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domaine rouge

Le Cèdre, Cahors, 2000

Hier soir s’écoule dans nos verres un liquide sombre, une écume presque violacée se chargeant d’accroître mon étonnement: presque 20 ans de bouteille, mais une robe d’une jeunesse affirmée.

Le nez confirme: du fruit intense, de la mûre, très peu d’arômes d’évolution. En bouche, équilibre de haut vol, avec des tannins fondus et toujours ce fruit puissant. Élevage implicite, profil digne des meilleurs Bordeaux classiques. Un malbec d’anthologie. Des anthocyanes partout, en particulier au fond du dernier verre, une langue chargée de nuances pourpres en faisant la démonstration.

Je m’attendais à ce que ce soit bon, mais c’est très largement mieux que bon ! Bouteille achetée en primeur, à l’été 2001, pour € 21. Alcool: 13,5%.

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information

vin nature: une initiative pour définir

Un groupe de vignerons et d’amateurs a fondé le syndicat de défense des vins naturels à l’automne 2019. Ce syndicat a annoncé récemment qu’il avait obtenu la validation de sa charte par la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes).

Ce n’est à ce jour qu’une initiative privée dont la portée pratique est plutôt limitée. Mais c’est une tentative courageuse pour définir ce qu’est (et ce que n’est pas) un vin « nature ». L’absence de définition légale/réglementaire conduit forcément à des abus et à un marketing douteux. Des bouteilles portent aujourd’hui une étiquette ambiguë -qui surfe sur la vague « nature »- pour générer du chiffre d’affaires en exploitant la crédulité des moins bien informés.

Rien ne dit que la charte « vin méthode nature » arrivera à fédérer tout qui élabore du vin « nature », certains aspects de ce document suscitant un débat entre intégristes du zéro sulfite et partisans d’un usage minimal du soufre. D’où l’existence des deux logos ci-dessus pour permettre aux deux approches de coexister.

A noter que la réglementation de l’Union Européenne interdit l’utilisation de l’expression exacte « vin nature » sur une étiquette (il y a quelques exceptions), ce qui a conduit le syndicat à contourner cette interdiction via l’ajout du mot « méthode ».

Le fait qu’une bouteille porte le logo « vin méthode nature » ne constitue pas en soi une quelconque garantie de qualité: il est possible d’élaborer un vin de piètre qualité tout en respectant les principes énoncé dans la charte.

Voici deux articles sur ce sujet: Terre de Vins, Vitisphère

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blanc domaine

Montbourgeau, L’Etoile, 2010

Hier soir, la main de fer dans le gant de velours. La délicatesse qui cache en son sein une force redoutable.

Détour par le Jura mystérieux, celui qui brille à L’Etoile. Cette petite appellation ne bénéficie pas de la notoriété d’Arbois, ni de celle de Château-Chalon, mais ces 52 hectares de chardonnay et de savagnin méritent toute notre attention, en particulier au Domaine de Montbourgeau.

Un chardonnay 2010 aux caractéristiques oxydatives discrètes, nuancées, intégrées dans une aromatique complexe d’agrumes, de noisette et d’épices. Quelle élégance ! Quelle longueur !

13% d’alcool mais une silhouette de poids-plume. Je suis fasciné par les vins qui sont à la fois légers et intenses. Ce flacon m’évoque d’ailleurs une manzanilla de Jerez par son équilibre et sa jolie salinité.

Bouteille achetée au Domaine en 2013, pour une dizaine d’euros. Sincèrement, ce n’est pas assez cher.

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domaine rouge

August Kesseler, Rheingau, 2006

Hier soir, pinot noir à tendance résolument germanique. Millésime 2006 ? Même pas grand cru ? Mais, mon pauvre ami, ce vin est passé depuis longtemps !

Que nenni. En pleine forme, ce spätburgunder rhénan: pur, net, fruité, sans arômes tertiaires, il ressemble à un éternel adolescent. La complexité n’est certes pas son point fort, mais il tire le maximum de ses parents de raisins, sans maquillage boisé qui tenterait vulgairement de le survendre.

Si vous m’excusez cette petite grossièreté, il pète exactement à la hauteur de son cul.

Équilibre magique, comme un funambule sur sa corde par dessus le Rhin. Jolie persistance, saveurs profondes, matière patinée.

Le dernier verre est le meilleur: c’est typique d’une petite bouteille de 75 cl. Les grandes bouteilles de 75cl sont celles qui ne se vident pas, faute de plaire assez.

August Kesseler est considéré comme l’un des grands spécialistes allemands du pinot noir. Cette cuvée simple a été achetée € 15 en 2009. Le prix a beaucoup changé depuis lors. Le design de l’étiquette itou. C’était ma dernière bouteille, dommage.

Le site Internet du Domaine affiche en particulier une carte géographique des meilleures parcelles de la vallée du Rhin, avec une précision toute bourguignonne.

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information vins

Du souvenir…

Sous l’influence de la nostalgie, il m’arrive périodiquement de vouloir tirer des conclusions ou forger un bilan. 30 ans à fourrer mon nez dans chaque verre de passage. 30 ans, surtout, à mastiquer, oxygéner, mélanger des breuvages fermentés entre langue et palais.

Quelque chose qui ressemblerait à un podium olympique, au top 100 des classiques du rock ? Bref, quels vins ont eu de l’importance ? Quels sont ceux qui me restent en mémoire, spontanément ou en parcourant tel document que le hasard ferait se déposer sur mon bureau ?

Voici la tentative du jour.

Cims de Porrera (trois millésimes: 1996, 1997 et 1998). Ces trois vins ont été goûtés par un petit panel de dégustateurs, réunis le 14 mars 2001 sur le thème des vins du Priorat. Ce petit panel, un peu étendu, se réunit d’ailleurs encore en 2020, une fois par mois.

Le Priorat (Catalogne, pas bien loin de Tarragone) commençait à être sérieusement à la mode, après une bien longue éclipse. Sous l’impulsion de René Barbier Ferrer, une bande de vignerons de l’impossible ont le nez creux, s’installent dans cette zone en altitude, plutôt inhospitalière et se mettent à reproduire les nobles vins d’un passé lointain.

Cims de Porrera est un projet de deuxième génération, né au début des années ’90, pour tirer la quintessence de vieilles vignes de carignan et de grenache, à peine saupoudrées d’un soupçon de cabernet sauvignon. Le 1996 pesait 14%, le 1998 …14,9%. Des vins « hénaurmes », formidablement fruités, musclés et intenses. Le petit panel en sort complètement bluffé: les notes fusent à 17, 18, 19…

Par la suite, ce type de vins perdra de sa superbe selon l’adage « trop is te veel« . Cette richesse insolente finira par être assimilée à un déséquilibre alcoolique. A ma surprise, l’importateur propose encore à son tarif le millésime 1996: ce serait amusant de comparer la réalité d’aujourd’hui au souvenir de 2001…

Très bel article consacré à tout ce qui se passe dans le Priorat en 2020: cela s’appelle Els Noms de la Terra et cela vaut la peine d’être lu, à condition de disposer d’un peu de temps.

Château Sociando-Mallet (différents millésimes des années ’80 et ’90): les vins de ce Domaine médocain, acheté en 1969 par Jean Gautreau (malheureusement décédé il y a quelques mois), incarnent pour moi la grande période des Foires aux Vins dans la grande distribution et en particulier chez ce qui s’appelait alors Maxi-GB. J’ai par exemple acheté 1988 et 1989 pour l’équivalent d’une bonne douzaines d’euros. 1994 n’était pas plus cher. Après, la notoriété sans cesse croissante du Château a bien entendu changé la donne.

Ce Château représentait à mes yeux le bon compromis entre un fruit séduisant et une pointe de sévérité, d’austérité tannique qui le rendait moins facile d’accès et impliquait de le confier à sa cave pendant quelques années. J’ai encore quelques 1996 et il doit me rester une bouteille de 1990. Plus besoin d’attendre !

Aujourd’hui, la propriété est devenue beaucoup plus grande (par rachat progressif de parcelles proches et contiguës, en tout 82 hectares à comparer aux 58 hectares historiques), l’encépagement a évolué vers plus de merlot et je suis moins tenté.

Je me souviens aussi de 2 bouteilles du millésime 1982, achetées au Château en 1993 (année troublée s’il en fût), en la compagnie d’un ami qui lit peut-être cet amoncellement de souvenirs disparates.

Jean Gautreau (1927-2019)

Oberhaüser Brücke, riesling spätlese 1997 (Hermann Dönnhoff): ce vin nous avait été conseillé par le sommelier du restaurant Les Gourmands à Blaregnies en décembre 2006 pour accompagner une poule faisane & foie gras, vinaigrette à l’arachide grillée. Je m’étais déjà passablement entiché des rieslings d’Outre-Rhin, mais ce jour-là, j’en ai eu les larmes aux yeux: un vin qui combine extrême légèreté, transparence de saveurs, intensité magistrale et longueur kilométrique. C’est un moment fondateur parce qu’il m’a poussé à explorer l’Allemagne du vin, via la Flandre, les importateurs francophones brillant par leur absence.

Et, de fil en aiguille, je me suis mis à passer une partie de mes vacances en Allemagne: Franconie, Moselle, Nahe, Pfalz, Baden, etc… Puis vinrent les pinots noirs, substituts de grande qualité aux Bourgognes impayables.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, puisqu’en septembre 2019, je franchis nonchalamment le pont sur la rivière Nahe -qui sépare la Prusse historique de la Bavière tout aussi historique- lorsque je me fais dépasser par une Porsche Cayenne qui tourne immédiatement à gauche dès le pont franchi, droit dans le vignoble Oberhaüser Brücke. Et qui sort de la voiture ? Hermann Dönnhoff himself, venu vérifier la maturité de ses grappes. Je ne lui ai pas demandé d’autographe, mais il ne s’en est pas fallu de grand-chose…

On aperçoit le vignoble Oberhäuser Brücke, juste en face du pont.

Je me souviens aussi du Montrachet Marquis de Laguiche 1974 de Joseph Drouhin, la bouteille qui m’a amené à m’intéresser au vin, un triste soir de Noël 198? (le flacon vide trône en face de moi pendant que j’écris), du Vouvray Bonnet Rouge 1947 du père Foreau, partagé par un groupe de dégustateurs, grâce aux entrées de l’un de nous au Domaine, du Jurançon VT 2007 du Domaine Vignau-La Juscle à qui j’ai attribué en 2010 la rare note de 18,5/20, du Champagne Reflet d’Antan (Bérèche et fils), dégusté avec un ami dans un restaurant d’Epernay en janvier 2012, …

Il y en a d’autres …je les garde pour une prochaine fois…

Prenez bien soin de vous.

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oenotourisme voyage

Afrique du Sud: ça bouge !

Au Cap de Bonne-Espérance

Je n’ai jamais consacré beaucoup d’énergie à décortiquer les vins de l’hémisphère sud. Pour moi, en très résumé, Afrique du Sud = Australie = Argentine = beaucoup de couleur, beaucoup de bois, beaucoup d’alcool. On veut impressionner, on montre sa musculature, on crie fort pour être sûr de titiller l’oreille des experts anglo-saxons et d’obtenir dès que possible l’indispensable 90+.

Alternative: on produit beaucoup (rendements pléthoriques) pour fournir les supermarchés du monde entier en vins ni vraiment bons, ni vraiment mauvais mais tristement banals.

Le Domaine Grande Provence (Franschhoek)

Il se fait que je viens de passer quelques jours de vacances du côté de Cape Town et de Stellenbosch, hauts-lieux historiques du vignoble sud-africain. Premier constat, il est aussi difficile d’échapper au vignoble que de refuser les frites dans une brasserie belge: où que l’on pose les yeux, le cep jaillit, en avant-plan d’un paysage montagneux d’une beauté à couper le souffle.

Sans surprise, le cépage définit le vin. Il s’agit très souvent d’un cépage d’origine française (chenin, sauvignon, chardonnay, cabernet sauvignon, merlot, syrah), mais de petits nouveaux pointent le bout du nez: nebbiolo, sangiovese, tempranillo, riesling. Le Domaine Jordan vient de planter de l’assyrtiko.

Présenter un Bordeaux blend est une quasi obligation. On pimente souvent les deux cabernets et le merlot d’une touche de malbec et d’une pincée de petit verdot. Idem en blanc: les assemblages de sauvignon et de sémillon abondent. Le modèle bordelais est omniprésent.

Le degré alcoolique est typiquement proche de 14% (mais pas de 15%). C’est une évidence plus qu’un sujet de conversation: le climat est ce qu’il est.

Une propriété, c’est souvent 100 hectares de vignes et quelques centaines de milliers de bouteilles par an. Cela implique une politique de gamme très structurée: une série de vins de type Estate, une deuxième série de type Reserve ou Premium, une troisième série de type Flagship ou Icon. Tout cela fleure bon son marketing à l’américaine.

La sécheresse du climat est de plus en plus pénalisante et conduit à irriguer les vignobles. Ceux qui poussent des cris d’orfraie à la simple évocation d’un tuyau d’arrosage feraient bien de se méfier de ce que le bouleversement climatique réserve à nos terroirs européens…

Une vieille vigne a 35 ans ou plus: hors de question ici d’utiliser old vines si celles-ci n’ont pas atteint l’âge requis. Pour rappel, en France et en Europe en général, la notion de « vieilles vignes » n’a pas de définition précise, chacun fait ce qui lui plaît.

les Domaines rivalisent de talent pour proposer des expériences oenotouristiques de haut niveau: tasting room très chic, un ou deux restaurants, des chambres de grand confort, un jardin, une oliveraie, une exposition de sculptures et/ou une galerie d’art, des boutiques, des jeux pour les enfants …et j’en oublie. A une exception près, cela ne m’a jamais paru too much.

Manger au Domaine est la norme: beaucoup de très bons restaurants sont situés au sein même des Domaines.

Il y a manifestement de l’argent pour investir dans la brique, l’inox et le bois neuf: les bâtiments anciens ont été soigneusement restaurés, les bâtiments récents ont bénéficié de la patte de l’architecte, les cuveries sont impeccables, les barriques itou. Les propriétaires (hommes d’affaires et grandes fortunes) n’en sont pas à quelques millions de rands (R) près.

La terrasse du restaurant du Domaine Longridge (Stellenbosch)

On rappelle avec insistance au dégustateur européen que l’Afrique du Sud, ce n’est pas vraiment le Nouveau Monde: on plante et on vendange ici depuis le 17ème siècle. La plupart des Domaines exhibent fièrement le millésime de fondation au fronton du bâtiment historique et sur leurs étiquettes.

De nouvelles régions apparaissent sur les cartes des vins, y compris le Karoo où l’on plante à 1.500 mètres d’altitude: la recherche du cool climate est en cours. Voir par exemple le Domaine Mount Sutherland, dont j’ai goûté la très belle syrah Ouberg 2013. Production totale: 492 bouteilles.

L’intérêt pour le terroir (c’est-à-dire la parcelle porteuse de caractéristiques spécifiques) est croissant et se traduit par exemple par de grandes photographies aériennes détaillant quel cépage est planté où. Celle ci-dessous orne le caveau du Domaine Klein Constantia.

Domaine Klein Constantia: beaucoup de sauvignon (blanc)

Le personnel qui accueille l’amateur est jeune et bien formé: souvent des étudiants à la recherche de quelques sous (Stellenbosch est une grande ville universitaire) qui savent raconter et structurer une histoire.

Une anecdote néanmoins: je goûte le Constantia Natural Sweet au Domaine Steenberg. C’est une vendange tardive de sémillon qui affiche 12,5%. A ma question relative au sucre résiduel, mon interlocutrice s’embrouille les pinceaux pour finalement m’affirmer que c’est 15 grammes et que 15 grammes, ça fait vraiment beaucoup. Je veux bien faire un effort pour croire, mais il y a des limites à ne pas dépasser. La dégustation du vin et un coup d’œil au site Internet du Domaine me confirment qu’il y a 138 grammes à bord. Un bien beau vin d’ailleurs qui se vend sur place pour l’équivalent de € 12 la demi-bouteille.

Le même Domaine Steenberg élabore un nebbiolo de belle facture: 2012 est aujourd’hui parfaitement à point. La couleur est légère et tuilée, comme il se doit. Le nez est magnifique, entre fleurs, épices et goudron. La bouche porte ses 14,5% sans effort. C’est savoureux et plein, avec de la patine. Seule la finale m’a semblé un peu diffuse et d’une persistance moyenne (jeunes vignes). Les tannins sont fondus, l’acidité assez consensuelle. L’élevage sous bois de 500 litres (peu de neuf) est plutôt discret. Je n’ai pas de souvenir d’avoir goûté un meilleur rouge sud-africain. R520 (€ 28) au restaurant Tryn.

Au Domaine Tokara, je goûte la gamme Premium. Ces 4 vins sont accessibles, relativement passe-partout mais bien vinifiés. Le sauvignon est rempli de fruits tropicaux (fruits de la passion) avec une chouette fraîcheur. Le chardonnay puise dans le style unoaked et dans le style barrel fermented, mais je ne suis pas sûr qu’il prenne le meilleur des deux mondes. La syrah (avec 12% de mourvèdre dedans) est assez peu extraite et joliment fruitée. Le cabernet sauvignon est assez complexe, peu marqué par le bois et peu tannique.

Au Domaine Klein Constantia, je goûte le sauvignon Estate 2019, exotique, net et précis. Voici la cuvée Metis 2017, un autre sauvignon élaboré en collaboration avec Pascal Jolivet, vigneron à Sancerre. Démarche intéressante dont le résultat n’est ni un Sancerre, ni un sauvignon sud-africain: l’exotisme est absent, la bouche assez riche. Anwilka 2015 est un assemblage de syrah (64%), cabernet sauvignon (29%) et petit verdot violent, très puissant. Malgré quelques heures de carafe, c’est un infanticide incontestable. Difficile à déguster en l’état, mais potentiel majeur. Au restaurant, j’ai goûté le chardonnay: le vin est satisfaisant, mais il y a une pesanteur qui ne m’a pas donné envie de finir la bouteille. A servir frais pour réussir l’équilibre entre alcool et acidité. Ce n’est pourtant pas un gros lourd (13,5%) et la politique du Domaine (exploration du potentiel de la biodynamie) montre leur intérêt certain pour la précision. De mon point de vue, ce chardonnay est trop marqué par l’impact de ce qui a été fermenté en barriques. Ce qui me pose question c’est le crisp and mineral finish que mentionne l’étiquette. Le rich finish du site Internet me paraît en fait plus pertinent. 

Ne manque-t-il pas quelque chose ? Constantia … cela évoque le mythique « Vin de Constance » dont Napoléon se régalait pendant son exil à Ste-Hélène. Un vin doux inimitable, 100% muscat petits grains (appelé ici muscat de Frontignan). J’ai donc goûté le millésime 2015. A ce stade, c’est simplement succulent, plein de miel et d’agrumes. L’équilibre entre sucre, alcool et acidité est magistral (173 grammes – 13,97% – 6,5 grammes). La presse anglo-saxonne compare ceci à Château d’Yquem. Pas d’opinion vu que je n’ai pas goûté Yquem… Au Domaine, la -jolie- bouteille de 50cl se vend R1095 (€ 58).

Au Domaine Morgenster, réputé tant pour ses vins que pour ses huiles d’olive, je goûte en particulier des vins de la gamme Italian Collection et de la gamme Estate Range. Avec des petites verticales sur trois millésimes. Waouw… !!!

Je suis frappé par le fait que les millésimes les plus anciens sont systématiquement les meilleurs. Changement de cap (marché ciblé) ? Changement de génération ? Difficulté à appréhender le potentiel des millésimes jeunes ? Impact de la météo ? En tous cas, le Lourens River Valley 2010 (R300 au Domaine, soit € 16) est magnifique: c’est un Bordeaux blend très équilibré, fin et précis.

Au Domaine Longridge, on ouvre les hostilités avec un chardonnay. Attention, piège, ce n’est pas du tout une entrée de gamme, mais leur cuvée Clos du Ciel (R695 au Domaine, soit € 37): un gros coup de cœur ! Beaucoup de personnalité, de complexité et d’intensité. L’impact de la biodynamie ? Le chenin Ou Steen, le Bordeaux blend Ekliptika sont également excellents. The Emily est une curiosité, assemblage de chardonnay et de quelques gouttes de pinot noir pour un rosé très clair. Cela se boit facilement et c’est un triomphe commercial en Afrique du Sud (R90, soit € 5).

Le Domaine Pella sort du format habituel: on produit ici de toutes petites quantités de vins à forte personnalité. Pas de tralala, un tout petit caveau, un chien, une table et 4 chaises. En particulier, je succombe devant le chenin Kanniedood (traduction littérale: Immortel) 2019. Aromatique de citron vert, tension acide d’anthologie, matière importante très serrée: cela m’a évoqué un vin issu de vignes sur volcan (ce n’est pourtant pas le cas). Production limitée à 1.600 bouteilles, prix ridiculement peu élevé (R160 au Domaine, soit € 8,50). Les autres cuvées sont encore plus confidentielles: le malbec Oukliprant 2017 a été produit à hauteur de 900 bouteilles (R190), le merlot Verlatenkloof 2015 idem (R220).

Le Domaine Groot Constantia mérite une visite touristique. Pour les vins, je suis malheureusement beaucoup plus réservé.

le bâtiment historique du Domaine Groot Constantia. Ma photo est un peu de guingois…

Pour ce qui concerne les restaurants, nous n’avons jamais mal mangé. Et nous avons souvent très bien mangé. Si je devais ne retenir qu’un seul endroit, je choisirais Chefs Warehouse Beau Constantia. Leur proposition « tapas pour 2 à R1000 » (soit € 53) est magnifique: fusion d’influences thaï, japonaise, péruvienne, etc… d’une grande précision de saveurs. Le piquant et l’acide, le crémeux et le craquant, tout y est !

Et parce qu’il est vraiment difficile de n’en retenir qu’un, j’ai également adoré la combinaison huîtres et pièce de bœuf du restaurant du Domaine Longridge et le menu 4-services du restaurant Aubergine, dans le centre-ville de Cape Town.

S’il venait une envie à un lecteur d’aller vérifier sur place tout ce qui précède, je signale qu’on roule à gauche (comme en Angleterre), mais que le réseau routier est d’une qualité au moins aussi bonne qu’en Belgique. Une boîte automatique et un GPS sont plus qu’utiles.

On peut se débrouiller seul, mais un guide peut transformer un chouette moment en un moment inoubliable. Nous avons rencontré John Grant (Wine Escapes) et avons bénéficié pendant plusieurs jours de ses commentaires érudits (il en sait presque autant sur les oiseaux que sur le vin), de son sens de l’organisation, de son humour. Une très belle rencontre.

Difficile de clore cet article sans évoquer ce qui me trouble depuis plusieurs jours: là comme ailleurs, les restaurants et les caveaux de dégustation ferment. La vie se paralyse progressivement, comme chez nous. Il n’y a officiellement pas encore de victimes, mais que va-t-il se passer dans un pays où beaucoup sont porteurs du HIV et vivent dans une grande promiscuité (townships) ? Putain de virus.

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information vins

Résistance: 50 vins à réserver

Il y avait pas mal de dégustations à mon programme de ce weekend et des suivants. Toutes celles-ci ont bien entendu été annulées. Je me mets à la place de mes fournisseurs, cela va profondément impacter la santé de leur entreprise. Le stock est là et il ne bouge plus d’un millimètre.

On peut faire le gros dos, fermer les yeux, espérer des temps meilleurs et considérer que ce n’est vraiment pas le moment de se préoccuper de la suprême futilité …le vin. On peut temporairement préférer l’eau pétillante au Bourgogne et l’écran de télévision au débouchage d’une bonne bouteille. On peut considérer que toute démarche commerciale est aujourd’hui déplacée.

J’assume. Je résiste. Je lutte contre la négativité.

N’est-il pas vrai que dans ce monde, plus les êtres vous sont chers et aimés, plus évanescente aussi est l’image qu’ils vous laissent, tandis que tout ce qui est détestable ou répugnant se grave d’autant plus profondément dans le souvenir ?

Nuée d’oiseaux blancs, roman publié en 1952 par l’écrivain japonais Kawabata Yasunari, prix Nobel de littérature.

Anthocyane vous propose donc une longue liste de vins (bouton TELECHARGER, ci-dessous) qu’il est possible de réserver dès ce dimanche 22 mars et jusqu’au dimanche 05 avril inclus. Je n’ai pas tout goûté, loin de là. D’où ma décision de me concentrer sur des vins français, de type « valeur sûre ». Des vignerons que je connais, dont j’apprécie la démarche. Il sera temps de vous proposer à nouveau des découvertes quand les circonstances s’y prêteront mieux.

Pas de prose cette fois. Mais je réponds très volontiers aux questions !

Un peu de prose malgré tout. Notez en particulier:

  • la première apparition chez Anthocyane des vins de François Carillon (Puligny-Montrachet) et de ceux d’Yves Leccia (Corse).
  • les nouveaux millésimes 2018/2019 du Pas de l’Escalette (Languedoc/Terrasses du Larzac)
  • le rosé Miraflors 2019 du Domaine Lafage (Roussillon)
  • une large gamme de chez Pignier (Jura)
  • les deux cuvées du Domaine M. Lapierre (Beaujolais)

Je ne m’engage pas sur une date de disponibilité, pour d’évidentes raisons pratiques. Certains vins ne sont disponibles qu’en très petites quantités, « premier arrivé, premier servi », commandes exclusivement par e-mail, indiquez svp la référence du vin commandé de façon à éviter tout éventuel malentendu.

Prenez bien soin de vous et vos proches.

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Sherry …chéri ?!

Albariza: le sol très blanc (majoritairement calcaire), caractéristique de la région de Jerez

Le sherry traîne une image aussi poussiéreuse qu’imprécise : c’est sec ou c’est doux ? Cela se sert avant le repas, pendant ou après ? C’est pour le verre …ou pour la sauce ? On peut garder une bouteille ouverte ? Si oui, pendant combien de temps ? C’est espagnol ou c’est anglais ?

L’ignorance mène au désamour et, selon la loi de l’offre et de la demande, le désamour fait baisser le prix. Un prix trop bas est une malédiction: « si ce n’est pas cher, c’est que ce n’est pas bon ». Et le cercle vicieux ne s’arrête plus de tourner…

Heureusement, quelques Andalous audacieux secouent sérieusement ce vin et lui rendent ses lettres de noblesse. Equipo Navazos, Luis & Willy Perez, La Callejuela et quelques autres proposent de nouvelles pistes : vins millésimés, accent mis sur le travail à la vigne, mise en avant des meilleures parcelles, absence de solera, absence de fortificacion, etc…

L’étiquette ci-dessus est celle d’un sherry de type « manzanilla », millésimé 2014, élaboré par La Callejuela à partir de raisins en provenance de la parcelle éponyme : c’est d’une grande finesse et d’un très bel équilibre, malgré 16% d’alcool et une acidité analytiquement faible. C’est complexe, persistant et m’a offert un bel accord, en délicatesse, avec un gruyère réserve 12 mois.

Pour en apprendre plus sur le sujet, on peut par exemple consulter Sherry Notes (en anglais) et Jerez-Sherry-Xérès (en anglais).

Je vous propose un moment autour d’une table pour partager quelques sherries et quelques histoires, en les accompagnant des mets idoines: cela se passe le samedi 28 mars 2020, à partir de 12 heures, chez moi.

C’est complet. Néanmoins, ne pas hésiter à me faire part d’un éventuel intérêt, je compte organiser une deuxième séance.

Mise à jour du 21 mars: la séance n’aura pas lieu, virus, confinement et distanciation sociale obligent. Mais ce n’est que partie remise.

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dégustation domaine

Mestizaje: comment ressusciter un cépage moribond

Notre sujet: le merseguera. Cépage plutôt rare (on ne le trouve que dans la région du Levant espagnol, autour de Valence) et plutôt anonyme.

La grande encyclopédie des cépages Wine Grapes le qualifie de « uninspiring variety » et peine à lui associer la moindre qualité. Il serait terne, avec quelques arômes herbacés et des notes d’amande amère. Cela s’appelle un enterrement de première classe. Pire, il n’est pas facile à cultiver en raison d’une grande sensibilité au vent, qui arrache les fleurs de la vigne. Pas de fleur, pas de fruit.

Il faut bien une personnalité comme celle de Toni Sarrión du Domaine Mustiguillo, pour se dire qu’il y a là une opportunité. Il possède un vignoble d’altitude (900 mètres), la Calvestra, entouré de pins, de chênes et d’oliviers, planté du cépage bobal. Celui-ci mûrit difficilement en raison du froid. Cela dit, le lieu est un amphithéâtre, protégé du vent…

Toni Sarrión décide alors de surgreffer ses vignes de bobal en merseguera avec l’ambition de prouver que ce cépage autochtone mérite bien mieux que sa mauvaise réputation. La technique du surgreffage permet de conserver la qualité des vieilles vignes de bobal (plus de trente ans).

La vendange est fermentée à part et ensuite assemblée à du viognier et à de la malvoisie. L’élevage s’effectue en cuves inox (pas de bois). Pas d’appellation, c’est un simple « Vino de España », avec 65% de merseguera, 25% de viognier et 10% de malvoisie. Alcool: 13,5%. Bio.

Le résultat ? Mestizaje 2018 avec un très joli floral et un profil plutôt élancé, pas si méditerranéen que cela. Incontestablement, de la personnalité !

Le Guia Peñin 2020, guide de référence pour les vins d’Espagne, accorde 92/100 à ce Mestizaje et 5 étoiles, à savoir le maximum possible pour le rapport qualité/prix.

En dégustation le samedi 08 février 2020.

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Silvaner Huff: sec, net, rafraîchissant

En mai 2019, je vous ai présenté un riesling du Domaine Georg Gustav Huff, propriété familiale sise dans le Rheinhessen.

Ce Rheinhessen est la plus vaste région viticole d’Allemagne, au sud-ouest de Francfort, longée tant à l’est qu’au nord par le Rhin.

Au 4ème rang des cépages les plus plantés dans cette région, le silvaner. Contrairement à ce qui se passe avec le sylvaner alsacien, habitué à jouer le rôle de cinquième roue de la carriole, en Rheinhessen, le silvaner a la cote. Il ne viendrait à personne l’idée de l’arracher pour faire place à un cépage considéré comme plus noble.

Le grüner silvaner 2018 du Domaine Huff est un vin d’entrée de gamme, absolument sec, vinifié avec compétence, net et rafraîchissant. Le prototype du vin de tous les jours, sans cérébralisation excessive, positivement passe-partout, plus dynamique et fruité que la plupart des sylvaners alsaciens. Alcool : 12,5%

Très bon rapport qualité prix. La bouteille est un bel objet, ce qui ne gâche rien. À mettre au frais, pour toutes sortes de plats et d’occasions.

En dégustation le samedi 08 février 2020.

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Màquina & Tabla: déroutant, séduisant, énergique

Je me revois en décembre, dégustant une série de vins espagnols en prenant des notes pour déterminer progressivement ma sélection.

Soudain, devant moi, une table un peu isolée derrière laquelle un jeune homme semble se sentir un peu seul. Il représente Màquina & Tabla, propriété de moi jusqu’alors inconnue.

Une fois la conversation entamée, il se révèle volubile et enthousiaste : il titille ma curiosité ! Convenons, pour la facilité, que ce jeune homme s’appelle Pedro.

Nous sommes dans le nord de la Castille. Le projet a démarré en 2013. Les géniteurs de Màquina & Tabla, Oriol et Susana, sont catalans et, à première vue, sains d’esprit. Quoique. Oriol aurait l’habitude de se décrire comme un oenopathe. Curiosité à nouveau titillée.

Je me rends compte que les différents vignobles cultivés par le duo se trouvent fort loin les uns des autres : Toro, Bierzo, Rueda et Sierra de Gredos. Les parcelles sont en fait louées à leurs propriétaires respectifs.

Avec Pedro, nous évoquons, dans le désordre, vignobles complantés, vignes franches de pied et/ou centenaires, élevage sous flor, rendements minuscules, faible dosage du soufre, vinifications nature, appellations ou pas d’appellation du tout, géographie liquide, étiquettes déconcertantes et un goût certain pour les coups de pied dans la fourmilière.

…Pedro, il faut goûter maintenant !

Le blanc Laderas de Leonila 2018 est en appellation Bierzo. Laderas se traduit par « coteaux » et Leonila est un vieux prénom espagnol, inusité aujourd’hui, mais porté par une grand-mère du propriétaire de la parcelle.

Ces « coteaux de mémé » sont issus de palomino (cépage habituellement associé au sherry et à l’Andalousie), de doña blanca (cépage d’origine portugaise) et de godello (que l’on croise surtout en Galice).

C’est la production d’un petit vignoble (2 hectares), complanté de vignes âgées de 20 à 80 ans. La récolte est manuelle, la fermentation et l’élevage se font en barriques françaises. Alcool : 12,5%

Salinité, finesse, délicatesse, nuances oxydatives, j’avoue être aussi dérouté que séduit. J’ai peu de repères, je quitte ma zone de confort, mais il y a une originalité telle que ce serait dommage de passer à côté. Et beaucoup d’énergie, de vitalité.

L’autre blanc, c’est Pàramos de Nicosia, non-millésimé mais provenant néanmoins à 100% de la récolte 2018. Pàramos se traduit par friche ou plateau stérile. Quant à Nicosia, c’est un vieux prénom espagnol etc…voir plus haut.

Après les « coteaux de mémé », voici le « plateau stérile de l’autre mémé ». Mazette.

Ce blanc est un assemblage de verdejo et de malvasia, issu de la parcelle dénommée El Pinar (ça ne s’invente pas !), à 700 mètres d’altitude. On est sur le territoire qui correspond à l’appellation Rueda, mais le vin est commercialisé comme un simple vino de mesa (vin de table).

Vignes de 50 à 60 ans. 12 heures de macération avant fermentation, évoquant le vin orange. Alcool : 13%

Enfin, le rouge Pàramios de Nicosia 2017 est un assemblage de grenache et de tinta del pais (nom local du tempranillo), en appellation vino de la tierra de Castilla y Leon. Il provient du territoire qui correspond à l’appellation Toro, sans ressembler le moins du monde au Toro comme on le connait habituellement (très sombre, très boisé, très puissant, très parkérisé). Alcool : 14,5%

Ce n’est pas un vin nature, mais on s’en rapproche beaucoup ! Vin non-filtré, avec une forte acidité pour équilibrer la puissance alcoolique.

Remarque importante : à dire vrai, je ne suis certain d’à peu près rien de ce qui précède. Entre l’information glanée auprès de Pedro, les étiquettes des différents flacons et les éléments contradictoires que l’on trouve sur le web, … bonne chance !

Si vous aimez les surprises, allez-y les yeux fermés, cela ne laissera personne indifférent. Dans le cas contraire, je conseille vivement la dégustation avant un éventuel achat.

Les étiquettes vous intriguent ? N’hésitez pas à parcourir le site Internet de leur créateur, en cliquant ici.

Deux vins en dégustation le samedi 08 février 2020.

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La Cabotte Colline blanc 2018

J’ai découvert en son temps le Domaine de La Cabotte par l’intermédiaire de ses Côtes-du-Rhône rouges, Colline et Garance. De très bons vins du Rhône sud, en biodynamie, préservant habilement ce qu’il faut de fraîcheur pour équilibrer la richesse solaire.

Cette fois, j’ai été particulièrement touché par Colline blanc 2018, un assemblage de clairette, de grenache blanc et de viognier. Ceux parmi vous qui connaissent bien mes goûts savent que les blancs du Rhône sud ne font pas partie de mes chouchous. Je leur trouve souvent un équilibre quelque peu mollasson qui ne donne guère envie de s’en resservir un verre.

Je salue donc la performance de ce vin sec, fruité (poire, pêche) et épicé. Conjuguer vin blanc, chaud millésime 2018 et Vaucluse pour en faire un vin frais et plutôt tendu est une belle démonstration de compétence, à la vigne comme à la cave.

Biodynamie certifiée Demeter, élevage en cuves inox. Alcool 13,5%

En dégustation le samedi 08 février 2020

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Algueira: diaboliques coteaux galiciens

Ribeira Sacra. C’est l’Espagne, c’est la Galice, c’est déjà presque le Portugal, c’est atlantique et pentu en diable. La mer à gauche, la montagne à droite.

Ribeira Sacra, la rive sacrée, une appellation dont la renommée est récente, mais qui fait couler beaucoup d’encre, en particulier dans la presse anglophone, dans la foulée de l’appellation Bierzo, sa quasi voisine.

En tous cas, un paradis pour amateurs de cépages autochtones : brancellao, souson, caiño, merenzao (sisi, celui-ci vous le connaissez : c’est le trousseau du Jura). Et je ne cite ici que les cépages noirs.

Et puis la mencia, connue au Portugal sous le nom de jaen (voir le Dão de Niepoort, également en dégustation ce 08 février). Cépage presqu’inconnu au vingtième siècle, elle fait à présent partie des valeurs sures en péninsule ibérique. On l’a comparée au pinot noir et au cabernet franc. Le grenache a été cité comme un possible parent éloigné. Rien de tout ceci n’est démontré via la génétique. Finalement, il se pourrait bien que la mencia ne soit pas apparentée à un cépage plus célèbre.

Le Domaine Algueira est la création d’un ex-banquier devenu vigneron, Fernando Gonzalez. Il propose une large gamme de rouges élaborés avec les cépages susmentionnés, dont une mencia joven, c’est-à-dire sans élevage. C’est la carte de visite du Domaine, un vin pur fruit, pur cuve inox, de grande buvabilité.

Autant les mencia en provenance de l’appellation Bierzo peuvent se révéler rugueuses dans leur jeunesse, autant celle-ci mise sur la carte de l’accessibilité. Un 2016 juteux, précis et direct. Sans surprise, c’est plein de fruits rouges. Mais il y a plus : un joli floral, une minéralité bien tournée (yes ! j’ai réussi à la placer) et de bons petits tannins. Alcool : 12,5%

On peut en apprendre plus via un article dans la revue In Vino Veritas (décembre 2015) en cliquant ici.

En dégustation le samedi 08 février 2020.

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Solstice: la cosmoculture signée Viret

On peut se poser des questions sur les bases scientifiques de la biodynamie.

La cosmoculture: plus ésotérique que la biodynamie ?

Cette méthode est née dans les années 90, elle est issue de la pensée d’Alain et de Philippe Viret qui ont appliqué des principes ancestraux et énergétiques sur leur domaine.
Elle rejoint les principes fondamentaux des cultures biologiques et biodynamiques. Elle ouvre des horizons nouveaux sur les principes bioénergétiques.

La Cosmoculture® a pour objectif principal d’apporter des solutions aux agriculteurs pour rééquilibrer, reénergétiser et sauvegarder les équilibres vivants et les écosystèmes.

L’eau est le support fondamental de la vie cellulaire, elle est l’élément principal et organisateur de la vie et de ce mode de culture.

Sur un lieu magique et chargé d’Histoire « des collines du paradis » (ère romaine), notre vignoble est travaillé en cosmoculture® (certifié biologique) depuis 1990.

Nous élaborons depuis 1999 des grands vins dans une véritable cathédrale édifiée en pierres du Pont du Gard selon les règles de l’architecture des grands bâtisseurs.

Nous partons du principe que le vin est un produit vivant qui suit les cycles naturels et ses influences.

Nous avons construit cette cave dans la continuité de notre philosophie de travail du vignoble pour mettre le vin dans des conditions optimales.

la cathédrale du vin

Je ne peux pas cacher une dose de scepticisme par rapport à la prose de la famille Viret, mais le vin est digne de louanges: ce Solstice 2017, assemblage de cépages océaniques (cabernet sauvignon, merlot), de cépages méditerranéens (mourvèdre, carignan) et d’une invention de laboratoire (le caladoc, croisement obtenu en 1958 entre grenache et malbec) évolue dans un registre épicé, marqué par le cuir et une touche d’animalité. Il y a du poivre en pagaille et de la garrigue en majesté. Alcool: 14,5%.

Les tannins sont fins, la persistance longue et l’équilibre …équilibré.

En dégustation le samedi 08 février 2020.

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Bonjour !

Je reprends ici le fil d’une conversation interrompue en août 2015. Le contenu ancien de ce site a été conservé, même lorsqu’il décrit une réalité dépassée depuis lors.

Il y a du contenu nouveau, en particulier lié à l’offre « Tour d’Europe des cépages » et à la dégustation qui l’accompagne, ce samedi 08 février 2020.

Le programme complet de cette offre peut être téléchargé ici.

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Les Ardoisières Argile blanc: le grand vin des Alpes

Donc, le vin des Alpes. Domaine des Ardoisières **

Me voici recopiant lâchement ce qu’écrit le guide vert de la RVF dans son édition 2020 : « Le Domaine est né de la replantation, en 1998, du coteau de Cevins, 6 hectares de micaschistes en terrasses entre Albertville et Moutiers, entreprise par Michel Grisard.

Arrivé en 2003 pour seconder ce dernier, Brice Omont, ingénieur agricole champenois, s’est investi sans compter dans le projet et se retrouve depuis 2008 à la tête d’un domaine qui compte désormais 16 hectares. La viticulture en biodynamie est ici héroïque (la pente peut atteindre 70%), les rendements sont très faibles, les vins majoritairement issus de cépages complantés et assemblés.

Les résultats s’avèrent admirables : les vins sont éclatants, originaux et creusent encore l’écart au vieillissement. (…)

S’il existe aujourd’hui un domaine à découvrir en priorité dans la région, emblématique du renouveau qualitatif savoyard, c’est bien celui-ci ».

Je vous propose la cuvée Argile 2018, issue du coteau de Saint-Pierre-de-Soucy, en face de Montmélian, dans la vallée de l’Isère. C’est donc un assemblage de 40% jacquère, 40% chardonnay et 20% de (rare) mondeuse blanche.

Il est tentant de voir dans la mondeuse blanche une mutation de la mondeuse, cépage noir, mais il semble (profilage de l’ADN) que ce ne soit pas le cas. D’autres études rapprochent ce cépage de la syrah, du viognier et de la …mondeuse noire. Tout cela ne va pas nous empêcher de dormir.

La parcelle a été rachetée par Brice Omont à son précédent propriétaire en 2009. Ce sont des vignes âgées aujourd’hui de 30 à 35 ans. Une couche superficielle d’argile explique le nom de la cuvée.

Vin des Allobroges et non Savoie : le coteau de Saint-Pierre-de-Soucy se situe en effet légèrement en dehors de la zone d’appellation Savoie.

Elevage pour 70% en cuve et pour 30% en barriques de plusieurs vins. Alcool : 12%. Le nez est citronné, réservé, précis. La bouche est tendue, saline, dense et fraîche. Tout est en place pour une belle harmonie.

En dégustation le samedi 08 février 2020.

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Dirk Niepoort: le serial-vigneron

Une fois n’est pas coutume, voici deux vins lusophones. Donnons la parole au premier : « moi, Rotulo 2015, je suis un assemblage de trois cépages locaux, le touriga nacional, le jaen et l’alfrocheiro. En fait, comme je proviens de vieilles vignes complantées, il est vraisemblable que d’autres cépages entrent aussi dans ma composition.

Mon père spirituel s’appelle Dirk Niepoort, personnage ubiquiste, qui crée de nouveaux vins partout où il passe. Au Portugal, bien sûr, mais aussi en Espagne, en Autriche et jusqu’en Afrique du Sud.

Qui jette un œil à mon étiquette, verra s’y afficher d’abord et avant tout le nom de l’appellation dont je proviens : Dão, au centre du Portugal. Chez moi, c’est du granit et cela me distingue nettement de mes confrères Douro (schiste) et Bairrada (calcaire).

Je suis un vin sans prétention, traditionnel, frais, élevé 12 mois dans des cuves en ciment (pas de passage par le bois). Je suis copain avec tout le monde, de l’amateur exigeant comme du profane. Je me contente de 12,5% d’alcool, ce qui me distingue de la plupart de mes compatriotes.

Je suis tonique, énergique, juteux et bien pourvu en bons tannins. Je suis à point, mais il n’y a pas urgence à me tire-bouchonner.

Ah oui …on me dit que je suis vendu à un prix très agréable ».

Notre deuxième vin portugais est un autre rejeton de la grande famille de Dirk Niepoort, commercialisé sous le nom du Domaine dont il est issu, la Quinta de Baixo, en appellation Bairrada.

Cette appellation se situe à l’ouest du Dão, en direction de l’océan Atlantique, entre Coïmbra et Aveiro. Elle est sortie d’un relatif anonymat grâce à Luis Pato et à ses cuvées Vinha Formal, Vinha Pan et Vinha Barrosa dont les étiquettes sont illustrées par diverses sortes de canard (en portugais, canard se prononce pato).

Ce Lagar de Baixo 2015 sort de l’ordinaire et de tout ce que l’on croit savoir au sujet du vin portugais. Dirk Niepoort mise ici sur les caractéristiques du cépage baga : peu de couleur, peu d’alcool, beaucoup de fraîcheur, une solide volée de tannins un peu terreux. Et une grande capacité de vieillissement.

En dégustation, il m’a paru fascinant, à la fois tannique et léger, plutôt facile à boire et pourtant d’une personnalité bien trempée. Le bouquet est original, cerise et épices, avec des nuances végétales et de la cendre ainsi qu’une forte minéralité.

Sol calcaire, altitude au niveau de la mer, vignes de 20 ans, vendanges manuelles, élevage de 18 mois en foudres de 2.500 litres. Alcool : 11,5%.

Pour avoir ensuite goûté Poeirinho (la version vieilles vignes du baga, sauce Niepoort), il m’a semblé que Lagar de Baixo constituait un meilleur rapport qualité/prix, la différence de qualité entre ces deux superbes baga ne sautant pas au …nez.

En dégustation le samedi 08 février 2020.

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Gilles Bonnefoy: volcanique !

2020, année du volcan dans le calendrier forézien. C’est surtout l’année de la consécration pour Gilles Bonnefoy, vigneron biodynamique et propriétaire du Domaine de la Madone, en appellation Côtes du Forez, aux sources de la Loire.

Il a fallu un temps certain pour que la presse professionnelle fasse le voyage jusqu’aux confins du Massif Central et y découvre les grands mérites des vignes sur volcan, tant en rouge (gamay) qu’en blanc (roussanne). Accrochez-vous, les fleurs vont gicler !

Guide vert de la RVF, édition 2020 : « Nous sommes éblouis par l’éclat que dégage chacune des cuvées » … « Ce domaine devrait rapidement accéder à la première étoile » … « Mémoire de Madone … après une aération de quelques minutes, le vin prend une envergure digne des plus grands gamays. 16,5/20 ».

La Revue du Vin de France, février 2020 : « Peu de roussannes dans le monde offrent une telle fraîcheur éclatante, un bouquet si nuancé et cet élan vivifiant, presque salin en bouche »… « La roussanne biodynamique de Gilles Bonnefoy impressionne par son identité volcanique élégante. 16,5/20».

Le rouge Mémoire de Madone 2018 est un pur gamay, issu de vignes largement quadragénaires, plantées dans le basalte roche -ô combien- volcanique. Vendanges manuelles, levures indigènes et très peu de soufre.

Je suis cette cuvée haut de gamme depuis pas mal d’années et elle ne me déçoit jamais. 2018, millésime chaud, conduit à un équilibre plein, avec une belle matière mûre. Alcool : 13%.

Le blanc Roussanne de Madone 2018 est une pure …roussanne, issue de vignes plantées en 2001, plantées elles aussi dans le susmentionné basalte. Vendanges manuelles, levures indigènes et très peu de soufre. Alcool : 13,5%.

Le vin est commercialisé en indication géographique protégée (igp) Urfé, parce que l’appellation d’origine protégée (aop) Côtes du Forez n’accepte que les vins rouges.

La roussanne est un cépage très intéressant (gras et finesse), planté en particulier en Savoie et dans la vallée du Rhône. Elle est fort sensible aux maladies et mûrit tard, ce qui explique que bien des vignerons s’en détournent au bénéfice de cépages plus faciles.

Attention, quantités disponibles fort limitées, tant pour le rouge que pour le blanc. Je suggère de réserver pour éviter une éventuelle déception.

Mémoire de Madone est en dégustation le samedi 08 février 2020.