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Viña Ardanza, Seleccion Especial

La Rioja Alta, Viña Ardanza Reserva Seleccion Especial 2010

On oppose parfois les modernistes de la Rioja aux traditionnalistes en insistant sur le fait que les premiers, adeptes d’un élevage bref en barriques neuves, chercheraient à mettre en avant un intense fruité et donc le raisin. Sachant que les seconds misent au contraire sur un (très) long élevage en barriques anciennes, il est tentant d’en faire des spécialistes du bois.

La réalité est heureusement plus subtile: pour La Rioja Alta, Domaine traditionnaliste réputé, le bois est un moyen pour polir les tannins, pour civiliser le vin et jamais une fin en soi ! Il s’agit de micro-oxygéner le vin pendant de longs mois de façon à ce qu’il soit à pleine maturité dès sa mise sur le marché. L’élevage apporte une belle patine, une texture soyeuse, une aromatique complexe. La mise en bouteilles de ce Viña Ardanza a eu lieu en mai 2015. Vu la durée de l’élevage en barriques, le vin pourrait légalement être commercialisé comme un Gran Reserva.

Le Domaine accorde bien entendu une grande importance au travail à la vigne: petits rendements, vendanges manuelles, sélection des meilleurs raisins. Le transport des raisins vers la cave de vinification se fait en camion frigorifique, la cave elle-même est moderne: La Rioja Alta n’est pas un musée ! La tradition fait son entrée lorsque commence l’élevage. Le vin va passer de barrique en barrique, tous les six mois. Il est ainsi progressivement habitué au contact avec l’air.

Ce contact régulier avec l’air n’use pas le vin mais semble paradoxalement le rendre plus résistant: « ce qui ne tue pas rend plus fort ». Les meilleurs Riojas traditionnels vieillissent magnifiquement en bouteille, souvent mieux que les bombes fruitées modernes.

Ce Viña Ardanza est composé de 80% de tempranillo, issu d’un vignoble situé en Rioja Alta mais aussi de 20% de grenache, issu d’un vignoble situé en Rioja Oriental (cette sous-région s’appelait encore récemment Rioja Baja, mais les spécialistes de la communication ont estimé que « baja » pouvait être interprété négativement, comme le Bas-Rhin qui serait donc moins qualitatif que le Haut-Rhin).

Ce vignoble de grenache s’appelle La Pedriza: comme à Châteauneuf-du-Pape, on y croise une multitude de galets roulés, mais à une toute autre altitude: 550 mètres. Est-ce ce grenache qui confère à Viña Ardanza un petit supplément de douceur ?

Un mot encore sur un millésime exceptionnel : 2010 a été labellisé Seleccion Especial. Ce n’est arrivé que quatre fois pendant l’histoire de cette cuvée: en 1964, 1973, 2001 et donc, maintenant, en 2010. Viña Ardanza n’a pas été élaboré en 2011; le millésime 2012 vient d’arriver sur le marché, sans label Seleccion Especial.

En dégustation, un vin épicé, balsamique, avec de la cerise, du poivre et de la muscade. Un peu de réglisse et de café. Tannins élégants. Finale soyeuse et longue.

La Rioja Alta, Viña Ardanza Reserva Seleccion Especial 2010: quelques bouteilles sont en vente dans le magasin.

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La soie et le velours

Lopez de Heredia, Rioja Viña Tondonia Reserva 2007

Millésime 2007. Ce n’est pas une faute de frappe, c’est la conséquence d’un élevage « à l’ancienne » comme le pratiquent encore quelques rares Domaines, gardiens de la tradition en Rioja.

Le style peut dérouter l’amateur de vins très sombres, fortement extraits, issus à 100% du tempranillo et élevés brièvement en bois neuf: Lopez de Heredia fait exactement l’inverse !

Le vin est d’abord élevé pendant 6 ans en barriques très anciennes (bois américain), il est ensuite mis en bouteilles et repose encore pendant de longues années (5 ans au moins) dans les caves froides du Domaine. Lorsque le vin est enfin commercialisé, il est à parfaite maturité, maintenant et pendant les dix prochaines années. Le tempranillo est bien entendu le cépage principal, mais il est complété avec une part non-négligeable de grenache (15%) et une pincée de graciano y mazuelo.

Les vignes sont en majorité …centenaires: plantation en 1913 et 1914. Altitude du vignoble: entre 438 et 489 mètres. Le Domaine dispose de sa propre tonnellerie, qui fabrique et répare les barriques d’élevage, avec pour objectif de les utiliser pendant 25 ans.

Il est possible que ce vin ne plaise pas, parce qu’il est incontestablement différent. Il est possible aussi que le goûter vous fasse rejoindre le cercle des amateurs qui le considèrent comme une des incarnations de la perfection.

La robe est franchement rouge, sans nuances violacées ni tuilées. Le nez est ouvert, noble, épicé avec des arômes de boîte à cigares. Cela rappelle l’univers des Bordeaux tels que l’on a cessé de les produire (à l’exception peut-être de Château Le Puy). La bouche est intense, avec des tannins fondus. C’est harmonieux et salivant. Des épices et un peu de tomate. On navigue entre le velours et la soie. C’est profondément sensuel jusqu’à défier l’analyse. Ce Viña Tondonia Reserva est un tout, une synthèse, un univers.

Pour l’automne et pour l’hiver, à déguster lentement …

Quelques bouteilles sont disponibles dans le magasin: Espagne, Rioja, Lopez de Heredia Viña Tondonia Reserva 2007

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Espagne: les yeux plus grands que le ventre ?

J’ai manifestement eu du mal à choisir. Docteur, est-ce pathologique ?

J’aurais pu me contenter de la dizaine de vins qui participent à la dégustation du samedi 22 août. Mais non.

Comment résister à ce que proposent les meilleurs vignerons de Galice, de Catalogne, de Castille et d’ailleurs ? La diversité des styles est fascinante ! Il y a du franchement « sud » et du franchement « nord »: le nord-ouest de l’Espagne ressemble d’ailleurs bien plus à l’Irlande qu’à une costa méditerranéenne !

Il y a bien sûr du rouge, mais les vins blancs sont aujourd’hui du même niveau: en Catalogne, en Galice, en Andalousie, du côté de Valence les vins blancs de grande qualité pullulent. A vrai dire, je ne sais pas si un vin est susceptible de pulluler, mais vous voyez ce que je veux dire…

Vous recherchez un rouge qui puisse se comparer positivement avec bien des Châteauneuf-du-Pape ? Tentez Bellmunt, un Priorat abordable et diantrement réussi. Un blanc de la nouvelle génération, élevage en amphores et macération ? Essayez Cullerot: ce n’est pas un vin orange, mais on s’en rapproche. Des blancs dont la fraîcheur septentrionale vous esbaudirait ? Sans hésitation, Leirana (cépage albariño) et Louro (cépage godello), belle comparaison sur le millésime 2019.

Un rosé ? Oh oui, même si c’est plutôt un clarete, entre rosé et rouge: Paramos de Nicosia.

Vous aimez le sauvignon et découvrir de nouveaux cépages ? Je suggère le verdejo de José Pariente. Un Rioja moderne ? Jetez-vous sur Sela !

Des prix bien serrés, sans concession sur la qualité ? Salbide et l’andalou Dos Claveles sont proposés à € 10. Ou encore Vermell, un « rouge de rouge », puisque élaboré avec l’alicante bouschet, l’un des seuls raisins à jus rouge.

Un cépage rouge local qui ferait l’unanimité (du moins quand il est confié à des vignerons de talent) ? La mencia de Maquina & Tabla Laderas de Leonila, celle de Raul Perez: Ultreia Saint-Jacques et celle de la Vizcaina (autre projet du serial vigneron Raul Perez): El Rapolao.

Un grenache comme on en fait peu en France ? Vieilles vignes, haute altitude, bas rendements, maturité et finesse de El Terroir, chez Lupier en Navarre. Vin multi-récompensé par la presse spécialisée.

Des vins bio de la région de Valence, zone naguère peu portée sur la qualité: les choses changent grâce au Celler del Roure mais aussi grâce au Domaine Mustiguillo qui propose Mestizaje rouge et Mestizaje blanc.

Un blanc catalan, issu de vignes quinqua- et sexagénaires, d’excellent rapport Q/P ? Jetez un œil sur 3 Macabeus, du Domaine Albet i Noya, un des pionniers du bio en Europe.

Une originalité castillane, pas loin de chez Don Quichotte, élaboré par un quatuor d’œnologues volants, dans l’esprit du vin nature ? Albahra ne porte pas la moindre appellation, pas vraiment un millésime, mais cela ne le rend pas moins bon !

Enfin, un liquide élaboré dans le même esprit que le vin de qualité, mais où le raisin fait place à …l’olive. Le Domaine Roda produit dans les Îles Baléares une huile d’olive d’exception, 100% « cépage » arbequina, issue de la récolte 2019. Acidité très faible. C’est Aubocassa.

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Haro Roda Sela

Je vous rassure, le titre de cet article n’est pas une incantation de magie noire. C’est juste pour faire de l’impact. Clarification suit.

La petite ville de Haro est un endroit assez étonnant, entre Castille et Pays Basque, nichée sur les rives de l’Ebre et traversée par une voie de chemin de fer. Le quartier où je vous emmène s’appelle d’ailleurs Barrio de la Estacion.

Trois Domaines de grand prestige sont installés l’un à côté de l’autre, comme s’ils souhaitaient faciliter les comparaisons entre eux: Lopez de Heredia, La Rioja Alta et Roda portent, chacun à sa façon, un large pan de l’histoire et de l’avenir des vins de la Rioja.

Plus fort, en marchant cinq bonnes minutes, on peut encore rejoindre CVNE, Muga, Gomez Crusado et Bilbainas, autres Domaines à forte notoriété. Imaginez le cruel dilemme que doit résoudre l’amateur qui sait qu’il ne pourra pas tout goûter…

Haro, Capital del Rioja …on ne peut mieux résumer !

Une telle concentration de Domaines est rare, pour ne pas dire unique. Il fût un temps phylloxérique (à partir de 1877) pendant lequel le chemin de fer a joué un rôle essentiel dans le transport des vins de la Rioja vers Bordeaux. Les vignes bordelaises ravagées par la bestiole, la solution a été d’importer des vins d’un type relativement comparable, d’une belle qualité et capables de voyager facilement: voilà comment la gare et le chemin de fer vers la France ont indéniablement contribué à la prospérité de Haro.

Une preuve ? Haro a été la première municipalité espagnole à se doter de l’éclairage public électrique, à la fin du XIXème siècle. Un luxe à cette époque. Transformer le vin en lumière, je trouve ça assez poétique !

Roda est, contrairement à ses confrères cités plus haut, un Domaine plutôt jeune, puisqu’il a été créé de toutes pièces en 1987. Il s’est rendu rapidement célèbre en secouant une certaine indolence, voire un sommeil certain: du sang neuf dans la région !

Roda a été un modernisateur de la Rioja, à l’instar des modernistes en Barolo (Elio Altare, Renato Ratti, …). Cette vision est complémentaire à celle des meilleurs traditionalistes, comme Lopez de Heredia et La Rioja Alta.

La cuvée Sela est récente: le premier millésime a été élaboré en 2008. Sela, c’est en quelque sorte le P’tit Roda, celui qui peut se boire dès sa sortie sur le marché et sans avoir dû plonger profondément dans son portefeuille.

Vignes plutôt jeunes (tout est relatif: de 15 à 30 ans), utilisation proportionnelle de la barrique. Moins d’élevage que ses grands frères Roda Reserva et Roda I Reserva. Cela dit, le millésime 2017 n’est sorti que récemment, le vin repose longuement en bouteilles dans les caves de Roda, après passage de 12 mois en barriques de différents âges.

Roda, Rioja, Sela 2017: magasin

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Hugh Johnson, édition 1981

En faisant un peu de rangement, je tombe sur ce petit livre, traduction en français du guide que Hugh Johnson publie tous les ans, depuis 1977. Il a aujourd’hui 81 ans et continue inlassablement à goûter le vin et à en parler. Il doit sa célébrité en particulier à son Atlas Mondial du Vin. Je ne peux cacher l’admiration que je porte à nombre de ses écrits, souvent pleins d’humour.

176 pages pour résumer la « planète vin », telle qu’elle se présentait aux yeux d’un auteur anglo-saxon il y a une quarantaine d’années. Plus précisément: dépôt légal 4ème trimestre 1981.

Hugh Johnson introduit son ouvrage en proposant un choix personnel pour 1982: c’est une sorte de fourre-tout sympathique qui mélange allègrement appellations, vignerons, marques et cépages, c’est subjectif et pleinement assumé comme tel.

A titre d’exemple, pour l’Espagne, cela donne ceci:

Campo Viejo, Codorniu, La Rioja Alta, Lopez de Heredia, Marqués de Caceres Blanco, Muga, Señorio di Sarria, Torres.

Aujourd’hui, Campo Viejo est une marque, détenue par le groupe Pernod-Ricard, qui propose des vins de la Rioja, essentiellement destinés à la grande distribution. Même topo pour Codorniu, géant du cava et pour Marques de Caceres, largement représenté chez Carrefour Belgique. Torres est un géant catalan, présent dans différentes régions espagnoles et jusqu’au Chili. Señorio di Sarria, propriété de Navarre, est quant à lui passé sous le radar.

Muga, Lopez de Heredia et La Rioja Alta font, aujourd’hui encore, partie de l’élite des vins de la Rioja.

Frappant de constater que les choix pour 1982 se répartissent géographiquement entre Rioja et Catalogne. Tout le reste de l’Espagne n’existait pas (encore).

Pour la France, Hugh Johnson met en exergue une douzaine de châteaux bordelais ainsi que la liste suivante:

Aligoté, Beaumes de Venise, Léon Beyer, Blanquette de Limoux, Bordeaux Côtes de Castillon, Chablis premier cru, Coteaux du Layon, Côtes du Lubéron, Fixin, Gaillac perlé, Alfred Gratien, Louis Jadot, Listel, Prosper Maufoux, Minervois, Morey-St-Denis, Passe-Tout-Grains, Pol Roger, St-Joseph, Seyssel.

Chacun se fera sa propre idée. Une chose est sûre, je ne connais personne qui ferait ce choix en 2020 !

Hugh Johnson

Le livre consacre ensuite quelques pages aux cépages. Voici deux définitions, joliment vintage:

Folle-Blanche: troisième raisin blanc de France, il ne donne jamais de bon vin. Beaucoup d’acidité et peu d’arôme le rendent idéal pour la fabrication du Cognac.

Carignan: de loin le raisin le plus courant de France, où il couvre des milliers d’hectares. Prolifique, il donne un vin sans attrait. Cultivé également en Afrique du Nord, Espagne et Californie.

Et quelques définitions croquignolettes:

Chianti: vin vif de Florence. Frais, mais avec un fruité chaleureux, jeune; vendu dans sa fiasque couverte de paille. Vieillit modérément.

Nebbiolo d’Alba: ressemble à un Barolo léger. Souvent bon. Le Barolo qui n’atteint pas ses 12% est vendu sous ce nom. Il a ses adeptes.

Nature: vin non chaptalisé. En Champagne, vin non champagnisé.

Saint-Péray: blanc plutôt lourd, au sud de Cornas. Une grande partie de la production est transformée en « mousseux ». Ne dépasse pas le stade de la curiosité.

A vrai dire, le plus interpellant est que bien des informations reprises dans cet ouvrage font encore sens 40 ans plus tard. Tout change mais rien ne change…