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Union Grands Crus: le millésime 2021 à Bordeaux

Belle opportunité ce mardi de goûter une longue série de Bordeaux dans le genre grands crus classés. Organisation performante qui permet de choisir entre la formule bruyante/agitée (chaque Domaine derrière sa petite table, ça se bouscule) et la formule au calme (on reçoit quelques centilitres du vin souhaité, on s’installe dans un fauteuil et on goûte sans être perturbé). Devinez où l’on pouvait m’apercevoir…

Il y a bien entendu bien plus de vins à goûter que ce que le rédacteur de ce billet est capable de déguster, tout en restant raisonnablement sobre. Je crache tout, mais malgré tout, au fur et à mesure…

Tant qu’à faire, j’ai sélectionné les appellations que j’avais déjà sélectionnées l’année passée, à savoir Pessac Léognan et Margaux. En laissant de la place pour quelques improvisations.

Pessac Léognan

Conclusion: dans le contexte d’un millésime difficile, les vins sont frais, assez fermés, avec des nez pas très expressifs. Mais il y a de gros écarts entre les meilleurs et les moins réussis (du moins à ce stade).

Je commence par Fieuzal: fruité, peu tannique et peu boisé, frais et peu alcoolisé (en perception). C’est très agréable mais un peu facile. Néanmoins, l’équilibre est excellent et les différents éléments du vin s’harmonisent avec brio. Le vinificateur a fait pour le mieux avec la matière mise à sa disposition. ++

Malartic La Gravière est certes plus dense que Fieuzal, plus riche et sans doute plus chargé en alcool, mais je lui trouve un peu moins d’énergie et un certain déficit de finesse. +

Smith Haut Lafitte présente un joli nez, avec un léger floral. Cela commence bien mais malheureusement la bouche déçoit: vin angulaire, tannins secs, beaucoup d’austérité sans plaisir, finale assez courte. +/-

Larrivet Haut Brion est construit autour d’une belle colonne vertébrale (acidité élevée), il est énergique et paraît encore très jeune. Les tannins sont plus fins que dans Smith HL. +

Haut-Bailly est dense, frais, salivant et long. Il est profond, équilibré, avec de bons tannins sans aucune sécheresse. Le meilleur jusqu’à présent. Pour un 2021, c’est très réussi. +++

Domaine de Chevalier affiche un profil très particulier: plus aromatique que les précédents, bien fruité, il pourrait se faire passer pour un Bourgogne ! C’est un vin élégant avec une charge tannique assez imposante, ce qui invite à lui donner du temps. +

Et pour finir cette promenade dans l’appellation: Pape-Clément. Nez plus minéral que fruité. Beaucoup de jus et d’énergie. Beaux tannins d’un juste dosage par rapport à la matière. Fin et puissant. +++

Margaux

Conclusion: les vins m’ont semblé plus puissants que ceux de Pessac Léognan, mais moins fins. Cela manque de chair et de plaisir. Il faut attendre que les vins se fassent plus aimables. Mais je n’affirme pas qu’ils seront un jour franchement meilleurs. Millésime manifestement difficile.

Desmirail constitue une assez bonne entrée en matière. Nez fruité, avec un boisé perceptible. Le vin est assez puissant, sauvage, pas encore en place. Quelques tannins légèrement secs. Il y a de la matière et de la vie. +

Dauzac présente un joli nez, fruité et souriant. En bouche, c’est nettement moins souriant: plus de puissance que de finesse, tannins surreprésentés, pointe de rusticité. +/-

Kirwan surprend par son nez subtil dans lequel s’invite l’encens. Equilibre de haut vol, dense et énergique, excellents tannins, finale salivante et tranchante. ++

Rauzan Gassies paraît timide, comme s’il n’osait pas se présenter au dégustateur. La bouche est simple, avec des tannins peu élégants. +/-

Lascombes est mystérieux: le nez est très fruité et très pur. En bouche, le vin paraît très jeune, sans harmonie avec quelques tannins rêches. Malgré tout, il m’intrigue et me donne envie de lui donner du crédit. ?

Prieuré Lichine présente un nez « sombre », sur le fruit noir et une certaine minéralité. Mais, en bouche, c’est puissant au détriment de la finesse. C’est impressionnant et extraverti avec un corollaire: la superficialité. La rusticité n’est pas loin. +/-

Le Tertre se dévoile via un nez un peu chaud. L’équilibre est très bon: il n’y a rien qui dépasse, c’est poli avec de bons tannins, le fruit est savoureux. Mais cela reste simple. +

Giscours a été goûté deux fois. C’est un vin très dense, avec du terroir et de la personnalité. A ce stade, c’est néanmoins fermé, voire austère. Très cabernet, avec une pointe d’amertume. ++

Je papillonne …

A partir d’ici, je me plonge dans les autres appellations, sans objectif précis: si une bouteille me tape dans l’œil, je goûte.

Talbot (St-Julien): le nez est peu causant. En bouche, il y a de la matière, un joli velouté jusqu’à un petit soupçon de chaleur (NB: attention à l’effet de séquence après l’austère Giscours). Comme s’il y a plus de merlot dans l’assemblage. Il lui manque l’étincelle du génie. +

Grand Puy Ducasse (Pauillac). Etonnant, je retrouve ici pour la première fois un parfum que j’associe à …Pessac Léognan: le jambon fumé. Fort différent de tous les autres vins goûtés précédemment. Atypique du millésime et de la région. Je pense plutôt à un vin du sud, espagnol. Certes différent, mais avant tout savoureux. J’ai envie d’un verre (mais je m’abstiens). ++

Gazin (Pomerol) est un vin puissant mais pas très précis. Déception, je n’y trouve ni finesse, ni élégance. Bof. +/-

Lynch Bages (Pauillac). Nez sur les fruits noirs, enivrant (euh…cela fait bientôt deux heures que je déguste), parfum oriental. Vin plus riche que le millésime, avec une suavité soyeuse qui ne verse pas dans la mollesse. Excellents tannins. +++

Bonus: Sauternes

Le millésime 2021 a été catastrophique pour les liquoreux. Conséquence: les domaines font goûter des millésimes plus anciens. Et cela se révèle très intéressant !

Guiraud 2016: nez sur les agrumes, scintillant, très séduisant. Touche de sauge et de menthe. Nuance pâtissière. Bouche très bien équilibrée, avec peu de sucre perçu. Vin aérien, subtil, sans boisé excessif, alcool mesuré: vin spirituel, pas spiritueux. +++

Lafaurie Peyraguet 2017: fort effet de séquence avec Guiraud. Ce nez-ci est imprécis. Cette bouche est fort sucrée, avec une pointe d’alcool. La richesse finit sur une impression de lourdeur. +/-

Sigalas Rabaud 2016: Nez envoûtant, sur les agrumes fins. Bouche intense, gastronomique, serrée et tendue, pas trop sucrée. Le profil est proche de celui de Guiraud. ++

Quelque chose à rajouter ?

Les notes ci-dessus sont « brutes », sans la moindre correction politiquement correcte. Je n’ai consulté aucun guide, aucune revue. Il s’agit d’un instant particulier, avec une séquence particulière de vins. Et, bien entendu, mes évaluations en racontent plus sur mes goûts que sur la qualité intrinsèque des vins dégustés.

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