Catégories
blanc domaine

Granit

Vraiment l’extrême nord du Portugal: jetez ici un caillou de l’autre côté de la rivière Minho …et il retombe en Espagne !

Le Domaine Soalheiro est en quelque sorte l’inventeur du Vinho Verde moderne, puisque il a planté le premier vignoble d’alvarinho en 1974. Alvarinho & albariño, même combat, même cépage: l’extrême nord du Portugal, c’est presque la Galice.

Depuis, une deuxième génération a pris les rennes du Domaine et propose pas moins de 12 cuvées élaborées à partir d’alvarinho, y compris des versions sans soufre ajouté, avec élevage en bois de châtaignier, en assemblage avec du pinot noir et en version effervescente ! J’allais oublier la version distillée…

Beaucoup de respect pour cette créativité débridée, mais j’ai préféré me focaliser sur la cuvée Granit, issue de vignobles en altitude (+/- 300 mètres). Vinho Verde ne veut en effet pas dire « bord de mer »: comptez une heure de route avant de voir l’Atlantique. Le climat fait alterner journées chaudes et nuits froides, ce qui est bénéfique pour conserver une belle fraîcheur dans les vins.

Cette cuvée affiche clairement une volonté de mettre en évidence le terroir granitique, sans en rajouter via un élevage sophistiqué: pas de bois, 100% cuve inox. Le Domaine insiste sur la possibilité de garder ce vin en cave pendant de très longues années: jusqu’en 2035 pour ce millésime 2019 ! J’ai été un peu plus prudent en affichant une fenêtre de dégustation optimale entre 2021 et 2029. Je compte bien en enterrer quelques unes pour vérifier.

En dégustation, le nez est intense, ouvert et appétissant, sur l’ananas. La bouche est élégante, fruitée, fraîche mais pas vive: il y a une certaine richesse, avec de la concentration. Pour rester dans l’albariño, c’est plus proche du style Pazo de Señorans que du style Leirana. Le vin est éclatant et aromatique. Je perçois des similitudes avec un Jurançon sec. La finale est sèche, tranchante, citronnée et pierreuse, avec une belle longueur …granitique !

Soalheiro Vinho Verde Granit 2019 (100% alvarinho) est disponible dans le magasin.

Catégories
domaine rouge

Schiste

« 9 mois d’hiver, 3 mois d’enfer » est un dicton qui résume la météo de la vallée du Douro, dans le nord du Portugal. C’est une terre extrême, bien connue pour être créatrice du Porto. Le style des rouges « non-Porto » de cette région est habituellement marqué par une certaine chaleur qui se mesure au travers de pourcentages alcooliques élevés, entre 14 et 15%, voire plus. Lorsque le vin est boisé et fortement extrait, le dégustateur peut se retrouver en face d’un véritable Porto sec, à l’équilibre fatigant. La première gorgée est énorme, impressionnante, mais la bouteille a bien du mal à se vider.

Lorsque l’objectif est d’élaborer un vin sec, le vinificateur est confronté à une équation simple: le degré alcoolique du vin est un équivalent du sucre contenu dans le raisin au moment de la vendange. Pour le dire autrement, chaque pourcent d’alcool est la résultante de +/- 17 grammes de sucre par litre de jus. Par exemple, un vin sec qui titre 13% est le fruit (sic) d’un jus de raisin contenant approximativement 221 grammes de sucre par litre.

La quantité de sucre présente dans un raisin lors de la vendange dépend de nombreux facteurs: l’ensoleillement, le cépage, la surface foliaire (plus il y a de feuilles, plus il y a de photosynthèse, plus il y a du sucre), etc…La date à laquelle une parcelle est vendangée dépend d’équilibres complexes: maturité du fruit, maturité des pépins et des peaux, niveau des acides, météo, etc… Cette date est fonction de décisions prises par le vigneron, sur base de mesures et d’une solide dose d’intuition. Au pire, on vendange parce qu’ici on a toujours vendangé vers le 20 septembre: c’est évidemment plus facile à organiser, mais le résultat peut se révéler insatisfaisant.

Luis Seabra est assurément un homme de décisions: il sait ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne veut pas. Pour éviter les alcools élevés, il va choisir les parcelles, les dates de vendanges et les techniques de vinification à sa façon. Pour résumer l’affaire crûment, ce Xisto Illimitado titre 12%. C’est vraiment -très- peu dans le Douro.

Ce Xisto Ilimitado ne ressemble donc pas beaucoup à ses cousins: le fruit se soumet à la minéralité. Un tel vin peut surprendre, voire décontenancer. On est sur le terrain de la haute-couture, qui ne s’embarrasse pas d’études de marché, lesquelles sont bien utiles pour le prêt-à-porter.

En dégustation, le vin présente un profil assez sévère. Le nez combine habilement des notes pierreuses et torréfiées (pourtant il ne s’agit pas de bois neuf: l’élevage est réalisé partiellement en fûts de chêne usagés et partiellement en inox), la bouche fait preuve de beaucoup de finesse, dans un univers qui me fait penser au cabernet franc de Loire ou à la mencia espagnole. L’acidité est plutôt élevée. Il y a de la terre, de la pierre et de la fumée. Tannins élégants. Le végétal joue un rôle non négligeable, en particulier à cause d’une vinification en vendange entière, c’est-à-dire conservant tout ou partie des rafles du raisin. Ces rafles macèrent dans le jus, en compagnie des peaux et des pépins et contribuent ainsi à la structure et à l’aromatique du vin.

La longueur du vin, sa persistance aromatique, est absolument remarquable et signe la qualité des terroirs de schiste (xisto = schiste) traduits dans cette bouteille. Ce vin parle certes à voix basse, mais qui l’écoute avec attention vit un moment de grande intensité.

Je n’ai pas encore évoqué les cépages, mais la liste est longue: touriga franca, tinta roriz (tempranillo en Espagne) et tinta amarela jouent les premiers rôles: ensemble, ils représentent 70% de l’assemblage. Celui-ci est complété par rufete, tinta barroca, malvasia preta et donzelinho tinto. Les vignes sont relativement jeunes et proviennent essentiellement des communes de Covas do Douro, juste en aval du village de Pinhão et de Ervedosa do Douro, en amont de Pinhão.

Le vin est très peu sulfité, mais ne présente absolument aucune déviation aromatique: c’est du travail de précision.

Le schiste est partout…

Si vous êtes à la recherche d’un vin à forte personnalité, qui ne laissera personne indifférent, Ce Xisto Ilimitado est un très bon candidat. Je pense que le vin suscitera beaucoup de sympathie …et quelques détracteurs. En tous cas, la conversation sera animée ! Je recommande vivement un passage par la carafe. Ne pas servir trop frais, sans quoi le vin pourrait se durcir.

Ah oui, Luis Seabra ne vient pas de sortir de l’anonymat: il a créé son Domaine en 2012, après avoir été le vinificateur de Dirk Niepoort pendant une dizaine d’années: un sacré diplôme !

Luis Seabra, Douro, Xisto Ilimitado 2018 est disponible dans le magasin.

Catégories
dégustation domaine

Haut-Brissan: je me sens devenir lyrique !

Elisabeth et Marie-Laurence conduisent le Domaine Saladin, rive droite du Rhône, entre Montélimar et Orange. Ce Haut-Brissan est proposé en appellation Vin de France, parce que c’est un 100% grenache et que l’appellation Côtes-du-Rhône-Villages requiert au moins 20% de syrah et/ou de mourvèdre dans l’assemblage. De toutes façons, l’objectif des deux sœurs n’est pas de produire un Côtes-du-Rhône-Villages « classique », mais plutôt un vin à forte personnalité, qui ne se plie pas aux contraintes et aux habitudes de l’appellation.

Parcelle historique de la famille, le lieu-dit Haut Brissan est situé sur le plus haut plateau du village de Saint Marcel d’Ardèche. Ces terres caillouteuses ont été longtemps délaissées au profit des plaines en bord du Rhône, bien plus faciles à travailler.

La parcelle est abritée par des clapas (tas de pierres amassés par les paysans), des chênes et des châtaigniers. Au sol, des galets roulés qui captent la chaleur le jour et la restituent à la vigne la nuit.
Les vignes sont âgées de 50 ans. Le rendement est de +/- 30 hectolitres par hectare. Aucune utilisation de pesticide, herbicide ou insecticide depuis toujours. Certifié « Agriculture Biologique » par Ecocert.

Vendanges entièrement manuelles. Macération semi-carbonique en grappes entières et levures indigènes. Le soufre est ajouté en dose minimale. Elevage et vinification en cuve béton (pas de bois).

Concours de circonstances, j’ai dégusté ce millésime 2019 à deux reprises, en moins d’un mois, avec les notes suivantes: « fraise et fraise des bois, floral, subtil et puissant, très bonne surprise » puis « nez appétissant, parfumé, floral; bons tannins sans sécheresse; quelle longueur, quel charme !« . Aucune perception d’un éventuel alcool excessif, malgré 14,5% affiché.

On me rétorquera que c’est cher pour un Côtes-du-Rhône. Certes, mais cette comparaison est, à mon avis, sans objet. Cherchez plutôt à le situer entre des Châteauneuf-du-Pape, du type construit sur la finesse. Outre qu’il faut bien chercher pour les trouver, ceux-là sont commercialisés à un tarif largement supérieur à celui pratiqué pour Haut-Brissan.

Saladin Vin de France Haut-Brissan 2019 (100% grenache noir) est disponible dans le magasin.

Catégories
domaine jeu

X

Un titre en forme de concision. La réponse à un jeu-concours et la désignation du vainqueur. Une brève réflexion sur les périls de la dégustation à l’aveugle. Tout ça dans l’article qui suit.

Une bonne vingtaine de participants à la dégustation « take-away » de ce samedi ont reçu 13 petits flacons numérotés et 1 petit flacon supplémentaire marqué, sournoisement, d’un simple « X ».

Le jeu consistait à découvrir qui se cachait derrière ce « X »: une région ? Un cépage ? Qui sait…une appellation ? Un millésime ? Le Graal: le Domaine, avec l’indication du nom de la cuvée et de l’âge du chien du vigneron.

Bon. La dégustation à l’aveugle est décidément un art difficile. Certaines nuances sont subtiles, l’effet de séquence peut perturber l’analyse, un vin spécifique peut être atypique par rapport aux caractéristiques habituelles des vins de la région dont il est issu. Inconsciemment, on intellectualise aussi: « sachant que c’est Philippe qui propose ce jeu, il se pourrait bien que ce soit…« .

Je revendique de ne pas avoir de talent particulier pour reconnaître les vins qui me sont soumis à l’aveugle. Parfois, rarement, un souvenir récent et une bonne dose de chance peuvent me rapprocher du but. Il m’est arrivé, goûtant deux vins en parallèle, de reconnaître l’un de ceux-ci. Dans le verre A, c’est un vin hongrois, issu du cépage furmint. Mon triomphe fût de très courte durée, puisque ce furmint avait été versé dans le verre B…

Je me suis fait une raison. Se tromper très souvent n’empêche en rien d’avoir envie de jouer, encore et encore.

Ce vin « X » était donc italien et toscan. Un Chianti Classico 100% cépage sangiovese, en millésime 2019: Riecine. Anthocyane a déjà vendu ce vin dans différents millésimes, parmi lesquels 2014 et 2017.

J’ai reçu des réponses audacieuses, futées et originales. J’en copie quelques unes ci-dessous, en version anonymisée:

Pour le vin mystère, je vais dire: un Teroldego du Trentin, Foradori, 2017 (Italie).

On peut dire que les 3 cl nous auront bien fait voyager, ma femme et moi. Premier constat, une robe framboise léger; cela a éliminé un grand nombre de cépages et mis en route plusieurs possibles: pinot noir, mencia, nebbiolo, nerello mascalese, frappato, voire grenache de sable plus une kyrielle de cépages autochtones inconnus type listan negro. Ensuite une acidité assez tranchante  qui peut évoquer un lieu d’origine en altitude et/ ou de type maritime, insulaire ou pas. Des fruits rouges bien mûrs évoquent le soleil du sud…ou alors un millésime chaud plus septentrional. La bouche en 1/2 corps avec malgré tout une perception tannique, une certaine salinité et une énorme vivacité. ENFER ET DAMNATION, d’où vient ce vin ? Nous passons en revue, l’Etna, les Iles Canaries, la Galice, la Castille, l’altitude de la Navarre, le Piémont, le pinot de Savoie, le pinot autrichien, j’en passe et des moins bonnes…!!! Sans aucune évidence. MAIS BON, IL FAUT DONNER UNE SEULE REPONSE, donc « in at the deep end’: cela ne me dérangerait  pas que ce soit une cuvée-sœur de  7 Fuentes, SUERTES DEL MARQUES à Tenerife. Amen….

Pour le vin mystère, je mets mes commentaires de dégustation pour étayer mon, très certainement, plantage sur l’AOC et autres précisions. Robe pâle, nez très fermé mais d’obédience nordiste…La bouche est fraîche, belle acidité, léger côté poivré, tanins fins mais présents peut attendre 3-4 ans. Ma conclusion…j’hésite entre 2: je penche pour un Pineau d’Aunis et puisqu’il faut donner un nom, Bellivière, Rouge Gorge 2018 en Coteaux du Loir…Ou un pinot noir allemand frais. Donc dans ton magasin, je trouve Holger Koch Kaiserstuhl Spätburgunder 2019 qui n’en est pas loin. J’opte pour le Pineau puisqu’il faut choisir.

Ha oui, le vin mystère. Belle attaque, petits fruits noirs, légère tension, un bel équilibre, pas de chaleur, évolue sur un côté terreux, cela me fait penser à un pinot noir de chez Colinot (Irancy), 2018.

Voici la réponse de B. pour le flacon X. Robe: fuchsia foncée, automnale. Nez: cerise, terreux, poivré, légèrement boisé. A. y a même senti de l’ananas et de la cardamome. Bouche: agréablement long en bouche, on retrouve les arômes légèrement boisés/fumés. Pas le fruit au premier plan, pas trop de soleil. On se lance: alcool > 12°, année < 2018, cépages: merlot, syrah, …lieu: dans le coin Autriche, Slovénie, Croatie. En tous cas, on lui a accordé 2 étoiles (sur un maximum de 3) dans notre rating personnel.

En ce qui concerne le vin mystère : J‘ai été frappé  par une aromatique volatile aigre qui disparaît dans sa grande majorité. La robe et le côté frais piquant me font penser un à un Italien à base de nebbiolo. Mais je suis incapable d’être plus précis.

Choisir un vainqueur consiste à décevoir les autres participants: dans quel piège me suis-je encore fourré ? J’ai cherché si « Toscane » ou « sangiovese » avaient été cités. C’eût été trop facile. Je rappelle que les décisions du jury sont sans appel et que le jury, c’est moi. Je n’ai jamais affirmé que la décision serait d’une objectivité foudroyante. Roulement de tambours. Je récompense la contribution la plus brève, la plus rapide (samedi à 19 heures) qui a le mérite d’évoquer l’Italie et un cépage intéressant, dont le nom méritait bien une mise en valeur.

Donc, bravo François ! Je joins une bouteille de Riecine à ta commande.

Catégories
blanc domaine vins

Wohlmuth: face à face, dos à dos

Une comparaison honnête entre deux vins que tout rapproche, si ce n’est le cépage. Ces deux vins sont élaborés par le même vigneron (Wohlmuth), dans la même commune (Kitzeck-Sausal, dans le sud de l’Autriche, près de la frontière slovène), dans la même géologie (schiste), dans le même millésime (2019) et avec le même degré d’alcool (12,5%).

Le prix est comparable également, ce sont deux cuvées de type « village ».

Un sauvignon (classique dans cette région) et un riesling (paradoxalement, moins répandu ici qu’on pourrait le penser). Un air de famille. Pas des jumeaux, non, mais des frères (ou des sœurs, l’une option vaut l’autre).

Nous sommes dans une région que j’ai évoquée longuement l’été passé lors d’une dégustation entièrement consacrée à la Styrie: voir cet article

Ces deux vins ont une vraie personnalité, qui les différencie des stéréotypes simplificateurs: on n’est ni en Alsace, ni dans le Rheingau, ni à Sancerre, ni en Marlborough (Nouvelle-Zélande). J’ajouterais que le riesling est très différent de ses cousins des rives du Danube (Wachau et consorts).

Les goûter face à face -ou dos à dos- est une intéressante expérience qui permet de percevoir tant ce qui les rassemble que ce qui les différencie. Le sauvignon est certes plus extraverti que le riesling, il est aujourd’hui plus complexe et plus aromatique. Les deux vins partagent une structure en élégance, finesse et précision. Une absence de marquage par un élevage trop « mêle-tout » les rapproche. Tout est évoqué, rien n’est imposé. Le riesling sera sans doute meilleur demain, le sauvignon est sans doute déjà à son apogée.

Gerhard Josef Wohlmuth

Je vous invite à entrer dans le magasin pour plus d’information. Vous y trouverez le sauvignon et le riesling.

Weingut Wohlmuth, Südsteiermark, Kitzeck-Sausal, sauvignon et Kitzeck-Sausal riesling, 2019.

Catégories
domaine rouge

Les 7 fontaines de Tenerife

El Teide, le volcan de Tenerife

A quoi pensez-vous lorsque l’on prononce « Tenerife » ? Laissez-moi deviner: soleil, vacances, charter, île, hôtel, touriste, Canaries, mer ? Je rajouterais volontiers la présence du plus sommet d’Espagne, El Teide, qui culmine joliment à 3.718 mètres. Cette montagne est un volcan. Les spécialistes estiment que sa dernière éruption significative remonte au IXème siècle. Vu d’ici, cela semble bien loin. Néanmoins, les mêmes spécialistes n’excluent pas une nouvelle éruption: le Teide n’est pas éteint, il est juste assoupi…

Une géologie volcanique et un climat favorable ? Il fallait bien que des amateurs de raisins se décident à planter …ce qui fût fait dès la fin du XVème siècle. Un œil contemporain remarquera aisément que la quantité prime sur la qualité: plenty of dull wines for tourists, écrit Hugh Johnson. Autrement dit, tout se vend localement à des hordes de touristes assoiffés, l’offre s’adaptant à la demande. Mais il y a d’excellents vins en Provence, malgré le gigantesque gosier, pentu et insatiable, de la Côte d’Azur. Mutatis mutandis, il y a d’excellents vins à Tenerife ! Et des cépages autochtones ! Et des vignerons ambitieux ! Et des façons de conduire la vigne que l’on ne trouve nulle part ailleurs !

Dans le nord de l’île, dans une vallée peu accessible, sur les premières pentes du volcan, se cachent les Bodegas Suertes del Marqués. Ce Domaine a une longue histoire, mais il n’a commencé à mettre en bouteilles sous son nom qu’en 2006. Un vignoble de 11 hectares, répartis en une longue série de parcelles fort différentes les unes des autres: à chacune son altitude, sa pente, ses cépages, son exposition, sa géologie et l’âge de ses vignes.

Pas de phylloxera à Tenerife, donc des vignes franches de pied, c’est-à-dire non greffées sur pied de vigne américain.

Exemples: Las Mercedes est une parcelle plantée en 2005, franche de pied, en cépage listan negro, à une altitude comprise entre 620 mètres et 720 mètres, avec une pente moyenne de 37%, en exposition nord. La Solana est une parcelle plantée il y a plus de cent ans, franche de pied, en cépages listan negro, listan blanco & pedro ximenes, à une altitude comprise entre 350 et 450 mètres, avec une pente moyenne de 25%, en exposition est.

C’était bien sûr tentant de vinifier séparément les différentes parcelles, en dépit du travail supplémentaire que cette décision requiert: La Solana est à la fois le nom d’une parcelle de 1,5 hectare et celui du vin qu’on y élabore.

En supplément à ces vins « parcellaires », le Domaine propose également une cuvée « de village », qui porte le joli nom de 7 Fuentes, les sept fontaines. Il s’agit de l’assemblage de 35 (sic) toutes petites parcelles, réparties sur l’ensemble du Domaine. Chaque petite parcelle est vinifiée séparément (mazette). Ce n’est pas une entrée de gamme, la meilleure preuve en étant que ce vin est issu de vignes d’un âge compris entre 10 et 180 ans. Le site Internet du Domaine confirme: cent-quatre-vingt (gloups). Cépages: 90% de listan negro et 10% de castellana, encore nommé tintilla. Vendanges manuelles, levures indigènes. Elevage de 9 mois partiellement en cuves béton ​(60%) et partiellement en fûts de 500 litres (40%).

Je vous propose le millésime 2018 de ce 7 Fuentes, en appellation Valle de la Orotava.

En dégustation, ce vin rouge présente une couleur légère et peu soutenue. Le nez est floral et minéral, intriguant. La bouche est aérienne, très fraîche, avec une finale agréablement peu tannique. J’ai l’impression de déguster un proche parent du pinot noir, dans sa variante allemande. 90% élégance, 10% rusticité. Cela coule de façon très naturelle. Plus infusé qu’extrait. Le boisé est imperceptible aromatiquement, mais il a poli la matière. En finale, des notes de viande fumée et de cendre (je sais …la cendre pour un vin de volcan …et pourtant…)

Bodegas Suertes del Marqués, 7 Fuentes 2018 est disponible dans le magasin.

Catégories
blanc domaine

Allemagne-Espagne: 3-3

Un match n’est intéressant que s’il est équilibré. Cela tombe bien, les deux bouteilles d’aujourd’hui ont la même forme et mesurent toutes les deux exactement 35 cm de haut. Plus sérieusement, les deux vins sont vendus au même prix et sont tous deux issus de millésimes récents. En dépit de la distance entre les deux vignobles (plus de 2.000 kilomètres), quelque chose me dit que leurs profils pourraient présenter plus de similarités que de différences. Voyons la composition des équipes.

L’Allemagne aligne un riesling du Rheingau. Le maillot de la bouteille est floqué Künstler 2018. En face, l’Espagne aligne un albariño de Galice, maillot floqué Fefiñanes 2019.

Le Rheingau est le royaume du riesling: 80% du vignoble est planté avec ce cépage. 7% du riesling mondial provient d’ailleurs du Rheingau. Comme le nom de la région l’indique, les vignes sont plantées sur la rive droite du Rhin (celle dont l’exposition est sud), sur des collines plutôt vertigineuses. Bien sûr mon mauvais esprit va immédiatement rendre compliqué ce qui paraissait simple: on peut faire faire partie du Rheingau, alors que les vignes se mirent dans le Main. Circonstance atténuante: ce Main est un affluent du Rhin, bien connu pour être la rivière qui baigne, en amont, maints vignobles de Franconie.

Gunter Künstler

Nous sommes plus précisément à Hochheim, village qui porte, avec une impitoyable logique, le nom complet de Hochheim-am-Main. Le vignoble le plus célèbre s’appelle ici Hochheimer Hölle. A côté de ce vignoble « grand cru », nous découvrons le Hochheimer Herrnberg, classé lui erste Lage, ce qui correspond à la notion de « premier cru » en mode Bourgogne.

Ce cru Herrnberg possède la particularité étonnante d’un substrat géologique partiellement calcaire, très inhabituel dans ces contrées. Attention, la phrase qui précède, utilisée par exemple dans les tribunes d’un stade, est susceptible de vous attirer quelques solides froncements de sourcils…

Weingut Künstler cumule les distinctions dans les guides allemands et anglo-saxons: 4 étoiles dans Eichelmann, 5 étoiles dans Falstaff, 4 grappes dans Gault&Millau, 3 étoiles pour Hugh Johnson. Hélas, le Domaine est moins connu dans le monde francophone, vu l’habituelle absence d’attention portée par les médias parisiens pour ce qui se passe outre-Rhin.

Le Domaine est à la tête de 50 hectares de vigne, dont 79% de riesling et de 15% de pinot noir. Un peu de chardonnay et -amusant dans le contexte de ce match- 1% d’albariño ! Bon, le Domaine vend ce « vin de cépage » sous la graphie portugaise (alvarinho), mais il s’agit bien du cépage galicien. Le bouleversement climatique pousse de nombreux vignerons prudents à anticiper le moment où les cépages nordistes, comme le riesling, ne feront plus l’affaire. Planter des cépages plus sudistes -comme l’albariño- et vinifier les raisins récoltés est une façon de se préparer à un avenir incertain mais sans doute caniculaire.

2018 est un millésime chaud, comme l’Allemagne en connait de plus en plus souvent. Conséquence: le degré alcoolique peut augmenter et l’équilibre se modifier. Cela peut plaire comme cela peut décontenancer. Ce Hochheimer Herrnberg a parfaitement géré le millésime, avec un degré alcoolique de 12,5% et 5 grammes de sucre résiduel par litre de vin. L’équilibre perçu est néanmoins sec, à cause de l’intensité des éléments acides.

L’Espagne aligne donc un albariño de Galice, maillot floqué Fefiñanes 2019. La Galice (nord-ouest de l’Espagne: certains paysages côtiers sont plus irlandais que nature) est un peu the place to be pour l’amateur attentif à ce qui se passe dans le microcosme du vin. Des vins originaux, combinant habilement des caractéristiques sudistes et nordistes, des cépages autochtones, une météo compliquée (cf. les paysages irlandais) sous forte influence océanique et …quelques vignerons particulièrement inspirés.

Il y a la Galice de la montagne, à l’intérieur des terres, avec pas mal de vins rouges et il y a la Galice de la mer, en appellation Rias Baixas, avec le vin blanc d’albariño à peu près partout. Cette appellation Rias Baixas est à son tour organisée en cinq zones non-contiguës ! Ô les vilaines, comment osent-elles ? Deux zones à la frontière portugaise (O Rosal et Condado do Tea), une zone minuscule (Soutomaior), une zone au nord pas très porteuse (Ribeira do Ulla) et enfin la zone-clé, Val do Salnés, où se concentrent la plupart des Domaines intéressants.

Dans ce coin d’Ibérie, Anthocyane vous a déjà proposé avec succès la cuvée Leirana du Domaine Forjas del Salnés. Voici un autre domaine à suivre de très près: Palacio de Fefiñanes (ou Fefiñans en langue gallego). Le Domaine occupe de magnifiques bâtiments anciens, au centre du village de Cambados. Il élabore trois cuvées 100% albariño: III Año (très long élevage sur lies), 1583 (passage en bois) et la bien nommée Albariño de Fefiñanes, depuis le millésime 1928, étant ainsi le premier vin de la région à être mis en bouteilles. L’ancêtre de tous les albariño modernes, le pionnier.

L’étiquette ne doit d’ailleurs pas avoir beaucoup évolué depuis lors…

En dégustation comparative, side by side, je suis frappé par les similitudes et par la subtilité des différences: le nez allemand est citronné, pierreux et légèrement abricoté. Le nez espagnol est légèrement exotique, avec des nuances de pêche et d’abricot.

La bouche allemande est vive, élégante, avec une finale citronnée et caillouteuse. C’est un Rheingau en finesse, sans la puissance souvent de mise dans la région. C’est bien sec, malgré la présence de quelques grammes de sucre résiduel. Belle finale minérale. Vin qui mérite d’être un peu attendu pour bénéficier d’une plus grande complexité.

La bouche espagnole est aromatique, avec de la pêche, de l’ananas et des notes fumées. Un peu d’amande. C’est tout-à-fait sec, frais et pur. Du gras et de la longueur. Il y a un peu plus de puissance et un peu moins de vivacité que dans le vin allemand.

Je n’ai pas de préférence. It’s a draw. Un match équilibré pendant lequel on s’amuse parce que chaque équipe marque des buts…

Le magasin propose le riesling allemand de Künstler et l’albariño espagnol de Palacio de Fefiñanes.

Catégories
domaine rouge

Quinta Nova: ce n’est pas toujours du Porto

La Quinta Nova de Nossa Senhora do Carmo se situe sur le fleuve Douro, très en amont de Porto et en direction de la frontière espagnole (à partir de laquelle le Douro se mue en Duero). Nous sommes donc en pleine région du Porto. Ce Porto (ruby ou tawny, vintage ou colheita) jouissait jusque vers 1990 d’un quasi monopole. Autrement dit, on ne produisait presque pas de vins non-mutés dans la région, tous les raisins servant à faire du Porto, pour le meilleur …et pour le pire.

Dirk Niepoort (encore lui …il est décidément dans tous les coups) a été l’un des premiers à percevoir que le marché du Porto était plutôt sur le déclin et qu’il était grand temps d’utiliser les magnifiques terroirs de schiste du Douro pour élaborer de grands vins rouges secs, non-mutés à l’alcool.

Le Douro, comme le Dão plus au sud, est un paradis pour les amateurs de cépages autochtones: touriga nacional, tinta roriz, tinto cão, touriga franca, tinta barroca, tinta francisca, tinta amarela, etc… Autochtones, quoique tinta roriz soit en fait un synonyme du tempranillo espagnol. Historiquement, les parcelles étaient plantées en foule, c’est-à-dire sans être alignées en rangs et en complantation, c’est-à-dire en mélangeant différents cépages sur la même parcelle.

La Quinta Nova fait partie du groupe Amorim, connu en particulier pour être le premier producteur mondial de liège. Le roi du bouchon a produit 5,5 milliards de pièces en 2019 !

Le Domaine produit bien entendu du vin, mais propose également une offre oenotouristique très complète: restaurant réputé (Conceitus), chambres « chic », promenades en bateau sur le fleuve, etc…

En dégustation, le vin présente une couleur plutôt sombre et jeune. Le nez confirme la jeunesse et l’absence de tout élevage en bois: du fruit et encore du fruit ! Cerise et prune. La bouche est équilibrée, succulente, juteuse et assez « punchy ». Quelques bons petits tannins, sans trace d’amertume.

Le point-clé pour un rouge sec du Douro: comment l’alcool est-il géré ? De nombreux vins issus de cette région particulièrement chaude sont en effet dévalorisés par une sensation brûlante et une excessive chaleur en bouche. Cette cuvée « unoaked » résout ce problème potentiel avec talent. Bien sûr, c’est un vin solaire qui ne peut cacher son origine: assez puissant, grâce à la matière mais aussi grâce aux 14% d’alcool. Cette solarité est néanmoins très bien cadrée, maîtrisée, intégrée dans le fruit, évitant ainsi toute lourdeur.

La bouteille est un bel objet. L’étiquette liste les quatre cépages présents dans cette bouteille. Mon seul regret concerne le nom donné à la cuvée: ce « unoaked » qui qualifie le vin, en anglais, par ce qu’il n’est pas, c’est un peu tristounet. Disons néanmoins que c’est clair, dans un pays où la plupart des vins rouges sont élevés sous bois.

Quinta Nova « unoaked » 2018 est arrivé dans le magasin.

Catégories
domaine rouge

St-Georges terrasse le dragon

Malgré un cépage puissamment local (agiorgitiko, parfois traduit en « Saint-Georges »), le style de ce vin grec n’est pas sans rappeler certaines contrées du Rhône sud, voire du Languedoc-Roussillon. Une sorte de parenté organoleptique avec un assemblage grenache-syrah qui emmène ce vin vers un profil chaleureux, heureusement équilibré par une fraîche acidité, évitant ainsi le piège de la lourdeur. Les petits tannins sont fondus et discrets.

Le vin est coloré, direct et assez puissant, avec des parfums fruités (mûre, myrtille) et épicés. C’est un rouge goûtu pour plats goûtus ! Nous l’avons associé à du poivron, des câpres et des anchois: il résiste bien, le bougre ! Avant de révéler, au grand bonheur du dégustateur, une longueur marquée par la minéralité. Ce St-Georges est décidément capable de donner du fil à retordre à bien des dragons ! Cela étant, la subtilité ne constitue pas son atout majeur.

Le passage par le bois est perceptible, mais très raisonnablement dosé.

L’appellation Nemea ne tolère que le cépage agiorgitiko, ce qui tend à faire croire qu’il s’agit de synonymes. Ce serait faire peu de cas des vignobles d’agiorgitiko hors de l’appellation Nemea: on en trouve par exemple plus de 5.000 hectares en Attique (région autour d’Athènes). Ce cépage a la réputation d’être plastique et flexible et de permettre en conséquence l’élaboration de vins très différents, du plus classique au plus exotique.

Le Domaine Gaia a la particularité de s’appuyer d’une part sur le vignoble de Nemea et d’autre part sur celui de l’île de Santorin, pourtant distant de plusieurs centaines de kilomètres.

Domaine Gaia, Nemea Agiorgitiko 2018: il y en a dès à présent dans le magasin.

Catégories
domaine rouge

Pendant ce temps, à la frontière slovaque…

Autriche. Prellenkirschen, village viticole de 1.500 habitants. A quelques kilomètres du Danube et de la frontière slovaque: d’ici, on se rend plus vite à Bratislava qu’à Vienne. Un parfum d’Europe Centrale, un avant-goût d’autre chose. La Hongrie est à peine plus loin.

Carnuntum. Cela ressemble à du latin, parce que c’est du latin. Carnuntum était du temps de sa splendeur la capitale de la province romaine de Pannonie. Sans doute 50.000 habitants au IVème siècle. Il n’en reste pas grand-chose aujourd’hui: les ruines d’un arc de triomphe, les traces de plusieurs amphithéâtres et autres thermes. Un quartier a été reconstruit à l’identique. Le musée est le plus grand musée romain d’Autriche. Une sorte de parc archéologique. Les vignerons du coin se sont dit qu’il était peut-être malin de capitaliser sur ce nom aussi antique que connu et de baptiser ainsi leur vignoble. Ainsi fût fait.

Dorli Muhr et sa gamme de vins

Dorli Muhr. Dorli est le prénom de la vigneronne, Muhr est son nom. Le Domaine a longtemps porté le nom Muhr-van der Niepoort, en cohérence avec le fait que Dorli Muhr et Dirk Niepoort (oui, LE Dirk Niepoort, serial vigneron portugais) ont formé un couple, aujourd’hui séparé.

Spitzerberg: plutôt qu’une « montagne pointue », une colline inspirée…

Le grand vin du Domaine, le Spitzerberg (100% blaufränkisch), se vend allègrement au-delà des € 60. Il est souvent considéré comme l’un des plus grands rouges autrichiens. La cuvée évoquée ici est une entrée de gamme qui associe le grand cépage local, le blaufränkisch, à une bonne dose de syrah.

En dégustation, c’est avant tout l’élégance qui frappe l’imagination. Ce 2017 fait preuve de beaucoup de fraîcheur, les tannins sont totalement fondus, l’alcool est à l’arrière-plan (12,5%). C’est fruité (cerise un peu kirschée), poivré et fumé. Quelques herbes aromatiques. Bel équilibre, du charme et du raffinement. C’est facile à boire, ce qui ne constitue en aucun cas une remarque perfide, que du contraire ! Ce n’est ni sauvage, ni exubérant. Je recommande de le servir un peu frais et de profiter pleinement, au réchauffement progressif dans le verre, d’une fine nuance saline et salivante. L’élevage, en foudres, ne marque pas le vin: merci !

Dorli Muhr, Carnuntum 2017 est disponible dès à présent dans le magasin.

Catégories
domaine rouge

La fraîcheur de l’océan

Hier soir, une bouteille peu commune: Gorvia 2006 rouge, Quinta da Muradella (Galice = Espagne du nord-ouest). Flacon très (trop) lourd. Bouchon impeccable. Acheté en 2010 (€ 27).

Nez très parfumé: floral, fraise et framboise. Dans le fond, quelques notes terreuses. Bouche majeure: acidité marquée, tannins fondus, alcool peu perceptible (malgré 14%), beaucoup de profondeur et de distinction. Typiquement le rouge ‘océanique’, même si l’Atlantique, à vol de mouette, se situe à plus de 100 kilomètres. J’ai servi le vin un peu frais: il prend de la puissance dans le verre, en se réchauffant lentement. Profil encore jeune, peu en rapport avec un confinement de 10 ans+ dans la bouteille. M’évoque les meilleurs rouges de Loire, via la proximité avec le cabernet franc. Et autant avec le pinot noir !

L’appellation, c’est Monterrei, sise là où Espagne et Portugal s’enlacent. La frontière portugaise n’est distante que de 17 kilomètres. On ferait du vin ici depuis l’époque romaine.

Le château de Monterrei veille sur les vignes.

Cépages: mencia, bastardo, caiño redondo en proportions inconnues. La mencia (avec l’accent tonique sur le ‘i’) est LE cépage rouge emblématique de la Galice et de l’extrême nord-ouest de la Castille (appellation Bierzo). Le bastardo est le nom local du …trousseau jurassien ! Autre synonyme: merenzao. Quant au caiño redondo, c’est un cépage obscur, possiblement apparenté à un vieux cépage du Sud-Ouest, le camaraou noir. Bien étudier ceci par cœur, c’est une possible question d’examen…

Information au sujet du Domaine: je lis que tout est certifié bio depuis 2005. Projet initié en 1991 par José Luis Mateo, avec la volonté de remettre à l’honneur les cépages locaux. Rencontre avec Raul Perez en 2000 (Raul Perez est vraiment partout …y compris dans le magasin d’Anthocyane, avec la cuvée Ultreia Saint-Jacques). Domaine de 24 hectares, sur 34 parcelles différentes. Géologie entre schistes et granit, sables et argile (rien que ça). Altitude des vignobles: entre 360 et 900 mètres.

Catégories
domaine rouge

Viña Ardanza, Seleccion Especial

La Rioja Alta, Viña Ardanza Reserva Seleccion Especial 2010

On oppose parfois les modernistes de la Rioja aux traditionnalistes en insistant sur le fait que les premiers, adeptes d’un élevage bref en barriques neuves, chercheraient à mettre en avant un intense fruité et donc le raisin. Sachant que les seconds misent au contraire sur un (très) long élevage en barriques anciennes, il est tentant d’en faire des spécialistes du bois.

La réalité est heureusement plus subtile: pour La Rioja Alta, Domaine traditionnaliste réputé, le bois est un moyen pour polir les tannins, pour civiliser le vin et jamais une fin en soi ! Il s’agit de micro-oxygéner le vin pendant de longs mois de façon à ce qu’il soit à pleine maturité dès sa mise sur le marché. L’élevage apporte une belle patine, une texture soyeuse, une aromatique complexe. La mise en bouteilles de ce Viña Ardanza a eu lieu en mai 2015. Vu la durée de l’élevage en barriques, le vin pourrait légalement être commercialisé comme un Gran Reserva.

Le Domaine accorde bien entendu une grande importance au travail à la vigne: petits rendements, vendanges manuelles, sélection des meilleurs raisins. Le transport des raisins vers la cave de vinification se fait en camion frigorifique, la cave elle-même est moderne: La Rioja Alta n’est pas un musée ! La tradition fait son entrée lorsque commence l’élevage. Le vin va passer de barrique en barrique, tous les six mois. Il est ainsi progressivement habitué au contact avec l’air.

Ce contact régulier avec l’air n’use pas le vin mais semble paradoxalement le rendre plus résistant: « ce qui ne tue pas rend plus fort ». Les meilleurs Riojas traditionnels vieillissent magnifiquement en bouteille, souvent mieux que les bombes fruitées modernes.

Ce Viña Ardanza est composé de 80% de tempranillo, issu d’un vignoble situé en Rioja Alta mais aussi de 20% de grenache, issu d’un vignoble situé en Rioja Oriental (cette sous-région s’appelait encore récemment Rioja Baja, mais les spécialistes de la communication ont estimé que « baja » pouvait être interprété négativement, comme le Bas-Rhin qui serait donc moins qualitatif que le Haut-Rhin).

Ce vignoble de grenache s’appelle La Pedriza: comme à Châteauneuf-du-Pape, on y croise une multitude de galets roulés, mais à une toute autre altitude: 550 mètres. Est-ce ce grenache qui confère à Viña Ardanza un petit supplément de douceur ?

Un mot encore sur un millésime exceptionnel : 2010 a été labellisé Seleccion Especial. Ce n’est arrivé que quatre fois pendant l’histoire de cette cuvée: en 1964, 1973, 2001 et donc, maintenant, en 2010. Viña Ardanza n’a pas été élaboré en 2011; le millésime 2012 vient d’arriver sur le marché, sans label Seleccion Especial.

En dégustation, un vin épicé, balsamique, avec de la cerise, du poivre et de la muscade. Un peu de réglisse et de café. Tannins élégants. Finale soyeuse et longue.

La Rioja Alta, Viña Ardanza Reserva Seleccion Especial 2010: quelques bouteilles sont en vente dans le magasin.

Catégories
blanc domaine

Vous avez dit « vieilles vignes » ?

Weingut Van Volxem, riesling Alte Reben 2019

Comment est définie une vieille vigne ? L’Afrique du Sud n’autorise cette mention que si les vignes ont atteint l’âge de 35 ans. En Europe, la mention n’est pas définie: le vigneron fait ce qui lui plaît. D’aucuns n’hésitent pas à afficher « vieilles vignes » sur l’étiquette alors que celles-ci sont …adolescentes.

Que signifie « Alte Reben » ? Littéralement, vieux ceps. C’est la terminologie utilisée habituellement en Allemagne pour désigner les vieilles vignes.

Je mélange ce qui précède, je secoue un petit coup et …voici un « Alte Reben » issu en partie de vignes âgées de 120 ans.

Mathusalem en bouteilles !

Les raisins sont issus de parcelles réputées (Wiltinger Klosterberg, Wawerner Ritterpfad, Kanzemer Sonnenberg, le premier mot indiquant le village, le second mot la parcelle), mais trop petites pour permettre l’élaboration de cuvées spécifiques, sous le nom de chaque parcelle. D’où cet assemblage.

Nous sommes au Domaine Van Volxem, en Sarre, à quelques kilomètres de la frontière belge (il suffit de traverser le Grand-Duché, d’est en ouest, pour se retrouver à Arlon): le paradis pour les amateurs de riesling !

A la dégustation, le premier nez est dominé par l’ananas et un peu de fruit de la passion. Après quelques minutes, apparaissent citron et citron vert. La bouche est sèche (malgré 8 grammes de sucre résiduel: magie de l’acidité qui rend sec ce qui ne l’est pas tout-à-fait), avec de la pêche, beaucoup de minéralité saline et puis du pamplemousse. Un degré d’alcool peu élevé (12%) n’empêche pas l’expression d’une certaine puissance: ceci n’est pas un riesling mosellan de style ultra délicat, il y a du fer sous le velours.

De mon point de vue, le vin mérite la carafe pour fondre et harmoniser les différents éléments. Un peu d’oxygène peut faire des miracles pour révéler la complexité ! Alternative hautement recommandable: laisser la bouteille se reposer en cave jusqu’en 2023, la récompense sera proportionnelle à la patience !

Le Domaine Van Volxem (c’est bien « Van », comme pour Ludwig Van Beethoven, origine belge dans les deux cas) fait partie des très grands noms de la Moselle. Il possède entre autres des vignes sur le Scharzhofberg, considéré comme le meilleur vignoble au monde pour le riesling. Le Domaine s’est doté récemment d’un bâtiment spectaculaire, en bord de Sarre. La capacité permet d’élever les vins en cuve …pendant cinq ans !

Van Volxem, Mosel, riesling Alte Reben 2019 (sec): quelques bouteilles disponibles dans le magasin.

Catégories
domaine rouge

Dão Niepoort: classique et d’excellent rapport QP

Niepoort, Dão Rotulo 2016

Dirk Niepoort est un homme de multiples projets. Au Portugal bien sûr, mais également en Espagne, en Autriche, en Allemagne, en Afrique du Sud, …Un vigneron vraiment « larger-than-life ». Il est loin le temps où la marque Niepoort était uniquement associée au Porto.

Rotulo incarne un projet dans la région du Dão: l’étiquette met d’ailleurs un énorme accent sur le nom de cette région, au point que le nom de la cuvée est relégué au verso. On ne voit que Dão !

Paradoxalement, je pense que le prix de ce vin pourrait le desservir: ses qualités gagneraient à être associées à un prix supérieur. La cohérence serait meilleure. Autrement dit, excellent rapport qualité-prix.

En dégustation, je suis frappé par l’équilibre classique de ce vin: finesse des tannins, fraîcheur sans forte « atlantité », parfaite intégration de l’alcool, transparence de l’élevage. Cela se boit très facilement et chaque gorgée génère un plaisir nouveau.

Si vous êtes à la recherche de quelque chose d’original, de très différent …non… pas ce Dão. Par contre, si vous cherchez le bon vin qui ne déplaira à personne tout en s’accommodant de bien des cuisines, c’est un billet gagnant !

On a affaire à de vieilles vignes (30 à 80 ans), plantées en altitude (600 mètres) dans une géologie granitique, typique de la région du Dão. Les vendanges sont manuelles, la fermentation et l’élevage s’effectuent en cuve-ciment (pas de bois).

On achète ce vin dans le magasin: Portugal, Dão, Niepoort Rotulo 2016

Catégories
domaine rouge

La soie et le velours

Lopez de Heredia, Rioja Viña Tondonia Reserva 2007

Millésime 2007. Ce n’est pas une faute de frappe, c’est la conséquence d’un élevage « à l’ancienne » comme le pratiquent encore quelques rares Domaines, gardiens de la tradition en Rioja.

Le style peut dérouter l’amateur de vins très sombres, fortement extraits, issus à 100% du tempranillo et élevés brièvement en bois neuf: Lopez de Heredia fait exactement l’inverse !

Le vin est d’abord élevé pendant 6 ans en barriques très anciennes (bois américain), il est ensuite mis en bouteilles et repose encore pendant de longues années (5 ans au moins) dans les caves froides du Domaine. Lorsque le vin est enfin commercialisé, il est à parfaite maturité, maintenant et pendant les dix prochaines années. Le tempranillo est bien entendu le cépage principal, mais il est complété avec une part non-négligeable de grenache (15%) et une pincée de graciano y mazuelo.

Les vignes sont en majorité …centenaires: plantation en 1913 et 1914. Altitude du vignoble: entre 438 et 489 mètres. Le Domaine dispose de sa propre tonnellerie, qui fabrique et répare les barriques d’élevage, avec pour objectif de les utiliser pendant 25 ans.

Il est possible que ce vin ne plaise pas, parce qu’il est incontestablement différent. Il est possible aussi que le goûter vous fasse rejoindre le cercle des amateurs qui le considèrent comme une des incarnations de la perfection.

La robe est franchement rouge, sans nuances violacées ni tuilées. Le nez est ouvert, noble, épicé avec des arômes de boîte à cigares. Cela rappelle l’univers des Bordeaux tels que l’on a cessé de les produire (à l’exception peut-être de Château Le Puy). La bouche est intense, avec des tannins fondus. C’est harmonieux et salivant. Des épices et un peu de tomate. On navigue entre le velours et la soie. C’est profondément sensuel jusqu’à défier l’analyse. Ce Viña Tondonia Reserva est un tout, une synthèse, un univers.

Pour l’automne et pour l’hiver, à déguster lentement …

Quelques bouteilles sont disponibles dans le magasin: Espagne, Rioja, Lopez de Heredia Viña Tondonia Reserva 2007

Catégories
domaine rouge

Denis Mortet: superbe Côte-Rôtie !?

Un anniversaire un peu particulier, fêté quelques heures après les nouvelles mesures annoncées par Rudi Vervoort. Cela faisait déjà un bon moment que nous avions compris que notre weekend du côté de Paliseul (où Maxime a installé sa Table) était une illusion, noyée dans le gel hydroalcoolique. Nous étions donc fins prêts pour un scénario alternatif et casanier.

D’un tire-bouchon assuré, le Gevrey-Chambertin En Dérée vieille vigne 2002 de Denis Mortet fut libéré de son flacon, tel le génie qui jaillit de la lampe… Pouf-pouf. Je m’égare.

Je me souviens, avec une pointe de nostalgie, de mes achats chez Bénévins, caviste schaerbeekois de la rue de Jérusalem. C’était au début du présent siècle, le millésime dudit Gevrey se chargeant aimablement de confirmer mes dires. Denis Mortet était alors une star, le vigneron en qui s’incarnait une nouvelle Bourgogne, faite de vins plus colorés, plus extraits et plus marqués par le fût neuf. Une réaction face à une certaine tradition bourguignonne qui pouvait parfois confondre légèreté et maigreur, voire attribuer au sacro-saint terroir toute sortes d’imprécisions, à la vigne comme à la cave.

Du vin a coulé sous les ponts depuis lors. Paix à l’âme, réputée torturée, de Denis Mortet.

En Dérée est un climat d’un peu moins de trois hectares, situé à l’extrême nord de la commune de Gevrey, là où celle-ci est contigüe à la commune de Brochon. Quelques parcelles de Brochon ont d’ailleurs droit à l’appellation Gevrey-Chambertin, le reste passant, je crois, en Côte-de-Nuits-Villages.

Et donc ? C’est vraiment très bon: grand fruité, grande fraîcheur (la première gorgée est franchement acide), profondeur des saveurs. C’est jeune, comme si l’évolution avait à peine commencé. Le boisé est fondu, l’alcool (13%) ne déséquilibre pas le vin. Beaucoup de plaisir. L’accord fonctionne vraiment bien sur la biche. On finit la bouteille sans le moindre effort…

Mais il y a un « mais ». A l’aveugle, je suis persuadé que j’aurais confondu ce Bourgogne avec une Côte-Rôtie ou, en tous cas, avec une syrah du Rhône Nord. C’est exactement la même erreur que celle que j’ai commise en 2005 en goûtant un Marsannay Longeroies 1998 de ce même Denis Mortet. Est-ce grave, docteur ? Disons que cela permet d’alimenter la conversation et la réflexion. J’ai passé un excellent moment avec ce vin dont l’origine géographique et ampélographique m’échappe.

Catégories
domaine rouge

Macédoine de fruits

Ô le joli titre ! A condition de se souvenir que l’appellation Naoussa se situe en Grèce septentrionale, plus précisément en …Macédoine.

Naoussa, c’est le terrain de prédilection du cépage xinomavro (littéralement acide-noir). Par goût assumé de la contradiction, je vous présente donc un 100% xinomavro qui ne distingue ni par sa couleur très sombre, ni par une acidité féroce. Le xinomavro est régulièrement comparé au nebbiolo (Barolo et Barbaresco en Piémont), même s’il n’y a aucune proximité génétique entre les deux cépages.

Couleur lumineuse, mais plutôt claire. Le nez est épicé, sur la cerise, avec beaucoup de précision. Quelques notes terreuses. La bouche est vraiment fruitée (…ça justifie mon titre…) et assez tannique. Facile à boire, comme il convient pour un vin issu de jeunes vignes. Très bon rapport QP ! Déguster légèrement rafraîchi. J’insiste « légèrement », sans quoi les petites tannins pourraient jouer les trouble-fête.

Le vin est élaboré avec des raisins en provenance de deux vignobles en altitude (200 à 500 mètres): Fytia et Trilofos. Géologie complexe: schiste, granite et calcaire. Climat continental chaud, rafraîchi par le vent en provenance du Mont Vermion (2.065 mètres). Vendanges manuelles, éraflage à 75%, macération et fermentation en acier inoxydable, élevage de 8 mois en cuve béton.

Thymiopoulos est un Domaine **** pour Hugh Johnson, avec une gamme entièrement dédiée au xinomavro: rosé (Rosé de Xinomavro, en français sur l’étiquette), vieilles vignes (γη και ουρανός Terre et Ciel), Aftorizo (vignes non-greffées), cuvées parcellaires (Vrana Petra, Kayafas), cuvée sans soufre ajouté, etc…

Le Domaine s’étend sur 38 hectares, mais il travaille en collaboration avec d’autres viticulteurs sur 60 hectares supplémentaires. C’est du bio, même si les étiquettes ne le mentionnent pas.

Apostolos Thymiopoulos, en version peu barbu

Decanter a consacré un long article au Domaine en juin 2020. Apostolos Thymiopoulos y est décrit comme l’un des vignerons qui tire les vins grecs vers un futur innovatif et une reconnaissance mondiale (ça sent la traduction automatique …et pourtant non). C’est un membre éminent de la nouvelle génération: Yiannis Economou (Crète), Kostis Dalamaras (Naoussa), Panagiotis Papagiannopoulos (Patras), Evriviadis Sclavos (Céphalonie), …voilà des noms intéressants pour l’amateur. A noter qu’Apostolos a appris le métier avec Haridimos Hatzidakis, le grand maître des vins de Santorin, décédé beaucoup trop tôt en 2017.

Tant qu’à faire grec, si vous passez par un Cora, essayez de trouver l’une ou l’autre bouteille du Domaine Lyrarakis (Crète): l’assyrtiko m’a enthousiasmé, en particulier par son prix inférieur à € 10.

Thymiopoulos, Xinomavro Young Vines 2018: disponible dans le magasin.

Catégories
blanc domaine rouge

Quel talent !

En passant, deux vins qui m’ont charmé, étonné, ébouriffé.

D’abord une Etoile jurassienne du Domaine de Montbourgeau, Savagnin, en millésime 2008. Bouteille achetée au Domaine en avril 2013 (€ 15). Enorme intensité, complexité de haut vol, équilibre parfait.

Il y a bien sûr un prérequis: apprécier le style oxydatif. Moi qui craignais que le vin puisse se révéler un peu brutal…Mazette, c’est tout le contraire: c’est un savagnin délicat et joliment apaisé. Décidément, un domaine remarquable avec lequel je ne partage que de très bons souvenirs: voir par exemple cet article.

Ensuite un Vin de France Le Grand Tertre (Domaine de la Ramaye), en millésime 2011. Origine: Gaillac (Sud-Ouest). Cépages: prunelard et braucol. Bouteille offerte par le Domaine en février 2013. Je me souviens très bien de ma visite au Domaine (j’y avais consacré cet article).

Le floral d’une belle syrah (ou, pour la couleur locale, d’une belle négrette), tannins joliment fondus sans le moindre soupçon de sécheresse, alcool certes présent mais se contentant d’apporter de la douceur à l’équilibre du vin. Intensité des saveurs fruitées.

Merci à Madame Nicole Deriaux et à Monsieur Michel Issaly ! Deux vins qui ne bénéficient pas de la notoriété d’une appellation prestigieuse et qui offrent pourtant des plaisirs d’un grand raffinement !