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Allemagne, Mosel, Trittenheim, jours 13 & 14

Trittenheim n’est pas exactement le village qui incite l’automobiliste de passage à s’arrêter parce que les colombages et autres maisons peintes lui taperaient dans l’oeil. De loin, c’est assez banal. De près (c’est-à-dire en marchant), on y trouve pourtant un tas de petites curiosités que, selon son goût personnel, l’on qualifiera de charmantes ou de kitchissimes.

Apotheke se signale à tous et en toutes lettres, même sans zoom

Du côté de la Moselle et juste en face d’un mur de vignes connu sous le doux nom de Trittenheimer Apotheke, ce village cache surtout une maison étoilée dont il paraît que la carte des vins mérite un large détour.

au delà des vins allemands, une belle sélection autrichienne

Wein- & Tafelhaus figure depuis longtemps sur la liste des restaurants qui excitent mes papilles mentales. Petit menu le vendredi soir, grand menu le samedi soir pour clôturer en beauté ces deux semaines de vacances.

Deux menus, deux vins mosellans: d’abord le Piesporter (appellation village) de Julian Haart. Ce jeune homme est le neveu de Théo Haart (Domaine Reinhold Haart). Il élabore sur 5 hectares des vins exceptionnels: ce Piesporter est de mon point de vue une parfaite incarnation du riesling sec mosellan: une incroyable légèreté conjuguée avec de l’intensité et du fruit. On ressent ce qui s’apparente à de la fragilité d’autant mieux que le vin est servi dans un verre Zalto qui exprime cette même fragilité. Délicatesse implique concentration chez le dégustateur : si l’on fait l’effort pour l’écouter, sa musique est fantastique ! C’est de la musique de chambre, pas une symphonie.

Piesport est un village de la vallée de la Moselle

J’avais fort envie de découvrir les vins de Franz-Josef Eifel, vigneron basé à Trittenheim et disposant en particulier de quelques rangs de vignes dans la meilleure partie du Grand Cru Trittenheimer Apotheke: le Sonnenfels. Eh oui, un cru de 68 hectares n’est pas homogène: certaines parcelles sont mieux exposées que d’autres et la géologie est assez complexe. En Allemagne, ce vigneron obtient très régulièrement des notations stratosphériques. Le Domaine est minuscule (3 hectares) et il n’y a donc pas beaucoup de bouteilles à l’export.

Ce Sonnenfels est très étonnant: minéralité puissante, dominatrice; jus de caillou au point d’effacer la contribution du cépage: à l’aveugle, je pense que je n’aurais pas reconnu le cépage, le citron -jaune, vert- disparaît au bénéfice du schiste (ardoise). Un vin qui joue la carte de l’invulnérabilité et de l’éternité. Pas gratuit évidemment (€ 69 sur table), mais n’importe quel Chablis premier cru est vendu aussi cher, si pas plus cher.

étiquette difficile à photographier parce qu’elle répartit l’information sur une grande largeur…
… et donc voici le nom du vigneron (FJ Eifel) et le nom de la cuvée (Sonnenfels)
la promenade nous fait croiser quelques vignes du Domaine Eifel

Et pour clore ce périple, une anecdote qui nous a bien fait sourire. Nous sommes au restaurant et commandons une bouteille plutôt haut de gamme. Une demoiselle nous amène le flacon et constate soudain qu’il n’est pas capsulé, mais doté d’un bon vieux bouchon en liège. Panique, la demoiselle disparaît en emmenant la bouteille.

Quelques instants plus tard, une autre demoiselle, celle-ci munie d’un tire-bouchons, nous sauve de la soif. Euh …non, elle n’a manifestement jamais utilisé le tire-bouchons et s’obstine à vouloir arracher le bouchon d’un seul coup. Le spectacle vire à la tragi-comédie à tel point que je me décide à ouvrir le flacon moi-même en expliquant gentiment à la seconde demoiselle comment ça marche.

Moralité: la capsule est la norme, le bouchon, l’exception.

Prenez vos vacances là où il y a du vignoble: la météo y est plus agréable, les paysages plus jolis, les villages plus pimpants et les restaurants plus appétissants. Boire un vin en observant en même temps le vignoble dont il est issu est un plaisir d’une grande finesse.

Trittenheim, dans un méandre de la Moselle
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Allemagne, Rheingau, Rüdesheim & Kloster Eberbach, jour 12

abbaye cistercienne Kloster Eberbach
impressionnante collection de pressoirs

Difficile de traverser le Rheingau sans une étape à Kloster Eberbach, lieu essentiel dans la « création » du riesling. Abbaye cistercienne et vignoble du Steinberg, exemple très rare d’une parcelle désignée uniquement par son nom sans référence au village où elle se situe. Steinberg -et Johannisberg, à quelques kilomètres d’ici- ont une telle réputation qu’il est manifestement inutile de préciser plus avant. C’est donc Steinberg tout court et non Hattenheimer Steinberg.

Ce Steinberg s’etend sur 34 hectares et est entouré d’un mur assez haut, destiné à protéger les vignes du vent. On le compare parfois avec Clos Vougeot en Bourgogne.

le Steinberg, c’est de l’autre côté de cette porte

Une nouvelle œnologue a pris les commandes du Domaine en 2018, avec l’ambition de ramener les vins au sommet. Parmi les nouveautés, une cuvée issue des vignes les plus âgées au sein du Steinberg: cela s’appelle Zehntstück (littéralement: morceau d’un dixième) et 2021 en est le premier millésime. J’ai goûté et approuvé. Eh hop, quelques bouteilles pour la cave !

Comme ce n’est pas bien loin, petite balade dans le charmant village de Kiedrich, connu pour abriter le Domaine Robert Weil. Non, je n’y ai pas dégusté, les vins étant « cédés » à un prix qui outrepasse l’épaisseur de mon portefeuille.

Kiedrich
Domaine R. Weil, par l’arrière
c’est ici !

Le restaurant pour ce soir appartient à la famille Breuer. La nourriture y est tout-à-fait correcte, mais il faut accepter une ambiance qui oscille entre rue des Bouchers, karaoké teuton et fête permanente. On y sert des centaines de couverts avec une efficacité souriante. La carte des vins donne accès à la plupart des vins du Domaine Georg Breuer. Mais il y a mieux: une deuxième carte des vins intitulée « Raritäten » (dois-je traduire ?) laquelle remonte …jusqu’au début du XXème siècle.

allons-y et feuilletons !
oublions les prix (…) et notons le format 70 cl qui n’existe plus aujourd’hui du moins dans l’UE

Nous avons été sages et avons sélectionné Terra Montosa en millésime 2016. Le vin se goûte parfaitement sec et tout aussi parfaitement mûr. Surprise: il titre …11,5% ! Je suppose que l’acidité élevée cache un sucre résiduel significatif. Mais j’insiste, c’est un vin sec à la dégustation. Ah oui, j’oubliais, c’est un riesling.

à point
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Allemagne, Rheingau, Hattenheim, jour 9 & suivants

De restaurant en balade-vignoble, de musée en balade-bateau, de Mainz à Lorch, quelques impressions fugaces et photographiques de notre périple en Rheingau.

Sur l’échelle de la qualité, le riesling Hattenheimer Nussbronnen 2015 kabinett trocken de Langwerth von Simmern score vraiment haut: 8/10. NB: mon échelle va de 0 (le caca de chien malade, sur trottoir défoncé, sous une pluie glaciale) à 10 (le Taj Mahal ou le musée du Quai Branly ou les Variations Goldberg).

Ce Domaine à la forte notoriété et aux étiquettes particulièrement baroques a cessé d’exister vers 2018: les parcelles ont été revendues à d’autres vignerons, parmi lesquels le Domaine Corvers Kauter à Oestrich-Winkel.

Il y a tant à voir, tant à faire, tant à goûter/boire que je ne sais par où commencer.

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Allemagne, Württemberg, Stuttgart bis, jour 7

Ce soir, direction la Weinhaus Stetter pour une cuisine de type bistrot très bien tournée. Service efficace et sympathique, carte des vins qui donne envie et fait pétiller instantanément l’oeil de l’amateur.

vaut ses trois étoiles !

J’ai fait une infidélité à la région du Württemberg pour me ruer (calmement) sur un chardonnay du Domaine Knab, en pays de Bade, dans le coin du Kaiserstuhl. Ce vigneron est encore assez peu reconnu, mais chaque vin goûté tape en plein dans le mille !

Eckkinzig *** n’est pas à proprement parler un terroir mais une sélection de vieilles vignes plantées dans le sud du terroir Endinger Engelsberg. À partir d’ici, rien n’est simple, accrochez-vous ! Ce terroir n’est pas reconnu, ni comme premier cru, ni comme grand cru, parce qu’aucun vigneron membre de l’association privée VDP n’y est propriétaire de vignes. De plus, le cépage chardonnay n’est pas accepté dans le cahier des charges.

Une injustice …et une opportunité: le flacon coûte € 20 au Domaine et c’est franchement bon marché par rapport à la bouteille dégustée (et vidée dans les règles de l’art). C’est crémeux (élevage bois très précis) et doté d’une colonne vertébrale acide d’anthologie. Ouvert, causant et plein de goût !

Weinhaus Stetter de l’intérieur et …
…de l’extérieur
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Allemagne, Württemberg, Stuttgart, jour 6

un premier cru dans un millésime un peu ancien

Changement de région: cap vers le sud. Restaurant Zur Weinsteige à Stuttgart: carte des vins impressionnante, bien sûr centrée sur les vins allemands et plus particulièrement ceux du Württemberg. Cuisine de très bonne qualité, avec des portions parfois pantagruéliques.

Ce lemberger (cépage connu en Autriche sous le nom de blaufränkisch) conjugue avec brio une bonne dose d’énergie et une aromatique épicée. Vin profond: un verre conduit irrésistiblement à un autre verre.

Le Domaine Aldinger incarne le très haut du panier dans la région encore peu connue du Württemberg, région qui se signale par 68% de vins rouges (trollinger, lemberger, pinot noir).

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Allemagne, Franconie, Escherndorf, jour 5

Aujourd’hui c’est Escherndorf, village situé entre le Main et le célèbre vignoble du Lump. Il y a la place pour une rue et une église. La rue, c’est la Bocksbeutelstrasse, laquelle peut concourir pour le titre de rue la plus vigneronne d’Allemagne: sur quelques dizaines de mètres se succèdent les Domaines Michaël Fröhlich, Egon Schäffer, Horst Sauer et Reiner Sauer (sans lien de parenté).

caveau chez Rainer Sauer

Après avoir beaucoup lu, je me décide à rendre visite au Domaine Rainer Sauer. Magnifique caveau moderne et accueil sympathique. 15 hectares dont 65% de silvaner. On commence avec la catégorie Gutswein qui correspond à peu près à la notion de vin de cépage: on recherche un fruit de qualité simple, sans l’intensité offerte par les meilleurs terroirs. Silvaner, riesling, müller-thurgau, tout cela est bien fait et tarifé agréablement: € 8.

Puis vient un Ortswein à savoir un vin de village: le silvaner Muschelkalk 2021 vaut très largement ses € 11, style parfaitement sec et 12% d’alcool, le saut qualitatif est évident, le fruit étant complété par une bonne dose de caillou.

On grimpe encore pour déguster un premier cru, à savoir le susmentionné Escherndorfer Lump dont la pente vertigineuse surplombe le caveau. Ce cru fait partie des meilleurs lieux-dits de Franconie, son histoire remonte au moins jusqu’au 17ème siècle. C’est un amphithéâtre, une pente convexe et brutale qui épouse un méandre du Main.

Ce cru de 37 hectares forme un demi-cercle orienté sud-est. L’altitude s’échelonne entre 190 et 270 mètres. Difficile de ne pas succomber au charme puissant d’un lieu aussi particulier. Tout en haut de la paroi, c’est le Vogelsburg. De là, on se rend bien compte de la majesté de ce vignoble.

Escherndorfer Lump, vu d’en haut

Et donc nous goûtons deux millésimes successifs, 2020 et 2021 du silvaner Escherndorfer Lump Erste Lage: deux très bons vins, marqués par une franche salinité et par une colonne vertébrale acide de toute beauté. Léger avantage au 2021, plus énergique que le 2020 (du moins aujourd’hui).

Également en premier cru, une spécialité: Altfränkischer Satz 2020. Il s’agit d’un vin de type complantation (les anglophones diront field blend): trois cépages plantés ensemble sur la même parcelle et vendangés ensemble. En l’occurrence, riesling, silvaner et traminer (chacun un tiers). En dégustation et à ma surprise le côté très aromatique du traminer est masqué par un riesling dominant.

On termine par le grand cru Am Lumpen 1655, en cépage silvaner et en millésime 2019. Très sec, fermé sur lui-même, ce vin implore la patience de l’amateur. C’est trop tôt. Cette fois, il faut accepter de réfléchir en termes de potentiel. Aujourd’hui, les premiers crus donnent plus de satisfaction; dans quelques années, j’accepte volontiers de parier sur le grand cru !

Am Lumpen 1655 est une parcelle située au centre du Lump.

le grand cru
le village d’Escherndorf

Promenade du jour au château de Hallburg: lieu idyllique voire paradisiaque. Vignes, prairies, châtaigniers en fleur, vaches brunes, silence à peine troublé par un merle et un coucou. Un lièvre sur un chemin. Par contre, balisage inexistant. Rien n’est décidément parfait…

Hallburg, Domaine Graf von Schönborn
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Allemagne, Franconie, Volkach, jour 4

Voici deux vins de la gamme du Domaine Juliusspital. Ce très grand domaine (182 hectares) possède des vignes un peu partout en Franconie: à Iphofen, à Bürgstadt et surtout à Würzbourg, capitale de la Franconie du vin. Ils sont spécialisés dans la production de vins blancs, silvaner et riesling.

Par goût inné pour la contradiction, j’ai donc goûté un pinot noir et un pinot gris. Ce dernier provient du village de Thüngersheim, au nord et en aval de Würzbourg. Je peux garantir que c’est la première fois que j’entends parler de ce village. Le vin m’apparaît conforme à ce à quoi on s’attend: un peu de sucre et pas trop de fraîcheur. Heureusement alcool modéré (12,5%), fruit franc et prix domaine très correct (€ 11). À consommer bien frais.

C’est typiquement un ortswein, c’est-à-dire un vin de village, troisième niveau dans la pyramide de la qualité, après les grosse Lage (grand cru) et les erste Lage (premier cru).

le pinot gris…

Revenons-en au pinot noir qui s’avère plus intéressant pour l’amateur (en sachant que c’est € 25 prix domaine). Pfaffenberg est une parcelle premier cru qui se situe au nord de la ville de Würzbourg, pas bien loin du célèbre Stein. Vin énergique et relativement tannique avec une expression un tantinet rustique du cépage. Il y a du fruit, du bois et de la matière. Légèrement démonstratif mais on a du plaisir à dialoguer avec le flacon !

…et le pinot noir.

La promenade du jour nous a emmené au nord de Volkach, en passant par une jolie église construite en plein cœur du vignoble (grand cru Ratsherr) et par un endroit aussi curieux que majestueux: Konstitutionsäule est une colonne en pierre d’une trentaine de mètres de haut, entourée par de beaux cerisiers, puis par un vignoble de 12 hectares (Gaibacher Schlosspark), puis par un gigantesque champ de …petits pois (je dirais approximativement 80 hectares). Le tout protégé par un bois. Pas un être humain dans les parages…

Maria im Weingarten
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Allemagne, Franconie, Iphofen, jour 3

Petite dégustation chez un grand spécialiste du silvaner, j’ai nommé le Domaine Hans Wirsching à Iphofen, en Franconie orientale (Steigerwald). Ici, le Main brille par son absence. Les vins rouges aussi. Silvaner, riesling, scheurebe en dégustation. Les Silvaner se goûtent très bien, avec du fruit mûr et une touche végétale très agréable, en forme de pomme verte.

chez Hans Wirsching

Rieslings irrésistibles et scheurebe étonnant: le nez sauvignonne franchement (fruits exotiques à la pelle), la bouche est construite sur la fraîcheur et une finale impeccable. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais goûté un scheurebe de cette qualité ! Ce cépage « de laboratoire » est un croisement du riesling avec un cépage …indéterminé !

arrivée au Domaine

Nous avons enchaîné avec une promenade dans le vignoble, en croisant notamment le grand cru Julius-Echterberg, fleuron de la gamme de Wirsching. Temps orageux, nous avons dix fois cru nous faire arroser, mais la pluie a courtoisement attendu que nous soyons installés dans la voiture.

Juste sous la forêt, le Julius-Echterberg
fleurs de printemps et vignes: coexistence pacifique

Pentes vertigineuses, forêt protectrice en haut de colline, vues plongeantes sur Iphofen, balisage décent, mais la carte s’est avérée utile à l’une ou l’autre reprise…

PS: ce soir, dîner satisfaisant dans un restaurant à Volkach. Carte des vins limitée à la gamme d’un unique vigneron local. La dégustation permet de se rendre compte de l’écart de qualité avec la gamme de Wirsching. Inutile de recourir à la photo-finish pour départager les vignerons…

notre promenade s’appelle i2
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Allemagne, Franconie, Bürgstadt, jour 1

Weinhaus Stern, un hôtel-restaurant plus que sympathique, au centre d’un petit village charmant mais pas touristique (Bürgstadt).

La carte des vins est très orientée « circuit court hyper-local »: magnifique sélection en vins de Franconie occidentale (Churfranken), avec un accent majeur sur les vins du Domaine Rudolf Fürst.

Fürst est considéré comme l’un des papes du pinot noir en Allemagne et cela n’est pas rien, vu la relative abondance d’excellents pinots noirs de ce côté-là du Rhin. Son terroir, c’est le Centgrafenberg, vignoble pentu en surplomb de l’Erf, un petit affluent du Main.

J’ai choisi un millésime relativement ancien (2013) pour une double raison: d’abord le plaisir de goûter un vin déjà fondu et à pleine maturité. Ensuite, savourer son prix sur table (€ 57) alors que les millésimes plus jeunes sont tarifés à peu près au double: l’impact de mention GG (traduction libre: grand cru) qui change manifestement tout…

Le vin est superbe: apaisé, épicé, profond et long. Une intensité qui ne peut laisser indifférent. Un boisé presque imperceptible, chaque verre paraissant meilleur que le précédent. Ce voyage commence fort.

6,8 km de plaisir pédestre à travers le Centgrafenberg
C’est par là: balisage impeccable !

Le Domaine Fürst est discret: très peu d’indications pour le trouver, Vivons cachés ! Devant la maison, une œuvre d’art à la gloire de la roche locale, le buntsandstein, de couleur rougeâtre.

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Ce livre est une Bible !

La Bible. Je ne vois pas de meilleure comparaison: Wijnland Duitsland est le nouveau livre de référence pour le vin allemand. 415 pages, richement illustrées, pour connaître et comprendre, pour se balader et pour bien manger/boire.

Les auteurs, Gerd Brabant et Marc Roovers, sont belges et connaissent leur sujet en profondeur. Ils se sont vraiment promenés dans les villages et les vignobles, ils ont vraiment rencontré les vignerons, ils ont vraiment testé restaurants et hébergements, ils ont vraiment goûté les vins.

Ce livre concrétise une grande quantité d’informations de première main, patiemment collectées et organisées avec méthode. La passion des auteurs jaillit de chaque page. J’oserais même affirmer que ce livre est une première, tous pays confondus. Je ne vois en tous cas rien de comparable consacré à la France.

Toutes les régions sont minutieusement décrites, y compris la Saxe et la Saale-Unstrut dont même les amateurs de vin allemand n’ont sans doute pas entendu parler.

Une introduction historique et règlementaire précède les 13 chapitres régionaux: un processus de simplification des règlements et des étiquettes est en cours. Une nouvelle vision, « bourguignonne », basée sur une hiérarchie des parcelles (appellation régionale, village, premier cru, grand cru), se met progressivement en place. Mais cela semble conduire paradoxalement à la concomitance de différents systèmes -parfois contradictoires- et à une confusion grandissante.

Plus que jamais, un guide est précieux pour se lancer sur le terrain du vin allemand ! On attend pour la fin de cette année 2021 les textes légaux définitifs, en espérant qu’ils soient conçus pour (aussi) faciliter la vie du consommateur.

Chaque chapitre régional comporte des informations précises, récentes et détaillées: cépages plantés, meilleurs vignobles, vignerons à qui rendre visite, restaurants de qualité dans les différentes catégories de prix et hébergements les plus charmants. Une promenade pédestre complète joliment le descriptif de chaque région, la part consacrée aux hommes qui font le vin est importante et justifiée. Beaucoup de références, via l’adresse des sites Internet.

Est-ce un guide touristique ou un livre destiné aux amateurs de vin, avides de parfaire leurs connaissances ? Les deux, mais le tourisme est toujours regardé au travers de la lorgnette du dégustateur.

Bon à savoir: ce n’est pas un atlas. La part réservée aux cartes géographiques est limitée. Un livre complémentaire est le Wine Atlas of Germany (Dieter Braatz, Ulrich Sautter, Ingo Swoboda), dont la version en langue anglaise date de 2014.

Il me semble que l’éditeur aurait pu ajouter un index et une table des matières, pour faciliter la consultation d’un livre épais et dense.

Bon, cet ouvrage est rédigé en néerlandais. Une édition anglophone verra peut-être le jour, mais je crains qu’une édition francophone ne soit exclue: le marché pour un tel livre dans les pays francophones/latins est malheureusement (trop) limité. Essayez d’ailleurs de trouver une carte des vins dans un restaurant français qui présente une belle sélection de vins allemands. Bonne chance…

L’Allemagne du vin, c’est à côté de chez nous. 3 heures de route suffisent pour être en Moselle, 5 à 6 heures pour la Franconie et le Pays de Bade. Par comparaison, il faut 6 heures pour être à Beaune (Bourgogne) et autant pour arriver à Tours (Loire).

Wijnland Duitsland, Gerd Brabant et Marc Roovers, stichting kunstboek, ISBN 978-90-5856-662-1. Devrait à présent se trouver dans les bonnes librairies, en Flandre et à Bruxelles, au prix de € 45. Si vous ne le trouvez pas, prenez contact avec moi.

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ARTE: Des vignes et des hommes

vignoble Stettener Stein

Une intéressante série de documentaires consacrés au vin et ceux qui le font, partout sur la planète. Les images sont belles, la qualité de l’information plutôt élevée. Parfois une bourde sans doute causée par une traduction imprécise, mais cela ne gâche pas le plaisir.

Accès via Arte.tv, puis rechercher « Des vignes et des hommes ».

Je viens de regarder le documentaire consacré à la Franconie (Franken, en allemand), région que j’apprécie beaucoup. De très beaux souvenirs de vacances ! C’est à 5 heures en voiture, depuis Bruxelles. En somme, un peu moins loin que Beaune…

Les personnages principaux de cet épisode sont Ludwig et Sandra Knoll, propriétaires du Domaine Am Stein, à Würzburg. Anthocyane peut vous proposer différentes cuvées de ce Domaine réputé, parmi lesquelles le silvaner Stettener Stein dont il est question ici.

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Kallstadt, Rings und riesling

photo prise dans le vignoble Saumagen en mai 2017, pendant une promenade

Kallstadt est un village du Palatinat qui peut se targuer d’avoir abrité la naissance de Frederick Trump, le grand-père de qui vous savez.

Plus sérieusement, ce village est réputé pour ses terroirs calcaires, où le riesling se sent particulièrement bien, en particulier le vignoble Saumagen (littéralement: estomac de cochon) qui est à l’origine de vins de très grande garde, d’ailleurs assez difficiles à déguster jeunes. Logiquement les vins issus du Saumagen sont commercialisés à des tarifs proportionnels à leur notoriété.

Cela pousse l’amateur à rechercher des vins issus de terroirs calcaires à Kallstadt, proches du Saumagen. Le Domaine Rings propose un tel vin, qui permet de se faire une première impression, en étant ni obligé d’attendre 10 ans, ni de puiser dans son épargne.

Un riesling sec, à forte personnalité, offrant intensité et finesse.

Steffen Rings

Le Domaine Rings est entre les mains de deux frères, Steffen et Andreas. Ils possèdent des vignes sur une superficie de 31 hectares. Tout a été vite: le domaine a été créé en 2001 sur la base de la ferme familiale qui produisait différents fruits et raisins destinés à la coopérative. Maintenant, Rings est membre de VDP, une association privée qui regroupe les meilleurs vignerons d’Allemagne, est passé en bio, reçoit 4 étoiles dans le guide Gault&Millau, se voit attribuer 3,5 étoiles par Hugh Johnson, etc…

Malheureusement, la presse francophone continue à ignorer les vins allemands. Soi-disant trop compliqués. Et pourtant, l’étiquette indique le nom du Domaine, le nom du village, le cépage, le millésime et c’est tout.

La contre-étiquette est certes rédigée en allemand, mais elle est informative: précisions géologiques, mention des rendements, mise en évidence des vendanges manuelles, accès au site Internet. Quelqu’un peut-il m’aider à percevoir la complexité ?

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Le riesling Kallstadt 2017 du Domaine Rings peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 19,50 pour mise à disposition le samedi 27 juin.

Le riesling Saumagen 2015 du Domaine Rings est disponible sur commande, au prix de € 45.

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Afrique du Sud: ça bouge !

Au Cap de Bonne-Espérance

Je n’ai jamais consacré beaucoup d’énergie à décortiquer les vins de l’hémisphère sud. Pour moi, en très résumé, Afrique du Sud = Australie = Argentine = beaucoup de couleur, beaucoup de bois, beaucoup d’alcool. On veut impressionner, on montre sa musculature, on crie fort pour être sûr de titiller l’oreille des experts anglo-saxons et d’obtenir dès que possible l’indispensable 90+.

Alternative: on produit beaucoup (rendements pléthoriques) pour fournir les supermarchés du monde entier en vins ni vraiment bons, ni vraiment mauvais mais tristement banals.

Le Domaine Grande Provence (Franschhoek)

Il se fait que je viens de passer quelques jours de vacances du côté de Cape Town et de Stellenbosch, hauts-lieux historiques du vignoble sud-africain. Premier constat, il est aussi difficile d’échapper au vignoble que de refuser les frites dans une brasserie belge: où que l’on pose les yeux, le cep jaillit, en avant-plan d’un paysage montagneux d’une beauté à couper le souffle.

Sans surprise, le cépage définit le vin. Il s’agit très souvent d’un cépage d’origine française (chenin, sauvignon, chardonnay, cabernet sauvignon, merlot, syrah), mais de petits nouveaux pointent le bout du nez: nebbiolo, sangiovese, tempranillo, riesling. Le Domaine Jordan vient de planter de l’assyrtiko.

Présenter un Bordeaux blend est une quasi obligation. On pimente souvent les deux cabernets et le merlot d’une touche de malbec et d’une pincée de petit verdot. Idem en blanc: les assemblages de sauvignon et de sémillon abondent. Le modèle bordelais est omniprésent.

Le degré alcoolique est typiquement proche de 14% (mais pas de 15%). C’est une évidence plus qu’un sujet de conversation: le climat est ce qu’il est.

Une propriété, c’est souvent 100 hectares de vignes et quelques centaines de milliers de bouteilles par an. Cela implique une politique de gamme très structurée: une série de vins de type Estate, une deuxième série de type Reserve ou Premium, une troisième série de type Flagship ou Icon. Tout cela fleure bon son marketing à l’américaine.

La sécheresse du climat est de plus en plus pénalisante et conduit à irriguer les vignobles. Ceux qui poussent des cris d’orfraie à la simple évocation d’un tuyau d’arrosage feraient bien de se méfier de ce que le bouleversement climatique réserve à nos terroirs européens…

Une vieille vigne a 35 ans ou plus: hors de question ici d’utiliser old vines si celles-ci n’ont pas atteint l’âge requis. Pour rappel, en France et en Europe en général, la notion de « vieilles vignes » n’a pas de définition précise, chacun fait ce qui lui plaît.

les Domaines rivalisent de talent pour proposer des expériences oenotouristiques de haut niveau: tasting room très chic, un ou deux restaurants, des chambres de grand confort, un jardin, une oliveraie, une exposition de sculptures et/ou une galerie d’art, des boutiques, des jeux pour les enfants …et j’en oublie. A une exception près, cela ne m’a jamais paru too much.

Manger au Domaine est la norme: beaucoup de très bons restaurants sont situés au sein même des Domaines.

Il y a manifestement de l’argent pour investir dans la brique, l’inox et le bois neuf: les bâtiments anciens ont été soigneusement restaurés, les bâtiments récents ont bénéficié de la patte de l’architecte, les cuveries sont impeccables, les barriques itou. Les propriétaires (hommes d’affaires et grandes fortunes) n’en sont pas à quelques millions de rands (R) près.

La terrasse du restaurant du Domaine Longridge (Stellenbosch)

On rappelle avec insistance au dégustateur européen que l’Afrique du Sud, ce n’est pas vraiment le Nouveau Monde: on plante et on vendange ici depuis le 17ème siècle. La plupart des Domaines exhibent fièrement le millésime de fondation au fronton du bâtiment historique et sur leurs étiquettes.

De nouvelles régions apparaissent sur les cartes des vins, y compris le Karoo où l’on plante à 1.500 mètres d’altitude: la recherche du cool climate est en cours. Voir par exemple le Domaine Mount Sutherland, dont j’ai goûté la très belle syrah Ouberg 2013. Production totale: 492 bouteilles.

L’intérêt pour le terroir (c’est-à-dire la parcelle porteuse de caractéristiques spécifiques) est croissant et se traduit par exemple par de grandes photographies aériennes détaillant quel cépage est planté où. Celle ci-dessous orne le caveau du Domaine Klein Constantia.

Domaine Klein Constantia: beaucoup de sauvignon (blanc)

Le personnel qui accueille l’amateur est jeune et bien formé: souvent des étudiants à la recherche de quelques sous (Stellenbosch est une grande ville universitaire) qui savent raconter et structurer une histoire.

Une anecdote néanmoins: je goûte le Constantia Natural Sweet au Domaine Steenberg. C’est une vendange tardive de sémillon qui affiche 12,5%. A ma question relative au sucre résiduel, mon interlocutrice s’embrouille les pinceaux pour finalement m’affirmer que c’est 15 grammes et que 15 grammes, ça fait vraiment beaucoup. Je veux bien faire un effort pour croire, mais il y a des limites à ne pas dépasser. La dégustation du vin et un coup d’œil au site Internet du Domaine me confirment qu’il y a 138 grammes à bord. Un bien beau vin d’ailleurs qui se vend sur place pour l’équivalent de € 12 la demi-bouteille.

Le même Domaine Steenberg élabore un nebbiolo de belle facture: 2012 est aujourd’hui parfaitement à point. La couleur est légère et tuilée, comme il se doit. Le nez est magnifique, entre fleurs, épices et goudron. La bouche porte ses 14,5% sans effort. C’est savoureux et plein, avec de la patine. Seule la finale m’a semblé un peu diffuse et d’une persistance moyenne (jeunes vignes). Les tannins sont fondus, l’acidité assez consensuelle. L’élevage sous bois de 500 litres (peu de neuf) est plutôt discret. Je n’ai pas de souvenir d’avoir goûté un meilleur rouge sud-africain. R520 (€ 28) au restaurant Tryn.

Au Domaine Tokara, je goûte la gamme Premium. Ces 4 vins sont accessibles, relativement passe-partout mais bien vinifiés. Le sauvignon est rempli de fruits tropicaux (fruits de la passion) avec une chouette fraîcheur. Le chardonnay puise dans le style unoaked et dans le style barrel fermented, mais je ne suis pas sûr qu’il prenne le meilleur des deux mondes. La syrah (avec 12% de mourvèdre dedans) est assez peu extraite et joliment fruitée. Le cabernet sauvignon est assez complexe, peu marqué par le bois et peu tannique.

Au Domaine Klein Constantia, je goûte le sauvignon Estate 2019, exotique, net et précis. Voici la cuvée Metis 2017, un autre sauvignon élaboré en collaboration avec Pascal Jolivet, vigneron à Sancerre. Démarche intéressante dont le résultat n’est ni un Sancerre, ni un sauvignon sud-africain: l’exotisme est absent, la bouche assez riche. Anwilka 2015 est un assemblage de syrah (64%), cabernet sauvignon (29%) et petit verdot violent, très puissant. Malgré quelques heures de carafe, c’est un infanticide incontestable. Difficile à déguster en l’état, mais potentiel majeur. Au restaurant, j’ai goûté le chardonnay: le vin est satisfaisant, mais il y a une pesanteur qui ne m’a pas donné envie de finir la bouteille. A servir frais pour réussir l’équilibre entre alcool et acidité. Ce n’est pourtant pas un gros lourd (13,5%) et la politique du Domaine (exploration du potentiel de la biodynamie) montre leur intérêt certain pour la précision. De mon point de vue, ce chardonnay est trop marqué par l’impact de ce qui a été fermenté en barriques. Ce qui me pose question c’est le crisp and mineral finish que mentionne l’étiquette. Le rich finish du site Internet me paraît en fait plus pertinent. 

Ne manque-t-il pas quelque chose ? Constantia … cela évoque le mythique « Vin de Constance » dont Napoléon se régalait pendant son exil à Ste-Hélène. Un vin doux inimitable, 100% muscat petits grains (appelé ici muscat de Frontignan). J’ai donc goûté le millésime 2015. A ce stade, c’est simplement succulent, plein de miel et d’agrumes. L’équilibre entre sucre, alcool et acidité est magistral (173 grammes – 13,97% – 6,5 grammes). La presse anglo-saxonne compare ceci à Château d’Yquem. Pas d’opinion vu que je n’ai pas goûté Yquem… Au Domaine, la -jolie- bouteille de 50cl se vend R1095 (€ 58).

Au Domaine Morgenster, réputé tant pour ses vins que pour ses huiles d’olive, je goûte en particulier des vins de la gamme Italian Collection et de la gamme Estate Range. Avec des petites verticales sur trois millésimes. Waouw… !!!

Je suis frappé par le fait que les millésimes les plus anciens sont systématiquement les meilleurs. Changement de cap (marché ciblé) ? Changement de génération ? Difficulté à appréhender le potentiel des millésimes jeunes ? Impact de la météo ? En tous cas, le Lourens River Valley 2010 (R300 au Domaine, soit € 16) est magnifique: c’est un Bordeaux blend très équilibré, fin et précis.

Au Domaine Longridge, on ouvre les hostilités avec un chardonnay. Attention, piège, ce n’est pas du tout une entrée de gamme, mais leur cuvée Clos du Ciel (R695 au Domaine, soit € 37): un gros coup de cœur ! Beaucoup de personnalité, de complexité et d’intensité. L’impact de la biodynamie ? Le chenin Ou Steen, le Bordeaux blend Ekliptika sont également excellents. The Emily est une curiosité, assemblage de chardonnay et de quelques gouttes de pinot noir pour un rosé très clair. Cela se boit facilement et c’est un triomphe commercial en Afrique du Sud (R90, soit € 5).

Le Domaine Pella sort du format habituel: on produit ici de toutes petites quantités de vins à forte personnalité. Pas de tralala, un tout petit caveau, un chien, une table et 4 chaises. En particulier, je succombe devant le chenin Kanniedood (traduction littérale: Immortel) 2019. Aromatique de citron vert, tension acide d’anthologie, matière importante très serrée: cela m’a évoqué un vin issu de vignes sur volcan (ce n’est pourtant pas le cas). Production limitée à 1.600 bouteilles, prix ridiculement peu élevé (R160 au Domaine, soit € 8,50). Les autres cuvées sont encore plus confidentielles: le malbec Oukliprant 2017 a été produit à hauteur de 900 bouteilles (R190), le merlot Verlatenkloof 2015 idem (R220).

Le Domaine Groot Constantia mérite une visite touristique. Pour les vins, je suis malheureusement beaucoup plus réservé.

le bâtiment historique du Domaine Groot Constantia. Ma photo est un peu de guingois…

Pour ce qui concerne les restaurants, nous n’avons jamais mal mangé. Et nous avons souvent très bien mangé. Si je devais ne retenir qu’un seul endroit, je choisirais Chefs Warehouse Beau Constantia. Leur proposition « tapas pour 2 à R1000 » (soit € 53) est magnifique: fusion d’influences thaï, japonaise, péruvienne, etc… d’une grande précision de saveurs. Le piquant et l’acide, le crémeux et le craquant, tout y est !

Et parce qu’il est vraiment difficile de n’en retenir qu’un, j’ai également adoré la combinaison huîtres et pièce de bœuf du restaurant du Domaine Longridge et le menu 4-services du restaurant Aubergine, dans le centre-ville de Cape Town.

S’il venait une envie à un lecteur d’aller vérifier sur place tout ce qui précède, je signale qu’on roule à gauche (comme en Angleterre), mais que le réseau routier est d’une qualité au moins aussi bonne qu’en Belgique. Une boîte automatique et un GPS sont plus qu’utiles.

On peut se débrouiller seul, mais un guide peut transformer un chouette moment en un moment inoubliable. Nous avons rencontré John Grant (Wine Escapes) et avons bénéficié pendant plusieurs jours de ses commentaires érudits (il en sait presque autant sur les oiseaux que sur le vin), de son sens de l’organisation, de son humour. Une très belle rencontre.

Difficile de clore cet article sans évoquer ce qui me trouble depuis plusieurs jours: là comme ailleurs, les restaurants et les caveaux de dégustation ferment. La vie se paralyse progressivement, comme chez nous. Il n’y a officiellement pas encore de victimes, mais que va-t-il se passer dans un pays où beaucoup sont porteurs du HIV et vivent dans une grande promiscuité (townships) ? Putain de virus.

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Bouzeron, Givry, Rully, Mercurey, …

La Porte qui donne accès au centre de Givry
La Porte qui donne accès au centre de Givry

08 avril: 630 kilomètres pour rejoindre Bouzeron, mignon petit village au sud de Beaune.

Rapide passage par le Domaine de Villaine pour enlever mon allocation de Bouzeron 2012 et de Bourgogne La Fortune 2012. Puis la route serpente entre champs de colza d’un jaune éclatant et vieilles pierres, dont celles du Château de Germolles.

Arrivée à Givry en fin d’après-midi pour humer l’ambiance et prendre mes repères.

09 avril: visite au Domaine Masse à Barizey. Magnifique campagne. J’ai rendez-vous avec Fabrice Masse pour une visite, une conversation et une dégustation. Un aligoté sur granit et un Bourgogne Côte chalonnaise se glissent parmi la gamme des Givry.

Visite au Domaine Briday au centre de Rully où je suis reçu par Madame (Sandrine) Briday. Bouzeron en introduction, puis gamme très complète de …Rully, en rouge comme en blanc.

Demain jeudi, ce sera le Domaine Brintet à Mercurey, avant de prendre la route du Jura.

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Promenade kimméridgienne

chablisienLe monde du vin aime bien simplifier la géographie.

On regroupe fréquemment Provence et Corse; Jura et Savoie. Faute de mieux, on met dans un même grand sac du Sud-Ouest des vignobles aussi éloignés les uns des autres que Jurançon, Cahors ou Gaillac.

La Loire, c’est l’ensemble des vignobles plus ou moins proches du fleuve, de sa source jusqu’à son embouchure, 1000 kilomètres plus loin.

La Bourgogne, c’est la succession des trois Côtes, auxquelles on adjoint le vignoble chablisien à l’extrême-nord et le Mâconnais au sud. Quitte même à y inclure le Beaujolais.

La Champagne, c’est la Marne et l’Aube, bien plus au sud.

Les habitudes passent par là et ces entités plutôt artificielles finissent par s’ancrer comme LA réalité et peuvent apparaître mutuellement exclusives: le style d’un vin est ligérien ou bourguignon. Cabernet franc et sauvignon d’une part, pinot noir et chardonnay d’autre part. Simple.

Et pourtant, quand la géologie s’en mêle, l’angle de vue change et c’est une toute autre réalité qui apparaît: au sein du Bassin parisien, de Sancerre à Chablis et de Chablis à Bar-sur-Aube, on retrouve des vignes plantées dans des marnes (pleines de fossiles d’huîtres) datant du Jurassique. Pour être plus précis: datant du Kimméridgien, il y a +/- 150 millions d’années.Sancerre

D’ailleurs, le pinot noir se plaît dans le Sancerrois et le sauvignon se plaît à Saint-Bris, pas bien loin de Chablis.

Bref, je pars ce lundi matin faire une promenade kimméridgienne, laquelle m’emmènera d’abord à Sancerre.

Dès mercredi, je serai au travail à Chablis.

Si Saint-WiFi se montre clément, je compte bien alimenter le site pendant ce voyage, lequel s’annonce passionnant et très ensoleillé !

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Visite chez Eric Janin

la maison familiale, à Romanèche-Thorins

11 septembre. J’arrive à 10 heures. Eric finit de donner un coup de balai dans le chai. Je suis très flatté ! « Vous seriez arrivé avec cinq minutes de retard, vous aviez droit au tapis rouge !« , plaisante Eric.

Plus sérieusement, Eric m’explique qu’il est en pleine préparation de la mise en bouteilles du Moulin-à-Vent 2012. L’assemblage a été réalisé hier, les bouteilles (vides) arrivent aujourd’hui. On nettoie les cuves, les tuyaux, la pompe et demain, l’embouteilleuse tournera à plein régime.

Bientôt les vendanges, une excellente raison pour faire de la place dans les cuves. A propos, déjà une idée de la date des vendanges 2013 ? « Vers le 01 octobre, une dizaine de jours plus tard qu’en 2012. Le soleil n’a vraiment commencé à briller qu’au 15 juillet. On a rattrapé un peu du retard accumulé pendant le printemps, mais certainement pas tout. Et puis, depuis une semaine, le temps est à nouveau variable et assez frais« , explique Eric.

En ce moment, il faut beaucoup de lumière (indispensable pour la photosynthèse) et de la chaleur (25°). Cette chaleur s’emmagasine dans le sol pendant la journée et est restituée à la plante la nuit.

Et les rendements en 2013 ? « Normaux sur les les Villages, autour des 50 hectolitres/hectare. Ce sera plus compliqué pour les Moulin, certaines parcelles de vieilles vignes ayant souffert de millerandage« . Il y aura en tous cas bien plus de raisins qu’en 2012 et c’est une excellente nouvelle.

[parenthèse technique, le millerandage est un phénomène lié à des conditions climatiques défavorables au moment de la floraison. Plus tard dans la saison, cela conduit les grappes à porter à la fois des grains bien formés et d’autres particulièrement petits, sans pépins. Baisse de la quantité, d’autant plus forte que la proportion de petits grains est importante. Par contre, la qualité est affectée positivement, en particulier parce que la proportion entre pellicule et pulpe est en faveur de la pellicule, laquelle contient la plupart des éléments essentiels à l’élaboration d’un vin de garde.]

Nous goûtons le Beaujolais-Villages 2012 (Vignes des Jumeaux), mis en bouteilles fin mai. La couleur est moins soutenue que sur 2011. Le vignoble a été partiellement touché par la grêle, les maturités n’ont pas été optimales. Je souligne l’honnêteté du discours d’Eric, qui présente son bébé sans affirmer que, puisque c’est le sien, c’est forcément le plus beau bébé du monde.

Autant 2009 était un millésime où le gamay s’accoquinait avec le Rhône Nord, autant 2011 était concentré, autant ce 2012 serait plutôt un millésime de type bourguignon. Bel équilibre, fraîcheur, matière soyeuse. Evidemment, ne pas escompter la puissance. Cela se goûte en tous cas très bien maintenant et pendant les 3 ans qui viennent. Elevage en cuves (pas de bois).

la gamme 2012
la gamme 2012

Nous passons au Moulin-à-Vent 2012, goûté à la cuve. A ce stade, le vin contient pas mal de gaz carbonique, ce qui se perçoit par un perlant sur la langue. Juste avant la mise en bouteilles, de l’azote alimentaire (gaz inerte) est injecté pour chasser le gaz carbonique excédentaire.

[parenthèse technique: lorsque le vin est longuement élevé en fûts, petits contenants de 228 litres, le dégazage s’effectue progressivement, grâce à la porosité du bois. Par contre, le dégazage naturel est limité lorsque le vin est élevé, comme chez Eric Janin, en foudres, grands contenants de 3.500 litres ou plus.]

Un seul Moulin-à-Vent en 2012. Ni Clos du Tremblay, ni Greneriers cette année, en raison des faibles quantités récoltées (145 hectolitres, alors que 2011 en avait produit 290 !). Les raisins issus du Clos et ceux provenant de la parcelle des Greneriers ont été vinifiés ensemble. Ensuite, Eric a estimé que le potentiel pour élaborer une cuvée de prestige (Clos+Greneriers) n’était pas au rendez-vous. Tous les vins d’appellation Moulin-à-Vent ont été assemblés dans la cuvée classique Domaine des Vignes du Tremblay.

Décision courageuse, parce que les conséquences économiques à court terme sont importantes. Sur le long terme, je pense qu’Eric a raison de suivre son jugement et son intuition.

Est-ce bon ? Ah oui !! Le vin est intense, précis et donne beaucoup de plaisir dès aujourd’hui. La finale est néanmoins serrée, presque sérieuse. C’est un vin qui traduit avec beaucoup d’intégrité les caractéristiques du millésime. « Aujourd’hui, je suis très satisfait » dixit Eric. Et ceux qui le connaissent savent qu’il se laisse rarement aller à ce type de confidence.

Ce Moulin permettra d’attendre que les Greneriers 2011 soient prêts. A boire dans les 5 ou 6 ans.

On conclut avec le Beaujolais-Villages (Vignes des Jumeaux) en blanc. Blanc signifie chardonnay. J’avais dégusté le millésime 2011 lors de ma précédente visite fin janvier et il m’avait laissé quelque peu sur ma faim, en raison d’un boisé qui m’avait semblé assez présent. Changement de décor avec ce 2012, mis en bouteilles vers le 15 août: arômes d’abricot, boisé très délicat, notes de fumée et d’encaustique. Vignes plantées en 2006 et 2009. Un vin plus que sympathique, sans la tension acide qu’engendrerait un terroir argilo-calcaire.

Eric Janin (photo prise en janvier)
Eric Janin (photo prise en janvier)

Passer un moment avec Eric a quelque chose d’apaisant et de profond. Même les silences sont chargés de sens. Aucune esbroufe, juste le témoignage d’un vigneron expérimenté (nous avons brièvement évoqué les vendanges 1991), profondément attaché à ses vignes et respectueux de sa clientèle.

Je suis revenu le lendemain. Pour assister à la mise en bouteilles du Moulin-à-Vent 2012 et pour emmener les toutes les premières bouteilles qui ont quitté la cave. L’une de ces bouteilles sera sur le bar, ce samedi 19 et dimanche 20 octobre.

Tarif & bon de commande

compte-rendu de ma visite de janvier 2013

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Le voyage en Beaujolais: la pioche et le sabot

la gamme de Lilian (Les Bachelards)

Très sympa de revoir les vignerons à qui j’avais rendu une première visite à la fin du mois de janvier !

Nouveau millésime, nouvelles approches, nouvelle maison. 2012 est une petite année en volume, mais ce n’est pas un petit millésime.

Décidément, à Chénas, à Leynes, à Fleurie et en Moulin-à-Vent, il y a de quoi tordre le cou au « vin qui n’existe que le troisième jeudi de novembre ».

Entre des mains courageuses et talentueuses, le gamay fait des merveilles. A condition bien sûr de bichonner les vignes comme elles le méritent. A condition de prendre des risques et d’intervenir si peu que possible en cave.

Préparez déjà vos papilles et oubliez les (éventuels) préjugés !

Mon journal de voyage et de dégustation est ici. Les articles détaillés suivent au fur et à mesure…

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Journal de bord(eaux)

On tombe, au détour d’une pensée, sur un jeu de mots faiblard. On se dit qu’il est exclu de publier pareille horreur. On la publie malgré tout. Et en titre encore bien.

Pouf-pouf.

C’est ici que je me propose de partager mes impressions aquitaines durant toute la semaine.

05 août – 20h45

La splendide monotonie de 970 kilomètres d’autoroute, rythmés par l’une ou l’autre pause-pipi, par un accident (en sens contraire) qui fiche la trouille, par Eric Clapton, Bill Callahan, Peter Gabriel dans les oreilles.

Pour ce qui concerne les vignes, voici ce que je peux faire de mieux: d’abord le panneau routier Valenciennes-Le-Vignoble (c’est assez mignon, tout un quartier de la ville où les rues se nomment « Clos Pommard », « Allée des Cépages », « Rue des Pampres »), ensuite la traversée de la Loire à Tours et enfin le panneau « département de la Gironde » immédiatement suivi du panneau « Vignoble bordelais ». Je suis installé à Marmande, un peu (beaucoup) cassé malgré tout.

A demain pour le début des vraies aventures !

06 août – 19h45

1ère étape: Château Jonc-Blanc à Vélines

Franck Pascal m’accueille et m’emmène immédiatement dans les vignes. Facile, elles entourent la propriété. 19 hectares, dont 12 hectares de rouge.  Des cabernets, des merlots et 1,40 ha de malbec. Propriété acquise par Franck et Isabelle en 2000.

Un peu d’étymologie pour se mettre dans le rythme: « jonc » n’a rien à voir avec la plante (ouf, la vigne et les terrains marécageux, ça ne colle pas) mais peut être rapproché du terme homonyme utilisé en bijouterie pour désigner un anneau et par extension pour qualifier une zone plus ou moins circulaire et plus ou moins renflée.

Quant à « blanc », il s’agit de la couleur de l’affleurement calcaire sur lequel les vignes sont plantées. En la quasi-absence de sol, il n’y a rien pour stocker l’eau de pluie: en année sèche, le risque de « stress hydrique » est réel.

On s’installe dans la cuisine pour goûter. Attention, le premier vin est TOUT SAUF un petit vin d’été.

Pour finir, promenade rapide dans le chai: barriques, foudres et cuves inox. Un nouveau foudre (Stockinger) va bientôt faire son entrée. A terme, ce contenant devrait progressivement remplacer les barriques. A noter d’ailleurs que les barriques sont bourguignonnes et pas bordelaises…

A 14h15, je me sauve pour ne arriver trop en retard chez Nadia Lusseau. J’aurais bien voulu voir la « Vieille Demoiselle« , une vigne de sémillon d’un âge quasi-canonique, rescapée d’un long abandon, rachetée par Franck pour une bouchée de pain et, au prix d’un lourd travail, remise dans le « droit chemin »…ce sera pour une prochaine fois !

Merci GPS…A 14h35, je me gare devant le Château Haut Lavigne, 2ème étape. Nadia m’installe dans un sympathique petit caveau. La gamme se décline en trois approches: des vins de fruit, élevés en cuve et commercialisés sous l’étiquette « Nadia »; des vins plus puissants, élevés pour 80% en barriques et pour 20% en cuve (« La Miss ») et enfin des sélections parcellaires, élevées à 100% en barriques (« Miss Terre »). Barriques de 300 litres, lesquelles restent manipulables par une jeune femme. Les 400 litres feraient encore mieux l’affaire, mais, non, décidément, elles sont trop lourdes.

Sur le long terme, l’objectif est de conserver le même nombre de pieds de vigne, sur une superficie réduite; autrement dit, d’augmenter la densité de plantation.

Cette journée s’est achevée avec un bref passage par le Château de Duras (fête des vignerons le 11 août) et par la Maison des Vins. « Les Rebelles d’Aquitaine », le slogan me plaît !

07 août – 22h30

À 08h30, je quitte Marmande pour me rendre dans le Bordelais. 3ème étape, Château Tire-Pé: à 09h30, je surprends David Barrault qui s’attendait à ma visite…la semaine prochaine. Comme il n’avait pas prévu grand-chose pour ce matin, vu la fiesta d’hier soir, ça tombe bien. Quelle qualité de silence, quel lieu magnifique, y compris les palmiers. Le plus beau crachoir jamais vu…et pourtant aucune envie de cracher !

À 13 heures, sandwich en bord de Garonne. Puis, Romestaing, le village-fantôme et Lassolle, le lieu-dit que le GPS situe de travers.

4ème étape: au Château Lassolle, dégustation qui tient autant de l’aventure humaine que du cabernet franc.

À 16 heures, Tripel Karmeliet en compagnie de Stéphanie Roussel et de Jean-Christophe, avec vue sur le vignoble du Marmandais.

À 17h30, coincé dans les embouteillages de la rocade de Bordeaux. À 22 heures, arrivée à Saumur.

08 août – 22h45

5ème étape: La Chevalerie. Voilà, le premier vigneron chez qui je reviens, 11 mois après ma première visite. Pierre Caslot conclut une dégustation-marathon par un millésime 1982. Un « Peu Muleau » de 30 ans. En pleine forme, le papy ! La première cuvée 2012, étiquetée « Dernier Cri », est une quintessence de vin-plaisir. Entre ces extrêmes, nous sommes passés par 2011, 2010 (Bretèche est splendide), 2009, 2008, 2007, 1994, 1993, 1987…

J’espérais déjeuner mais c’est encore raté. En voiture et cap sur Puy-Notre-Dame, au sud de Saumur. 6ème étape: Domaine Mélaric.

Le chai se trouve dans l’annexe d’un vrai château XIXe, avec plein de tourelles partout. Aymeric m’emmène dans les vignes. Belle leçon en direct: à droite de la route, ses vignes; à gauche, une parcelle « tout chimique ». Deux mondes radicalement différents.

Verticale sur les deux cuvées du Domaine, en blanc comme en rouge. Très instructif. 2010 et 2012 plairont à ceux qui aiment la fraîcheur. 2009 et 2011 plairont aux amateurs de rondeur.

Ne pas oublier le très chouette Tandem, issu de raisins achetés, assemblage de cabernet franc (…quelle surprise) et de grolleau: ça coule tout seul ! Délicieux !

10 août – 21h30

Vendredi, je commence par une traversée de la Touraine, pour aller de mon hôtel à Saumur jusqu’à Amboise, où j’ai rendez-vous avec Clémence Weisskopf. 7ème étape: Le Rocher des Violettes. Doigté requis pour atteindre le Domaine, situé dans la (très étroite) rue du …Rocher aux Violettes. Très impressionnantes caves creusées dans la roche.  On converse autour du thème des restaurateurs qui payent les vins de plus en plus tard…La trésorerie du vigneron est parfois soumise à de fortes pressions.

Voilà, ici s’achève un voyage plein d’enseignements et plein de découvertes. Sept vignerons et pas une seule déception. De (très) bons moments et de (très) bons vins. Partage prévu dès le 24 août.

2480 kilomètres et quelques minutes consacrées à la visite de Meung-sur-Loire, château, église et place qui semble figée dans un passé lointain.

le château de Meung-sur-Loire, près d'Orléans
le château de Meung-sur-Loire, près d’Orléans

Ce dimanche soir, Catherine et moi recevons 8 convives pour un repas en 8 services, avec 8 vins « assortis ». Je pense qu’ils vont bien s’amuser !

Voyage en Aquitaine

Bordeaux et Sud-Ouest: une lointaine proximité

Dégustation du samedi 24 août