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blanc dégustation offre rouge

Espagne: les yeux plus grands que le ventre ?

J’ai manifestement eu du mal à choisir. Docteur, est-ce pathologique ?

J’aurais pu me contenter de la dizaine de vins qui participent à la dégustation du samedi 22 août. Mais non.

Comment résister à ce que proposent les meilleurs vignerons de Galice, de Catalogne, de Castille et d’ailleurs ? La diversité des styles est fascinante ! Il y a du franchement « sud » et du franchement « nord »: le nord-ouest de l’Espagne ressemble d’ailleurs bien plus à l’Irlande qu’à une costa méditerranéenne !

Il y a bien sûr du rouge, mais les vins blancs sont aujourd’hui du même niveau: en Catalogne, en Galice, en Andalousie, du côté de Valence les vins blancs de grande qualité pullulent. A vrai dire, je ne sais pas si un vin est susceptible de pulluler, mais vous voyez ce que je veux dire…

Vous recherchez un rouge qui puisse se comparer positivement avec bien des Châteauneuf-du-Pape ? Tentez Bellmunt, un Priorat abordable et diantrement réussi. Un blanc de la nouvelle génération, élevage en amphores et macération ? Essayez Cullerot: ce n’est pas un vin orange, mais on s’en rapproche. Des blancs dont la fraîcheur septentrionale vous esbaudirait ? Sans hésitation, Leirana (cépage albariño) et Louro (cépage godello), belle comparaison sur le millésime 2019.

Un rosé ? Oh oui, même si c’est plutôt un clarete, entre rosé et rouge: Paramos de Nicosia.

Vous aimez le sauvignon et découvrir de nouveaux cépages ? Je suggère le verdejo de José Pariente. Un Rioja moderne ? Jetez-vous sur Sela !

Des prix bien serrés, sans concession sur la qualité ? Salbide et l’andalou Dos Claveles sont proposés à € 10. Ou encore Vermell, un « rouge de rouge », puisque élaboré avec l’alicante bouschet, l’un des seuls raisins à jus rouge.

Un cépage rouge local qui ferait l’unanimité (du moins quand il est confié à des vignerons de talent) ? La mencia de Maquina & Tabla Laderas de Leonila, celle de Raul Perez: Ultreia Saint-Jacques et celle de la Vizcaina (autre projet du serial vigneron Raul Perez): El Rapolao.

Un grenache comme on en fait peu en France ? Vieilles vignes, haute altitude, bas rendements, maturité et finesse de El Terroir, chez Lupier en Navarre. Vin multi-récompensé par la presse spécialisée.

Des vins bio de la région de Valence, zone naguère peu portée sur la qualité: les choses changent grâce au Celler del Roure mais aussi grâce au Domaine Mustiguillo qui propose Mestizaje rouge et Mestizaje blanc.

Un blanc catalan, issu de vignes quinqua- et sexagénaires, d’excellent rapport Q/P ? Jetez un œil sur 3 Macabeus, du Domaine Albet i Noya, un des pionniers du bio en Europe.

Une originalité castillane, pas loin de chez Don Quichotte, élaboré par un quatuor d’œnologues volants, dans l’esprit du vin nature ? Albahra ne porte pas la moindre appellation, pas vraiment un millésime, mais cela ne le rend pas moins bon !

Enfin, un liquide élaboré dans le même esprit que le vin de qualité, mais où le raisin fait place à …l’olive. Le Domaine Roda produit dans les Îles Baléares une huile d’olive d’exception, 100% « cépage » arbequina, issue de la récolte 2019. Acidité très faible. C’est Aubocassa.

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dégustation domaine rouge

Haro Roda Sela

Je vous rassure, le titre de cet article n’est pas une incantation de magie noire. C’est juste pour faire de l’impact. Clarification suit.

La petite ville de Haro est un endroit assez étonnant, entre Castille et Pays Basque, nichée sur les rives de l’Ebre et traversée par une voie de chemin de fer. Le quartier où je vous emmène s’appelle d’ailleurs Barrio de la Estacion.

Trois Domaines de grand prestige sont installés l’un à côté de l’autre, comme s’ils souhaitaient faciliter les comparaisons entre eux: Lopez de Heredia, La Rioja Alta et Roda portent, chacun à sa façon, un large pan de l’histoire et de l’avenir des vins de la Rioja.

Plus fort, en marchant cinq bonnes minutes, on peut encore rejoindre CVNE, Muga, Gomez Crusado et Bilbainas, autres Domaines à forte notoriété. Imaginez le cruel dilemme que doit résoudre l’amateur qui sait qu’il ne pourra pas tout goûter…

Haro, Capital del Rioja …on ne peut mieux résumer !

Une telle concentration de Domaines est rare, pour ne pas dire unique. Il fût un temps phylloxérique (à partir de 1877) pendant lequel le chemin de fer a joué un rôle essentiel dans le transport des vins de la Rioja vers Bordeaux. Les vignes bordelaises ravagées par la bestiole, la solution a été d’importer des vins d’un type relativement comparable, d’une belle qualité et capables de voyager facilement: voilà comment la gare et le chemin de fer vers la France ont indéniablement contribué à la prospérité de Haro.

Une preuve ? Haro a été la première municipalité espagnole à se doter de l’éclairage public électrique, à la fin du XIXème siècle. Un luxe à cette époque. Transformer le vin en lumière, je trouve ça assez poétique !

Roda est, contrairement à ses confrères cités plus haut, un Domaine plutôt jeune, puisqu’il a été créé de toutes pièces en 1987. Il s’est rendu rapidement célèbre en secouant une certaine indolence, voire un sommeil certain: du sang neuf dans la région !

Roda a été un modernisateur de la Rioja, à l’instar des modernistes en Barolo (Elio Altare, Renato Ratti, …). Cette vision est complémentaire à celle des meilleurs traditionalistes, comme Lopez de Heredia et La Rioja Alta.

La cuvée Sela est récente: le premier millésime a été élaboré en 2008. Sela, c’est en quelque sorte le P’tit Roda, celui qui peut se boire dès sa sortie sur le marché et sans avoir dû plonger profondément dans son portefeuille.

Vignes plutôt jeunes (tout est relatif: de 15 à 30 ans), utilisation proportionnelle de la barrique. Moins d’élevage que ses grands frères Roda Reserva et Roda I Reserva. Cela dit, le millésime 2017 n’est sorti que récemment, le vin repose longuement en bouteilles dans les caves de Roda, après passage de 12 mois en barriques de différents âges.

Roda, Rioja, Sela 2017: magasin

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histoire information

Hugh Johnson, édition 1981

En faisant un peu de rangement, je tombe sur ce petit livre, traduction en français du guide que Hugh Johnson publie tous les ans, depuis 1977. Il a aujourd’hui 81 ans et continue inlassablement à goûter le vin et à en parler. Il doit sa célébrité en particulier à son Atlas Mondial du Vin. Je ne peux cacher l’admiration que je porte à nombre de ses écrits, souvent pleins d’humour.

176 pages pour résumer la « planète vin », telle qu’elle se présentait aux yeux d’un auteur anglo-saxon il y a une quarantaine d’années. Plus précisément: dépôt légal 4ème trimestre 1981.

Hugh Johnson introduit son ouvrage en proposant un choix personnel pour 1982: c’est une sorte de fourre-tout sympathique qui mélange allègrement appellations, vignerons, marques et cépages, c’est subjectif et pleinement assumé comme tel.

A titre d’exemple, pour l’Espagne, cela donne ceci:

Campo Viejo, Codorniu, La Rioja Alta, Lopez de Heredia, Marqués de Caceres Blanco, Muga, Señorio di Sarria, Torres.

Aujourd’hui, Campo Viejo est une marque, détenue par le groupe Pernod-Ricard, qui propose des vins de la Rioja, essentiellement destinés à la grande distribution. Même topo pour Codorniu, géant du cava et pour Marques de Caceres, largement représenté chez Carrefour Belgique. Torres est un géant catalan, présent dans différentes régions espagnoles et jusqu’au Chili. Señorio di Sarria, propriété de Navarre, est quant à lui passé sous le radar.

Muga, Lopez de Heredia et La Rioja Alta font, aujourd’hui encore, partie de l’élite des vins de la Rioja.

Frappant de constater que les choix pour 1982 se répartissent géographiquement entre Rioja et Catalogne. Tout le reste de l’Espagne n’existait pas (encore).

Pour la France, Hugh Johnson met en exergue une douzaine de châteaux bordelais ainsi que la liste suivante:

Aligoté, Beaumes de Venise, Léon Beyer, Blanquette de Limoux, Bordeaux Côtes de Castillon, Chablis premier cru, Coteaux du Layon, Côtes du Lubéron, Fixin, Gaillac perlé, Alfred Gratien, Louis Jadot, Listel, Prosper Maufoux, Minervois, Morey-St-Denis, Passe-Tout-Grains, Pol Roger, St-Joseph, Seyssel.

Chacun se fera sa propre idée. Une chose est sûre, je ne connais personne qui ferait ce choix en 2020 !

Hugh Johnson

Le livre consacre ensuite quelques pages aux cépages. Voici deux définitions, joliment vintage:

Folle-Blanche: troisième raisin blanc de France, il ne donne jamais de bon vin. Beaucoup d’acidité et peu d’arôme le rendent idéal pour la fabrication du Cognac.

Carignan: de loin le raisin le plus courant de France, où il couvre des milliers d’hectares. Prolifique, il donne un vin sans attrait. Cultivé également en Afrique du Nord, Espagne et Californie.

Et quelques définitions croquignolettes:

Chianti: vin vif de Florence. Frais, mais avec un fruité chaleureux, jeune; vendu dans sa fiasque couverte de paille. Vieillit modérément.

Nebbiolo d’Alba: ressemble à un Barolo léger. Souvent bon. Le Barolo qui n’atteint pas ses 12% est vendu sous ce nom. Il a ses adeptes.

Nature: vin non chaptalisé. En Champagne, vin non champagnisé.

Saint-Péray: blanc plutôt lourd, au sud de Cornas. Une grande partie de la production est transformée en « mousseux ». Ne dépasse pas le stade de la curiosité.

A vrai dire, le plus interpellant est que bien des informations reprises dans cet ouvrage font encore sens 40 ans plus tard. Tout change mais rien ne change…