Catégories
domaine

Knab sur volcan

Thomas et Regina Rinker ont repris le Domaine Knab à Endingen en 1994. Ils ont patiemment œuvré pour transformer cette acquisition en une véritable success story et devenir l’un des meilleurs domaines du Kaiserstuhl, encore plus si l’on prend en compte l’excellent rapport qualité-prix de toute la gamme. Johannes, le fils de Thomas et Regina, est à bord depuis plusieurs années et, grâce à son apport, les vins ont encore gagné en finesse.

Le Kaiserstuhl est un lieu magique: un grand volcan éteint, comme posé dans la plaine du Rhin, à quelques kilomètres de la frontière française. Un paradis pour les pinots: rouge, blanc et gris. Paradis qui est également la région la plus chaude d’Allemagne (peu de riesling ici, ce cépage n’appréciant pas ce méso-climat: il ne « fonctionne » dans le Kaiserstuhl que sur des parcelles orientées au nord).

Colmar n’est qu’à quelques kilomètres…

Les imposantes terrasses du Kaiserstuhl constituent un biotope exceptionnel pour la faune et la flore, pour la vigne en particulier. Mais le lieu est aussi un défi lancé au vigneron: celui qui manquerait d’attention se retrouverait rapidement avec des raisins très/trop chargés en sucre sur les bras et, en conséquence, avec des vins très/trop chargés en alcool. Choisir le jour idéal pour vendanger est un art que les Rinker maîtrisent à la perfection. Les vins conjuguent l’intensité volcanique avec une fraîcheur désaltérante.

Le Domaine Knab, c’est 21 hectares de vignes, à peu près exclusivement plantées en cépages bourguignons: pinot noir, pinot blanc, pinot gris, chardonnay et auxerrois. Le Domaine n’est pas certifié bio, mais ses pratiques s’approchent très fort de ce qui exigé pour bénéficier du logo bien connu. Sans surprise, rendements faibles et vendanges manuelles.

J’ai découvert les vins avec le millésime 2017 et les propose depuis lors, chaque fois que c’est possible. Je suis conscient du potentiel relativement limité des vins allemands pour une clientèle francophone, mais je m’obstine. D’autant plus pour le Domaine Knab, vu que les équilibres de leurs vins ne sont pas si éloignés des équilibres français. Bénéfice collatéral: les prix sont vraiment intéressants. Tentez le coup !

Je ne suis évidemment pas le seul à être impressionné: le guide Eichelmann 2022 accorde 4 étoiles au Domaine (sur un maximum de 5). Idem pour le guide Gault-Millau du même millésime.

Trois vins du Domaine Knab sont en dégustation le samedi 19 novembre 2022. Les voici:

Catégories
dégustation domaine

Ostertag, Muenchberg: les années fastes

Remontée dans le temps jusqu’en 1996

Dégustation à l’aveugle passionnante, pour un groupe d’une douzaine d’amateurs. Vous avez lu le titre de cet article, mais nous, pauvres dégustateurs privés de l’étiquette, nous ne savions rien. Rien de rien.

Voici la première carafe. Bien sûr, ce sont donc les tâtonnements habituels. Je vous épargne certains parmi mes commentaires, j’ai déjà assez de mal à les gérer moi-même…

Mais ce premier vin a en tous cas beaucoup de choses à raconter: il y a du caillou, une touche de sucre résiduel, de la finesse, de la complexité aromatique (tilleul, miel) et ce je ne sais quoi qui évoque le volcan. 16/20. Millésime 2005. Démarrage en trombe donc. Le deuxième vin évoque avant tout l’automne: les feuilles mortes et le champignon. Vin évolué, avec des notes lactiques, sec, salin. Il porte son âge avec charme, mais me paraît un peu monotone. 15/20. Millésime 1996.

Le troisième est un vin patiné, avec du miel et de la cire, intense, délicat, avec une touche d’alcool et une légère oxydation (comme un sherry fruité), des épices également. 15/20. Millésime 1999. Le quatrième vin est important parce que celui-ci va me permettre de mettre un nom sur le cépage: autant les trois premiers ont été cachottiers, autant celui-ci crie: riesling ! Le citron confit joue le premier rôle. Vin puissant, encore un peu massif, léger tannin, touche de sucre, de la jeunesse. Un classique. 16/20. Millésime 2000.

Bon, à partir d’ici, on commence à se dire que l’on tient le bon bout: riesling, Alsace, avec des vins d’un certain âge, voire d’un âge certain. Voici la cinquième carafe: jus de citron parfumé, abricot voire pêche. Par contre, la bouche part vers une minéralité un peu austère. Progressivement la verticalité, l’élégance, la pureté, la longueur. Un vin spirituel. 16,5/20. Millésime 2003. Sixième carafe: attention, jeu de mots facile. Autant le précédent était spirituel, autant celui-ci me paraît …spiritueux ! Je m’explique: une aromatique en forme de Cointreau ou de Grand Marnier. Le nez légèrement écrasé, solaire voire sudiste. Comme un moelleux qui aurait mangé ses sucres. C’est riche et gras, mais manque d’énergie. 14,5/20. Millésime 2004.

Carafe sept. Ici on touche au sublime. Total respect. Le fruit laisse la place à une expression intense de la géologie: formidable colonne vertébrale acide, longueur impressionnante. Du souffle, de l’énergie, de la densité. On pourrait se rapprocher d’un riesling que l’on trouve plus facilement outre-Rhin. Sommes-nous bien en Alsace ? 17,5/20. Millésime 2008. Voici déjà une huitième carafe qui révèle un nez presque pâtissier, avec de l’orange et de la cannelle, du miel, de la fumée. Vin que l’on pourrait qualifier de baroque. Puissance maîtrisée, belle fraîcheur. Est-ce bien du riesling ? Pinot gris ou complantation ? 16,5/20. Millésime 2009

Changement d’étiquette

Retour vers le riesling alsacien avec ce neuvième vin: agrumes, épices, orange et clou de girofle, bouche harmonieuse avec de jolis amers, fraîcheur énergique. Vin sec et plutôt délicat, belle réussite qui tranche avec le vin précédent en termes de style. 16,5/20. Millésime 2010.

Des noms de vignerons et de Domaines fusent. Parmi les Deiss et les Zind-Humbrecht, on entend l’un ou l’autre Ostertag. Quel vin « colle » avec quel vigneron ? Des avis en pagaille. Dixième carafe: j’adore (tout le monde ne partage pas mon enthousiasme). Citron intense, floral. Bouche jeune, serrée, salivante, longue. Equilibre parfait. Un vin dominateur comme un mâle alpha. 17/20. Millésime 2014

Encore un petit effort de concentration: voici le onzième vin. Archétype d’un grand nez de riesling, bouche jeune, massive, fraîche, plus solaire que le vin précédent. Finale un peu en retrait. 16/20. Millésime 2015.

Et enfin, voici le douzième: citron vert épicé, bouche encore fermée, comme repliée sur elle-même. Nous évaluerons son potentiel plus que le vin tel qu’il se présente aujourd’hui. Quelqu’un dit: brut de terroir. Joli résumé tout en concision. La verticalité est impressionnante. 17/20. Millésime 2019.

Nouvelle livrée

Voici la révélation, avec un grand sourire sur le visage de l’organisateur: nous avons goûté 12 millésimes de la même cuvée. A l’exception du dernier, tous ces vins ont été élaborés par André Ostertag. Son fils Arthur prend maintenant la relève. Est-ce j’ai pensé qu’il pourrait s’agir d’une verticale ? Non, douze fois non. Sur base du deuxième et du troisième vin, je voyageais du côté de la Loire. Le huitième m’a emmené vers le pinot gris et le septième aurait pu être allemand (Pfalz). Quel leçon sur l’importance du millésime !

Le Grand Cru Muenchberg, entre les mains d’un expert, est capable de distiller des expressions extrêmement diverses, en fonction de l’ensoleillement, du volume pluviométrique, de la date des vendanges, de subtiles décisions de l’homme pour guider, orienter le résultat final.

Nous avons goûté les vins du plus ancien vers le plus récent, avec une exception déroutante pour commencer.

En relisant mes notes, je me dis que mes commentaires relatifs aux millésimes 2003 et 2004 sont étranges: à priori, j’aurais inversé l’un et l’autre. Mais non, 2003 se révèle bien plus intéressant que prévu. J’ai d’ailleurs eu en son temps une expérience similaire avec l’Altenberg de Bergbieten de Mochel.

Un grand merci à la générosité de l’organisateur. He made my day !

L’esprit du vin circule inlassablement et se répand en flux circulaire, coule de haut en bas, du ciel vers la terre, de la lumière à l’ombre, de la vigne à la cave, va de jus en vin, de cuve en bouteille, d’ici à ailleurs, d’orient en occident, au bout des mers, de l’autre côté des nuits, là où les saisons se confondent, au cœur de villes sans arbres, au cœur des hommes déracinés, entre mur et poussière.
Il est le caillou du rire, le renouveau du soleil, l’ivre livre, le verre libre, le rêve retrouvé.
Il est le vin, le chant de l’univers.
Site Internet du Domaine.

En savoir plus ? https://viamo.fr/vignerons/domaine-ostertag/

Anthocyane ne commercialise pas les vins de ce Domaine.

Catégories
domaine offre

Champagne !

Anthocyane n’a plus proposé le moindre Champagne depuis 2016. L’un d’entre vous m’a rappelé récemment que la période des fêtes de fin d’année est pourtant fort propice aux bulles champenoises. Et que je ferais bien d’y remettre le nez. Et que le plus vite serait le mieux. Et que je devrais arrêter de dire « oui, mais… ». Et que c’est le 10ème anniversaire d’Anthocyane !

Donc, sous cette amicale pression, j’ai agi: huit Champagnes viennent enrichir la gamme.

Cette sélection se veut une ode à la diversité: des Champagnes de l’ouest (Vallée de la Marne), du sud (Côte des Bar) et du centre (Côte des Blancs); des blancs et un rosé; des vins à dominante de pinot, d’autres à dominante de chardonnay; de l’Extra-Brut (donc peu dosé) et du dosage zéro (donc pas dosé du tout).

En rouge, les vignobles; en orange, les villages où l’on peut élaborer le Champagne.

J’ai privilégié les Champagnes « de vigneron », avec une personnalité marquée et une capacité à traduire le millésime dont ils sont issus. Respect pour les grandes marques dont le but est de proposer, année après année, le même goût (« zéro surprise »), mais ce n’est pas le terrain de jeux d’Anthocyane.

Pour vos cadeaux: sachet individuel (en papier kraft brun) offert.

Les huit Champagnes sont ici !

Tant qu’à écrire sur le et la Champagne, voici quelques définitions qui peuvent faciliter la lecture d’une étiquette:

Grand Cru

L’étiquette d’un Champagne peut porter la mention « Grand Cru » ou la mention « Premier Cru ». Bon à savoir, le système champenois attribue ces deux mentions à un village dans son ensemble. C’est commode, en particulier pour calculer le prix du kilo de raisins, mais ce n’est pas très précis: jusqu’à preuve du contraire, toutes les parcelles situées sur le territoire du village de Puligny-Montrachet ne se valent pas. Les Champenois rétorqueront que le système bordelais est encore moins précis (et ils ont plutôt raison, mais c’est un autre sujet).

Voici les 17 villages classés « Grand Cru » :

Tours-sur-Marne , Verzenay , Verzy , Ambonnay , Aÿ , Bouzy , Louvois , Beaumont-sur-Vesle , Mailly-Champagne , Puisieulx , Sillery (dans La Montagne de Reims)

Avize , Chouilly , Cramant , Le Mesnil-sur-Oger , Oger , Oiry (dans la Côtes des Blancs).

Il y a par ailleurs une bonne quarantaine de villages classés « Premiers Crus ».

Deux fermentations alcooliques successives

Le Champagne commence sa vie comme un vin tranquille: une première fermentation alcoolique des sucres naturellement présents dans les raisins. Cela se passe dans une cuve-inox ou dans un contenant-bois. Au moment opportun, le vigneron va embouteiller le vin tranquille en y rajoutant une liqueur de tirage: sucres de canne sous forme liquide et levures. Ainsi commence la deuxième fermentation alcoolique, dans la bouteille. Cette deuxième fermentation est appelée prise de mousse.

Dégorgement

Le dégorgement consiste à expulser du flacon les levures mortes (appelées « lies ») et autres turbidités. Ces levures, avant leur décès, se sont chargées de la prise de mousse: transformer le sucre de canne en alcool et en CO². Ce CO², c’est la bulle qui signe le Champagne !

Pour dégorger, on procède en général par congélation. On en profite pour rajouter la liqueur de dosage.

Une fois ces opérations exécutées, le Champagne commence sa vie d’adulte. La date de dégorgement vous indique quand cette manœuvre technique a eu lieu. Qui apprécient les vins récemment dégorgés et qui leur préfèrent des vins évolués, il n’y a pas de règle absolue. NB: néanmoins, si vous tombez sur une bouteille dégorgée il y a 10 ans voire plus, le contenu du flacon pourrait décevoir. Le Champagne n’est pas éternel.

Certaines grandes marques de Champagne sont réticentes à indiquer la date de dégorgement sur leurs étiquettes parce que celle-ci pourrait être confondue avec une date de péremption. Considérant que l’essentiel du volume de ces grandes marques est commercialisé par la grande distribution, je peux comprendre leur prudence.

J’imagine déjà la scène: le client ramène sa bouteille dans son supermarché préféré parce qu’elle serait …périmée.

Liqueur de dosage (synonyme: liqueur d’expédition)

Il s’agit de rajouter un liquide sucré au Champagne au moment du dégorgement. La quantité de sucre détermine le type du Champagne: Extra-Brut, Brut, Sec, etc… Pour le plaisir de faire compliqué, un Champagne Sec est un vin assez doux (entre 17 et 32 grammes de sucre par litre). On élaborait au XVIIIe et au XIXe siècle des Champagnes vraiment doux, avec plus de 50 grammes de sucre/litre.

Les Champagnes « zéro dosage » ne rajoutent pas de liqueur de dosage. C’est une tendance contemporaine qui fait sens lorsque le vin est capable de supporter cette absence de dosage. Beaucoup de Champagnes gagnent à bénéficier d’un léger dosage. Il ne s’agit en aucun cas d’en faire des vins doucereux, mais d’arrondir quelques angles.

Le dégorgement tardif consiste à élever le vin longtemps sur ses lies. Les champagnes du type « dégorgement tardif » sont très prisés des amateurs et par conséquent très chers. Ou serait-ce l’inverse ? Vaste débat…

Placomusophilie

Celui qui collectionne les capsules de Champagne est un placomusophile. Je crains de faire partie de cette confrérie un peu bizarre…

Catégories
domaine oenotourisme restaurants voyage

Allemagne, Württemberg, Stuttgart bis, jour 7

Ce soir, direction la Weinhaus Stetter pour une cuisine de type bistrot très bien tournée. Service efficace et sympathique, carte des vins qui donne envie et fait pétiller instantanément l’oeil de l’amateur.

vaut ses trois étoiles !

J’ai fait une infidélité à la région du Württemberg pour me ruer (calmement) sur un chardonnay du Domaine Knab, en pays de Bade, dans le coin du Kaiserstuhl. Ce vigneron est encore assez peu reconnu, mais chaque vin goûté tape en plein dans le mille !

Eckkinzig *** n’est pas à proprement parler un terroir mais une sélection de vieilles vignes plantées dans le sud du terroir Endinger Engelsberg. À partir d’ici, rien n’est simple, accrochez-vous ! Ce terroir n’est pas reconnu, ni comme premier cru, ni comme grand cru, parce qu’aucun vigneron membre de l’association privée VDP n’y est propriétaire de vignes. De plus, le cépage chardonnay n’est pas accepté dans le cahier des charges.

Une injustice …et une opportunité: le flacon coûte € 20 au Domaine et c’est franchement bon marché par rapport à la bouteille dégustée (et vidée dans les règles de l’art). C’est crémeux (élevage bois très précis) et doté d’une colonne vertébrale acide d’anthologie. Ouvert, causant et plein de goût !

Weinhaus Stetter de l’intérieur et …
…de l’extérieur
Catégories
domaine oenotourisme voyage

Allemagne, Württemberg, Stuttgart, jour 6

un premier cru dans un millésime un peu ancien

Changement de région: cap vers le sud. Restaurant Zur Weinsteige à Stuttgart: carte des vins impressionnante, bien sûr centrée sur les vins allemands et plus particulièrement ceux du Württemberg. Cuisine de très bonne qualité, avec des portions parfois pantagruéliques.

Ce lemberger (cépage connu en Autriche sous le nom de blaufränkisch) conjugue avec brio une bonne dose d’énergie et une aromatique épicée. Vin profond: un verre conduit irrésistiblement à un autre verre.

Le Domaine Aldinger incarne le très haut du panier dans la région encore peu connue du Württemberg, région qui se signale par 68% de vins rouges (trollinger, lemberger, pinot noir).

Catégories
dégustation domaine oenotourisme voyage

Allemagne, Franconie, Escherndorf, jour 5

Aujourd’hui c’est Escherndorf, village situé entre le Main et le célèbre vignoble du Lump. Il y a la place pour une rue et une église. La rue, c’est la Bocksbeutelstrasse, laquelle peut concourir pour le titre de rue la plus vigneronne d’Allemagne: sur quelques dizaines de mètres se succèdent les Domaines Michaël Fröhlich, Egon Schäffer, Horst Sauer et Reiner Sauer (sans lien de parenté).

caveau chez Rainer Sauer

Après avoir beaucoup lu, je me décide à rendre visite au Domaine Rainer Sauer. Magnifique caveau moderne et accueil sympathique. 15 hectares dont 65% de silvaner. On commence avec la catégorie Gutswein qui correspond à peu près à la notion de vin de cépage: on recherche un fruit de qualité simple, sans l’intensité offerte par les meilleurs terroirs. Silvaner, riesling, müller-thurgau, tout cela est bien fait et tarifé agréablement: € 8.

Puis vient un Ortswein à savoir un vin de village: le silvaner Muschelkalk 2021 vaut très largement ses € 11, style parfaitement sec et 12% d’alcool, le saut qualitatif est évident, le fruit étant complété par une bonne dose de caillou.

On grimpe encore pour déguster un premier cru, à savoir le susmentionné Escherndorfer Lump dont la pente vertigineuse surplombe le caveau. Ce cru fait partie des meilleurs lieux-dits de Franconie, son histoire remonte au moins jusqu’au 17ème siècle. C’est un amphithéâtre, une pente convexe et brutale qui épouse un méandre du Main.

Ce cru de 37 hectares forme un demi-cercle orienté sud-est. L’altitude s’échelonne entre 190 et 270 mètres. Difficile de ne pas succomber au charme puissant d’un lieu aussi particulier. Tout en haut de la paroi, c’est le Vogelsburg. De là, on se rend bien compte de la majesté de ce vignoble.

Escherndorfer Lump, vu d’en haut

Et donc nous goûtons deux millésimes successifs, 2020 et 2021 du silvaner Escherndorfer Lump Erste Lage: deux très bons vins, marqués par une franche salinité et par une colonne vertébrale acide de toute beauté. Léger avantage au 2021, plus énergique que le 2020 (du moins aujourd’hui).

Également en premier cru, une spécialité: Altfränkischer Satz 2020. Il s’agit d’un vin de type complantation (les anglophones diront field blend): trois cépages plantés ensemble sur la même parcelle et vendangés ensemble. En l’occurrence, riesling, silvaner et traminer (chacun un tiers). En dégustation et à ma surprise le côté très aromatique du traminer est masqué par un riesling dominant.

On termine par le grand cru Am Lumpen 1655, en cépage silvaner et en millésime 2019. Très sec, fermé sur lui-même, ce vin implore la patience de l’amateur. C’est trop tôt. Cette fois, il faut accepter de réfléchir en termes de potentiel. Aujourd’hui, les premiers crus donnent plus de satisfaction; dans quelques années, j’accepte volontiers de parier sur le grand cru !

Am Lumpen 1655 est une parcelle située au centre du Lump.

le grand cru
le village d’Escherndorf

Promenade du jour au château de Hallburg: lieu idyllique voire paradisiaque. Vignes, prairies, châtaigniers en fleur, vaches brunes, silence à peine troublé par un merle et un coucou. Un lièvre sur un chemin. Par contre, balisage inexistant. Rien n’est décidément parfait…

Hallburg, Domaine Graf von Schönborn
Catégories
dégustation domaine voyage

Allemagne, Franconie, Volkach, jour 4

Voici deux vins de la gamme du Domaine Juliusspital. Ce très grand domaine (182 hectares) possède des vignes un peu partout en Franconie: à Iphofen, à Bürgstadt et surtout à Würzbourg, capitale de la Franconie du vin. Ils sont spécialisés dans la production de vins blancs, silvaner et riesling.

Par goût inné pour la contradiction, j’ai donc goûté un pinot noir et un pinot gris. Ce dernier provient du village de Thüngersheim, au nord et en aval de Würzbourg. Je peux garantir que c’est la première fois que j’entends parler de ce village. Le vin m’apparaît conforme à ce à quoi on s’attend: un peu de sucre et pas trop de fraîcheur. Heureusement alcool modéré (12,5%), fruit franc et prix domaine très correct (€ 11). À consommer bien frais.

C’est typiquement un ortswein, c’est-à-dire un vin de village, troisième niveau dans la pyramide de la qualité, après les grosse Lage (grand cru) et les erste Lage (premier cru).

le pinot gris…

Revenons-en au pinot noir qui s’avère plus intéressant pour l’amateur (en sachant que c’est € 25 prix domaine). Pfaffenberg est une parcelle premier cru qui se situe au nord de la ville de Würzbourg, pas bien loin du célèbre Stein. Vin énergique et relativement tannique avec une expression un tantinet rustique du cépage. Il y a du fruit, du bois et de la matière. Légèrement démonstratif mais on a du plaisir à dialoguer avec le flacon !

…et le pinot noir.

La promenade du jour nous a emmené au nord de Volkach, en passant par une jolie église construite en plein cœur du vignoble (grand cru Ratsherr) et par un endroit aussi curieux que majestueux: Konstitutionsäule est une colonne en pierre d’une trentaine de mètres de haut, entourée par de beaux cerisiers, puis par un vignoble de 12 hectares (Gaibacher Schlosspark), puis par un gigantesque champ de …petits pois (je dirais approximativement 80 hectares). Le tout protégé par un bois. Pas un être humain dans les parages…

Maria im Weingarten
Catégories
dégustation domaine oenotourisme voyage

Allemagne, Franconie, Iphofen, jour 3

Petite dégustation chez un grand spécialiste du silvaner, j’ai nommé le Domaine Hans Wirsching à Iphofen, en Franconie orientale (Steigerwald). Ici, le Main brille par son absence. Les vins rouges aussi. Silvaner, riesling, scheurebe en dégustation. Les Silvaner se goûtent très bien, avec du fruit mûr et une touche végétale très agréable, en forme de pomme verte.

chez Hans Wirsching

Rieslings irrésistibles et scheurebe étonnant: le nez sauvignonne franchement (fruits exotiques à la pelle), la bouche est construite sur la fraîcheur et une finale impeccable. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais goûté un scheurebe de cette qualité ! Ce cépage « de laboratoire » est un croisement du riesling avec un cépage …indéterminé !

arrivée au Domaine

Nous avons enchaîné avec une promenade dans le vignoble, en croisant notamment le grand cru Julius-Echterberg, fleuron de la gamme de Wirsching. Temps orageux, nous avons dix fois cru nous faire arroser, mais la pluie a courtoisement attendu que nous soyons installés dans la voiture.

Juste sous la forêt, le Julius-Echterberg
fleurs de printemps et vignes: coexistence pacifique

Pentes vertigineuses, forêt protectrice en haut de colline, vues plongeantes sur Iphofen, balisage décent, mais la carte s’est avérée utile à l’une ou l’autre reprise…

PS: ce soir, dîner satisfaisant dans un restaurant à Volkach. Carte des vins limitée à la gamme d’un unique vigneron local. La dégustation permet de se rendre compte de l’écart de qualité avec la gamme de Wirsching. Inutile de recourir à la photo-finish pour départager les vignerons…

notre promenade s’appelle i2
Catégories
domaine oenotourisme voyage

Allemagne, Franconie, Bürgstadt, jour 1

Weinhaus Stern, un hôtel-restaurant plus que sympathique, au centre d’un petit village charmant mais pas touristique (Bürgstadt).

La carte des vins est très orientée « circuit court hyper-local »: magnifique sélection en vins de Franconie occidentale (Churfranken), avec un accent majeur sur les vins du Domaine Rudolf Fürst.

Fürst est considéré comme l’un des papes du pinot noir en Allemagne et cela n’est pas rien, vu la relative abondance d’excellents pinots noirs de ce côté-là du Rhin. Son terroir, c’est le Centgrafenberg, vignoble pentu en surplomb de l’Erf, un petit affluent du Main.

J’ai choisi un millésime relativement ancien (2013) pour une double raison: d’abord le plaisir de goûter un vin déjà fondu et à pleine maturité. Ensuite, savourer son prix sur table (€ 57) alors que les millésimes plus jeunes sont tarifés à peu près au double: l’impact de mention GG (traduction libre: grand cru) qui change manifestement tout…

Le vin est superbe: apaisé, épicé, profond et long. Une intensité qui ne peut laisser indifférent. Un boisé presque imperceptible, chaque verre paraissant meilleur que le précédent. Ce voyage commence fort.

6,8 km de plaisir pédestre à travers le Centgrafenberg
C’est par là: balisage impeccable !

Le Domaine Fürst est discret: très peu d’indications pour le trouver, Vivons cachés ! Devant la maison, une œuvre d’art à la gloire de la roche locale, le buntsandstein, de couleur rougeâtre.

Catégories
domaine

Le Rocher des Violettes, des nouveautés

La pureté et la précision des vins, dans les deux couleurs, n’ont aujourd’hui que peu d’équivalents dans la région. Les blancs nous procurent l’émotion d’un domaine deux étoiles; les rouges s’affinent encore.

Le Guide des Meilleurs Vins de France, édition 2022, page 568
Clémence et Xavier

Ce domaine de Touraine, aujourd’hui basé à Dierre, est décidément une excellente adresse pour se fournir en Montlouis subtils et précis. Il y a longtemps déjà, j’ai rencontré à plusieurs reprises le vigneron Xavier Weisskopf et son épouse Clémence. C’était du temps où leur cave était encore située à Amboise, en haut d’une rue pentue, le long de La Loire, la rue du Rocher des Violettes. Il ne faut pas chercher plus loin l’origine du nom du Domaine…

L’importateur chez qui je m’approvisionne m’a fait comprendre que le public flamand n’était pas vraiment friand de vins de Loire rouges et que, en bonne logique, il s’abstiendrait donc de les importer. Dommage. Mais pas irréversible ! Après moult lobbying de ma part et par la grâce d’un millésime particulièrement réussi, je peux enfin, une petite larme à l’œil, vous proposer le Côt du Rocher des Violettes 2020. Et comme les bonnes nouvelles viennent par paires, un nouveau Montlouis vous également proposé, à savoir Les Borderies 2020.

Le Pétillant Originel, le Côt, Touche-Mitaine et Les Borderies

D’abord, ce superbe côt, en appellation Touraine. Ce n’est pas un cépage rare, c’est le synonyme du malbec argentin, c’est le cépage emblématique du Cahors, c’est un cep polymorphe et voyageur, encore connu sous les patronymes auxerrois, pied de perdrix et même coq rouge. Cette cuvée était habituellement élaborée exclusivement avec de très vieilles vignes. Sans surprise, le jus résultant se signalait par une couleur dense, beaucoup de concentration et une charpente tannique des plus solides. Direction la cave et pour de longues années. Petit changement de cap pour ce millésime 2020 avec l’incorporation d’une fraction de jeunes vignes (6 ans) en complément aux vieilles vignes (certaines étant très largement centenaires: 130 ans, ce qui nous ramène en 1892; mazette). Deux-tiers des grappes ne sont pas éraflées (vendange entière).

Résultat ? La couleur est dense, le nez est floral, puis sanguin avec du zeste d’orange, la structure tannique est solide … avec un charme supplémentaire qui rend le vin moins sauvage et moins massif. C’est diantrement juteux et chaque gorgée donne envie de lui attribuer une meilleure note ! L’apport des jeunes vignes est une réussite. Les 14% d’alcool sont parfaitement absorbés par la matière. Elevage d’un an en foudres et barriques de 500 litres.

Ensuite, un chenin de grande classe, en appellation Montlouis, construit sur un équilibre subtil entre 13% d’alcool et 15 grammes de sucre résiduel. Le nez évoque le biscuit, la bouche est très pure, élégante et précise, le sucre se montrant discret: juste assez pour conférer un charme aimable qui donne le sourire. Après quelques années de cave, il se transformera en vin à l’esprit sec. Un très bel apéritif ou un compagnon de choix pour un dessert pu sucré. Vignes de 40 ans. Fermentation et élevage en cuve inox pendant 7 mois.

Tant qu’à faire, je me plais à rappeler l’existence d’autres cuvées, en particulier le Pétillant Originel, une bulle originale; Touche-Mitaine, un Montlouis sec très réussi en 2019 et les Vignes de Michel 2018, cuvée de prestige.

Catégories
dégustation domaine

Vega Sicilia: le mythe dégusté

Voilà ce qui s’appelle une opportunité difficile à refuser: une dégustation des vins de Vega Sicilia, organisée par l’importateur. Nous sommes sept autour de la table et je suis le seul francophone. Un monsieur -bien plus corpulent que moi- adore s’entendre parler. Soit. Pour donner encore un peu plus de cachet à l’événement, cela se passe dans une église, certes désacralisée. Notre table est installée dans le chœur.

J’écris Vega Sicilia, mais à vrai dire il serait plus correct d’écrire Tempos Vega Sicilia, puisqu’il s’agit de la réunion de cinq domaines distincts: Bodegas Vega Sicilia, Bodegas y Viñedos Alión, Bodegas y Viñedos Pintia, Benjamin de Rothschild & Vega Sicilia et Tokaj-Oremus.

Sicilia est dérivé d’une Sainte-Cecilia castillane et non d’une île italo-méditerranéenne. Nous sommes bien dans le centre de l’Espagne, en appellations Ribera del Duero, Toro et Rioja, mais nous irons également déguster …en Hongrie.

Tempos Vega Sicilia pourrait appartenir à je ne sais quel fonds de pension américain ou, qui sait, à un oligarque sans scrupules. Mais non, pas du tout, Vega-Sicilia est entre les mains de la famille Álvarez-Mezquíriz depuis 1982. Progressivement, la famille a acquis de nouveaux vignobles, en Espagne et dans le nord-est de la Hongrie, dans une région à la fois proche de la Slovaquie, de la Roumanie et de …l’Ukraine. Слава Україні.

La volonté existe de s’étendre également en direction du Bordelais: Clos Fourtet, Montrose et Lascombes ont failli tomber dans l’escarcelle de la famille Álvarez-Mezquíriz, mais aucune transaction n’a réussi. Par contre, il y aura bientôt du nouveau en Espagne avec le rachat d’un grand nombre de parcelles d’albariño en Galice (appellation Rias Baixas): les premières bouteilles devraient être commercialisées en 2025.

Mandolas 2015

On commence avec un blanc sec hongrois élaboré avec le cépage furmint (appellation Tokaji). Je me souviens avoir goûté les millésimes 2017 et 2018 au moment de leur arrivée sur le marché: le vin m’avait semblé proche d’un Chablis plutôt austère, marqué par l’acidité et par le boisé. Certes du potentiel, mais pas évident à apprécier tel quel. Ceci est une première occasion de déguster Mandolas à meilleure maturité. Quelques infos techniques: 13% d’alcool, 3 grammes de sucre résiduel et 7 grammes d’acidité. Vendanges précoces (29 août). Âge moyen des vignes: 25 ans. Elevage en fûts typiques de 136 litres, appelés gönc. Mandolas est un vin-pionnier: le premier sec élaboré à Tokaj !

Nez d’une belle élégance, avec des notes d’amande et de boisé. Une certaine réserve. En bouche, fraîcheur marquée à l’attaque, boisé encore présent. Ensuite vient le gras, la richesse. J’ai l’impression d’évoluer dans le monde du chardonnay et plus particulièrement du Chablisien. De mon point de vue, une garde supplémentaire devrait harmoniser les différents éléments. Ce n’est pas un vin charmeur, il joue plutôt sur la cérébralité.

Le millésime 2018 est disponible chez l’importateur au prix de € 23. A déguster à partir de 2025 (pas plus tôt).

Petracs 2017

On enchaîne avec un deuxième blanc sec hongrois. Toujours 100% furmint. C’est une sélection parcellaire dans le village de Tolcsva. Vieilles vignes (60 ans) sur coteaux pentus. Ce 2017 est le premier millésime produit.

Robe de laiton pâle. Nez fermé. La bouche: choc ! Finesse soyeuse, texture douce, équilibre et longueur ! Ce vin me semble paradoxalement plus prêt à boire que le précédent, avec un boisé plus discret et beaucoup d’harmonie. On est encore dans un style qui ne surprendra pas les amateurs des blancs de Bourgogne. L’écart qualitatif avec Mandolas me semble important.

Ce millésime 2017 n’est pas disponible, sauf dans un colis (6 bouteilles de Mandolas + 1 bouteille de Petracs) à € 208. Il devrait y avoir un peu plus de volume disponible à partir du millésime 2018.

Macan Clasico 2009

Le projet Macan est une association entre Vega-Sicilia et Benjamin de Rothschild (propriétaire du Château Clarke à Bordeaux, décédé en 2021). Les deux protagonistes ont acquis entre 2001 et 2009, discrètement et patiemment, quelques 190 parcelles de vignes pour constituer un vignoble de +/- 100 hectares en Rioja. Ce 2009 est le premier millésime produit par le Domaine. Macan Clasico est le deuxième vin du Domaine (le grand vin s’appelle simplement Macan).

Couleur dense, jeune. Au nez, de la cerise, du menthol, du chocolat, un boisé un peu sucré. En bouche, c’est sudiste, boisé, savoureux. Je dirais plus merlot que cabernet (c’est une image: le vin est 100% tempranillo), St-Emilion n’est pas loin. Vin apaisé, chaleureux (mais l’alcool ne me semble pas excessif) avec des tannins fondus. C’est bien fait et je suis certain que cela plairait à un large public d’amateurs parkérisants. Le millésime solaire joue dans ce sens. Pour mon goût, cela manque d’énergie.

Macan Clasico 2018 est disponible chez l’importateur au prix de € 44.

Pintia 2008

Pintia, c’est le domaine en appellation Toro. Cette appellation a bâti sa réputation sur des vins hénaurmes. Méfiance donc. Premier millésime de ce vin en 2001 (j’en avais acheté 3 bouteilles en 2004 pour ma cave personnelle).

Couleur dense. Le nez est plus discret que celui du vin précédent, plus introverti. La bouche me fait voyager vers le Rhône, entre grenache et syrah. La texture, c’est le grenache; la couleur et les notes fumées, c’est la syrah. Ici aussi, ce n’est qu’une image, pour ce 100% tinta de Toro, le nom local porté par le tempranillo. Le boisé me semble assez peu appuyé (quel bonheur). De mon point de vue, supérieur au précédent: on gagne en précision, en définition et en complexité. 15% d’alcool néanmoins.

Pintia 2017 est disponible chez l’importateur au prix de € 56.

Alion 2011

On écrit parfois qu’Alion serait le deuxième vin de Vega-Sicilia. Non, vraiment pas. Le Domaine Alion se situe bien en appellation Ribera del Duero, mais à une quinzaine de kilomètres du Domaine Vega-Sicilia. C’est un vin indépendant, vinifié et élevé séparément. Premier millésime en 1994. L’idée de base était d’élaborer un vin moderne, comprenez, avec plus de couleur, plus de fruit, plus d’extraversion que les classiques Unico et Valbuena 5°. La famille n’a pas voulu modifier le style de ces derniers, mais a choisi d’ajouter un autre style à la gamme. A noter que 2011 est considéré comme un très grand millésime.

Le nez est épicé, avec de la cerise et du café. La bouche me semble de type « merlot », jusqu’à glisser vers une décadence sensuelle. C’est onctueux, chaleureux et se rapproche d’un vin du Nouveau Monde. C’est concentré, techniquement irréprochable et on en met plein la vue. Si j’oublie mon goût personnel, je ne peux être que fasciné. Si je respecte mon goût personnel, cela ne me touche pas.

Pour l’anecdote: si vous tombez sur une bouteille d’Alion 2010, vendue à un prix attractif …fuyez, c’est une imitation produite par un faussaire mal informé. Alion n’a pas été produit en millésime 2010 !

Alion 2011 est disponible chez l’importateur au prix de € 77.

Valbuena 5° 2016

Voici donc le véritable deuxième vin de Vega-Sicilia. Son nom (5°) lui vient d’un élevage de 5 ans (barrique et bouteille) avant commercialisation. Ce millésime 2016 est donc le plus récent. 95% tempranillo et 5% merlot. Alcool: 14,5%. Âge moyen des vignes: 35 ans.

Plus de couleur que ce à quoi je m’attendais. Au nez, quelques notes d’évolution et un boisé discret. En bouche, nous changeons de planète. Finesse, qualité des tannins, finale salivante et précise. Rien pour évoquer la décadence, beaucoup de fraîcheur, c’est un vin serré et long. L’alcool joue un rôle plutôt modeste. Grand vin, plein de vie et d’énergie.

Valbuena 5° 2016 est disponible chez l’importateur au prix de € 143.

Unico 2011

Et donc, nous y voici. Le mythe. Le plus grand vin rouge espagnol ?

95% tempranillo, 5% cabernet sauvignon. 10 ans d’élevage (barrique, foudre et bouteille) avant commercialisation Mise en bouteilles en juin 2017. Âge moyen des vignes: 35 ans. Alcool: 14%. Production: 88.000 bouteilles et 3.500 magnums.

Déguster un mythe est plus difficile que déguster un vin. Il faut gérer ses attentes et ses émotions. Il faut trouver l’équilibre entre jouir du moment et évaluer sereinement le contenu du verre. Il faut oublier un instant la notion de rapport qualité/prix. Il faut assumer ses papilles déjà mises à rude épreuve par les vins précédents (dont j’avais conservé de petites quantités aux fins de comparaison).

Beaucoup de couleur et de jeunesse, équilibre construit sur la paire fraîcheur/tannins, l’alcool bien maîtrisé et certainement pas dominant, beaucoup d’énergie, presque tranchante. On bénéficie à la fois d’une texture soyeuse et d’un punch redoutable. Vin qui évoque mes meilleurs souvenirs bordelais, c’est-à-dire Rive gauche/Médoc, avant le millésime 2000. Furtivement, j’ai aussi pensé à Barolo.

En relisant mes notes pour écrire cet article, je découvre avec intérêt ma conclusion: finalement, tous les grands vins se ressemblent. Voilà une phrase qui mériterait un long développement sur le mode contradictoire: est-ce vrai ou est-ce faux ? Et si c’est vrai, que fait-on avec cette affirmation ?

Coïncidence: la Revue du Vin de France consacre un article à Vega-Sicilia dans son numéro d’avril 2022. J’y ai pêché quelques informations pour cet article. La dégustation de la RVF est remontée jusqu’à Unico …1953. Bon p’tit millésime, noté 99/100.

Unico 2011 est disponible chez l’importateur au prix de € 348.

Oremus Tokaji 3 Puttonyos 2015

raisins de plus en plus touchés par le botrytis

On termine par le dessert, une sucrerie hongroise, un Tokaji de type « 3 puttonyos ». Voici le CV de la bête: 11,5% d’alcool – 7,9 grammes d’acidité – 138 grammes de sucre résiduel. Cépages (accrochez-vous): furmint, hárslevelü, zéta et sárgamuskotály.

« 3 puttonyos », cela correspond à l’ajout de 3 paniers de 23 kg de raisins botrytisés au moût en fermentation dans des tonneaux de 136 litres. Les raisins botrytisés macèrent pendant 48 heures, ce qui fait du Tokaji une sorte de vin …orange !

Quel nez ! Ananas, fruits de la passion, puis pêche/abricot et un floral miellé. La bouche est huileuse, avec une finale très fraîche sur l’ananas. Rien de sirupeux, ce qui s’explique par son acidité très élevée. A déguster dès maintenant. Il est recommandé de le boire vraiment frais (8°). Garde prévisible: 30 ans et plus.

Oremus 3 puttonyos 2015 est disponible chez l’importateur au prix de € 44 (bouteille de 50cl). Oremus 5 puttonyos 2014 au prix de € 74 (bouteille de 50cl).

Conclusion

Excellente organisation et commentaires avisés/pertinents pour encadrer la dégustation. J’ai été positivement surpris par Petracs et par Pintia. Valbuena et Unico sont exceptionnels, mais ce n’est pas une surprise.

Catégories
dégustation domaine rouge

Cairanne, Domaine Roche, cuvée Marcel Roche

Je m’étonne moi-même. Serais-je en train de retourner ma veste ? Moi, le chantre reconnu des vins préservant notre foie grâce à un taux d’alcool mesuré. Moi, le guerrier déterminé à vaincre le syndrome du sud: 100% soleil et 100% (trop) chaleureux. Moi, l’oracle de Berchem-Ste-Agathe qui voue un culte aux soi-disant petits millésimes où tout se joue sur le fil de la juste maturité. Que se passe-t-il ?

Je vous présente donc un Cairanne, bien sud-sudiste, 100% grenache et 15% alcool. Voilà. C’est un vin chaleureux. On ne pourra pas dire que je cache quoi que ce soit.

MAIS…

Cette cuvée Marcel Roche 2020 du Domaine Roche, en appellation Cairanne mérite le détour et propose surtout à l’amateur de ne pas s’arrêter après une première gorgée qui ne peut nier son poids alcooleux.

Ceci est un Châteauneuf-du-Pape camouflé en Cairanne. La bouche est autant velours que soie. Le fruit est intense, avec une complexité entre chocolat, cendres, tomate et fruits compotés. Vin sec, mais d’une grande douceur, laquelle est équilibrée par de la fraîcheur et par une noble amertume (j’écris noble amertume pour rappeler que, oui, l’amertume fait décidément partie de l’équilibre du vin et que ce n’est en aucun cas une façon de dénigrer ce breuvage). Peu de tannins, c’est un grenache 100%, issu de très vieilles vignes (majoritairement plus de 70 ans), plantées dans les galets roulés (tiens, Châteauneuf-du-Pape). Matière dense, concentrée: il y a de l’extrait en quantité dans cet animal sud-rhodanien !

Cairanne, au centre de la carte, en couleur turquoise

Pendant la dégustation, j’ai qualifié ce vin de joyeux, puis d’austère. A la réflexion, je pense qu’il est autant l’un que l’autre. Mon imagination m’a emmené du côté d’une belle flambée dans l’âtre de la maison de campagne, du côté de Porto (mais sans le sucre) et je me suis même demandé si un volcan se terrait sous certains secteurs de Cairanne (la réponse est non).

Après ces égarements para-poétiques, voici deux choses qui me paraissent essentielles: primo, servir frais pour dompter l’alcool; secundo, c’est fait pour accompagner une cuisine généreuse, moins pour glaner des notes pharamineuses pendant une dégustation à l’aveugle. Autant savoir.

Enfin, le rapport qualité-prix est convainquant.

Je vous invite à faire preuve de curiosité et à vous faire votre propre idée quant aux qualités de ce Cairanne 2020, Domaine Roche, cuvée Marcel Roche.

Digression: jusqu’en 2014, c’était Côtes-du-Rhône-Villages Cairanne. Depuis, comme Vinsobres, Rasteau, Châteauneuf-du-Pape, Vacqueyras, Gigondas, Beaumes de Venise, Tavel et Lirac, Cairanne est devenu un cru, ce qui lui donne l’immense privilège de ne plus accoler Côtes-du-Rhône à Cairanne. C’est une façon d’affirmer une différence et une hiérarchie.

Catégories
dégustation domaine rouge

Chianti Classico: le nouveau sangiovese est arrivé !

La nouvelle organisation du Chianti Classico en 11 zones

C’est une tendance de fond. Les vignerons souhaitent préciser le lieu où naissent leurs vins. Une tentative pour se différencier et pour capitaliser sur la notoriété d’un quelque-part. Quand on prononce le mot Nuits-Saint-Georges, la magie opère. Ce n’est plus un pinot noir bourguignon, c’est un Nuits-Saint-Georges ! Pour le meilleur et pour le pire. Ajoutons-y la mention du premier cru Les Damodes, qui jouxte Vosne-Romanée, et c’est l’orgasme du là-et-pas-ailleurs. Les Damodes, ce sont 8 hectares de géographie sacrée.

A dire vrai, ce n’est qu’exemple parmi tant d’autres. Mais il faut reconnaître que le modèle bourguignon (vins régionaux, vins communaux, vins issus d’une parcelle premier cru, vins issus d’une parcelle grand cru) s’impose progressivement dans toute l’Europe. C’est assurément vrai en Allemagne où les étiquettes des vins secs de noble extraction mentionnent de plus en souvent un nom de commune suivi par un nom de parcelle. La notoriété de ces lieux germaniques n’est aujourd’hui pas bien grande, en tous cas dans nos contrées latino-francophones. Mais le train est lancé et viendra le moment où nous prononcerons avec délectation Bockenauer Felseneck pour désigner un riesling sec du village de Bockenau (en région Nahe) et de la parcelle grand cru Felseneck.

Venons-en à l’Italie et plus précisément à la Toscane puisque c’est le thème de cet article. Chianti Classico. Une zone créée par les dieux du terroir il y a bien longtemps déjà (un Grand-Duc Médicis est passé par là au XVIIIème siécle). Classico c’est le cœur historique du Chianti par opposition à tous les autres Chianti que je qualifierais volontiers de non-Classico. Ce n’est pas que ceux-là sont toujours moins intéressants, mais on y trouve de tout et en particuliers des tonnes d’ersatz qui n’ont de Chianti que le nom. Que voulez-vous, chère Madame, c’est dans la nature humaine de jouer la carte de l’opportunisme et, en quelque sorte, celle du plagiat.

Jusqu’il y a peu, les vins du Chianti Classico se racontaient en particulier par leur élevage: les meilleurs fruits cueillis sur les vignes les plus anciennes se destinaient naturellement, après un long passage en tonneaux à la durée règlementée, à la prestigieuse cuvée Riserva. Fort créatifs, nos vignerons toscans y ont ajouté en 2013 la notion de Gran Selezione. Mieux que Riserva, encore plus prestigieux, comprenez encore plus cher. Une segmentation par le prix, une hiérarchie, le vin dans le sens vertical.

Le sens vertical ? Mais ne pourrait-on pas réfléchir au sens …horizontal ? Alors oui, à l’été 2021, nos vignerons toscans se sont décidés à subdiviser le Chianti Classico en 11 zones de type communal. Elles sont illustrées sur une carte, plus haut, encore plus haut, ça y est vous êtes arrivés.

Pour être précis, la commune de Greve a subi l’ablation de Panzano, Lamole et Montefioralle, chacun de ces hameaux souhaitant sa propre dénomination. Idem pour Vagliagli dont le territoire appartient à la commune de Castelnuovo Berardenga. Dans le même ordre d’idées, San Donato in Poggio n’est pas une commune, mais une partie de la commune de Barberino Tavarnelle. Je m’arrête là avant de me noyer dans les subtilités de la géographie toscane.

Il me semble que la mention Gaiole ou Panzano sur une étiquette va toucher une corde sensible chez l’amateur, va déclencher une petite lueur d’envie. Pour Vagliagli ou San Casciano, les vignerons locaux vont devoir s’armer de patience et investir dans ce qui fait la spécificité et l’intérêt du lieu-de-chez-eux. Je suppose que certains vignerons préfèreront ne pas mentionner ces nouvelles dénominations complémentaires pour éviter d’égarer le consommateur.

Riecine, c’est 100% commune de Gaiole. Sur l’étiquette du millésime actuel, rien ne le revendique avec vigueur et fierté. Nous verrons bien comment se présenteront les étiquettes futures. Mettre l’accent exclusivement sur le nom du Domaine ou compléter le message en affirmant son origine communale ?

A propos, ce Riecine Chianti Classico 2020, en provenance de la commune de Gaiole, se goûte vraiment très bien. C’est un vin subtil, équilibré et expressif. Le fruit est pur et intense. Fine acidité salivante. Ce 100% sangiovese se contente d’un très pertinent 13% d’alcool (le millésime 2019 trouvait son équilibre à 14%). Vin d’altitude (450-500 mètres) issu de vignes qui peuvent commencer à se décrire comme vieilles (25 ans). 14 mois d’élevage en tonneaux usagés et en foudres. La mise en bouteilles est donc très récente.

Je vous invite à en acquérir quelques flacons dans le magasin. Le risque de déception me paraît négligeable, voire minusculissime.

Catégories
domaine

Jean Macle – Côtes du Jura

Bouteille achetée au Domaine (en mars 2008) et dégustée hier soir, sur un poulet aux morilles.

A cette époque révolue, les vins du Jura gagnaient progressivement en notoriété et en réputation. Le guide vert de la Revue du Vin de France, édition 2008, couronnait un unique vigneron de trois étoiles: Jean Macle pour son Château-Chalon. 8 Domaines recevaient une ou deux étoiles.

13 ans plus tard, la demande pour les vins du Jura a explosé et leur qualité est pleinement reconnue: récompense ultime (3 étoiles) pour cinq Domaines -Ganevat, Labet, Macle, Overnoy, Tissot-, accompagnés par deux Domaines (2 étoiles): Les Marnes Blanches et Pignier.

le village de Château-Chalon

J’ai payé cette bouteille € 9. Je me demande si ce n’était pas le meilleur rapport qualité/prix de tout l’Univers… Il s’agit d’un vin « typé », c’est-à-dire oxydatif. Complexité (zeste d’orange, épices, forêt d’automne), intensité, longueur, équilibre, rien ne manque à l’appel.

Sans surprise, les millésimes récents de ce Côtes du Jura se vendent et s’achètent en Belgique à plus de € 30.

Toute mon admiration pour le duo des géniaux créateurs, Laurent et Jean Macle, ce dernier malheureusement décédé fin 2020, à l’âge respectable de 87 ans.

Catégories
dégustation domaine rouge

Des rouges d’exceptionnelle finesse

Vous avez aimé Leirana, albariño de Galice ? Alors permettez-moi de vous présenter le projet Castro Candaz, créé en 2014 par le même duo que Leirana: Raul Perez et Rodri Mendez. Nous sommes toujours en Galice, mais à l’intérieur des terres, bien loin de l’océan. Et la spécialité ici, ce sont les vins rouges, élaborés avec le cépage mencia.

Quelques mots au sujet du nom du Domaine. Candaz Castro, ce sont d’abord les vestiges d’une ville celtique, romaine puis médiévale. C’est d’autant plus spectaculaire que les ruines se situent sur un promontoire dans la rivière Miño, à un endroit où cette rivière ressemble plutôt à un lac allongé. Il est bien possible que les pierres utilisées pour construire les terrasses dans le vignoble tout proche aient été prélevées dans le château ruiné.

L’appellation, c’est Ribeira Sacra. Rivage sacré en français (en violet sur la carte ci-dessous). Pensez au Rhône entre Vienne et Valence, au Douro jusqu’à Porto ou à la Moselle allemande: des vignobles qui doivent beaucoup à la rivière qui les traverse. Ici, nous avons droit à deux rivières: l’affluent Rio Sil au sud et le fleuve Rio Miño …au nord. Ce Rio Miño finira par se jeter dans l’Atlantique après avoir formé la frontière naturelle entre l’Espagne et le Portugal.

La mencia domine l’encépagement. Ce cépage, encore peu connu en dehors de la Galice et de la Castille toute proche il y a vingt ans, incarne aujourd’hui un type de vin rouge original, bien différent de ce qui se produit dans la Rioja, en Catalogne et dans toutes les régions sous l’influence de la Méditerranée. Ici, c’est la fraîcheur et l’énergie qui signent les vins, du moins ceux élaborés par les meilleurs vignerons.

En Castille (appellation Bierzo), la mencia peut se montrer difficile à déguster jeune en raison de tannins assez massifs. Les vins ont besoin de temps pour se fondre. En Galice (appellation Ribeira Sacra), ces tannins sont moins présents, alors que la finesse des meilleurs vins est évidente. Très difficile de « traduire » la mencia en un cépage mieux connu dans nos contrées francocentrées: la littérature évoque la syrah, le cabernet franc et le pinot noir. Et je me permets d’y rajouter le grenache…

Raul Perez et Rodri Mendez, jamais à court d’idées, ont cherché des vignes de mencia du côté de Chantada pour vérifier ce qu’ils pouvaient en faire. Le projet Castro Candaz se décline sous la forme de trois vins rouges et d’un vin blanc (cépage Godello). Concentrons-nous sur les rouges: il y a d’abord un vin de type « joven » -en 100% mencia- avec très peu d’élevage, ensuite une cuvée qui assemble les raisins en provenance de 5 parcelles de vieilles vignes, avec un élevage sous bois (grands contenants, pas de bois neuf) et enfin une cuvée parcellaire, avec le même élevage.

En dégustation, le « joven » (NB: ce terme ne figure pas sur l’étiquette, je l’utilise pour faciliter la communication) commence par un nez terreux et minéral avant que le fruit ne prenne le relais. La bouche est superbe, énergique, assez concentrée, avec de bons petits tannins. Il y a de la matière, mais assez peu de puissance alcoolique (13%). Ma comparaison préférée et subjective: un Loire de cabernet franc, bien mûr et enjôleur.

La cuvée d’assemblage s’appelle Finca El Curvado. C’est à la fois un assemblage de cinq parcelles, mais également un assemblage de plusieurs cépages (les vieilles parcelles sont très souvent complantées): mencia en très large majorité, avec merenzao (mieux connu sous d’autres noms: bastardo et trousseau) et alicante bouschet (oui, oui, c’est bien le cépage teinturier que l’on trouve encore dans quelques coins obscurs du Languedoc). Le nez est profond, avec un joli floral. A l’aveugle, on sera tenté parfois d’évoquer le pinot noir, parfois la syrah. La bouche est fraîche et épicée, précise et énergique. Malgré quelques tannins d’excellente facture, j’ai envie d’utiliser le terme « aérien » que je réserve en général aux meilleurs rieslings allemands. Grand vin.

La cuvée parcellaire s’appelle A Boca do Demo. Une unique parcelle, en grande majorité mencia, avec un peu de merenzao. Une expérience étonnante. Le nez évoque pour moi quelque chose entre pinot noir et grenache. La bouche est très délicate, difficile de reconnaître le cépage. Vin à la fois très intense et très léger. Finesse exceptionnelle, grand vin.

Castro Candaz « joven » et Finca El Curvado sont disponibles dans le magasin. En dégustation ce samedi 23 octobre.

A Boca do Demo sur demande uniquement et sans aucune garantie de disponibilité.

Catégories
blanc domaine

C’est du brutal…

Méfiez-vous des cornes de l’animal. Si votre tante Josiane aime beaucoup son chardonnay chilien de chez Delfour (ou de chez Carhaize), si votre oncle Marcel ne jure que par Meursault *, NE PAS LEUR SERVIR CECI, sous peine d’être déshérité dans l’heure qui suit.

Nous sommes aux Îles Canaries, donc en Espagne africaine. El Hierro est l’île la plus occidentale. Les paysages sont puissants, énormes, violents. Pendant l’hiver 2011-2012, le volcan s’est réveillé, avec émission sous-marine de lave au sud-ouest de l’île. 10.000 habitants, peu de tourisme, des ananas, des bananes, des lézards géants et des vignes, de très vieilles vignes. C’est Jurassic Park…

El Hierro: volcan et océan

Une équipe de zinzins qui se lancent dans l’aventure du vin en 2018. Ils rassemblent l’argent « en trompant les banques, les amis et la famille » (la traduction est mienne, mais l’humour est local). Ils décident de nommer le Domaine « Bimbache », en l’honneur de la population autochtone de l’île. Ils chouchoutent des vignes complantées où dominent les cépages verijadiego et listan blanco. Ils rassemblent différentes parcelles, au nord de l’île, sur des sols de lave noire. En cave, la philosophie est non-interventionniste. 

C’est du brutal. De la quintessence de volcan océanique. Une expérience de l’ordre de l’extra-terrestre. Extrême minéralité se révélant entre le pétrole et la coquille d’huître. Acidité relativement basse. Je n’ai jamais rien goûté de similaire. A prendre avec de solides pincettes: cela pourrait évoquer la manzanilla de Jerez, en version pasada.

Et qu’est-ce que je viens d’apprendre, en farfouillant dans ma documentation ? Le cépage listan blanco ne fait qu’un avec le palomino, LE cépage de Jerez. Comme quoi, la comparaison ci-dessus pourrait être moins farfelue que je ne l’imaginais.

* Marcel Meursault … Marcel Marceau. Jeu de mots, jeux de mime. Je vous présente mes excuses …

Le carnaval de El Hierro: vous allez comprendre pourquoi le logo du Domaine est une bête à cornes. Attention, ça décoiffe solidement.

Bimbache Blanco, El Hierro 2020 est disponible dans le magasin.

Catégories
blanc domaine

Du changement chez Pignier, en Jura

La famille Pignier: Marie-Florence, Antoine et Jean-Etienne

Le bouleversement climatique n’est plus la vision d’un avenir compromis, c’est une histoire de chaque jour et de chaque millésime. Les vignerons peuvent faire le gros dos en espérant que ça passe, mais ils seront déçus. Ne pas agir maintenant condamne les vins de demain. Le degré alcoolique monte, monte …et cela conduit à élaborer des vins plus puissants qu’élégants, possiblement lourds, sans colonne vertébrale ni énergie.

Je me souviens d’avoir goûté la cuvée « A la Percenette » en millésime 2018. J’ai tout tenté pour lui trouver plein de qualités et, en conséquence, pour vous le proposer. J’ai renoncé. 15,23% d’alcool. Trop is te veel. Je n’aurais pas été capable de défendre ce vin.

Donc, inquiétude pour les millésimes ultérieurs et en particulier pour le 2019.

Eh bien, le Domaine Pignier a réfléchi et agi. Les raisins du lieu-dit « A la Percenette » (plein sud) sont maintenant assemblés avec d’autres raisins (toujours du chardonnay, sous un nom local: melon à queue rouge) qui proviennent de parcelles plus froides, moins exposées au soleil ardent. Ce changement implique de renoncer au nom de la cuvée. Donc bye-bye « A la Percenette » et bienvenue à la nouvelle cuvée « Chardonnay de La Reculée« . En géologie jurassienne, une reculée est une vallée.

Le bénéfice est immédiat: 13,5% d’alcool pour ce millésime 2019 avec un équilibre qui n’est pas sans rappeler le très réussi « A la Percenette » en millésime 2015. Le nez est très pur, la bouche splendidement équilibrée. Vin floral, intense qui me donne terriblement envie d’utiliser l’expression « eau de roche« , quelque chose qui évoque le cristal. J’ai conclu ma note de dégustation pour « bravo !« .

Fermenté et élevé en fûts de chêne de type 228 litres, mais le boisé est à peine perceptible (dosage intelligent du bois: assez pour oxygéner le vin, trop peu pour le marquer aromatiquement).

Pour éviter tout éventuel malentendu, ce « Chardonnay de La Reculée » est un vin ouillé, classique, comme en Bourgogne: rien à voir avec un Vin Jaune ou avec un vin sous voile. Ce n’est donc pas un vin oxydatif.

Utilisation du soufre très limitée, à 50 mg/litre.

Rien n’oblige à le confier longuement à votre cave, il se déguste déjà très bien. Néanmoins, imaginons qu’une bouteille se planque dans un coin sombre et que vous ne retombiez dessus que dans 10 ou 12 ans. Très très jolie surprise en vue !

***

Domaine Pignier, Côtes du Jura, Chardonnay de La Reculée 2019 est disponible dans le magasin. En dégustation ce samedi 23 octobre.

Catégories
domaine rouge

L’excellence en Chianti Classico

Les villages du Chianti Classico

Imaginons que vous, cher lecteur, chère lectrice, êtes passionné par le Chianti. Vous connaissez les meilleurs Domaines et les bons millésimes, vous avez déjà pris quelques vacances à l’ombre des cyprès toscans, vous faites partie du club des adorateurs du Coq Noir (…Il Gallo Nero…) et vous pouvez répéter très vite -et sans vous prendre la langue entre les dents- Gaiole, Radda, Castellina, Greve et quelques autres villages qui forment ensemble le cœur historique du Chianti, encore appelé Chianti Classico.

Le hameau de Castell’in Villa: le Domaine est également un « agriturismo« 

Et pourtant, je suis prêt à parier que le Domaine Castell’in Villa ne vous dit pas grand-chose. Autant ce Domaine est connu des amateurs italiens et anglo-saxons, autant il semble que sa notoriété soit faible en Francophonie. Je ne pose aucune hypothèse explicative pour ce qui concerne la France, mais, pour la Belgique francophone, je pense qu’il s’agit d’un simple problème de distribution: pas de caviste pour le mettre à disposition des amateurs d’ici. Loin des yeux, loin du cœur …et le Domaine disparaît dans l’oubli éternel.

…Eternel, non. Anthocyane veille au grain. J’ai goûté, regoûté et approuvé. Mon mérite est limité, puisque plusieurs oeno-célébrités m’ont précédé: en particulier, pour Hugh Johnson, le Domaine est ***.

Le Domaine se situe à Castelnuovo Berardenga, à l’extrême sud de l’appellation, pas bien loin de Sienne. Les généralisations sont souvent sujettes à caution, mais les vignobles de cette commune sont réputés pour permettre l’élaboration de vins élégantstanniquesintenses et susceptibles de se bonifier considérablement au vieillissement. La propriétaire, principessa Coralia Ghertsos in Pignatelli della Leonessa, est d’origine grecque, autodidacte et particulièrement attachée aux vinification et élevage traditionnels: ici, c’est la principauté du style « à l’ancienne« . Ni forte extraction, ni couleur violacée, ni taux d’alcool très élevé. C’est aussi la primauté donnée au cépage sangiovese.

En dégustation, le Chianti 2017 incarne le style de la maison: 100% sangiovese, couleur rouge brique, style oxygéné lié à l’élevage en « botti » (petits foudres) usagés pendant 12 mois, bons tannins, notes terreuses et épicées, jambon fumé. Aucune sensation chaude/alcooleuse. Pourrait évoquer certains Rioja traditionnels.

Le Riserva 2015 est un feu d’artifice ! Couleur rouge brique, nez sur la rose fanée et l’encens avec des nuances de zeste d’orange. En bouche, énormément de finesse, posée sur un lit de tannins assez fondus. Très savoureux. Le verre vide s’exprime avec noblesse: cigare, bois noble, cerise. Elevage de 2 à 3 ans en « botti » (petits foudres). Grand vin. Le prix me semble justifié.

***

Le Chianti Classico Castell’in Villa 2017 et le Chianti Classico Castell’in Villa Riserva 2015 sont disponibles dans le magasin. Le millésime 2017 est en dégustation ce samedi 23 octobre.