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Nouveautés en pagaille !

J’ai rendu visite en avril à tous les importateurs avec qui je travaille régulièrement, en particulier pour faire le point au sujet des nouveaux millésimes, 2025 ou 2024 en fonction de la durée de l’élevage.

Vicissitudes…

Une surprise m’attendait chez l’un d’eux: pour faire bref, cela s’appelle liquidation totale. Pourquoi donc cette décision radicale ? Même si cela n’a pas été explicitement dit, il s’agit avant tout de lassitude et de découragement. Un magasin en centre ville avec fort peu de possibilités pour se garer, les clients qui achètent les nouveautés mais qui ne rachètent pas ce qu’ils ont aimé, les difficultés logistiques causées par un bâtiment pas vraiment adapté aux déplacements fréquents des cartons, la santé qui chancelle, les marges si limitées qu’il est difficile de proposer des promotions attractives, les contraintes administratives.

Rajoutez à cela des éléments qui sont valables pour tout qui commercialise du vin: des caves-clients pleines à ras bord, des portefeuilles un peu hésitants face à l’inflation, l’acharnement d’une partie des professionnels de la santé, le désintérêt des jeunes générations, l’incertitude qui pousse à reporter à plus tard, etc…

Pour Anthocyane, cette disparition d’un fournisseur implique la disparition de la gamme d’une série de Domaines: La Chevalerie (Loire, Bourgueil), Aupilhac (Languedoc, Montpeyroux), Marcoux (Rhône, Châteauneuf-du-Pape), Château Les Croisille (Sud-Ouest, Cahors), etc… Il m’en reste quelques bouteilles, accessibles via le magasin. Ce sont les dernières. Il me faudra du temps pour trouver un fournisseur « de remplacement », … s’il existe.

Appétissant, audacieux, surprenant, jouissif

Cela dit, mes autres fournisseurs se décarcassent pour proposer des nouveautés appétissantes, audacieuses, surprenantes, jouissives !

Par exemple, le Domaine des Bérioles à Saint-Pourçain, avec Aurence en millésime 2025 (chardonnay 70%, tressallier) et Trésaille en millésime 2024 (tressallier 100%). Appellation entre sources de la Loire et Massif Central, certes peu connue par le grand public, mais capable de proposer des vins qui peuvent se comparer au Mâconnais.

Ou le Domaine de Cébène à Faugères (Languedoc), avec Ex Arena 2024 (grenache majoritaire) et Belle Lurette 2023 (carignan majoritaire). Des vins du sud, mais des parcelles orientées vers le nord, pour le meilleur équilibre entre maturité du fruit et fraîcheur.

Et encore: le millésime 2025 de la cuvée Rosumarinu (Domaine Sant Armettu, Corse), le Mâcon Rouge de Nicolas Maillet, la Folle Blanche 2025 de Luneau-Papin, etc…

Et un nouveau riesling allemand (sec): Nineteen Fifty (1950, parce que les vignes ont été plantées cette année-là) du Domaine Geil, dont je propose régulièrement le Grüner Silvaner.

Tous ces vins -et d’autres- sont commentés en détails dans la rubrique Nouveautés du magasin.

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Le vin belge, millésime 2025 … youpie !

Après un millésime 2024 catastrophique -en tous cas pour ce qui concerne la quantité de raisins récoltés- voici un millésime presque parfait, grâce à une météo clémente, avec tout le soleil requis, pas de gelées printanières et la pluie quand il faut. L’impact de la météo sur la production est énorme: 4,3 millions de litres de vin en 2025 contre …1,2 million de litres en 2024. Je tire mon chapeau aux vignerons qui sont obligés de composer avec de tels écarts d’une année sur l’autre: n’importe quelle entreprise devrait faire preuve d’une flexibilité exceptionnelle pour s’adapter à des variations annuelles aussi importantes !

Le vignoble belge s’étend à présent sur plus de mille hectares, 1.041 hectares pour être précis. C’est cinq fois la superficie en 2015: progression presqu’exponentielle. Une comparaison ? L’Alsace, c’est approximativement 15.500 hectares.

350 vignerons en Belgique, mais cela recouvre des réalités très diverses, depuis celui qui jardine sur quelques dizaines d’ares jusqu’à quelques « géants » (…tout est relatif…) comme Chant d’Eole dans le Hainaut qui s’étend sur une cinquantaine d’hectares.

La Belgique est avant tout une terre de bulles: la moitié du vin belge (49%) pétille ! Le vin blanc tranquille représente un tiers du total, ce qui ne laisse pas grand-chose pour le rouge et le rosé.

Le Hainaut est en tête des quantités produites et affiche une forte spécialisation dans les bulles. C’est le fameux terroir calcaire -comme en Champagne- qui traverse la province et continue ensuite vers l’Angleterre, autre pays producteur se concentrant sur les bulles.

Le chardonnay domine de la tête et des épaules (30+%), soit en monocépage, soit via les assemblages de type champenois (chardonnay + pinots). Les cépages interspécifiques -qui sont plus résistants aux maladies et aux champignons- progressent, en particulier le johanniter.

Conclusion ? Les vignerons, après avoir été obligés de gérer l’absence de vin à vendre (à cause du tout petit millésime 2024), vont devoir sortir leur casquette commerciale pour « placer » un volume plus important que jamais. Encore une fois, la flexibilité est indispensable ! Pour le consommateur curieux, il y aura beaucoup de (très) bonnes bulles belges à goûter, comparer, partager, …

Source: SPF Economie, https://news.economie.fgov.be/263748-2025-annee-petillante-pour-le-vin-belge/

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La bulle au quotidien

Pendant une conversation avec un client, celui-ci m’évoque le fait qu’il recherche une bonne bulle, pas trop compliquée et pas chère, pour toutes les occasions festives qui ne sont pas adaptées au service d’un (grand) Champagne.

En quelque sorte, un accompagnement judicieux pour tous ces petits moments qui donnent envie de célébrer sans se prendre ni la tête ni le portefeuille. Ce client renchérit en me faisant comprendre qu’il ne doit pas être le seul client à rechercher une bulle avec ces caractéristiques.

J’ai commencé par chercher un argument pour ne pas faire. C’est idiot. La question fait sens, incontestablement. Donc, je me mets en chasse. La bulle doit-elle être française ? Non. Mais ce serait un « plus » sympathique si le style du vin pouvait se rapprocher du modèle champenois. Faut-il viser le dosage zéro et/ou la biodynamie avec danses rituelles autour d’une corne de vache remplie de b… ? Non, au contraire: un bon petit dosage est le bienvenu et le goût prime sur la sorcellerie, fût-elle très inspirée. Et pas trop d’alcool, s’il vous plaît. Et une capacité à ne déplaire à personne.

Alors dégustons !

..et voici le fruit de mes recherches. Bulle catalane qui coche beaucoup de cases. Alcool: 11,5%, dosage: 5 grammes, prix: € 12,50, flacon: pas vilain. Les cépages sont ceux du cava, puisqu’il s’agit bien d’un cava: xarel.lo, macabeu et parellada.

En bouche, c’est bien sec, avec la petite rondeur apportée par le dosage. C’est charmant, avec de la vinosité et une note fermentaire de bon aloi. Pour ceux et celles qui souhaitent en savoir plus, la contre-étiquette est informative, avec cépages, parcelles, récolte (2024) et date de dégorgement (janvier 2026).

Le Domaine Oriol Rossell n’est pas né de la dernière pluie, puisque son chai, moderniste et de toute beauté, a été construit en 1908.

Oriel Rossell, Cava, OR brut cuvée Especial NM – € 12,50

Je passe une commande chez le fournisseur le mercredi 15 avril. A bon entendeur…

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…de la sérendipité

On cherche quelque chose, on trouve autre chose. Comme disait Lao-Tseu (ou Pierre Desproges): l’important c’est le chemin.

Merci aux 28 participants à l’enquête: c’est rafraîchissant de lire vos commentaires. Je suis conscient du biais: ce sont sans doute plutôt des « fans » d’Anthocyane qui ont participé. Petit échantillon …donc faible représentativité statistique. Questions susceptibles d’être interprétées de diverses façons … et donc réponses susceptibles d’être interprétées de diverses façons . La plupart des réponses me sont parvenues anonymes (je n’ai pas cherché à savoir qui a écrit quoi). Embryon d’un dialogue … peut-être devrais-je proposer régulièrement une courte enquête pour affiner, pour creuser d’autres sujets, pour m’adresser à d’autres types de répondants.

L’enquête peut être consultée via ce bouton:

...et voici ma synthèse des réponses:

1ère question: localisation. Pour presque 35% des répondants, c’est soit « pas idéal », soit « un vrai problème ». Pour 65% des répondants c’est soit « sans importance » ou « positif ».

2ème question: dégustation. Pour un peu plus de 80% des répondants, c’est positif sans être indispensable.

3ème question: assortiment. 81% des répondants indiquent « qu’il ne faut rien changer ».

4ème question: communication. Plus de 80% des répondants apprécient « les petites touchent humoristiques et le style informel »; plus de 70% apprécient « la fréquence et les méthodes ».

5ème question: fournisseurs. Près de 70% des répondants achètent (entre autres) chez le producteur, sur place ou via son site Internet; près de 25% font savoir que « leur cave déborde » au point de ne plus acheter.

J’ai noté quelques questions spécifiques: je répondrai directement lorsque l’auteur de telle question est connu.

♪ Et maintenant ? ♫ Que vais-je faire ?

Envisager d’organiser une dégustation non pas à Berchem-Ste-Agathe mais là où habitent la majorité de mes clients: pour Anthocyane, Uccle est le centre du monde. L’est, le sud-est et le sud de la Région de Bruxelles Capitale. Une idée d’un lieu qui pourrait m’accueillir ?

Continuer à organiser des dégustations pour partager mes trouvailles et mes convictions. Parfois, il y a du monde et parfois …pas. Qu’est ce qui pourrait expliquer cette grande variance ?

Faire vivre l’assortiment, mais en douceur. Inutile de proposer des vins uruguayens. Le « nature » restera très minoritaire (vu que je veux zéro défaut). Le « bio » et la biodynamie: oui et oui, chaque fois que possible; mais ce n’est pas obligatoire.

Investir du temps dans ma prose. La qualité restera variable (l’inspiration peut disparaître je ne sais où) mais l’intention est là !

Ma clientèle et moi partageons un même âge approximatif. Simplification certes légèrement abusive, puisque même quelques trentenaires me font confiance. Néanmoins cet âge approximatif n’est pas sans conséquences: nous avons un peu mal aux genoux, nos enfants sont adultes (et souvent peu intéressés par le vin), nos médecins nous abreuvent de conseils en tempérance, la tournée minérale se faufile jusque dans notre cortex, notre portefeuille fait des choix rationnels lorsque l’inflation s’attaque à lui, nos déménagements préfèrent les caves à vin peu fournies (c’est toujours ça qui ne doit pas être transporté). Et près de 25% des répondants font savoir que « leur cave déborde » au point de ne plus acheter. Gloups.

Tout ce qui précède n’est pas vraiment favorable à la pérennité de mes activités de marchand alcoolique (merci Philippe: tu m’as fourni le matériau de base pour ce surnom rigolo-baroque).

Anthocyane existe grâce à ses clients. Sans clients, Anthocyane meurt. N’hésitez donc pas à faire du prosélytisme !

PS: un répondant anonyme m’a demandé un conseil pour une application de gestion de cave: j’utilise Cellar Tracker depuis …21 ans. Les fonctionnalités de base sont gratuites (je m’en contente).

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Enquête


Je me pose des questions. Ceux et celles parmi vous qui me connaissent bien ne seront pas surpris, le doute étant consubstantiel à ma personnalité. Je veux donc mieux prendre en compte vos attentes et vos besoins. Je continuerai bien sûr à proposer des choix subjectifs assumés, mais en améliorant leur pertinence. Bref, agir comme un commerçant chez qui on a envie de venir et de revenir.
Ci-dessous quelques questions concrètes: merci déjà à ceux et celles qui prendront le temps d’y répondre. Il y a cinq questions fermées et une question ouverte. Aucune réponse n’est obligatoire.

Cette enquête sera clôturée ce mardi 10 février en toute fin de journée.

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Oscars 2025

Voici venir l’heure des bilans

Selon une habitude récente, puisque prise en fin d’année 2023, je me suis amusé à reprendre la liste des tous les vins qui ont été proposés à la dégustation pendant cette année qui finit de s’écouler. En 2025, six dégustations classiques et trois dégustations spéciales, sous la bannière du Cercle de la Fleur Bleue.

Au total, une bonne centaine de flacons goûtés avec vous, de l’Aragon à la Macédoine, des Îles Canaries à la Calabre. Les régions souvent dégustées ? La Loire en tête, poursuivie par le Rhône, puis par un petit peloton dans lequel on aperçoit le Roussillon, la Bourgogne (Mâconnais), le Languedoc et le Piémont.

Surprenant: beaucoup plus de rouges que de blancs. Quatre rosés et trois bulles pour compléter le tableau. Le millésime 2023 tient fermement la corde, il précède 2024 puis vient 2022. Une dizaine de vins de millésime antérieur à 2022: pensez à La Chevalerie (Bourgueil) et à Gérard Boulay (Sancerre).

Une petite moitié des vins au-delà de € 20 la bouteille. L’inflation certes mais aussi la volonté de faire goûter le meilleur. Cinq fournisseurs principaux. Une majorité franche de vins biologiques et/ou biodynamiques (Demeter et Biodyvin).

Les données ci-dessus ne tiennent pas compte de tous les vins qui ont fait partie de l’équipe en 2025, sans monter sur le terrain: ce n’est pas le talent qui leur manque, mais le simple fait qu’une dégustation se joue avec 15 joueurs et pas plus. L’entraîneur fait des choix, parfois cruels.

Et qui sont les champions d’Europe, c’est-à-dire les Domaines qui ont participé avec intensité au chiffre d’affaires d’Anthocyane en 2025 ? Eva Fricke (Rheingau), Lafage (Roussillon), Nicolas Maillet (Bourgogne), Thymiopoulos (Macédoine), Mas Amiel (Roussillon), La Chevalerie (Loire), Les Bosquets (Rhône), Gérard Boulay (Loire), Convento San Lorenzo (Lombardie), La Pépière (Loire). Ce classement constitue une petite injustice puisqu’il désavantage les Domaines qui sont arrivés chez Anthocyane dans le courant de l’année 2025. Parmi ces derniers, très belle perf’ de Marcoux (Rhône) et de La Croix Gratiot (Languedoc).

Et ces Oscars, ça vient, oui ?

Médaille de bronze, prix spécial du meilleur vin hors France: Kiedrich riesling 2024 d’Eva Fricke (Allemagne, Rheingau). A dire vrai, j’aurais pu tout aussi bien attribuer cette médaille à l’autre cuvée « village » d’Eva Fricke, Lorch riesling 2024. Deux sœurs jumelles ? Sœurs oui, jumelles …alors pas du tout: elles ne se ressemblent vraiment pas tout en partageant le même cépage, le même millésime, le même type de vinification, la même région et la même vigneronne. Quel fruit, quelle tension, quelle fraîcheur ! Il en reste quelques bouteilles chez l’importateur.

Médaille d’argent, prix spécial de l’élevage le plus réussi et du slogan le plus sympa « les oiseaux ne sont pas des cons« : Bourgueil cabernet franc Noms d’Oiseaux 2019 du Domaine de la Chevalerie (Loire). Voilà un vin qui a pu attendre au frais dans les caves en tuffeau du Domaine. Très belle harmonie parce que tous les composants de ce vin ont reçu du temps pour se fondre et donner le meilleur d’eux-mêmes. Quand il quitte la cave, il est prêt à boire. Archi-épuisé, mais le millésime 2020 ne devrait pas tarder à arriver…

Médaille d’Or, prix spécial de la surprise complète, tombée du ciel, on se demande d’où elle sort, qui c’est celle-là: Picpoul de Pinet piquepoul Bréchallune 2024 du Domaine de la Croix Gratiot (Languedoc). Est-ce que j’ai plein d’arguments rationnels incontestables pour justifier cette belle médaille ? Non, c’est le feeling du jour. En relisant chiffre de ventes, notes diverses et commentaires, en me souvenant des sourires chez ceux et celles qui l’ont goûté fin septembre, en tenant compte du prix de ce flacon et de la sensibilité artistique de la vigneronne, cela m’est apparu intuitivement évident. Bien joué Anaïs Ricôme ! Il me semble avoir vu que l’importateur en avait à nouveau un petite stock (sans garantie).

Je vous souhaite à tous et à toutes d’excellentes fêtes de fin d’année et une superbe année 2026 !

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Nouvelles fraîches

Beaucoup de nouveautés: Sancerre, Bordeaux, format « magnum » et le grand retour de Lou Maset (Aupilhac)

Allons-y, tambours et trompettes: arrivée imminente de quatre (vier, quattro, four) Sancerre du Domaine Gérard Boulay.

  • la cuvée Tradition en millésime 2024, délicat, subtil, plus Sancerre que sauvignon,
  • le rosé Sibylle 2024, ce n’est pas un rosé pour l’été, c’est un très beau pinot noir saumoné, intense et concentré ; comme il n’y aura pas d’Oriane en 2024, les raisins pour Oriane ont été utilisés pour élaborer ce rosé),
  • le rouge Oriane 2022, pinot noir très peu coloré, nez affriolant ; concentration, buvabilité, très peu de tannins, grande longueur,
  • …et enfin le Clos de Beaujeu 2023, blanc salin et salivant, déjà grand, sera plus grand encore dans cinq ans, floral, tendu ; je l’ai préféré à son cousin des Monts Damnés.

« Les vins sont entiers, puissants, racés, d’une concentration exemplaire. Mieux vaut les garder quelques années en cave pour en profiter pleinement. Patience donc ! »

Je partage ce point de vue du guide vert de la Revue du Vin de France à 100%. Néanmoins, la dégustation très récente des cuvées ci-dessus montre qu’elles sont très appétissantes, leur charme opère déjà !

Mais si, il m’arrive de vendre du Bordeaux. Voici Le Puy Emilien en millésime 2022. 85% de merlot sans la moindre mollesse, ni la moindre imprécision. Un merlot avec de la race et de l’énergie. Un vin plus classique que le millésime 2020. Plus de couleur qu’à l’habitude. Concentré et assez tannique. 2022 est un grand millésime dans la lignée du 2016. Abordable dès aujourd’hui, mais susceptible de se bonifier en cave.

Le Puy est vendu en Vin de France depuis plusieurs millésimes. Le terme « château » est légalement réservé aux vins d’appellation d’origine contrôlée. Donc Château Le Puy est devenu Le Puy. Cela ne change rien à la qualité du contenu. Disponible dès à présent.

Big bottle

« Le magnum est le format idéal, surtout quand on est deux et que l’autre ne boit pas ». Citation attribuée à Winston Churchill (j’ai l’impression qu’on lui attribue au moins 50% de toutes les citations rigolotes).

Le contenu du magnum évolue plus lentement (longue garde possible), l’objet est esthétique, éminemment festif et il peut se transformer en un cadeau apprécié même par l’amateur légèrement blasé. Argument suprême et d’une subtilité qui m’étonne moi-même : ouvrir un magnum prend moins de temps et moins d’énergie qu’ouvrir deux bouteilles…

Bref, je propose déjà quelques magnums, comme Le Carignan d’Aupilhac 2022, Château les Croisille Divin Cahors 2020 et Grand Clos Yannick Amirault Bourgueil 2021. Ne pas hésiter à me suggérer d’autres références en magnum, l’offre est vaste !

Aupilhac, Lou Maset, do you remember ? Anthocyane a importé en direct les millésimes 2012 et 2013. Lou Maset était un de mes champions, un vin qui plaisait à beaucoup de palais pourtant exigeants. Et puis, le temps est passé par là. Jusqu’à aujourd’hui…

Voici donc le retour très attendu de Lou Maset, en millésime 2023 ! Assemblage de cinsault, mourvèdre, carignan et syrah (il n’y a pas de grenache : les informations sur le site Internet du Domaine n’ont pas été mises à jour). Ce sont certes des jeunes vignes, mais le résultat est bluffant. Un vin puissant, complet, dense qui conserve de la fraîcheur et affiche un grand fruit. Alcool modéré à 13,50%. Origine : terrasses argilo-calcaires à Montpeyroux. Elevage : cuve béton. Disponible dès à présent.

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C’est du vin, oui ou non ?

La presse nationale bouillonne à nouveau autour du vin « light » (???), pauvre en alcool, à teneur réduite en alcool, désalcoolisé, etc…et du vocabulaire à imprimer sur l’étiquette.

Après une période « plus c’est riche et puissant, plus il y a de l’alcool, meilleur c’est », le balancier est reparti dans le sens inverse, l’alcool étant perçu comme un mal nécessaire. De nombreux spécialistes de la santé affirment aujourd’hui que ce n’est pas l’abus d’alcool qui nuit à la santé, mais qu’il n’existe pas de seuil de consommation sans risque: le premier verre serait déjà nocif. A noter malgré tout qu’il n’y a pas de consensus à ce sujet.

Je n’ai jamais caché que, toutes choses étant égales, je préfère un vin à 12,50% qu’un vin à 15,00%. Mais je ne rejette pas les vins riches en alcool lorsque cet alcool participe à l’équilibre et à la typicité du vin. J’aime beaucoup les vins doux naturels (vins mutés à l’alcool) qui titrent plus de 15,00% et je ne compte pas m’en priver.

Evidemment, le débat actuel est lié à un tout autre phénomène: l’apparition de boissons élaborées avec du raisin ayant subi une fermentation, mais qui ne contiennent (presque) pas d’alcool ou qui en contiennent en tous cas beaucoup moins que ce à quoi nous sommes habitués.

On peut se demander si c’est l’offre qui a créé la demande ou si c’est la demande qui a suscité l’offre, mais il est indéniable que ces boissons désalcoolisées ont le vent en poupe, malgré des caractéristiques organoleptiques (très) décevantes. Autrement dit, c’est (très) mauvais, mais cela semble répondre à un besoin. Pour rappel, de (très) mauvais vins se vendent, s’achètent et se boivent, à la satisfaction manifeste des buveurs (très) peu exigeants qui s’en contentent et en redemandent.

Vous aurez remarqué que j’utilise le terme « boisson » pour ces produits et non le terme « vin », dans le respect de la législation européenne qui stipule que la teneur minimale en alcool du vin doit être de 8,50%. Les spécialistes me rétorqueront qu’ils ont goûté des vins à 8,00% voire à 7,50% et qu’il y a donc une couille dans le potage (j’utilise cette expression triviale dans le but de prouver que cet article n’a PAS été écrit par une intelligence artificielle).

Oui, mais non. La législation européenne autorise, pour certains zones septentrionales, une teneur minimale de 7,00%. Cela permet en particulier aux vins allemands de type beerenauslese et trockenbeereauslese de faire partie de la famille. Il existe même quelques dérogations spécifiques comme celle accordée au Tokaji Eszencia hongrois qui titre parfois …3,00%. Ce vin, excessivement rare et cher, extraordinairement doux, est issu d’une tradition multiséculaire et mérite bien de ne pas être exclu !

Donc, voilà. Pour faire simple, est vin le produit obtenu exclusivement par la fermentation alcoolique du raisin frais (le raisin sec, type Corinthe, est prié d’aller voir ailleurs si j’y suis – deuxième expression triviale dans le but de prouver …blabla … voir plus haut) et sa teneur minimale en alcool doit être de 8,50%. Certains vignerons (par exemple dans la Loire) renoncent parfois au terme « vin », remplaçant celui-ci par la périphrase « moût de raisins partiellement fermenté, issu de raisins passerillés » lorsque la teneur minimale en alcool n’est pas atteinte.

Philippe, vas-tu enfin te décider à aborder le véritable sujet de cet article ?

OK, je m’égare. Voici ma question: puisque les boissons désalcoolisées ne répondent pas à la définition du vin, pourquoi s’obstine-t-on à trouver des périphrases biscornues pour les intégrer, par la fenêtre, à la famille des vins ?

La réponse est simple: parce que certains lobbies y ont intérêt. « Vin », c’est commercial, c’est clair pour 99% des consommateurs alors que tout autre terme serait forcément moins bien compris. Réponse certes simple, mais à mon sens très mauvaise.

Pour l’instant, les parties prenantes au débat discutent pour savoir si « vin à teneur réduite en alcool » est une bonne façon de communiquer. Le SPF Santé Publique bloque parce que « qualifier ainsi un vin à 6,00% revient à tromper les consommateurs et à fragiliser les politique de santé publique. » (Le Soir, Anne-Sophie Leurquin, 03 09 2025). Argument: dans le monde de la bière, 6,00% ce n’est pas du tout une teneur réduite en alcool. Les lobbies du vin affirment au contraire que tout consommateur sait que le vin titre en général entre 11,00% et 15,00% et que, en conséquence, un produit à 6,00% serait reconnu sans aucun doute comme ayant une teneur réduite en alcool.

Le débat est bien entendu beaucoup plus complexe que ce qui est mentionné ici. Par exemple, si on se met d’accord sur une terminologie dans une langue, comment s’assurer que la traduction soit « parfaite » dans toutes les langues de l’Union ? Que pensez-vous de alcoholarme wijn en néerlandais ? De low-alcohol wine en anglais ?

Bonne chance aux négociateurs. Quant à moi, je maintiens et persévère: ces boissons ne sont pas des vins, donnez leur donc un autre nom: par exemple, jus de raisin fermenté et désalcoolisé. Moins sexy que « vin », mais bien plus proche de la réalité.

NB: Sur un terrain connexe de ce qui précède et pour vous payer une bonne tranche de franche rigolade, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil au site Internet de Pure The Winery, une entreprise qui vend des vins à 10,50% dont toute la communication est basée sur … »chez nous, zéro sucre ».

Voici un exemple croquignolet. Question: quelle quantité de sucre y a-t-il normalement dans un verre de vin ? Réponse: selon le centre néerlandais de nutrition, il y a en moyenne 8,9 grammes de sucre dans un verre de vin de 150g/ml. Cela représente plus de deux morceaux de sucre par verre. Hallucinant…

Vous trouverez sur ce même site d’autres affirmations farfelues -voire mensongères- qui ne peuvent que susciter le rire. N’empêche, pauvre consommateur …

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Nouveautés

J’ai fait le ménage dans la rubrique « nouveautés » du magasin. Cela dit, il y a de quoi aguicher, affrioler, émoustiller, allécher …

On commence par un nouveau domaine en Piémont: La Ca Növa di Rocca. J’ai sélectionné leur Langhe Nebbiolo, majoritairement élaboré avec les jeunes vignes du cru Ovello, en appellation Barbaresco. La Cà Növa di Rocca est un petit domaine historique qui se préoccupe peu de communication moderne: pas de site Internet.

Voici le nouveau millésime du Gentil de Meyer-Fonné. En Alsace, le terme « Gentil » désigne un assemblage de cépages nobles. Comme un edelzwicker en version haut de gamme. Ce 2024 est clairement dominé par la paire pinot blanc et riesling: c’est la rondeur du pinot blanc mariée à la vivacité du riesling. La présence du muscat dans cet assemblage est discrète.

Dans une autre vie, j’ai importé les vins du Domaine Frédéric Mabileau en direct. Via un importateur, j’ai pu mettre la main sur quelques bouteilles du délicieux Chenin des Rouillères 2024. Bio et biodynamique, peu de sulfites. Oups, je constate qu’il ne m’en reste déjà plus que 6 bouteilles…

Je suis de plus en plus enthousiaste lorsqu’il s’agit des vins du Domaine André Bonhomme en Mâconnais. J’ai été soufflé par le Viré-Clessé Les Brenillons 2023: profond, long et salin ! La RVF de juin 2025 lui accorde un 92/100 bien mérité.

Un vermouth ? Oui, un vermouth artisanal élaboré en Catalogne. Du vin blanc agrémenté d’une kyrielle de plantes aromatiques, macérées dans l’alcool pour en extraire tous les arômes. Domaine La Madre.

Et il y a beaucoup d’autres tentations, certaines d’entre elles en quantité très limitée. Il suffit de cliquer sur le bouton:

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Miscellanées

Un weekend pas trop loin de Bruxelles et un vignoble réputé ? Vous me répondrez sans doute via quelques bulles champenoises, entre Reims et Epernay. Voici néanmoins une alternative plus originale, voire légèrement exotique pour nous les francophones: Trier, capitale de la Moselle allemande, terroir d’excellence pour le riesling. Trois heures de route pour se plonger dans une autre culture du grand vin.

Un peu de vocabulaire, à titre de trousse de premier secours: « alte Reben » = vieilles vignes; « feinherb » = demi-sec; « grosse Lage » = terroir grand cru; « edelsüß » = moelleux/liquoreux; « Sekt » = bulle élaborée en méthode traditionnelle; « Ortswein » = vin de village (sur le modèle bourguignon); « Ruwer » = affluent de la Moselle et sous-région particulièrement recommandable; « Spätburgunder » = pinot noir., …

Prévoir une pause pendant votre visite du centre (très) ancien de Trier: Das Weinhaus. Caviste très bien achalandé et wine bar typique, avec petite restauration.

Une idée de ce que vaudra le futur millésime 2025 ? Non, bien sûr que non. C’est déjà difficile quand les raisins ont été vendangés, alors faire des prévisions en juillet, décidément non. Malgré tout, sans aucune prétention scientifique, je surveille chaque été notre mûrier.

Les participants aux dégustations du samedi le connaissent bien, il se trouve juste à côté de la porte d’entrée. Exposition nord-est. Planté il y a plus de vingt ans. Ce murier bénéficie de la chaleur que lui rend le mur contre lequel il s’appuie. Il subit périodiquement une taille vigoureuse.

Bilan 2025: plusieurs récoltes en juillet de fruits bien mûrs, présentant un équilibre idéal entre sucrosité et acidité. Couleur violacée qui révèle la présence massive d’anthocyanes. Très peu de fruits pourris. Une excellente année précoce ! Le temps où il fallait attendre le mois d’août pour déguster les mûres semble révolu.

La Bourgogne est un mystère. La Bourgogne est insondable et impossible à résumer. Elle génère émerveillements et frustrations. Elle ne garantit jamais rien. Une réflexion qui mérite le partage: Achetez les vins des meilleurs vignobles et des meilleurs producteurs lors des pires millésimes. En grand millésime, achetez les simples bourgognes et les villages de presque n’importe qui …et économisez de l’argent.

Méfiez-vous du vigneron qui tente de transformer un petit millésime en grand millésime en faisant appel à des artifices (dont il ne vous dira rien). Un petit millésime peut être charmant et équilibré. Un petit millésime maquillé ne sera ni l’un ni l’autre.

Je vous invite à participer à la dégustation de ce samedi 26 juillet, entre 10 et 18 heures. Le programme est finalisé. Ce sera majoritairement franco-espagnol. 15 vins sur le bar. Un rosé corse et un rosé allemand. Deux cuvées du Domaine de la Madone dont l’étonnante Mi-Noir Mi-Bouze (tout un programme). Catalogne, Rioja, Galice et d’autres régions espagnoles. La cuvée Centenaire de Lafage, particulièrement réussie en 2024. Deux fois l’incontournable Nicolas Maillet en millésime 2023. Et le nouveau millésime de la cuvée Perbacco de Vietti (Piémont).

Je prends vos commandes dès à présent et jusqu’au mardi 29 juillet inclus. Mise à disposition des vins pendant la première quinzaine du mois d’août.

Il n’est pas rare d’entendre un dégustateur commenter un vin moelleux en affirmant qu’il a mangé ses sucres. C’est un phénomène moult fois observé: après un (long) vieillissement en cave, certains vins moelleux se goûtent presque secs. Comme si les sucres avaient fait leurs valises pour disparaître … en douce.

Or, analytiquement, il n’en est rien. Les sucres sont toujours présents. Je cite la Revue du Vin de France de juillet/août 2025: le Château d’Yquem cofinance une thèse visant à lever le voile du mystère qui entoure ce prodige sensoriel.

Comme quoi, les sucres ont la faculté de se faire discrets, avec la complicité du temps qui passe…

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Et voici les Gigondas BLANCS !

Article rédigé par Bernard Arnould, client chez Anthocyane et journaliste-vin depuis 1992.

Tout amateur de vins du Rhône est familier avec l’appellation Gigondas et ses rouges historiquement riches et denses. Le grenache noir occupe une place de choix sur les quelques 1.200 hectares en plantation. Alors qu’elle fête en 2025 les 55 ans de son accession au statut de cru, l’appellation du nord du Vaucluse, se déguste désormais aussi en blanc depuis le millésime 2023.

Le terroir à blancs de Gigondas

Des terrasses alluviales au sol sablo-argileux s’étendent sur un vaste plateau jusqu’aux contreforts des Dentelles de Montmirail. Leur grande perméabilité permet un assèchement aisé du sol en cas de pluie, évènement devenu plutôt rare il est vrai… Au-dessus, sur les pentes et les coteaux grimpant jusqu’à 400 m, les vignobles en terrasses s’étendent sur des sols marno-calcaires. Georges Truc, renommé géologue rhodanien, explique que là-haut, des sols avec éboulis et colluvions calcaires posés sur des marnes conviennent particulièrement bien pour faire du blanc. En particulier grâce à …

La clairette blanche

… un cépage typiquement méridional, probablement originaire de l’Hérault, mentionné dès 1575. C’est une variété rustique très bien adaptée à la sécheresse et aux conditions climatiques méditerranéennes. Elle s’adapte aux sols calcaires, secs et peu fertiles. Ce cépage donne un vin frais salin et acidulé, aux arômes d’amande grillée, de fleurs, de fenouil, de tilleul, d’abricot et de pêche, avec une légère amertume en finale. Le terroir détermine largement le style de la clairette, plus ample et charnue ou plus saline et élancée, sans oublier néanmoins la patte du vigneron. La clairette (je risque le rapprochement !) est le riesling du sud avec sa capacité à exprimer de façon transparente l’identité de son lieu de naissance. Si le cahier de charge de l’AOP autorise d’autres cépages tels les bourboulenc, clairette rose, grenache blanc et gris, marsanne, roussanne et piquepoul blanc à raison de 30% maximum, les cuvées les plus marquées terroirs oscillent entre 100 et 70% de clairette blanche.

Une belle illustration de Gigondas blanc

La Bouïssière est le domaine de Gilles et Thierry Faravel, 2 frères qui ont été rejoints en 2023 par Maéva leur nièce, l’avenir du domaine. 20 ha de superficie produisent 95% de rouges en Gigondas, Vacqueyras et Beaume de Venise. Leur unique hectare de clairette, jeunes et vieilles vignes plantées sur safres, délivre un vin élancé, tout en fraîcheur saline, avec un grain minéral venant chatouiller une matière à la texture onctueuse et aux arômes de fenouil, de fleurs et d’agrumes discrets. Voilà un vin qui associe délicatesse et présence en bouche jusqu’à une finale au noble amer d’amande. Réjouissez-vous, Maéva a l’intention de planter plus de clairette sur « la montagne », comme elle nomme les magnifiques coteaux de 350 à 400 m au sol calcaire sur les contreforts des dentelles de Montmirail. L’adéquation cépage-sol/sous-sol devrait donner à ce futur blanc une énergie peu commune. A suivre donc…

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L’encépagement de Bordeaux

Bref coup d’œil sur le temps long

Aujourd’hui, c’est le merlot qui domine à Bordeaux (Gironde). Nettement, puisqu’il représente à lui seul 58% de l’encépagement du vignoble bordelais. Les deux cabernets, le franc et le sauvignon, doivent se contenter ensemble de 27%. Ce qui laisse un peu de place pour le malbec, le sauvignon et le sémillon. Les autres cépages peinent à exister (petit verdot, muscadelle, etc…).

Mais il n’en a pas toujours été ainsi. En 1960, le tableau était très différent: les cépages blancs classiques représentaient tous ensemble … 42% du vignoble (16% pour le seul sémillon), les rouges classiques se contentaient de 32% . Ce qui reste (25%), c’étaient des cépages hybrides, blancs et rouges ! Ces hybrides (acides mais peu chargés en sucres) étaient assemblés à des vins d’Algérie pour approvisionner la France en vin courant. Très très courant …

A Bordeaux, le merlot est progressivement passé de 12.000 hectares à … 73.000 hectares, en une soixantaine d’années.

Quelques commentaires:

  • ce n’est sans doute pas à Bordeaux que l’on trouvera la plus forte proportion de (très) vieilles vignes
  • l’adéquation entre terroir éternel et cépage qui en extrait la quintessence est au moins sujette à débat
  • la demande pour le vin blanc est croissante alors que celle pour le vin rouge est décroissante: oups …
  • ces chiffres globaux ne disent pas grand-chose sur ce qui s’est passé à Pauillac ou à Pomerol: les évolutions locales peuvent être différentes, voire divergentes.
  • Sociando-Mallet (Haut-Médoc) constitue un exemple frappant: en 1996, l’encépagement se composait de 60% de cabernet sauvignon, de 30% de merlot et de 10% de cabernet franc. Aujourd’hui: 55% de merlot, 43% de cabernet sauvignon et 2% de cabernet franc. Pendant ce temps, la superficie plantée en vignes est passée de 58 hectares à 83 hectares, soit 17 hectares de merlot en 1996 contre … 45 hectares aujourd’hui ! Le vin a beaucoup changé, il est même méconnaissable.

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Bordeaux 2022

Impressions sur une dégustation de Bordeaux Grands Crus Classés issus du millésime 2022

Article rédigé par Bernard Arnould, client chez Anthocyane et journaliste-vin depuis 1992.

Vignes et vins nous surprendront décidemment toujours. Voyez par exemple ce millésime 2022 à Bordeaux : chaleur et sécheresse étaient au rendez-vous. On pouvait donc craindre des vins riches, alcooleux, parkériens après la lettre…que nenni !

Excessif dans sa climatologie, le millésime 2022 a cependant produit des vins étonnamment équilibrés et harmonieux, plus ou moins tanniques en fonction de la vinification, mais pulpeux, préservant une fraîcheur et un éclat que l’on a trop souvent cherché en vain dans les Grands Crus Classés de la période Parker. Comment expliquer ce paradoxe ? Un article du Figaro en date du 18 mai 2023 fournit d’importants éléments de réponse :

« Les vignes ont fait face à une sécheresse record, en plus des températures au-dessus des normales. En revanche, il n’y a pas eu de canicule extrême (comme celle de 2003), et les températures nocturnes sont restées relativement fraîches. Les vignes se sont habituées aux conditions chaudes et sèches dès le début de la période de croissance, ce qui a entraîné une adaptation de la consommation d’eau et de la croissance du couvert végétal pour pouvoir se contenter du peu d’eau disponible. Elles ont puisé dans les réserves accumulées au cours de l’année pluvieuse qu’aura été 2021, avant d’être gratifiées d’une rançon d’eau supplémentaire en juin, pour ensuite survivre à 50 jours sans pluie, jusqu’à la mi-août. »

L’alternance entre épisodes caniculaires et périodes plus fraîches voire pluvieuses ainsi que des températures nocturnes raisonnables ont donc soutenu la résilience des vignes jusqu’aux vendanges :

« la météorologie pendant les vendanges a permis de récolter les différents cépages au niveau de maturité souhaité par chaque domaine. Quelques épisodes pluvieux, sans conséquence sur l’état sanitaire, permettent au cours de la seconde décade d’août d’enclencher le processus de maturation, sans entraîner cependant une forte augmentation du volume des baies. Ce climat, sec et chaud se prolonge fin août et durant le mois de septembre. Les dates de récolte peuvent ainsi être déterminées avec sérénité, sans aucune pression …en fonction des seuls critères analytiques et gustatifs, sans devoir se préoccuper de l’état sanitaire. Les raisins de merlot, vendangés parfaitement sains, présentaient à la récolte des paramètres analytiques remarquables. Le mois de septembre très clément, a également permis, l’achèvement optimal de la maturation des cabernets sauvignons. » Extrait du rapport Millésime 2022 à Bordeaux de l’ Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de l’Université de Bordeaux, Unité de Recherche Œnologie

Restait dès lors aux vinificateurs à décider :

  • de la date des vendanges parcelle par parcelle, voire selon l’âge des rangs, pour garder un pH garantissant la fraîcheur du vin
  • du type d’extraction souhaité, par infusion ou par remontages successifs, pour obtenir la structure tannique souhaitée.

Les vins les plus harmonieux que j’ai dégustés la semaine passée résultaient certainement de choix judicieux en ces matières. Ils brillaient par l’harmonie entre maturité du fruit, alcool (de 13,50% à 14,50%), fraîcheur et chair des tannins pour atteindre un sommet de classe à la Bordelaise. D’autre châteaux par contre n’avaient pas atteint cet équilibre par excès d’acidité : vendanges précoces ? vinification en grappes entières ? tartriquage excessif ?

Voici dès lors mes coups de cœur parmi la petite centaine de domaines présents :
Rive gauche
  • un grandiose Léoville Barton, racé, raffiné suivi de peu par un Brane-Cantenac à la fois soyeux et profond
  • Giscours, étonnant de fraîcheur
  • Cantenac Brown, précision de la matière
  • Léoville Poyferré, plus ample, plus structuré
  • Talbot, équilibré, soyeux
  • Langoa Barton, séduisante harmonie
  • Domaine de Chevalier, charnu et chaleureux
  • Haut Bailly, force et énergie
Rive droite
  • Pavie Macquin, la vigueur du calcaire
  • Larcis Ducasse, dense, serré
  • Clos Fourtet, entre soie et salinité
Sauternais

Quatre domaines présents seulement, Doisy Daëne domine de loin ses voisins.

Un mot pour conclure: la qualité reste hors d’un prix raisonnable, eu égard au coût de production. A chacun de juger.

Bernard Arnould

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Slow Delivery

Est-ce crédible ? Est-ce pertinent ? Je peux en tous cas confirmer que les cyclistes livreurs ne respectent rien ni personne. Manifestement, le code de la route ne s’applique pas à eux, au grand dam de leurs victimes.

Par ailleurs, je suppose que, de temps à autre, l’un d’entre eux finit sur l’asphalte et sous les roues de la voiture qui le suivait. J’imagine le client, chronomètre à la main et la bave aux lèvres, guettant l’éventuelle arrivée tardive de ses courses de façon à bénéficier de la réduction offerte par l’entreprise lorsque sa promesse n’est pas tenue.

Donc: un jeune cycliste, mal rémunéré et hors d’haleine, terrorise le quartier pour satisfaire un client pervers, tout en jouant avec sa propre vie, trajet après trajet, pour le profit d’une entreprise dont la contribution à l’espace public se limite à construire ce que l’on qualifie de « dark stores« , à savoir des entrepôts aveugles où des robots et quelques humains robotisés préparent les commandes, 24/7.

Cela s’appelle un « business model », mais ce n’est pas le mien.

Connaissez-vous le « slow food » ? Eh bien, Anthocyane vous propose la « slow delivery« …

Je ne plaisante qu’à moitié. Si vous avez besoin de deux bouteilles d’un rouge bien précis pour le dîner avec belle-maman qui commence dans trois heures, je ne suis sans doute pas votre caviste idéal. J’ai peu de stock sur place et mes heures d’ouverture sont aléatoires. Si la rapidité est essentielle à vos yeux, tant pis pour moi. Je ne livre pas endéans les quelques minutes et pour tout dire, je ne m’engage jamais à livrer au plus vite.

Le principe de base s’énonce ainsi: Anthocyane achète les vins chez leurs importateurs sur la base des commandes passées par les clients.

Comme je tiens à effectuer les livraisons moi-même, je suis tenu, pour ne pas sombrer dans la folie vu les embouteillages dans et autour de Bruxelles, d’optimiser ma logistique, ce qui me conduit à organiser des tournées de livraisons, souvent le samedi matin. Je livre volontiers même les petites commandes à condition que l’adresse de livraison soit située sur le parcours d’une tournée. En toute transparence: c’est plus confortable pour moi de livrer à Woluwé, à Wemmel ou à Uccle qu’à Gembloux. Néanmoins, je trouve (presque) toujours une solution, si l’on m’accorde du temps pour la proposer.

Tant qu’à faire, je propose également la « slow invoicing« : la facture ne vous parvient qu’au moment où votre commande est prête pour enlèvement/livraison. Ne craignez rien, je n’ai jamais oublié de facturer. Corollaire: ne versez rien sur le compte bancaire d’Anthocyane avant d’avoir reçu votre facture.

Et pour clore sur une note moins ennuyeuse, je pratique également le « slow tasting«  qui consiste à ne pas évaluer trop rapidement le vin qui vient de couler dans mon verre. La complexité du vin se révèle lentement, autant ne pas passer à côté par … excès de vitesse.

* Le nom de l’entreprise a été modifié.

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Oscars 2024

C’est le moment pour jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et procéder dans la foulée à la nomination des Oscars 2024: 71 vins ont été dégustés, en 5 dégustations (mars, mai, août, octobre et novembre). 38 vins en bio et biodynamie, soit 54% du total, pourcentage en forte croissance par rapport à 2023.

Au-delà des 71 vins en dégustation, 136 vins ont trouvé leur place dans la gamme, soit un total de 207 vins dont 75 vins français (36%), 50 vins espagnols (24%), 34 vins allemands (16%), 28 vins italiens (14%). Quelques vins autrichiens, grecs et portugais complètent ce tableau. Et même un vin américain, plus précisément un zinfandel californien.

Ont eu beaucoup de succès: le Mâcon-Verzé Le Chemin Blanc 2022 de Nicolas Maillet, le Valpolicella Classico 2022 de Speri, le Chablis Croix-aux-Moines 2022 de Denis Pommier, le Rias Baixas Cies 2022 de Forjas del Salnès, le Rosso di Valtellina Vesper 2021 du Convento San Lorenzo et le Côtes-du-Rhône rouge 2022 du Domaine des Bosquets.

NB: le succès est mesuré par le nombre de bouteilles vendues, mais aussi par le nombre de clients qui en ont acheté au moins une bouteille.

Et donc les Oscars 2024. Comme pour les Oscars 2023, j’ai relu mes notes, j’ai interrogé mes souvenirs, j’ai comparé, j’ai douté. Bien entendu, d’autres vins auraient pu décrocher une médaille. Comme aux Jeux Olympiques, cela tient parfois à un centimètre ou à une minuscule fraction de seconde. Bien entendu, c’est subjectif et plein d’émotions toutes personnelles.

Monte sur la troisième marche du podium, médaille de bronze, avec les félicitations du Jury (c’est-à-dire moi), prix spécial pour le meilleur vin blanc, représentant la Bourgogne: Le Chemin Blanc 2022, Mâcon-Verzé, Domaine Nicolas Maillet (100% chardonnay). Vous l’avez plébiscité, je partage votre enthousiasme ! La précision, l’éclat, la profondeur, la longueur, tout y est ! A mon avis, certains Puligny-Montrachet seraient bien ennuyés d’affronter ce vin du Mâconnais lors d’une dégustation à l’aveugle. Du même Domaine, du même millésime, le Bourgogne Aligoté vaut également son pesant de noisettes !

Grimpe sur la deuxième marche, médaille d’argent, avec les félicitations emplumées du même Jury, représentant la Loire: Saumur 2022 du Clos de l’Ecotard (100% cabernet franc). Raffiné, élégant, précis. L’habituelle robustesse du cabernet franc disparaît pour faire place à des tannins d’un grain exceptionnel, à une fluidité harmonieuse. Ce vin peut se passer du bœuf, mais s’en accommode avec brio.

Bondit sur la première marche, médaille d’or, avec les félicitations du Jury, la couronne de laurier, les tambours trompettes et vuvuzela, représentant la Lombardie: De Le Mur 2020 du Convento San Lorenzo en appellation Valtellina Superiore Sassella (100% nebbiolo). Cet italien qui se cache tout près de la frontière suisse est un vin de garde, mais la qualité de ses tannins permet de le goûter dès à présent, à l’aide de la carafe idoine. C’est parfumé, subtil, comme la bouteille de fer dans la chaussette de velours. Longueur salivante, fruit d’une grande noblesse, sérénité du sourire de celui qui déguste…

Voilà. Je vous souhaite à tous et à toutes d’excellentes fêtes de fin d’année et un millésime 2025 en tous points conforme à vos désirs et souhaits les plus fous.

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Bulles

C’est le moment, non ? Jamais Anthocyane n’aura proposé autant de bulles différentes. Champagnes et Crémants, bulles de Loire, de Catalogne, d’Allemagne et d’Italie. On commence dès € 17,50. Attention, il y a des disponibilités limitées, comme une prime accordée aux décideurs rapides !
Tout ça est rassemblé en un seul endroit, une sorte de « cave à bulles » virtuelle: c’est ici.
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Artuke: une opinion éclairée

Intéressante contribution rédigée par Tim Atkin, un véritable connaisseur de la scène vineuse espagnole. Il publie régulièrement des rapports particulièrement bien informés. Lorsque je veux approfondir ma compréhension de ce qui se passe en Rioja ou en Galice, je commence par lire Tim Atkin. Sa connaissance du terrain, combinée à son titre de Master of Wine, est impressionnante, sa plume est bien tournée.

Au-delà de son expertise dans le vin, il est aussi un excellent photographe et un amateur de musique.

Dans sa newsletter de ce vendredi, il aborde la question de la cuvée d’entrée de gamme et du soin qui lui est apportée par le vigneron. En voici le texte:

Judge a winery by their cheapest bottle

Arturo de Miguel makes some of the best wines in Rioja. For what it’s worth, I’ve given his top wine, La Condenada, 100 points. Twice. The wine sells for around €80, (startlingly cheap for the quality). He also produces a much cheaper red called Artuke. It’s a Tempranillo made with the carbonic maceration technique that’s been used in this part of Spain for centuries. This wine sells for €8.
 
Someone asked Arturo why he still makes the latter wine, given his growing recognition as one of the world’s top winemakers. Is it good for his bodega’s image? His response was interesting. First, it’s a tribute to his parents, who started the business in 1991 with just that one wine. Second, it pays the bills and keeps the lights on. And, most important of all, he enjoys making something that everyone can afford to drink.
 
Is it as good as La Condenada? Of course not. But it’s arguably easier to make a few thousand bottles of a top wine than 80,000 bottles of a crowd-pleaser. That’s why I always tell people to judge wineries by their cheapest wine. If they do that well – and Arturo says he gives all his charges the same level of attention – then you can trust the fancy stuff. What’s more, you generally get to drink something delicious.

https://timatkin.com/
https://anthocyane.be/magasin/Artuke-c64258141

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dégustation information rouge

Planella

Première étape: bouteille sur la table: Planella 2017, Domaine Joan d’Anguera, appellation Montsant (Catalogne), village de Darmos (juste au sud du Priorat), 90% carignan + 10% syrah. Bio et biodynamie (Demeter). Hop tire-bouchon et dégustation de la première gorgée une ou deux minutes plus tard. Impression globale: vin massif, plus cubique que sphérique. Il y a quelques angles un peu durs. Une petite crispation. Densité, absence de déséquilibre alcooleux (14,5%).

Deuxième étape: J+1. Restent 40 cl dans la bouteille qui a été conservée, avec un bouchon, au réfrigérateur. Dégustation du lendemain: les aspérités ont disparu, la matière est superbement fluide, la densité s’exprime à présent sous la forme de l’intensité des saveurs. Zéro crispation. Equilibre certes sudiste mais équilibre malgré tout. Grand vin dans sa catégorie de prix (+/- € 17).

Morale: se précipiter pour goûter et finir le flacon dans la foulée n’est pas forcément une bonne idée. Le vin a besoin d’air. Il se livre progressivement. La complexité ne peut s’évaluer que dans la durée. La première gorgée ne raconte pas toute l’histoire, la première gorgée est susceptible de vous mentir. Evaluer un vin (à l’ouverture de la bouteille) en quelques secondes est un non-sens. Alternative positive: évaluer un vin en quelques secondes est un compromis, ni plus ni moins.

Info: les frères d’Anguera considèrent que ce Planella est un vin en transition: progressivement, il s’agit de renoncer à la syrah, de la remplacer par du grenache et de maintenir la part du carignan. La syrah jouait le premier rôle dans les années 2000: voir la cuvée El Bugader (95% syrah + 5% grenache). En son temps, celle-ci était très bien notée; aujourd’hui elle a disparu et elle a fait place à un processus de retour à la tradition: le millésime 2020 de Planella est 50% carignan + 50% grenache. Il m’en reste deux bouteilles à la date d’aujourd’hui.

Le millésime 2022 est en dégustation le samedi 12 octobre 2024.