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Espagne: les yeux plus grands que le ventre ?

J’ai manifestement eu du mal à choisir. Docteur, est-ce pathologique ?

J’aurais pu me contenter de la dizaine de vins qui participent à la dégustation du samedi 22 août. Mais non.

Comment résister à ce que proposent les meilleurs vignerons de Galice, de Catalogne, de Castille et d’ailleurs ? La diversité des styles est fascinante ! Il y a du franchement « sud » et du franchement « nord »: le nord-ouest de l’Espagne ressemble d’ailleurs bien plus à l’Irlande qu’à une costa méditerranéenne !

Il y a bien sûr du rouge, mais les vins blancs sont aujourd’hui du même niveau: en Catalogne, en Galice, en Andalousie, du côté de Valence les vins blancs de grande qualité pullulent. A vrai dire, je ne sais pas si un vin est susceptible de pulluler, mais vous voyez ce que je veux dire…

Vous recherchez un rouge qui puisse se comparer positivement avec bien des Châteauneuf-du-Pape ? Tentez Bellmunt, un Priorat abordable et diantrement réussi. Un blanc de la nouvelle génération, élevage en amphores et macération ? Essayez Cullerot: ce n’est pas un vin orange, mais on s’en rapproche. Des blancs dont la fraîcheur septentrionale vous esbaudirait ? Sans hésitation, Leirana (cépage albariño) et Louro (cépage godello), belle comparaison sur le millésime 2019.

Un rosé ? Oh oui, même si c’est plutôt un clarete, entre rosé et rouge: Paramos de Nicosia.

Vous aimez le sauvignon et découvrir de nouveaux cépages ? Je suggère le verdejo de José Pariente. Un Rioja moderne ? Jetez-vous sur Sela !

Des prix bien serrés, sans concession sur la qualité ? Salbide et l’andalou Dos Claveles sont proposés à € 10. Ou encore Vermell, un « rouge de rouge », puisque élaboré avec l’alicante bouschet, l’un des seuls raisins à jus rouge.

Un cépage rouge local qui ferait l’unanimité (du moins quand il est confié à des vignerons de talent) ? La mencia de Maquina & Tabla Laderas de Leonila, celle de Raul Perez: Ultreia Saint-Jacques et celle de la Vizcaina (autre projet du serial vigneron Raul Perez): El Rapolao.

Un grenache comme on en fait peu en France ? Vieilles vignes, haute altitude, bas rendements, maturité et finesse de El Terroir, chez Lupier en Navarre. Vin multi-récompensé par la presse spécialisée.

Des vins bio de la région de Valence, zone naguère peu portée sur la qualité: les choses changent grâce au Celler del Roure mais aussi grâce au Domaine Mustiguillo qui propose Mestizaje rouge et Mestizaje blanc.

Un blanc catalan, issu de vignes quinqua- et sexagénaires, d’excellent rapport Q/P ? Jetez un œil sur 3 Macabeus, du Domaine Albet i Noya, un des pionniers du bio en Europe.

Une originalité castillane, pas loin de chez Don Quichotte, élaboré par un quatuor d’œnologues volants, dans l’esprit du vin nature ? Albahra ne porte pas la moindre appellation, pas vraiment un millésime, mais cela ne le rend pas moins bon !

Enfin, un liquide élaboré dans le même esprit que le vin de qualité, mais où le raisin fait place à …l’olive. Le Domaine Roda produit dans les Îles Baléares une huile d’olive d’exception, 100% « cépage » arbequina, issue de la récolte 2019. Acidité très faible. C’est Aubocassa.

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Haro Roda Sela

Je vous rassure, le titre de cet article n’est pas une incantation de magie noire. C’est juste pour faire de l’impact. Clarification suit.

La petite ville de Haro est un endroit assez étonnant, entre Castille et Pays Basque, nichée sur les rives de l’Ebre et traversée par une voie de chemin de fer. Le quartier où je vous emmène s’appelle d’ailleurs Barrio de la Estacion.

Trois Domaines de grand prestige sont installés l’un à côté de l’autre, comme s’ils souhaitaient faciliter les comparaisons entre eux: Lopez de Heredia, La Rioja Alta et Roda portent, chacun à sa façon, un large pan de l’histoire et de l’avenir des vins de la Rioja.

Plus fort, en marchant cinq bonnes minutes, on peut encore rejoindre CVNE, Muga, Gomez Crusado et Bilbainas, autres Domaines à forte notoriété. Imaginez le cruel dilemme que doit résoudre l’amateur qui sait qu’il ne pourra pas tout goûter…

Haro, Capital del Rioja …on ne peut mieux résumer !

Une telle concentration de Domaines est rare, pour ne pas dire unique. Il fût un temps phylloxérique (à partir de 1877) pendant lequel le chemin de fer a joué un rôle essentiel dans le transport des vins de la Rioja vers Bordeaux. Les vignes bordelaises ravagées par la bestiole, la solution a été d’importer des vins d’un type relativement comparable, d’une belle qualité et capables de voyager facilement: voilà comment la gare et le chemin de fer vers la France ont indéniablement contribué à la prospérité de Haro.

Une preuve ? Haro a été la première municipalité espagnole à se doter de l’éclairage public électrique, à la fin du XIXème siècle. Un luxe à cette époque. Transformer le vin en lumière, je trouve ça assez poétique !

Roda est, contrairement à ses confrères cités plus haut, un Domaine plutôt jeune, puisqu’il a été créé de toutes pièces en 1987. Il s’est rendu rapidement célèbre en secouant une certaine indolence, voire un sommeil certain: du sang neuf dans la région !

Roda a été un modernisateur de la Rioja, à l’instar des modernistes en Barolo (Elio Altare, Renato Ratti, …). Cette vision est complémentaire à celle des meilleurs traditionalistes, comme Lopez de Heredia et La Rioja Alta.

La cuvée Sela est récente: le premier millésime a été élaboré en 2008. Sela, c’est en quelque sorte le P’tit Roda, celui qui peut se boire dès sa sortie sur le marché et sans avoir dû plonger profondément dans son portefeuille.

Vignes plutôt jeunes (tout est relatif: de 15 à 30 ans), utilisation proportionnelle de la barrique. Moins d’élevage que ses grands frères Roda Reserva et Roda I Reserva. Cela dit, le millésime 2017 n’est sorti que récemment, le vin repose longuement en bouteilles dans les caves de Roda, après passage de 12 mois en barriques de différents âges.

Roda, Rioja, Sela 2017: magasin

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colis-découverte: 6* España

colis 6 bouteilles, disponible dans le magasin

Question: comment s’y retrouver entre toutes ces régions, appellations et cépages ?

Réponse: voici le colis-découverte, 3 blancs et 3 rouges:

  • Catalogne, Albet i Noya, Penedes, 3 Macabeus (cépage: macabeu)
  • Castille-et-Leon, José Pariente, Rueda (cépage: verdejo)
  • Valence, Mustiguillo, Mestizaje (cépages: merseguera 70% + …)
  • Rioja, Artevino, Salbide (cépage: tempranillo)
  • Castille-La Mancha, Envinate, Albahra (cépage: tintorera 70% + …)
  • Castille-et-Leon, Raul Perez, Bierzo, Ultreia Saint-Jacques (cépage: mencia)

Cela se commande dans le magasin ou par e-mail, avec la mention « colis Espagne ». Prix: € 73,40. Commande: au plus tard, le mardi 25 août. Mise à disposition: fin août 2020.

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La mencia de Bierzo

Bierzo à gauche, Bierzo à droite… tout est dans la nuance !

Voici un cépage fortement local et une appellation de plus en plus médiatisée. Nous sommes aux confins de la Castille Y Leon et de la Galice, côté castillan. Le nord-ouest de l’Espagne, loin des flux touristiques et des plages méditerranéennes. En zone verte du point de vue du SPF Affaires Etrangères, du moins à l’heure à laquelle j’ai vérifié…

Je me plonge à l’instant dans un ouvrage certes recommandable, mais publié lors d’un siècle révolu. Donc, en 1998, Hugh Johnson écrit: El Bierzo, région du nord de Leon, délimitée en 1990. Voilà, c’est tout. Quant au cépage mencia, entre malbec et merlot, il n’y a rien, nada. Un peu plus récemment (guide publié en 2005), José Peñin indique que Bierzo compte 45 Domaines, pour une production de 50.000 hectolitres de vin, destinée à 94% à une consommation locale, hispano-espagnole. Bref, pas de quoi fouetter un gato.

Le temps s’écoule. J’en reviens à des lectures contemporaines. En 2020, le même José Peñin compte 77 Domaines en Bierzo, plus de 80.000 hectolitres produits et surtout 37% de vins exportés. Les exportations ont donc été multipliées par 10 en quinze ans. Hugh Johnson écrit à présent: Bierzo, mencia grapes on slate soil make crunchy Pinot-like red. Best sites are high altitude, made without much oak. Styles/quality are uneven. Best advice: follow the producer. Look for DESCENDIENTES DE J. PALACIOS, RAUL PEREZ, plus Dominio de Tares, Losada (…).

Il s’est manifestement passé quelque chose. Retenez en particulier le nom de Raul Perez, j’y reviens un peu plus bas.

Quelques mots d’abord au sujet de la mencia (avec l’accent tonique sur le i), cépage de Castille, sans doute originaire de la région de Salamanque et que l’on retrouve également au Portugal, sous le nom de Jaen. A vrai dire, ce raisin méconnu et mystérieux a été associé au cabernet franc, au pinot noir, parfois même au grenache. Quod non. Les études ampélographiques les plus récentes excluent toutes ces possibles parentés, vu que les ADN respectifs n’ont rien à voir les uns avec les autres.

Outre Bierzo, la mencia pointe le bout de son sarment en Galice toute proche (appellations Ribeira Sacra, Valdeorras, Monterrei) et en Dão, du côté lusitanien. Ce n’est pas un raisin facile: le vigneron a tout intérêt à être attentif pour vendanger au moment exact qui permettra d’équilibrer alcool et acidité, les vieilles vignes se chargeant quant à elles de limiter naturellement les rendements.

Qu’est ce qui est supérieur à une mencia de Bierzo ? Deux mencia de Bierzo. La comparaison est rendue aussi pertinente que possible: même millésime (2018) et même degré alcoolique (13,5%). Les similarités l’emportent sur les différences: tout est dans la nuance.

Pour commencer, voici la mencia du Domaine Maquina & Tabla. Autant le dire toute de suite: c’est un vin nature. Pour rappel, cette caractéristique n’est ni une raison pour le verser à l’égout en hurlant d’horreur, ni une raison pour lui ériger une statue, en entonnant un cantique. C’est juste une absence de sulfite ajouté.

Les lecteurs attentifs se souviendront que j’ai déjà fait goûter d’autres cuvées du même Domaine en février. Le fait est que les vins sont en général du type rock’n’roll en do majeur, ce qui constitue par la même occasion une mise en garde et une invitation à les goûter avant tout achat massif.

Oriol Illa et Susana Pastor sont toujours oenologues et toujours catalans. Ils se sont exilés à l’autre bout de l’Espagne dès 2012 pour y rechercher des vignobles particulièrement anciens, qu’ils louent à des dames âgées, parmi lesquelles une certaine Leonila. La cuvée s’appelle Laderas de Leonila, en français « Les coteaux de Leonila ». On pratique la biodynamie, mais les étiquettes -au demeurant très personnelles- n’en pipent mot.

Laderas: la dégustation

Couleur dense et jeune, reflets violacés. Nez sur la cerise et le cacao. Nuance d’encens. Bouche peu tannique, nordiste et atlantique, évoquant le cabernet franc. Vin sérieux et frais. Moins rock’n’roll que les autres cuvées du Domaine. Plus on goûte, plus l’élégance prend le dessus sur une légère rusticité initiale. Beaucoup d’énergie. La vinification « nature » me paraît indétectable.

Maquina & Tabla, Bierzo, Laderas de Leonila 2018 – magasin

Revenons-en à Raul Perez. Né en 1972, tout petit déjà, il batifole dans les vignobles familiaux, en en temps où les vins n’étaient même pas mis en bouteilles. Doté d’un cerveau de belle facture, il envisage de faire des études de médecine, mais, sous une légère pression familiale, il entame plutôt des études d’œnologie et les réussit. Revenu au Domaine, il met en oeuvre progressivement une série de changements puis bénéficie des conseils d’Alvaro Palacios, l’homme qui a fait sortir Bierzo de l’anonymat.

Raul Perez en version sauvage

Mais Raul ne copie pas le « style Palacios », il développe le sien, à base d’une dose magistrale d’intuition. Il travaille en biodynamie (sans mention sur les étiquettes). Ses vins sont remarqués, en Espagne, puis partout sur la planète. Il est invité à conseiller une belle série de Domaines, en Espagne et ailleurs. Ses cuvées haut-de-gamme accumulent les récompenses. En mars 2019, le magazine anglais Decanter pose la question qui tue: Is Raul Perez the world’s best winemaker ? Sacré parcours…

Bien sûr, les cuvées haut-de-gamme se négocient à des tarifs proportionnels à la rareté des flacons et à la notoriété de leur géniteur, néanmoins sans excès risible: comptez € 50 à € 60, tarif chez l’importateur en Belgique. Mais il y a une excellente nouvelle portant le joli nom de Ultreia Saint-Jacques. 100% mencia, 100% millésime 2018, 100% Raul Perez, proposée à un tarif particulièrement attractif.

Ultreia est une interjection moyenâgeuse qui exprime la joie, en particulier pendant le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Ultreia: la dégustation

Couleur dense et jeune, reflets violacés. Nez sur la cerise et le cacao. Ce qui précède n’est pas une coquille, mais l’expression d’un air de famille très marqué entre les deux cuvées. Néanmoins, autant j’évoque la fraîcheur et le caractère septentrional/atlantique de Laderas, autant je souligne chez Ultreia un tempérament légèrement plus sudiste, plus rond, plus fondu. Belle densité, texture policée. Quelque chose qui pourrait rappeler le pinot noir. Classicisme et équilibre. Le recours au bois est peu impactant (8 mois en grands foudres).

Raul Perez, Bierzo, Ultreia Saint-Jacques 2018: magasin

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Catalogne

Voici le premier chapitre de l’offre consacrée à l’Espagne. En ce radieux 28 juillet, le jour d’après CNS, nul ne peut prévoir où nous en serons le samedi 22 août, journée consacrée à l’espagnole gustation. Jusqu’à preuve du contraire, je maintiens cette opportunité de partager un bon moment autour du bar.

Catalogne, donc. Penedès (près de Barcelone) en blanc, Priorat (près de Tarragone) en rouge. Deux appellations emblématiques de la région, méditerranéennes par obligation géographique.

Le Domaine Albet i Noya se situe à Sant Pau d’Ordal, en plein cœur de la région où s’élabore le Cava. Notons au passage qu’Albet i Noya propose plusieurs bulles, mais aucune d’entre elles n’est commercialisée sous l’appellation Cava. Cava est aujourd’hui un mot magique (en particulier en Flandre) et un mot maudit (les meilleurs Domaines quittent l’appellation, les uns après les autres). Si vous vous intéressez aux meilleures bulles catalanes, jetez un œil sur: Classic Penedès et Corpinnat.

Albet i Noya se décrit lui-même comme pioners en vinyes i vins ecològics (le catalan, c’est facile, non ?). Ils ont vraiment le droit de revendiquer ce rôle de pionnier en vignobles et vins écologiques, dans la mesure où ils s’y sont mis dès …1978. On dira qu’ils ont engrangé une expérience certaine dans cette matière.

Je vous propose la cuvée 3 Macabeus en millésime 2018. Un blanc issu à 100% du cépage macabeu (la logique est décidément implacable). Trois parcelles de vieilles vignes, plantées entre 1960 et 1973, dont les raisins sont vinifiés séparément, avant assemblage des vins au moment de la mise en bouteilles.

Le nez est citronné, joyeux, ouvert. Il pourrait évoquer l’Alsace, un pinot blanc allemand ou un grüner veltliner autrichien. En bouche, c’est savoureux, avec du citron, de la mandarine et de la pomme verte. Un peu de caillou. Une nuance florale (rose) en finale. Belle vivacité. Ni amertume, ni alcool dominant l’équilibre. C’est un vin sec, polymorphe, direct, consensuel, d’un profil appelant des accords très variés. Bel apéro.

Albet i Noya, Penedès, 3 Macabeus 2018: magasin

Priorat. Il y a 50 ans, l’appellation avait pratiquement disparu. Jusque à la décennie ’80, on y produisait du vin, très alcoolisé, souvent oxydatif, à usage essentiellement local. Peu de vins étaient mis en bouteilles.

Il a fallu la détermination, le flair et la patience d’un petit groupe de passionnés pour ressusciter ce vignoble de grande notoriété. Qui voudrait en effet s’installer dans ces paysages d’une douloureuse intensité, rudes, montagneux, soumis à des vents violents et éloignés de tout ?

Dès 1995, la communauté des amateurs de vin murmure à l’oreille de qui veut bien écouter qu’il se passe quelque chose dans ce coin perdu du sud de la Catalogne: on découvre alors Clos Mogador, Cims de Porreira/Mas Martinet, Alvaro Palacios, Clos de l’Obac. Des vins surpuissants, noirs, dominateurs, impossibles à ignorer tant ils bousculent les certitudes et les acquis. Les prix s’envolent bien vite. Au printemps 2001, j’organise une dégustation d’une dizaine de Priorat: pour les meilleurs vins, les notes dépassent les 17/20. Les vins sont fascinants …et ils plaisent !

Le Mas d’en Gil fait partie de la deuxième génération des Domaines installés en Priorat. Pere Rovira achète le Domaine en 1998 et change tout ce qui peut l’être. Il se retrouve en particulier à la tête d’une dizaine d’hectares de vieux carignans et de vieux grenaches (plantés vers 1958), un vrai trésor. En 2000, les premiers vins font leur apparition sur le marché: Coma Vella et Clos Fontà. Ces deux cuvées haut-de-gamme existent toujours.

Bellmunt del Priorat, 296 habitants

Aujourd’hui, les Priorat ont trouvé leur place au panthéon des meilleurs vins espagnols. Mais ils ont évolué aussi, donnant progressivement plus d’importance à la buvabilité et à la finesse. En 2000, c’était passage en force; en 2020, il y a comme une dose de subtilité, de diplomatie, de bonnes manières pour pimenter la puissance.

La cuvée Bellmunt est un vin issu essentiellement de jeunes vignes de grenache et de carignan (plantation en 1994 et 1998). Je vous le propose en millésime 2016, à savoir le millésime actuellement commercialisé par le Domaine. 2016 a engendré des vins plus frais que solaires, avec un alcool maîtrisé (14%). Le terroir est schisteux, les ardoises locales portant le nom de llicorella (avec deux « l » pour lettres initiales).

diverses llicorella

En dégustation, ce vin m’a semblé noble, serré et sérieux. Une élégance classique, une volonté de fuir les extravagances et les excès. Le vin est structuré par de fins tannins. Cerise et épices. Le boisé joue son rôle, avec mesure et réserve. Je me suis demandé si je pouvais être en Provence. En Provence, pas dans le Rhône.

L’équilibre est magistral, les saveurs douces et fraîches se répondent l’une l’autre et se fondent en un vin déjà harmonieux. On est loin des Priorat hénaurmes qui ont marqué la fin des années ’90 et le début du nouveau siècle. Ne pas servir trop frais, sous peine d’une pointe d’austérité.

Mas d’en Gil, Priorat, Bellmunt 2016: magasin

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Espagne en dégustation

Je prépare donc une dégustation de vins espagnols pour le samedi 22 août. Bien sûr, les circonstances m’obligent à faire preuve de prudence. Nous verrons bien en temps opportun ce qui est possible et raisonnable.

La formule pourrait s’inspirer de ce que je vous avais proposé en juin, en tenant compte de ce qui doit être amélioré. Si la météo le permet, il serait également possible de déguster sur la terrasse, en respectant les règles de distanciation physique.

D’ici au 22 août, les cuvées sélectionnées apparaîtront progressivement dans le magasin: n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil !

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brocart

Comme de la soie, brodée de fils d’argent. Nez intense, floral et épicé. Bouche d’une texture extrêmement raffinée, sensuelle et voluptueuse.

Majoritairement grenache (70%), subtilement complexifié par quelques raisins de cinsault (20%) et de carignan (10%), ce vin au degré élevé (14,5%) porte sa richesse avec beaucoup d’élégance. Fine structure tannique, déjà fondue. Concentration et longueur.

Si vos goûts personnels vous portent exclusivement vers l’austérité des monastères les plus cisterciens, celui-ci pourrait ne pas vous convaincre. Dans le cas contraire, laissez vous séduire par ce somptueux Grand Pas de velours. Luxuriance plateresque, voire manuéline.

Attention, c’est addictif.

Domaine du Pas de l’Escalette, Terrasses du Larzac (Languedoc), Le Grand Pas 2018. Sur commande chez Anthocyane au prix de € 29.

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Julien Bréchet à Gigondas

J’ai pris l’habitude d’écrire. En essayant, avec plus ou moins de bonheur, de raconter ce qui est vrai, sans tomber dans l’explication technique, froide, austère et, pour tout dire, chiante sachant que mon lecteur n’a pas la vocation de devenir un professionnel du vin.

A moi de débroussailler, de ramener le discours à son essence, de repérer l’anecdote pertinente, de faire jaillir l’humain derrière la grappe. A moi de faire la part des choses entre la mode insignifiante et la nouveauté qui mérite d’être connue, voire promue.

Il m’arrive bien souvent de pester face aux sites Internet de vignerons français, manifestement peu concernés par leur image et peu soucieux de partager une information récente qui éclairererait l’amateur curieux.

Alors, soyons beau joueur: il y a des exceptions à ce constat. Des sites Internet qui sentent le réel, le vécu, le ressenti. Des vignerons qui expliquent si bien qu’il serait vain de vouloir les paraphraser.

Je laisse donc très volontiers la parole à Julien Bréchet, vigneron à Gigondas, au Domaine des Bosquets.

J’avais envie d’un site assez personnel, digeste, qui ait du sens. Un site qu’on lit en entier, comme un bouquin.

Ce site est donc pensé comme un propos autour de ce qui fait l’ADN du domaine. Le ton est volontairement intimiste, et sans langue de bois. Il est agrémenté d’anecdotes, de points de vue, de moments marquants, qui ont jalonné notre parcours. Je n’ai pas cherché à rendre les choses différentes de ce qu’elles sont.

J’ai misé sur le fond, pas forcément sur la forme. L’important, ce n’est pas le contenant, c’est ce qu’il y a dedans…

Dans ce bastion rhodanien de l’assemblage, on s’est très vite mis à travailler à la bourguignonne, ce qui peut paraître paradoxal. Le parcellaire est devenu notre vision, l’expression du terroir notre religion. Je n’aime pas l’idée d’une cuvée spéciale. Mélanger les meilleures parcelles pour faire bon n’a aucun intérêt si cela n’a aucun marqueur de terroir, mais ce n’est que mon avis. Faire un vin non reproductible, et unique, là ça m’intéresse…

Mais au début l’idée n’était pas de faire différemment des autres, mais simplement de notre mieux. Et faire de notre mieux, ça nous a conduit à faire différemment. La pierre angulaire des Bosquets, c’est la diversité. Alors on a commencé à tout décortiquer pour comprendre…

On a donc refondu les processus de vinification, avec l’instauration de la vinification parcellaire, la rénovation du chai souterrain pour les élevages, et enfin, en 2016, l’aboutissement de cette pensée avec la création d’un atelier de micro-vinification en plus du chai originel. 7 ans plus tard, on est passé de 1 vin à 6… On explore.

Je reste persuadé que sur une appellation comme Gigondas, on peut faire 1000 vins différents. La diversité est partout. Altitude, orientation, sols, sous-sols, exposition au vent, au soleil, à l’influence des bois, bref… Tout demande d’aborder les choses dans le détail.

On va donc continuer à explorer. Et qui sait, peut être qu’un jour, comme me l’a prédit un immense vigneron des terroirs frais et sablonneux de Châteauneuf-du-pape, quand j’aurai maîtrisé suffisamment tous mes terroirs, je passerai à l’étape de composition, et ne ferai plus qu’un vin…

Au début, mes vins étaient probablement un peu trop extraits, un peu trop mûrs, un peu trop boisés. Un peu trop tout, en fait, mais ils tenaient debout quand même. Ils plaisaient énormément, mais pas pour les bonnes raisons. Ils plaisaient parce qu’ils étaient impressionnants. Ce n’était pas ce que je voulais. Mais à cette époque de mon histoire, ça m’a permis de faire connaitre un peu mieux le domaine, grâce à la presse.

Et puis après 2 ou 3 millésimes, ce qui en ressort, c’est qu’un tout petit geste fait au bon moment peut être extrêmement efficace. Il faut être mesuré et juste. Aux Etats-unis, ils ont un dicton: « Less is more… ». C’est Phil Cotturi, le pape de la viticulture en Sonoma et Napa, qui m’a expliqué ça. Je trouve ça très juste.

C’est un peu comme la musique. Si on l’écoute trop fort, on passe à coté d’énormément de détails. Et quand on baisse un peu le volume, parfois, tout devient plus audible, et on ressent des choses jusque là imperceptibles.

J’espère que ces quelques paragraphes vous donnent envie d’en lire plus. Bonne nouvelle, c’est facile et gratuit. Allez jusque ici et laissez-vous porter par la plume agile et acérée du vigneron. J’ai l’intuition que nous n’avons pas fini d’entendre parler de Julien Bréchet.

Anthocyane vend deux vins élaborés par le Domaine des Bosquets: voir le magasin. De vrais vins du sud (on n’essaye pas de faire passer Gigondas pour la banlieue de Beaune), avec du flair et un équilibre qui ne laisse pas l’alcool jouer au chef d’orchestre. Dans ce coin de France, ce n’est pas si courant.

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Château Le Puy: Bordeaux …or not Bordeaux ?

La réponse à cette question est évidente: c’est un Bordeaux, en appellation Francs Côtes de Bordeaux, à quelques encablures au nord-est de Saint-Emilion. L’assemblage se compose de 85% de merlot, complété par les frères cabernets et épicé par le malbec, ce qui est en tous points conforme à ce que l’on attend d’un Bordeaux de la Rive Droite.

Seulement voilà. Ce n’est pas aussi simple. Des rebelles, il y en a partout, même à Bordeaux, réputée bourgeoise et bien-pensante. Des vignerons qui décident de faire leurs vins, en dépit des modes, des habitudes, des oukases œnologiques, des regards en coin et des moues dubitatives.

Je vous aurai prévenu. Si vous aimez le Bordeaux tel qu’on le fait généralement aujourd’hui, avec beaucoup de tout (couleur, alcool, boisé, euros, …), je vais vous perturber en vous initiant à l’antithèse de ce qui précède.

Le Bordeaux infusé en opposition avec le classique Bordeaux (sur)extrait. C’est une simplification, certes, mais elle est parlante. Malgré le très chaud millésime 2015, Émilien est frais, élégant et floral. Le degré d’alcool ? 13%. Le même bouleversement climatique affecte Le Puy que les châteaux des collègues qui affirment pourtant qu’il leur est aujourd’hui impossible de vinifier à moins de 14,50% voire 15%. Comme quoi.

La famille Amoreau, propriétaire de père en fils depuis 1610, fait le vin non pas comme il y a 30 ans, mais comme il y a un ou deux siècles. C’est-à-dire sans utiliser la moindre poudre de perlimpinpin. Juste une petite goutte de sulfite lors de la mise en bouteilles.

L’élevage ne fait appel à aucune barrique neuve, le choix se portant sur le foudre et la barrique de plusieurs vins. Pour la cuvée Émilien, c’est uniquement le foudre.

Ce style permet-il la garde en cave ? Le Domaine vend encore des bouteilles des années ’70 et ’80 du siècle passé. Est-ce une réponse satisfaisante à la question ?

On affirme parfois que les vins de Le Puy sont les meilleurs Bourgognes élaborés à Bordeaux. Ou encore que Le Puy est un domaine bio …depuis 1610.

Le Domaine a, enfin, fait son entrée dans le Guide Vert de la RVF qui lui a immédiatement attribué une étoile. Comme chez Michelin, c’est une pratique rare. Une façon de reconnaître qu’on aurait pu être plus attentif plus tôt ? Je me souviens très bien d’Émilien 2010 qui méritait déjà plein d’éloges !

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Émilien peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 27, pour mise à disposition le samedi 27 juin.

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Le Petit Vin des Bosquets

Carte en provenance de l’Atlas des Vins de France de Laure Gasparotto

En préparant la dégustation du 13 juin, je tombe -c’est indolore- sur le vin d’entrée de gamme du Domaine des Bosquets à Gigondas. Cela s’appelle Le Petit Vin des Bosquets, en appellation Vin de France. C’est un GSM équilibré (un tiers grenache, un tiers syrah,un tiers mourvèdre), issu de parcelles sur Gigondas (jeunes vignes) et sur Séguret.

On m’annonce des rendements faibles (25 hectolitres/hectare), une petite production (4.000 bouteilles), une vendange manuelle et 1 an d’élevage en cuve béton.

Mon pouce sert à camoufler le vin qui a coulé sur l’étiquette…

Le vin est direct, charnu, aguichant et juteux. C’est punchy avec de bons petits tannins. Fruit très extraverti, en veux-tu, en voilà !

Bien entendu, les 14% d’alcool sont perceptibles, ce qui pourrait peut-être lui nuire dans un exercice de dégustation à l’aveugle. Mais une fois le palais calibré pour apprivoiser la bête, on profite pleinement de la garrigue et du soleil. C’est de la joie en bouteille. Les soucis s’évanouissent comme par enchantement.

Avez-vous descendu un jour -il y a longtemps- l’escalier qui menait à la cave des « Vins du Rhône », succursale de Chaumont-Gistoux ? Vous souvenez-vous, par exemple, des vins de La Réméjeanne et de l’Oratoire-Saint-Martin ? C’est dans cette atmosphère un peu nostalgique que le Petit Vin des Bosquets m’a plongé…

On peut finir la bouteille, c’est dimanche !

Il se mettra volontiers au diapason de nos tables déconfinées. « Petit Vin » si l’on se réfère au prix (€ 9.90), bien plus grand vin si on se réfère au plaisir procuré ! On peut le garder quelques années, mais je suggère plutôt de lui faire un sort dès cet été !

Sur commande.

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Au jardin, Fatalone ou La Janasse ?

Voici deux vins rouges que je suggère de servir rafraîchis (pas frigorifiés) lorsque retentit l’appel du jardin ou de la terrasse. Pour différencier ces appels l’un de l’autre, sachez que le premier est plus floral et le second plus minéral.

La cuvée Teres 2019 du Domaine Fatalone est une originalité, une curiosité italienne qui ne sait pas très bien si elle est plutôt rouge ou plutôt rosée. A Bordeaux, cela s’appelle un clairet. En tous cas, il y a de la belle couleur, ce n’est pas un je-ne-sais-quantième rejeton de la famille des transparents-provençaux (NB: « transparent » ne signifie pas que papa soit devenu maman …soyez attentifs, merci).

On classera donc ce vin en rouge clair ou en rosé foncé, en fonction de l’humeur du dégustateur, de l’incidence de la lumière et de l’âge du vigneron.

En dégustation, c’est plein d’esprit, festif, bien sec et sans tannins. L’alcool est là (14,5%), mais -c’est une caractéristique de tous les vins du Domaine- parfaitement équilibré par une bonne acidité. Attention quand même, cela se boit sans soif…

Vignes de 30 ans, plantées à 350 mètres d’altitude, là où commence le talon de la botte. 100% primitivo. Rendements très faibles (10 hl/ha). Vin bio. J’en ai en stock en ce moment à € 12 les 75 cl.

Le Domaine de La Janasse est un grand nom du Rhône Sud, solidement campé sur ses deux étoiles en le Guide des Meilleurs Vins de France, édition 2020, page 658. Le Domaine se compose de parcelles en appellation Châteauneuf-du-Pape et de parcelles contiguës à Châteauneuf-du-Pape, en appellation Côtes-du-Rhône.

Je partage l’opinion du Guide ci-devant cité lorsque celui-ci indique que:

les vins sont d’un style opulent, parfois un peu trop chaleureux lors des millésimes solaires.

De plus, les cuvées haut-de-gamme sont tarifées à la hauteur de leur prestige et de l’appétit vorace d’une clientèle internationale à la recherche des notes P..ker les plus maximalissimes.

Quelle n’est donc pas ma joie -et ma surprise- lorsque je goûte le « petit » Côtes-du-Rhône en millésime 2018: celui-ci, goûtu et intense comme prévu, se révèle aussi frais, énergique, précis et agréablement poivré. Chouettes petits tannins. C’est un vrai compagnon méditerranéen (il n’essaye pas de se faire passer pour un espion venu du froid), mais sans les excès du cagnard.

S’apprécie tant sur la viande blanche que sur la viande rouge. Et la ratatouille, très bien ! Servir un peu frais, de façon à ce qu’il monte progressivement en température au cours du repas.

Multi-assemblage (grenache, syrah, carignan, mourvèdre, cinsault) dans lequel la syrah apporte vraiment un plus. Ce n’est pas certifié bio, mais il n’est fait usage ni de pesticide, ni d’insecticide, ni de désherbant. Jeunes vignes, sauf le carignan (60 ans). 20% de la vendange n’est pas éraflée. Élevage en foudres.

J’en ai en stock en ce moment à € 10 les 75 cl. Cela vaut largement son prix.

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blanc rouge

Les colis de dégustation…

…sont toujours disponibles !

En deux mots, je vous propose un colis de 6 vins blancs secs différents, tous issus du millésime 2018 (€ 77,50) ainsi qu’un colis de 6 vins rouges différents, tous issus du millésime 2019 (€ 75,50).

Une bonne façon de découvrir mon offre, de comparer différents styles et de vous forger des préférences.

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domaine rouge

Bernard Baudry, l’incarnation du Chinon

Matthieu et Bernard Baudry

Bernard Baudry recherche la dimension soyeuse et civilisée des chinons, tout en restant au plus près de leur expression de terroir. Cette démarche qu’il poursuit désormais avec son fils Matthieu, se double d’une certification bio. Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. Le Domaine est noté **.

Grande famille de Cravant, les Baudry travaillent en duo: Bernard s’entend à merveille avec son fils Matthieu. Ils ont bâti leur réputation sur des cabernets francs de garde, séveux, denses et longs, dans un domaine qui compte 30 hectares dont deux de blancs. Le Guide des Vins bettane+desseauve, édition 2019. Le Domaine est noté ***.

Cap sur la Loire et les chinons du Domaine Bernard Baudry.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une précision: la cuvée dite « Domaine » n’est pas la cuvée d’entrée de gamme, ce statut étant plutôt l’apanage de la cuvée « Les Granges », vin fruité et gourmand à déguster dans sa jeunesse. « Les Granges » est issu des vignes plantées dans les alluvions constituées par la Vienne, affluent de la Loire.

Traditionnellement, la Loire est une région où l’effet millésime joue un rôle important. En pratique, les derniers millésimes ont tous été chauds: c’est vrai pour 2015, 2016, 2017 et 2018.

Comme d’autres villages ligériens, Chinon a été durement touché par le gel des 26 et 27 avril 2016. Comme l’hiver avait été doux, les bourgeons ont méchamment dégusté, avec comme conséquence une forte réduction des rendements et donc du volume. Par contre, dès la fin juin, les conditions météo ont été franchement favorables, ce qui a contribué à la remarquable qualité de ce millésime.

Dégustation comparative: « Domaine » 2016 et « Les Grézeaux » 2018

Le même vigneron, le même cépage (100% cabernet franc), quelques kilomètres entre les parcelles et pourtant, deux vins aux profils fort différents.

« Les Grézeaux » affichent une couleur dense, franchement violacée. Le nez est riche et met en appétit. La bouche est soyeuse, riche en fruits et surtout pulpeuse, presque comme la pulpe dans un jus d’oranges fraîchement pressé: une densité qui en met plein les papilles. Ce vin issu de vieilles vignes (+/- 60 ans) est élevé en barriques anciennes qui oxygènent sans marquer aromatiquement.

C’est bien mûr (13,5%) avec une structure tannique assez légère et beaucoup d’élégance. Difficile de ne pas sourire pendant la dégustation d’un tel vin, difficile de ne pas s’en resservir. A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des meilleures cuvées du Domaine Frédéric Mabileau (St-Nicolas-de-Bourgueil).

« Domaine » présente une robe d’un beau rouge franc, sans reflets violacés. Le nez est floral, poivré, précis. La bouche est structurée, construite sur le couple tannins/acidité. Le vin est dense et énergique, peu marqué par la douceur de l’alcool (12,5%). On sent qu’il est au début de la phase de maturité: aujourd’hui, je suggère de le carafer. Ce vin est sans doute plus cérébral que « Les Grézeaux », mais je soupçonne une grande capacité à vieillir harmonieusement, en se détendant progressivement. « Domaine » est un vrai vin ligérien, de profil plutôt nordiste, malgré la canicule de l’été 2016. L’équilibre est souverain.

A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des cuvées du Domaine de La Chevalerie (Bourgueil). Prenez cette comparaison pour ce qu’elle vaut: une simple indication, manquant certes de précision.

Constat: les vins étaient très bons hier soir. Ce midi, ils sont excellents ! Une fois de plus, une bouteille ouverte depuis une bonne douzaine d’heures se révèle supérieure à la bouteille ouverte à l’instant. Le cabernet franc respire et libère tous ses parfums …quand on lui en donne le temps !

« Domaine » 2016 est en stock chez moi au prix de € 13. « Les Grézeaux » 2018 est disponible sur commande au prix de € 17.

« Les Grézeaux » est en dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable.

La ville de Chinon, aux pieds de la forteresse

Sont également disponibles sur commande: « Domaine » 2018 à € 14 et « Le Clos Guillot » 2017 à € 22. Ce dernier vin a obtenu la note de 17/20 dans Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. « Le Clos Guillot » est un voisin du Chêne Vert (Charles Joguet) et du Coteau de Noiré (Philippe et Pierre Alliet). Les vignes ont été plantées entre 1993 et 2000. L’élevage est effectué en barriques anciennes. C’est assurément un beau vin de garde, susceptible de vieillir 10 à 15 ans.

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Le ciel et la terre

Ce jeudi soir, j’ai applaudi les artistes. Admiration pour le travail de Holger Koch et de Thierry Glantenay.

Le premier est un vigneron allemand (Baden, pas bien loin de Colmar), spécialiste des pinots noir gris et blanc, qui a créé son domaine en 1999 sur 8 hectares. Le second est un vigneron bourguignon qui possède, sur 7 hectares, plusieurs belles parcelles en Volnay 1er cru, Volnay, Pommard et Puligny-Montrachet.

Grâce à la générosité d’un importateur, dialogue entre le pinot noir Réserve 2014 de Koch (13%) et le Volnay 1er cru Les Santenots 2016 de Glantenay (13%).

Réserve est une sélection des meilleurs raisins, issus de différentes parcelles sur le Kaiserstuhl, un volcan éteint. C’est le sommet de la gamme. La fermentation est réalisée pour partie en grappes entières. L’élevage se fait en fûts de 300 et 500 litres, pendant un peu plus d’un an.

Les Santenots ont la particularité de se situer entièrement sur la commune de Meursault: c’est donc un Volnay de Meursault ! Attention, si un vin blanc est élaboré avec des raisins issus de cette même aire, il sera baptisé Meursault. Je m’arrête là, mais la réalité est encore plus complexe que ce qui précède.

Précision supplémentaire, le vin de Glantenay est un Santenots-Dessous, situé en face du Clos des Santenots, monopole du Domaine Prieur. Vignes de 25 ans. La fermentation est réalisée pour partie en grappes entières. Élevage en fûts, dont +/- 20% neufs, pendant 16 mois.

Les présentations sont faites, le spectacle peut commencer. Trois coups, le rideau s’ouvre.

Les robes des actrices sont fort différentes: pâle et un peu évoluée chez Koch, plus dense et moins évoluée chez Glantenay. Je ne pense pas que la petite différence d’âge soit la seule explication.

Holger Koch

La diction du Koch est d’une précision rare, comme une transparence absolue entre ce qui se passe sur la scène et la perception du spectateur-dégustateur. Le jeu est merveilleusement délicat, le boisé très bien intégré. Ce vin est une plume, un souffle. L’intensité volcanique sans le muscle. Les tannins sont virtuels, presque abstraits: on les imagine plus qu’on ne les goûte. Acidité et fine amertume font la paire, évoquant le pamplemousse rose. Esprit de pinot noir. Ce vin fuit le sol, il monte vers le ciel.

Thierry Glantenay

Voici la réplique du Glantenay. Le fruit est intense, juteux. Le boisé est un élément du décor, la musique est épicée, quasi-orientale. De la cerise et de la mûre. Il y a de la densité, de la noirceur, de la puissance et du tannin. Ce n’est pas tout-à-fait le « Chambolle de la Côte de Beaune »: il y a de la force par-delà l’élégance. Là où Koch est à parfaite maturité, Glantenay mériterait assurément un peu de garde, pour une reprise du spectacle durant une saison future. Jus de pinot noir. Ce vin est le sol, il est solidement campé sur la terre.

Bon, avant de tomber dans la béatitude …pas de bémol ? En cherchant bien, une pointe de sécheresse dans les tannins du Volnay et une sorte de fragilité à l’air du Réserve ?

weingut Holger Koch

Bien sûr, les commentaires ci-dessus sont relatifs: l’un est « plus » ceci, l’autre est « moins » cela. Il suffirait de remplacer une actrice par une consœur pour modifier le texte. C’est une description de l’interaction. En cela, elle est unique: la valeur du spectacle vivant – live.

Ces vins sont commercialisés en Belgique juste sous la barre des € 60. Je crains qu’ils soient épuisés chez l’importateur. Par contre, les millésimes suivants (Koch pinot noir Réserve 2015 et Glantenay Volnay 1er cru Santenots 2017) sont disponibles en très petites quantités. Me contacter si intérêt.

Les autres vins de ces vignerons sont tout aussi recommandables, dans leurs catégories respectives. Je pense en particulier au pinot blanc 2018 d’Holger Koch: j’en ai pour le moment en stock au prix de € 13. Le « simple » pinot noir Kaiserstuhl 2018 est vendu à € 13,50 (sur commande).

Le « simple » Bourgogne 2017 de Thierry Glantenay est disponible sur commande (€ 22), ainsi que son Volnay 2017 (sur commande, € 37).

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dégustation rouge

Alternative: déguster chez soi (épisode 2)

6 vins rouges du millésime 2019

Pas de dégustation autour du bar d’Anthocyane pendant les prochaines semaines. Malheureusement.

Alternative : pourquoi ne pas acheter maintenant une seule bouteille de quelques vins de stock et revenir vers moi pour acheter plus tard quelques bouteilles du vin/des vins qui vous plaisent le plus ?

Exemple : 6 rouges du millésime 2019 pour € 75,50 (cépages: gamay, primitivo, grenache, syrah, carignan, corvina). On se promène (de gauche à droite) des Pouilles vers le Languedoc, du Massif Central à la Vénétie, du Roussillon vers les …Pouilles, pour boucler la boucle).

Composition du colis de 6 bouteilles:

Teres est une nouveauté dans la gamme de la cantina Fatalone, sise dans les Pouilles. Je fis maintes fois l’éloge des cuvées classique et Riserva, en appellation Gioia del Colle: des vins qui combinent un muscle conséquent (15%) avec une étonnante fraîcheur.

Teres est le petit frère que l’on qualifiera de rouge clair ou de rosé foncé, en fonction de l’humeur du dégustateur, de l’incidence de la lumière ou de l’âge du vigneron. Un clairet, peut-être ?

C’est en tous cas la version estivale du primitivo, idéale pour le jardin ou la terrasse, à servir frais.

Vignes de 30 ans, plantées à 350 mètres d’altitude, là où commence le talon de la botte. Rendements très faibles (10 hl/ha). Vin bio. J’en ai en stock en ce moment à € 12 les 75 cl.

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C’est le printemps, 18 vins en stock !

Les circonstances sont ce qu’elles sont. Aucune intention de vous imposer une promiscuité dégustatoire que la virologie réprouverait. Déguster serait-il en passe de devenir dégoûtant ?

Je ne me vois ni installer un mur en plexiglas sur le bar, ni rincer mes verres au gel hydroalcoolique, ni enfoncer un écouvillon dans votre nez en guise d’accueil. Et je danse trop mal pour le bal masqué…

L’alternative ? Des petits flacons de 30 ml, remplis à ras bord, à déguster tranquillement chacun chez soi. A la réflexion, c’est potentiellement rigolo, mais ça ressemble surtout à une fausse bonne idée. J’écouterais néanmoins tout lecteur-pharmacien qui tenterait de me convaincre de la faisabilité.

Alors et en attendant mieux, privilégions la simplicité: 18 vins en stock qui n’attendent que votre passage par la rue des Chats. Comme je suis (très) souvent à la maison, un simple SMS/e-mail pour m’indiquer quand vous souhaitez passer et je prépare illico votre commande. Je vous la transmets en respectant une distanciation sociale de bon aloi, avec le sourire.

La liste des stocks est à jour: France, Italie, Allemagne, Autriche. Des nouveaux vins, des nouveaux millésimes et des classiques. Blanc-rouge-rosé. Entre € 10 et € 15.

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domaine rouge

Le Pas des Anges

Difficile de départager les duellistes. Ce Roussillon-Languedoc restera dans les annales mais il se conclut par un match nul. Le carignan n’a pas terrassé le cinsault. Et vice-versa.

A priori, deux cépages aux caractéristiques si différentes. L’énergie brutale du carignan, comme un cheval qui refuse le dresseur. La finesse, voire la délicatesse du cinsault, comme un cousin méridional du pinot noir.

cinsault à gauche, carignan à droite

Et pourtant, les cépages ne sont ici que des outils pour transmettre à l’heureux dégustateur les caractéristiques d’un lieu, les caprices d’un millésime et la vision de deux couples de vignerons inspirés.

Quand on compare, on a tendance à mettre en évidence les différences. Parfois, ce sont les ressemblances qui m’interpellent. Ces deux vins ont en commun une texture hautement civilisée, polie et soyeuse. Ce sont, l’un comme l’autre, les Nouveaux Classiques. Des vins du Sud qui s’assument comme tels sans que ni alcool ni élevage ne perturbent leurs équilibres hauts.

Reliefs 2015 du Roc des Anges est concentré, sérieux et séveux. Intense ? Yes ! Équilibré ? Yes ! Persistant ? Yes ! La démonstration du formidable potentiel des vieux carignans. En l’occurrence, les vignes ont été plantées entre 1911 et 1944…

Ze Cinsault 2018 du Pas de l’Escalette est zouple, zéduisant, zouriant, zensuel et zavoureux. Oui, on perçoit une certaine chaleur, elle enveloppe le palais dans une douceur harmonieuse, veloutée, sans fatigue. La dégustation est décidément un voyage…

Je voudrais vraiment partager ces deux belles bouteilles autour du bar, à la maison. Les commentaires des uns enrichiraient les perceptions des autres. On se battrait gentiment pour savoir si l’une ne mérite pas un demi-point de plus que l’autre. Puis on changerait d’avis à la seconde gorgée. Les circonstances décident que cela n’aura pas lieu.

Le Roc des Anges, Reliefs 2015, IGP Côtes Catalanes, 13.0%, bio et biodynamique (Biodyvin) – € 22,50

Le Pas de l’Escalette, Ze Cinsault 2018, IGP Hérault, 14.5%, bio et biodynamique (Biodyvin) – € 23,50

Marjorie Gallet, Le Roc des Anges

PS: je connais les commentaires d’experts qui évoquent la radicalité stylistique du Roc des Anges et qui se demandent si la beauté diaphane ne tourne pas à la maigreur rachitique. Je concède volontiers que les vins blancs du Domaine peuvent surprendre, voire ne pas plaire, vu leur étonnante septentrionalité. Par contre, ce Reliefs 2015 est radicalement impossible à cataloguer sous la rubrique « tannins pas mûrs », sauf à faire preuve d’une solide dose de mauvaise foi.

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Frédéric Mabileau, St-Nicolas de Bourgueil, 2011

deux personnages masqués: serait-ce prémonitoire ?

N’est-il point trop tard ? Aurais-je dû boire ceci il y a un lustre ? Suis-je condamné à sucer un squelette que la chair a fui ? Cette cuvée est-elle capable de mystifier le temps qui passe (inexorablement) ?

« Les Rouillères » ont balayé en quelques instants mes doutes existentiels. C’est du cabernet franc, c’est vinifié proprement, ça a été conservé à l’abri des canicules, des sécheresses, des tremblements et des méchants …ça résiste !

Bien sûr, je n’escomptais ni la queue du paon, ni l’explosion psychédélique des goûts et des couleurs. Attentes irréalistes, dégustation désillusionniste, selon le vieil adage ligérien que je viens d’inventer. Sachant qu’il s’agit d’une cuvée plutôt simple, on ne peut être que charmé par l’équilibre dans la verre et par la framboise très pure dans le nez. C’est élégant avec quelques petits tannins mignons et bien fondus pour finir sur une sensation énergique.

Frédéric Mabileau

Je suis d’autant plus touché que Le Domaine Mabileau produit -bon an mal an- 100.000 bouteilles de Rouillères. On est loin de la mini-parcelle hyper-bichonnée qui finit par accoucher d’une seule barrique. Les Rouillères, c’est la démonstration que l’on peut faire bon et beaucoup. Attention, rendements maîtrisés, il ne s’agit pas de faire pisser la vigne !

Et puis, ce flacon fait remonter les souvenirs à la surface: ce 2011, je l’ai reçu au Domaine, au printemps 2013, lors d’un « voyage d’étude » en Touraine. Après avoir goûté 2011, j’ai décidé d’importer 2012, puis 2013…

Domaine Frédéric Mabileau, à St-Nicolas-de-Bourgueil, Les Rouillères 2011. Vignes de 25 à 40 ans, vendange manuelle, vin issu de raisins de l’agriculture biologique, 12,5% et élevage en cuve inox.

Le Domaine est récemment passé à la biodynamie (Biodyvin).