez pas le chemin inverse; enfin, vous faites comme il vous plaît. On finit avec Finca Genoveva, le haut-de-gamme de Forjas del Salnès, sous la forme d’un échantillon non-filtré, avant mise en bouteilles. C’est difficile à évaluer, mais deux qualités semblent évidentes: la concentration et la fraîcheur. Vigne pré-phylloxérique, âgée de +/- 160 ans. Production limitée à 1.800 bouteilles.

Votre serviteur, quelques albariño et toute la concentration dont je suis capable…

Le plat: gravad lax, betterave, raifort. Le gras du poisson coupé net par l’acidité des albariño: beau plat, bel accord !

Bilan: +++

Leirana 2019 (€ 16,50) participe à la dégustation du samedi 22 août. Il peut être commandé dans le magasin dès à présent. Cies 2019 (€ 19) est disponible sur demande, commande à recevoir au plus tard le mardi 25 août.

2ème service: La Vizcaina, Bierzo, mencia 2017 (Castille, aux frontières de la Galice). Une opportunité de goûter en parallèle 4 vins issus de la même appellation, élaborés avec le même cépage, issus du même millésime et vinifiés par le même vigneron, le redoutable Raùl Perez. Un pas plus loin encore: le vigneron traite les 4 récoltes de la même façon: vendange entière, vinification en foudres, élevage d’un an en barriques. Seule différence: la parcelle, pardi ! L’approche est très inspirée par la Bourgogne: le lieu-dit, sa géologie et son orientation. Une ode à la subtilité. Allons-y.

Las Gundiñas est en orientation ouest. C’est le vin qui devrait être le plus accessible dans sa jeunesse. Je repère du cacao et de la cerise, une structure tannique assez ferme, une pointe d’amertume qui ne sera peut-être pas appréciée par tous. Ensuite, voici La Poulosa, en orientation sud. Il me paraît franchement plus accessible que le précédent. Nez terreux et métallique. La bouche est juteuse, plus aimable, avec des tannins plus discrets. Pas tout-à-fait mon goût personnel, mais assez séduisant. El Rapolao est en orientation nord et ouest. Très majoritairement mencia, mais également d’autres cépages locaux: tintorera, souson, bastardo, le tout en complantation. C’est un monument à prendre avec quelques pincettes. Vin complexe, sérieux, très intense, avec ce que l’on pourrait qualifier de « végétal noble ». Sincèrement, ce n’est pas pour tout le monde. Si votre goût vous porte vers la rondeur joyeuse, vous pourriez être décontenancé. Vin de garde, à ouvrir dans 5 ans ou plus. La théorie affirme que la mencia évoque une combinaison entre pinot noir et syrah, mais je persiste à y trouver du cabernet franc. Enfin, La Vitoriana est une parcelle en orientation nord. Les plus vieilles vignes. C’est lactique, un peu animal, avec de la cerise, de l’encre, de l’encens, …Structure tannique exceptionnelle, comme si l’on mordait dans la Grande Muraille de Chine. Gros potentiel. Infanticide patenté. Doit absolument être caché au fond de la cave pour n’en ressortir que dans 10 ans.

Le plat: risotto, espadon, asperge verte. Excellent poisson, assaisonnement un peu fade. L’accord est une tentative courageuse, mais je crains que les vins n’ont même pas remarqué la présence du plat.

Bilan: +++

El Rapolao 2017 (€ 24) peut être commandé dans le magasin dès à présent. Les trois autres cuvées sont disponibles sur demande, commande à recevoir au plus tard le mardi 25 août. Le prix des 4 vins est identique.

La deuxième partie s’attachera, ô surprise, aux 3ème et 4ème services. On y abordera Priorat et Rioja, par la face sud.

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blanc dégustation offre rouge

Espagne: les yeux plus grands que le ventre ?

J’ai manifestement eu du mal à choisir. Docteur, est-ce pathologique ?

J’aurais pu me contenter de la dizaine de vins qui participent à la dégustation du samedi 22 août. Mais non.

Comment résister à ce que proposent les meilleurs vignerons de Galice, de Catalogne, de Castille et d’ailleurs ? La diversité des styles est fascinante ! Il y a du franchement « sud » et du franchement « nord »: le nord-ouest de l’Espagne ressemble d’ailleurs bien plus à l’Irlande qu’à une costa méditerranéenne !

Il y a bien sûr du rouge, mais les vins blancs sont aujourd’hui du même niveau: en Catalogne, en Galice, en Andalousie, du côté de Valence les vins blancs de grande qualité pullulent. A vrai dire, je ne sais pas si un vin est susceptible de pulluler, mais vous voyez ce que je veux dire…

Vous recherchez un rouge qui puisse se comparer positivement avec bien des Châteauneuf-du-Pape ? Tentez Bellmunt, un Priorat abordable et diantrement réussi. Un blanc de la nouvelle génération, élevage en amphores et macération ? Essayez Cullerot: ce n’est pas un vin orange, mais on s’en rapproche. Des blancs dont la fraîcheur septentrionale vous esbaudirait ? Sans hésitation, Leirana (cépage albariño) et Louro (cépage godello), belle comparaison sur le millésime 2019.

Un rosé ? Oh oui, même si c’est plutôt un clarete, entre rosé et rouge: Paramos de Nicosia.

Vous aimez le sauvignon et découvrir de nouveaux cépages ? Je suggère le verdejo de José Pariente. Un Rioja moderne ? Jetez-vous sur Sela !

Des prix bien serrés, sans concession sur la qualité ? Salbide et l’andalou Dos Claveles sont proposés à € 10. Ou encore Vermell, un « rouge de rouge », puisque élaboré avec l’alicante bouschet, l’un des seuls raisins à jus rouge.

Un cépage rouge local qui ferait l’unanimité (du moins quand il est confié à des vignerons de talent) ? La mencia de Maquina & Tabla Laderas de Leonila, celle de Raul Perez: Ultreia Saint-Jacques et celle de la Vizcaina (autre projet du serial vigneron Raul Perez): El Rapolao.

Un grenache comme on en fait peu en France ? Vieilles vignes, haute altitude, bas rendements, maturité et finesse de El Terroir, chez Lupier en Navarre. Vin multi-récompensé par la presse spécialisée.

Des vins bio de la région de Valence, zone naguère peu portée sur la qualité: les choses changent grâce au Celler del Roure mais aussi grâce au Domaine Mustiguillo qui propose Mestizaje rouge et Mestizaje blanc.

Un blanc catalan, issu de vignes quinqua- et sexagénaires, d’excellent rapport Q/P ? Jetez un œil sur 3 Macabeus, du Domaine Albet i Noya, un des pionniers du bio en Europe.

Une originalité castillane, pas loin de chez Don Quichotte, élaboré par un quatuor d’œnologues volants, dans l’esprit du vin nature ? Albahra ne porte pas la moindre appellation, pas vraiment un millésime, mais cela ne le rend pas moins bon !

Enfin, un liquide élaboré dans le même esprit que le vin de qualité, mais où le raisin fait place à …l’olive. Le Domaine Roda produit dans les Îles Baléares une huile d’olive d’exception, 100% « cépage » arbequina, issue de la récolte 2019. Acidité très faible. C’est Aubocassa.

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dégustation domaine rouge

Haro Roda Sela

Je vous rassure, le titre de cet article n’est pas une incantation de magie noire. C’est juste pour faire de l’impact. Clarification suit.

La petite ville de Haro est un endroit assez étonnant, entre Castille et Pays Basque, nichée sur les rives de l’Ebre et traversée par une voie de chemin de fer. Le quartier où je vous emmène s’appelle d’ailleurs Barrio de la Estacion.

Trois Domaines de grand prestige sont installés l’un à côté de l’autre, comme s’ils souhaitaient faciliter les comparaisons entre eux: Lopez de Heredia, La Rioja Alta et Roda portent, chacun à sa façon, un large pan de l’histoire et de l’avenir des vins de la Rioja.

Plus fort, en marchant cinq bonnes minutes, on peut encore rejoindre CVNE, Muga, Gomez Crusado et Bilbainas, autres Domaines à forte notoriété. Imaginez le cruel dilemme que doit résoudre l’amateur qui sait qu’il ne pourra pas tout goûter…

Haro, Capital del Rioja …on ne peut mieux résumer !

Une telle concentration de Domaines est rare, pour ne pas dire unique. Il fût un temps phylloxérique (à partir de 1877) pendant lequel le chemin de fer a joué un rôle essentiel dans le transport des vins de la Rioja vers Bordeaux. Les vignes bordelaises ravagées par la bestiole, la solution a été d’importer des vins d’un type relativement comparable, d’une belle qualité et capables de voyager facilement: voilà comment la gare et le chemin de fer vers la France ont indéniablement contribué à la prospérité de Haro.

Une preuve ? Haro a été la première municipalité espagnole à se doter de l’éclairage public électrique, à la fin du XIXème siècle. Un luxe à cette époque. Transformer le vin en lumière, je trouve ça assez poétique !

Roda est, contrairement à ses confrères cités plus haut, un Domaine plutôt jeune, puisqu’il a été créé de toutes pièces en 1987. Il s’est rendu rapidement célèbre en secouant une certaine indolence, voire un sommeil certain: du sang neuf dans la région !

Roda a été un modernisateur de la Rioja, à l’instar des modernistes en Barolo (Elio Altare, Renato Ratti, …). Cette vision est complémentaire à celle des meilleurs traditionalistes, comme Lopez de Heredia et La Rioja Alta.

La cuvée Sela est récente: le premier millésime a été élaboré en 2008. Sela, c’est en quelque sorte le P’tit Roda, celui qui peut se boire dès sa sortie sur le marché et sans avoir dû plonger profondément dans son portefeuille.

Vignes plutôt jeunes (tout est relatif: de 15 à 30 ans), utilisation proportionnelle de la barrique. Moins d’élevage que ses grands frères Roda Reserva et Roda I Reserva. Cela dit, le millésime 2017 n’est sorti que récemment, le vin repose longuement en bouteilles dans les caves de Roda, après passage de 12 mois en barriques de différents âges.

Roda, Rioja, Sela 2017: magasin

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dégustation rouge

La mencia de Bierzo

Bierzo à gauche, Bierzo à droite… tout est dans la nuance !

Voici un cépage fortement local et une appellation de plus en plus médiatisée. Nous sommes aux confins de la Castille Y Leon et de la Galice, côté castillan. Le nord-ouest de l’Espagne, loin des flux touristiques et des plages méditerranéennes. En zone verte du point de vue du SPF Affaires Etrangères, du moins à l’heure à laquelle j’ai vérifié…

Je me plonge à l’instant dans un ouvrage certes recommandable, mais publié lors d’un siècle révolu. Donc, en 1998, Hugh Johnson écrit: El Bierzo, région du nord de Leon, délimitée en 1990. Voilà, c’est tout. Quant au cépage mencia, entre malbec et merlot, il n’y a rien, nada. Un peu plus récemment (guide publié en 2005), José Peñin indique que Bierzo compte 45 Domaines, pour une production de 50.000 hectolitres de vin, destinée à 94% à une consommation locale, hispano-espagnole. Bref, pas de quoi fouetter un gato.

Le temps s’écoule. J’en reviens à des lectures contemporaines. En 2020, le même José Peñin compte 77 Domaines en Bierzo, plus de 80.000 hectolitres produits et surtout 37% de vins exportés. Les exportations ont donc été multipliées par 10 en quinze ans. Hugh Johnson écrit à présent: Bierzo, mencia grapes on slate soil make crunchy Pinot-like red. Best sites are high altitude, made without much oak. Styles/quality are uneven. Best advice: follow the producer. Look for DESCENDIENTES DE J. PALACIOS, RAUL PEREZ, plus Dominio de Tares, Losada (…).

Il s’est manifestement passé quelque chose. Retenez en particulier le nom de Raul Perez, j’y reviens un peu plus bas.

Quelques mots d’abord au sujet de la mencia (avec l’accent tonique sur le i), cépage de Castille, sans doute originaire de la région de Salamanque et que l’on retrouve également au Portugal, sous le nom de Jaen. A vrai dire, ce raisin méconnu et mystérieux a été associé au cabernet franc, au pinot noir, parfois même au grenache. Quod non. Les études ampélographiques les plus récentes excluent toutes ces possibles parentés, vu que les ADN respectifs n’ont rien à voir les uns avec les autres.

Outre Bierzo, la mencia pointe le bout de son sarment en Galice toute proche (appellations Ribeira Sacra, Valdeorras, Monterrei) et en Dão, du côté lusitanien. Ce n’est pas un raisin facile: le vigneron a tout intérêt à être attentif pour vendanger au moment exact qui permettra d’équilibrer alcool et acidité, les vieilles vignes se chargeant quant à elles de limiter naturellement les rendements.

Qu’est ce qui est supérieur à une mencia de Bierzo ? Deux mencia de Bierzo. La comparaison est rendue aussi pertinente que possible: même millésime (2018) et même degré alcoolique (13,5%). Les similarités l’emportent sur les différences: tout est dans la nuance.

Pour commencer, voici la mencia du Domaine Maquina & Tabla. Autant le dire toute de suite: c’est un vin nature. Pour rappel, cette caractéristique n’est ni une raison pour le verser à l’égout en hurlant d’horreur, ni une raison pour lui ériger une statue, en entonnant un cantique. C’est juste une absence de sulfite ajouté.

Les lecteurs attentifs se souviendront que j’ai déjà fait goûter d’autres cuvées du même Domaine en février. Le fait est que les vins sont en général du type rock’n’roll en do majeur, ce qui constitue par la même occasion une mise en garde et une invitation à les goûter avant tout achat massif.

Oriol Illa et Susana Pastor sont toujours oenologues et toujours catalans. Ils se sont exilés à l’autre bout de l’Espagne dès 2012 pour y rechercher des vignobles particulièrement anciens, qu’ils louent à des dames âgées, parmi lesquelles une certaine Leonila. La cuvée s’appelle Laderas de Leonila, en français « Les coteaux de Leonila ». On pratique la biodynamie, mais les étiquettes -au demeurant très personnelles- n’en pipent mot.

Laderas: la dégustation

Couleur dense et jeune, reflets violacés. Nez sur la cerise et le cacao. Nuance d’encens. Bouche peu tannique, nordiste et atlantique, évoquant le cabernet franc. Vin sérieux et frais. Moins rock’n’roll que les autres cuvées du Domaine. Plus on goûte, plus l’élégance prend le dessus sur une légère rusticité initiale. Beaucoup d’énergie. La vinification « nature » me paraît indétectable.

Maquina & Tabla, Bierzo, Laderas de Leonila 2018 – magasin

Revenons-en à Raul Perez. Né en 1972, tout petit déjà, il batifole dans les vignobles familiaux, en en temps où les vins n’étaient même pas mis en bouteilles. Doté d’un cerveau de belle facture, il envisage de faire des études de médecine, mais, sous une légère pression familiale, il entame plutôt des études d’œnologie et les réussit. Revenu au Domaine, il met en oeuvre progressivement une série de changements puis bénéficie des conseils d’Alvaro Palacios, l’homme qui a fait sortir Bierzo de l’anonymat.

Raul Perez en version sauvage

Mais Raul ne copie pas le « style Palacios », il développe le sien, à base d’une dose magistrale d’intuition. Il travaille en biodynamie (sans mention sur les étiquettes). Ses vins sont remarqués, en Espagne, puis partout sur la planète. Il est invité à conseiller une belle série de Domaines, en Espagne et ailleurs. Ses cuvées haut-de-gamme accumulent les récompenses. En mars 2019, le magazine anglais Decanter pose la question qui tue: Is Raul Perez the world’s best winemaker ? Sacré parcours…

Bien sûr, les cuvées haut-de-gamme se négocient à des tarifs proportionnels à la rareté des flacons et à la notoriété de leur géniteur, néanmoins sans excès risible: comptez € 50 à € 60, tarif chez l’importateur en Belgique. Mais il y a une excellente nouvelle portant le joli nom de Ultreia Saint-Jacques. 100% mencia, 100% millésime 2018, 100% Raul Perez, proposée à un tarif particulièrement attractif.

Ultreia est une interjection moyenâgeuse qui exprime la joie, en particulier pendant le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Ultreia: la dégustation

Couleur dense et jeune, reflets violacés. Nez sur la cerise et le cacao. Ce qui précède n’est pas une coquille, mais l’expression d’un air de famille très marqué entre les deux cuvées. Néanmoins, autant j’évoque la fraîcheur et le caractère septentrional/atlantique de Laderas, autant je souligne chez Ultreia un tempérament légèrement plus sudiste, plus rond, plus fondu. Belle densité, texture policée. Quelque chose qui pourrait rappeler le pinot noir. Classicisme et équilibre. Le recours au bois est peu impactant (8 mois en grands foudres).

Raul Perez, Bierzo, Ultreia Saint-Jacques 2018: magasin

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Catalogne

Voici le premier chapitre de l’offre consacrée à l’Espagne. En ce radieux 28 juillet, le jour d’après CNS, nul ne peut prévoir où nous en serons le samedi 22 août, journée consacrée à l’espagnole gustation. Jusqu’à preuve du contraire, je maintiens cette opportunité de partager un bon moment autour du bar.

Catalogne, donc. Penedès (près de Barcelone) en blanc, Priorat (près de Tarragone) en rouge. Deux appellations emblématiques de la région, méditerranéennes par obligation géographique.

Le Domaine Albet i Noya se situe à Sant Pau d’Ordal, en plein cœur de la région où s’élabore le Cava. Notons au passage qu’Albet i Noya propose plusieurs bulles, mais aucune d’entre elles n’est commercialisée sous l’appellation Cava. Cava est aujourd’hui un mot magique (en particulier en Flandre) et un mot maudit (les meilleurs Domaines quittent l’appellation, les uns après les autres). Si vous vous intéressez aux meilleures bulles catalanes, jetez un œil sur: Classic Penedès et Corpinnat.

Albet i Noya se décrit lui-même comme pioners en vinyes i vins ecològics (le catalan, c’est facile, non ?). Ils ont vraiment le droit de revendiquer ce rôle de pionnier en vignobles et vins écologiques, dans la mesure où ils s’y sont mis dès …1978. On dira qu’ils ont engrangé une expérience certaine dans cette matière.

Je vous propose la cuvée 3 Macabeus en millésime 2018. Un blanc issu à 100% du cépage macabeu (la logique est décidément implacable). Trois parcelles de vieilles vignes, plantées entre 1960 et 1973, dont les raisins sont vinifiés séparément, avant assemblage des vins au moment de la mise en bouteilles.

Le nez est citronné, joyeux, ouvert. Il pourrait évoquer l’Alsace, un pinot blanc allemand ou un grüner veltliner autrichien. En bouche, c’est savoureux, avec du citron, de la mandarine et de la pomme verte. Un peu de caillou. Une nuance florale (rose) en finale. Belle vivacité. Ni amertume, ni alcool dominant l’équilibre. C’est un vin sec, polymorphe, direct, consensuel, d’un profil appelant des accords très variés. Bel apéro.

Albet i Noya, Penedès, 3 Macabeus 2018: magasin

Priorat. Il y a 50 ans, l’appellation avait pratiquement disparu. Jusque à la décennie ’80, on y produisait du vin, très alcoolisé, souvent oxydatif, à usage essentiellement local. Peu de vins étaient mis en bouteilles.

Il a fallu la détermination, le flair et la patience d’un petit groupe de passionnés pour ressusciter ce vignoble de grande notoriété. Qui voudrait en effet s’installer dans ces paysages d’une douloureuse intensité, rudes, montagneux, soumis à des vents violents et éloignés de tout ?

Dès 1995, la communauté des amateurs de vin murmure à l’oreille de qui veut bien écouter qu’il se passe quelque chose dans ce coin perdu du sud de la Catalogne: on découvre alors Clos Mogador, Cims de Porreira/Mas Martinet, Alvaro Palacios, Clos de l’Obac. Des vins surpuissants, noirs, dominateurs, impossibles à ignorer tant ils bousculent les certitudes et les acquis. Les prix s’envolent bien vite. Au printemps 2001, j’organise une dégustation d’une dizaine de Priorat: pour les meilleurs vins, les notes dépassent les 17/20. Les vins sont fascinants …et ils plaisent !

Le Mas d’en Gil fait partie de la deuxième génération des Domaines installés en Priorat. Pere Rovira achète le Domaine en 1998 et change tout ce qui peut l’être. Il se retrouve en particulier à la tête d’une dizaine d’hectares de vieux carignans et de vieux grenaches (plantés vers 1958), un vrai trésor. En 2000, les premiers vins font leur apparition sur le marché: Coma Vella et Clos Fontà. Ces deux cuvées haut-de-gamme existent toujours.

Bellmunt del Priorat, 296 habitants

Aujourd’hui, les Priorat ont trouvé leur place au panthéon des meilleurs vins espagnols. Mais ils ont évolué aussi, donnant progressivement plus d’importance à la buvabilité et à la finesse. En 2000, c’était passage en force; en 2020, il y a comme une dose de subtilité, de diplomatie, de bonnes manières pour pimenter la puissance.

La cuvée Bellmunt est un vin issu essentiellement de jeunes vignes de grenache et de carignan (plantation en 1994 et 1998). Je vous le propose en millésime 2016, à savoir le millésime actuellement commercialisé par le Domaine. 2016 a engendré des vins plus frais que solaires, avec un alcool maîtrisé (14%). Le terroir est schisteux, les ardoises locales portant le nom de llicorella (avec deux « l » pour lettres initiales).

diverses llicorella

En dégustation, ce vin m’a semblé noble, serré et sérieux. Une élégance classique, une volonté de fuir les extravagances et les excès. Le vin est structuré par de fins tannins. Cerise et épices. Le boisé joue son rôle, avec mesure et réserve. Je me suis demandé si je pouvais être en Provence. En Provence, pas dans le Rhône.

L’équilibre est magistral, les saveurs douces et fraîches se répondent l’une l’autre et se fondent en un vin déjà harmonieux. On est loin des Priorat hénaurmes qui ont marqué la fin des années ’90 et le début du nouveau siècle. Ne pas servir trop frais, sous peine d’une pointe d’austérité.

Mas d’en Gil, Priorat, Bellmunt 2016: magasin

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blanc dégustation rouge

Espagne en dégustation

Je prépare donc une dégustation de vins espagnols pour le samedi 22 août. Bien sûr, les circonstances m’obligent à faire preuve de prudence. Nous verrons bien en temps opportun ce qui est possible et raisonnable.

La formule pourrait s’inspirer de ce que je vous avais proposé en juin, en tenant compte de ce qui doit être amélioré. Si la météo le permet, il serait également possible de déguster sur la terrasse, en respectant les règles de distanciation physique.

D’ici au 22 août, les cuvées sélectionnées apparaîtront progressivement dans le magasin: n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil !

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dégustation domaine rouge

brocart

Comme de la soie, brodée de fils d’argent. Nez intense, floral et épicé. Bouche d’une texture extrêmement raffinée, sensuelle et voluptueuse.

Majoritairement grenache (70%), subtilement complexifié par quelques raisins de cinsault (20%) et de carignan (10%), ce vin au degré élevé (14,5%) porte sa richesse avec beaucoup d’élégance. Fine structure tannique, déjà fondue. Concentration et longueur.

Si vos goûts personnels vous portent exclusivement vers l’austérité des monastères les plus cisterciens, celui-ci pourrait ne pas vous convaincre. Dans le cas contraire, laissez vous séduire par ce somptueux Grand Pas de velours. Luxuriance plateresque, voire manuéline.

Attention, c’est addictif.

Domaine du Pas de l’Escalette, Terrasses du Larzac (Languedoc), Le Grand Pas 2018. Sur commande chez Anthocyane au prix de € 29.

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blanc dégustation information oenotourisme

Styrie: l’Autriche versant sud

les 15 régions DAC

L’Autriche du vin, c’est incontestablement l’Autriche orientale, aux frontières de la République Tchèque, de la Slovaquie, de la Hongrie et de la Slovénie. Non, pas de vin dans le Tyrol, à moins de s’être perdu en Italie, dans le Südtirol a.k.a. Alto Adige.

L’austro-vignoble est organisé en 17 régions, dont 15 ont le droit d’adjoindre à leur nom l’acronyme DAC (Districtus Austriae Controllatus). Il n’est pas exclu que les deux régions restantes (Thermenregion au centre, Wagram au nord) finissent par rejoindre ce système.

Dans le contexte d’une dégustation privée, je m’intéresse aujourd’hui à deux régions austro-méridionales: Südsteirmark DAC et Vulkanland Steirmark DAC. Pour la commodité, je me permets (…non peut-être…) de résumer ces deux régions en Styrie.

le klapotetz, une spécialité locale pour effrayer les oiseaux, amateurs de raisin mûr: le bruit est audible de loin !

La Styrie, c’est +/- 4.300 hectares de vignes, soit +/- 10% du vignoble autrichien. Elle est connue essentiellement pour ses vins blancs secs, en particulier ceux élaborés avec le cépage sauvignon. Ce cépage est présent en Styrie depuis plusieurs siècles.

Le riesling et le grüner veltliner, qui incarnent la notoriété des DAC danubiennes (Wachau, Kremstal, Kamptal) sont quasi inexistants ici et cèdent leur place au chardonnay, au pinot blanc (weissburgunder), au welschriesling (sans lien de parenté avec le « vrai » riesling) et au gelber muskateller (sec). On lira souvent morillon sur les étiquettes: il s’agit d’un simple synonyme local du chardonnay.

le vignoble Zieregg, depuis la terrasse du Domaine Tement (fin août 2018)

Une douzaine de vignerons de talent ont créé l’association STK (Steirische Terroir & Klassik Weingüter) pour promouvoir ensemble leur région et ses vins. Leurs bouteilles portent l’acronyme STK sur la collerette. Les membres sont internationalement reconnus et joliment couverts d’éloges par la presse du vin.

Par exemple, le Falstaff, guide faisant référence en Autriche, accorde 5 étoiles (c’est-à-dire le maximum) à Weingut Tement (à Berghausen-Ehrenhausen) et à Weingut Sattlerhof (à Gamlitz).

Ce même guide accorde 4 étoiles (…ça fait encore un très beau général…) à Weingut Wohlmuth (à Kitzeck-Sausal), à Weingut Polz (à Spielfeld-Ehrenhausen), à Weingut Erwin Sabathi (à Leutschach), à Weingut Lackner-Tinnacher (à Gamlitz), à Weingut Gross (à Ehrenhausen) et à Weingut Neumeister (à Straden, dans le Vulkanland Steiermark).

Parmi une vingtaine d’autres domaines, Weingut Hannes Sabathi (Gamlitz) et Weingut Maitz (Ehrenhausen) sont crédités de 3 étoiles.

Les domaines ci-dessus sont pour la plupart situés à un jet de javelot de Nafi (quand son coude est de bonne humeur) de la Slovénie, au point que certains domaines possèdent des vignes de l’autre côté de la frontière. C’est par exemple le cas pour Tement et Gross.

Les paysages sont absolument magnifiques, rappelant parfois la Toscane. Les promenades ne sont pas de tout repos, elles stimulent vigoureusement le muscle cardiaque et les mollets.

Méfiance du côté de votre GPS, lequel pourrait bien ignorer totalement l’existence de routes en Slovénie: selon l’animal installé dans ma Tiguan, au-delà de la frontière, il n’y aurait …rien.

à gauche de la ligne noire, c’est la Slovénie…le néant !

La latitude du vignoble est similaire à celle du Mâconnais et du Sancerrois. Pour des spécialistes du chardonnay et du sauvignon, c’est bien joué !

Sur les étiquettes, le terme ried peut se traduire par cru ou parcelle spéciale: c’est le sommet de la gamme. Un vin qui provient d’un ried est un riedenwein.

Ortswein désigne le vin élaboré avec des parcelles situées dans un même village (par exemple: Gamlitz, Ehrenhausen, Eichberg, …). Enfin, gebietswein désigne les vins de type régional.

Pour plus d’information au sujet du sauvignon en Styrie, rendez-vous sur le blog « Les 5 du Vin« , pour une série de 3 articles publiés en 2015, sous la plume avisée de David Cobbold. La plupart de l’information est encore pertinente aujourd’hui.

Voir aussi le site Internet officiel du vin autrichien, remarquablement bien fait, ainsi que le site Wein/Steiermark.

Nous goûtons 11 vins, entre cépages et vignerons, sur les millésimes 2015, 2016 et 2017. Tous les vins ont été achetés sur place, lors d’un voyage effectué fin août 2018. Ils sont goûtés dans l’ordre suivant:

Hannes Sabathi Gamlitz (sauvignon) 2017 19,00 €
Tement « Morillon Muschelkalk » (chardonnay) 2016 13,00 €
Maitz Ehrenhausen (sauvignon) 2017 21,00 €
Lackner-Tinnacher « Franz Lackner » (welschriesling) 2016 24,00 €
Tement Ciringa Fosilni Breg Reserve (sauvignon) 2015 (SLO) 15,00 €
Sattlerhof Gamlitz (weissburgunder) 2017 17,00 €
Gross Ried Perz (gelber muskateller) 2017 29,00 €
Wohlmuth Ried Sausaler Schlössl (chardonnay) 2016 25,00 €
Neumeister Ried Klausen (sauvignon) 2016 25,00 €
Polz Ried Graßnitzberg (chardonnay) 2015 22,00 €
Tement Ried Graßnitzberg (sauvignon) 2016 21,00 €

les 11 de Styrie

Tous les vignerons dont nous dégustons les vins font partie de l’association STK. Wohlmuth n’a rejoint l’association que récemment, ce qui explique l’absence du logo STK sur la collerette de sa bouteille, issue du millésime 2016.

Le liège n’a plus vraiment la cote en Styrie: 5 bouchons en verre, 3 capsules à vis et seulement 3 bouchons en liège parmi ces 11 bouteilles.

Commentaires de dégustation

Globalement, une dégustation, à l’aveugle jusqu’au cinquième vin, surprenante, avec une belle série de vins à forte personnalité. Aucun vin décevant. Beaucoup de salinité et de fraîcheur.

Mes compagnons, malgré leur incontestable talent, n’ont pas découvert la région. Ce qui tendrait à prouver que la Styrie manque d’une image forte: STK a encore du boulot !

Chaque vin a été noté sur 20 par les huit participants. Je reprends pour chaque vin ma note, puis la note moyenne du groupe.

Hannes Sabathi Gamlitz (sauvignon) 2017: ortswein du village de Gamlitz. Alcool: 13%. Robe très claire. Nez de sauvignon « musqué », vin très aromatique, pamplemousse, soufre/allumette. Bouche aromatique et vive. Finale sur quelques amers, belle longueur saline. 15/20 & 15,1/20

Tement « Muschelkalk » (chardonnay) 2016: gebietswein issu de plusieurs parcelles sur calcaire coquillier. Alcool: 12,5%. Nez plutôt discret. La bouche commence assez aimable, mais voici que pointe un citron, joliment vif, au point d’évoquer un riesling 15/20 & 15,1/20

Maitz Ehrenhausen (sauvignon) 2017: ortswein du village d’Ehrenhausen. Sous-sol calcaire. Fort potentiel de vieillissement. Alcool: 12,5%. Ce vin m’avait un peu laissé sur ma faim lors d’une pré-dégustation à l’ouverture du flacon. Nez minéral, difficile de penser au sauvignon. Bouche dense, salinité, une vraie personnalité, pourrait faire penser à un albariño de Galice. 15,5/20 & 15,9/20

Lackner-Tinnacher « Franz Lackner » (welschriesling) 2016. Alcool: 13%. Nez de chardonnay, des fruits blancs, de la pêche. Bouche « chablisienne », assez extrême, longueur sur le caillou. 15/20 & 15,1/20

Tement Ciringa Fosilni Breg Reserve (sauvignon) 2015: vin slovène issu de parcelles dans le prolongement du Zieregg. En langue slovène, fosilni breg signifie approximativement « fossile marin ». Alcool: 13%. Nez volcanique, bouche très dense, serrée, précise, en devenir, concentrée et longue. Un premier coup de cœur. 16/20 & 16,1/20

Sattlerhof Gamlitz (weissburgunder) 2017: ortswein du village de Gamlitz. Le Domaine est en bio. Vignoble situé à 350/450 mètres d’altitude. Alcool: 12,5%. Ce vin est assez dense, mais un peu simple, moins vif et plus consensuel que les précédents. C’est néanmoins équilibré et agréable. Beau pinot blanc, net et bien sec. On en profite pour évoquer les difficultés du pinot blanc en Alsace. 15/20 & 14,7/20

Gross Ried Perz (gelber muskateller) 2017. Altitude: 470 mètres. Alcool: 12%. Nez nettement sur le basilic. Bouche parfaitement sèche, une certaine rondeur, une amertume végétale typique du cépage. Grande maîtrise d’un cépage compliqué. Une vraie bonne surprise ! 15,5/20 & 15,7/20

Wohlmuth Ried Sausaler Schlössl (chardonnay) 2016. Coteaux de schiste/ardoise à forte pente, jusqu’à une altitude de 600 mètres. Alcool: 13%. Serait-on à Chablis ? Acidité majeure, vin de garde, précision, aucune perception d’élevage, plein d’agrumes, impressionnant jusqu’à faire un peu peur. Infanticide. 16,5/20 & 15,6/20

Neumeister Ried Klausen (sauvignon) 2016. Le seul vin originaire de Vulkanland Steirmark DAC. Alcool: 13%. Franchement difficile de reconnaître le cépage, vin très dense, avec des notes lactiques/beurrées. Comparable au type Mellot, civilisé, chic et plutôt accessible. 16,5/20 & 16/20

Polz Ried Graßnitzberg (chardonnay) 2015. 12 mois sous bois. Alcool: 13%. Le premier vin dans la série à assumer un élevage (bien dosé). Nez boisé, vanillé. Bouche assez large, mais précise. Un peu luxueux, mais vraiment énergique 16/20 & 16,4/20

Tement Ried Graßnitzberg (sauvignon) 2016. Alcool: 12,5%. Nez complexe, étonnant, plutôt introverti. Grande élégance, léger variétal, équilibre parfait, l’élevage est imperceptible en tant que tel, longueur phénoménale/exceptionnelle sur le caillou, infanticide. 17,5/20 & 16,5/20

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compte-rendu de dégustation

Ce fût une belle dégustation…

Il faisait beau, les vins se goûtaient bien. Nous avons tenté de respecter au mieux les recommandations C-19, mais n’y sommes pas toujours parvenus. Merci en tous cas à chaque valeureux participant, pour sa ponctualité, sa patience et son enthousiasme. 45 minutes ne suffisaient manifestement pas pour faire le tour complet de la douzaine de vins présentés.

Ne m’étant pas interrompu une seule minute entre 10h30 et 18h30, mon dos, mes pieds et ma gorge se sont chargés de me faire passer une soirée très tranquille et globalement horizontale. Ne me demandez pas de commenter ce que j’ai regardé à la télévision samedi soir …je somnolais déjà.

Les Rochers 2019, Mâcon-Vergisson, Guerrin: Très beau succès commercial. Excellent rapport plaisir/prix. Nez floral, délicat mais pas introverti. Attaque très nette, sur la fraîcheur. En milieu de bouche, du gras et de l’intensité. Jolie persistance, les sensations fraîches et rondes se répondent l’une l’autre.

Vignes de Ratier 2017, Menetou-Salon, Pellé: Nez fin et discret: le sauvignon ne saute pas à la figure du dégustateur. Plus proche d’un Sancerre sur marnes kimméridgiennes que d’un Sauvignon de Touraine, si bon soit-il. Progressivement, arômes d’orange. Bouche souriante, arrondie. Finale sur la caillou chaud. Une dégustation du millésime 2014 montre tout le potentiel de ce vin !

Kallstadt 2017, riesling, Rings: Nez franchement minéral, au sens d’une promenade sur le gravier, en été, juste après l’orage. Pamplemousse, un peu de citron, tension marquée. Parfaitement sec, mérite un peu de garde. Quelques participants ont évoqué des notes de pétrole, classiques sur les rieslings évolués.

GPS 2018, Côtes du Jura, Pignier: A pleinement confirmé son statut d’OVNI. Très forte personnalité, en puissance. Arômes de fraise, du fumé, un peu de rose. Beaucoup de matière, encore sauvage. Mérite un repos en cave pour harmoniser et fondre toutes ses composantes. 0% de soufre parfaitement maîtrisé, sans la moindre déviance aromatique.

Valpolicella 2019, Speri: Toutes les qualités que l’on souhaite trouver dans un vin de ce prix: beau fruit, équilibre impeccable, alcool modéré (12.5%), capacité à s’associer avec une multitude de plats, capacité à ne déplaire à personne. NB: ce vin est en recommande chez le fournisseur et ne sera disponible qu’en juillet.

Les Grézeaux 2018, Chinon, Bernard Baudry. Couleur violacée, nez complexe avec du fruit noir (mûre), de l’encre, de l’encens. Attaque solaire, mais milieu de bouche rigoureux. Superbe jus, plein de pulpe et d’énergie. Très bons tannins. Pas l’ombre de l’ombre d’un arôme de type poivron vert: ce cabernet franc est MÛR !

Emilien 2015, Bordeaux Côtes de Francs, Château Le Puy: confirme sa réputation de « différence ». Malgré la proximité géographique avec St-Emilion et 85% de merlot, ce vin n’évoque en rien les Bordeaux Rive Droite contemporains. Couleur évoluée, épices, tabac, comme un Rioja « à l’ancienne ». Vin apaisé, prêt à boire et susceptible d’une longue, voire très longue, garde. Tannins fondus, beaucoup d’élégance. Pour dégustateurs aventureux.

Reliefs 2015, Côtes Catalanes, Le Roc des Anges: Nez sur la cerise, le cassis. Une pointe de viande fumée. Ouvert et intense. Bouche d’une texture soyeuse, comme un doux jus de cerise. 100% carignan, cépage qui confirme sa capacité à enfanter de grands vins, du moins quand les vignes sont âgées (entre 60 ans et un siècle dans ce cas-ci). Vin extraverti et prêt à boire.

Le Pas de D. 2018, Languedoc Terrasses du Larzac, Le Pas de l’Escalette: Couleur plutôt légère (grenache 30%). Premier nez raffiné, avec du laurier et de la garrigue, très pur. Waouw ! Bouche encore fort jeune qui a besoin de temps pour s’harmoniser. A ce stade, plus puissant que fin. Très belle qualité des tannins, longueur fruitée et épicée.

Réserve 2018, Gigondas, Les Bosquets: Nez fascinant qui évoque plutôt le Rhône Nord (syrah 35%), fruits noirs, fumé, violette. Bouche évoquant Châteauneuf-du-Pape, pleine de feu et d’arômes. Assume pleinement sa condition de vin du Sud. Plus destiné à l’hiver et au gibier qu’à l’été au jardin.

Pommard Les Noizons 2018, Domaine Lafouge: Nez d’un fruit magnifique, très pur. Cette délicatesse est si intense qu’elle « passe au-dessus » des trois vins puissants qui l’ont précédée ! Bouche en finesse et en précision.

Nous sommes dans le secteur de l’appellation Pommard qui déroge complètement à l’image classique: Pommard = vin puissant, tannique, boisé, nécessitant une très longue garde. Le style est comparable à ce qui se fait de mieux en 1er cru Pézerolles et en Beaune Clos des Mouches, tous deux proches voisins.

Les vins sont disponibles dans le magasin en-ligne, sous la catégorie « les dégustations ». Commande via le magasin ou via e-mail, selon votre bon plaisir.

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il reste 1 place…

Ce samedi 13 juin, dégustation sur inscription préalable. En ce moment précis, il reste une place, à 15h30 précises.

Vu les circonstances actuelles, il y a une série de règles à respecter. Me contacter si intérêt.

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Kallstadt, Rings und riesling

photo prise dans le vignoble Saumagen en mai 2017, pendant une promenade

Kallstadt est un village du Palatinat qui peut se targuer d’avoir abrité la naissance de Frederick Trump, le grand-père de qui vous savez.

Plus sérieusement, ce village est réputé pour ses terroirs calcaires, où le riesling se sent particulièrement bien, en particulier le vignoble Saumagen (littéralement: estomac de cochon) qui est à l’origine de vins de très grande garde, d’ailleurs assez difficiles à déguster jeunes. Logiquement les vins issus du Saumagen sont commercialisés à des tarifs proportionnels à leur notoriété.

Cela pousse l’amateur à rechercher des vins issus de terroirs calcaires à Kallstadt, proches du Saumagen. Le Domaine Rings propose un tel vin, qui permet de se faire une première impression, en étant ni obligé d’attendre 10 ans, ni de puiser dans son épargne.

Un riesling sec, à forte personnalité, offrant intensité et finesse.

Steffen Rings

Le Domaine Rings est entre les mains de deux frères, Steffen et Andreas. Ils possèdent des vignes sur une superficie de 31 hectares. Tout a été vite: le domaine a été créé en 2001 sur la base de la ferme familiale qui produisait différents fruits et raisins destinés à la coopérative. Maintenant, Rings est membre de VDP, une association privée qui regroupe les meilleurs vignerons d’Allemagne, est passé en bio, reçoit 4 étoiles dans le guide Gault&Millau, se voit attribuer 3,5 étoiles par Hugh Johnson, etc…

Malheureusement, la presse francophone continue à ignorer les vins allemands. Soi-disant trop compliqués. Et pourtant, l’étiquette indique le nom du Domaine, le nom du village, le cépage, le millésime et c’est tout.

La contre-étiquette est certes rédigée en allemand, mais elle est informative: précisions géologiques, mention des rendements, mise en évidence des vendanges manuelles, accès au site Internet. Quelqu’un peut-il m’aider à percevoir la complexité ?

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Le riesling Kallstadt 2017 du Domaine Rings peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 19,50 pour mise à disposition le samedi 27 juin.

Le riesling Saumagen 2015 du Domaine Rings est disponible sur commande, au prix de € 45.

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Offre de juin

Ce printemps aura été marqué, parmi bien d’autres sujets plus sérieux, par l’absence complète des dégustations proposées traditionnellement par les importateurs avec qui je travaille.

Sans avoir eu la capacité de goûter, il m’était difficile de constituer ma sélection.

Néanmoins, la créativité et le soutien de plusieurs intervenants m’ont permis de vous proposer d’abord une offre intitulée -avec une pertinence qui ne cesse de m’étonner- « Résistance ».

Ensuite de construire un stock de 18 vins de très bon rapport plaisir/prix, susceptibles de vous être transmis immédiatement. Avec ces vins-là, deux colis-découverte ont été fabriqués: 6 blancs du millésime 2018 et 6 rouges du millésime 2019.

Enfin, en rosé, Miraflors 2019 a manifestement plu, convaincu et remporté vos suffrages !

Et maintenant ?

L’évolution de la pandémie et les directives des Autorités permettent d’envisager à nouveau la dégustation, à la condition d’y mettre les formes, avec la ferme volonté de respecter la santé de tous et de partager un vrai moment de convivialité.

Certains estiment que la formule retenue n’est pas assez conviviale, d’autres estiment qu’elle leur fait prendre trop de risques, à un moment où le virus court toujours. Je comprends l’un et l’autre point de vue. J’accueillerai au mieux de mes possibilités ceux et celles qui me rendront visite ce samedi 13 juin. Pour rappel, cette dégustation est sur inscription préalable.

A l’attention de ceux et celles qui ne viendront pas, je me permets de suggérer la lecture des articles consacrés au Château Le Puy Emilien, au GPS du Domaine Pignier (ce qui se cache derrière ce patronyme bizarre y est expliqué) et aux Chinons du Domaine Baudry.

Je souligne également le plus que remarquable rapport plaisir/prix du Mâcon-Vergisson « Les Rochers » du Domaine Guerrin, particulièrement réussi en 2019. Ce vin est décidément trop bon marché !

La cuvée « Les Reliefs » 2015 du Roc des Anges respire la forme après quelques années de bouteille. Voyez cet article-ci, écrit en avril. C’était une comparaison avec « Ze Cinsault » du Pas de l’Escalette.

J’ai consacré un article au très sympa Petit Vin du Domaine Les Bosquets, mais conseille de ne pas négliger leur Gigondas Réserve qui conjugue avec talent un fort tempérament sudiste et un équilibre qui pousse à ne rien laisser au fond de la bouteille.

Le Grenache c’est bon quand c’est mûr. C’est comme ça. Inutile de faire l’inverse, ça ne marche pas. Il peut être équilibré seul sur de grands terroirs qui lui confèrent de la fraîcheur. Il est équilibré aussi quand d’autres cépages viennent le compléter dans une logique d’assemblage. Enfin, nos dernières investigations prouvent la valeur de la rafle en vinification, à condition qu’elle soit mûre. Site Internet du Domaine Les Bosquets

Le Pas de D. est la cuvée du Domaine du Pas de l’Escalette qui est confiée aux bons soins de Delphine, l’épouse de Julien Zernott. Année après année, c’est celle dont je raffole. C’est le rouge qui incarne par excellence le renouveau du Languedoc, qui démontre à quel point carignan + grenache + cinsault peut constituer un trio d’enfer.

Amusant d’enchaîner avec le Menetou-Salon « Vignes de Ratier » du Domaine Pellé, vu que Julien Zernott, avant de s’installer dans les Terrasses du Larzac, a été le vinificateur du Domaine …Pellé.

Commune de Morogues, terroir solaire (exposition sud-ouest) où la roche mère se trouve à quelques centimètres sous nos pieds; nous sommes là dans les vignes de Ratier. Une belle amplitude où les fruits à chair blanche surlignés de quelques notes poivrées se lient à une minéralité si particulière, voilà le vin. Ici le cépage s’efface pour laisser s’exprimer toute la richesse de ce terroir. Richesse qui d’année en année se précise et s’amplifie. Site Internet du Domaine Pellé

Gilles Lafouge est le prototype du vigneron sérieux, méticuleux et peu prolixe. Peu de mots. Pas de site Internet. Une discrétion qui peut s’expliquer par le fait que ses clients américains se chargent, année après année, de réserver à peu près toutes les bouteilles dont il dispose. Le style de la maison est basé sur l’élégance et sur un usage intelligent, modéré, du bois neuf.

Son Pommard est issu du lieu-dit Les Noizons, proche de Beaune, juste à côté du 1er cru Pézerolles et du célèbre Clos des Mouches, avec lesquels il partage une finesse que l’on n’associe pas forcément avec l’appellation Pommard.

C’est un vin délicat, qui murmure de bien belles paroles, sans lever la voix. Il requiert de l’attention, quelques instants de silence pour donner le meilleur de lui-même. La garde ne lui fait pas peur, mais il est prêt pour dégustation dès 2020/2021.

A la recherche d’un riesling de chez riesling ? Sec, dense, frais, minéral, prêt à boire ? Pourquoi ne pas opter pour le Kallstadt du Domaine Rings en Palatinat (Allemagne). Terroir de calcaire, assez proche du tuffeau ligérien, qui met en exergue la minéralité et la finesse. Le millésime 2017 est plus « cool » que 2018, ce qui me semble avantager ce type de vin.

Bref, il y a de quoi s’amuser !

Tous ces vins participent à la dégustation du 13 juin. Offre et programme téléchargeables ci-dessous. Les commandes seront clôturées le mardi 16 juin. Les vins seront disponibles à partir du 27 juin.

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blanc dégustation domaine

GPS

Notre GPS nous emmène dans le sud du Jura, en direction de 39570 Montaigu. 612 kilomètres depuis Berchem-Ste-Agathe, via Reims, Troyes et Dijon.

Nous sommes au Domaine Pignier, dont je vous ai déjà proposé un superbe Crémant (chardonnay 80%, pinot noir 20%; Brut Nature), un chardonnay d’une grande pureté, qui évoque le riesling (« A la Percenette ») et même quelques bouteilles d’un Vin Jaune du millésime 2011.

Le GPS qui sert d’introduction à cet article est aussi le nom de la cuvée que je présente ici. GPS pour gamay blanc, poulsard et savagnin. Bon, le gamay blanc est un ancien surnom local du chardonnay…

Situé dans la reculée du val de Vallière, le vignoble est complanté (les trois cépages sont mélangés, sur une même parcelle), ce qui a pour conséquence que les différents cépages sont vendangés au même moment, comme cela se pratiquait il y a plusieurs dizaines/centaines d’années. D’où l’expression « vin blanc d’antan » sur l’étiquette.

Les trois cépages sont pressés ensemble, le contact avec les peaux est bref, le vin est donc un blanc, malgré la présence d’un raisin rouge dans l’assemblage. Il s’agit d’un blanc ouillé, terme légèrement barbare pour désigner simplement un vin blanc sec classique, élevé à l’abri de l’oxygène, comme on le fait par exemple en Bourgogne.

GPS n’est donc pas un vin jurassien typé, oxydatif, plein de noix et de curry: j’adore ça, mais pas ce coup-ci !

La famille Pignier: deux frères et une soeur

Autre spécificité: GPS est un « sans soufre ajouté« , méthode très respectable lorsque le vigneron la maîtrise pleinement. Amateurisme et « sans soufre ajouté » sont incompatibles, à moins d’accepter de boire des liquides défectueux, que certains opportunistes tentent de faire passer pour des vins de terroir.

En l’absence de soufre, une option consiste à moins dégazer le vin au moment de la mise en bouteilles, le CO² dissous ayant un effet protecteur intéressant, remplaçant celui qu’aurait apporté le soufre. Conséquence pratique de la présence de gaz carbonique: il n’est pas impossible que les fins palais détectent une légère pétillance. Cela disparaît rapidement par simple agitation du verre.

La bouteille telle que bue ce mercredi 03 juin

L’œil attentif détecte un discret reflet rosé (40% de poulsard). La structure est puissante, conjuguant gras et acidité. Pamplemousse, bière blanche, salinité. Une pointe florale, évoquant la rose. Vin dense, intense et persistant. Fort jeune et un tantinet sauvage.

Lorsqu’il se réchauffe, son profil évolue progressivement vers le Sud, rappelant alors le style des vins blancs du Rhône nord. En raison du degré d’alcool relativement élevé (14%), je préfère quant à moi le servir bien frais.

Mérite sans doute un peu de garde pour fondre et harmoniser la palette des sensations; ou un bon passage par la carafe, si telle est l’impatience. L’absence de protection par le soufre ne pose pas le moindre problème: pureté et précision des arômes à chaque moment de la dégustation.

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. GPS peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 22, pour mise à disposition le samedi 27 juin.

Le Crémant du Jura Brut Nature est également disponible, sur commande, au prix de € 20,50.

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Château Le Puy: Bordeaux …or not Bordeaux ?

La réponse à cette question est évidente: c’est un Bordeaux, en appellation Francs Côtes de Bordeaux, à quelques encablures au nord-est de Saint-Emilion. L’assemblage se compose de 85% de merlot, complété par les frères cabernets et épicé par le malbec, ce qui est en tous points conforme à ce que l’on attend d’un Bordeaux de la Rive Droite.

Seulement voilà. Ce n’est pas aussi simple. Des rebelles, il y en a partout, même à Bordeaux, réputée bourgeoise et bien-pensante. Des vignerons qui décident de faire leurs vins, en dépit des modes, des habitudes, des oukases œnologiques, des regards en coin et des moues dubitatives.

Je vous aurai prévenu. Si vous aimez le Bordeaux tel qu’on le fait généralement aujourd’hui, avec beaucoup de tout (couleur, alcool, boisé, euros, …), je vais vous perturber en vous initiant à l’antithèse de ce qui précède.

Le Bordeaux infusé en opposition avec le classique Bordeaux (sur)extrait. C’est une simplification, certes, mais elle est parlante. Malgré le très chaud millésime 2015, Émilien est frais, élégant et floral. Le degré d’alcool ? 13%. Le même bouleversement climatique affecte Le Puy que les châteaux des collègues qui affirment pourtant qu’il leur est aujourd’hui impossible de vinifier à moins de 14,50% voire 15%. Comme quoi.

La famille Amoreau, propriétaire de père en fils depuis 1610, fait le vin non pas comme il y a 30 ans, mais comme il y a un ou deux siècles. C’est-à-dire sans utiliser la moindre poudre de perlimpinpin. Juste une petite goutte de sulfite lors de la mise en bouteilles.

L’élevage ne fait appel à aucune barrique neuve, le choix se portant sur le foudre et la barrique de plusieurs vins. Pour la cuvée Émilien, c’est uniquement le foudre.

Ce style permet-il la garde en cave ? Le Domaine vend encore des bouteilles des années ’70 et ’80 du siècle passé. Est-ce une réponse satisfaisante à la question ?

On affirme parfois que les vins de Le Puy sont les meilleurs Bourgognes élaborés à Bordeaux. Ou encore que Le Puy est un domaine bio …depuis 1610.

Le Domaine a, enfin, fait son entrée dans le Guide Vert de la RVF qui lui a immédiatement attribué une étoile. Comme chez Michelin, c’est une pratique rare. Une façon de reconnaître qu’on aurait pu être plus attentif plus tôt ? Je me souviens très bien d’Émilien 2010 qui méritait déjà plein d’éloges !

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Émilien peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 27, pour mise à disposition le samedi 27 juin.

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Le Petit Vin des Bosquets

Carte en provenance de l’Atlas des Vins de France de Laure Gasparotto

En préparant la dégustation du 13 juin, je tombe -c’est indolore- sur le vin d’entrée de gamme du Domaine des Bosquets à Gigondas. Cela s’appelle Le Petit Vin des Bosquets, en appellation Vin de France. C’est un GSM équilibré (un tiers grenache, un tiers syrah,un tiers mourvèdre), issu de parcelles sur Gigondas (jeunes vignes) et sur Séguret.

On m’annonce des rendements faibles (25 hectolitres/hectare), une petite production (4.000 bouteilles), une vendange manuelle et 1 an d’élevage en cuve béton.

Mon pouce sert à camoufler le vin qui a coulé sur l’étiquette…

Le vin est direct, charnu, aguichant et juteux. C’est punchy avec de bons petits tannins. Fruit très extraverti, en veux-tu, en voilà !

Bien entendu, les 14% d’alcool sont perceptibles, ce qui pourrait peut-être lui nuire dans un exercice de dégustation à l’aveugle. Mais une fois le palais calibré pour apprivoiser la bête, on profite pleinement de la garrigue et du soleil. C’est de la joie en bouteille. Les soucis s’évanouissent comme par enchantement.

Avez-vous descendu un jour -il y a longtemps- l’escalier qui menait à la cave des « Vins du Rhône », succursale de Chaumont-Gistoux ? Vous souvenez-vous, par exemple, des vins de La Réméjeanne et de l’Oratoire-Saint-Martin ? C’est dans cette atmosphère un peu nostalgique que le Petit Vin des Bosquets m’a plongé…

On peut finir la bouteille, c’est dimanche !

Il se mettra volontiers au diapason de nos tables déconfinées. « Petit Vin » si l’on se réfère au prix (€ 9.90), bien plus grand vin si on se réfère au plaisir procuré ! On peut le garder quelques années, mais je suggère plutôt de lui faire un sort dès cet été !

Sur commande.

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samedi 13 juin: dégustation expérimentale et sympathique

J’ai découvert de nouveaux domaines, de nouvelles cuvées, de nouveaux millésimes. Je ne peux décemment pas garder cela pour moi. La bonne vieille dégustation s’impose.

Sauf que. Il paraît qu’une bestiole microscopique fait des siennes à gauche et à droite. J’en suis tout déconfit. Contre la déconfiture, je ne vois comme solution que la science expérimentale, laquelle finira bien par vaincre les ténèbres.

Dégustation expérimentale (et sympathique)

Il faut obligatoirement s’inscrire. 2 personnes dégustent au même moment, pas plus. Exception: un couple formant une bulle, il compte pour une seule personne. Les dégustateurs sont attendus à une heure précise, pour une durée limitée (maximum 45 minutes). Mise à jour (12 juin à 09h30): il reste une place disponible, à 15h30.

Chaque participant commence la séance par un passage par le lavabo, l’eau et le savon. Chacun apporte son petit matériel scolaire: un verre pour goûter, un stylo-bille, une feuille de papier (par exemple, le bon de commande qui est déjà téléchargeable sur ce site) et, si possible, un crachoir individuel. Ces jours-ci, la salive des autres n’a pas très bonne réputation.

Fabriquer un crachoir individuel est plutôt simple: prendre une bouteille d’eau minérale vide et la couper en deux à mi-hauteur. Retourner la partie supérieure et enfoncer celle-ci dans la partie inférieure. C’est prêt.

Crachoir: réalisation personnelle à partir d’une bouteille de 50 cl.

Je me charge des poignées de porte et des bouteilles. On s’installe dans les fauteuils ou au bar, en respectant la distance respectueuse de la santé de tous. Si la météo s’y prête, nous pouvons nous installer en terrasse.

Les participants ne portent pas de masque, pour des raisons qui me paraissent assez évidentes.

Les vins

Il y en aura une dizaine. Le mot « dizaine » est une méthode que j’utilise fréquemment pour indiquer qu’il y aura au moins dix vins sur le bar.

Nous resterons pour l’essentiel en France, avec de brèves incursions (les excursions n’étant pas encore autorisées au moment d’écrire ces lignes) en Italie et en Allemagne.

Blancs et rouges, en passant par la Bourgogne, la Loire, le Languedoc, le Roussillon, le Rhône et même le Bordelais. Un jurassien s’y glisserait que cela ne m’étonnerait qu’à moitié. L’Allemand sera palatin et l’Italien valpolinasque.

Si, si, on peut écrire « valpolinasque » puisqu’on peut écrire « bergamasque ». Je m’étais juré de placer « masque » dans le texte de cet article. C’est fait. Ne me remerciez pas.

Chinon, Gigondas, Pommard, Côtes du Roussillon-Villages, Mâcon-Vergisson, Terrasses du Larzac, Menetou-Salon, Côtes du Jura, …plus d’information dès que je me mets à pondre…

Si vous êtes curieux, il suffit d’aller regarder ici.

Une précision importante

Comme je ne peux recevoir qu’un nombre limité de participants, je suis contraint de gérer les inscriptions de façon précise: j’ai décidé de donner priorité à ceux et celles qui ont l’habitude de participer aux dégustations d’Anthocyane. Ces clients-ci recevront l’invitation à s’inscrire avant les autres. Ce n’est pas idéal, mais je préfère le faire savoir à tous de façon transparente.

Si vous êtes en désaccord flagrant avec ma décision, je vous invite à écrire à: COVID-19, Wuhan, République populaire de Chine.