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Kallstadt, Rings und riesling

photo prise dans le vignoble Saumagen en mai 2017, pendant une promenade

Kallstadt est un village du Palatinat qui peut se targuer d’avoir abrité la naissance de Frederick Trump, le grand-père de qui vous savez.

Plus sérieusement, ce village est réputé pour ses terroirs calcaires, où le riesling se sent particulièrement bien, en particulier le vignoble Saumagen (littéralement: estomac de cochon) qui est à l’origine de vins de très grande garde, d’ailleurs assez difficiles à déguster jeunes. Logiquement les vins issus du Saumagen sont commercialisés à des tarifs proportionnels à leur notoriété.

Cela pousse l’amateur à rechercher des vins issus de terroirs calcaires à Kallstadt, proches du Saumagen. Le Domaine Rings propose un tel vin, qui permet de se faire une première impression, en étant ni obligé d’attendre 10 ans, ni de puiser dans son épargne.

Un riesling sec, à forte personnalité, offrant intensité et finesse.

Steffen Rings

Le Domaine Rings est entre les mains de deux frères, Steffen et Andreas. Ils possèdent des vignes sur une superficie de 31 hectares. Tout a été vite: le domaine a été créé en 2001 sur la base de la ferme familiale qui produisait différents fruits et raisins destinés à la coopérative. Maintenant, Rings est membre de VDP, une association privée qui regroupe les meilleurs vignerons d’Allemagne, est passé en bio, reçoit 4 étoiles dans le guide Gault&Millau, se voit attribuer 3,5 étoiles par Hugh Johnson, etc…

Malheureusement, la presse francophone continue à ignorer les vins allemands. Soi-disant trop compliqués. Et pourtant, l’étiquette indique le nom du Domaine, le nom du village, le cépage, le millésime et c’est tout.

La contre-étiquette est certes rédigée en allemand, mais elle est informative: précisions géologiques, mention des rendements, mise en évidence des vendanges manuelles, accès au site Internet. Quelqu’un peut-il m’aider à percevoir la complexité ?

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Le riesling Kallstadt 2017 du Domaine Rings peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 19,50 pour mise à disposition le samedi 27 juin.

Le riesling Saumagen 2015 du Domaine Rings est disponible sur commande, au prix de € 45.

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Afrique du Sud: ça bouge !

Au Cap de Bonne-Espérance

Je n’ai jamais consacré beaucoup d’énergie à décortiquer les vins de l’hémisphère sud. Pour moi, en très résumé, Afrique du Sud = Australie = Argentine = beaucoup de couleur, beaucoup de bois, beaucoup d’alcool. On veut impressionner, on montre sa musculature, on crie fort pour être sûr de titiller l’oreille des experts anglo-saxons et d’obtenir dès que possible l’indispensable 90+.

Alternative: on produit beaucoup (rendements pléthoriques) pour fournir les supermarchés du monde entier en vins ni vraiment bons, ni vraiment mauvais mais tristement banals.

Le Domaine Grande Provence (Franschhoek)

Il se fait que je viens de passer quelques jours de vacances du côté de Cape Town et de Stellenbosch, hauts-lieux historiques du vignoble sud-africain. Premier constat, il est aussi difficile d’échapper au vignoble que de refuser les frites dans une brasserie belge: où que l’on pose les yeux, le cep jaillit, en avant-plan d’un paysage montagneux d’une beauté à couper le souffle.

Sans surprise, le cépage définit le vin. Il s’agit très souvent d’un cépage d’origine française (chenin, sauvignon, chardonnay, cabernet sauvignon, merlot, syrah), mais de petits nouveaux pointent le bout du nez: nebbiolo, sangiovese, tempranillo, riesling. Le Domaine Jordan vient de planter de l’assyrtiko.

Présenter un Bordeaux blend est une quasi obligation. On pimente souvent les deux cabernets et le merlot d’une touche de malbec et d’une pincée de petit verdot. Idem en blanc: les assemblages de sauvignon et de sémillon abondent. Le modèle bordelais est omniprésent.

Le degré alcoolique est typiquement proche de 14% (mais pas de 15%). C’est une évidence plus qu’un sujet de conversation: le climat est ce qu’il est.

Une propriété, c’est souvent 100 hectares de vignes et quelques centaines de milliers de bouteilles par an. Cela implique une politique de gamme très structurée: une série de vins de type Estate, une deuxième série de type Reserve ou Premium, une troisième série de type Flagship ou Icon. Tout cela fleure bon son marketing à l’américaine.

La sécheresse du climat est de plus en plus pénalisante et conduit à irriguer les vignobles. Ceux qui poussent des cris d’orfraie à la simple évocation d’un tuyau d’arrosage feraient bien de se méfier de ce que le bouleversement climatique réserve à nos terroirs européens…

Une vieille vigne a 35 ans ou plus: hors de question ici d’utiliser old vines si celles-ci n’ont pas atteint l’âge requis. Pour rappel, en France et en Europe en général, la notion de « vieilles vignes » n’a pas de définition précise, chacun fait ce qui lui plaît.

les Domaines rivalisent de talent pour proposer des expériences oenotouristiques de haut niveau: tasting room très chic, un ou deux restaurants, des chambres de grand confort, un jardin, une oliveraie, une exposition de sculptures et/ou une galerie d’art, des boutiques, des jeux pour les enfants …et j’en oublie. A une exception près, cela ne m’a jamais paru too much.

Manger au Domaine est la norme: beaucoup de très bons restaurants sont situés au sein même des Domaines.

Il y a manifestement de l’argent pour investir dans la brique, l’inox et le bois neuf: les bâtiments anciens ont été soigneusement restaurés, les bâtiments récents ont bénéficié de la patte de l’architecte, les cuveries sont impeccables, les barriques itou. Les propriétaires (hommes d’affaires et grandes fortunes) n’en sont pas à quelques millions de rands (R) près.

La terrasse du restaurant du Domaine Longridge (Stellenbosch)

On rappelle avec insistance au dégustateur européen que l’Afrique du Sud, ce n’est pas vraiment le Nouveau Monde: on plante et on vendange ici depuis le 17ème siècle. La plupart des Domaines exhibent fièrement le millésime de fondation au fronton du bâtiment historique et sur leurs étiquettes.

De nouvelles régions apparaissent sur les cartes des vins, y compris le Karoo où l’on plante à 1.500 mètres d’altitude: la recherche du cool climate est en cours. Voir par exemple le Domaine Mount Sutherland, dont j’ai goûté la très belle syrah Ouberg 2013. Production totale: 492 bouteilles.

L’intérêt pour le terroir (c’est-à-dire la parcelle porteuse de caractéristiques spécifiques) est croissant et se traduit par exemple par de grandes photographies aériennes détaillant quel cépage est planté où. Celle ci-dessous orne le caveau du Domaine Klein Constantia.

Domaine Klein Constantia: beaucoup de sauvignon (blanc)

Le personnel qui accueille l’amateur est jeune et bien formé: souvent des étudiants à la recherche de quelques sous (Stellenbosch est une grande ville universitaire) qui savent raconter et structurer une histoire.

Une anecdote néanmoins: je goûte le Constantia Natural Sweet au Domaine Steenberg. C’est une vendange tardive de sémillon qui affiche 12,5%. A ma question relative au sucre résiduel, mon interlocutrice s’embrouille les pinceaux pour finalement m’affirmer que c’est 15 grammes et que 15 grammes, ça fait vraiment beaucoup. Je veux bien faire un effort pour croire, mais il y a des limites à ne pas dépasser. La dégustation du vin et un coup d’œil au site Internet du Domaine me confirment qu’il y a 138 grammes à bord. Un bien beau vin d’ailleurs qui se vend sur place pour l’équivalent de € 12 la demi-bouteille.

Le même Domaine Steenberg élabore un nebbiolo de belle facture: 2012 est aujourd’hui parfaitement à point. La couleur est légère et tuilée, comme il se doit. Le nez est magnifique, entre fleurs, épices et goudron. La bouche porte ses 14,5% sans effort. C’est savoureux et plein, avec de la patine. Seule la finale m’a semblé un peu diffuse et d’une persistance moyenne (jeunes vignes). Les tannins sont fondus, l’acidité assez consensuelle. L’élevage sous bois de 500 litres (peu de neuf) est plutôt discret. Je n’ai pas de souvenir d’avoir goûté un meilleur rouge sud-africain. R520 (€ 28) au restaurant Tryn.

Au Domaine Tokara, je goûte la gamme Premium. Ces 4 vins sont accessibles, relativement passe-partout mais bien vinifiés. Le sauvignon est rempli de fruits tropicaux (fruits de la passion) avec une chouette fraîcheur. Le chardonnay puise dans le style unoaked et dans le style barrel fermented, mais je ne suis pas sûr qu’il prenne le meilleur des deux mondes. La syrah (avec 12% de mourvèdre dedans) est assez peu extraite et joliment fruitée. Le cabernet sauvignon est assez complexe, peu marqué par le bois et peu tannique.

Au Domaine Klein Constantia, je goûte le sauvignon Estate 2019, exotique, net et précis. Voici la cuvée Metis 2017, un autre sauvignon élaboré en collaboration avec Pascal Jolivet, vigneron à Sancerre. Démarche intéressante dont le résultat n’est ni un Sancerre, ni un sauvignon sud-africain: l’exotisme est absent, la bouche assez riche. Anwilka 2015 est un assemblage de syrah (64%), cabernet sauvignon (29%) et petit verdot violent, très puissant. Malgré quelques heures de carafe, c’est un infanticide incontestable. Difficile à déguster en l’état, mais potentiel majeur. Au restaurant, j’ai goûté le chardonnay: le vin est satisfaisant, mais il y a une pesanteur qui ne m’a pas donné envie de finir la bouteille. A servir frais pour réussir l’équilibre entre alcool et acidité. Ce n’est pourtant pas un gros lourd (13,5%) et la politique du Domaine (exploration du potentiel de la biodynamie) montre leur intérêt certain pour la précision. De mon point de vue, ce chardonnay est trop marqué par l’impact de ce qui a été fermenté en barriques. Ce qui me pose question c’est le crisp and mineral finish que mentionne l’étiquette. Le rich finish du site Internet me paraît en fait plus pertinent. 

Ne manque-t-il pas quelque chose ? Constantia … cela évoque le mythique « Vin de Constance » dont Napoléon se régalait pendant son exil à Ste-Hélène. Un vin doux inimitable, 100% muscat petits grains (appelé ici muscat de Frontignan). J’ai donc goûté le millésime 2015. A ce stade, c’est simplement succulent, plein de miel et d’agrumes. L’équilibre entre sucre, alcool et acidité est magistral (173 grammes – 13,97% – 6,5 grammes). La presse anglo-saxonne compare ceci à Château d’Yquem. Pas d’opinion vu que je n’ai pas goûté Yquem… Au Domaine, la -jolie- bouteille de 50cl se vend R1095 (€ 58).

Au Domaine Morgenster, réputé tant pour ses vins que pour ses huiles d’olive, je goûte en particulier des vins de la gamme Italian Collection et de la gamme Estate Range. Avec des petites verticales sur trois millésimes. Waouw… !!!

Je suis frappé par le fait que les millésimes les plus anciens sont systématiquement les meilleurs. Changement de cap (marché ciblé) ? Changement de génération ? Difficulté à appréhender le potentiel des millésimes jeunes ? Impact de la météo ? En tous cas, le Lourens River Valley 2010 (R300 au Domaine, soit € 16) est magnifique: c’est un Bordeaux blend très équilibré, fin et précis.

Au Domaine Longridge, on ouvre les hostilités avec un chardonnay. Attention, piège, ce n’est pas du tout une entrée de gamme, mais leur cuvée Clos du Ciel (R695 au Domaine, soit € 37): un gros coup de cœur ! Beaucoup de personnalité, de complexité et d’intensité. L’impact de la biodynamie ? Le chenin Ou Steen, le Bordeaux blend Ekliptika sont également excellents. The Emily est une curiosité, assemblage de chardonnay et de quelques gouttes de pinot noir pour un rosé très clair. Cela se boit facilement et c’est un triomphe commercial en Afrique du Sud (R90, soit € 5).

Le Domaine Pella sort du format habituel: on produit ici de toutes petites quantités de vins à forte personnalité. Pas de tralala, un tout petit caveau, un chien, une table et 4 chaises. En particulier, je succombe devant le chenin Kanniedood (traduction littérale: Immortel) 2019. Aromatique de citron vert, tension acide d’anthologie, matière importante très serrée: cela m’a évoqué un vin issu de vignes sur volcan (ce n’est pourtant pas le cas). Production limitée à 1.600 bouteilles, prix ridiculement peu élevé (R160 au Domaine, soit € 8,50). Les autres cuvées sont encore plus confidentielles: le malbec Oukliprant 2017 a été produit à hauteur de 900 bouteilles (R190), le merlot Verlatenkloof 2015 idem (R220).

Le Domaine Groot Constantia mérite une visite touristique. Pour les vins, je suis malheureusement beaucoup plus réservé.

le bâtiment historique du Domaine Groot Constantia. Ma photo est un peu de guingois…

Pour ce qui concerne les restaurants, nous n’avons jamais mal mangé. Et nous avons souvent très bien mangé. Si je devais ne retenir qu’un seul endroit, je choisirais Chefs Warehouse Beau Constantia. Leur proposition « tapas pour 2 à R1000 » (soit € 53) est magnifique: fusion d’influences thaï, japonaise, péruvienne, etc… d’une grande précision de saveurs. Le piquant et l’acide, le crémeux et le craquant, tout y est !

Et parce qu’il est vraiment difficile de n’en retenir qu’un, j’ai également adoré la combinaison huîtres et pièce de bœuf du restaurant du Domaine Longridge et le menu 4-services du restaurant Aubergine, dans le centre-ville de Cape Town.

S’il venait une envie à un lecteur d’aller vérifier sur place tout ce qui précède, je signale qu’on roule à gauche (comme en Angleterre), mais que le réseau routier est d’une qualité au moins aussi bonne qu’en Belgique. Une boîte automatique et un GPS sont plus qu’utiles.

On peut se débrouiller seul, mais un guide peut transformer un chouette moment en un moment inoubliable. Nous avons rencontré John Grant (Wine Escapes) et avons bénéficié pendant plusieurs jours de ses commentaires érudits (il en sait presque autant sur les oiseaux que sur le vin), de son sens de l’organisation, de son humour. Une très belle rencontre.

Difficile de clore cet article sans évoquer ce qui me trouble depuis plusieurs jours: là comme ailleurs, les restaurants et les caveaux de dégustation ferment. La vie se paralyse progressivement, comme chez nous. Il n’y a officiellement pas encore de victimes, mais que va-t-il se passer dans un pays où beaucoup sont porteurs du HIV et vivent dans une grande promiscuité (townships) ? Putain de virus.

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Bouzeron, Givry, Rully, Mercurey, …

La Porte qui donne accès au centre de Givry
La Porte qui donne accès au centre de Givry

08 avril: 630 kilomètres pour rejoindre Bouzeron, mignon petit village au sud de Beaune.

Rapide passage par le Domaine de Villaine pour enlever mon allocation de Bouzeron 2012 et de Bourgogne La Fortune 2012. Puis la route serpente entre champs de colza d’un jaune éclatant et vieilles pierres, dont celles du Château de Germolles.

Arrivée à Givry en fin d’après-midi pour humer l’ambiance et prendre mes repères.

09 avril: visite au Domaine Masse à Barizey. Magnifique campagne. J’ai rendez-vous avec Fabrice Masse pour une visite, une conversation et une dégustation. Un aligoté sur granit et un Bourgogne Côte chalonnaise se glissent parmi la gamme des Givry.

Visite au Domaine Briday au centre de Rully où je suis reçu par Madame (Sandrine) Briday. Bouzeron en introduction, puis gamme très complète de …Rully, en rouge comme en blanc.

Demain jeudi, ce sera le Domaine Brintet à Mercurey, avant de prendre la route du Jura.

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Promenade kimméridgienne

chablisienLe monde du vin aime bien simplifier la géographie.

On regroupe fréquemment Provence et Corse; Jura et Savoie. Faute de mieux, on met dans un même grand sac du Sud-Ouest des vignobles aussi éloignés les uns des autres que Jurançon, Cahors ou Gaillac.

La Loire, c’est l’ensemble des vignobles plus ou moins proches du fleuve, de sa source jusqu’à son embouchure, 1000 kilomètres plus loin.

La Bourgogne, c’est la succession des trois Côtes, auxquelles on adjoint le vignoble chablisien à l’extrême-nord et le Mâconnais au sud. Quitte même à y inclure le Beaujolais.

La Champagne, c’est la Marne et l’Aube, bien plus au sud.

Les habitudes passent par là et ces entités plutôt artificielles finissent par s’ancrer comme LA réalité et peuvent apparaître mutuellement exclusives: le style d’un vin est ligérien ou bourguignon. Cabernet franc et sauvignon d’une part, pinot noir et chardonnay d’autre part. Simple.

Et pourtant, quand la géologie s’en mêle, l’angle de vue change et c’est une toute autre réalité qui apparaît: au sein du Bassin parisien, de Sancerre à Chablis et de Chablis à Bar-sur-Aube, on retrouve des vignes plantées dans des marnes (pleines de fossiles d’huîtres) datant du Jurassique. Pour être plus précis: datant du Kimméridgien, il y a +/- 150 millions d’années.Sancerre

D’ailleurs, le pinot noir se plaît dans le Sancerrois et le sauvignon se plaît à Saint-Bris, pas bien loin de Chablis.

Bref, je pars ce lundi matin faire une promenade kimméridgienne, laquelle m’emmènera d’abord à Sancerre.

Dès mercredi, je serai au travail à Chablis.

Si Saint-WiFi se montre clément, je compte bien alimenter le site pendant ce voyage, lequel s’annonce passionnant et très ensoleillé !

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Visite chez Eric Janin

la maison familiale, à Romanèche-Thorins

11 septembre. J’arrive à 10 heures. Eric finit de donner un coup de balai dans le chai. Je suis très flatté ! « Vous seriez arrivé avec cinq minutes de retard, vous aviez droit au tapis rouge !« , plaisante Eric.

Plus sérieusement, Eric m’explique qu’il est en pleine préparation de la mise en bouteilles du Moulin-à-Vent 2012. L’assemblage a été réalisé hier, les bouteilles (vides) arrivent aujourd’hui. On nettoie les cuves, les tuyaux, la pompe et demain, l’embouteilleuse tournera à plein régime.

Bientôt les vendanges, une excellente raison pour faire de la place dans les cuves. A propos, déjà une idée de la date des vendanges 2013 ? « Vers le 01 octobre, une dizaine de jours plus tard qu’en 2012. Le soleil n’a vraiment commencé à briller qu’au 15 juillet. On a rattrapé un peu du retard accumulé pendant le printemps, mais certainement pas tout. Et puis, depuis une semaine, le temps est à nouveau variable et assez frais« , explique Eric.

En ce moment, il faut beaucoup de lumière (indispensable pour la photosynthèse) et de la chaleur (25°). Cette chaleur s’emmagasine dans le sol pendant la journée et est restituée à la plante la nuit.

Et les rendements en 2013 ? « Normaux sur les les Villages, autour des 50 hectolitres/hectare. Ce sera plus compliqué pour les Moulin, certaines parcelles de vieilles vignes ayant souffert de millerandage« . Il y aura en tous cas bien plus de raisins qu’en 2012 et c’est une excellente nouvelle.

[parenthèse technique, le millerandage est un phénomène lié à des conditions climatiques défavorables au moment de la floraison. Plus tard dans la saison, cela conduit les grappes à porter à la fois des grains bien formés et d’autres particulièrement petits, sans pépins. Baisse de la quantité, d’autant plus forte que la proportion de petits grains est importante. Par contre, la qualité est affectée positivement, en particulier parce que la proportion entre pellicule et pulpe est en faveur de la pellicule, laquelle contient la plupart des éléments essentiels à l’élaboration d’un vin de garde.]

Nous goûtons le Beaujolais-Villages 2012 (Vignes des Jumeaux), mis en bouteilles fin mai. La couleur est moins soutenue que sur 2011. Le vignoble a été partiellement touché par la grêle, les maturités n’ont pas été optimales. Je souligne l’honnêteté du discours d’Eric, qui présente son bébé sans affirmer que, puisque c’est le sien, c’est forcément le plus beau bébé du monde.

Autant 2009 était un millésime où le gamay s’accoquinait avec le Rhône Nord, autant 2011 était concentré, autant ce 2012 serait plutôt un millésime de type bourguignon. Bel équilibre, fraîcheur, matière soyeuse. Evidemment, ne pas escompter la puissance. Cela se goûte en tous cas très bien maintenant et pendant les 3 ans qui viennent. Elevage en cuves (pas de bois).

la gamme 2012
la gamme 2012

Nous passons au Moulin-à-Vent 2012, goûté à la cuve. A ce stade, le vin contient pas mal de gaz carbonique, ce qui se perçoit par un perlant sur la langue. Juste avant la mise en bouteilles, de l’azote alimentaire (gaz inerte) est injecté pour chasser le gaz carbonique excédentaire.

[parenthèse technique: lorsque le vin est longuement élevé en fûts, petits contenants de 228 litres, le dégazage s’effectue progressivement, grâce à la porosité du bois. Par contre, le dégazage naturel est limité lorsque le vin est élevé, comme chez Eric Janin, en foudres, grands contenants de 3.500 litres ou plus.]

Un seul Moulin-à-Vent en 2012. Ni Clos du Tremblay, ni Greneriers cette année, en raison des faibles quantités récoltées (145 hectolitres, alors que 2011 en avait produit 290 !). Les raisins issus du Clos et ceux provenant de la parcelle des Greneriers ont été vinifiés ensemble. Ensuite, Eric a estimé que le potentiel pour élaborer une cuvée de prestige (Clos+Greneriers) n’était pas au rendez-vous. Tous les vins d’appellation Moulin-à-Vent ont été assemblés dans la cuvée classique Domaine des Vignes du Tremblay.

Décision courageuse, parce que les conséquences économiques à court terme sont importantes. Sur le long terme, je pense qu’Eric a raison de suivre son jugement et son intuition.

Est-ce bon ? Ah oui !! Le vin est intense, précis et donne beaucoup de plaisir dès aujourd’hui. La finale est néanmoins serrée, presque sérieuse. C’est un vin qui traduit avec beaucoup d’intégrité les caractéristiques du millésime. « Aujourd’hui, je suis très satisfait » dixit Eric. Et ceux qui le connaissent savent qu’il se laisse rarement aller à ce type de confidence.

Ce Moulin permettra d’attendre que les Greneriers 2011 soient prêts. A boire dans les 5 ou 6 ans.

On conclut avec le Beaujolais-Villages (Vignes des Jumeaux) en blanc. Blanc signifie chardonnay. J’avais dégusté le millésime 2011 lors de ma précédente visite fin janvier et il m’avait laissé quelque peu sur ma faim, en raison d’un boisé qui m’avait semblé assez présent. Changement de décor avec ce 2012, mis en bouteilles vers le 15 août: arômes d’abricot, boisé très délicat, notes de fumée et d’encaustique. Vignes plantées en 2006 et 2009. Un vin plus que sympathique, sans la tension acide qu’engendrerait un terroir argilo-calcaire.

Eric Janin (photo prise en janvier)
Eric Janin (photo prise en janvier)

Passer un moment avec Eric a quelque chose d’apaisant et de profond. Même les silences sont chargés de sens. Aucune esbroufe, juste le témoignage d’un vigneron expérimenté (nous avons brièvement évoqué les vendanges 1991), profondément attaché à ses vignes et respectueux de sa clientèle.

Je suis revenu le lendemain. Pour assister à la mise en bouteilles du Moulin-à-Vent 2012 et pour emmener les toutes les premières bouteilles qui ont quitté la cave. L’une de ces bouteilles sera sur le bar, ce samedi 19 et dimanche 20 octobre.

Tarif & bon de commande

compte-rendu de ma visite de janvier 2013

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Le voyage en Beaujolais: la pioche et le sabot

la gamme de Lilian (Les Bachelards)

Très sympa de revoir les vignerons à qui j’avais rendu une première visite à la fin du mois de janvier !

Nouveau millésime, nouvelles approches, nouvelle maison. 2012 est une petite année en volume, mais ce n’est pas un petit millésime.

Décidément, à Chénas, à Leynes, à Fleurie et en Moulin-à-Vent, il y a de quoi tordre le cou au « vin qui n’existe que le troisième jeudi de novembre ».

Entre des mains courageuses et talentueuses, le gamay fait des merveilles. A condition bien sûr de bichonner les vignes comme elles le méritent. A condition de prendre des risques et d’intervenir si peu que possible en cave.

Préparez déjà vos papilles et oubliez les (éventuels) préjugés !

Mon journal de voyage et de dégustation est ici. Les articles détaillés suivent au fur et à mesure…

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Journal de bord(eaux)

On tombe, au détour d’une pensée, sur un jeu de mots faiblard. On se dit qu’il est exclu de publier pareille horreur. On la publie malgré tout. Et en titre encore bien.

Pouf-pouf.

C’est ici que je me propose de partager mes impressions aquitaines durant toute la semaine.

05 août – 20h45

La splendide monotonie de 970 kilomètres d’autoroute, rythmés par l’une ou l’autre pause-pipi, par un accident (en sens contraire) qui fiche la trouille, par Eric Clapton, Bill Callahan, Peter Gabriel dans les oreilles.

Pour ce qui concerne les vignes, voici ce que je peux faire de mieux: d’abord le panneau routier Valenciennes-Le-Vignoble (c’est assez mignon, tout un quartier de la ville où les rues se nomment « Clos Pommard », « Allée des Cépages », « Rue des Pampres »), ensuite la traversée de la Loire à Tours et enfin le panneau « département de la Gironde » immédiatement suivi du panneau « Vignoble bordelais ». Je suis installé à Marmande, un peu (beaucoup) cassé malgré tout.

A demain pour le début des vraies aventures !

06 août – 19h45

1ère étape: Château Jonc-Blanc à Vélines

Franck Pascal m’accueille et m’emmène immédiatement dans les vignes. Facile, elles entourent la propriété. 19 hectares, dont 12 hectares de rouge.  Des cabernets, des merlots et 1,40 ha de malbec. Propriété acquise par Franck et Isabelle en 2000.

Un peu d’étymologie pour se mettre dans le rythme: « jonc » n’a rien à voir avec la plante (ouf, la vigne et les terrains marécageux, ça ne colle pas) mais peut être rapproché du terme homonyme utilisé en bijouterie pour désigner un anneau et par extension pour qualifier une zone plus ou moins circulaire et plus ou moins renflée.

Quant à « blanc », il s’agit de la couleur de l’affleurement calcaire sur lequel les vignes sont plantées. En la quasi-absence de sol, il n’y a rien pour stocker l’eau de pluie: en année sèche, le risque de « stress hydrique » est réel.

On s’installe dans la cuisine pour goûter. Attention, le premier vin est TOUT SAUF un petit vin d’été.

Pour finir, promenade rapide dans le chai: barriques, foudres et cuves inox. Un nouveau foudre (Stockinger) va bientôt faire son entrée. A terme, ce contenant devrait progressivement remplacer les barriques. A noter d’ailleurs que les barriques sont bourguignonnes et pas bordelaises…

A 14h15, je me sauve pour ne arriver trop en retard chez Nadia Lusseau. J’aurais bien voulu voir la « Vieille Demoiselle« , une vigne de sémillon d’un âge quasi-canonique, rescapée d’un long abandon, rachetée par Franck pour une bouchée de pain et, au prix d’un lourd travail, remise dans le « droit chemin »…ce sera pour une prochaine fois !

Merci GPS…A 14h35, je me gare devant le Château Haut Lavigne, 2ème étape. Nadia m’installe dans un sympathique petit caveau. La gamme se décline en trois approches: des vins de fruit, élevés en cuve et commercialisés sous l’étiquette « Nadia »; des vins plus puissants, élevés pour 80% en barriques et pour 20% en cuve (« La Miss ») et enfin des sélections parcellaires, élevées à 100% en barriques (« Miss Terre »). Barriques de 300 litres, lesquelles restent manipulables par une jeune femme. Les 400 litres feraient encore mieux l’affaire, mais, non, décidément, elles sont trop lourdes.

Sur le long terme, l’objectif est de conserver le même nombre de pieds de vigne, sur une superficie réduite; autrement dit, d’augmenter la densité de plantation.

Cette journée s’est achevée avec un bref passage par le Château de Duras (fête des vignerons le 11 août) et par la Maison des Vins. « Les Rebelles d’Aquitaine », le slogan me plaît !

07 août – 22h30

À 08h30, je quitte Marmande pour me rendre dans le Bordelais. 3ème étape, Château Tire-Pé: à 09h30, je surprends David Barrault qui s’attendait à ma visite…la semaine prochaine. Comme il n’avait pas prévu grand-chose pour ce matin, vu la fiesta d’hier soir, ça tombe bien. Quelle qualité de silence, quel lieu magnifique, y compris les palmiers. Le plus beau crachoir jamais vu…et pourtant aucune envie de cracher !

À 13 heures, sandwich en bord de Garonne. Puis, Romestaing, le village-fantôme et Lassolle, le lieu-dit que le GPS situe de travers.

4ème étape: au Château Lassolle, dégustation qui tient autant de l’aventure humaine que du cabernet franc.

À 16 heures, Tripel Karmeliet en compagnie de Stéphanie Roussel et de Jean-Christophe, avec vue sur le vignoble du Marmandais.

À 17h30, coincé dans les embouteillages de la rocade de Bordeaux. À 22 heures, arrivée à Saumur.

08 août – 22h45

5ème étape: La Chevalerie. Voilà, le premier vigneron chez qui je reviens, 11 mois après ma première visite. Pierre Caslot conclut une dégustation-marathon par un millésime 1982. Un « Peu Muleau » de 30 ans. En pleine forme, le papy ! La première cuvée 2012, étiquetée « Dernier Cri », est une quintessence de vin-plaisir. Entre ces extrêmes, nous sommes passés par 2011, 2010 (Bretèche est splendide), 2009, 2008, 2007, 1994, 1993, 1987…

J’espérais déjeuner mais c’est encore raté. En voiture et cap sur Puy-Notre-Dame, au sud de Saumur. 6ème étape: Domaine Mélaric.

Le chai se trouve dans l’annexe d’un vrai château XIXe, avec plein de tourelles partout. Aymeric m’emmène dans les vignes. Belle leçon en direct: à droite de la route, ses vignes; à gauche, une parcelle « tout chimique ». Deux mondes radicalement différents.

Verticale sur les deux cuvées du Domaine, en blanc comme en rouge. Très instructif. 2010 et 2012 plairont à ceux qui aiment la fraîcheur. 2009 et 2011 plairont aux amateurs de rondeur.

Ne pas oublier le très chouette Tandem, issu de raisins achetés, assemblage de cabernet franc (…quelle surprise) et de grolleau: ça coule tout seul ! Délicieux !

10 août – 21h30

Vendredi, je commence par une traversée de la Touraine, pour aller de mon hôtel à Saumur jusqu’à Amboise, où j’ai rendez-vous avec Clémence Weisskopf. 7ème étape: Le Rocher des Violettes. Doigté requis pour atteindre le Domaine, situé dans la (très étroite) rue du …Rocher aux Violettes. Très impressionnantes caves creusées dans la roche.  On converse autour du thème des restaurateurs qui payent les vins de plus en plus tard…La trésorerie du vigneron est parfois soumise à de fortes pressions.

Voilà, ici s’achève un voyage plein d’enseignements et plein de découvertes. Sept vignerons et pas une seule déception. De (très) bons moments et de (très) bons vins. Partage prévu dès le 24 août.

2480 kilomètres et quelques minutes consacrées à la visite de Meung-sur-Loire, château, église et place qui semble figée dans un passé lointain.

le château de Meung-sur-Loire, près d'Orléans
le château de Meung-sur-Loire, près d’Orléans

Ce dimanche soir, Catherine et moi recevons 8 convives pour un repas en 8 services, avec 8 vins « assortis ». Je pense qu’ils vont bien s’amuser !

Voyage en Aquitaine

Bordeaux et Sud-Ouest: une lointaine proximité

Dégustation du samedi 24 août

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Domaine Badoz: l’esprit de Puligny à Poligny !

Benoît Badoz
Benoît Badoz

C’est exact. J’ai volé le titre de cet article à la Revue du Vin de France. Faute avouée…

Poligny, le samedi matin: un bon moment pour faire quelques emplettes. En l’occurrence chez Epicurea, endroit qui combine irrésistiblement fromages et vins.

Quelques centaines de mètres plus loin, je gare la voiture au Domaine Badoz.

Jeune papa (pour la deuxième fois), Benoît Badoz m’accueille dans l’un des deux bâtiments principaux du Domaine. Des caves en ville complètent le « parc immobilier ». Poligny est d’ailleurs truffée de caves.

Benoît, c’est la dixième génération. On retrouve ses aïeuls dans le vin jurassien jusqu’en 1659. Son papa, Bernard, a créé la Percée du Vin Jaune, célèbre manifestation annuelle qui fête l’arrivée du nouveau millésime. Chaque année, une autre ville ou un autre village viticole l’organise à son tour, début février.

Après avoir mis la dégustation en route avec Grains de Poulsard 2011, d’une jolie couleur orangée, nous goûtons le Côtes du Jura Trousseau 2011, un jus peu coloré, très agréable. C’est consistant sans être puissant. Il finit très net. Elevage en cuve inox. Le vin est élaboré à partir du cépage trousseau « à la dame », une variété particulièrement qualitative.

Le Vermeil est un assemblage de 70% de trousseau et de 30% de pinot noir. Et voici Côtes du Jura Dédicace à Pierre 2009, un pur pinot noir, élevé en fûts de chêne neuf et titrant 13,9% d’alcool. Tout qui me connaît un peu doit se dire « aïe, ça ce n’est pas vraiment un vin pour Philippe« . J’avoue avoir respiré en entendant Benoît me dire que la proportion de chêne neuf avait été réduite à 50%. A la dégustation, c’est assurément d’inspiration bourguignonne. J’ai été séduit par la texture, la pulposité (si je peux risquer ce néologisme). Je pense que je ne serai pas le seul…

Le passage du rouge au blanc se fait via le rosé d’été Gustave Courbet. Sympathique et tendance, avec ses arômes de pamplemousse.

Le Côtes du Jura Les Roussots 2011 (élevage en cuve inox) est un délicieux chardonnay issu de vieilles vignes, minéral et plein de saveurs d’agrumes.

Quant à l’esprit de Puligny, il souffle avec force dans le Côtes du Jura Arrogance 2011. Le fût ne passe pas inaperçu, mais la matière est telle que ce boisé s’harmonise très bien avec la structure du breuvage. A l’aveugle, ce sera amusant d’entendre les convives se demander si c’est un Meursault ou un Chassagne…Ce qui ne gâche rien, c’est le flacon, très sobre et très élégant. Rassurez-vous, la cuvée porte un nom destiné à choquer, mais le vigneron est très sympa et tout sauf arrogant !

Ce n’est pas fini. Côtes du Jura Vin Jaune 2006. Le Domaine est un spécialiste du vin jaune. 450 fûts de Vin Jaune reposent dans ses caves sèches. Pur savagnin non-ouillé bien sûr. 6 ans d’élevage, dont au moins 5 ans sous voile. Flacon spécial, le clavelin, d’une contenance de 62cl. Longueur interminable et garde éternelle. Aromatique marquée par la noix. C’est un voyage en bouteille…Si vous le souhaitez, je vous servirai de guide.

Tarif et bon de commande.

Les vins sont disponibles à partir du 12 juillet. Ils sont en dégustation pendant la Fête du Vin.

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Visite au Domaine de La Borde

Julien Mareschal
Julien Mareschal

Jeudi 25 avril. Je me promène de grand matin dans le village de Pupillin, perché au-dessus de son vignoble. La chambre d’hôtes qui m’accueille durant ce voyage se situe à …200 mètres de mon rendez-vous: c’est la première fois que je rends à une dégustation à pied !

Pas un chat dans la rue principale. Enfin, si justement, des chats et quelques oiseaux. Soleil radieux. D’un côté du village, c’est le Grapiot, restaurant où j’ai réservé pour le lendemain soir; de l’autre côté, après avoir dépassé la maison Désiré Petit, le belvédère, le sarcophage et la noiseraie.

Sarcophage ? « Pour marquer l’arrivée du nouveau millénaire les vignerons de Pupillin ont souhaité oublier 100 bouteilles du millésime 2000 du fameux cépage ploussard. Celles-ci reposent dans un sarcophage à 3 mètres sous vos pieds, dans leur terroir d’origine. »

Pour ce qui concerne la date à laquelle ces précieux flacons seront récupérés, il règne une certaine confusion…

Me voici Chemin des Vignes: c’est ici que Julien Mareschal s’est installé en 2003. Après ses études en oenologie à Dijon. C’est ici qu’il a construit sa maison et le bâtiment qu’occupe aujourd’hui le Domaine de La Borde. La propriété porte ce nom en souvenir de la ferme familiale céréalière, établie dans la plaine du Jura. Pas trop de vignerons parmi les aïeuls…

Acquérir des vignes n’est pas forcément facile. Disons que le vigneron qui a vendu 3,3 hectares à Julien début 2003 n’était pas trop bien intégré dans le village. Une opportunité en somme. Depuis, Julien a agrandi le domaine: 1,5 hectares en 2004 et encore 0,2 hectare récemment. Ô surprise mathématique, la propriété s’étend aujourd’hui sur 5 hectares et produit bon an mal an entre 15.000 et 25.000 bouteilles. 50% du vignoble est planté en savagnin, les autres 50% se répartissant entre chardonnay et cépages rouges.

Domaine de La Borde
Domaine de La Borde

Julien est en pleine conversion bio et utilise les préparâts biodynamiques, sans certification.

Nous goûtons.

Impasse sur le Crémant: ce n’est pas trop le truc de Julien. Le chardonnay Sous la Roche 2010 révèle un profil plutôt « Mâconnais ». En général, j’essaye d’évite ce type de comparaison qui sous-entend implicitement que le vin le moins connu doit ressembler à un frère plus médiatique pour exister. Exception pour cette fois car l’Arbois-Pupillin chardonnay Caillot 2010  fait quant à lui plutôt penser à un Chablis de bonne naissance: attaque tendue et fine acidité. Bingo ! Voilà un vin qui me plaît beaucoup.

Changement de cépage: voici le savagnin qui incarne la spécificité du vignoble jurassien. L’Arbois-Pupillin ‘naturé’ Foudre à Canon 2011 se goûte bien: il est peu élevé et offre de façon transparente l’aromatique légèrement exotique du cépage. En fait, « naturé » est un autre nom donné au cépage savagnin. On utilise ce terme lorsque le vin de savagnin est ouillé.

le vignoble, fin avril
le vignoble, fin avril

Ouillé ? Jusque ici, c’était simple. J’invite à présent le lecteur à s’installer confortablement et à ingurgiter la parenthèse didactique du jour. Les experts de tout poil peuvent passer ce paragraphe.

Prêt ?

Durant son élevage en fûts, le vin s’évapore lentement. Une poche d’air se forme progressivement à la surface. Le vin évaporé doit être régulièrement remplacé par du vin identique de façon à chasser cette poche d’air et à éviter ainsi tout contact avec l’oxygène. Car qui dit oxygène dit possible oxydation et piqûre acétique.

Ce remplissage périodique s’appelle l’ouillage. Un vin qui a bénéficié de cette technique est un vin ouillé. Un vin en quelque sorte « normal ».

humour jurassien...
humour jurassien…

En Jura, cette « normalité » n’est pas la règle: on y trouve tant des vins ouillés que des vins non-ouillés. Cela grâce à Saccharomyces cerevisiae bayanus, une levure qui va s’accumuler sur la surface du vin en formant un voile de plus en plus épais. Ce voile de levures va réguler le contact entre le vin et l’oxygène. Les vins non-ouillés sont parfois appelés « oxydatifs » ou « sous voile » ou « typés ».

Important de savoir si le vin est ouillé ou non: les vins non-ouillés sont très particuliers et ne laissent personne indifférent: on adore ou on déteste. D’où l’intérêt d’aborder ces vins dans de bonnes conditions pour éviter un jugement négatif sur lequel on pourrait avoir du mal à revenir par la suite. Et ce serait dommage, vu les plaisirs majeurs que peuvent offrir les non-ouillés aux « initiés » (morilles, comté et autres poulardes…).

Fin de la parenthèse didactique. Nous goûtons l’Arbois-Pupillin Tradition 2009, un assemblage de chardonnay ouillé et de savagnin non-ouillé. Une parfaite introduction au monde merveilleux des vins sous voile. On perçoit les arômes typiques de fruits secs, de curry et d’épices, mais avec mesure. Le pur savagnin Les Ecrins 2008 a été élevé 4 ans sous voile; il est puissant, iodé et très typé.

Que diriez-vous d’un peu de douceur ? Le Jura, c’est quand même le vin de paille, non ? Comme son nom l’indique, il est élaboré avec des raisins récoltés tard puis desséchés sur de la paille (à notre époque, plutôt en cagettes mais toujours au grenier, soumis au vent et à la chaleur). Surprise, ce que nous goûtons maintenant n’est pas un vin de paille, mais un vin issu de raisins passerillés sur souche: Gelées de Novembre 2011. Curiosité très intéressante: pur savagnin, à l’équilibre délicat et demi-sec. Que de beaux accords gastronomiques en perspective !

Flash-back: retour au début de la dégustation, nous goûtons le Ploussard 2011 et surtout l’Arbois-Pupillin Ploussard 2012, échantillon tiré de la cuve: quel fruit !!! Julien m’annonce que le vin est à présent en bouteilles. Donc, je vous le propose illico presto.

Les vins sont disponibles à partir du 12 juillet. Ils sont en dégustation pendant la Fête du Vin.

Tarif et bon de commande

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L’Etoile plein les yeux…

Pupillin. Mon camp de base durant ce séjour dans le Jura. Le village surplombe son vignoble. Des maisons vigneronnes tout le long de la rue principale, opportunément nommée rue du Ploussard.

La mairie, l’église et le restaurant: c’est le Grapiot et j’y reviendrai.

Fruitiers en fleurs, météo radieuse (du moins le mercredi et le jeudi) et accueil très sympathique chez Dominique et Valérie, à la maison d’hôtes ‘La Part des Anges‘.

Des rencontres avec Valérie Closset, Julien Mareschal, Nicole Deriaux, Chantal Berthet-Bondet, Damien & Anne-Laure Petit et Benoît Badoz.

Six domaines qui expriment la grande diversité du vin jurassien.

Histoire (Badoz à Poligny, dixième génération depuis 1659) et création (La Borde existe depuis 2003).

Surprenante belgitude (les vignes de ce qui s’appelle aujourd’hui ‘Champ Divin’ ont été reprises par un couple namuro-libramontois) et racines profondément franc-comtoises.

Propriétés à la taille d’un homme et grands vignobles (la Maison Désiré Petit exploite 25 hectares de vignes).

Biodynamie (Champ Divin) et conversions bio.

Rouges, blancs secs, blancs liquoreux, blancs ‘typés’ (typé = caractère oxydatif), bulles, rosés et mistelles (le Macvin).

Château-Chalon, Côtes du Jura, Arbois-Pupillin et L’Etoile.

Pentacrines, ouillage, clavelins et naturé.

Il ne faudra pas longtemps avant de retrouver des vins du Jura dans les propositions d’Anthocyane !

Compte-rendu de ma visite au Domaine de La Borde

Compte-rendu de ma visite au Domaine Badoz

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Jura, me voilà !

Arbois
Arbois

Ce mercredi, 650 kilomètres pour rejoindre Lons-le-Saunier où une première dégustation m’attend dans l’après-midi. Ce sera plus précisément dans le village de Gevingey, chez Fabrice et Valérie Closset, vignerons…belges, installés depuis début 2008 sur l’ancien Domaine Richard Delay. Le Domaine s’est appelé ‘Champ d’Etoiles’ et s’appelle aujourd’hui ‘Champ Divin’. Disons que le nom choisi initialement était sans doute un peu trop proche de celui d’une appellation voisine, à savoir L’Etoile.

Domaine en biodynamie certifiée Demeter depuis 2011, après les indispensables années de conversion. Chardonnay, pinot noir et savagnin. Le domaine produit également du miel.

Donc, le Jura. On y produit vraiment du vin ? De 10 à 15 millions de bouteilles par an. Cela peut paraître beaucoup, mais ce n’est que l’équivalent de Chinon et beaucoup, beaucoup moins qu’à St-Emilion. Petite région par la quantité. Pour ce qui est de la qualité, de la diversité, du dynamisme et de la gastronomie…très grande région !

Cépages communs avec la Bourgogne toute proche (il n’y a finalement que 100 kilomètres entre Beaune et Arbois, la petite capitale du vin jurassien): chardonnay et pinot noir. Au-delà de ces deux classiques, on y trouve les régionaux: en rouge, trousseau et poulsard; en blanc: le savagnin. Cépage exceptionnel à plus d’un titre. Très proche de la vigne sauvage originelle, il est l’ancêtre génétique du chenin, du sauvignon et sans doute du petit manseng. Le verdejo espagnol, le verdelho de Madère et le grüner veltliner autrichien font aussi partie de sa nombreuse descendance.

Ah oui, il paraît que le Jura, c’est le Vin Jaune. Produit que l’on adore ou que l’on abhorre. Indifférence impossible. Aujourd’hui, on élabore en Jura surtout des vins de facture plus classique: le Vin Jaune brille, mais il n’est vraiment pas seul. 001

Jetez un œil à mon programme.

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Domaine André & Mélanie Pfister

Mélanie Pfister
Mélanie Pfister

Au cœur du joli village de Dahlenheim, je suis reçu par Marie-Anne Pfister, épouse d’André et maman de Mélanie. André est aux vignes, Mélanie…aux Etats-Unis.

André Pfister est incontestablement un pionnier et un précurseur: il a commencé à enherber ses vignes dès la fin des années ’70. A cette époque, il passait pour un farfelu. Il a introduit les cuves thermo-régulées dans le Bas-Rhin et a toujours géré les traitements à la vigne avec précision et rigueur. Une réflexion en profondeur a été menée sur les densités de plantations optimales.

Observer et travailler dans les vignes. Cela peut paraître évident, mais…

Mélanie est devenue chef d’exploitation en 2008, après un sacré parcours, de Bordeaux à Geisenheim, en passant par Dijon et la Nouvelle-Zélande. Le nouveau chai a été inauguré en 2011, de façon à offrir à Mélanie un outil de travail parfaitement adapté.

Les deux Crémants d’Alsace sont très agréables: j’opte finalement pour la version ‘blanc de blancs‘ (chardonnay et pinot blanc). Dégorgement après 24 à 36 mois sur lies. Cette longue période de maturation joue un rôle important dans la qualité de ce Crémant: bulle fin, nez délicat. Accouchement tout en douceur et en prenant le temps qu’il faut. Sucrosité totale de 4 grammes par litre, donc Extra-Brut.

Le premier pinot noir est fort sympathique. Puis le choc: le pinot noir ‘barriques’ 2010. Couleur éclatante. Nez prometteur et équilibre magnifique ! Je me souviens encore des frissons que j’ai ressenti en le goûtant. Récolte manuelle fin octobre, mise en bouteille en août 2012. Terroir exposé à l’est (comme en Bourgogne…). Mélanie a fait un stage chez Méo-Camuzet (Vosne-Romanée) et a décidé de vinifier cette cuvée à la mode bourguignonne. 2010 est à la vente aujourd’hui…en attendant que 2009 soit prêt.

Le riesling Tradition 2011 est très sec (c’est le sens du mot ‘Tradition’) et provient du Silberberg, un beau terroir argilo-calcaire. Analytiquement: 12,5% d’alcool, 4 grammes de sucre résiduel et 8 grammes d’acidité tartrique.

Le riesling grand cru Engelberg 2010 est un grand seigneur, à laisser reposer quelque temps. Ensuite, pendant au moins 15 ans, il va s’affiner et offrir progressivement minéralité et complexité. A traiter avec les égards dus à son rang, sans précipitation.

Au sein de la large gamme: beau muscat ‘Les 3 Demoiselles’, ainsi nommé en l’honneur des 3 filles d’André et de Marie-Anne (une sœur de Mélanie travaille et vit à Bruxelles) et originale ‘cuvée 8’, assemblage de riesling et de pinot gris, épicé d’une pointe de muscat et d’une pincée de gewürztraminer.

Gewürztraminer ? Allons-y pour le gewürztraminer Tradition 2010. Un ‘sec tendre’, floral, épicé et particulièrement gastronomique. Un peu sur la réserve, ce qui lui confère beaucoup d’élégance.

Enfin, un vrai demi-sec en la personne du pinot gris Sélection 2008 et de ses 26 grammes de sucre résiduel. Le millésime 2008, plus frais que 2009, me paraît très bien mettre en valeur cette cuvée, marquée par la poire mûre. Finale très nette.

Les vins du Domaine sont en dégustation le samedi 04 mai. Ils peuvent être commandés jusqu’au 07 mai inclus.

Plus d’information sur cette page.

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Domaine Frédéric & Guillaume Mochel

Mochel Frédéric et GuillaumeAprès un mini-rallye entre Wolxheim, Dahlenheim et Traenheim, j’arrive avec quelques minutes de retard au Domaine Mochel. Je suis reçu par Guillaume, 35 ans et chef de l’exploitation depuis une dizaine d’années. Frédéric, son papa, a pris sa retraite, mais il est toujours là pour donner un coup de main.

Le caveau est surprenant: une combinaison, très réussie, entre une partie traditionnelle et une partie au design hyper-contemporain et très épuré. Tout un symbole: une alliance entre passé et présent.Mochel caveau

Nous goûtons deux Crémants, un ‘blanc de blancs’ puis un Crémant rosé de pinot noir: celui-là me plaît vraiment beaucoup, il est parfait pour un repas d’été, au jardin.

Le riesling 2010 est exactement ce que j’en attends: un vin sec, mûr, citronné, précis, à l’alcool modéré (12%). Un riesling consensuel, accessible et souriant. Jeunes vignes plantées sur l’Altenberg.

On change de division avec la cuvée Henriette 2011, grand cru Altenberg: toujours riesling, toujours sec, mais plus tranchant et plus complexe. Grand vin, avec beaucoup de potentiel.

Le gewürztraminer 2010, malgré quelques grammes de sucre résiduel et un alcool important (14%), ne fait ni dans l’exubérance aromatique, ni dans la superficialité: c’est un vin élégant et fin qui peut réconcilier les réfractaires avec ce cépage original.

Altenberg muscat 2011 MochelLe muscat grand cru Altenberg 2011 est étonnant: épicé, salin et d’une grande longueur. Plus Altenberg que muscat. Le meilleur muscat d’Alsace ?

Il s’agit de muscat ottonel, variété délicate qui requiert un grand savoir-faire, et non du plus classique muscat d’Alsace.

Voici venir une bouteille masquée. Guillaume me teste. Je reconnais un riesling (est-ce si difficile à deviner ?) et je parie sur un Altenberg: juste ! Reste à découvrir le millésime. Le vin est tendu, légèrement évolué, pierreux. Dans un grand élan, je déclare que le vin a sans doute une dizaine d’années de vie, mais qu’il ne s’agit certainement pas d’un 2003, millésime de canicule qui a produit beaucoup de vins lourds et excessifs. Le sourire en coin de Guillaume m’en dit long: il s’agit bien entendu d’un …2003 !

Analytiquement, le vin est d’acidité plutôt basse et il y a quelques grammes de sucre résiduel. En bouche par contre, le millésime semble s’être dissous dans le terroir. Des fruits secs, de la précision. Comme quoi, la patience est récompensée. Et, bonne nouvelle, ce vin est  disponible à la vente.Mochel façade

Pendant que Guillaume prépare mes cartons, il me fait encore goûter une Sélection de Grains Nobles 2007…

Les vins du Domaine sont en dégustation le samedi 04 mai. Ils peuvent être commandés jusqu’au 07 mai inclus.

Plus d’information sur cette page.

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ô grand Saint-Nicolas…

Frédéric Mabileau
Frédéric Mabileau

J’ai rendu visite au Domaine Mabileau en septembre, durant mon voyage tourangeau. Quelques mois ont passé, les nouveaux millésimes sont à présent disponibles.

Nous sommes donc à Saint-Nicolas de Bourgueil et même en plein coeur du village, à quelques mètres de la mairie, de l’église et du monument aux morts.

La dégustation commence par un Rosé de Loire. J’insiste sur les majuscules, puisqu’il s’agit d’une appellation à part entière.

Ne pas confondre avec le Rosé d’Anjou, qui se signale souvent par un goût douceâtre et un manque de ‘peps’. Le Rosé de Loire de Frédéric Mabileau provient de rendements inférieurs à 30 hectolitres/hectare, alors que l’appellation tolère 60 hl/ha. Les vignes de cabernet franc ont été plantées il y a plus de 15 ans. La parcelle est petite (1 hectare) et bénéficie d’une agriculture biologique. Terroir de graviers. Le vin est sec et désaltérant. Alcool: 12,5%. Un excellent compagnon pour les après-midi au jardin. Du moins si la météo y met un peu du sien…

Voici « Petits Grains« , un Saint-Nicolas élaboré à partir de raisins (en conversion bio) achetés à un collègue. Ce sont les équipes de Frédéric qui vendangent, à la main, cette petite parcelle. Pur fruit, pur plaisir, alcool: 12,5%. Un cabernet franc joyeux !

Le Saint-Nicolas Les Rouillères constituent la cuvée emblématique du Domaine: plus de 100.000 bouteilles produites, avec des vieilles vignes (âge moyen: 35 ans). Agriculture biologique. Nous goûterons 2011, mais c’est le millésime 2012 qui est aujourd’hui à la vente.

On passe aux choses très sérieuses avec la cuvée Les Coutures: élevage en demi-muids de plusieurs vins.

En français: après fermentation, le vin passe 11 mois dans de grands tonneaux de chêne, appelés demi-muids, d’une contenance de 600 litres. Ces demi-muids sont réutilisés pendant un certain nombre d’années. Ils sont dits ‘neufs’ lors de leur première utilisation, ils sont dits ‘d’un vin’ à leur deuxième utilisation, ‘de deux vins’ à la troisième, etc…

Les Coutures, c’est de la soie ! Vignes de 43 ans. Alcool: 13%.

Dernière cuvée de Saint-Nicolas: Eclipse. 5.400 bouteilles issues de très vieilles vignes (52 ans) sur coteaux argilo-calcaires, de rendements modérés (37 hl/ha), en agriculture biologique. Nous sommes aux antipodes du vin de fruit: vinification et élevage (un an) en demi-muids neufs. Cette cuvée n’est proposée à la vente que lorsque le millésime s’y prête. Nous nous situons dans l’univers des grands Bordeaux classiques, avec des possibilités de longue garde. La Revue du Vin de France a goûté plus de 500 vins rouges de Loire du millésime 2010 pour en sélectionner une centaine. Parmi cette centaine de vins sélectionnés, Eclipse 2010 se voit attribuer la 21ème place.

Voilà. Snif. C’est fini.

Fini ? Non, pas du tout. Chttt, voici les surprises. Après Saint-Nicolas, il y a l’Anjou. Un rouge, 100% cabernet sauvignon, d’autant plus sympathique qu’il n’a jamais vu le tonneau: pure cuve inox. Un jus de cabernet, élaboré avec des rendements de 25 hl/ha ! Vendanges manuelles et agriculture biologique. Si ce vin avait le droit de porter une appellation plus prestigieuse, il se vendrait à un tout autre prix.

Frédéric Mabileau a toujours eu envie de vinifier un vin blanc. Mais à St-Nicolas, c’est peine perdue. L’appellation ne le permet pas et les sols ne sont pas vraiment adaptés au chenin. Chenin , j’ai écrit chenin ? Il fallait donc mettre le cap à l’ouest, explorer le Saumurois, trouver une belle parcelle argilo-calcaire de vieilles vignes à Puy-Notre-Dame…et se lancer ! Résultat: la cuvée Chenin du Puy. Vendanges manuelles en deux tris, le 11 octobre et le 22 octobre 2008. D’où vous déduirez sans peine qu’il s’agit d’un millésime 2008, à point aujourd’hui, après avoir avoir digéré son élevage en demi-muids.

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A Huit en Moselle

dans la salle de dégustation de Karthäuserhof
dans la salle de dégustation de Karthäuserhof

A peine revenu d’Alsace, me voilà sur les bords de la Moselle, l’autre pays du riesling.

Cette fois, le voyage n’est ni professionnel, ni en ‘solo’: nous sommes huit amateurs à consacrer quelques jours à l’exploration d’un vignoble exceptionnel, relativement méconnu en Belgique francophone (dans les pays latins en général) et pourtant situé à moins de 3 heures de route de Bruxelles.

Ce qui ne gâche rien, c’est Trèves, ville principale de la Moselle allemande, riche en monuments romains (Porta Nigra, basilique de Constantin, thermes, etc…) et habilement gastronomisée, via le restaurant double-étoilé Becker’s.

Malgré une saloperie de contracture musculaire dans le dos et une météo hivernale, je garde un souvenir ébloui de notre voyage. En particulier, formidables visites chez Abi Duhr, vigneron luxembourgeois, propriétaire du Château Pauqué à Grevenmacher et chez Tobias Busch, adjoint du maître de chai de Karthäuserhof, propriété historico-mythique de Moselle allemande, sise dans le village d’Eitelsbach.

Vendredi saint, férié dans cette région de l’Allemagne, et donc pas un chat lorsque nous arrivons à Karthäuserhof peu avant 10 heures du matin. Un grandiose mur de vignes de 20 hectares domine la propriété et la protège des vents du nord. Impressionnant ! A se demander comment il est possible de planter, de tailler et de vendanger sur une pente aussi vertigineuse, aussi caillouteuse (schistes). Nous sommes donc en face du Karthäuserhofberg, vignoble exposé plein sud, capable d’amener à maturité des raisins de très grande qualité, du moins lorsque la météo se montre raisonnablement clémente.

Tobias Busch arrive et, dans un anglais impeccable, nous montre immédiatement qu’il est un fin connaisseur de l’histoire tumultueuse du Domaine. Nous nous rendons en sa compagnie dans la salle de dégustation: construite en 1895, celle-ci est un condensé de boiseries, de faïences, de vitraux et de trophées cynégétiques.

Nous entamons le périple par un Pinot blanc, frais, précis et cristallin. Ce sera notre seule infidélité au roi-Riesling. Nous dégustons un à un les secs, les fruités et les moelleux. Pour finir par quelques gouttes de nectar, sous la forme d’un Beerenauslese 2010 (183 g/l de sucre résiduel).

Millésimes 2012 (à peine mis en bouteilles et pas encore tout-à-fait en place), 2011, quelques 2010 et des vins plus anciens: 2009, 2007 et 2004. Notre hôte met en valeur les différentes cuvées, combinant connaissances pointues, sens de l’humour et talent pédagogique. Chaque vin est, à son niveau, un modèle de précision et d’équilibre entre saveurs douces, saveurs fraîches et saveurs salines. Même les cuvées élaborées avec plus de 60 grammes/litre de sucre résiduel, font preuve d’un équilibre net, léger et aérien. Les alcools sont modestes, autour des 10%. Les acidités sont énormes et pourtant sapides. La quintessence…

Il y avait de la magie à Karthäuserhof ce vendredi 29 mars.

PS: je sais, les vins allemands traînent la réputation d’être difficiles à comprendre, difficiles à apprécier et difficiles à trouver. Je me propose de vous accompagner dans cet autre monde du vin: rendez-vous sur ce site durant les prochains mois.

D’ici là, n’hésitez pas à jeter un oeil ici.

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La Couronne d’Or et autres pépites du Bas-Rhin

Me voici donc de retour d’un périple alsacien particulièrement fructueux. Le coffre de ma voiture en sait quelque chose…

Bruno, Julien et Anne-Marie Schmitt, Marie-Anne Pfister, Etienne Loew, Bruno Schloegel, Guillaume Mochel et Jean-Pierre Rietsch…merci pour votre accueil plus que sympathique !

Merci en particulier pour ce partage de vins secs, fins et précis. Des vins qui expriment le lieu, le moment et l’homme qui les ont engendrés. Des vins qui conjuguent expressions enracinées et sensations aériennes.

Des vins certes aromatiques mais avant tout dotés d’une texture, d’une structure, d’un bel équilibre en bouche. Les cépages sont transcendés et offrent une palette de nuances qui se révèlent progressivement à l’amateur attentif.

Des vins destinés à la table et à la fête !

Je dis non à l’exubérance racoleuse. Je dis non aux vins lourdauds qui fatiguent nos estomacs et nos cervelles. Je dis non aux vins sans âme, interchangeables et insipides. Rejoignez ce juste combat !

Visite au Domaine Mochel

Visite au Domaine Pfister

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La Vigne en Foule

En salle, c’est Charlotte, la fille de Guillaume Salvan, chef étoilé à La Falaise (j’y reviendrai un de ces jours); en cuisine, c’est Julien Bourdariès.

La carte des vins est à pleurer de joie. L’assiette est haute en couleurs, vachement goûtue, terroiresque en diable, originale de l’entrée au dessert (ah le baba…).

C’est bien simple, nous y avons dîné un jeudi et nous sommes retourné le samedi ! Qu’est ce que vous attendez ?

…un détail, La Vigne en Foule, c’est en plein centre de Gaillac (Tarn). Juste un millier de petits kilomètres à partir de l’Atomium.

L’idée mériterait d’être réinterprétée partout dans le vignoble: cinq associés, trois vignerons, un distillateur et un chef. Bien sûr, tous les vins de Bernard Plageoles, de Michel Issaly et de Patrice Lescaret (Causse Marines) sont donc disponibles. Bien sûr les alcools exceptionnels de Laurent Cazottes sont donc disponibles (ah, le baba à la goutte de mauzac rose…). Mais pas que. Plein d’autres vins très bien choisis, du Sud-Ouest, de France, d’Italie, d’Espagne et d’ailleurs. Une vraie cave d’Ali-Baba à la goutte de mauzac rose…pouf-pouf.

Je scribouillais donc, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même (*), au sujet d’un restaurant qui fait aussi caviste et où chaque assiette respire l’intérêt des associés pour les beaux accords. Service au diapason.

Le site Internet semble malheureusement HS.

La Vigne en Foule – 80 Place de la Libération – 81600 Gaillac – Tél +33 5 63 41 79 08.

(*) Pierre Desproges (1939-1988): étonnant, non ?

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Fronton

vignoble de la Colombière
vignoble de la Colombière

Les anciennes Côtes du Frontonnais sont devenues, plus simplement, Fronton en 2005. L’appellation produit annuellement +/- 90.000 hectolitres, ce qui correspond à l’équivalent de +/- 12 millions de bouteilles. Le vignoble se situe entre Tarn et Garonne, entre Toulouse et Montauban. Fort ensoleillement (2.100 heures par an) et faible pluviométrie (640 millimètres par an). Mélange d’influences climatiques méditerranéennes, continentales et océaniques. Le vent d’Autan, sec et chaud, souffle fréquemment.

Chaque Fronton, qu’il soit rouge ou rosé, doit être élaboré avec un minimum de 50% de négrette. Les cuvées d’assemblage peuvent comporter de la syrah (maximum 40%), du cabernet (maximum 25%), du gamay (maximum 15%) et quelques autres cépages locaux.

Les rares vins blancs sont généralement commercialisés en Vin de France.

Mon voyage à Fronton m’a mené au Château de la Colombière et au Domaine Le Rocétiquette Folle Noire d'Ambat