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Gilles Bonnefoy: volcanique !

2020, année du volcan dans le calendrier forézien. C’est surtout l’année de la consécration pour Gilles Bonnefoy, vigneron biodynamique et propriétaire du Domaine de la Madone, en appellation Côtes du Forez, aux sources de la Loire.

Il a fallu un temps certain pour que la presse professionnelle fasse le voyage jusqu’aux confins du Massif Central et y découvre les grands mérites des vignes sur volcan, tant en rouge (gamay) qu’en blanc (roussanne). Accrochez-vous, les fleurs vont gicler !

Guide vert de la RVF, édition 2020 : « Nous sommes éblouis par l’éclat que dégage chacune des cuvées » … « Ce domaine devrait rapidement accéder à la première étoile » … « Mémoire de Madone … après une aération de quelques minutes, le vin prend une envergure digne des plus grands gamays. 16,5/20 ».

La Revue du Vin de France, février 2020 : « Peu de roussannes dans le monde offrent une telle fraîcheur éclatante, un bouquet si nuancé et cet élan vivifiant, presque salin en bouche »… « La roussanne biodynamique de Gilles Bonnefoy impressionne par son identité volcanique élégante. 16,5/20».

Le rouge Mémoire de Madone 2018 est un pur gamay, issu de vignes largement quadragénaires, plantées dans le basalte roche -ô combien- volcanique. Vendanges manuelles, levures indigènes et très peu de soufre.

Je suis cette cuvée haut de gamme depuis pas mal d’années et elle ne me déçoit jamais. 2018, millésime chaud, conduit à un équilibre plein, avec une belle matière mûre. Alcool : 13%.

Le blanc Roussanne de Madone 2018 est une pure …roussanne, issue de vignes plantées en 2001, plantées elles aussi dans le susmentionné basalte. Vendanges manuelles, levures indigènes et très peu de soufre. Alcool : 13,5%.

Le vin est commercialisé en indication géographique protégée (igp) Urfé, parce que l’appellation d’origine protégée (aop) Côtes du Forez n’accepte que les vins rouges.

La roussanne est un cépage très intéressant (gras et finesse), planté en particulier en Savoie et dans la vallée du Rhône. Elle est fort sensible aux maladies et mûrit tard, ce qui explique que bien des vignerons s’en détournent au bénéfice de cépages plus faciles.

Attention, quantités disponibles fort limitées, tant pour le rouge que pour le blanc. Je suggère de réserver pour éviter une éventuelle déception.

Mémoire de Madone est en dégustation le samedi 08 février 2020.

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Luneau-Papin: une brise de mer un peu fofolle…

Le Domaine Pierre Luneau-Papin est LE spécialiste du Muscadet, décliné sous toutes ses formes (j’y reviens un peu plus bas), mais un autre vin blanc sec est élaboré ici, suscitant l’indifférence de la plupart des amateurs-buveurs.

Eh oui, il s’agit bien de l’abominable Gros-Plant du Pays Nantais, un vin dont la maigreur, l’acidité agressive et le nom ridicule forment ensemble une boisson infâme que je ne destine qu’à mes pires ennemis.

Et pourtant, ne le répétez à personne, lorsque le raisin est artiste et le millésime favorable, cette cuvée Folle Blanche est un régal avec plein d’agrumes partout, en particulier du pamplemousse rose et souriant. C’est frais, crispy, joyeux, léger.

En 2018, cela réveille le palais, il y a du volume, c’est bien mûr et la finale claque joliment. Comme une brise de mer un peu fofolle. Que demander de plus ? Alcool : 11%

Pour obtenir un tel résultat, il n’y a pas de secret : vieilles vignes, agriculture bio, vendanges manuelles, tri à la parcelle et (surtout) rendements raisonnables. Plus le talent d’une famille qui transforme tout ce qu’elle touche en or.

Si vous cherchez un compagnon sympathique pour escorter crustacés et mollusques, vous venez de le trouver.

A noter un très léger perlant qui disparaît aussi vite que le verre est agité.

Parmi les nombreux Muscadets élaborés par le Domaine Luneau-Papin, j’ai souvent exprimé mon goût pour la cuvée Terre de Pierre, un jus de caillou, expression d’un terroir très particulier, la Butte de la Roche.

J’ai goûté le millésime 2018 une première fois à l’automne, une deuxième fois en janvier. Parfois, il faut avoir le courage de renoncer. Le vin n’est pas mauvais, loin de là. Mais le millésime l’emporte sur le terroir. Le soleil a maté la serpentinite. La bouche est ronde, douce, un peu lâche et finit sur un petit sucre résiduel. Donc, pas de Terre de Pierre 2018 chez Anthocyane.

Mais -car il y a un mais-, à mauvaise nouvelle succède bonne nouvelle. La famille Luneau-Papin a commencé récemment à isoler une partie de la récolte vendangée sur la Butte de la Roche et à lui donner un élevage sur lies beaucoup plus long (22 mois en cuve). C’est la cuvée Gula Ana dont je vous propose le millésime 2016. En quelque sorte, une quintessence de Terre de Pierre.

Le guide vert de la RVF accorde 16,5/20 à ce millésime en l’affublant néanmoins d’un profil exotique que je ne lui ai pas retrouvé. Au contraire, j’ai goûté un vin au nez profond, au profil crémeux et serein. Un vin qui navigue dans un univers bourguignon dont serait absente la marque du bois. La finale rappelle néanmoins une proximité atlantique et iodée. Alcool : 12,5%

Muscadet de luxe sans doute, cru Goulaine certainement, avant tout grand vin de garde qui mérite assurément la carafe si la dégustation a lieu dès cette année.

La Folle Blanche est en dégustation ce samedi 08 février 2020.

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Pourquoi deux appellations ?

BourgueilPourquoi deux appellations ? Convenons de nommer ‘Bg‘ l’appellation Bourgueil et ‘St‘ l’appellation St-Nicolas-de-Bourgueil.

Bg et St sont contiguës, St constituant une sorte d’enclave au sein de Bg. Les deux appellations partagent le même cépage (cabernet franc, encore nommé breton). Les appellations Bg et St ont toutes deux été créées en 1937 et leur cahier des charges mentionnent le même rendement maximum (55 hl/ha).

St est couverte de vignes (le tiers de la superficie de la commune homonyme), Bg s’étend sur sept communes, mais produit à peine plus de bouteilles que sa consœur: la vigne y est moins omniprésente.

Le rosé représente à peu près 5% du vin produit à Bg; idem à St.

Philippe, enfin, réfléchis un peu: c’est forcément le sol qui distingue les deux appellations et qui est donc responsable de la différence entre les vins.

Bon, lisons ce qu’en dit le syndicat des vignerons de St: « On rencontre donc deux types de sols à Saint Nicolas de Bourgueil : au plus haut de la pente, des sols argilo-siliceux plus ou moins calcaires et plus bas, des sols siliceux, profonds appelés graviers. »

Et voici la version du syndicat des vignerons de Bg: « Les sols sont constitués de tufs de nature argilo-calcaire ou de sable et de cailloux (appelés localement  graves). »

Je ne suis pas géologue, mais je pense comprendre que les deux appellations partagent donc la même dualité entre sols de coteaux d’une part et terrasses d’alluvions d’autre part.

Vins de garde, charpentés et plutôt tanniques sur les coteaux; vins de plaisir immédiat, fruités et ‘gouleyants’, sur les terrasses d’alluvions de la Loire. Autrement dit, un Bg de coteaux ressemblera à un St de coteaux, mais ne ressemblera pas à un Bg d’alluvions !

Conclusion: ce qui différencie ces vins les uns des autres, c’est d’abord leur origine (coteaux ou terrasses), pas leur appellation. Après, tout est entre les mains, plus ou moins expertes, du vigneron.