Catégories
blanc domaine vins

Wohlmuth: face à face, dos à dos

Une comparaison honnête entre deux vins que tout rapproche, si ce n’est le cépage. Ces deux vins sont élaborés par le même vigneron (Wohlmuth), dans la même commune (Kitzeck-Sausal, dans le sud de l’Autriche, près de la frontière slovène), dans la même géologie (schiste), dans le même millésime (2019) et avec le même degré d’alcool (12,5%).

Le prix est comparable également, ce sont deux cuvées de type « village ».

Un sauvignon (classique dans cette région) et un riesling (paradoxalement, moins répandu ici qu’on pourrait le penser). Un air de famille. Pas des jumeaux, non, mais des frères (ou des sœurs, l’une option vaut l’autre).

Nous sommes dans une région que j’ai évoquée longuement l’été passé lors d’une dégustation entièrement consacrée à la Styrie: voir cet article

Ces deux vins ont une vraie personnalité, qui les différencie des stéréotypes simplificateurs: on n’est ni en Alsace, ni dans le Rheingau, ni à Sancerre, ni en Marlborough (Nouvelle-Zélande). J’ajouterais que le riesling est très différent de ses cousins des rives du Danube (Wachau et consorts).

Les goûter face à face -ou dos à dos- est une intéressante expérience qui permet de percevoir tant ce qui les rassemble que ce qui les différencie. Le sauvignon est certes plus extraverti que le riesling, il est aujourd’hui plus complexe et plus aromatique. Les deux vins partagent une structure en élégance, finesse et précision. Une absence de marquage par un élevage trop « mêle-tout » les rapproche. Tout est évoqué, rien n’est imposé. Le riesling sera sans doute meilleur demain, le sauvignon est sans doute déjà à son apogée.

Gerhard Josef Wohlmuth

Je vous invite à entrer dans le magasin pour plus d’information. Vous y trouverez le sauvignon et le riesling.

Weingut Wohlmuth, Südsteiermark, Kitzeck-Sausal, sauvignon et Kitzeck-Sausal riesling, 2019.

Catégories
blanc domaine

Allemagne-Espagne: 3-3

Un match n’est intéressant que s’il est équilibré. Cela tombe bien, les deux bouteilles d’aujourd’hui ont la même forme et mesurent toutes les deux exactement 35 cm de haut. Plus sérieusement, les deux vins sont vendus au même prix et sont tous deux issus de millésimes récents. En dépit de la distance entre les deux vignobles (plus de 2.000 kilomètres), quelque chose me dit que leurs profils pourraient présenter plus de similarités que de différences. Voyons la composition des équipes.

L’Allemagne aligne un riesling du Rheingau. Le maillot de la bouteille est floqué Künstler 2018. En face, l’Espagne aligne un albariño de Galice, maillot floqué Fefiñanes 2019.

Le Rheingau est le royaume du riesling: 80% du vignoble est planté avec ce cépage. 7% du riesling mondial provient d’ailleurs du Rheingau. Comme le nom de la région l’indique, les vignes sont plantées sur la rive droite du Rhin (celle dont l’exposition est sud), sur des collines plutôt vertigineuses. Bien sûr mon mauvais esprit va immédiatement rendre compliqué ce qui paraissait simple: on peut faire faire partie du Rheingau, alors que les vignes se mirent dans le Main. Circonstance atténuante: ce Main est un affluent du Rhin, bien connu pour être la rivière qui baigne, en amont, maints vignobles de Franconie.

Gunter Künstler

Nous sommes plus précisément à Hochheim, village qui porte, avec une impitoyable logique, le nom complet de Hochheim-am-Main. Le vignoble le plus célèbre s’appelle ici Hochheimer Hölle. A côté de ce vignoble « grand cru », nous découvrons le Hochheimer Herrnberg, classé lui erste Lage, ce qui correspond à la notion de « premier cru » en mode Bourgogne.

Ce cru Herrnberg possède la particularité étonnante d’un substrat géologique partiellement calcaire, très inhabituel dans ces contrées. Attention, la phrase qui précède, utilisée par exemple dans les tribunes d’un stade, est susceptible de vous attirer quelques solides froncements de sourcils…

Weingut Künstler cumule les distinctions dans les guides allemands et anglo-saxons: 4 étoiles dans Eichelmann, 5 étoiles dans Falstaff, 4 grappes dans Gault&Millau, 3 étoiles pour Hugh Johnson. Hélas, le Domaine est moins connu dans le monde francophone, vu l’habituelle absence d’attention portée par les médias parisiens pour ce qui se passe outre-Rhin.

Le Domaine est à la tête de 50 hectares de vigne, dont 79% de riesling et de 15% de pinot noir. Un peu de chardonnay et -amusant dans le contexte de ce match- 1% d’albariño ! Bon, le Domaine vend ce « vin de cépage » sous la graphie portugaise (alvarinho), mais il s’agit bien du cépage galicien. Le bouleversement climatique pousse de nombreux vignerons prudents à anticiper le moment où les cépages nordistes, comme le riesling, ne feront plus l’affaire. Planter des cépages plus sudistes -comme l’albariño- et vinifier les raisins récoltés est une façon de se préparer à un avenir incertain mais sans doute caniculaire.

2018 est un millésime chaud, comme l’Allemagne en connait de plus en plus souvent. Conséquence: le degré alcoolique peut augmenter et l’équilibre se modifier. Cela peut plaire comme cela peut décontenancer. Ce Hochheimer Herrnberg a parfaitement géré le millésime, avec un degré alcoolique de 12,5% et 5 grammes de sucre résiduel par litre de vin. L’équilibre perçu est néanmoins sec, à cause de l’intensité des éléments acides.

L’Espagne aligne donc un albariño de Galice, maillot floqué Fefiñanes 2019. La Galice (nord-ouest de l’Espagne: certains paysages côtiers sont plus irlandais que nature) est un peu the place to be pour l’amateur attentif à ce qui se passe dans le microcosme du vin. Des vins originaux, combinant habilement des caractéristiques sudistes et nordistes, des cépages autochtones, une météo compliquée (cf. les paysages irlandais) sous forte influence océanique et …quelques vignerons particulièrement inspirés.

Il y a la Galice de la montagne, à l’intérieur des terres, avec pas mal de vins rouges et il y a la Galice de la mer, en appellation Rias Baixas, avec le vin blanc d’albariño à peu près partout. Cette appellation Rias Baixas est à son tour organisée en cinq zones non-contiguës ! Ô les vilaines, comment osent-elles ? Deux zones à la frontière portugaise (O Rosal et Condado do Tea), une zone minuscule (Soutomaior), une zone au nord pas très porteuse (Ribeira do Ulla) et enfin la zone-clé, Val do Salnés, où se concentrent la plupart des Domaines intéressants.

Dans ce coin d’Ibérie, Anthocyane vous a déjà proposé avec succès la cuvée Leirana du Domaine Forjas del Salnés. Voici un autre domaine à suivre de très près: Palacio de Fefiñanes (ou Fefiñans en langue gallego). Le Domaine occupe de magnifiques bâtiments anciens, au centre du village de Cambados. Il élabore trois cuvées 100% albariño: III Año (très long élevage sur lies), 1583 (passage en bois) et la bien nommée Albariño de Fefiñanes, depuis le millésime 1928, étant ainsi le premier vin de la région à être mis en bouteilles. L’ancêtre de tous les albariño modernes, le pionnier.

L’étiquette ne doit d’ailleurs pas avoir beaucoup évolué depuis lors…

En dégustation comparative, side by side, je suis frappé par les similitudes et par la subtilité des différences: le nez allemand est citronné, pierreux et légèrement abricoté. Le nez espagnol est légèrement exotique, avec des nuances de pêche et d’abricot.

La bouche allemande est vive, élégante, avec une finale citronnée et caillouteuse. C’est un Rheingau en finesse, sans la puissance souvent de mise dans la région. C’est bien sec, malgré la présence de quelques grammes de sucre résiduel. Belle finale minérale. Vin qui mérite d’être un peu attendu pour bénéficier d’une plus grande complexité.

La bouche espagnole est aromatique, avec de la pêche, de l’ananas et des notes fumées. Un peu d’amande. C’est tout-à-fait sec, frais et pur. Du gras et de la longueur. Il y a un peu plus de puissance et un peu moins de vivacité que dans le vin allemand.

Je n’ai pas de préférence. It’s a draw. Un match équilibré pendant lequel on s’amuse parce que chaque équipe marque des buts…

Le magasin propose le riesling allemand de Künstler et l’albariño espagnol de Palacio de Fefiñanes.

Catégories
blanc domaine

Vous avez dit « vieilles vignes » ?

Weingut Van Volxem, riesling Alte Reben 2019

Comment est définie une vieille vigne ? L’Afrique du Sud n’autorise cette mention que si les vignes ont atteint l’âge de 35 ans. En Europe, la mention n’est pas définie: le vigneron fait ce qui lui plaît. D’aucuns n’hésitent pas à afficher « vieilles vignes » sur l’étiquette alors que celles-ci sont …adolescentes.

Que signifie « Alte Reben » ? Littéralement, vieux ceps. C’est la terminologie utilisée habituellement en Allemagne pour désigner les vieilles vignes.

Je mélange ce qui précède, je secoue un petit coup et …voici un « Alte Reben » issu en partie de vignes âgées de 120 ans.

Mathusalem en bouteilles !

Les raisins sont issus de parcelles réputées (Wiltinger Klosterberg, Wawerner Ritterpfad, Kanzemer Sonnenberg, le premier mot indiquant le village, le second mot la parcelle), mais trop petites pour permettre l’élaboration de cuvées spécifiques, sous le nom de chaque parcelle. D’où cet assemblage.

Nous sommes au Domaine Van Volxem, en Sarre, à quelques kilomètres de la frontière belge (il suffit de traverser le Grand-Duché, d’est en ouest, pour se retrouver à Arlon): le paradis pour les amateurs de riesling !

A la dégustation, le premier nez est dominé par l’ananas et un peu de fruit de la passion. Après quelques minutes, apparaissent citron et citron vert. La bouche est sèche (malgré 8 grammes de sucre résiduel: magie de l’acidité qui rend sec ce qui ne l’est pas tout-à-fait), avec de la pêche, beaucoup de minéralité saline et puis du pamplemousse. Un degré d’alcool peu élevé (12%) n’empêche pas l’expression d’une certaine puissance: ceci n’est pas un riesling mosellan de style ultra délicat, il y a du fer sous le velours.

De mon point de vue, le vin mérite la carafe pour fondre et harmoniser les différents éléments. Un peu d’oxygène peut faire des miracles pour révéler la complexité ! Alternative hautement recommandable: laisser la bouteille se reposer en cave jusqu’en 2023, la récompense sera proportionnelle à la patience !

Le Domaine Van Volxem (c’est bien « Van », comme pour Ludwig Van Beethoven, origine belge dans les deux cas) fait partie des très grands noms de la Moselle. Il possède entre autres des vignes sur le Scharzhofberg, considéré comme le meilleur vignoble au monde pour le riesling. Le Domaine s’est doté récemment d’un bâtiment spectaculaire, en bord de Sarre. La capacité permet d’élever les vins en cuve …pendant cinq ans !

Van Volxem, Mosel, riesling Alte Reben 2019 (sec): quelques bouteilles disponibles dans le magasin.

Catégories
blanc domaine

Le saumon de Sven Leiner

Flirter avec ce saumon mariné à l’huile de sésame, piment, miel, coriandre, « fish sauce » et ail constituait un bel exercice matrimonial pour ce riesling allemand sec, d’un style assez riche malgré un degré alcoolique sympathiquement limité à 12%.

Ô oui, joli mariage. L’acidité du riesling répond bien au doux-piquant extrême-oriental du plat. Une acidité qui ne fera néanmoins fuir aucun palais peu habitué aux acidités extrêmes de certains vins allemands. Une acidité enrobée. Le style du vin est d’une certaine façon assez proche de ce que produisent les meilleurs vignerons alsaciens. En cela il constitue une bonne introduction au monde fascinant du riesling allemand (un conseil: ne me lancez pas sur ce thème ou soyez sûr de disposer de quelques heures…).

Le Domaine de Sven Leiner est installé à Ilbesheim, village palatin situé à 25 kilomètres de Wissembourg, la porte du vignoble alsacien. C’est un Domaine bio et biodynamique, certifié par Demeter. Il symbolise son attachement à la biodiversité en parsemant ses étiquettes d’insectes locaux, comme cette mignonne guêpe parasitoïde de la famille des Ichneumonidae.

Le riesling Göcklingen 2015 est ce que l’on appelle un « ortswein » (à peu près l’équivalent d’une appellation « villages » en Bourgogne), Göcklingen étant le nom de ce village, voisin d’Ilbesheim. Je l’ai trouvé plus concentré que délicat et plus pêche que citron.

Sur commande chez Anthocyane pour € 18,50.

Catégories
dégustation

Maximin Grünhaus Alte Reben: l’acier et le citron vert

Les plus grands vins blancs du monde naissent à quelques kilomètres de la frontière belge. Personne n’est obligé de partager ce point de vue. De toute façon, c’est d’une évidente subjectivité. Et qui sait ce que j’écrirai demain.

Ce qui est par contre certain :

  • deux affluents de la Moselle, la Saar et la Ruwer, creusent des vallées qui donnent naissance à de magnifiques vignobles en coteaux, entièrement dédiés au riesling
  • 265 km séparent la rue des Chats de la ville de Trèves
  • Hugh Johnson affirme que: « Saar and Ruwer make leaner wines than Mosel, but surpass the whole world for elegance and thrilling, steely breed ».

L’acier et le citron vert. L’ardoise et la plume. Le torrent et le cristal.

Egon Müller zu Scharzhof, Forstmeister Geltz-Zilliken, Peter Lauer, Maximin Grünhaus, Van Volxem, Karthäuserhof, von Hövel, ces domaines peuvent sonner exotiques aux oreilles francophones, ils n’en sont pas moins prestigieux dès que l’on franchit la frontière allemande. Ou dès que l’on observe le monde du vin d’ailleurs que de Paris.

Venez, je vous emmène chez Maximin Grünhaus, en bord de Ruwer, dans le village de Mertesdorf. Hugh Johnson écrit que : « Supreme Ruwer estate led by Carl von Schubert … Very traditional winemaking shapes herb-scented, delicate, long-lived rieslings » et il accorde sa meilleure note au Domaine: ****.

Le Domaine ne possède des vignobles qu’en grand cru : un peu de Bruderberg (1 hectare), du Herrenberg (19 hectares) et du Abstberg (14 hectares).

Le grand cru n’est néanmoins pas toujours revendiqué, le Domaine ne souhaitant pas étiqueter ses jeunes vignes sous le nom prestigieux du grand cru. Le Domaine effectue aussi des assemblages entre grands crus, ce qui lui retire le droit de les revendiquer.

La cuvée d’entrée de gamme, Monopol, est vendue comme un « gutswein » (vin régional) et pourtant les raisins proviennent bien exclusivement de parcelles classées en grand cru.

La cuvée Alte Reben (vieilles vignes) 2018 est un petit miracle qui combine absolue pureté et grande densité. Ce « ortswein » (vin de village) est élaboré avec des vignes de 35 ans et plus, uniquement sur le Herrenberg et l’Abstberg.

En perception, le vin est sec, les quelques grammes de sucre résiduel étant masqués par une vive acidité. Le plus frappant, c’est la salinité. Alcool : 12,5%. C’est très bon dès aujourd’hui et peut vieillir en cave pendant au moins 10 ans.

2018 est souvent décrit comme une excellent millésime en Allemagne. Je suis quant à moi plus prudent : il y a de grands vins comme cet Alte Reben, mais il y aussi des vins qui ont moins bien digéré le caractère solaire de ce millésime, au détriment de l’équilibre magique entre maturité et fraîcheur. Des vins légèrement alcooleux en Allemagne, on aura donc tout vu. Le bouleversement climatique n’épargne décidément rien ni personne.

En dégustation le samedi 08 février 2020.