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Samedi 27 septembre: on goûte !

-Deux matchs pacifiques :

°pinot noir bourguignon 2023 contre pinot noir allemand 2023

°cabernet franc du Saumurois 2021 contre cabernet franc de Touraine 2021

-Trois nouveaux domaines en Piémont, Loire et Languedoc
-Trois vins élaborés par un grand vigneron grec
-Quatre vins à € 13 ou moins
-Dix régions dans quatre pays
-Seize vins sur le bar

Le programme est complet et il regorge de propositions alléchantes ! Il y en a pour tous les palais. Seize occasions de se faire surprendre ou de confirmer une évaluation antérieure. Nouveaux domaines et nouveaux millésimes. Toujours de 10 à 18 heures, selon la formule habituelle. On échange et/ou on se concentre. On goûte tous les vins ou on fait sa sélection personnelle. On consulte les explications détaillées dans le magasin en ligne ou on se laisse guider par l’humeur du moment. Bref, on passe un bon moment. C’est en tous cas l’objectif de l’auteur de ces lignes.

Parking: n’oubliez pas de placer votre disque de stationnement. Il me revient que les sbires de la commune peuvent faire preuve d’un zèle excessif, même le samedi.

En cerises sur le gâteau, quelques nouveautés qui ne font certes pas partie du programme de la dégustation, mais qui méritent toute votre attention:

Domaine d’Aupilhac, Montpeyroux 2020: cette cuvée-phare est élaborée en majorité avec du mourvèdre et du carignan, cépages qui ont besoin de temps pour donner le meilleur d’eux-mêmes: d’où l’intérêt de ce millésime plus ancien, à point.

Domaine La Croix Gratiot, Picpoul de Pinet 2024: on goûte la cuvée Bréchallune du même Domaine, mais cette entrée de gamme est plus que sympathique et présente un excellent rapport qualité/prix. Un Languedoc blanc qui rime avec fraîcheur citronnée.

Mas des Chimères, Œillade 2024: le millésime 2023 a rencontré un large succès et ce 2024 est au moins aussi réussi: un cinsault charmeur, construit sur la finesse et le fruit. Avis personnel: ce 2024 est même meilleur que le 2023 !

La Madre, Vermouth, White Dry: un vermouth ? Un vin blanc muté et macéré avec des herbes amères ? Et alors ? Goûtez cette nouveauté catalane et on en reparle après. Produit artisanal n’ayant rien à voir avec les produits industriels, vendus en grande distribution.

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Oscars 2024

C’est le moment pour jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et procéder dans la foulée à la nomination des Oscars 2024: 71 vins ont été dégustés, en 5 dégustations (mars, mai, août, octobre et novembre). 38 vins en bio et biodynamie, soit 54% du total, pourcentage en forte croissance par rapport à 2023.

Au-delà des 71 vins en dégustation, 136 vins ont trouvé leur place dans la gamme, soit un total de 207 vins dont 75 vins français (36%), 50 vins espagnols (24%), 34 vins allemands (16%), 28 vins italiens (14%). Quelques vins autrichiens, grecs et portugais complètent ce tableau. Et même un vin américain, plus précisément un zinfandel californien.

Ont eu beaucoup de succès: le Mâcon-Verzé Le Chemin Blanc 2022 de Nicolas Maillet, le Valpolicella Classico 2022 de Speri, le Chablis Croix-aux-Moines 2022 de Denis Pommier, le Rias Baixas Cies 2022 de Forjas del Salnès, le Rosso di Valtellina Vesper 2021 du Convento San Lorenzo et le Côtes-du-Rhône rouge 2022 du Domaine des Bosquets.

NB: le succès est mesuré par le nombre de bouteilles vendues, mais aussi par le nombre de clients qui en ont acheté au moins une bouteille.

Et donc les Oscars 2024. Comme pour les Oscars 2023, j’ai relu mes notes, j’ai interrogé mes souvenirs, j’ai comparé, j’ai douté. Bien entendu, d’autres vins auraient pu décrocher une médaille. Comme aux Jeux Olympiques, cela tient parfois à un centimètre ou à une minuscule fraction de seconde. Bien entendu, c’est subjectif et plein d’émotions toutes personnelles.

Monte sur la troisième marche du podium, médaille de bronze, avec les félicitations du Jury (c’est-à-dire moi), prix spécial pour le meilleur vin blanc, représentant la Bourgogne: Le Chemin Blanc 2022, Mâcon-Verzé, Domaine Nicolas Maillet (100% chardonnay). Vous l’avez plébiscité, je partage votre enthousiasme ! La précision, l’éclat, la profondeur, la longueur, tout y est ! A mon avis, certains Puligny-Montrachet seraient bien ennuyés d’affronter ce vin du Mâconnais lors d’une dégustation à l’aveugle. Du même Domaine, du même millésime, le Bourgogne Aligoté vaut également son pesant de noisettes !

Grimpe sur la deuxième marche, médaille d’argent, avec les félicitations emplumées du même Jury, représentant la Loire: Saumur 2022 du Clos de l’Ecotard (100% cabernet franc). Raffiné, élégant, précis. L’habituelle robustesse du cabernet franc disparaît pour faire place à des tannins d’un grain exceptionnel, à une fluidité harmonieuse. Ce vin peut se passer du bœuf, mais s’en accommode avec brio.

Bondit sur la première marche, médaille d’or, avec les félicitations du Jury, la couronne de laurier, les tambours trompettes et vuvuzela, représentant la Lombardie: De Le Mur 2020 du Convento San Lorenzo en appellation Valtellina Superiore Sassella (100% nebbiolo). Cet italien qui se cache tout près de la frontière suisse est un vin de garde, mais la qualité de ses tannins permet de le goûter dès à présent, à l’aide de la carafe idoine. C’est parfumé, subtil, comme la bouteille de fer dans la chaussette de velours. Longueur salivante, fruit d’une grande noblesse, sérénité du sourire de celui qui déguste…

Voilà. Je vous souhaite à tous et à toutes d’excellentes fêtes de fin d’année et un millésime 2025 en tous points conforme à vos désirs et souhaits les plus fous.

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Compte-rendu

Samedi, c’était dégustation. Voici quelques commentaires personnels sur ce qui a été goûté, à l’attention particulière de ceux et celles qui avaient piscine et/ou poney.

Programme de la dégustation

Deux duos d’exception :

Deux cabernets francs de Loire que tout oppose : le style traditionnel de La Chevalerie et le style moderne de l’Ecotard.

La Chevalerie (Bourgueil) a besoin de temps pour fondre ses tannins, c’est d’ailleurs pour cette raison que le Domaine commercialise ses belles cuvées après quelques années passées en bouteilles dans leurs gigantesques caves en tuffeau. Ce 2018 est un vin puissant, terrien, un vin paysan dans le plus noble sens du mot. Il prend toute sa valeur à table : un beau morceau de bœuf et la fête commence !

L’Ecotard (Saumur) incarne un autre regard sur le cépage : le vin est raffiné, élégant, précis. L’habituelle robustesse du cabernet franc disparaît pour faire place à des tannins d’un grain exceptionnel, à une fluidité harmonieuse. Ce vin peut se passer du bœuf, mais s’en accommode avec brio.

PS : les fonds de bouteilles ont été redégustés dimanche soir, … avec une belle viande.

Deux assemblages catalans :

Deux assemblages espagnols de grenache et de carignan qui racontent le sud de la Catalogne et l’évolution spectaculaire des vins de cette région pendant les 25 dernières années. Planella (Domaine Joan d’Anguera) assume pleinement sa robe de couleur claire. Le grenache infusé offre parfums et finesse, le vieux carignan se charge de donner de la structure et de l’énergie. Ah oui, cela titre 14,5% mais ce n’est pas ce que votre palais va vous conter : vin du sud, puissant, harmonieux, sans la chaleur fatigante qui démolit tant de vins méditerranéens. Si c’est pour être débouché pendant les prochains mois, c’est Planella qu’il faut s’offrir.

Coma Vella (Mas d’En Gil) est un grand Priorat qui conjugue le respect des anciennes traditions (c’est-à-dire l’absence dans l’assemblage du cabernet, de la syrah et du merlot) et l’expression de la modernité (c’est-à-dire la primauté donnée à la finesse et la précision). Il fut un temps pas si lointain où Priorat pouvait se traduire par « beaucoup (trop) de tout » : beaucoup de couleur, beaucoup de bois, beaucoup d’alcool. C’est impressionnant, cela peut séduire les œnophiles débutants. Mais, franchement, Coma Vella en donne tellement plus : beaucoup d’équilibre, beaucoup d’intensité, beaucoup de longueur. Se goûte fort bien aujourd’hui, mais sera à son apogée d’ici trois à cinq ans.

Les vins qui remettent en cause certains préjugés :

Ah les vins blancs du sud qui déçoivent par leur lourdeur (un relatif déficit de fraîcheur), par leur pointe d’amertume (ce n’est pas un défaut, mais il se fait que beaucoup d’œnophiles ont une relation difficile avec cette saveur), par la chaleur dégagée par les bouches à 15% et plus. Heureusement, il y a de belles alternatives. En Languedoc, pensez à des vignes plantées en altitude et en exposition nord, pensez à une vinification précise par un orfèvre en la matière et vous arrivez directement au Domaine d’Aupilhac, cuvée Cocalières. Alcool complètement maîtrisé (13%), texture soyeuse conférant une douceur émouvante à cet assemblage de cinq cépages (vermentino, roussanne, clairette, …).

Cahors. Si on dessine un portrait chinois de cette appellation parmi les amateurs, on entendra : poussiéreux, noir, vieux jeu, boisé sec, absence de fruit. Evidemment une telle liste de caractéristiques constitue un enterrement de première classe, la Mort de Cahors. Eh bien, oubliez tout cela, Cahors est alive and kicking grâce à une série de Domaines qui remettent le fruit au cœur du vin. Mas del Périé, Clos Troteligotte, Les Croisille. Château Les Croisille est un domaine dynamique, en bio et en biodynamie. Le malbec est juteux, éclatant, punchy, les tannins de cette cuvée Silice sont fins et fondus dans la matière. En vocabulaire contemporain, c’est d’une grande buvabilité.

Les classiques polyvalents :

Vous recherchez des vins qui ne déplaisent à personne, qui ne puisent pas profondément dans votre portefeuille, qui peuvent être débouchés sans prise de tête, qui offrent un fruit savoureux et direct, qui s’accommodent de toutes les circonstances ? En blanc, Mâcon-Vergisson du Domaine Guerrin ; en rouge, Les Sorcières du Domaine Le Clos des Fées.

L’Espagne moderne :

La Rioja déborde d’énergie, l’Andalousie se réinvente, la région de Madrid montre le bout de son nez, partout l’Espagne vibre, renouvelle, expérimente.

Le Domaine Maquina & Tabla (Castille y Leon) propose un verdejo profond, qui dépasse de loin les expressions superficielles et acidulées que l’on trouve régulièrement en appellation Rueda. On se rapproche fortement du vin nature : la petite dose de sulfites, ajoutée uniquement à la mise en bouteilles est suffisante pour protéger ce vin de toutes les déviations malvenues. Vin tonique, qui se révèle progressivement dans le verre (complexité).

En Galice, on élabore aussi des rouges. Et quels rouges ! Leur équilibre est typique de cette région verte, atlantique et moins torride que la plupart des autres. Envinate propose une cuvée Lousas à 12,5% (sic), marquée par la fraîcheur et la finesse. Attention si vous avez quelques difficultés avec les vins rouges d’acidité plus élevée que la moyenne : c’est délicieux, verre après verre, mais la première gorgée peut décontenancer. Le cépage mencia est vinifié sur l’élégance (qualité des petits tannins) ce qui lui confère comme un p’tit air de pinot noir…

Je note vos commandes jusqu’à ce mardi soir 15 octobre (les commandes globales sont transmises aux importateurs le mercredi matin) : Magasin.

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Cépages bordelais

Les cépages bordelais ne sont pas à la mode: tout ce qui évoque Bordeaux paraît suranné, poussiéreux, trop boisé. Et pourtant, les cabernets (franc et sauvignon), le merlot, le malbec et autre petit verdot sont plantés avec succès dans le monde entier. Inutile d’ailleurs de quitter la France, il suffit de passer par la Loire et/ou par le Sud-Ouest.
Quand on confronte un Californien chic et cher, un cru classé du Médoc avec plus de 30 ans au compteur, un Cahors de style traditionnel, des Ligériens de bonne origine et quelques outsiders, qui c’est qui gagne à la fin ? Hmmm ?

Eh bien, pour le plus grand plaisir de l’auteur de ces lignes, le vainqueur s’appelle Le Clos Galerne, plus précisément la cuvée Anjou Noir. Ce vin s’est distingué par son profil vertical et son fruit pur. Cet assemblage de 80% de cabernet franc et de 20% de cabernet sauvignon évolue bien en prenant un peu d’âge (millésime 2019). Ce n’est pas un grand rigolo, d’aucuns diraient qu’il fait même preuve de cérébralité. Mais quelle intensité, soulignée par des tannins précis. Vin de garde assurément, mais qui réussit dès à présent à faire la quasi-unanimité des dégustateurs.

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Sulfité or not sulfité, that is the question

Voilà, vendredi 20h30, les quatre jurés (dont votre serviteur) s’apprêtent à comparer deux vins rouges de Loire. Pour une fois, il ne s’agit pas d’essayer de reconnaître ce qu’il y a dans les verres, mais simplement de décrire les différences et les ressemblances entre le vin classique (donc sulfité) et le même vin, en version « sans sulfites ajoutés » (ssaj).

Apprécions la subtile différence entre les couleurs de la charrette…

En l’occurrence, il s’agit d’un Chinon de chez Couly-Dutheil, en millésime 2020, portant le joli nom de « Les Chatelières ». La version classique est vendue € 11 alors que la version ssaj est proposée à € 13.

Nous goûtons, les commentaires fusent assez vite. J’ai résumé ci-dessous.

Q1: ces deux vins sont-ils vraiment identiques, à l’exception de l’ajout de sulfites dans l’un ?

R1: sans doute non et c’est dommage parce que cela rend la comparaison moins pertinente. La contre-étiquette indique un taux d’alcool de 13,5% pour le vin ssaj et de 14% pour le vin classique. Comme il s’agit d’une cuvée destinée à un distributeur en particulier (à savoir Le Lion – oui, celui qui rugit bizarrement depuis quelques jours), aucune information n’est disponible sur le site Internet du producteur. Le site Internet du Lion est ce qu’il est, un foutoir où il est impossible de trouver de l’information de qualité. Les deux bouteilles affichant le même nom de cuvée, on souhaite, par respect du consommateur, que ce soit le même vin, mais rien n’est certain.

Les bouchons sont eux aussi différents: un liège classique pour le vin …classique, un bouchon Nomacorc Select Green 300, fabriqué à partir de biopolymères végétaux dérivés de la canne à sucre pour le vin ssaj. Le bouchon comme élément du marketing vert.

Q2: la dégustation met-elle plutôt des ressemblances en évidence ou plutôt des différences ?

R2: ces deux vins nous ont paru fort différents l’un de l’autre. Le vin ssaj présente un nez assez éteint, avec des nuances cartonnées. En bouche, il se caractérise par son imprécision et par une faible énergie. Il semble avoir franchi son apogée et avoir commencé sa descente vers je ne sais où. Ce qui peut être agréable dans un vin ssaj, un fruit éclatant et joyeux, est absent. Par contre, le vin classique est équilibré et sympathique, si l’on accepte d’avoir affaire à un « petit calibre ». Il y a du fruit et de la structure, c’est un vin honnête à défaut d’être particulièrement intéressant.

Q3: la différence de prix est -elle justifiée ?

R3: de ce qui précède, le lecteur attentif aura déduit que ma réponse est négative. En mars 2023 et en l’état, le vin ssaj ne vaut à peu près rien (et certainement pas € 13) alors que le vin classique peut valoir les € 11 demandés par le distributeur.

Q4: à quoi joue-t-on ?

R4: excellente question, Philippe. Merci de l’avoir posée. On surfe sur la vague de la « naturalité », avec un cynisme qui peut laisser le dégustateur perplexe. Ce vin ssaj était peut-être vivant et amusant à l’été 2021, mais aujourd’hui (vendredi) il est aussi mort qu’il est possible de l’être. Je me demande comment un amateur néophyte, attiré par la « verdure » de l’étiquette, aura évalué son achat. A mon avis, le taux de réachat sera invisible sans l’aide du microscope.

Q5: peut-on se fier à cette dégustation comparative pour faire une croix sur les vins ssaj ?

R5: non. Ce serait incorrect de condamner avec autant de légèreté. D’aucuns me diront peut-être que la crédibilité de Couly-Dutheil en matière de vins ssaj est aussi microscopique que le taux de réachat ci-dessus.

Q6: qu’est-ce qui se passe le lendemain de la veille ?

R6: encore une excellente question ! Quel feu d’artifice ! Le jeu s’est en effet poursuivi, avec d’autres participants, le samedi après-midi vers 15h00. Je m’attendais à ce que le vin ssaj s’effondre complètement. Ô surprise, il paraît meilleur maintenant ! Le nez reste de mon point de vue peu sexy, avec des nuances de carton et de croûte de fromage, mais le fruit est de retour ! Une acidité un peu croassante mais pas de déviation aromatique. C’est une résurrection inattendue et déconcertante. Toujours pas le grand fruit, éclatant et joyeux, mais traiter cette version ssaj de cadavre paraît à présent excessif.

Conclusion (provisoire):

Faut-il en déduire que les vins ssaj doivent être ouverts 12 ou 24 heures avant consommation ? Si c’est oui, quel consommateur va le faire dans la pratique ?

Faut-il en déduire que les vins ssaj sont imprévisibles, bons lorsque l’âge du capitaine est un nombre pair et mauvais quand la pleine lune s’absente ?

Quelle justification pour la différence de prix ? Il s’agit manifestement de segmenter la clientèle, en partant du principe que le « naturiste » est prêt à payer son vin plus cher parce qu’il est ssaj. Less is more.

Dans tous les cas, pour € 13, je préfère le Chinon Les Granges de Bernard Baudry.

PS: cet article et cette dégustation trouvent leur source ici: https://les5duvin.wordpress.com/2023/02/01/sans-soufre-cest-plus-cher/

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Quelques nouveautés, en coup de vent …

Vous trouverez dès aujourd’hui dans le magasin: le nouveau millésime de la cuvée Morogues (Domaine Pellé à Menetou-Salon), un alsacien pur pinot gris (Domaine Meyer-Fonné à Katzenthal), le Chinon Les Granges 2020 du Domaine Bernard Baudry. Rien que du beau monde !

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Bernard Baudry, l’incarnation du Chinon

Matthieu et Bernard Baudry

Bernard Baudry recherche la dimension soyeuse et civilisée des chinons, tout en restant au plus près de leur expression de terroir. Cette démarche qu’il poursuit désormais avec son fils Matthieu, se double d’une certification bio. Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. Le Domaine est noté **.

Grande famille de Cravant, les Baudry travaillent en duo: Bernard s’entend à merveille avec son fils Matthieu. Ils ont bâti leur réputation sur des cabernets francs de garde, séveux, denses et longs, dans un domaine qui compte 30 hectares dont deux de blancs. Le Guide des Vins bettane+desseauve, édition 2019. Le Domaine est noté ***.

Cap sur la Loire et les chinons du Domaine Bernard Baudry.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une précision: la cuvée dite « Domaine » n’est pas la cuvée d’entrée de gamme, ce statut étant plutôt l’apanage de la cuvée « Les Granges », vin fruité et gourmand à déguster dans sa jeunesse. « Les Granges » est issu des vignes plantées dans les alluvions constituées par la Vienne, affluent de la Loire.

Traditionnellement, la Loire est une région où l’effet millésime joue un rôle important. En pratique, les derniers millésimes ont tous été chauds: c’est vrai pour 2015, 2016, 2017 et 2018.

Comme d’autres villages ligériens, Chinon a été durement touché par le gel des 26 et 27 avril 2016. Comme l’hiver avait été doux, les bourgeons ont méchamment dégusté, avec comme conséquence une forte réduction des rendements et donc du volume. Par contre, dès la fin juin, les conditions météo ont été franchement favorables, ce qui a contribué à la remarquable qualité de ce millésime.

Dégustation comparative: « Domaine » 2016 et « Les Grézeaux » 2018

Le même vigneron, le même cépage (100% cabernet franc), quelques kilomètres entre les parcelles et pourtant, deux vins aux profils fort différents.

« Les Grézeaux » affichent une couleur dense, franchement violacée. Le nez est riche et met en appétit. La bouche est soyeuse, riche en fruits et surtout pulpeuse, presque comme la pulpe dans un jus d’oranges fraîchement pressé: une densité qui en met plein les papilles. Ce vin issu de vieilles vignes (+/- 60 ans) est élevé en barriques anciennes qui oxygènent sans marquer aromatiquement.

C’est bien mûr (13,5%) avec une structure tannique assez légère et beaucoup d’élégance. Difficile de ne pas sourire pendant la dégustation d’un tel vin, difficile de ne pas s’en resservir. A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des meilleures cuvées du Domaine Frédéric Mabileau (St-Nicolas-de-Bourgueil).

« Domaine » présente une robe d’un beau rouge franc, sans reflets violacés. Le nez est floral, poivré, précis. La bouche est structurée, construite sur le couple tannins/acidité. Le vin est dense et énergique, peu marqué par la douceur de l’alcool (12,5%). On sent qu’il est au début de la phase de maturité: aujourd’hui, je suggère de le carafer. Ce vin est sans doute plus cérébral que « Les Grézeaux », mais je soupçonne une grande capacité à vieillir harmonieusement, en se détendant progressivement. « Domaine » est un vrai vin ligérien, de profil plutôt nordiste, malgré la canicule de l’été 2016. L’équilibre est souverain.

A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des cuvées du Domaine de La Chevalerie (Bourgueil). Prenez cette comparaison pour ce qu’elle vaut: une simple indication, manquant certes de précision.

Constat: les vins étaient très bons hier soir. Ce midi, ils sont excellents ! Une fois de plus, une bouteille ouverte depuis une bonne douzaine d’heures se révèle supérieure à la bouteille ouverte à l’instant. Le cabernet franc respire et libère tous ses parfums …quand on lui en donne le temps !

« Domaine » 2016 est en stock chez moi au prix de € 13. « Les Grézeaux » 2018 est disponible sur commande au prix de € 17.

« Les Grézeaux » est en dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable.

La ville de Chinon, aux pieds de la forteresse

Sont également disponibles sur commande: « Domaine » 2018 à € 14 et « Le Clos Guillot » 2017 à € 22. Ce dernier vin a obtenu la note de 17/20 dans Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. « Le Clos Guillot » est un voisin du Chêne Vert (Charles Joguet) et du Coteau de Noiré (Philippe et Pierre Alliet). Les vignes ont été plantées entre 1993 et 2000. L’élevage est effectué en barriques anciennes. C’est assurément un beau vin de garde, susceptible de vieillir 10 à 15 ans.

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Frédéric Mabileau, St-Nicolas de Bourgueil, 2011

deux personnages masqués: serait-ce prémonitoire ?

N’est-il point trop tard ? Aurais-je dû boire ceci il y a un lustre ? Suis-je condamné à sucer un squelette que la chair a fui ? Cette cuvée est-elle capable de mystifier le temps qui passe (inexorablement) ?

« Les Rouillères » ont balayé en quelques instants mes doutes existentiels. C’est du cabernet franc, c’est vinifié proprement, ça a été conservé à l’abri des canicules, des sécheresses, des tremblements et des méchants …ça résiste !

Bien sûr, je n’escomptais ni la queue du paon, ni l’explosion psychédélique des goûts et des couleurs. Attentes irréalistes, dégustation désillusionniste, selon le vieil adage ligérien que je viens d’inventer. Sachant qu’il s’agit d’une cuvée plutôt simple, on ne peut être que charmé par l’équilibre dans la verre et par la framboise très pure dans le nez. C’est élégant avec quelques petits tannins mignons et bien fondus pour finir sur une sensation énergique.

Frédéric Mabileau

Je suis d’autant plus touché que Le Domaine Mabileau produit -bon an mal an- 100.000 bouteilles de Rouillères. On est loin de la mini-parcelle hyper-bichonnée qui finit par accoucher d’une seule barrique. Les Rouillères, c’est la démonstration que l’on peut faire bon et beaucoup. Attention, rendements maîtrisés, il ne s’agit pas de faire pisser la vigne !

Et puis, ce flacon fait remonter les souvenirs à la surface: ce 2011, je l’ai reçu au Domaine, au printemps 2013, lors d’un « voyage d’étude » en Touraine. Après avoir goûté 2011, j’ai décidé d’importer 2012, puis 2013…

Domaine Frédéric Mabileau, à St-Nicolas-de-Bourgueil, Les Rouillères 2011. Vignes de 25 à 40 ans, vendange manuelle, vin issu de raisins de l’agriculture biologique, 12,5% et élevage en cuve inox.

Le Domaine est récemment passé à la biodynamie (Biodyvin).