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dégustation domaine rouge

brocart

Comme de la soie, brodée de fils d’argent. Nez intense, floral et épicé. Bouche d’une texture extrêmement raffinée, sensuelle et voluptueuse.

Majoritairement grenache (70%), subtilement complexifié par quelques raisins de cinsault (20%) et de carignan (10%), ce vin au degré élevé (14,5%) porte sa richesse avec beaucoup d’élégance. Fine structure tannique, déjà fondue. Concentration et longueur.

Si vos goûts personnels vous portent exclusivement vers l’austérité des monastères les plus cisterciens, celui-ci pourrait ne pas vous convaincre. Dans le cas contraire, laissez vous séduire par ce somptueux Grand Pas de velours. Luxuriance plateresque, voire manuéline.

Attention, c’est addictif.

Domaine du Pas de l’Escalette, Terrasses du Larzac (Languedoc), Le Grand Pas 2018. Sur commande chez Anthocyane au prix de € 29.

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domaine rouge

Julien Bréchet à Gigondas

J’ai pris l’habitude d’écrire. En essayant, avec plus ou moins de bonheur, de raconter ce qui est vrai, sans tomber dans l’explication technique, froide, austère et, pour tout dire, chiante sachant que mon lecteur n’a pas la vocation de devenir un professionnel du vin.

A moi de débroussailler, de ramener le discours à son essence, de repérer l’anecdote pertinente, de faire jaillir l’humain derrière la grappe. A moi de faire la part des choses entre la mode insignifiante et la nouveauté qui mérite d’être connue, voire promue.

Il m’arrive bien souvent de pester face aux sites Internet de vignerons français, manifestement peu concernés par leur image et peu soucieux de partager une information récente qui éclairererait l’amateur curieux.

Alors, soyons beau joueur: il y a des exceptions à ce constat. Des sites Internet qui sentent le réel, le vécu, le ressenti. Des vignerons qui expliquent si bien qu’il serait vain de vouloir les paraphraser.

Je laisse donc très volontiers la parole à Julien Bréchet, vigneron à Gigondas, au Domaine des Bosquets.

J’avais envie d’un site assez personnel, digeste, qui ait du sens. Un site qu’on lit en entier, comme un bouquin.

Ce site est donc pensé comme un propos autour de ce qui fait l’ADN du domaine. Le ton est volontairement intimiste, et sans langue de bois. Il est agrémenté d’anecdotes, de points de vue, de moments marquants, qui ont jalonné notre parcours. Je n’ai pas cherché à rendre les choses différentes de ce qu’elles sont.

J’ai misé sur le fond, pas forcément sur la forme. L’important, ce n’est pas le contenant, c’est ce qu’il y a dedans…

Dans ce bastion rhodanien de l’assemblage, on s’est très vite mis à travailler à la bourguignonne, ce qui peut paraître paradoxal. Le parcellaire est devenu notre vision, l’expression du terroir notre religion. Je n’aime pas l’idée d’une cuvée spéciale. Mélanger les meilleures parcelles pour faire bon n’a aucun intérêt si cela n’a aucun marqueur de terroir, mais ce n’est que mon avis. Faire un vin non reproductible, et unique, là ça m’intéresse…

Mais au début l’idée n’était pas de faire différemment des autres, mais simplement de notre mieux. Et faire de notre mieux, ça nous a conduit à faire différemment. La pierre angulaire des Bosquets, c’est la diversité. Alors on a commencé à tout décortiquer pour comprendre…

On a donc refondu les processus de vinification, avec l’instauration de la vinification parcellaire, la rénovation du chai souterrain pour les élevages, et enfin, en 2016, l’aboutissement de cette pensée avec la création d’un atelier de micro-vinification en plus du chai originel. 7 ans plus tard, on est passé de 1 vin à 6… On explore.

Je reste persuadé que sur une appellation comme Gigondas, on peut faire 1000 vins différents. La diversité est partout. Altitude, orientation, sols, sous-sols, exposition au vent, au soleil, à l’influence des bois, bref… Tout demande d’aborder les choses dans le détail.

On va donc continuer à explorer. Et qui sait, peut être qu’un jour, comme me l’a prédit un immense vigneron des terroirs frais et sablonneux de Châteauneuf-du-pape, quand j’aurai maîtrisé suffisamment tous mes terroirs, je passerai à l’étape de composition, et ne ferai plus qu’un vin…

Au début, mes vins étaient probablement un peu trop extraits, un peu trop mûrs, un peu trop boisés. Un peu trop tout, en fait, mais ils tenaient debout quand même. Ils plaisaient énormément, mais pas pour les bonnes raisons. Ils plaisaient parce qu’ils étaient impressionnants. Ce n’était pas ce que je voulais. Mais à cette époque de mon histoire, ça m’a permis de faire connaitre un peu mieux le domaine, grâce à la presse.

Et puis après 2 ou 3 millésimes, ce qui en ressort, c’est qu’un tout petit geste fait au bon moment peut être extrêmement efficace. Il faut être mesuré et juste. Aux Etats-unis, ils ont un dicton: « Less is more… ». C’est Phil Cotturi, le pape de la viticulture en Sonoma et Napa, qui m’a expliqué ça. Je trouve ça très juste.

C’est un peu comme la musique. Si on l’écoute trop fort, on passe à coté d’énormément de détails. Et quand on baisse un peu le volume, parfois, tout devient plus audible, et on ressent des choses jusque là imperceptibles.

J’espère que ces quelques paragraphes vous donnent envie d’en lire plus. Bonne nouvelle, c’est facile et gratuit. Allez jusque ici et laissez-vous porter par la plume agile et acérée du vigneron. J’ai l’intuition que nous n’avons pas fini d’entendre parler de Julien Bréchet.

Anthocyane vend deux vins élaborés par le Domaine des Bosquets: voir le magasin. De vrais vins du sud (on n’essaye pas de faire passer Gigondas pour la banlieue de Beaune), avec du flair et un équilibre qui ne laisse pas l’alcool jouer au chef d’orchestre. Dans ce coin de France, ce n’est pas si courant.

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Kallstadt, Rings und riesling

photo prise dans le vignoble Saumagen en mai 2017, pendant une promenade

Kallstadt est un village du Palatinat qui peut se targuer d’avoir abrité la naissance de Frederick Trump, le grand-père de qui vous savez.

Plus sérieusement, ce village est réputé pour ses terroirs calcaires, où le riesling se sent particulièrement bien, en particulier le vignoble Saumagen (littéralement: estomac de cochon) qui est à l’origine de vins de très grande garde, d’ailleurs assez difficiles à déguster jeunes. Logiquement les vins issus du Saumagen sont commercialisés à des tarifs proportionnels à leur notoriété.

Cela pousse l’amateur à rechercher des vins issus de terroirs calcaires à Kallstadt, proches du Saumagen. Le Domaine Rings propose un tel vin, qui permet de se faire une première impression, en étant ni obligé d’attendre 10 ans, ni de puiser dans son épargne.

Un riesling sec, à forte personnalité, offrant intensité et finesse.

Steffen Rings

Le Domaine Rings est entre les mains de deux frères, Steffen et Andreas. Ils possèdent des vignes sur une superficie de 31 hectares. Tout a été vite: le domaine a été créé en 2001 sur la base de la ferme familiale qui produisait différents fruits et raisins destinés à la coopérative. Maintenant, Rings est membre de VDP, une association privée qui regroupe les meilleurs vignerons d’Allemagne, est passé en bio, reçoit 4 étoiles dans le guide Gault&Millau, se voit attribuer 3,5 étoiles par Hugh Johnson, etc…

Malheureusement, la presse francophone continue à ignorer les vins allemands. Soi-disant trop compliqués. Et pourtant, l’étiquette indique le nom du Domaine, le nom du village, le cépage, le millésime et c’est tout.

La contre-étiquette est certes rédigée en allemand, mais elle est informative: précisions géologiques, mention des rendements, mise en évidence des vendanges manuelles, accès au site Internet. Quelqu’un peut-il m’aider à percevoir la complexité ?

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Le riesling Kallstadt 2017 du Domaine Rings peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 19,50 pour mise à disposition le samedi 27 juin.

Le riesling Saumagen 2015 du Domaine Rings est disponible sur commande, au prix de € 45.

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dégustation domaine information

Offre de juin

Ce printemps aura été marqué, parmi bien d’autres sujets plus sérieux, par l’absence complète des dégustations proposées traditionnellement par les importateurs avec qui je travaille.

Sans avoir eu la capacité de goûter, il m’était difficile de constituer ma sélection.

Néanmoins, la créativité et le soutien de plusieurs intervenants m’ont permis de vous proposer d’abord une offre intitulée -avec une pertinence qui ne cesse de m’étonner- « Résistance ».

Ensuite de construire un stock de 18 vins de très bon rapport plaisir/prix, susceptibles de vous être transmis immédiatement. Avec ces vins-là, deux colis-découverte ont été fabriqués: 6 blancs du millésime 2018 et 6 rouges du millésime 2019.

Enfin, en rosé, Miraflors 2019 a manifestement plu, convaincu et remporté vos suffrages !

Et maintenant ?

L’évolution de la pandémie et les directives des Autorités permettent d’envisager à nouveau la dégustation, à la condition d’y mettre les formes, avec la ferme volonté de respecter la santé de tous et de partager un vrai moment de convivialité.

Certains estiment que la formule retenue n’est pas assez conviviale, d’autres estiment qu’elle leur fait prendre trop de risques, à un moment où le virus court toujours. Je comprends l’un et l’autre point de vue. J’accueillerai au mieux de mes possibilités ceux et celles qui me rendront visite ce samedi 13 juin. Pour rappel, cette dégustation est sur inscription préalable.

A l’attention de ceux et celles qui ne viendront pas, je me permets de suggérer la lecture des articles consacrés au Château Le Puy Emilien, au GPS du Domaine Pignier (ce qui se cache derrière ce patronyme bizarre y est expliqué) et aux Chinons du Domaine Baudry.

Je souligne également le plus que remarquable rapport plaisir/prix du Mâcon-Vergisson « Les Rochers » du Domaine Guerrin, particulièrement réussi en 2019. Ce vin est décidément trop bon marché !

La cuvée « Les Reliefs » 2015 du Roc des Anges respire la forme après quelques années de bouteille. Voyez cet article-ci, écrit en avril. C’était une comparaison avec « Ze Cinsault » du Pas de l’Escalette.

J’ai consacré un article au très sympa Petit Vin du Domaine Les Bosquets, mais conseille de ne pas négliger leur Gigondas Réserve qui conjugue avec talent un fort tempérament sudiste et un équilibre qui pousse à ne rien laisser au fond de la bouteille.

Le Grenache c’est bon quand c’est mûr. C’est comme ça. Inutile de faire l’inverse, ça ne marche pas. Il peut être équilibré seul sur de grands terroirs qui lui confèrent de la fraîcheur. Il est équilibré aussi quand d’autres cépages viennent le compléter dans une logique d’assemblage. Enfin, nos dernières investigations prouvent la valeur de la rafle en vinification, à condition qu’elle soit mûre. Site Internet du Domaine Les Bosquets

Le Pas de D. est la cuvée du Domaine du Pas de l’Escalette qui est confiée aux bons soins de Delphine, l’épouse de Julien Zernott. Année après année, c’est celle dont je raffole. C’est le rouge qui incarne par excellence le renouveau du Languedoc, qui démontre à quel point carignan + grenache + cinsault peut constituer un trio d’enfer.

Amusant d’enchaîner avec le Menetou-Salon « Vignes de Ratier » du Domaine Pellé, vu que Julien Zernott, avant de s’installer dans les Terrasses du Larzac, a été le vinificateur du Domaine …Pellé.

Commune de Morogues, terroir solaire (exposition sud-ouest) où la roche mère se trouve à quelques centimètres sous nos pieds; nous sommes là dans les vignes de Ratier. Une belle amplitude où les fruits à chair blanche surlignés de quelques notes poivrées se lient à une minéralité si particulière, voilà le vin. Ici le cépage s’efface pour laisser s’exprimer toute la richesse de ce terroir. Richesse qui d’année en année se précise et s’amplifie. Site Internet du Domaine Pellé

Gilles Lafouge est le prototype du vigneron sérieux, méticuleux et peu prolixe. Peu de mots. Pas de site Internet. Une discrétion qui peut s’expliquer par le fait que ses clients américains se chargent, année après année, de réserver à peu près toutes les bouteilles dont il dispose. Le style de la maison est basé sur l’élégance et sur un usage intelligent, modéré, du bois neuf.

Son Pommard est issu du lieu-dit Les Noizons, proche de Beaune, juste à côté du 1er cru Pézerolles et du célèbre Clos des Mouches, avec lesquels il partage une finesse que l’on n’associe pas forcément avec l’appellation Pommard.

C’est un vin délicat, qui murmure de bien belles paroles, sans lever la voix. Il requiert de l’attention, quelques instants de silence pour donner le meilleur de lui-même. La garde ne lui fait pas peur, mais il est prêt pour dégustation dès 2020/2021.

A la recherche d’un riesling de chez riesling ? Sec, dense, frais, minéral, prêt à boire ? Pourquoi ne pas opter pour le Kallstadt du Domaine Rings en Palatinat (Allemagne). Terroir de calcaire, assez proche du tuffeau ligérien, qui met en exergue la minéralité et la finesse. Le millésime 2017 est plus « cool » que 2018, ce qui me semble avantager ce type de vin.

Bref, il y a de quoi s’amuser !

Tous ces vins participent à la dégustation du 13 juin. Offre et programme téléchargeables ci-dessous. Les commandes seront clôturées le mardi 16 juin. Les vins seront disponibles à partir du 27 juin.

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GPS

Notre GPS nous emmène dans le sud du Jura, en direction de 39570 Montaigu. 612 kilomètres depuis Berchem-Ste-Agathe, via Reims, Troyes et Dijon.

Nous sommes au Domaine Pignier, dont je vous ai déjà proposé un superbe Crémant (chardonnay 80%, pinot noir 20%; Brut Nature), un chardonnay d’une grande pureté, qui évoque le riesling (« A la Percenette ») et même quelques bouteilles d’un Vin Jaune du millésime 2011.

Le GPS qui sert d’introduction à cet article est aussi le nom de la cuvée que je présente ici. GPS pour gamay blanc, poulsard et savagnin. Bon, le gamay blanc est un ancien surnom local du chardonnay…

Situé dans la reculée du val de Vallière, le vignoble est complanté (les trois cépages sont mélangés, sur une même parcelle), ce qui a pour conséquence que les différents cépages sont vendangés au même moment, comme cela se pratiquait il y a plusieurs dizaines/centaines d’années. D’où l’expression « vin blanc d’antan » sur l’étiquette.

Les trois cépages sont pressés ensemble, le contact avec les peaux est bref, le vin est donc un blanc, malgré la présence d’un raisin rouge dans l’assemblage. Il s’agit d’un blanc ouillé, terme légèrement barbare pour désigner simplement un vin blanc sec classique, élevé à l’abri de l’oxygène, comme on le fait par exemple en Bourgogne.

GPS n’est donc pas un vin jurassien typé, oxydatif, plein de noix et de curry: j’adore ça, mais pas ce coup-ci !

La famille Pignier: deux frères et une soeur

Autre spécificité: GPS est un « sans soufre ajouté« , méthode très respectable lorsque le vigneron la maîtrise pleinement. Amateurisme et « sans soufre ajouté » sont incompatibles, à moins d’accepter de boire des liquides défectueux, que certains opportunistes tentent de faire passer pour des vins de terroir.

En l’absence de soufre, une option consiste à moins dégazer le vin au moment de la mise en bouteilles, le CO² dissous ayant un effet protecteur intéressant, remplaçant celui qu’aurait apporté le soufre. Conséquence pratique de la présence de gaz carbonique: il n’est pas impossible que les fins palais détectent une légère pétillance. Cela disparaît rapidement par simple agitation du verre.

La bouteille telle que bue ce mercredi 03 juin

L’œil attentif détecte un discret reflet rosé (40% de poulsard). La structure est puissante, conjuguant gras et acidité. Pamplemousse, bière blanche, salinité. Une pointe florale, évoquant la rose. Vin dense, intense et persistant. Fort jeune et un tantinet sauvage.

Lorsqu’il se réchauffe, son profil évolue progressivement vers le Sud, rappelant alors le style des vins blancs du Rhône nord. En raison du degré d’alcool relativement élevé (14%), je préfère quant à moi le servir bien frais.

Mérite sans doute un peu de garde pour fondre et harmoniser la palette des sensations; ou un bon passage par la carafe, si telle est l’impatience. L’absence de protection par le soufre ne pose pas le moindre problème: pureté et précision des arômes à chaque moment de la dégustation.

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. GPS peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 22, pour mise à disposition le samedi 27 juin.

Le Crémant du Jura Brut Nature est également disponible, sur commande, au prix de € 20,50.

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Château Le Puy: Bordeaux …or not Bordeaux ?

La réponse à cette question est évidente: c’est un Bordeaux, en appellation Francs Côtes de Bordeaux, à quelques encablures au nord-est de Saint-Emilion. L’assemblage se compose de 85% de merlot, complété par les frères cabernets et épicé par le malbec, ce qui est en tous points conforme à ce que l’on attend d’un Bordeaux de la Rive Droite.

Seulement voilà. Ce n’est pas aussi simple. Des rebelles, il y en a partout, même à Bordeaux, réputée bourgeoise et bien-pensante. Des vignerons qui décident de faire leurs vins, en dépit des modes, des habitudes, des oukases œnologiques, des regards en coin et des moues dubitatives.

Je vous aurai prévenu. Si vous aimez le Bordeaux tel qu’on le fait généralement aujourd’hui, avec beaucoup de tout (couleur, alcool, boisé, euros, …), je vais vous perturber en vous initiant à l’antithèse de ce qui précède.

Le Bordeaux infusé en opposition avec le classique Bordeaux (sur)extrait. C’est une simplification, certes, mais elle est parlante. Malgré le très chaud millésime 2015, Émilien est frais, élégant et floral. Le degré d’alcool ? 13%. Le même bouleversement climatique affecte Le Puy que les châteaux des collègues qui affirment pourtant qu’il leur est aujourd’hui impossible de vinifier à moins de 14,50% voire 15%. Comme quoi.

La famille Amoreau, propriétaire de père en fils depuis 1610, fait le vin non pas comme il y a 30 ans, mais comme il y a un ou deux siècles. C’est-à-dire sans utiliser la moindre poudre de perlimpinpin. Juste une petite goutte de sulfite lors de la mise en bouteilles.

L’élevage ne fait appel à aucune barrique neuve, le choix se portant sur le foudre et la barrique de plusieurs vins. Pour la cuvée Émilien, c’est uniquement le foudre.

Ce style permet-il la garde en cave ? Le Domaine vend encore des bouteilles des années ’70 et ’80 du siècle passé. Est-ce une réponse satisfaisante à la question ?

On affirme parfois que les vins de Le Puy sont les meilleurs Bourgognes élaborés à Bordeaux. Ou encore que Le Puy est un domaine bio …depuis 1610.

Le Domaine a, enfin, fait son entrée dans le Guide Vert de la RVF qui lui a immédiatement attribué une étoile. Comme chez Michelin, c’est une pratique rare. Une façon de reconnaître qu’on aurait pu être plus attentif plus tôt ? Je me souviens très bien d’Émilien 2010 qui méritait déjà plein d’éloges !

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Émilien peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 27, pour mise à disposition le samedi 27 juin.

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Le Petit Vin des Bosquets

Carte en provenance de l’Atlas des Vins de France de Laure Gasparotto

En préparant la dégustation du 13 juin, je tombe -c’est indolore- sur le vin d’entrée de gamme du Domaine des Bosquets à Gigondas. Cela s’appelle Le Petit Vin des Bosquets, en appellation Vin de France. C’est un GSM équilibré (un tiers grenache, un tiers syrah,un tiers mourvèdre), issu de parcelles sur Gigondas (jeunes vignes) et sur Séguret.

On m’annonce des rendements faibles (25 hectolitres/hectare), une petite production (4.000 bouteilles), une vendange manuelle et 1 an d’élevage en cuve béton.

Mon pouce sert à camoufler le vin qui a coulé sur l’étiquette…

Le vin est direct, charnu, aguichant et juteux. C’est punchy avec de bons petits tannins. Fruit très extraverti, en veux-tu, en voilà !

Bien entendu, les 14% d’alcool sont perceptibles, ce qui pourrait peut-être lui nuire dans un exercice de dégustation à l’aveugle. Mais une fois le palais calibré pour apprivoiser la bête, on profite pleinement de la garrigue et du soleil. C’est de la joie en bouteille. Les soucis s’évanouissent comme par enchantement.

Avez-vous descendu un jour -il y a longtemps- l’escalier qui menait à la cave des « Vins du Rhône », succursale de Chaumont-Gistoux ? Vous souvenez-vous, par exemple, des vins de La Réméjeanne et de l’Oratoire-Saint-Martin ? C’est dans cette atmosphère un peu nostalgique que le Petit Vin des Bosquets m’a plongé…

On peut finir la bouteille, c’est dimanche !

Il se mettra volontiers au diapason de nos tables déconfinées. « Petit Vin » si l’on se réfère au prix (€ 9.90), bien plus grand vin si on se réfère au plaisir procuré ! On peut le garder quelques années, mais je suggère plutôt de lui faire un sort dès cet été !

Sur commande.

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Julie et Jean-Marie

Un de nos restaurants préférés, la Brasserie Julie à Dilbeek, propose à présent une formule à emporter, intitulée le Buffet Juliette.

Samedi, c’était Bouchée à la Reine et son cortège de champignons, ris de veau, volaille, pâte feuilletée et pommes Duchesse. Nous n’avons donc pas résisté. Portion royale et beaux produits. Explication détaillée (en néerlandais) pour bien gérer les temps de réchauffement au four des différents ingrédients.

Un jour, nous retournerons à la Brasserie Julie. Le plus tôt sera le mieux. De toute façon, les tables étaient déjà assez éloignées les unes des autres AVANT. Je me réjouis de revoir l’excellent sommelier, Jori Van Ginderdeuren: il combine compétence, sens de l’accueil et sens de l’humour. What else ?

Le plat appelle le Bourgogne blanc avec conséquentes heures de vol. Je jette mon dévolu sur un flacon mâconnais, à savoir Le Mâcon-Pierreclos Le Chavigne 2002 du Domaine Guffens-Heynen.

A l’attention de ceux et celles qui ne connaitraient pas Jean-Marie Guffens, c’est un Limbourgeois qui s’est installé il y a une quarantaine d’années à Vergisson, au pied de la Roche éponyme. Il parle limbourgeois et bourguignon. Pour ce qui est du néerlandais et du français, c’est moins clair. Il y a quelque chose en lui d’Arno. Humour féroce, humeur imprévisible. Franc-parler qui ne se fait pas que des amis.

Le personnage ne suscite pas forcément la sympathie, mais les vins qu’il élabore sur son petit domaine ne m’ont jamais laissé indifférent. C’est un grand-maître du chardonnay. Il est aussi négociant sous le nom de Verget, ce qui lui permet de proposer des vins de la Côte d’Or et du Chablisien en supplément aux vins locaux.

La robe de ce Mâcon-Pierreclos est franchement dorée. Le nez confesse son âge: le champignon et la forêt humide dominent l’aromatique. La bouche ne peut cacher une légère oxydation. Mais celle-ci accompagne avec élégance un vin riche, intense et savoureux. Les deux premiers verres bus, je me pose néanmoins quelques questions sur la relative absence de complexité du breuvage. Le doute s’installerait-il ?

Indispensable: faire preuve d’un peu de patience, le temps requis pour que ce vin respire après 17 ans de réclusion, pour qu’il se fasse au verre, pour qu’il tiédisse légèrement. C’est magique. Le dernier verre est magistral, avec une tension chablisienne, une touche de coquille d’huître. Quelle persistance ! Un vin vieux, certes mais pas décati.

Respect pour les Anciens !

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D’une pierre deux coups: Viré-Clessé

Nous sommes dans le sud de la Bourgogne, dans le département de Saône-et-Loire, dans le Mâconnais, à califourchon entre les villages de Viré et de Clessé. Depuis 1999, ces deux villages, ainsi que les villages voisins de Montbellet et de Laizé, forment ensemble l’appellation Viré-Clessé, sur 400 hectares de vignes. Le chardonnay est le seul cépage admis par l’appellation.

Quand le millésime s’y prête, certains vignerons proposent des vins demi-secs et moelleux, en vendanges tardives, parfois marqués par la pourriture noble (botrytis). Ces derniers sont connus sous le nom de vins levroutés. La teneur en sucres résiduels se situe entre 8 et 18 grammes par litre. Le degré alcoolique est supérieur ou égal à 14%. Unique en Bourgogne !

Bien entendu, l’appellation produit une majorité de vins secs, souvent caractérisés par une confortable rondeur et une aromatique de fruits exotiques. Le pari à gagner par les meilleurs vignerons est d’équilibrer cette richesse par une fraîcheur de bon aloi.

J’ai goûté ce vendredi un vin du Domaine André Bonhomme. Ce domaine, sis à Viré, a été créé en 1956 par le vigneron éponyme. Aujourd’hui, ce sont les petits-fils Aurélien et Johan qui sont aux manettes d’un vignoble de 11 hectares. Ils élaborent un Mâcon-Villages avec les raisins issus des parcelles hors appellation Viré-Clessé, un Mâcon rouge (gamay) et une assez longue séries de cuvées en appellation.

Le vin goûté est le Viré-Clessé Cuvée Spéciale 2017: assemblage de plusieurs parcelles âgées de 45 à 75 ans. Cette Cuvée Spéciale est accessible et polyvalente: rien d’extrême, rien qui soit destiné à surprendre. L’équilibre est excellent entre rondeur (13,5%) et fraîcheur. C’est diantrement gourmand !

L’aromatique est plutôt ensoleillée et fruitée, avec quelques nuances tropicales. Le vin est sec, rien à voir avec une version levroutée ! La finale est longue et nette, une acidité citronnée jouant le rôle du point d’orgue. L’élevage, effectué partiellement en cuve inox et partiellement sous bois, est joliment intégré, au sens où il ne se met pas en avant.

Il y en a en stock en ce moment, au prix de € 15.

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Bernard Baudry, l’incarnation du Chinon

Matthieu et Bernard Baudry

Bernard Baudry recherche la dimension soyeuse et civilisée des chinons, tout en restant au plus près de leur expression de terroir. Cette démarche qu’il poursuit désormais avec son fils Matthieu, se double d’une certification bio. Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. Le Domaine est noté **.

Grande famille de Cravant, les Baudry travaillent en duo: Bernard s’entend à merveille avec son fils Matthieu. Ils ont bâti leur réputation sur des cabernets francs de garde, séveux, denses et longs, dans un domaine qui compte 30 hectares dont deux de blancs. Le Guide des Vins bettane+desseauve, édition 2019. Le Domaine est noté ***.

Cap sur la Loire et les chinons du Domaine Bernard Baudry.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une précision: la cuvée dite « Domaine » n’est pas la cuvée d’entrée de gamme, ce statut étant plutôt l’apanage de la cuvée « Les Granges », vin fruité et gourmand à déguster dans sa jeunesse. « Les Granges » est issu des vignes plantées dans les alluvions constituées par la Vienne, affluent de la Loire.

Traditionnellement, la Loire est une région où l’effet millésime joue un rôle important. En pratique, les derniers millésimes ont tous été chauds: c’est vrai pour 2015, 2016, 2017 et 2018.

Comme d’autres villages ligériens, Chinon a été durement touché par le gel des 26 et 27 avril 2016. Comme l’hiver avait été doux, les bourgeons ont méchamment dégusté, avec comme conséquence une forte réduction des rendements et donc du volume. Par contre, dès la fin juin, les conditions météo ont été franchement favorables, ce qui a contribué à la remarquable qualité de ce millésime.

Dégustation comparative: « Domaine » 2016 et « Les Grézeaux » 2018

Le même vigneron, le même cépage (100% cabernet franc), quelques kilomètres entre les parcelles et pourtant, deux vins aux profils fort différents.

« Les Grézeaux » affichent une couleur dense, franchement violacée. Le nez est riche et met en appétit. La bouche est soyeuse, riche en fruits et surtout pulpeuse, presque comme la pulpe dans un jus d’oranges fraîchement pressé: une densité qui en met plein les papilles. Ce vin issu de vieilles vignes (+/- 60 ans) est élevé en barriques anciennes qui oxygènent sans marquer aromatiquement.

C’est bien mûr (13,5%) avec une structure tannique assez légère et beaucoup d’élégance. Difficile de ne pas sourire pendant la dégustation d’un tel vin, difficile de ne pas s’en resservir. A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des meilleures cuvées du Domaine Frédéric Mabileau (St-Nicolas-de-Bourgueil).

« Domaine » présente une robe d’un beau rouge franc, sans reflets violacés. Le nez est floral, poivré, précis. La bouche est structurée, construite sur le couple tannins/acidité. Le vin est dense et énergique, peu marqué par la douceur de l’alcool (12,5%). On sent qu’il est au début de la phase de maturité: aujourd’hui, je suggère de le carafer. Ce vin est sans doute plus cérébral que « Les Grézeaux », mais je soupçonne une grande capacité à vieillir harmonieusement, en se détendant progressivement. « Domaine » est un vrai vin ligérien, de profil plutôt nordiste, malgré la canicule de l’été 2016. L’équilibre est souverain.

A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des cuvées du Domaine de La Chevalerie (Bourgueil). Prenez cette comparaison pour ce qu’elle vaut: une simple indication, manquant certes de précision.

Constat: les vins étaient très bons hier soir. Ce midi, ils sont excellents ! Une fois de plus, une bouteille ouverte depuis une bonne douzaine d’heures se révèle supérieure à la bouteille ouverte à l’instant. Le cabernet franc respire et libère tous ses parfums …quand on lui en donne le temps !

« Domaine » 2016 est en stock chez moi au prix de € 13. « Les Grézeaux » 2018 est disponible sur commande au prix de € 17.

« Les Grézeaux » est en dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable.

La ville de Chinon, aux pieds de la forteresse

Sont également disponibles sur commande: « Domaine » 2018 à € 14 et « Le Clos Guillot » 2017 à € 22. Ce dernier vin a obtenu la note de 17/20 dans Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. « Le Clos Guillot » est un voisin du Chêne Vert (Charles Joguet) et du Coteau de Noiré (Philippe et Pierre Alliet). Les vignes ont été plantées entre 1993 et 2000. L’élevage est effectué en barriques anciennes. C’est assurément un beau vin de garde, susceptible de vieillir 10 à 15 ans.

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Centenaire

Voilà une cuvée diantrement appétissante !

Ce 2018 offre exactement ce que l’on peut attendre d’un blanc du Sud à prix doux: de la rondeur mais pas de surcharge alcooleuse (13%), de la fraîcheur mais pas d’acidité dominante, du nez mais sans exubérance excessive.

Les vignes de grenache blanc/gris (80%) sont VRAIMENT vieilles, d’où le nom de la cuvée: Centenaire. Je soupçonne que la roussanne (20%) provient de vignes plus jeunes.

Élevage dans l’inox pour le grenache, dans le bois pour la roussanne. Le boisé est discret, bien dosé.

L’équilibre repose sur la combinaison entre une acidité plutôt basse et une fine amertume, perceptible en finale. Profil gastronomique large, facile à accorder avec plein de mets différents. Servir bien frais et puis profiter de la température qui grimpe gentiment pendant le repas. Possède le potentiel pour être gardé 2 ou 3 ans.

Domaine Lafage, Côtes du Roussillon, Centenaire 2018. J’en ai en stock en ce moment au prix de € 11.

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Le saumon de Sven Leiner

Flirter avec ce saumon mariné à l’huile de sésame, piment, miel, coriandre, « fish sauce » et ail constituait un bel exercice matrimonial pour ce riesling allemand sec, d’un style assez riche malgré un degré alcoolique sympathiquement limité à 12%.

Ô oui, joli mariage. L’acidité du riesling répond bien au doux-piquant extrême-oriental du plat. Une acidité qui ne fera néanmoins fuir aucun palais peu habitué aux acidités extrêmes de certains vins allemands. Une acidité enrobée. Le style du vin est d’une certaine façon assez proche de ce que produisent les meilleurs vignerons alsaciens. En cela il constitue une bonne introduction au monde fascinant du riesling allemand (un conseil: ne me lancez pas sur ce thème ou soyez sûr de disposer de quelques heures…).

Le Domaine de Sven Leiner est installé à Ilbesheim, village palatin situé à 25 kilomètres de Wissembourg, la porte du vignoble alsacien. C’est un Domaine bio et biodynamique, certifié par Demeter. Il symbolise son attachement à la biodiversité en parsemant ses étiquettes d’insectes locaux, comme cette mignonne guêpe parasitoïde de la famille des Ichneumonidae.

Le riesling Göcklingen 2015 est ce que l’on appelle un « ortswein » (à peu près l’équivalent d’une appellation « villages » en Bourgogne), Göcklingen étant le nom de ce village, voisin d’Ilbesheim. Je l’ai trouvé plus concentré que délicat et plus pêche que citron.

Sur commande chez Anthocyane pour € 18,50.

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Coppo La Rocca, Gavi, 2018

Le texte ci-dessous est intégralement pompé d’un e-mail rédigé il y a quelques mois par un commerçant en vin. Circonstance atténuante, le commerçant dont question, c’est moi.

Coppo est un domaine familial créé à la fin du XIXème siècle. Il se situe à Canelli, dans le Piémont, entre Alba et Asti. Il propose une large gamme de vins effervescents, de vins rouges en appellation Barbera d’Asti et un Moscato d’Asti.

Leur cuvée haut de gamme Pomorosso est une habituée des Tre Bicchieri, la récompense suprême délivrée par le guide Gambero Rosso.

La cuvée L’Avvocata les a obtenus pour son millésime 2017. Malheureusement, lors de la dégustation chez l’importateur, L’Avvocata 2018 ne se goûtait pas très bien. Je serai attentif à 2019.

Par ailleurs, Coppo gère depuis fort longtemps, en appellation Gavi, une propriété du nom de Tenuta La Rocca. Gavi est une DOCG (dénomination d’origine contrôlée et garantie …mamma mia !) qui se situe plus à l’est. C’est toujours le Piémont, mais la Ligurie et Gênes font plus que pointer leur nez. Le cépage cortese est ici sur son terrain de prédilection: Gavi et cortese font manifestement très bon ménage. Ailleurs, ce cortese a la réputation d’être à l’origine de vins un peu simples.

La Rocca, ce sont des vignes en altitude (320 mètres), en exposition sud et sud-est, sur terroir marno-calcaire. Vendanges manuelles, pratiques dans l’esprit du bio et de la biodynamie (sans certification), fermentation malolactique non-effectuée pour conserver la fraîcheur, élevage en cuves inox (pas de bois). 13%.

Le vin est floral et minéral. Une p’tite touche de citron et de miel. Souriant et aérien. Délicat, équilibré et tonique. Parfaitement sec. Un très bel apéro !

J’en ai en stock en ce moment. € 13 les 750 grammes. Livré dans une bouteille en verre, avec un bouchon et une collerette.

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Le Pas des Anges

Difficile de départager les duellistes. Ce Roussillon-Languedoc restera dans les annales mais il se conclut par un match nul. Le carignan n’a pas terrassé le cinsault. Et vice-versa.

A priori, deux cépages aux caractéristiques si différentes. L’énergie brutale du carignan, comme un cheval qui refuse le dresseur. La finesse, voire la délicatesse du cinsault, comme un cousin méridional du pinot noir.

cinsault à gauche, carignan à droite

Et pourtant, les cépages ne sont ici que des outils pour transmettre à l’heureux dégustateur les caractéristiques d’un lieu, les caprices d’un millésime et la vision de deux couples de vignerons inspirés.

Quand on compare, on a tendance à mettre en évidence les différences. Parfois, ce sont les ressemblances qui m’interpellent. Ces deux vins ont en commun une texture hautement civilisée, polie et soyeuse. Ce sont, l’un comme l’autre, les Nouveaux Classiques. Des vins du Sud qui s’assument comme tels sans que ni alcool ni élevage ne perturbent leurs équilibres hauts.

Reliefs 2015 du Roc des Anges est concentré, sérieux et séveux. Intense ? Yes ! Équilibré ? Yes ! Persistant ? Yes ! La démonstration du formidable potentiel des vieux carignans. En l’occurrence, les vignes ont été plantées entre 1911 et 1944…

Ze Cinsault 2018 du Pas de l’Escalette est zouple, zéduisant, zouriant, zensuel et zavoureux. Oui, on perçoit une certaine chaleur, elle enveloppe le palais dans une douceur harmonieuse, veloutée, sans fatigue. La dégustation est décidément un voyage…

Je voudrais vraiment partager ces deux belles bouteilles autour du bar, à la maison. Les commentaires des uns enrichiraient les perceptions des autres. On se battrait gentiment pour savoir si l’une ne mérite pas un demi-point de plus que l’autre. Puis on changerait d’avis à la seconde gorgée. Les circonstances décident que cela n’aura pas lieu.

Le Roc des Anges, Reliefs 2015, IGP Côtes Catalanes, 13.0%, bio et biodynamique (Biodyvin) – € 22,50

Le Pas de l’Escalette, Ze Cinsault 2018, IGP Hérault, 14.5%, bio et biodynamique (Biodyvin) – € 23,50

Marjorie Gallet, Le Roc des Anges

PS: je connais les commentaires d’experts qui évoquent la radicalité stylistique du Roc des Anges et qui se demandent si la beauté diaphane ne tourne pas à la maigreur rachitique. Je concède volontiers que les vins blancs du Domaine peuvent surprendre, voire ne pas plaire, vu leur étonnante septentrionalité. Par contre, ce Reliefs 2015 est radicalement impossible à cataloguer sous la rubrique « tannins pas mûrs », sauf à faire preuve d’une solide dose de mauvaise foi.

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Frédéric Mabileau, St-Nicolas de Bourgueil, 2011

deux personnages masqués: serait-ce prémonitoire ?

N’est-il point trop tard ? Aurais-je dû boire ceci il y a un lustre ? Suis-je condamné à sucer un squelette que la chair a fui ? Cette cuvée est-elle capable de mystifier le temps qui passe (inexorablement) ?

« Les Rouillères » ont balayé en quelques instants mes doutes existentiels. C’est du cabernet franc, c’est vinifié proprement, ça a été conservé à l’abri des canicules, des sécheresses, des tremblements et des méchants …ça résiste !

Bien sûr, je n’escomptais ni la queue du paon, ni l’explosion psychédélique des goûts et des couleurs. Attentes irréalistes, dégustation désillusionniste, selon le vieil adage ligérien que je viens d’inventer. Sachant qu’il s’agit d’une cuvée plutôt simple, on ne peut être que charmé par l’équilibre dans la verre et par la framboise très pure dans le nez. C’est élégant avec quelques petits tannins mignons et bien fondus pour finir sur une sensation énergique.

Frédéric Mabileau

Je suis d’autant plus touché que Le Domaine Mabileau produit -bon an mal an- 100.000 bouteilles de Rouillères. On est loin de la mini-parcelle hyper-bichonnée qui finit par accoucher d’une seule barrique. Les Rouillères, c’est la démonstration que l’on peut faire bon et beaucoup. Attention, rendements maîtrisés, il ne s’agit pas de faire pisser la vigne !

Et puis, ce flacon fait remonter les souvenirs à la surface: ce 2011, je l’ai reçu au Domaine, au printemps 2013, lors d’un « voyage d’étude » en Touraine. Après avoir goûté 2011, j’ai décidé d’importer 2012, puis 2013…

Domaine Frédéric Mabileau, à St-Nicolas-de-Bourgueil, Les Rouillères 2011. Vignes de 25 à 40 ans, vendange manuelle, vin issu de raisins de l’agriculture biologique, 12,5% et élevage en cuve inox.

Le Domaine est récemment passé à la biodynamie (Biodyvin).

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Le Pas de l’Escalette: des blancs de haute voltige

Julien Zernott et Delphine Rousseau, les vignerons: ils sont installés depuis 2003.

On associe spontanément le Languedoc au vin rouge. C’est d’autant plus légitime que les cépages blancs ne représentent que 9% des surfaces plantées dans la région. Parmi ces cépages blancs, qui mène la danse ? L’ubiquiste chardonnay qui a envahi 14.000 hectares qui n’avaient pourtant fait de mal à personne. J’ai beaucoup de respect pour le chardonnay, mais j’avoue ne pas bien comprendre l’intérêt de vouloir l’acclimater partout et n’importe où. On me rétorquera que c’est ce qui se vend…

Il est vrai que la notoriété du terret bourret laisse à désirer, que le carignan blanc n’est jamais qu’une mutation de la version noire (et ce qui mute n’a pas forcément bonne presse en ce moment) et que le grenache blanc, encore une mutation, a une sacrée tendance à s’oxyder quand le vigneron regarde ailleurs…

Que voulez-vous que l’on fasse avec des zèbres pareils ? Eh bien, on peut en faire, avec du talent et du travail, des vins qui ont la gueule du lieu dont ils proviennent. Le terret a au moins deux qualités précieuses dans le sud: les vins à base de ce cépage gardent de la fraîcheur (acidité plutôt élevée) et leur degré en alcool n’est pas excessif. Le carignan blanc joue sur cette même gamme, en conférant également des arômes citronnés aux vins qui en contiennent.

Cette introduction n’est pas tout-à-fait innocente, puisque, grâce à la grande générosité de l’importateur, j’ai eu l’occasion de goûter très récemment les deux cuvées blanches du Domaine du Pas de l’Escalette: les Clapas 2018 et le Mas Rousseau 2018.

Les Clapas est un assemblage de grenache blanc (50%), de carignan blanc (40%) et de terret (10%); Le Mas Rousseau est un pur carignan blanc, vieilles vignes, issu d’une parcelle de 30 ares. Pour visualiser, 30 ares c’est l’équivalent d’un carré de 55 mètres de côté.

Les comparer est une très agréable et instructive expérience. C’est d’autant mieux d’ailleurs quand on ne s’y attend pas et qu’on tente un accord mets-vin qui doit tout au hasard. Bref, nous mangeons ce soir-là nos premières asperges blanches (servies froides), accompagnées d’un cœur de saumon fumé. Honnêtement, je n’aurais pas tenté cette association, mais l’occasion fait le larron !

Les deux vins sont très différents l’un de l’autre: Les Clapas, de couleur très pâle, évoque le zeste d’orange épicé, avec une structure plutôt nordiste: assez peu de gras, beaucoup de verticalité, de tension crayeuse. Une fine amertume qui va s’avérer précieuse lorsque le plat …j’y reviens plus loin. Vin d’une d’une grande classe, frais (alcool: 13,5%), complexe (nuances anisées et iodées) et long. Nous sommes dans les Terrasses du Larzac, en altitude (350 à 400 mètres), sur des sols calcaires. Un lieu qui permet de réconcilier le Nord et le Sud: le meilleur des deux mondes.

Mas Rousseau, d’une couleur légèrement plus soutenue, a le nez relativement peu loquace. Par contre, la bouche est -déjà- splendide: beaucoup de gras, avec des nuancées fumées qui pourraient évoquer un très beau pinot gris sec. Cette richesse n’a rien à voir avec la pesanteur de l’alcool (13%) mais tout à voir avec la concentration de la matière. Et cela sans nuire à l’équilibre du vin. Finale éclatante et finement amère. On est clairement dans le Sud, mais un Sud épuré, oserais-je …sublimé.

Sans surprise après ce qui précède, l’asperge et Les Clapas, c’est magnifique: on est dans le ton sur ton, vin et légume se répondent et se renforcent l’un l’autre, les fines amertumes collaborent avec un naturel confondant. Très bel accord. Avec le saumon fumé, …bof…, le vin paraît soudain moins précis: ces deux là n’ont pas grand-chose à se raconter, du moins ce soir.

Et Mas Rousseau ? C’est tout à fait bien avec l’asperge, sans toute la magie de l’accord avec Les Clapas. Avec le saumon, c’est encore mieux: un ton sur ton qui joue cette fois sur le gras et le fumé, un accord confortable et savoureux, sans mollesse.

Le Domaine du Pas de l’Escalette est en bio et en biodynamie certifiée par Biodyvin. Le Guide Vert de la RVF attribue deux étoiles au Domaine. Les rouges sont tout aussi intéressants, j’y reviendrai certainement le moment venu.

Les Clapas 2018 peut être réservé (€ 25) jusqu’au dimanche 03 mai 2020 inclus; pour Mas Rousseau, je crains que les volumes disponibles en Belgique ne soient microscopiques…

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Javier Sanz, Bruñal, 2017

Javier Sanz est un spécialiste reconnu du vin blanc castillan, en particulier celui qui est élaboré avec les cépages viura, sauvignon et verdejo, sous appellation Rueda. Il est propriétaire d’une parcelle (2,27 hectares) de verdejo pré-phylloxérique, la cuvée portant le nom révélateur de « 1863 », vignes de plus de 150 ans !

Cela ne le prédestine pas à se muer en sauveur d’un cépage rouge, en voie d’extinction en Espagne, le bruñal. Et pourtant !

Quelques recherches ampélographiques plus tard (en période de confinement, qu’il est agréable de fourrer son nez dans de précieux grimoires, fussent-ils digitaux), la lumière m’apparaît soudain: certes, le bruñal a presque disparu du territoire espagnol, mais il est bien connu de l’autre côté de la frontière portugaise, sous le petit nom d’alfrocheiro. Çà nous fait une belle jambe !

Javier Sanz

Dans le verre, le vin est riche en couleurs et en parfums: c’est bourré de fruits rouges et appétissant en diable. La bouche pourrait évoquer un beau et bon gamay croquant, dans un style peu habituel dans cette région d’Espagne, au climat féroce. C’est tout sauf un monstre de puissance et l’alcool est joliment maîtrisé (12,5%). Milieu de bouche énergique et savoureux, finale légèrement tannique. Autant dire que la bouteille y passe en moins de minutes qu’il ne faut pour l’écrire.

C’est à la fois original et susceptible de surprendre ceux et celles qui ont a priori peu d’affinités avec l’Hispanie. Le vin passe dans le chêne pendant 4 mois, mais c’est très judicieusement dosé pour oxygéner le jus sans boiser la bouche. Cela peut se garder encore quelques années, mais franchement pourquoi attendre ?

Acheté à l’automne 2018, pour un peu plus que € 12. Ravi d’en avoir encore en cave !

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Cavallotto, Barbera d’Alba, 2008

Contre-étiquette d’une rare précision, la traduction étant de mon cru:

Elaboré avec le cépage barbera, provenant à 100% du vignoble Cuculo, propriété de la famille Cavallotto, situé dans la commune de Castiglione Falletto, au lieu-dit Bricco Boschis. Vignoble d’une superficie de 1,86 hectare, 8.928 ceps, les vignes étant en moyenne âgées de 45 ans. Coteaux d’exposition Ouest et Sud-Ouest. Altitude comprise entre 250 et 310 mètres. Production de 12.400 bouteilles, en moyenne annuelle.

J’ai servi ce Barbera d’Alba 2008 légèrement rafraîchi pour prendre en compte un degré d’alcool de 14%. Quel beau vin ! La robe est jeune, sans nuances orangées. Au nez, je perçois en particulier des parfums qui évoquent le jambon fumé: à l’aveugle, j’aurais peut-être parié sur une syrah. Les différents éléments constitutifs de ce vin sont en harmonie, fondus, intégrés les uns aux autres. Difficile alors d’analyser séparément les tannins, la fraîcheur acide, la douceur de l’alcool. Ce qui me frappe, c’est une « union qui fait la force ».

L’élevage de ce vin a été effectué, pendant +/- 24 mois, en « botti di rovere », foudres de grande contenance: pas de barriques !

Le site Internet du Domaine affiche une carte du vignoble: le vignoble del Cuculo s’y colore de vert prairie. Cette carte me rappelle le voyage pendant lequel cette bouteille a été achetée. Je me souviens en particulier de la vue extraordinaire, depuis la terrasse de la cantina, sur le vignoble du Domaine Cavallotto: un magnifique amphithéâtre de vignes, à l’esthétique émouvante.

village de Castiglione Falletto

Bouteille achetée au Domaine, au printemps 2012, pour € 16. Cela vaut largement son prix.