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Vignes plus que centenaires, en Languedoc

Où sommes-nous ? Village de Bagnoles tout à l’ouest du Minervois, près de Carcassonne et donc près de l’appellation Cabardès. Le Languedoc mais loin de la Méditerranée.

La gamme du Château du Donjon est sympathique et propose quelques bons rapports qualité/prix. Mais rien de vraiment essentiel … sauf une cuvée spéciale très grenache, pimentée par un peu de syrah (15 à 20% de syrah, selon les sources).

Ce grenache est issu de vignes centenaires. Mais à quel point sont-elles centenaires ? Goûtons ! La robe ? Plutôt claire, comme attendu pour un vin à forte dominante de grenache. Le nez ? Silence et concentration, il se passe quelque chose d’inattendu. Ce nez est envoûtant, marqué par l’encre et les épices. En bouche, beaucoup d’intensité. Malgré 14,5%, c’est plus droit que chaleureux, avec une grande concentration et du fruit bien mûr. Peu de tannins et une magnifique finale « en queue de paon ». Toutes les caractéristiques d’un vin « prestigieux », donc sans doute un prix « prestigieux » …

Mais à quel point les vignes sont-elles centenaires ? Si j’ai correctement compris l’information « entre les lignes », elles seraient centenaires au point d’être pré-phylloxériques et donc franches de pied. La vilaine bestiole nommée phylloxéra n’a pas sévi ici, pour des raisons ignorées de tous. Rare, très rare. Très petits rendements. Un bond dans le temps vers un passé révolu. Un voyage vers le vin du 19ème siècle ?

Maintenant, jetez un coup d’œil au prix. Je confirme que ce sont des bouteilles de 75 centilitres. Il n’y a pas de piège. A vous de jouer !

Château du Donjon, Minervois, La Pujade 2023: € 17,00. Je prends vos commandes jusqu’au mardi 17 mars inclus. Disponibilité des vins commandés: fin mars.

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Domaine Les Bosquets à Gigondas

La grande dégustation du millésime 2023

« A la manière d’un sportif de haut niveau qu’il a été, Julien Bréchet appréhende chaque millésime en mouvement, de la remise en question des procédés aux ajustements des élevages. Tous les vins gagnent en précision et en qualité. Dans son domaine installé sur plusieurs terrasses de Gigondas, il a défini plusieurs cuvées parcellaires qui chacune expriment avec une grande singularité les sols et les cépages des lieux : les vieux grenaches du Lieu-Dit ou de La Colline, les syrahs et serines des Roches et des Routes, les mourvèdres du Plateau, etc… Contrairement à l’idée reçue d’une appellation produisant des vins puissants et généreux, la finesse et le soyeux des tannins sont ici toujours remarquables.»

Source : le Guide Bettane & Desseauve édition 2026, ****

La troisième séance du Cercle de la Fleur Bleue s’est tenue en ce lundi 15 décembre; elle a été entièrement consacrée à la dégustation du millésime 2023 des vins du Domaine Les Bosquets à Gigondas.

J’ai la chance de connaître ces vins depuis le millésime 2019: je me souviens fort bien du choc ressenti pendant la première dégustation du Gigondas Les Roches. Une émotion, une perception immédiate d’être envahi par un vin qui se positionne au-delà des épithètes enthousiastes habituels, au-delà d’une analyse qui serait purement rationnelle.

Un moment précieux, comme suspendu. Une évidence immobile et silencieuse. L’impression sereine d’être arrivé.

Bon, après cette expérience paranormale, je me suis secoué pour revenir à la réalité et confirmer que l’on peut trouver ici des vins qui cochent toutes les cases: intensité, équilibre, persistance, complexité et spécificité. C’est de la haute couture.

Démonstration en huit vins. Le Petit Vin des Bosquets 2023 (assemblage de jeunes vignes), Hauts Lieux 2023 (assemblage de parcelles calcaires), Le Lieu-Dit 2023 (grenache sur sable), La Colline 2023 (grenache sur calcaire), le Châteauneuf-du-Pape Le Castellas 2023 (grenache sur grès), Les Roches 2023 (syrah sur calcaire), les Routes 2023 (syrah sur argile et sable) et Jasio (rosé) en millésime 2024.

Le Plateau 2023, 85% mourvèdre et très tannique à ce stade de son développement, n’a pas été goûté. Un 2021, goûté très récemment, est déjà plus abordable.

La gamme complète comporte une quinzaine de références: vins blancs, terroirs sur Séguret et sur Beaumes de Venise, etc…

La cuvée Hauts Lieux s’appelait auparavant Réserve, sauf que Hauts Lieux est à 100% issue de 14 parcelles calcaires en altitude, alors qu’il y avait aussi quelques parcelles sur sable dans la version Réserve.

Le Domaine est en bio depuis 2019. Il pratique la biodynamie depuis plusieurs années et se lance dans une conversion biodynamique certifiée avec Biodyvin.

Comment résumer une dégustation en quelques mots pertinents ?

D’abord: les avis étaient partagés. Il y aurait comme un « camp sensuel » qui préfère Le Lieu Dit et Les Routes et un « camp cérébral » qui est plus sensible à La Colline et à Les Roches. Si vous êtes touchés par le soyeux des textures, la finesse et la complexité des arômes, choisissez plutôt l’option Lieu Dit/Routes; si vous êtes plus sensibles à l’énergie du vin, à sa minéralité, optez pour Colline/Roches. Risquons une autre façon de décrire ces vins: Lieu Dit/Routes c’est cap au sud, Colline/Roches c’est cap au nord.

La comparaison a mis en évidence à quel point un lieu peut influencer le contenu d’une bouteille: même cépage, même vigneron, même millésime …et pourtant le sable d’un côté, le calcaire de l’autre, la différence est frappante, presqu’évidente.

Le Gigondas Hauts Lieux et le Châteauneuf du Pape Le Castellas constituent des points d’équilibre: une pincée de sud sensuel et une pincée de nord cérébral.

Alors que Gigondas -et d’autres appellations du Rhône sud- trainent une réputation alcooleuse et trop boisée, les vins des Bosquets, malgré des degrés élevés, ne sont en aucun cas déformés par la chaleur de l’alcool. La finesse des tannins est évidente, quel que soit le terroir. Le boisé souligne, il ne domine jamais.

Ces vins méritent d’être évalués en plusieurs phases: le nez évolue, ce qui semblait simple se complexifie, ce qui semblait acquis s’avère …différent. La bouche évolue, rien n’est définitif, il suffit d’être patient pour que de nouvelles sensations pointent le bout de leur nez.

Ceci n’engage que moi: Les Bosquets proposent aujourd’hui des vins au sommet de leur appellation et au sommet des vins du sud de la France. Je les suis depuis 2019 et ils ne m’ont jamais déçus. Ils ont une histoire à raconter, ils ne suscitent jamais l’indifférence, ils alimentent la conversation.

N’oublions pas que ces 2023 sont des bébés et qu’un peu de temps en cave leur sera très profitable.

Quelques flacons ? On peut commander (y compris Le Plateau) jusqu’à ce vendredi 19 décembre inclus.

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Compte-rendu

Samedi, c’était dégustation. Voici quelques commentaires personnels sur ce qui a été goûté, à l’attention particulière de ceux et celles qui avaient piscine et/ou poney.

Programme de la dégustation

Deux duos d’exception :

Deux cabernets francs de Loire que tout oppose : le style traditionnel de La Chevalerie et le style moderne de l’Ecotard.

La Chevalerie (Bourgueil) a besoin de temps pour fondre ses tannins, c’est d’ailleurs pour cette raison que le Domaine commercialise ses belles cuvées après quelques années passées en bouteilles dans leurs gigantesques caves en tuffeau. Ce 2018 est un vin puissant, terrien, un vin paysan dans le plus noble sens du mot. Il prend toute sa valeur à table : un beau morceau de bœuf et la fête commence !

L’Ecotard (Saumur) incarne un autre regard sur le cépage : le vin est raffiné, élégant, précis. L’habituelle robustesse du cabernet franc disparaît pour faire place à des tannins d’un grain exceptionnel, à une fluidité harmonieuse. Ce vin peut se passer du bœuf, mais s’en accommode avec brio.

PS : les fonds de bouteilles ont été redégustés dimanche soir, … avec une belle viande.

Deux assemblages catalans :

Deux assemblages espagnols de grenache et de carignan qui racontent le sud de la Catalogne et l’évolution spectaculaire des vins de cette région pendant les 25 dernières années. Planella (Domaine Joan d’Anguera) assume pleinement sa robe de couleur claire. Le grenache infusé offre parfums et finesse, le vieux carignan se charge de donner de la structure et de l’énergie. Ah oui, cela titre 14,5% mais ce n’est pas ce que votre palais va vous conter : vin du sud, puissant, harmonieux, sans la chaleur fatigante qui démolit tant de vins méditerranéens. Si c’est pour être débouché pendant les prochains mois, c’est Planella qu’il faut s’offrir.

Coma Vella (Mas d’En Gil) est un grand Priorat qui conjugue le respect des anciennes traditions (c’est-à-dire l’absence dans l’assemblage du cabernet, de la syrah et du merlot) et l’expression de la modernité (c’est-à-dire la primauté donnée à la finesse et la précision). Il fut un temps pas si lointain où Priorat pouvait se traduire par « beaucoup (trop) de tout » : beaucoup de couleur, beaucoup de bois, beaucoup d’alcool. C’est impressionnant, cela peut séduire les œnophiles débutants. Mais, franchement, Coma Vella en donne tellement plus : beaucoup d’équilibre, beaucoup d’intensité, beaucoup de longueur. Se goûte fort bien aujourd’hui, mais sera à son apogée d’ici trois à cinq ans.

Les vins qui remettent en cause certains préjugés :

Ah les vins blancs du sud qui déçoivent par leur lourdeur (un relatif déficit de fraîcheur), par leur pointe d’amertume (ce n’est pas un défaut, mais il se fait que beaucoup d’œnophiles ont une relation difficile avec cette saveur), par la chaleur dégagée par les bouches à 15% et plus. Heureusement, il y a de belles alternatives. En Languedoc, pensez à des vignes plantées en altitude et en exposition nord, pensez à une vinification précise par un orfèvre en la matière et vous arrivez directement au Domaine d’Aupilhac, cuvée Cocalières. Alcool complètement maîtrisé (13%), texture soyeuse conférant une douceur émouvante à cet assemblage de cinq cépages (vermentino, roussanne, clairette, …).

Cahors. Si on dessine un portrait chinois de cette appellation parmi les amateurs, on entendra : poussiéreux, noir, vieux jeu, boisé sec, absence de fruit. Evidemment une telle liste de caractéristiques constitue un enterrement de première classe, la Mort de Cahors. Eh bien, oubliez tout cela, Cahors est alive and kicking grâce à une série de Domaines qui remettent le fruit au cœur du vin. Mas del Périé, Clos Troteligotte, Les Croisille. Château Les Croisille est un domaine dynamique, en bio et en biodynamie. Le malbec est juteux, éclatant, punchy, les tannins de cette cuvée Silice sont fins et fondus dans la matière. En vocabulaire contemporain, c’est d’une grande buvabilité.

Les classiques polyvalents :

Vous recherchez des vins qui ne déplaisent à personne, qui ne puisent pas profondément dans votre portefeuille, qui peuvent être débouchés sans prise de tête, qui offrent un fruit savoureux et direct, qui s’accommodent de toutes les circonstances ? En blanc, Mâcon-Vergisson du Domaine Guerrin ; en rouge, Les Sorcières du Domaine Le Clos des Fées.

L’Espagne moderne :

La Rioja déborde d’énergie, l’Andalousie se réinvente, la région de Madrid montre le bout de son nez, partout l’Espagne vibre, renouvelle, expérimente.

Le Domaine Maquina & Tabla (Castille y Leon) propose un verdejo profond, qui dépasse de loin les expressions superficielles et acidulées que l’on trouve régulièrement en appellation Rueda. On se rapproche fortement du vin nature : la petite dose de sulfites, ajoutée uniquement à la mise en bouteilles est suffisante pour protéger ce vin de toutes les déviations malvenues. Vin tonique, qui se révèle progressivement dans le verre (complexité).

En Galice, on élabore aussi des rouges. Et quels rouges ! Leur équilibre est typique de cette région verte, atlantique et moins torride que la plupart des autres. Envinate propose une cuvée Lousas à 12,5% (sic), marquée par la fraîcheur et la finesse. Attention si vous avez quelques difficultés avec les vins rouges d’acidité plus élevée que la moyenne : c’est délicieux, verre après verre, mais la première gorgée peut décontenancer. Le cépage mencia est vinifié sur l’élégance (qualité des petits tannins) ce qui lui confère comme un p’tit air de pinot noir…

Je note vos commandes jusqu’à ce mardi soir 15 octobre (les commandes globales sont transmises aux importateurs le mercredi matin) : Magasin.

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Planella

Première étape: bouteille sur la table: Planella 2017, Domaine Joan d’Anguera, appellation Montsant (Catalogne), village de Darmos (juste au sud du Priorat), 90% carignan + 10% syrah. Bio et biodynamie (Demeter). Hop tire-bouchon et dégustation de la première gorgée une ou deux minutes plus tard. Impression globale: vin massif, plus cubique que sphérique. Il y a quelques angles un peu durs. Une petite crispation. Densité, absence de déséquilibre alcooleux (14,5%).

Deuxième étape: J+1. Restent 40 cl dans la bouteille qui a été conservée, avec un bouchon, au réfrigérateur. Dégustation du lendemain: les aspérités ont disparu, la matière est superbement fluide, la densité s’exprime à présent sous la forme de l’intensité des saveurs. Zéro crispation. Equilibre certes sudiste mais équilibre malgré tout. Grand vin dans sa catégorie de prix (+/- € 17).

Morale: se précipiter pour goûter et finir le flacon dans la foulée n’est pas forcément une bonne idée. Le vin a besoin d’air. Il se livre progressivement. La complexité ne peut s’évaluer que dans la durée. La première gorgée ne raconte pas toute l’histoire, la première gorgée est susceptible de vous mentir. Evaluer un vin (à l’ouverture de la bouteille) en quelques secondes est un non-sens. Alternative positive: évaluer un vin en quelques secondes est un compromis, ni plus ni moins.

Info: les frères d’Anguera considèrent que ce Planella est un vin en transition: progressivement, il s’agit de renoncer à la syrah, de la remplacer par du grenache et de maintenir la part du carignan. La syrah jouait le premier rôle dans les années 2000: voir la cuvée El Bugader (95% syrah + 5% grenache). En son temps, celle-ci était très bien notée; aujourd’hui elle a disparu et elle a fait place à un processus de retour à la tradition: le millésime 2020 de Planella est 50% carignan + 50% grenache. Il m’en reste deux bouteilles à la date d’aujourd’hui.

Le millésime 2022 est en dégustation le samedi 12 octobre 2024.

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A la vida s’han de tenir somnis, i s’hi ha de creure

Traduction depuis le catalan: Dans la vie, il faut avoir des rêves et y croire. C’est la devise du Mas d’En Gil, Domaine-phare en Priorat.

Allez, on commence avec un peu de nostalgie. Il y a 20 ans, voire un peu plus, je découvrais avec stupéfaction les vins issus du Priorat, petite région catalane isolée, battue par les vents et dominée géologiquement par un schiste local appelé llicorella. Une dégustation en mars 2001 me donnait l’occasion de partager les millésimes 1996, 1997 et 1998 de Cims de Porrera. Des vins extrêmement puissants, concentrés, portés par le souffle du Priorat mais aussi par un boisé qui ne se cachait pas. Les notes attribuées à ces trois vins furent dithyrambiques, respectivement 17,9 17,3 et 17,8.

Les choses ont bien changé depuis. Enfin, le Priorat a changé et mon goût a changé. Les vins qui tentent de s’imposer en jouant des coudes à coup d’extraction, de boisé, d’alcool, non merci. Cette performance me paraît vaine. C’est une course vers toujours plus qui ne débouche sur pas grand-chose parce que demain, un autre vin sera encore plus extrait, encore plus boisé et encore plus en riche en alcool.

Vall del Bellmunt

L’équilibre parfait. Voilà qui est plus difficile à atteindre, plus subtil et sans doute plus subjectif. L’équilibre parfait est par nature très fragile: le funambule en sait quelque chose. C’est le reflet d’un instant magique. Les mots ne suffisent pas. Parfois, une petite larme s’invite et le temps s’arrête. L’agitation et le vacarme s’estompent, on perd légèrement le nord. Cela n’arrive pas souvent.

Mais cela m’est incontestablement arrivé pendant une dégustation des vins du Mas d’En Gil début octobre. A commencer par deux blancs atypiques: Bellmunt 2021 et Coma Alta 2017: les deux vins sont construits sur la verticalité et un usage anecdotique de la puissance alcoolique. Bellmunt pousse sur du buntsandstein et Coma Alta sur du calcaire. Non, pas de schiste ici. Le style des vins pourrait évoquer Le Roc des Anges de Marjorie Gallet (je connais la polémique, mais c’est une autre histoire). Cela commence donc fort avec deux blancs qui rompent complètement avec la tradition locale. La minéralité de Coma Alta est magnifique et rare dans un vin élaboré avec 100% de grenache blanc.

Voici venu le temps de la gamme des vins rouges. Bellmunt 2018 (grenache 65%, carignan 30%, cabernet sauvignon), vignes de 25 ans sur llicorella est irrésistible. Oui, cela pèse 14,5% d’alcool; oui, c’est élevé sous bois pendant 10 mois (contenants de 1.500 litres et de 3.000 litres). Et pourtant, c’est frais et très peu marqué par l’élevage. Succulent, structuré, superbe.

Marta Rovira

On passe ensuite à Coma Vella 2016, qui pourrait être le premier cru du Domaine: grenache 70%, carignan 20%, syrah, sur llicorella. Elevage sous bois (1.500 litres et 225 litres), avec 20% de neuf. Deux ans d’élevage en bouteilles. Vignes d’âge variable entre 25 et 60 ans. Il est probable que la syrah finisse par disparaître de l’assemblage, le processus est en cours pour se concentrer exclusivement sur le duo grenache/carignan. Ce vin m’a ébouriffé, ému, étonné. Fruit et minéralité. Passionnant de le déguster en compagnie de Marta Rovira (la vigneronne) et d’Olivier Fonteyne, sommelier belge, mari de Marta. La conversation se déroule dans un mélange inédit de langues, entre néerlandais et catalan, entre français et anglais.

On finit par Clos Fontà 2016, qui pourrait être le grand cru du Domaine. Grenache et carignan. Vignes d’âge variable entre 45 et 85 ans, sur llicorella. Elevage en barriques de 225 litres (30% bois neuf). On pourrait craindre la grande cuvée qui cumule toutes les ambitions de faire encore et encore plus. Remember Cims de Porrera. Eh bien non. Le boisé ne joue aromatiquement aucun rôle. Le liquide est d’une grande fluidité, d’un naturel confondant. C’est très concentré et pourtant très élégant. Quelle qualité de tannins ! Ô toi lecteur qui connaît un peu mes goûts, on arrive au paradis, le paradis où l’intensité rejoint la délicatesse. le paradis où le lieu transcende les cépages. L’équilibre parfait, le funambule.

PS: 15% d’alcool pour Coma Vella comme pour Clos Fontà. Je ne retire rien à mes commentaires mettant en exergue élégance et délicatesse.

Coma Vella 2016 est en dégustation le samedi 03 décembre.

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Cairanne, Domaine Roche, cuvée Marcel Roche

Je m’étonne moi-même. Serais-je en train de retourner ma veste ? Moi, le chantre reconnu des vins préservant notre foie grâce à un taux d’alcool mesuré. Moi, le guerrier déterminé à vaincre le syndrome du sud: 100% soleil et 100% (trop) chaleureux. Moi, l’oracle de Berchem-Ste-Agathe qui voue un culte aux soi-disant petits millésimes où tout se joue sur le fil de la juste maturité. Que se passe-t-il ?

Je vous présente donc un Cairanne, bien sud-sudiste, 100% grenache et 15% alcool. Voilà. C’est un vin chaleureux. On ne pourra pas dire que je cache quoi que ce soit.

MAIS…

Cette cuvée Marcel Roche 2020 du Domaine Roche, en appellation Cairanne mérite le détour et propose surtout à l’amateur de ne pas s’arrêter après une première gorgée qui ne peut nier son poids alcooleux.

Ceci est un Châteauneuf-du-Pape camouflé en Cairanne. La bouche est autant velours que soie. Le fruit est intense, avec une complexité entre chocolat, cendres, tomate et fruits compotés. Vin sec, mais d’une grande douceur, laquelle est équilibrée par de la fraîcheur et par une noble amertume (j’écris noble amertume pour rappeler que, oui, l’amertume fait décidément partie de l’équilibre du vin et que ce n’est en aucun cas une façon de dénigrer ce breuvage). Peu de tannins, c’est un grenache 100%, issu de très vieilles vignes (majoritairement plus de 70 ans), plantées dans les galets roulés (tiens, Châteauneuf-du-Pape). Matière dense, concentrée: il y a de l’extrait en quantité dans cet animal sud-rhodanien !

Cairanne, au centre de la carte, en couleur turquoise

Pendant la dégustation, j’ai qualifié ce vin de joyeux, puis d’austère. A la réflexion, je pense qu’il est autant l’un que l’autre. Mon imagination m’a emmené du côté d’une belle flambée dans l’âtre de la maison de campagne, du côté de Porto (mais sans le sucre) et je me suis même demandé si un volcan se terrait sous certains secteurs de Cairanne (la réponse est non).

Après ces égarements para-poétiques, voici deux choses qui me paraissent essentielles: primo, servir frais pour dompter l’alcool; secundo, c’est fait pour accompagner une cuisine généreuse, moins pour glaner des notes pharamineuses pendant une dégustation à l’aveugle. Autant savoir.

Enfin, le rapport qualité-prix est convainquant.

Je vous invite à faire preuve de curiosité et à vous faire votre propre idée quant aux qualités de ce Cairanne 2020, Domaine Roche, cuvée Marcel Roche.

Digression: jusqu’en 2014, c’était Côtes-du-Rhône-Villages Cairanne. Depuis, comme Vinsobres, Rasteau, Châteauneuf-du-Pape, Vacqueyras, Gigondas, Beaumes de Venise, Tavel et Lirac, Cairanne est devenu un cru, ce qui lui donne l’immense privilège de ne plus accoler Côtes-du-Rhône à Cairanne. C’est une façon d’affirmer une différence et une hiérarchie.

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Haut-Brissan: je me sens devenir lyrique !

Elisabeth et Marie-Laurence conduisent le Domaine Saladin, rive droite du Rhône, entre Montélimar et Orange. Ce Haut-Brissan est proposé en appellation Vin de France, parce que c’est un 100% grenache et que l’appellation Côtes-du-Rhône-Villages requiert au moins 20% de syrah et/ou de mourvèdre dans l’assemblage. De toutes façons, l’objectif des deux sœurs n’est pas de produire un Côtes-du-Rhône-Villages « classique », mais plutôt un vin à forte personnalité, qui ne se plie pas aux contraintes et aux habitudes de l’appellation.

Parcelle historique de la famille, le lieu-dit Haut Brissan est situé sur le plus haut plateau du village de Saint Marcel d’Ardèche. Ces terres caillouteuses ont été longtemps délaissées au profit des plaines en bord du Rhône, bien plus faciles à travailler.

La parcelle est abritée par des clapas (tas de pierres amassés par les paysans), des chênes et des châtaigniers. Au sol, des galets roulés qui captent la chaleur le jour et la restituent à la vigne la nuit.
Les vignes sont âgées de 50 ans. Le rendement est de +/- 30 hectolitres par hectare. Aucune utilisation de pesticide, herbicide ou insecticide depuis toujours. Certifié « Agriculture Biologique » par Ecocert.

Vendanges entièrement manuelles. Macération semi-carbonique en grappes entières et levures indigènes. Le soufre est ajouté en dose minimale. Elevage et vinification en cuve béton (pas de bois).

Concours de circonstances, j’ai dégusté ce millésime 2019 à deux reprises, en moins d’un mois, avec les notes suivantes: « fraise et fraise des bois, floral, subtil et puissant, très bonne surprise » puis « nez appétissant, parfumé, floral; bons tannins sans sécheresse; quelle longueur, quel charme !« . Aucune perception d’un éventuel alcool excessif, malgré 14,5% affiché.

On me rétorquera que c’est cher pour un Côtes-du-Rhône. Certes, mais cette comparaison est, à mon avis, sans objet. Cherchez plutôt à le situer entre des Châteauneuf-du-Pape, du type construit sur la finesse. Outre qu’il faut bien chercher pour les trouver, ceux-là sont commercialisés à un tarif largement supérieur à celui pratiqué pour Haut-Brissan.

Saladin Vin de France Haut-Brissan 2019 (100% grenache noir) est disponible dans le magasin.

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Comme de la soie, brodée de fils d’argent. Nez intense, floral et épicé. Bouche d’une texture extrêmement raffinée, sensuelle et voluptueuse.

Majoritairement grenache (70%), subtilement complexifié par quelques raisins de cinsault (20%) et de carignan (10%), ce vin au degré élevé (14,5%) porte sa richesse avec beaucoup d’élégance. Fine structure tannique, déjà fondue. Concentration et longueur.

Si vos goûts personnels vous portent exclusivement vers l’austérité des monastères les plus cisterciens, celui-ci pourrait ne pas vous convaincre. Dans le cas contraire, laissez vous séduire par ce somptueux Grand Pas de velours. Luxuriance plateresque, voire manuéline.

Attention, c’est addictif.

Domaine du Pas de l’Escalette, Terrasses du Larzac (Languedoc), Le Grand Pas 2018. Sur commande chez Anthocyane au prix de € 29.

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Julien Bréchet à Gigondas

J’ai pris l’habitude d’écrire. En essayant, avec plus ou moins de bonheur, de raconter ce qui est vrai, sans tomber dans l’explication technique, froide, austère et, pour tout dire, chiante sachant que mon lecteur n’a pas la vocation de devenir un professionnel du vin.

A moi de débroussailler, de ramener le discours à son essence, de repérer l’anecdote pertinente, de faire jaillir l’humain derrière la grappe. A moi de faire la part des choses entre la mode insignifiante et la nouveauté qui mérite d’être connue, voire promue.

Il m’arrive bien souvent de pester face aux sites Internet de vignerons français, manifestement peu concernés par leur image et peu soucieux de partager une information récente qui éclairererait l’amateur curieux.

Alors, soyons beau joueur: il y a des exceptions à ce constat. Des sites Internet qui sentent le réel, le vécu, le ressenti. Des vignerons qui expliquent si bien qu’il serait vain de vouloir les paraphraser.

Je laisse donc très volontiers la parole à Julien Bréchet, vigneron à Gigondas, au Domaine des Bosquets.

J’avais envie d’un site assez personnel, digeste, qui ait du sens. Un site qu’on lit en entier, comme un bouquin.

Ce site est donc pensé comme un propos autour de ce qui fait l’ADN du domaine. Le ton est volontairement intimiste, et sans langue de bois. Il est agrémenté d’anecdotes, de points de vue, de moments marquants, qui ont jalonné notre parcours. Je n’ai pas cherché à rendre les choses différentes de ce qu’elles sont.

J’ai misé sur le fond, pas forcément sur la forme. L’important, ce n’est pas le contenant, c’est ce qu’il y a dedans…

Dans ce bastion rhodanien de l’assemblage, on s’est très vite mis à travailler à la bourguignonne, ce qui peut paraître paradoxal. Le parcellaire est devenu notre vision, l’expression du terroir notre religion. Je n’aime pas l’idée d’une cuvée spéciale. Mélanger les meilleures parcelles pour faire bon n’a aucun intérêt si cela n’a aucun marqueur de terroir, mais ce n’est que mon avis. Faire un vin non reproductible, et unique, là ça m’intéresse…

Mais au début l’idée n’était pas de faire différemment des autres, mais simplement de notre mieux. Et faire de notre mieux, ça nous a conduit à faire différemment. La pierre angulaire des Bosquets, c’est la diversité. Alors on a commencé à tout décortiquer pour comprendre…

On a donc refondu les processus de vinification, avec l’instauration de la vinification parcellaire, la rénovation du chai souterrain pour les élevages, et enfin, en 2016, l’aboutissement de cette pensée avec la création d’un atelier de micro-vinification en plus du chai originel. 7 ans plus tard, on est passé de 1 vin à 6… On explore.

Je reste persuadé que sur une appellation comme Gigondas, on peut faire 1000 vins différents. La diversité est partout. Altitude, orientation, sols, sous-sols, exposition au vent, au soleil, à l’influence des bois, bref… Tout demande d’aborder les choses dans le détail.

On va donc continuer à explorer. Et qui sait, peut être qu’un jour, comme me l’a prédit un immense vigneron des terroirs frais et sablonneux de Châteauneuf-du-pape, quand j’aurai maîtrisé suffisamment tous mes terroirs, je passerai à l’étape de composition, et ne ferai plus qu’un vin…

Au début, mes vins étaient probablement un peu trop extraits, un peu trop mûrs, un peu trop boisés. Un peu trop tout, en fait, mais ils tenaient debout quand même. Ils plaisaient énormément, mais pas pour les bonnes raisons. Ils plaisaient parce qu’ils étaient impressionnants. Ce n’était pas ce que je voulais. Mais à cette époque de mon histoire, ça m’a permis de faire connaitre un peu mieux le domaine, grâce à la presse.

Et puis après 2 ou 3 millésimes, ce qui en ressort, c’est qu’un tout petit geste fait au bon moment peut être extrêmement efficace. Il faut être mesuré et juste. Aux Etats-unis, ils ont un dicton: « Less is more… ». C’est Phil Cotturi, le pape de la viticulture en Sonoma et Napa, qui m’a expliqué ça. Je trouve ça très juste.

C’est un peu comme la musique. Si on l’écoute trop fort, on passe à coté d’énormément de détails. Et quand on baisse un peu le volume, parfois, tout devient plus audible, et on ressent des choses jusque là imperceptibles.

J’espère que ces quelques paragraphes vous donnent envie d’en lire plus. Bonne nouvelle, c’est facile et gratuit. Allez jusque ici et laissez-vous porter par la plume agile et acérée du vigneron. J’ai l’intuition que nous n’avons pas fini d’entendre parler de Julien Bréchet.

Anthocyane vend deux vins élaborés par le Domaine des Bosquets: voir le magasin. De vrais vins du sud (on n’essaye pas de faire passer Gigondas pour la banlieue de Beaune), avec du flair et un équilibre qui ne laisse pas l’alcool jouer au chef d’orchestre. Dans ce coin de France, ce n’est pas si courant.