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histoire

compagnon du vin

Il compare sans sourciller tel millésime de tel cru bordelais à tel autre millésime de tel autre cru bordelais. Il dispose d’un vocabulaire étendu pour décrire et nuancer (« plus griotte que bigarreau »). Il se souvient de la texture et de la finesse des tannins du Chianti Colli Senesi dégusté le premier soir d’italiennes vacances, en juin 1997. Il connaît le nom -et le surnom- du chien de ce vigneron tourangeau à qui il rend visite dès que le nouveau millésime pointe le bout du nez.

Il existe. Rarement certes, mais il existe. Hommage lui soit rendu, chapeau lui soit tiré, statue lui soit érigée.

Cher lecteur, chère lectrice, misère et déconfiture, nous ne faisons pas partie de ce brillant groupuscule. Pour ce qui me concerne, j’en suis absolument certain; pour ce qui te concerne, c’est un pari statistique que j’accepte de perdre, si tel est ton talent.

L’art de la dégustation à l’aveugle m’a appris l’humilité et l’auto-dérision. Je sais que je ne sais pas. Je continuerai, le plus longtemps possible, à prendre un Sancerre pour un Chablis et vice-versa. Oui, j’ai confondu, je confonds et je confondrai.

Heureusement, cela n’empêche ni d’aimer, ni de partager, ni de s’esbaudir, ni de faire preuve d’esprit critique, ni de lire, ni de gratter la couche de vernis du dessus, ni de changer d’opinion.

A ce titre, je revendique, cher lecteur, chère lectrice, le titre de compagnon du vin, celui qui t’accompagne dans ta quête du flacon suprême et des flacons un peu moins suprêmes mais -quand même- vachement délicieux.

Le compagnon n’existe que dans l’accompagnement. Le magasin n’existe que par les emplettes. J’ai dit.

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information

Frugalpac

Me coltinant plus que régulièrement des cartons de 12 bouteilles et étant équipé de série d’un dos fragile (cela me rappelle d’ailleurs mon rendez-vous chez le kiné), je suis sensible à tout ce qui pourrait réduire le poids du vin. Les idées fusent, l’une encore plus créative que l’autre.

Mon œil n’en croit pas ses yeux, voici un fabricant britannique qui met sur le marché la bouteille en …papier. Poids annoncé: 83 grammes. Bien sûr, le papier est doublé à l’intérieur par une couche de matériau plastique de qualité alimentaire.

Au-delà d’une longue série d’arguments de type écologique, le site Internet de Frugalpac souligne également que la bouteille se transforme ainsi en étiquette géante, ce qui permet d’envisager la création de bouteilles au design audacieux: la photo ci-dessus l’illustre.

On ne peut s’empêcher de se poser quelques questions sur le transport, sur la résistance au temps qui passe et sur la méthode de bouchage. On me dira que cela ressemble furieusement au bag-in-box et que le supermarché est le canal de distribution naturel pour un tel objet.

N’empêche. J’applaudis l’initiative.

La Cantina Goccia (Ombrie) met un premier vin sur le marché.

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domaine dégustation rouge

brocart

Comme de la soie, brodée de fils d’argent. Nez intense, floral et épicé. Bouche d’une texture extrêmement raffinée, sensuelle et voluptueuse.

Majoritairement grenache (70%), subtilement complexifié par quelques raisins de cinsault (20%) et de carignan (10%), ce vin au degré élevé (14,5%) porte sa richesse avec beaucoup d’élégance. Fine structure tannique, déjà fondue. Concentration et longueur.

Si vos goûts personnels vous portent exclusivement vers l’austérité des monastères les plus cisterciens, celui-ci pourrait ne pas vous convaincre. Dans le cas contraire, laissez vous séduire par ce somptueux Grand Pas de velours. Luxuriance plateresque, voire manuéline.

Attention, c’est addictif.

Domaine du Pas de l’Escalette, Terrasses du Larzac (Languedoc), Le Grand Pas 2018. Sur commande chez Anthocyane au prix de € 29.

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domaine rouge

Julien Bréchet à Gigondas

J’ai pris l’habitude d’écrire. En essayant, avec plus ou moins de bonheur, de raconter ce qui est vrai, sans tomber dans l’explication technique, froide, austère et, pour tout dire, chiante sachant que mon lecteur n’a pas la vocation de devenir un professionnel du vin.

A moi de débroussailler, de ramener le discours à son essence, de repérer l’anecdote pertinente, de faire jaillir l’humain derrière la grappe. A moi de faire la part des choses entre la mode insignifiante et la nouveauté qui mérite d’être connue, voire promue.

Il m’arrive bien souvent de pester face aux sites Internet de vignerons français, manifestement peu concernés par leur image et peu soucieux de partager une information récente qui éclairererait l’amateur curieux.

Alors, soyons beau joueur: il y a des exceptions à ce constat. Des sites Internet qui sentent le réel, le vécu, le ressenti. Des vignerons qui expliquent si bien qu’il serait vain de vouloir les paraphraser.

Je laisse donc très volontiers la parole à Julien Bréchet, vigneron à Gigondas, au Domaine des Bosquets.

J’avais envie d’un site assez personnel, digeste, qui ait du sens. Un site qu’on lit en entier, comme un bouquin.

Ce site est donc pensé comme un propos autour de ce qui fait l’ADN du domaine. Le ton est volontairement intimiste, et sans langue de bois. Il est agrémenté d’anecdotes, de points de vue, de moments marquants, qui ont jalonné notre parcours. Je n’ai pas cherché à rendre les choses différentes de ce qu’elles sont.

J’ai misé sur le fond, pas forcément sur la forme. L’important, ce n’est pas le contenant, c’est ce qu’il y a dedans…

Dans ce bastion rhodanien de l’assemblage, on s’est très vite mis à travailler à la bourguignonne, ce qui peut paraître paradoxal. Le parcellaire est devenu notre vision, l’expression du terroir notre religion. Je n’aime pas l’idée d’une cuvée spéciale. Mélanger les meilleures parcelles pour faire bon n’a aucun intérêt si cela n’a aucun marqueur de terroir, mais ce n’est que mon avis. Faire un vin non reproductible, et unique, là ça m’intéresse…

Mais au début l’idée n’était pas de faire différemment des autres, mais simplement de notre mieux. Et faire de notre mieux, ça nous a conduit à faire différemment. La pierre angulaire des Bosquets, c’est la diversité. Alors on a commencé à tout décortiquer pour comprendre…

On a donc refondu les processus de vinification, avec l’instauration de la vinification parcellaire, la rénovation du chai souterrain pour les élevages, et enfin, en 2016, l’aboutissement de cette pensée avec la création d’un atelier de micro-vinification en plus du chai originel. 7 ans plus tard, on est passé de 1 vin à 6… On explore.

Je reste persuadé que sur une appellation comme Gigondas, on peut faire 1000 vins différents. La diversité est partout. Altitude, orientation, sols, sous-sols, exposition au vent, au soleil, à l’influence des bois, bref… Tout demande d’aborder les choses dans le détail.

On va donc continuer à explorer. Et qui sait, peut être qu’un jour, comme me l’a prédit un immense vigneron des terroirs frais et sablonneux de Châteauneuf-du-pape, quand j’aurai maîtrisé suffisamment tous mes terroirs, je passerai à l’étape de composition, et ne ferai plus qu’un vin…

Au début, mes vins étaient probablement un peu trop extraits, un peu trop mûrs, un peu trop boisés. Un peu trop tout, en fait, mais ils tenaient debout quand même. Ils plaisaient énormément, mais pas pour les bonnes raisons. Ils plaisaient parce qu’ils étaient impressionnants. Ce n’était pas ce que je voulais. Mais à cette époque de mon histoire, ça m’a permis de faire connaitre un peu mieux le domaine, grâce à la presse.

Et puis après 2 ou 3 millésimes, ce qui en ressort, c’est qu’un tout petit geste fait au bon moment peut être extrêmement efficace. Il faut être mesuré et juste. Aux Etats-unis, ils ont un dicton: « Less is more… ». C’est Phil Cotturi, le pape de la viticulture en Sonoma et Napa, qui m’a expliqué ça. Je trouve ça très juste.

C’est un peu comme la musique. Si on l’écoute trop fort, on passe à coté d’énormément de détails. Et quand on baisse un peu le volume, parfois, tout devient plus audible, et on ressent des choses jusque là imperceptibles.

J’espère que ces quelques paragraphes vous donnent envie d’en lire plus. Bonne nouvelle, c’est facile et gratuit. Allez jusque ici et laissez-vous porter par la plume agile et acérée du vigneron. J’ai l’intuition que nous n’avons pas fini d’entendre parler de Julien Bréchet.

Anthocyane vend deux vins élaborés par le Domaine des Bosquets: voir le magasin. De vrais vins du sud (on n’essaye pas de faire passer Gigondas pour la banlieue de Beaune), avec du flair et un équilibre qui ne laisse pas l’alcool jouer au chef d’orchestre. Dans ce coin de France, ce n’est pas si courant.

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blanc dégustation information oenotourisme

Styrie: l’Autriche versant sud

les 15 régions DAC

L’Autriche du vin, c’est incontestablement l’Autriche orientale, aux frontières de la République Tchèque, de la Slovaquie, de la Hongrie et de la Slovénie. Non, pas de vin dans le Tyrol, à moins de s’être perdu en Italie, dans le Südtirol a.k.a. Alto Adige.

L’austro-vignoble est organisé en 17 régions, dont 15 ont le droit d’adjoindre à leur nom l’acronyme DAC (Districtus Austriae Controllatus). Il n’est pas exclu que les deux régions restantes (Thermenregion au centre, Wagram au nord) finissent par rejoindre ce système.

Dans le contexte d’une dégustation privée, je m’intéresse aujourd’hui à deux régions austro-méridionales: Südsteirmark DAC et Vulkanland Steirmark DAC. Pour la commodité, je me permets (…non peut-être…) de résumer ces deux régions en Styrie.

le klapotetz, une spécialité locale pour effrayer les oiseaux, amateurs de raisin mûr: le bruit est audible de loin !

La Styrie, c’est +/- 4.300 hectares de vignes, soit +/- 10% du vignoble autrichien. Elle est connue essentiellement pour ses vins blancs secs, en particulier ceux élaborés avec le cépage sauvignon. Ce cépage est présent en Styrie depuis plusieurs siècles.

Le riesling et le grüner veltliner, qui incarnent la notoriété des DAC danubiennes (Wachau, Kremstal, Kamptal) sont quasi inexistants ici et cèdent leur place au chardonnay, au pinot blanc (weissburgunder), au welschriesling (sans lien de parenté avec le « vrai » riesling) et au gelber muskateller (sec). On lira souvent morillon sur les étiquettes: il s’agit d’un simple synonyme local du chardonnay.

le vignoble Zieregg, depuis la terrasse du Domaine Tement (fin août 2018)

Une douzaine de vignerons de talent ont créé l’association STK (Steirische Terroir & Klassik Weingüter) pour promouvoir ensemble leur région et ses vins. Leurs bouteilles portent l’acronyme STK sur la collerette. Les membres sont internationalement reconnus et joliment couverts d’éloges par la presse du vin.

Par exemple, le Falstaff, guide faisant référence en Autriche, accorde 5 étoiles (c’est-à-dire le maximum) à Weingut Tement (à Berghausen-Ehrenhausen) et à Weingut Sattlerhof (à Gamlitz).

Ce même guide accorde 4 étoiles (…ça fait encore un très beau général…) à Weingut Wohlmuth (à Kitzeck-Sausal), à Weingut Polz (à Spielfeld-Ehrenhausen), à Weingut Erwin Sabathi (à Leutschach), à Weingut Lackner-Tinnacher (à Gamlitz), à Weingut Gross (à Ehrenhausen) et à Weingut Neumeister (à Straden, dans le Vulkanland Steiermark).

Parmi une vingtaine d’autres domaines, Weingut Hannes Sabathi (Gamlitz) et Weingut Maitz (Ehrenhausen) sont crédités de 3 étoiles.

Les domaines ci-dessus sont pour la plupart situés à un jet de javelot de Nafi (quand son coude est de bonne humeur) de la Slovénie, au point que certains domaines possèdent des vignes de l’autre côté de la frontière. C’est par exemple le cas pour Tement et Gross.

Les paysages sont absolument magnifiques, rappelant parfois la Toscane. Les promenades ne sont pas de tout repos, elles stimulent vigoureusement le muscle cardiaque et les mollets.

Méfiance du côté de votre GPS, lequel pourrait bien ignorer totalement l’existence de routes en Slovénie: selon l’animal installé dans ma Tiguan, au-delà de la frontière, il n’y aurait …rien.

à gauche de la ligne noire, c’est la Slovénie…le néant !

La latitude du vignoble est similaire à celle du Mâconnais et du Sancerrois. Pour des spécialistes du chardonnay et du sauvignon, c’est bien joué !

Sur les étiquettes, le terme ried peut se traduire par cru ou parcelle spéciale: c’est le sommet de la gamme. Un vin qui provient d’un ried est un riedenwein.

Ortswein désigne le vin élaboré avec des parcelles situées dans un même village (par exemple: Gamlitz, Ehrenhausen, Eichberg, …). Enfin, gebietswein désigne les vins de type régional.

Pour plus d’information au sujet du sauvignon en Styrie, rendez-vous sur le blog « Les 5 du Vin« , pour une série de 3 articles publiés en 2015, sous la plume avisée de David Cobbold. La plupart de l’information est encore pertinente aujourd’hui.

Voir aussi le site Internet officiel du vin autrichien, remarquablement bien fait, ainsi que le site Wein/Steiermark.

Nous goûtons 11 vins, entre cépages et vignerons, sur les millésimes 2015, 2016 et 2017. Tous les vins ont été achetés sur place, lors d’un voyage effectué fin août 2018. Ils sont goûtés dans l’ordre suivant:

Hannes Sabathi Gamlitz (sauvignon) 2017 19,00 €
Tement « Morillon Muschelkalk » (chardonnay) 2016 13,00 €
Maitz Ehrenhausen (sauvignon) 2017 21,00 €
Lackner-Tinnacher « Franz Lackner » (welschriesling) 2016 24,00 €
Tement Ciringa Fosilni Breg Reserve (sauvignon) 2015 (SLO) 15,00 €
Sattlerhof Gamlitz (weissburgunder) 2017 17,00 €
Gross Ried Perz (gelber muskateller) 2017 29,00 €
Wohlmuth Ried Sausaler Schlössl (chardonnay) 2016 25,00 €
Neumeister Ried Klausen (sauvignon) 2016 25,00 €
Polz Ried Graßnitzberg (chardonnay) 2015 22,00 €
Tement Ried Graßnitzberg (sauvignon) 2016 21,00 €

les 11 de Styrie

Tous les vignerons dont nous dégustons les vins font partie de l’association STK. Wohlmuth n’a rejoint l’association que récemment, ce qui explique l’absence du logo STK sur la collerette de sa bouteille, issue du millésime 2016.

Le liège n’a plus vraiment la cote en Styrie: 5 bouchons en verre, 3 capsules à vis et seulement 3 bouchons en liège parmi ces 11 bouteilles.

Commentaires de dégustation

Globalement, une dégustation, à l’aveugle jusqu’au cinquième vin, surprenante, avec une belle série de vins à forte personnalité. Aucun vin décevant. Beaucoup de salinité et de fraîcheur.

Mes compagnons, malgré leur incontestable talent, n’ont pas découvert la région. Ce qui tendrait à prouver que la Styrie manque d’une image forte: STK a encore du boulot !

Chaque vin a été noté sur 20 par les huit participants. Je reprends pour chaque vin ma note, puis la note moyenne du groupe.

Hannes Sabathi Gamlitz (sauvignon) 2017: ortswein du village de Gamlitz. Alcool: 13%. Robe très claire. Nez de sauvignon « musqué », vin très aromatique, pamplemousse, soufre/allumette. Bouche aromatique et vive. Finale sur quelques amers, belle longueur saline. 15/20 & 15,1/20

Tement « Muschelkalk » (chardonnay) 2016: gebietswein issu de plusieurs parcelles sur calcaire coquillier. Alcool: 12,5%. Nez plutôt discret. La bouche commence assez aimable, mais voici que pointe un citron, joliment vif, au point d’évoquer un riesling 15/20 & 15,1/20

Maitz Ehrenhausen (sauvignon) 2017: ortswein du village d’Ehrenhausen. Sous-sol calcaire. Fort potentiel de vieillissement. Alcool: 12,5%. Ce vin m’avait un peu laissé sur ma faim lors d’une pré-dégustation à l’ouverture du flacon. Nez minéral, difficile de penser au sauvignon. Bouche dense, salinité, une vraie personnalité, pourrait faire penser à un albariño de Galice. 15,5/20 & 15,9/20

Lackner-Tinnacher « Franz Lackner » (welschriesling) 2016. Alcool: 13%. Nez de chardonnay, des fruits blancs, de la pêche. Bouche « chablisienne », assez extrême, longueur sur le caillou. 15/20 & 15,1/20

Tement Ciringa Fosilni Breg Reserve (sauvignon) 2015: vin slovène issu de parcelles dans le prolongement du Zieregg. En langue slovène, fosilni breg signifie approximativement « fossile marin ». Alcool: 13%. Nez volcanique, bouche très dense, serrée, précise, en devenir, concentrée et longue. Un premier coup de cœur. 16/20 & 16,1/20

Sattlerhof Gamlitz (weissburgunder) 2017: ortswein du village de Gamlitz. Le Domaine est en bio. Vignoble situé à 350/450 mètres d’altitude. Alcool: 12,5%. Ce vin est assez dense, mais un peu simple, moins vif et plus consensuel que les précédents. C’est néanmoins équilibré et agréable. Beau pinot blanc, net et bien sec. On en profite pour évoquer les difficultés du pinot blanc en Alsace. 15/20 & 14,7/20

Gross Ried Perz (gelber muskateller) 2017. Altitude: 470 mètres. Alcool: 12%. Nez nettement sur le basilic. Bouche parfaitement sèche, une certaine rondeur, une amertume végétale typique du cépage. Grande maîtrise d’un cépage compliqué. Une vraie bonne surprise ! 15,5/20 & 15,7/20

Wohlmuth Ried Sausaler Schlössl (chardonnay) 2016. Coteaux de schiste/ardoise à forte pente, jusqu’à une altitude de 600 mètres. Alcool: 13%. Serait-on à Chablis ? Acidité majeure, vin de garde, précision, aucune perception d’élevage, plein d’agrumes, impressionnant jusqu’à faire un peu peur. Infanticide. 16,5/20 & 15,6/20

Neumeister Ried Klausen (sauvignon) 2016. Le seul vin originaire de Vulkanland Steirmark DAC. Alcool: 13%. Franchement difficile de reconnaître le cépage, vin très dense, avec des notes lactiques/beurrées. Comparable au type Mellot, civilisé, chic et plutôt accessible. 16,5/20 & 16/20

Polz Ried Graßnitzberg (chardonnay) 2015. 12 mois sous bois. Alcool: 13%. Le premier vin dans la série à assumer un élevage (bien dosé). Nez boisé, vanillé. Bouche assez large, mais précise. Un peu luxueux, mais vraiment énergique 16/20 & 16,4/20

Tement Ried Graßnitzberg (sauvignon) 2016. Alcool: 12,5%. Nez complexe, étonnant, plutôt introverti. Grande élégance, léger variétal, équilibre parfait, l’élevage est imperceptible en tant que tel, longueur phénoménale/exceptionnelle sur le caillou, infanticide. 17,5/20 & 16,5/20

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jeu

Qui suis-je ?

La première bonne réponse, donnée via la zone commentaire au bas de cet article, gagne une bouteille du Petit Vin des Bosquets, à venir chercher chez moi.

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dégustation information

compte-rendu de dégustation

Ce fût une belle dégustation…

Il faisait beau, les vins se goûtaient bien. Nous avons tenté de respecter au mieux les recommandations C-19, mais n’y sommes pas toujours parvenus. Merci en tous cas à chaque valeureux participant, pour sa ponctualité, sa patience et son enthousiasme. 45 minutes ne suffisaient manifestement pas pour faire le tour complet de la douzaine de vins présentés.

Ne m’étant pas interrompu une seule minute entre 10h30 et 18h30, mon dos, mes pieds et ma gorge se sont chargés de me faire passer une soirée très tranquille et globalement horizontale. Ne me demandez pas de commenter ce que j’ai regardé à la télévision samedi soir …je somnolais déjà.

Les Rochers 2019, Mâcon-Vergisson, Guerrin: Très beau succès commercial. Excellent rapport plaisir/prix. Nez floral, délicat mais pas introverti. Attaque très nette, sur la fraîcheur. En milieu de bouche, du gras et de l’intensité. Jolie persistance, les sensations fraîches et rondes se répondent l’une l’autre.

Vignes de Ratier 2017, Menetou-Salon, Pellé: Nez fin et discret: le sauvignon ne saute pas à la figure du dégustateur. Plus proche d’un Sancerre sur marnes kimméridgiennes que d’un Sauvignon de Touraine, si bon soit-il. Progressivement, arômes d’orange. Bouche souriante, arrondie. Finale sur la caillou chaud. Une dégustation du millésime 2014 montre tout le potentiel de ce vin !

Kallstadt 2017, riesling, Rings: Nez franchement minéral, au sens d’une promenade sur le gravier, en été, juste après l’orage. Pamplemousse, un peu de citron, tension marquée. Parfaitement sec, mérite un peu de garde. Quelques participants ont évoqué des notes de pétrole, classiques sur les rieslings évolués.

GPS 2018, Côtes du Jura, Pignier: A pleinement confirmé son statut d’OVNI. Très forte personnalité, en puissance. Arômes de fraise, du fumé, un peu de rose. Beaucoup de matière, encore sauvage. Mérite un repos en cave pour harmoniser et fondre toutes ses composantes. 0% de soufre parfaitement maîtrisé, sans la moindre déviance aromatique.

Valpolicella 2019, Speri: Toutes les qualités que l’on souhaite trouver dans un vin de ce prix: beau fruit, équilibre impeccable, alcool modéré (12.5%), capacité à s’associer avec une multitude de plats, capacité à ne déplaire à personne. NB: ce vin est en recommande chez le fournisseur et ne sera disponible qu’en juillet.

Les Grézeaux 2018, Chinon, Bernard Baudry. Couleur violacée, nez complexe avec du fruit noir (mûre), de l’encre, de l’encens. Attaque solaire, mais milieu de bouche rigoureux. Superbe jus, plein de pulpe et d’énergie. Très bons tannins. Pas l’ombre de l’ombre d’un arôme de type poivron vert: ce cabernet franc est MÛR !

Emilien 2015, Bordeaux Côtes de Francs, Château Le Puy: confirme sa réputation de « différence ». Malgré la proximité géographique avec St-Emilion et 85% de merlot, ce vin n’évoque en rien les Bordeaux Rive Droite contemporains. Couleur évoluée, épices, tabac, comme un Rioja « à l’ancienne ». Vin apaisé, prêt à boire et susceptible d’une longue, voire très longue, garde. Tannins fondus, beaucoup d’élégance. Pour dégustateurs aventureux.

Reliefs 2015, Côtes Catalanes, Le Roc des Anges: Nez sur la cerise, le cassis. Une pointe de viande fumée. Ouvert et intense. Bouche d’une texture soyeuse, comme un doux jus de cerise. 100% carignan, cépage qui confirme sa capacité à enfanter de grands vins, du moins quand les vignes sont âgées (entre 60 ans et un siècle dans ce cas-ci). Vin extraverti et prêt à boire.

Le Pas de D. 2018, Languedoc Terrasses du Larzac, Le Pas de l’Escalette: Couleur plutôt légère (grenache 30%). Premier nez raffiné, avec du laurier et de la garrigue, très pur. Waouw ! Bouche encore fort jeune qui a besoin de temps pour s’harmoniser. A ce stade, plus puissant que fin. Très belle qualité des tannins, longueur fruitée et épicée.

Réserve 2018, Gigondas, Les Bosquets: Nez fascinant qui évoque plutôt le Rhône Nord (syrah 35%), fruits noirs, fumé, violette. Bouche évoquant Châteauneuf-du-Pape, pleine de feu et d’arômes. Assume pleinement sa condition de vin du Sud. Plus destiné à l’hiver et au gibier qu’à l’été au jardin.

Pommard Les Noizons 2018, Domaine Lafouge: Nez d’un fruit magnifique, très pur. Cette délicatesse est si intense qu’elle « passe au-dessus » des trois vins puissants qui l’ont précédée ! Bouche en finesse et en précision.

Nous sommes dans le secteur de l’appellation Pommard qui déroge complètement à l’image classique: Pommard = vin puissant, tannique, boisé, nécessitant une très longue garde. Le style est comparable à ce qui se fait de mieux en 1er cru Pézerolles et en Beaune Clos des Mouches, tous deux proches voisins.

Les vins sont disponibles dans le magasin en-ligne, sous la catégorie « les dégustations ». Commande via le magasin ou via e-mail, selon votre bon plaisir.

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dégustation information

il reste 1 place…

Ce samedi 13 juin, dégustation sur inscription préalable. En ce moment précis, il reste une place, à 15h30 précises.

Vu les circonstances actuelles, il y a une série de règles à respecter. Me contacter si intérêt.

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« not over 14% alcohol »

Pour alimenter le nécessaire débat du bouleversement climatique et de son influence sur le degré d’alcool de nos chères bouteilles, je vous propose aujourd’hui une information collatérale sur les conséquences du bouleversement …fiscal en cours depuis fin 2019, c’est-à-dire depuis les mesures prises par l’Administration Trump pour taxer les importations de vins en provenance d’Europe.

Notons d’abord que ces nouvelles taxes concernent les vins tranquilles et pas les bulles. Notons ensuite que seuls 4 pays européens sont concernés: la France, mais aussi l’Espagne, l’Allemagne et …le Royaume-Uni. L’Italie y échappe donc.

Le plus amusant, si l’on peut dire, est à venir: cette taxe de 25% frappe les vins tranquilles à la condition que leur degré d’alcool ne soit pas supérieur à 14%. Vous avez bien lu, ce n’est pas une coquille. Un vin à 13.4% est taxé, sans pitié. Par contre, un vin à 14.7% ne l’est donc pas.

Pour les pervers-masochistes que cela intéresserait, selon la classification officielle en vigueur aux Etats-Unis, le vin concerné par la taxe est le suivant:

HTS 2204.21.50, wine other than Tokay (not carbonated), not over 14% alcohol, in containers not over 2 liters.

Imaginons …je dirige un négociant français qui exporte beaucoup de vin aux Etats-Unis. Mes équipes techniques m’annoncent que la future vendange devrait permettre d’élaborer des vins d’un degré approximatif de 13.5%. Qu’est ce que je fais ? J’implore la météo de faire grimper les taux de sucre dans le raisin ? Je chaptalise ? Je mute ?

C’est une taxe inique et idiote. Si ça continue, on va tous chercher des degrés alcooliques supérieurs à 14° pour éviter les 25%  lâche Florence Cathiard, Conseillère au Commerce Extérieur et copropriétaire du château Smith Haut-Lafitte (Pessac-Léognan).

Je vous passe les taxes sur les olives, les fromages et le whisky single-malt…

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Kallstadt, Rings und riesling

photo prise dans le vignoble Saumagen en mai 2017, pendant une promenade

Kallstadt est un village du Palatinat qui peut se targuer d’avoir abrité la naissance de Frederick Trump, le grand-père de qui vous savez.

Plus sérieusement, ce village est réputé pour ses terroirs calcaires, où le riesling se sent particulièrement bien, en particulier le vignoble Saumagen (littéralement: estomac de cochon) qui est à l’origine de vins de très grande garde, d’ailleurs assez difficiles à déguster jeunes. Logiquement les vins issus du Saumagen sont commercialisés à des tarifs proportionnels à leur notoriété.

Cela pousse l’amateur à rechercher des vins issus de terroirs calcaires à Kallstadt, proches du Saumagen. Le Domaine Rings propose un tel vin, qui permet de se faire une première impression, en étant ni obligé d’attendre 10 ans, ni de puiser dans son épargne.

Un riesling sec, à forte personnalité, offrant intensité et finesse.

Steffen Rings

Le Domaine Rings est entre les mains de deux frères, Steffen et Andreas. Ils possèdent des vignes sur une superficie de 31 hectares. Tout a été vite: le domaine a été créé en 2001 sur la base de la ferme familiale qui produisait différents fruits et raisins destinés à la coopérative. Maintenant, Rings est membre de VDP, une association privée qui regroupe les meilleurs vignerons d’Allemagne, est passé en bio, reçoit 4 étoiles dans le guide Gault&Millau, se voit attribuer 3,5 étoiles par Hugh Johnson, etc…

Malheureusement, la presse francophone continue à ignorer les vins allemands. Soi-disant trop compliqués. Et pourtant, l’étiquette indique le nom du Domaine, le nom du village, le cépage, le millésime et c’est tout.

La contre-étiquette est certes rédigée en allemand, mais elle est informative: précisions géologiques, mention des rendements, mise en évidence des vendanges manuelles, accès au site Internet. Quelqu’un peut-il m’aider à percevoir la complexité ?

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Le riesling Kallstadt 2017 du Domaine Rings peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 19,50 pour mise à disposition le samedi 27 juin.

Le riesling Saumagen 2015 du Domaine Rings est disponible sur commande, au prix de € 45.

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Magasin en-ligne: le retour

Les Anciens se souviendront peut-être des années 2014 et 2015 pendant lesquelles il était possible de commander du vin chez Anthocyane via un magasin-en-ligne.

Sur la suggestion d’une cliente, je me suis dit que cela faisait sens de remettre ce magasin-en-ligne en fonction, de façon à donner une meilleure vue de ce qui est disponible et à faciliter la commande.

A ce stade, je me suis contenté de reproduire les processus actuellement en vigueur: l’enlèvement des commandes s’effectue chez moi et le paiement s’effectue par virement bancaire après réception d’une facture détaillée.

Si la demande s’exprimait en ce sens, il serait possible de rajouter de nouvelles fonctionnalités: par exemple, livraison à une adresse en Belgique et/ou paiement par carte de crédit.

L’outil permet de paramétrer simplement de nombreux éléments, mais d’autres paramétrisations requièrent des compétences techniques que je ne maîtrise pas (encore). Le magasin-en-ligne actuel est donc perfectible.

Je pourrais attendre jusqu’à ce qu’il me paraisse parfait, mais le risque, me connaissant, est de renvoyer la mise en oeuvre concrète aux calendes grecques.

Certains vins sont effectivement en stock chez moi, d’autres nécessitent que je passe commande chez mes fournisseurs. Une rupture de stock chez le fournisseur fait partie des risques inhérents à ma proposition. Seule la facture émise par Anthocyane confirme la disponibilité effective d’un vin.

Le magasin-en-ligne est donc disponible dès ce mardi 09 juin. On y accède via l’onglet …Magasin. A partir de là, la navigation devrait aller de soi.

Vous pouvez utiliser le magasin pour voir ce qui est disponible, vérifier la valeur de votre panier et me passer commande directement via cet outil. En alternative, vous pouvez flâner dans le magasin et préférer me passer votre commande par e-mail. Faites comme vous en avez envie.

Un autre article est consacré à un échange de questions et de réponses au sujet du fonctionnement du magasin (FAQ).

N’hésitez pas à me faire part de vos questions, enthousiasmes, doutes, suggestions, déceptions et autres « bugs » informatiques.

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Magasin-en-ligne: questions & réponses

Comment puis-je visualiser l’offre d’Anthocyane dans le magasin ?

Il y a trois façons principales de naviguer: par pays & région, par couleur & type et par domaine. Il est également possible de prendre connaissance facilement des vins qui participent à la prochaine dégustation ainsi que des « produits-phares », c’est-à-dire ceux que je mets en tête de gondole.

Le magasin est-il 100% opérationnel ?

Non. Beaucoup de choses doivent encore être complétées et améliorées. Je choisis de tester en « vraie grandeur » avec les clients qui accepteront de m’aider en me signalant ce qui ne fonctionne pas et ce qui manque de clarté.

Suis-je obligé de commander via le magasin-en-ligne ?

Non. Vous pouvez vous promener dans le magasin et me passez ensuite commande par e-mail. Bien entendu, à terme, le but est de faire passer les commandes par le magasin.

Pourquoi dois-je indiquer mon adresse de livraison alors qu’il faut venir chercher les vins chez Anthocyane ?

C’est une bonne question. Voilà un paramètre que je ne suis pas encore arrivé à modifier d’une façon satisfaisante.

J’ai passé une commande via le magasin, mais je ne reçois pas d’e-mail de confirmation: est-ce normal ?

En ce moment, oui, c’est normal. La paramétrisation de cet e-mail de confirmation n’est pas terminée. Vous ne recevez donc pas de confirmation automatique. Par contre, je vous transmets une confirmation « manuelle » dès que possible.

Pour certains vins, le stock disponible est indiqué; pour d’autres vins, non. Comment dois-je comprendre cela ?

Lorsqu’un stock est explicitement indiqué, cela signifie que je ne suis plus en mesure de recommander le vin chez le fournisseur. Si le stock indique trois bouteilles, ce sont les trois dernières que Anthocyane peut vous fournir.

Que signifie l’expression « en stock » ?

Soit que le vin est physiquement en stock chez Anthocyane, soit qu’il est probablement en stock chez mon fournisseur. « En stock » ne garantit donc pas la disponibilité de la quantité que vous souhaitez commander.

Je m’attends à pouvoir obtenir une livraison chez moi et à pouvoir payer en ligne avec ma carte de crédit: c’est possible ?

Non, pas en ce moment. Il m’a semblé plus judicieux d’avancer pas à pas. Aujourd’hui, les vins doivent être retirés chez Anthocyane et le paiement doit se faire via virement bancaire. De nouvelles options seront progressivement rajoutées sur base des suggestions des clients et de ma capacité à les maîtriser.

Est-il prévu d’étendre le nombre de vins présents dans le magasin ?

Oui. J’ai l’ambition d’offrir bientôt une large palette de (très) bons vins européens. En particulier dans la tranche comprise entre € 10 et € 30.

Comment revenir en arrière pendant la navigation ?

La navigation est facile en utilisant le fil d’Ariane, en caractères violets, en haut de chaque page. En un seul clic, vous revenez à la page d’accueil du magasin ou vers une page par laquelle vous êtes déjà passés. Mieux vaut ne pas utiliser « backspace » sur votre clavier.

Puis-je utiliser une tablette ou un smartphone ?

Oui. En tous cas, si c’est un iPad/iPhone. Cela fonctionne également sur tablette Androïd. Je n’ai pas encore testé de téléphone Androïd.

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Offre de juin

Ce printemps aura été marqué, parmi bien d’autres sujets plus sérieux, par l’absence complète des dégustations proposées traditionnellement par les importateurs avec qui je travaille.

Sans avoir eu la capacité de goûter, il m’était difficile de constituer ma sélection.

Néanmoins, la créativité et le soutien de plusieurs intervenants m’ont permis de vous proposer d’abord une offre intitulée -avec une pertinence qui ne cesse de m’étonner- « Résistance ».

Ensuite de construire un stock de 18 vins de très bon rapport plaisir/prix, susceptibles de vous être transmis immédiatement. Avec ces vins-là, deux colis-découverte ont été fabriqués: 6 blancs du millésime 2018 et 6 rouges du millésime 2019.

Enfin, en rosé, Miraflors 2019 a manifestement plu, convaincu et remporté vos suffrages !

Et maintenant ?

L’évolution de la pandémie et les directives des Autorités permettent d’envisager à nouveau la dégustation, à la condition d’y mettre les formes, avec la ferme volonté de respecter la santé de tous et de partager un vrai moment de convivialité.

Certains estiment que la formule retenue n’est pas assez conviviale, d’autres estiment qu’elle leur fait prendre trop de risques, à un moment où le virus court toujours. Je comprends l’un et l’autre point de vue. J’accueillerai au mieux de mes possibilités ceux et celles qui me rendront visite ce samedi 13 juin. Pour rappel, cette dégustation est sur inscription préalable.

A l’attention de ceux et celles qui ne viendront pas, je me permets de suggérer la lecture des articles consacrés au Château Le Puy Emilien, au GPS du Domaine Pignier (ce qui se cache derrière ce patronyme bizarre y est expliqué) et aux Chinons du Domaine Baudry.

Je souligne également le plus que remarquable rapport plaisir/prix du Mâcon-Vergisson « Les Rochers » du Domaine Guerrin, particulièrement réussi en 2019. Ce vin est décidément trop bon marché !

La cuvée « Les Reliefs » 2015 du Roc des Anges respire la forme après quelques années de bouteille. Voyez cet article-ci, écrit en avril. C’était une comparaison avec « Ze Cinsault » du Pas de l’Escalette.

J’ai consacré un article au très sympa Petit Vin du Domaine Les Bosquets, mais conseille de ne pas négliger leur Gigondas Réserve qui conjugue avec talent un fort tempérament sudiste et un équilibre qui pousse à ne rien laisser au fond de la bouteille.

Le Grenache c’est bon quand c’est mûr. C’est comme ça. Inutile de faire l’inverse, ça ne marche pas. Il peut être équilibré seul sur de grands terroirs qui lui confèrent de la fraîcheur. Il est équilibré aussi quand d’autres cépages viennent le compléter dans une logique d’assemblage. Enfin, nos dernières investigations prouvent la valeur de la rafle en vinification, à condition qu’elle soit mûre. Site Internet du Domaine Les Bosquets

Le Pas de D. est la cuvée du Domaine du Pas de l’Escalette qui est confiée aux bons soins de Delphine, l’épouse de Julien Zernott. Année après année, c’est celle dont je raffole. C’est le rouge qui incarne par excellence le renouveau du Languedoc, qui démontre à quel point carignan + grenache + cinsault peut constituer un trio d’enfer.

Amusant d’enchaîner avec le Menetou-Salon « Vignes de Ratier » du Domaine Pellé, vu que Julien Zernott, avant de s’installer dans les Terrasses du Larzac, a été le vinificateur du Domaine …Pellé.

Commune de Morogues, terroir solaire (exposition sud-ouest) où la roche mère se trouve à quelques centimètres sous nos pieds; nous sommes là dans les vignes de Ratier. Une belle amplitude où les fruits à chair blanche surlignés de quelques notes poivrées se lient à une minéralité si particulière, voilà le vin. Ici le cépage s’efface pour laisser s’exprimer toute la richesse de ce terroir. Richesse qui d’année en année se précise et s’amplifie. Site Internet du Domaine Pellé

Gilles Lafouge est le prototype du vigneron sérieux, méticuleux et peu prolixe. Peu de mots. Pas de site Internet. Une discrétion qui peut s’expliquer par le fait que ses clients américains se chargent, année après année, de réserver à peu près toutes les bouteilles dont il dispose. Le style de la maison est basé sur l’élégance et sur un usage intelligent, modéré, du bois neuf.

Son Pommard est issu du lieu-dit Les Noizons, proche de Beaune, juste à côté du 1er cru Pézerolles et du célèbre Clos des Mouches, avec lesquels il partage une finesse que l’on n’associe pas forcément avec l’appellation Pommard.

C’est un vin délicat, qui murmure de bien belles paroles, sans lever la voix. Il requiert de l’attention, quelques instants de silence pour donner le meilleur de lui-même. La garde ne lui fait pas peur, mais il est prêt pour dégustation dès 2020/2021.

A la recherche d’un riesling de chez riesling ? Sec, dense, frais, minéral, prêt à boire ? Pourquoi ne pas opter pour le Kallstadt du Domaine Rings en Palatinat (Allemagne). Terroir de calcaire, assez proche du tuffeau ligérien, qui met en exergue la minéralité et la finesse. Le millésime 2017 est plus « cool » que 2018, ce qui me semble avantager ce type de vin.

Bref, il y a de quoi s’amuser !

Tous ces vins participent à la dégustation du 13 juin. Offre et programme téléchargeables ci-dessous. Les commandes seront clôturées le mardi 16 juin. Les vins seront disponibles à partir du 27 juin.

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blanc dégustation domaine

GPS

Notre GPS nous emmène dans le sud du Jura, en direction de 39570 Montaigu. 612 kilomètres depuis Berchem-Ste-Agathe, via Reims, Troyes et Dijon.

Nous sommes au Domaine Pignier, dont je vous ai déjà proposé un superbe Crémant (chardonnay 80%, pinot noir 20%; Brut Nature), un chardonnay d’une grande pureté, qui évoque le riesling (« A la Percenette ») et même quelques bouteilles d’un Vin Jaune du millésime 2011.

Le GPS qui sert d’introduction à cet article est aussi le nom de la cuvée que je présente ici. GPS pour gamay blanc, poulsard et savagnin. Bon, le gamay blanc est un ancien surnom local du chardonnay…

Situé dans la reculée du val de Vallière, le vignoble est complanté (les trois cépages sont mélangés, sur une même parcelle), ce qui a pour conséquence que les différents cépages sont vendangés au même moment, comme cela se pratiquait il y a plusieurs dizaines/centaines d’années. D’où l’expression « vin blanc d’antan » sur l’étiquette.

Les trois cépages sont pressés ensemble, le contact avec les peaux est bref, le vin est donc un blanc, malgré la présence d’un raisin rouge dans l’assemblage. Il s’agit d’un blanc ouillé, terme légèrement barbare pour désigner simplement un vin blanc sec classique, élevé à l’abri de l’oxygène, comme on le fait par exemple en Bourgogne.

GPS n’est donc pas un vin jurassien typé, oxydatif, plein de noix et de curry: j’adore ça, mais pas ce coup-ci !

La famille Pignier: deux frères et une soeur

Autre spécificité: GPS est un « sans soufre ajouté« , méthode très respectable lorsque le vigneron la maîtrise pleinement. Amateurisme et « sans soufre ajouté » sont incompatibles, à moins d’accepter de boire des liquides défectueux, que certains opportunistes tentent de faire passer pour des vins de terroir.

En l’absence de soufre, une option consiste à moins dégazer le vin au moment de la mise en bouteilles, le CO² dissous ayant un effet protecteur intéressant, remplaçant celui qu’aurait apporté le soufre. Conséquence pratique de la présence de gaz carbonique: il n’est pas impossible que les fins palais détectent une légère pétillance. Cela disparaît rapidement par simple agitation du verre.

La bouteille telle que bue ce mercredi 03 juin

L’œil attentif détecte un discret reflet rosé (40% de poulsard). La structure est puissante, conjuguant gras et acidité. Pamplemousse, bière blanche, salinité. Une pointe florale, évoquant la rose. Vin dense, intense et persistant. Fort jeune et un tantinet sauvage.

Lorsqu’il se réchauffe, son profil évolue progressivement vers le Sud, rappelant alors le style des vins blancs du Rhône nord. En raison du degré d’alcool relativement élevé (14%), je préfère quant à moi le servir bien frais.

Mérite sans doute un peu de garde pour fondre et harmoniser la palette des sensations; ou un bon passage par la carafe, si telle est l’impatience. L’absence de protection par le soufre ne pose pas le moindre problème: pureté et précision des arômes à chaque moment de la dégustation.

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. GPS peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 22, pour mise à disposition le samedi 27 juin.

Le Crémant du Jura Brut Nature est également disponible, sur commande, au prix de € 20,50.

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Château Le Puy: Bordeaux …or not Bordeaux ?

La réponse à cette question est évidente: c’est un Bordeaux, en appellation Francs Côtes de Bordeaux, à quelques encablures au nord-est de Saint-Emilion. L’assemblage se compose de 85% de merlot, complété par les frères cabernets et épicé par le malbec, ce qui est en tous points conforme à ce que l’on attend d’un Bordeaux de la Rive Droite.

Seulement voilà. Ce n’est pas aussi simple. Des rebelles, il y en a partout, même à Bordeaux, réputée bourgeoise et bien-pensante. Des vignerons qui décident de faire leurs vins, en dépit des modes, des habitudes, des oukases œnologiques, des regards en coin et des moues dubitatives.

Je vous aurai prévenu. Si vous aimez le Bordeaux tel qu’on le fait généralement aujourd’hui, avec beaucoup de tout (couleur, alcool, boisé, euros, …), je vais vous perturber en vous initiant à l’antithèse de ce qui précède.

Le Bordeaux infusé en opposition avec le classique Bordeaux (sur)extrait. C’est une simplification, certes, mais elle est parlante. Malgré le très chaud millésime 2015, Émilien est frais, élégant et floral. Le degré d’alcool ? 13%. Le même bouleversement climatique affecte Le Puy que les châteaux des collègues qui affirment pourtant qu’il leur est aujourd’hui impossible de vinifier à moins de 14,50% voire 15%. Comme quoi.

La famille Amoreau, propriétaire de père en fils depuis 1610, fait le vin non pas comme il y a 30 ans, mais comme il y a un ou deux siècles. C’est-à-dire sans utiliser la moindre poudre de perlimpinpin. Juste une petite goutte de sulfite lors de la mise en bouteilles.

L’élevage ne fait appel à aucune barrique neuve, le choix se portant sur le foudre et la barrique de plusieurs vins. Pour la cuvée Émilien, c’est uniquement le foudre.

Ce style permet-il la garde en cave ? Le Domaine vend encore des bouteilles des années ’70 et ’80 du siècle passé. Est-ce une réponse satisfaisante à la question ?

On affirme parfois que les vins de Le Puy sont les meilleurs Bourgognes élaborés à Bordeaux. Ou encore que Le Puy est un domaine bio …depuis 1610.

Le Domaine a, enfin, fait son entrée dans le Guide Vert de la RVF qui lui a immédiatement attribué une étoile. Comme chez Michelin, c’est une pratique rare. Une façon de reconnaître qu’on aurait pu être plus attentif plus tôt ? Je me souviens très bien d’Émilien 2010 qui méritait déjà plein d’éloges !

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Émilien peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 27, pour mise à disposition le samedi 27 juin.

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Le Petit Vin des Bosquets

Carte en provenance de l’Atlas des Vins de France de Laure Gasparotto

En préparant la dégustation du 13 juin, je tombe -c’est indolore- sur le vin d’entrée de gamme du Domaine des Bosquets à Gigondas. Cela s’appelle Le Petit Vin des Bosquets, en appellation Vin de France. C’est un GSM équilibré (un tiers grenache, un tiers syrah,un tiers mourvèdre), issu de parcelles sur Gigondas (jeunes vignes) et sur Séguret.

On m’annonce des rendements faibles (25 hectolitres/hectare), une petite production (4.000 bouteilles), une vendange manuelle et 1 an d’élevage en cuve béton.

Mon pouce sert à camoufler le vin qui a coulé sur l’étiquette…

Le vin est direct, charnu, aguichant et juteux. C’est punchy avec de bons petits tannins. Fruit très extraverti, en veux-tu, en voilà !

Bien entendu, les 14% d’alcool sont perceptibles, ce qui pourrait peut-être lui nuire dans un exercice de dégustation à l’aveugle. Mais une fois le palais calibré pour apprivoiser la bête, on profite pleinement de la garrigue et du soleil. C’est de la joie en bouteille. Les soucis s’évanouissent comme par enchantement.

Avez-vous descendu un jour -il y a longtemps- l’escalier qui menait à la cave des « Vins du Rhône », succursale de Chaumont-Gistoux ? Vous souvenez-vous, par exemple, des vins de La Réméjeanne et de l’Oratoire-Saint-Martin ? C’est dans cette atmosphère un peu nostalgique que le Petit Vin des Bosquets m’a plongé…

On peut finir la bouteille, c’est dimanche !

Il se mettra volontiers au diapason de nos tables déconfinées. « Petit Vin » si l’on se réfère au prix (€ 9.90), bien plus grand vin si on se réfère au plaisir procuré ! On peut le garder quelques années, mais je suggère plutôt de lui faire un sort dès cet été !

Sur commande.

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samedi 13 juin: dégustation expérimentale et sympathique

J’ai découvert de nouveaux domaines, de nouvelles cuvées, de nouveaux millésimes. Je ne peux décemment pas garder cela pour moi. La bonne vieille dégustation s’impose.

Sauf que. Il paraît qu’une bestiole microscopique fait des siennes à gauche et à droite. J’en suis tout déconfit. Contre la déconfiture, je ne vois comme solution que la science expérimentale, laquelle finira bien par vaincre les ténèbres.

Dégustation expérimentale (et sympathique)

Il faut obligatoirement s’inscrire. 2 personnes dégustent au même moment, pas plus. Exception: un couple formant une bulle, il compte pour une seule personne. Les dégustateurs sont attendus à une heure précise, pour une durée limitée (maximum 45 minutes). Mise à jour (12 juin à 09h30): il reste une place disponible, à 15h30.

Chaque participant commence la séance par un passage par le lavabo, l’eau et le savon. Chacun apporte son petit matériel scolaire: un verre pour goûter, un stylo-bille, une feuille de papier (par exemple, le bon de commande qui est déjà téléchargeable sur ce site) et, si possible, un crachoir individuel. Ces jours-ci, la salive des autres n’a pas très bonne réputation.

Fabriquer un crachoir individuel est plutôt simple: prendre une bouteille d’eau minérale vide et la couper en deux à mi-hauteur. Retourner la partie supérieure et enfoncer celle-ci dans la partie inférieure. C’est prêt.

Crachoir: réalisation personnelle à partir d’une bouteille de 50 cl.

Je me charge des poignées de porte et des bouteilles. On s’installe dans les fauteuils ou au bar, en respectant la distance respectueuse de la santé de tous. Si la météo s’y prête, nous pouvons nous installer en terrasse.

Les participants ne portent pas de masque, pour des raisons qui me paraissent assez évidentes.

Les vins

Il y en aura une dizaine. Le mot « dizaine » est une méthode que j’utilise fréquemment pour indiquer qu’il y aura au moins dix vins sur le bar.

Nous resterons pour l’essentiel en France, avec de brèves incursions (les excursions n’étant pas encore autorisées au moment d’écrire ces lignes) en Italie et en Allemagne.

Blancs et rouges, en passant par la Bourgogne, la Loire, le Languedoc, le Roussillon, le Rhône et même le Bordelais. Un jurassien s’y glisserait que cela ne m’étonnerait qu’à moitié. L’Allemand sera palatin et l’Italien valpolinasque.

Si, si, on peut écrire « valpolinasque » puisqu’on peut écrire « bergamasque ». Je m’étais juré de placer « masque » dans le texte de cet article. C’est fait. Ne me remerciez pas.

Chinon, Gigondas, Pommard, Côtes du Roussillon-Villages, Mâcon-Vergisson, Terrasses du Larzac, Menetou-Salon, Côtes du Jura, …plus d’information dès que je me mets à pondre…

Si vous êtes curieux, il suffit d’aller regarder ici.

Une précision importante

Comme je ne peux recevoir qu’un nombre limité de participants, je suis contraint de gérer les inscriptions de façon précise: j’ai décidé de donner priorité à ceux et celles qui ont l’habitude de participer aux dégustations d’Anthocyane. Ces clients-ci recevront l’invitation à s’inscrire avant les autres. Ce n’est pas idéal, mais je préfère le faire savoir à tous de façon transparente.

Si vous êtes en désaccord flagrant avec ma décision, je vous invite à écrire à: COVID-19, Wuhan, République populaire de Chine.

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Le voyage en Espagne

Cette carte est extraite de la huitième édition de l’Atlas mondial du Vin (Hugh Johnson & Jancis Robinson)

Les commentaires ci-dessous ont été publiés et transmis par e-mail en 2019, en préparation à la dégustation du 26 octobre. Les revoici, légèrement remis en forme. Il s’agissait donc de parcourir l’Espagne en une série d’étapes alléchantes…

Quelques mois plus tard, cet œnotourisme virtuel prend un sens très particulier, pandémie et déconfiture obligent.

Première partie du voyage

Franchissons les Pyrénées pour rejoindre notre première étape, en Catalogne : l’appellation Montsant au sud-ouest de Tarragone. Cette appellation à la notoriété récente s’étend tout autour du prestigieux Priorat. Le Domaine Joan d’Anguera y élabore des vins d’une très belle personnalité à partir de vieux grenaches et de vieux carignans.

Ici, l’époque des vins très puissants et fortement boisés est révolue : je me souviens d’une cuvée de ce Domaine, « El Bugader », à base de syrah, certes très savoureuse, mais un peu « too much ».

Aujourd’hui, la cuvée « El Bugader » n’existe plus. Rupture de style en 2008. Place à la pureté et à la finesse qui caractérisent tant Altaroses que Planella. Deux vins néanmoins très différents, le premier 100% grenache, le second 90% carignan, épicé avec une pincée de syrah. La comparaison est fascinante : couleur légère, texture en dentelle, succulence aérienne et élégance pour Altaroses ; couleur sombre, structure tannique mûre, densité et aromatique plutôt sauvage pour Planella (vignes plantées en 1983).

La signature des vignerons, les frères Joan et Josep Anguera ? La persistance en bouche assurément : vins vraiment longs !

Le Domaine a été fondé en 1820 et est toujours resté dans la famille. Biodynamie certifiée Demeter depuis 2012. Levures indigènes. Les vins sont élevés dans le bois pendant 12 mois, sans marquage aromatique (pas de bois neuf). Vendanges manuelles, vins non-filtrés. Une propriété qui a réussi sa mutation !

Deuxième étape …nous prenons le bateau, cap sur le sud-est, vers les Baléares et plus précisément Mallorca, la plus grande île. Ce serait mentir de prétendre que le passé viticole est ici fastueux. D’ailleurs, les cartes géographiques du vignoble espagnol oublient souvent de représenter les Baléares. De plus, une île c’est étymologiquement « isolé », ce qui ne facilite pas l’accès aux vins qui y sont élaborés.

Pourtant, cela fourmille de talent pour mettre en évidence un climat, une géologie et des cépages locaux. Hugh Johnson, dans l’édition 2020 de son guide, indique que les vins de Mallorca sont en progrès constant, en citant 6 Domaines.

Le Domaine Mesquida Mora est l’héritier d’une propriété qui fait du vin depuis une soixantaine d’années et c’est à présent la 4ème génération, incarnée par Bàrbara Mesquida-Mora, qui est aux commandes.

L’appellation Pla i Llevant pourrait être revendiquée, mais non, Sincronia Negre est un simple Vi de la Terra qui ne s’encombre ainsi pas de respecter des exigences administratives sans doute jugées désuètes.

Sincronia Negre est un rouge dont la couleur évoque le pinot noir, à la bouche délicate, fine et salivante. Assemblage complexe de cépages majorquins (callet, gorgollasa), français (merlot, syrah, cabernet sauvignon) et hispanique (monastrell, que l’on connait mieux sous le nom « mourvèdre », assez commun dans le sud de la France).

Voilà un excellent exemple d’un style que personne n’associera spontanément à l’Espagne. L’expression d’une forte personnalité, d’une vigneronne qui est passée par un terrible conflit familial qui l’a laissée désemparée et sans le sou. Pour mieux rebondir en proposant aujourd’hui une très belle gamme de vins en biodynamie.

Franchement, si je me laissais aller, je vous proposerais bien les 5 vins que j’ai eu l’occasion de goûter…

Troisième étape, le bateau s’impose à nouveau pour rejoindre le continent, du côté de Valence cette fois. Le Domaine Celler del Roure incarne avec brio une démarche originale et volontariste dans une région vouée jusqu’alors à la production de vin en vrac. Pourtant, les auteurs latins du IIème siècle disaient le plus grand bien des vins de Sagonte (un peu au nord de Valence) et leur notoriété a traversé tout le Moyen-Âge.

Dans le village de Moixent, à mi-chemin entre Valence et Alicante, se niche la propriété de Pablo Calatayud, personnage-clé du nouveau vin espagnol. Il a consacré beaucoup d’énergie à ressusciter des cépages oubliés, comme le mando et le verdil. Il est aussi un pionnier de l’élevage des vins en amphores de terre cuite.

Vu la forme réelle de ces récipients, on devrait d’ailleurs plutôt les qualifier de « jarres », mais la littérature œnologique a rapidement imposé le terme « amphore ». La terre cuite est une alternative au bois : ces deux matériaux présentent une légère porosité qui laisse passer un peu d’air de l’extérieur vers l’intérieur, tout en empêchant le liquide de prendre le chemin inverse. La barrique en bois -surtout quand ce bois est neuf- est susceptible de transmettre au vin une aromatique fumée, vanillée, évoquant le café et le chocolat, alors que la terre cuite a la réputation d’être neutre.

L’aventure du Celler del Roure commence vers 1995. Sans passé familial dans le vin, Pablo Calatayud, son diplôme d’œnologue en poche, achète des terres en altitude pour y planter des cépages français et des cépages locaux. Avec le hasard comme meilleur allié, il rachète une ancienne bodega dans les caves de laquelle il découvre, à sa grande surprise, une centaine de jarres en terre cuite, enterrées, en très bon état malgré leur âge vénérable (elles ont sans doute été fabriquées au XVIème siècle). Comme quoi, entre la modernité de l’élevage en amphores et le lointain passé vinicole de cette région, il n’y a manifestement qu’un pas à franchir.

Je vous propose une cuvée politiquement incorrecte, quelque part entre rouge, rosé et blanc. Les Prunes est un vin de raisins noirs (cépage : 100% mando), vinifiés comme pour faire un vin blanc (pressurage direct), d’une robe délicatement rosée. Le vigneron insiste sur le fait qu’il s’agit d’un blanc de mando, comme le confirme l’étiquette. En dégustation, j’ai beaucoup apprécié l’aromatique florale et la matière soyeuse. Attention à ne pas confondre cet étrange oiseau avec un rosé « pour barbecue ».

Fermentation et élevage en vieilles amphores. Vin bio.

Pour la quatrième étape, nous poursuivons notre promenade vers l’ouest, en direction de Ciudad Real. Vous allez vous imaginer que je ne m’intéresse qu’aux régions sans réputation …parce que, en effet, La Mancha est plus célèbre pour avoir abrité l’idéalisme d’un certain Don Quixote que pour ses jus de raisins fermentés.

On ne s’attend donc vraiment pas à trouver ici un projet de l’ampleur de Bodegas y Viñedos Verum. Combinant une tradition viticole remontant au XVIIIème siècle, 8.000 m² de caves creusées dans le calcaire (appelé ici tosca ; dans la Loire, c’est le tuffeau), une distillerie et …un orchestre symphonique, ce Domaine étonnant propose entre autres une gamme appelée Ulterior dont l’objectif est clair: réfléchir concrètement à l’avenir du vignoble, en période de profond bouleversement climatique.

Il y a 30 ans, le vignoble allemand était tout sourire quand un millésime sur trois était bien mûr : aujourd’hui, ce même vignoble allemand se bat avec la surmaturité qui guette au coin de chaque nouveau millésime (2018 !).

Une prestigieuse propriété alsacienne commercialise à présent un Vin de France 100% …syrah.

Chez Verum, la réflexion sur le bouleversement climatique se traduit par exemple par la cuvée Parcela N°17 en 100% graciano. Ce cépage est en général utilisé dans les assemblages dominés par le tempranillo (Rioja), pour leur donner un peu de peps supplémentaire, une petite touche de fraîcheur croquante.

Ce vin de pur graciano se signale en particulier par un nez magnifique et par une bouche précise, en quelque sorte « nordiste », qualificatif que l’on associe difficilement au centre de l’Espagne ! Voici peut-être une piste pour produire des vins de bonne buvabilité lorsque le mercure s’affole.

A noter que l’élevage se fait pour l’essentiel en amphores, enfin en jarres de terre cuite de grande contenance (5.000 litres).

Le Domaine donne un conseil pour ce qui concerne l’accord avec les plats qui se distingue franchement de ce à quoi nous sommes habitués (j’assume la responsabilité de la traduction):

« essayez d’éviter les artichauts, les asperges et tout plat à la saveur citrique marquée; dégustez ce vin avec un sandwich au jambon ou au saumon fumé. Peu importe qu’il s’agisse de poisson ou de viande, son acidité et sa structure feront un accord délicieux. »

La cinquième étape est courte, plein nord, en direction de Madrid. Nous arrivons à Torre de Barreda, un Domaine dont je goûte les vins depuis bien longtemps.

En vérifiant, je me suis même rendu compte avoir découvert ces vins avec le millésime 2001 … ça ne me rajeunit décidément pas. A l’époque, cela coûtait € 8 la bouteille et, bonne nouvelle, le tarif actuel est à peu près comparable. Ici, on fait pour l’essentiel du vin de cépage : tempranillo, cabernet sauvignon, syrah… avec 3 vignobles en altitude (en moyenne, 750 mètres !) pour une superficie totale de 160 hectares.

Plus de la moitié de cette superficie est plantée d’un cépage blanc dont personne n’entend jamais parler, malgré le fait qu’il soit sans doute le cépage le plus planté dans le monde : l’airén. Les vins élaborés avec l’airén sont peu exportés et une bonne partie du vin est distillé (un peu comme l’ugni à Cognac).

Jancis Robinson, dans son ouvrage consacré aux cépages dans le monde, conclut textuellement qu’il lui est difficile de voir pourquoi quelqu’un aurait envie de planter ce cépage en dehors de l’Espagne…

Comme toujours, ces généralisations simplifient outrageusement la réalité. La cuvée Amigos est 100% airén et vous déciderez en la goûtant si le cépage mérite tant de déshonneur. Quant à moi, c’est non à l’airén-bashing !

Quant au tempranillo, c’est l’archétype du bon vin de tous les jours. J’appelle ça un « 3s » : savoureux, simple et sympathique. Dans un style généreux, riche, rustique et ensoleillé.

Il y a beaucoup de moments dans une vie où les circonstances se prêtent mieux à un tempranillo de Torre de Barreda qu’à la dégustation, limite cérébrale, d’un cru plus prestigieux.

En parlant avec Juan de la Barreda il y a quelques semaines, il m’a annoncé qu’il commercialisait à présent un nouveau vin de cépage, à savoir un graciano. Bon, il s’agit de très jeunes vignes (plantées en 2015) et ce vin n’est pas encore importé en Belgique, mais je suis déjà impatient de goûter ! Mise à jour mai 2020: ce vin est à présent disponible en Belgique .

Deuxième partie du voyage

Résumé de la première partie: un amateur curieux franchit les Pyrénées, fait halte en Catalogne où il s’esbaudit devant la beauté sauvage des vins de Joan d’Anguera, fait ensuite son intéressant via une étape aussi nautique que baléare durant laquelle il se pâme devant le Sincronia Negre de Mesquida Mora, se tape au retour le Levant, illuminé par un ‘blanc de noirs’ du Celler del Roure, se prend enfin pour Don Quixote en s’agitant dans La Mancha, chez Verum puis chez Torre de Barreda, oubliant d’ailleurs de signaler au lecteur que les vignes qui produisent l’Amigos airén sont ‘franches de pied’, plantées en 1953 dans un sol sablonneux que le méchant phylloxera déteste.

Olé. Passons à la deuxième partie.

La sixième étape nous mène à Rozas de Puerto Real, à l’ouest de Madrid, dans la Sierra de Gredos, haut lieu du nouveau grenache. Autant jouer cartes sur table, quand on prononce le mot « grenache » en ma présence, j’aperçois déjà un liquide pâlot, nettement alcooleux, à l’équilibre super-solaire. Il y a plus sexy…

C’est alors d’autant plus agréable d’être surpris par une expression du grenache vraiment différente : parfumée, pure, minérale. Oui, il y a de la maturité et 14,5% d’alcool (ce n’est pas un péché !), mais toutes les composantes se fondent ici en un jus original et ensorcelant.

Voici donc la Bruja de Rozas, la Sorcière de Rozas, un vin élaboré par le Comando G, avec « G » comme dans grenache.

Comando G est une aventure bien dans l’air du temps : un duo de jeunes œnologues (Daniel Landi et Fernando Garcia), amis depuis l’école secondaire, qui s’associent pour repérer de vieilles vignes de grenache, en altitude, dans des endroits aussi pentus qu’inexpugnables, et en faire des vins étonnants, en suivant les principes de la biodynamie.

Bien sûr, il est assez facile d’affirmer « vieilles vignes » et « altitude » …La Bruja de Rozas, ce sont des vignes de 80 ans à 950 mètres d’altitude et des vignes de 50 ans à 850 mètres d’altitude. On n’est pas là pour rigoler.

Terroir de granit, vendanges entières (on n’érafle pas), levures indigènes, peu de soufre et élevage en foudres et barriques non-neufs.

Je cède un instant le clavier à Madame Jancis Robinson. La faconde est sienne, la traduction est mienne :

« …j’ai été enchantée par Comando G, La Bruja de Rozas 2016, lorsque j’en ai goûté un verre lors d’un repas chez Brat à Londres, préparé par l’équipe du merveilleux restaurant de fruits de mer Elkano situé juste en dehors de Saint-Sébastien, au Pays Basque espagnol.

Il a un fruit tellement séduisant – juteux mais éthéré, doux mais à la manière d’un pinot noir plutôt que d’une manière écœurante – et également une très fine texture sableuse qui semble communiquer avec le sable granitique sur lequel sont cultivées ces anciennes vignes de grenache ».

Cap au nord pour une septième étape culturelle, puisque la route passe par Avila et n’est guère éloignée de Salamanca (une possible lectrice de cette prose se souviendra peut-être du voyage que nous y fîmes ensemble, il y a bien longtemps). Arrivée à Villabuena del Puente, entre Zamora et Valladolid, aux bodegas Vetus.

Nous sommes dans une région emblématique du vin espagnol : ça sent le Toro ! Appellation qui pourrait incarner à elle seule tous les excès des années ’90 : ici, on cherchait la puissance, la superpuissance. On voulait des vins énormes, impressionnants, colossaux. On voulait faire plus fort que partout ailleurs. Plus de couleur, plus de degré, plus de tannins. Encore plus, jusqu’à l’écœurement.

Je suis (presque) sûr que certains vignerons en sont revenus, mais dois reconnaître que je continue à fuir la dégustation des vins de cette appellation.

Bon, et alors ? De fait, Toro est voisine de l’appellation Rueda. Autant Toro ne fait que du vin rouge, autant Rueda, c’est 100% blanc. Avec un rôle prépondérant joué par un cépage local, le verdejo.

Les vins élaborés avec ce cépage se rapprochent beaucoup de ceux élaborés avec le sauvignon. En général, celui qui apprécie l’un, apprécie l’autre.

Flor de Vetus est une excellente introduction à ce cépage, tout en aromatique et en fraîcheur acidulée. L’élevage est effectué uniquement dans l’acier inoxydable. Belles notes d’agrumes, d’herbe fraîche et de groseilles.

Les vignes sont plantées en altitude (+/- 850 mètres). La maturation s’y fait plus lentement et les vendanges ont lieu plusieurs semaines après celles des vignes de moindre altitude.

Une curiosité …ou serait-ce une innovation appelée à connaître le succès ? Sur l’étiquette de Flor de Vetus, un petit papillon bleu, très pâle, du moins à la température ambiante. Placez le flacon au réfrigérateur et les ailes du papillon se parent d’un bleu plus soutenu, dès que la température atteint les 8°, c’est-à-dire celle qui garantit une dégustation optimale.

En route à présent vers la Galice, tout au nord-ouest de l’Espagne, une région dont les paysages côtiers évoquent plutôt l’Irlande ou la Norvège. Le fjord porte ici le nom de ria. Une huitième étape atlantique. La pluviosité n’a rien à voir avec celle des rivages méditerranéens, idem pour la température moyenne annuelle. Comptez jusqu’à 1.500 mm de pluie (par an et par m²) alors que Madrid reçoit moins de 500 mm ! Disons que c’est idéal pour un tourisme différent…

Forjas del Salnes est un petit Domaine, particulièrement discret, en appellation Rias Baixas, presqu’au bord de l’océan. Ne cherchez pas le site Internet : à ma connaissance, il n’existe pas.

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Le vigneron, Rodri Méndez, est réputé tant pour ses rouges que pour ses blancs. Vin blanc = cépage albariño. Variante orthographique : alvarinho, au Portugal, à un bon jet de javelot de Nafi (quand elle n’a pas mal au coude).

D’aucuns se plaisent à faire un peu d’étymologie en rappelant que « alba » veut dire blanc et que « riño » fait penser au Rhin. Vous me voyez venir …un blanc du Rhin ? C’est du riesling évidemment ! Sauf que l’ampélographe n’est pas d’accord : la génétique ne trouve aucun point commun entre la star rhénane et cet albariño ibérique.

La cuvée Leirana est donc un 100% albariño dont le profil n’a rien à voir avec celui de la plupart des blancs espagnols : la fraîcheur joue un rôle clé, c’est tonique et citronné, intense et équilibré. J’ai ouvert il y a quelques jours une bouteille du millésime 2015 qui confirme -et de quelle façon- un potentiel pour quelques années de cave.

En rouge, voici Bastion de la Luna, un assemblage de 3 cépages locaux : caiño, espadeiro et loureiro. Loureiro ? Un cépage blanc, non ? Oui, sauf que la version tinto existe -en très petites quantités-, suite à une mutation dont la Nature a le secret.

Ce Bastion de la Luna vous est proposé dans un millésime un peu reposé, 2014. C’est un vrai Rouge de l’Atlantique, au degré alcoolique modéré, frais et salin, long et précis.

Au risque de me tromper, il ne plaira sans doute pas à tous/toutes. On se situe si loin du rouge espagnol « habituel » qu’il peut déconcerter. Tentons d’oublier dans quel pays il est né et évaluons-le pour lui-même. On peut bien sûr ne pas l’aimer, mais il me semble difficile de nier sa forte personnalité.

La neuvième étape est longue, plein est, jusqu’aux marches de la Navarre et du Pays Basque, vers une région qui incarne le vin espagnol : la Rioja. La Rioja, c’est une sorte de Bordelais ibérique. Dès le XIXème siècle, les vignerons d’ici ont été chercher leur inspiration là-bas.

Lorsque le phylloxéra se mit à ravager le vignoble bordelais dès 1866, la Rioja se retrouva en première ligne pour fournir les vins que Bordeaux ne produisait plus. Les négociants bordelais achetèrent même des propriétés en Espagne, amenant leur « know-how » avec eux.

Lorsque, 25 ans plus tard, la Rioja fut elle-même confrontée au puceron ravageur, la solution (greffage des cépages européens sur pied de vigne américain) avait déjà été découverte et pouvait y être immédiatement implémentée.

Le moment est bien choisi parce que le Régulateur de La Rioja (une sorte d’INAO, au niveau régional) a entériné en 2019 une série de mesures destinées à clarifier ce qui doit l’être. D’abord, on confirme l’existence de 3 zones : la Rioja Alta, la Rioja Alavesa et la Rioja Oriental. Cette dernière s’appelait antérieurement « Baja », ce qui a semblé péjoratif. Qu’en pense le Bas-Rhin ?

Ensuite, on met les villages de l’appellation mieux en évidence : à partir du millésime 2017, 144 villages peuvent se prévaloir de l’appellation vino de pueblo.

Enfin, 84 viñedo singular sont créés pour mettre en évidence les meilleurs lieux-dits. Ces vignobles uniques représentent ensemble 0,2% de la surface totale. On voit bien que la Bourgogne a servi de modèle.

Malheureusement, je lis que beaucoup de vignerons sont dubitatifs, parce que le modèle serait à la fois trop compliqué et trop administratif. A suivre !

J’aurais pu sélectionner un Rioja de grande réputation (avec le prix qui accompagne la notoriété), mais j’ai préféré vous proposer un vin plus modeste, sans prétention particulière, mais présentant, outre un bel équilibre frais, un rapport qualité/prix remarquable. Ce n’est pas un vin pour alimenter un débat entre amateurs, c’est fait pour être bu, avec le sourire et avec les plats de la cuisine de tous les jours. C’est Salbide.

Vieilles vignes (45 ans), en altitude, dans la Rioja Alavesa. 100% tempranillo. Élevage de 5 mois en barriques ayant contenu précédemment des vins blancs. Cerise, poivre et épices.

Et c’est ainsi que se termine ce long voyage au cœur de la diversité espagnole. Salud !