…de publier le compte-rendu de la dégustation de ce samedi 07 février. Objectif de cet article: vous donner des pistes pour choisir.
Je prends vos commandes jusqu’au mardi 10 février à 23h59.
Le bouton ci-dessous vous emmène directement vers les fiches individuelles des 14 vins qui ont participé à la dégustation.
Un commentaire général pour commencer : à plusieurs reprises (Grünhäuser, Noms d’Oiseaux, Madiran vieilles vignes, chardonnay non-ouillé du Jura), nous avons pu apprécier l’impact positif de quelques années de vieillissement, pour les blancs comme pour les rouges. Deux fois le millésime 2019, deux fois 2020: des vins plus ouverts aromatiquement, des tannins fondus, une harmonie générale: un hommage au temps qui passe.
Voici les blancs:
Château Tour des Gendres, Périgord, Cantalouette 2024 (€ 13,50)
Avant de goûter, on jauge. On se dit: étiquette au graphisme attrayant, trois cépages que l’on n’associe jamais, Périgord sur le territoire de l’appellation Bergerac … bon, ça doit être un petit vin, vite bu et vite pissé.
Non.
D’abord, le savagnin, le chenin et le sauvignon sont génétiquement apparentés. L’ampélographie (= science des cépages) nous apprend que le savagnin est l’ancêtre, que le chenin (sans être un rejeton du savagnin) est un proche parent et que le sauvignon est un cousin plus éloigné. Ceci explique le texte sur la contre-étiquette: réunion de famille insolite (voir photo dans la galerie).
Ensuite, je me dis que nous sommes confrontés ici à un bel exemple d’élasticité inversée. En général, plus le prix est élevé, moins le produit se vend: logique. Mais Cantalouette, c’est l’inverse: je parie que si ce vin était vendu un peu plus cher (mettons € 15), j’en vendrais plus ! Pourquoi ? Parce que ce prix serait perçu comme cohérent avec le contenu de la bouteille, ce qui est rassurant. On se sent moins rassuré avec le prix réel: c’est trop bon pour être aussi peu cher. Donc, c’est bizarre et donc je n’achète pas. En version concise: le rapport qualité/prix est excellent !
Elevage en cuves inox (pas de bois).
Vin plutôt concentré, vif, original. Zéro exubérance fatigante. Le premier verre appelle le deuxième. Aromatiquement, le sauvignon domine les deux autres cépages. On se risquera à proposer une hypothèse: le chenin apporte la vivacité et le savagnin le volume de bouche.
Maximin Grünhaus, Mosel, Grünhäuser 2020 (€ 25,00)
Deux umlauts (= tréma) ? En effet, nous en Allemagne.
Plus précisément dans l’antre de la famille von Schubert, un lieu magique où s’élaborent quelques uns des plus beaux rieslings allemands. J’ai eu le plaisir de m’y rendre en juillet de cette année.
On est en Moselle, plus précisément sur un affluent de la Moselle, la Ruwer. Une colline et trois vignobles de très haut niveau (grand cru = Grosses Gewächs): Bruderberg, Herrenberg et le très célèbre Abtsberg. La « Montagne de l’Abbé » est considérée comme l’un des vignobles les plus prestigieux d’Allemagne. Mais il est relativement peu connu, parce qu’il s’agit d’un monopole: toutes les parcelles de l’Abtsberg appartiennent au Domaine Maximin Grünhaus !
Je vous propose un vin qui assemble des raisins en provenance des trois vignobles grand cru cités ci-dessus. Bien sûr, ce sont les jeunes vignes qui sont utilisées. Ce n’est pas un inconvénient, parce que cela génère un vin accessible: l’acidité n’est pas extrême, l’équilibre est parfaitement sec, la minéralité bien présente. Cela plaira en particulier à ceux et celles qui sont rebutés par les acidités kolossales des grands crus élaborés avec les vieilles vignes. Ce vin est aussi une excellente introduction à l’univers fascinant des rieslings allemands.
Autre avantage non-négligeable: c’est un 2020 qui a reçu le temps nécessaire pour fondre dans la bouteille tous les éléments qui le composent. Autrement dit: c’est prêt à boire là, maintenant, tout de suite !
NB: le prix de vente n’a pas été réévalué. Le 2022 est plus cher que ce 2020.
Camin Larredya, Jurançon sec, La Part Davant 2024 (€ 26,00)
Introduction: à Jurançon, en portant le regard vers le sud, vue magnifique sur les Pyrénées. Paysage enchanteur.
Âge des vignes: de 10 à 80 ans. Altitude: 250 à 325 mètres. Géologie argilo-siliceuse. Exposition sud-est. La Part Davant peut se traduire par « la partie orientale » (du vignoble).
Elevage 8 mois sur lies : en fûts de 225 litres, foudres de 2 500 litres et jarres de terre cuite (un tiers, un tiers, un tiers).
Une déclinaison sur le zeste de l’orange, une vivacité d’anthologie. A ce stade, plaira à ceux et celles qui recherchent les vins verticaux et précis, dessinés au scalpel. Si vous préférez les vins ronds, avec de la chair, mieux vaut passer votre tour ou lui donner du temps en cave.
Peut se garder au moins10 ans: ne pas être surpris par les arômes de truffe qui apparaissent au vieillissement.
Jean-Marc Grussaute, vigneron de l’année 2023 pour la Revue du vin de France. Unique vigneron du Sud-Ouest récompensé par 3 étoiles dans le Guide de la RVF. Humm … ce n’est pas tout à fait vrai, mais l’autre Domaine récompensé par 3 étoiles produit en tout et pour tout 2.000 bouteilles par an sur 1,5 hectare de vignes. Camin Larredya c’est 12,5 hectares et 45.000 bouteilles par an.
Le Bouchot, Pouilly-Fumé, Terres Blanches 2023 (€ 29,00)
Pour un vin élaboré avec 100% de sauvignon, le nez évoque d’abord …le chardonnay ! On est (très) loin de l’exubérance aromatique de la plupart des Pouilly-Fumé qui « sauvignonnent » jusqu’à plus soif. C’est pour cette raison d’ailleurs que je propose volontiers Sancerre et que je voue Pouilly-Fumé aux oubliettes.
Les préjugés n’existent que pour être combattus. Ce Pouilly-Fumé me réconcilie avec l’appellation parce que c’est un vrai vin de terroir. Ces « Terres Blanches » calcaires sont bien connues à Sancerre …comme à Chablis, en Bourgogne. D’où la possible confusion avec le chardonnay. Comme quoi, il y a une logique. Je suis enchanté par la texture élégante et soyeuse, par la finale légèrement saline, par la précision et par l’impeccable équilibre de ce blanc sec vachement réussi.
Le vigneron, Antoine Gouffier, est installé à Pouilly depuis 2008. Il a racheté un domaine déjà cultivé en bio et est aujourd’hui propriétaire de 10 hectares en biodynamie, doublement certifiée (Demeter ET Biodyvin). Les vignes se situent sur le flanc sud-ouest de la butte de Saint-Andelain. Les vinifications se font sans soufre, mais une juste dose de soufre est ajoutée lors de la mise en bouteille.
La Revue du Vin de France a décerné au Bouchot le prix de la découverte de l’année dans son numéro de février 2022, sous le titre « Une voix qui dénote à Pouilly-Fumé ».
Pouilly-Fumé, c’est la Loire du vin, un peu au sud de Sancerre, sur l’autre rive. Sancerre, c’est toujours la rive gauche du fleuve; Pouilly-Fumé, c’est toujours la rive droite (dans le département …bourguignon de la Nièvre). Le village s’appelle Pouilly-sur-Loire (quel à-propos !) où le sauvignon est omniprésent. Sauf que, en cherchant bien, on trouve encore un peu de chasselas, sous l’appellation Pouilly-sur-Loire (à nouveau, quel à-propos !). Les vignerons du cru n’utilisent pas volontiers le terme « sauvignon », ils lui préfèrent le synonyme local « blanc fumé ». Les vins de Pouilly rencontrent un grand succès en Belgique, deuxième importateur mondial, juste derrière le Royaume-Uni, mais devant tous les autres.
A noter que ce vin est vendu à € 35 au Domaine. L’importateur -et moi- bénéficions d’une promotion que je m’empresse de transmettre aux clients d’Anthocyane.
Voici les rouges:
Aupilhac, Languedoc, Lou Maset 2023 (€ 15,00)
Voici donc le retour très attendu de Lou Maset, en millésime 2023 ! Assemblage de cinsault, mourvèdre, carignan et syrah (il n’y a pas de grenache : les informations sur le site Internet du Domaine n’ont pas été mises à jour).
Ce sont certes de jeunes vignes, mais le résultat est bluffant. Un vin plutôt puissant, complet, dense, frais et fruité. Alcool modéré à 13,50%. La démonstration qu’il est possible, même dans un village languedocien très impacté par un grand soleil, d’élaborer des vins qui conservent de la fraicheur et de la buvabilité. Bien sûr, cela reste un vin sudiste: aucun risque de le confondre avec un pinot noir bourguignon…
Origine : terrasses argilo-calcaires à Montpeyroux. Elevage : cuve béton.
Sérol, Côte Roannaise, Eclat de Granite 2024 (€ 15,00)
J’ai rencontré pour la première fois Stéphane et Carine Sérol sur un salon, je pense que c’était lors de Millésime Bio à Montpellier, vers 2014. J’avais déjà été touché par leurs vins, en particulier la cohérence de la gamme -sans point faible- était impressionnante. Entretemps, le Domaine a progressé en notoriété et est aujourd’hui considéré comme le meilleur ambassadeur du gamay « St-Romain », une variante du gamay classique « beaujolais » qui se distingue en particulier par des notes fumées. Cela conduit parfois les vins à se déguiser en syrah…
La cuvée « Eclat de Granite » constitue une entrée de gamme ambitieuse, élaborée avec les raisins de vignes plantées en altitude (+/- 500 mètres). Il s’agit d’un assemblage de 17 parcelles différentes, sur terroir granitique. Elevage de 11 mois en cuve béton.
Notes de viande fumée. La bouche est souple (tannins presqu’absents), fraîche et de moyenne concentration. Fluidité fruitée bien dans l’air du temps. Léger en alcool (12%).
Un gamay qui ne ressemble pas à un Beaujolais.
La Chevalerie, Bourgueil, Noms d’Oiseaux 2020 (€ 15,00)
Le Domaine de La Chevalerie à Bourgueil est réputé pour le vieillissement harmonieux de ses différentes cuvées (y compris les cuvées d’entrée de gamme: Diptyque 2013 est toujours en pleine forme). Il est toujours intéressant de garder quelques flacons pour plus tard: déception exclue !
Au-delà des cuvées parcellaires (Galichets, Bretèche, Busardières, Grand-Mont…), le Domaine a développé ces dernières années de nouvelles cuvées dites « d’inspiration »: sensibilité du moment, opportunité ou envie, le reflet d’instants particuliers pour des moments privilégiés. Ces « Noms d’Oiseaux » en font partie. A ma connaissance, ce 2020 est le millésime le plus récent. Belle occasion de goûter maintenant un vin qui a déjà eu le temps de se fondre en bouteilles. Très belle harmonie parce que tous les composants de ce vin ont reçu du temps pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Bien sûr, 100% cabernet franc.
Vous apprécierez le slogan qui figure sur l’étiquette: les oiseaux ne sont pas des cons. Humour absurde typique du Domaine !
Le Domaine est certifié bio depuis 2008 et en biodynamie depuis 2012 (DEMETER).
Oscars 2025: médaille d’argent pour le millésime 2019.
Damianitza, Uniqato Rubin 2023 (€ 15,00)
Un vin bulgare ? Eh oui ! C’est en effet une première chez Anthocyane. Nous nous rendons dans l’extrême sud-ouest de la Bulgarie, sur le chemin qui relie Sofia à Thessalonique, en Grèce.
On y découvre une « winery » qui se concentre sur les vins rouges élaborés pour la plupart avec des cépages bien connus: merlot, cabernets sauvignon et franc. Beaucoup moins connu (voire totalement inconnu): le cépage rubin, croisement -obtenu en labo- du nebbiolo et de la syrah. Cela pourrait partir en sucette, mais en l’occurrence, le vin est aussi charmant qu’original.
En général, la couleur des vins élaborés avec le rubin est dense et profonde, ce qui s’explique par un très haut niveau …d’anthocyanes dans ce cépage. Cet Uniqato est un vin énergique, fruité, épicé et construit sur un bon paquet de tannins qui rappellent en effet ceux du nebbiolo en configuration Barolo. Ces tannins sont très originaux: à l’ouverture, ils peuvent sembler excessifs et envahissants, mais une heure après l’ouverture du flacon, ils s’intègrent dans la matière du vin. Donc conseil: carafer ! Et tire-bouchonner lorsque la viande rouge est au menu.
Petite production de +/- 4.000 bouteilles. Bio certifié mais aucune mention sur l’étiquette.
Le Clos des Fées, Côtes du Roussillon, Les Sorcières 2024 (€ 14,50)
Pareil à lui-même, millésime après millésime. Plait à 99% des amateurs. Nez confortable sur la cerise. Juteux et accessible. Bons petits tannins. Fraîcheur tonique. Syrah très fruitée, un modèle pour les vins du sud profond. Vin classique. Alcool plus que raisonnable (13,50%). Très bon rapport qualité/prix et prix stable depuis plusieurs années. Que demander de plus ?
Dominante de terroirs argilo-calcaires d’altitude dans les villages de Vingrau, Tautavel, Opoul, et quelques parcelles sur schistes noirs (mourvèdre). Altitudes comprises entre 200 et 350 mètres.
Vendange manuelle triée à la vigne. Macération pré-fermentaire à basse température. Fermentations malolactiques suivies d’un soutirage à l’air.
Élevage en cuve inox, sur lies fines, pendant 8 mois.
NB: Le Clos des Fées n’est pas présent dans le Guide de la RVF, parce qu’il y a une grosse fâcherie entre le vigneron, Hervé Bizeul, et certains membres du jury de la RVF. Incompatibilité d’humeur. Par contre, relation au beau fixe avec Michel Bettane, le coauteur d’un autre guide consacré aux vins français. De l’importance des relations humaines.
Château Thivin, Côte de Brouilly, Les Sept Vignes 2023 (€ 21,00)
Ce vin a participé fin novembre à une dégustation entièrement consacrée au Beaujolais en millésime 2023. Je l’ai décrit ce jour-là de la façon suivante: « nez sur la réserve, avec des fruits noirs; bouche jeune, tannique, concentrée et longue. Forte personnalité« . Je lui ai attribué un 17/20, soit ma médaille d’argent (12 vins dégustés ce soir-là).
N’est excessif en rien. Une incarnation du vin rouge classique et équilibré qui convient à bien des circonstances. Les crus du Beaujolais sont encore sous-estimés (c’est le prix payé pour avoir inventé le Beaujolais nouveau) et méritent pourtant toute notre attention.
Voici les sept vignes: Clos Bertrand, La Chapelle, Les Griottes, Godefroy, L’Héronde, Henri et Les Fournelles. Toutes en appellation Côte de Brouilly. Sous-sol magmatique, donc d’origine volcanique.
Château Thivin, c’est 28 hectares de raisins rouges (gamay) et 2 hectares de raisins bancs (2%). Essentiellement en appellation Côtes-de-Brouilly. Château Thivin, c’est la famille Geoffray … depuis 1877. Aujourd’hui ce sont Claude-Edouard et Sonja qui sont aux commandes.
On peut trouver l’étiquette laide. Elle est en tous cas spécifique, différente, traditionnelle, ancrée dans l’histoire du Domaine. Et tellement reconnaissable, même à plusieurs mètres de distance.
Côtes de Brouilly est un terroir très particulier: c’est un « mont » d’origine volcanique qui culmine à 484 mètres d’altitude. Le vignoble s’étale sur un peu plus de 300 hectares de pentes fortement inclinées. Quatre communes se partagent ce cru: Saint-Lager, Odenas, Quincié-en-Beaujolais et Cercié. Du gamay et rien que du gamay.
Labranche-Laffont, Madiran, Vieilles Vignes 2019 (€ 19,50)
Pourquoi ? Pourquoi ?? Est-ce qu’un sorcier piquerait chaque soir dans les fesses d’une poupée vaudou à l’effigie de la Sainte Vierge, patronnesse du village de Madiran ? L’appellation devrait-elle expier des crimes horribles commis quelque part dans la nuit des temps par les ancêtres des vignerons d’aujourd’hui ?
Je plaisante, mais force est de constater que le Madiran ne se vend pas particulièrement bien (c’est un euphémisme). Sa réputation (forte tannicité, rusticité) lui joue de bien vilains tours. Là où Cahors a été capable de changer radicalement son image poussiéreuse en celle de vins modernes élaborés avec un cépage qui a retrouvé ses lettres de noblesse (le malbec/côt), il semble que Madiran n’y arrive pas.
Il ne s’agit pas de prétendre que les vins de Madiran seraient d’une grande délicatesse, mais plutôt de souligner que, en des mains expertes comme celles de Christine Dupuy, il s’agit de vins authentiques, avec la gueule de leur terroir et pleins de fougue.
En dégustation: couleur sombre et dense, nez d’encre et de mûres, très profond. Bien sûr, la bouche est puissante et tannique. Mais quels tannins ! Aucune trace ni de sécheresse ni de verdeur. Quelques années en tonneaux puis en bouteilles ont permis à la matière et aux tannins de fusionner en harmonie. Chapeau !
Mon tempérament légèrement rebelle m’oblige donc à partager cette cuvée Vieilles Vignes du Domaine Labranche-Laffont.
Vin de repas au bouquet ardemment parfumé de fruits noirs et d’épices sous une touche de graphite et une pointe de menthe. Il a fallu trois ans d’élevage pour venir à bout du tannat qui se révèle fondu mais puissant, frais mais profond, d’une richesse exquise sur une chair fondante et savoureuse. La masse tannique domptée rend au vin toute sa noblesse et au raisin son heure de gloire. Le Guide de la RVF au sujet du millésime 2019. Je ne peux mieux dire !
Les Bosquets, Gigondas, Hauts Lieux 2023 (€ 33,00)
Autant être clair dès la première phrase: je suis profondément touché par le style de ce Domaine. C’est un chouchou majeur. Mieux encore, il me semble que chaque nouveau millésime surpasse le précédent. « Petit Vin des Bosquets » est un modèle d’entrée de gamme, au prix très sympathique. Ces Hauts Lieux sont la parfaite introduction aux cuvées parcellaires élaborées par le Domaine.
Âge des vignes: 50 ans. 14 parcelles différentes, chacune vinifiée et élevée séparément. Géologie argilo-calcaire. Altitude: entre 175 et 350 mètres. 30% en vendange entière, non-éraflée, levures indigènes. Elevage de 24 mois en demi-muids, foudres et fûts. Grenache, syrah, mourvèdre, cinsault et clairette.
Conjugue avec talent un fort tempérament sudiste et un équilibre qui pousse à ne rien laisser au fond de la bouteille. C’est un vin corsé, sans doute plus chaleureux que ceux que je propose habituellement.
Un extrait du site Internet:
Le Grenache c’est bon quand c’est mûr. C’est comme ça. Inutile de faire l’inverse, ça ne marche pas. Il peut être équilibré seul sur de grands terroirs qui lui confèrent de la fraîcheur. Il est équilibré aussi quand d’autres cépages viennent le compléter dans une logique d’assemblage. Enfin, nos dernières investigations prouvent la valeur de la rafle en vinification, à condition qu’elle soit mûre.
Nez fascinant qui en évoquerait même le Rhône Nord (syrah 20%), fruits noirs, fumée, violette. Bouche de Châteauneuf-du-Pape, pleine de feu et d’arômes. Assume pleinement sa condition de vin du Sud. Plus destiné à l’hiver et au gibier qu’à l’été au jardin.
La cuvée Hauts Lieux s’appelait auparavant Réserve, sauf que Hauts Lieux est à 100% issue de parcelles calcaires (il y avait aussi quelques parcelles sur sable dans Réserve).
Laurent Combier, Crozes-Hermitage, Le Clos des Grives 2023 (€ 49,90)
Ce Clos des Grives fait décidément partie des incontournables de Crozes et du Rhône nord. Chaque année, c’est rebelote… ça, c’est un très grand nez de syrah ! La fumée et le laurier, le végétal noble d’une grande précision. Bouche parfumée, magnifique. Pur et classieux. Irrésistible. Ce vin serait capable de faire apprécier la syrah à un anosmique désespéré. Déjà prêt à boire, mais capable de vieillir harmonieusement pendant de longues années. Et cela se contente de 13% d’alcool !
Ce vin puissant est plus typé « cépage/élevage » que la cuvée Cap Nord qui présente quant à elle un profil plus « terroir ». On reconnaît la syrah. De la viande fumée, du fruit noir, bouche très savoureuse qui donne instantanément le sourire ! Au-dessus du nez plane un arôme de violette. Vin suave se concluant néanmoins sur une finale serrée, fraîche et énergique. On comprend sans difficulté la note très élevée (95/100) donnée par la Revue du Vin de France.
Passage par le bois très habilement négocié (malgré l’utilisation du bois neuf). Vignes de +/- 60 ans (4 hectares ont été plantés en 1952). Rendements limités à 30 hectolitres par hectare. Vieillissement en bouteilles au Domaine, avant commercialisation. En bio depuis…1969.
Terroir argilo-calcaire de plaine, avec quelques galets roulés, au sud de l’appellation. Pas très loin de chez Graillot (Pont de l’Isère).
Le nom « Clos des Grives » apparaît pour la première fois sur une étiquette en 1990. La parcelle est close par une haie naturelle d’arbustes.
NB: le numéro de mars 2026 (plus récent = pas possible) de la Revue du Vin de France consacre un article à l’appellation Crozes-Hermitage. Devinez quoi ? Ce Clos des Grives rafle la première place des cuvées de garde.
Voici le blanc oxydatif:
Montbourgeau, L’Etoile, Cuvée Spéciale 2019 (€ 30,00)
Voici la Cuvée Spéciale 2019, vin non-ouillé*, 100% chardonnay (peut-être un tout petit peu de savagnin, en complantation) que j’ai goûté récemment, à table. Techniquement, ce 2019 a été élevé pendant 56 mois, sous voile de levures, dans des fûts de 228 litres. 4.600 bouteilles produites. Assemblage de différentes parcelles calcaires.
Le plat ? Poulet au Vin Jaune, crème, morilles et pâtes fraîches. Un accord parfait, classique, qui met le vin en valeur et lui permet d’exprimer toutes ses qualités. Nous avons donc « sacrifié » quelques centilitres de cette Cuvée Spéciale pour parfumer la sauce.
Et ? C’était magique ! Le nez est intense, direct et nuancé. Impossible de lui échapper, il est omniprésent sans tomber dans un éventuel excès d’arômes. La bouche évoque un excellent sherry amontillado. Très concentrée et pourtant légère, très élégante malgré 15%. La fraîcheur lui confère une grand « buvabilité ». Vin à très forte personnalité mais qui respecte néanmoins le plat. Une expérience gustative exceptionnelle. J’y ai retrouvé les arômes habituellement associés aux vins de voile, comme le curry et la noix, mais aussi des agrumes (zeste d’orange).
Le Jura ce sont d’abord les vins blancs secs et non-ouillés*. Ils ont fait la célébrité du vignoble, mais il faut bien constater qu’ils sont polarisants voire clivants: on adore ou on déteste, il n’y a de place ni pour l’indifférence ni pour le chèvre-choutisme.
A ce stade, vous aurez compris que je fais partie des enthousiastes, parce qu’à mon avis ces vins non-ouillés peuvent se révéler à la fois intenses, persistants, complexes, équilibrés et originaux/spécifiques. En résumé: le Graal.
*: le vin est dit « non-ouillé » lorsque le vinificateur s’abstient de compenser la Part des Anges: dans les tonneaux, il y a évaporation et donc de la place pour de l’air entre la surface du vin et la bonde du tonneau. Cet air contient de l’oxygène qui s’attaque au vin en …l’oxydant. Solution pour éviter ce problème: rajouter du vin à ras bord de façon à ce que l’air ne puisse pas trouver de la place dans le tonneau. Cette technique s’appelle « ouillage ». Les vins non-ouillés se reconnaissent facilement par leur aromatique de fruits secs et parfois de curry. Ce qui est un défaut ailleurs est magnifié dans le Jura grâce à une oxydation douce et à la présence d’un voile de levures à la surface du vin.
Je prends vos commandes jusqu’au mardi 10 février à 23h59.