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blanc dégustation domaine

GPS

Notre GPS nous emmène dans le sud du Jura, en direction de 39570 Montaigu. 612 kilomètres depuis Berchem-Ste-Agathe, via Reims, Troyes et Dijon.

Nous sommes au Domaine Pignier, dont je vous ai déjà proposé un superbe Crémant (chardonnay 80%, pinot noir 20%; Brut Nature), un chardonnay d’une grande pureté, qui évoque le riesling (« A la Percenette ») et même quelques bouteilles d’un Vin Jaune du millésime 2011.

Le GPS qui sert d’introduction à cet article est aussi le nom de la cuvée que je présente ici. GPS pour gamay blanc, poulsard et savagnin. Bon, le gamay blanc est un ancien surnom local du chardonnay…

Situé dans la reculée du val de Vallière, le vignoble est complanté (les trois cépages sont mélangés, sur une même parcelle), ce qui a pour conséquence que les différents cépages sont vendangés au même moment, comme cela se pratiquait il y a plusieurs dizaines/centaines d’années. D’où l’expression « vin blanc d’antan » sur l’étiquette.

Les trois cépages sont pressés ensemble, le contact avec les peaux est bref, le vin est donc un blanc, malgré la présence d’un raisin rouge dans l’assemblage. Il s’agit d’un blanc ouillé, terme légèrement barbare pour désigner simplement un vin blanc sec classique, élevé à l’abri de l’oxygène, comme on le fait par exemple en Bourgogne.

GPS n’est donc pas un vin jurassien typé, oxydatif, plein de noix et de curry: j’adore ça, mais pas ce coup-ci !

La famille Pignier: deux frères et une soeur

Autre spécificité: GPS est un « sans soufre ajouté« , méthode très respectable lorsque le vigneron la maîtrise pleinement. Amateurisme et « sans soufre ajouté » sont incompatibles, à moins d’accepter de boire des liquides défectueux, que certains opportunistes tentent de faire passer pour des vins de terroir.

En l’absence de soufre, une option consiste à moins dégazer le vin au moment de la mise en bouteilles, le CO² dissous ayant un effet protecteur intéressant, remplaçant celui qu’aurait apporté le soufre. Conséquence pratique de la présence de gaz carbonique: il n’est pas impossible que les fins palais détectent une légère pétillance. Cela disparaît rapidement par simple agitation du verre.

La bouteille telle que bue ce mercredi 03 juin

L’œil attentif détecte un discret reflet rosé (40% de poulsard). La structure est puissante, conjuguant gras et acidité. Pamplemousse, bière blanche, salinité. Une pointe florale, évoquant la rose. Vin dense, intense et persistant. Fort jeune et un tantinet sauvage.

Lorsqu’il se réchauffe, son profil évolue progressivement vers le Sud, rappelant alors le style des vins blancs du Rhône nord. En raison du degré d’alcool relativement élevé (14%), je préfère quant à moi le servir bien frais.

Mérite sans doute un peu de garde pour fondre et harmoniser la palette des sensations; ou un bon passage par la carafe, si telle est l’impatience. L’absence de protection par le soufre ne pose pas le moindre problème: pureté et précision des arômes à chaque moment de la dégustation.

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. GPS peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 22, pour mise à disposition le samedi 27 juin.

Le Crémant du Jura Brut Nature est également disponible, sur commande, au prix de € 20,50.

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dégustation domaine rouge

Château Le Puy: Bordeaux …or not Bordeaux ?

La réponse à cette question est évidente: c’est un Bordeaux, en appellation Francs Côtes de Bordeaux, à quelques encablures au nord-est de Saint-Emilion. L’assemblage se compose de 85% de merlot, complété par les frères cabernets et épicé par le malbec, ce qui est en tous points conforme à ce que l’on attend d’un Bordeaux de la Rive Droite.

Seulement voilà. Ce n’est pas aussi simple. Des rebelles, il y en a partout, même à Bordeaux, réputée bourgeoise et bien-pensante. Des vignerons qui décident de faire leurs vins, en dépit des modes, des habitudes, des oukases œnologiques, des regards en coin et des moues dubitatives.

Je vous aurai prévenu. Si vous aimez le Bordeaux tel qu’on le fait généralement aujourd’hui, avec beaucoup de tout (couleur, alcool, boisé, euros, …), je vais vous perturber en vous initiant à l’antithèse de ce qui précède.

Le Bordeaux infusé en opposition avec le classique Bordeaux (sur)extrait. C’est une simplification, certes, mais elle est parlante. Malgré le très chaud millésime 2015, Émilien est frais, élégant et floral. Le degré d’alcool ? 13%. Le même bouleversement climatique affecte Le Puy que les châteaux des collègues qui affirment pourtant qu’il leur est aujourd’hui impossible de vinifier à moins de 14,50% voire 15%. Comme quoi.

La famille Amoreau, propriétaire de père en fils depuis 1610, fait le vin non pas comme il y a 30 ans, mais comme il y a un ou deux siècles. C’est-à-dire sans utiliser la moindre poudre de perlimpinpin. Juste une petite goutte de sulfite lors de la mise en bouteilles.

L’élevage ne fait appel à aucune barrique neuve, le choix se portant sur le foudre et la barrique de plusieurs vins. Pour la cuvée Émilien, c’est uniquement le foudre.

Ce style permet-il la garde en cave ? Le Domaine vend encore des bouteilles des années ’70 et ’80 du siècle passé. Est-ce une réponse satisfaisante à la question ?

On affirme parfois que les vins de Le Puy sont les meilleurs Bourgognes élaborés à Bordeaux. Ou encore que Le Puy est un domaine bio …depuis 1610.

Le Domaine a, enfin, fait son entrée dans le Guide Vert de la RVF qui lui a immédiatement attribué une étoile. Comme chez Michelin, c’est une pratique rare. Une façon de reconnaître qu’on aurait pu être plus attentif plus tôt ? Je me souviens très bien d’Émilien 2010 qui méritait déjà plein d’éloges !

En dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable. Émilien peut être commandé dès aujourd’hui, au prix de € 27, pour mise à disposition le samedi 27 juin.

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domaine dégustation rouge

Le Petit Vin des Bosquets

Carte en provenance de l’Atlas des Vins de France de Laure Gasparotto

En préparant la dégustation du 13 juin, je tombe -c’est indolore- sur le vin d’entrée de gamme du Domaine des Bosquets à Gigondas. Cela s’appelle Le Petit Vin des Bosquets, en appellation Vin de France. C’est un GSM équilibré (un tiers grenache, un tiers syrah,un tiers mourvèdre), issu de parcelles sur Gigondas (jeunes vignes) et sur Séguret.

On m’annonce des rendements faibles (25 hectolitres/hectare), une petite production (4.000 bouteilles), une vendange manuelle et 1 an d’élevage en cuve béton.

Mon pouce sert à camoufler le vin qui a coulé sur l’étiquette…

Le vin est direct, charnu, aguichant et juteux. C’est punchy avec de bons petits tannins. Fruit très extraverti, en veux-tu, en voilà !

Bien entendu, les 14% d’alcool sont perceptibles, ce qui pourrait peut-être lui nuire dans un exercice de dégustation à l’aveugle. Mais une fois le palais calibré pour apprivoiser la bête, on profite pleinement de la garrigue et du soleil. C’est de la joie en bouteille. Les soucis s’évanouissent comme par enchantement.

Avez-vous descendu un jour -il y a longtemps- l’escalier qui menait à la cave des « Vins du Rhône », succursale de Chaumont-Gistoux ? Vous souvenez-vous, par exemple, des vins de La Réméjeanne et de l’Oratoire-Saint-Martin ? C’est dans cette atmosphère un peu nostalgique que le Petit Vin des Bosquets m’a plongé…

On peut finir la bouteille, c’est dimanche !

Il se mettra volontiers au diapason de nos tables déconfinées. « Petit Vin » si l’on se réfère au prix (€ 9.90), bien plus grand vin si on se réfère au plaisir procuré ! On peut le garder quelques années, mais je suggère plutôt de lui faire un sort dès cet été !

Sur commande.

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dégustation information

samedi 13 juin: dégustation expérimentale et sympathique

J’ai découvert de nouveaux domaines, de nouvelles cuvées, de nouveaux millésimes. Je ne peux décemment pas garder cela pour moi. La bonne vieille dégustation s’impose.

Sauf que. Il paraît qu’une bestiole microscopique fait des siennes à gauche et à droite. J’en suis tout déconfit. Contre la déconfiture, je ne vois comme solution que la science expérimentale, laquelle finira bien par vaincre les ténèbres.

Dégustation expérimentale (et sympathique)

Il faut obligatoirement s’inscrire. 2 personnes dégustent au même moment, pas plus. Exception: un couple formant une bulle, il compte pour une seule personne. Les dégustateurs sont attendus à une heure précise, pour une durée limitée (maximum 45 minutes).

Chaque participant commence la séance par un passage par le lavabo, l’eau et le savon. Chacun apporte son petit matériel scolaire: un verre pour goûter, un stylo-bille, une feuille de papier (par exemple, le bon de commande qui est déjà téléchargeable sur ce site) et, si possible, un crachoir individuel. Ces jours-ci, la salive des autres n’a pas très bonne réputation.

Fabriquer un crachoir individuel est plutôt simple: prendre une bouteille d’eau minérale vide et la couper en deux à mi-hauteur. Retourner la partie supérieure et enfoncer celle-ci dans la partie inférieure. C’est prêt.

Crachoir: réalisation personnelle à partir d’une bouteille de 50 cl.

Je me charge des poignées de porte et des bouteilles. On s’installe dans les fauteuils ou au bar, en respectant la distance respectueuse de la santé de tous. Si la météo s’y prête, nous pouvons nous installer en terrasse.

Les participants ne portent pas de masque, pour des raisons qui me paraissent assez évidentes.

La dégustation est susceptible d’être annulée si l’évolution de la crise sanitaire le requiert ou par manque de participants inscrits.

Les vins

Il y en aura une dizaine. Le mot « dizaine » est une méthode que j’utilise fréquemment pour indiquer qu’il y aura au moins dix vins sur le bar.

Nous resterons pour l’essentiel en France, avec de brèves incursions (les excursions n’étant pas encore autorisées au moment d’écrire ces lignes) en Italie et en Allemagne.

Blancs et rouges, en passant par la Bourgogne, la Loire, le Languedoc, le Roussillon, le Rhône et même le Bordelais. Un jurassien s’y glisserait que cela ne m’étonnerait qu’à moitié. L’Allemand sera palatin et l’Italien valpolinasque.

Si, si, on peut écrire « valpolinasque » puisqu’on peut écrire « bergamasque ». Je m’étais juré de placer « masque » dans le texte de cet article. C’est fait. Ne me remerciez pas.

Chinon, Gigondas, Pommard, Côtes du Roussillon-Villages, Mâcon-Vergisson, Terrasses du Larzac, Menetou-Salon, Côtes du Jura, …plus d’information dès que je me mets à pondre…

Si vous êtes curieux, il suffit d’aller regarder ici.

Une précision importante

Comme je ne peux recevoir qu’un nombre limité de participants, je suis contraint de gérer les inscriptions de façon précise: j’ai décidé de donner priorité à ceux et celles qui ont l’habitude de participer aux dégustations d’Anthocyane. Ces clients-ci recevront l’invitation à s’inscrire avant les autres. Ce n’est pas idéal, mais je préfère le faire savoir à tous de façon transparente.

Si vous êtes en désaccord flagrant avec ma décision, je vous invite à écrire à: COVID-19, Wuhan, République populaire de Chine.

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dégustation information

Le voyage en Espagne

Cette carte est extraite de la huitième édition de l’Atlas mondial du Vin (Hugh Johnson & Jancis Robinson)

Les commentaires ci-dessous ont été publiés et transmis par e-mail en 2019, en préparation à la dégustation du 26 octobre. Les revoici, légèrement remis en forme. Il s’agissait donc de parcourir l’Espagne en une série d’étapes alléchantes…

Quelques mois plus tard, cet œnotourisme virtuel prend un sens très particulier, pandémie et déconfiture obligent.

Première partie du voyage

Franchissons les Pyrénées pour rejoindre notre première étape, en Catalogne : l’appellation Montsant au sud-ouest de Tarragone. Cette appellation à la notoriété récente s’étend tout autour du prestigieux Priorat. Le Domaine Joan d’Anguera y élabore des vins d’une très belle personnalité à partir de vieux grenaches et de vieux carignans.

Ici, l’époque des vins très puissants et fortement boisés est révolue : je me souviens d’une cuvée de ce Domaine, « El Bugader », à base de syrah, certes très savoureuse, mais un peu « too much ».

Aujourd’hui, la cuvée « El Bugader » n’existe plus. Rupture de style en 2008. Place à la pureté et à la finesse qui caractérisent tant Altaroses que Planella. Deux vins néanmoins très différents, le premier 100% grenache, le second 90% carignan, épicé avec une pincée de syrah. La comparaison est fascinante : couleur légère, texture en dentelle, succulence aérienne et élégance pour Altaroses ; couleur sombre, structure tannique mûre, densité et aromatique plutôt sauvage pour Planella (vignes plantées en 1983).

La signature des vignerons, les frères Joan et Josep Anguera ? La persistance en bouche assurément : vins vraiment longs !

Le Domaine a été fondé en 1820 et est toujours resté dans la famille. Biodynamie certifiée Demeter depuis 2012. Levures indigènes. Les vins sont élevés dans le bois pendant 12 mois, sans marquage aromatique (pas de bois neuf). Vendanges manuelles, vins non-filtrés. Une propriété qui a réussi sa mutation !

Deuxième étape …nous prenons le bateau, cap sur le sud-est, vers les Baléares et plus précisément Mallorca, la plus grande île. Ce serait mentir de prétendre que le passé viticole est ici fastueux. D’ailleurs, les cartes géographiques du vignoble espagnol oublient souvent de représenter les Baléares. De plus, une île c’est étymologiquement « isolé », ce qui ne facilite pas l’accès aux vins qui y sont élaborés.

Pourtant, cela fourmille de talent pour mettre en évidence un climat, une géologie et des cépages locaux. Hugh Johnson, dans l’édition 2020 de son guide, indique que les vins de Mallorca sont en progrès constant, en citant 6 Domaines.

Le Domaine Mesquida Mora est l’héritier d’une propriété qui fait du vin depuis une soixantaine d’années et c’est à présent la 4ème génération, incarnée par Bàrbara Mesquida-Mora, qui est aux commandes.

L’appellation Pla i Llevant pourrait être revendiquée, mais non, Sincronia Negre est un simple Vi de la Terra qui ne s’encombre ainsi pas de respecter des exigences administratives sans doute jugées désuètes.

Sincronia Negre est un rouge dont la couleur évoque le pinot noir, à la bouche délicate, fine et salivante. Assemblage complexe de cépages majorquins (callet, gorgollasa), français (merlot, syrah, cabernet sauvignon) et hispanique (monastrell, que l’on connait mieux sous le nom « mourvèdre », assez commun dans le sud de la France).

Voilà un excellent exemple d’un style que personne n’associera spontanément à l’Espagne. L’expression d’une forte personnalité, d’une vigneronne qui est passée par un terrible conflit familial qui l’a laissée désemparée et sans le sou. Pour mieux rebondir en proposant aujourd’hui une très belle gamme de vins en biodynamie.

Franchement, si je me laissais aller, je vous proposerais bien les 5 vins que j’ai eu l’occasion de goûter…

Troisième étape, le bateau s’impose à nouveau pour rejoindre le continent, du côté de Valence cette fois. Le Domaine Celler del Roure incarne avec brio une démarche originale et volontariste dans une région vouée jusqu’alors à la production de vin en vrac. Pourtant, les auteurs latins du IIème siècle disaient le plus grand bien des vins de Sagonte (un peu au nord de Valence) et leur notoriété a traversé tout le Moyen-Âge.

Dans le village de Moixent, à mi-chemin entre Valence et Alicante, se niche la propriété de Pablo Calatayud, personnage-clé du nouveau vin espagnol. Il a consacré beaucoup d’énergie à ressusciter des cépages oubliés, comme le mando et le verdil. Il est aussi un pionnier de l’élevage des vins en amphores de terre cuite.

Vu la forme réelle de ces récipients, on devrait d’ailleurs plutôt les qualifier de « jarres », mais la littérature œnologique a rapidement imposé le terme « amphore ». La terre cuite est une alternative au bois : ces deux matériaux présentent une légère porosité qui laisse passer un peu d’air de l’extérieur vers l’intérieur, tout en empêchant le liquide de prendre le chemin inverse. La barrique en bois -surtout quand ce bois est neuf- est susceptible de transmettre au vin une aromatique fumée, vanillée, évoquant le café et le chocolat, alors que la terre cuite a la réputation d’être neutre.

L’aventure du Celler del Roure commence vers 1995. Sans passé familial dans le vin, Pablo Calatayud, son diplôme d’œnologue en poche, achète des terres en altitude pour y planter des cépages français et des cépages locaux. Avec le hasard comme meilleur allié, il rachète une ancienne bodega dans les caves de laquelle il découvre, à sa grande surprise, une centaine de jarres en terre cuite, enterrées, en très bon état malgré leur âge vénérable (elles ont sans doute été fabriquées au XVIème siècle). Comme quoi, entre la modernité de l’élevage en amphores et le lointain passé vinicole de cette région, il n’y a manifestement qu’un pas à franchir.

Je vous propose une cuvée politiquement incorrecte, quelque part entre rouge, rosé et blanc. Les Prunes est un vin de raisins noirs (cépage : 100% mando), vinifiés comme pour faire un vin blanc (pressurage direct), d’une robe délicatement rosée. Le vigneron insiste sur le fait qu’il s’agit d’un blanc de mando, comme le confirme l’étiquette. En dégustation, j’ai beaucoup apprécié l’aromatique florale et la matière soyeuse. Attention à ne pas confondre cet étrange oiseau avec un rosé « pour barbecue ».

Fermentation et élevage en vieilles amphores. Vin bio.

Pour la quatrième étape, nous poursuivons notre promenade vers l’ouest, en direction de Ciudad Real. Vous allez vous imaginer que je ne m’intéresse qu’aux régions sans réputation …parce que, en effet, La Mancha est plus célèbre pour avoir abrité l’idéalisme d’un certain Don Quixote que pour ses jus de raisins fermentés.

On ne s’attend donc vraiment pas à trouver ici un projet de l’ampleur de Bodegas y Viñedos Verum. Combinant une tradition viticole remontant au XVIIIème siècle, 8.000 m² de caves creusées dans le calcaire (appelé ici tosca ; dans la Loire, c’est le tuffeau), une distillerie et …un orchestre symphonique, ce Domaine étonnant propose entre autres une gamme appelée Ulterior dont l’objectif est clair: réfléchir concrètement à l’avenir du vignoble, en période de profond bouleversement climatique.

Il y a 30 ans, le vignoble allemand était tout sourire quand un millésime sur trois était bien mûr : aujourd’hui, ce même vignoble allemand se bat avec la surmaturité qui guette au coin de chaque nouveau millésime (2018 !).

Une prestigieuse propriété alsacienne commercialise à présent un Vin de France 100% …syrah.

Chez Verum, la réflexion sur le bouleversement climatique se traduit par exemple par la cuvée Parcela N°17 en 100% graciano. Ce cépage est en général utilisé dans les assemblages dominés par le tempranillo (Rioja), pour leur donner un peu de peps supplémentaire, une petite touche de fraîcheur croquante.

Ce vin de pur graciano se signale en particulier par un nez magnifique et par une bouche précise, en quelque sorte « nordiste », qualificatif que l’on associe difficilement au centre de l’Espagne ! Voici peut-être une piste pour produire des vins de bonne buvabilité lorsque le mercure s’affole.

A noter que l’élevage se fait pour l’essentiel en amphores, enfin en jarres de terre cuite de grande contenance (5.000 litres).

Le Domaine donne un conseil pour ce qui concerne l’accord avec les plats qui se distingue franchement de ce à quoi nous sommes habitués (j’assume la responsabilité de la traduction):

« essayez d’éviter les artichauts, les asperges et tout plat à la saveur citrique marquée; dégustez ce vin avec un sandwich au jambon ou au saumon fumé. Peu importe qu’il s’agisse de poisson ou de viande, son acidité et sa structure feront un accord délicieux. »

La cinquième étape est courte, plein nord, en direction de Madrid. Nous arrivons à Torre de Barreda, un Domaine dont je goûte les vins depuis bien longtemps.

En vérifiant, je me suis même rendu compte avoir découvert ces vins avec le millésime 2001 … ça ne me rajeunit décidément pas. A l’époque, cela coûtait € 8 la bouteille et, bonne nouvelle, le tarif actuel est à peu près comparable. Ici, on fait pour l’essentiel du vin de cépage : tempranillo, cabernet sauvignon, syrah… avec 3 vignobles en altitude (en moyenne, 750 mètres !) pour une superficie totale de 160 hectares.

Plus de la moitié de cette superficie est plantée d’un cépage blanc dont personne n’entend jamais parler, malgré le fait qu’il soit sans doute le cépage le plus planté dans le monde : l’airén. Les vins élaborés avec l’airén sont peu exportés et une bonne partie du vin est distillé (un peu comme l’ugni à Cognac).

Jancis Robinson, dans son ouvrage consacré aux cépages dans le monde, conclut textuellement qu’il lui est difficile de voir pourquoi quelqu’un aurait envie de planter ce cépage en dehors de l’Espagne…

Comme toujours, ces généralisations simplifient outrageusement la réalité. La cuvée Amigos est 100% airén et vous déciderez en la goûtant si le cépage mérite tant de déshonneur. Quant à moi, c’est non à l’airén-bashing !

Quant au tempranillo, c’est l’archétype du bon vin de tous les jours. J’appelle ça un « 3s » : savoureux, simple et sympathique. Dans un style généreux, riche, rustique et ensoleillé.

Il y a beaucoup de moments dans une vie où les circonstances se prêtent mieux à un tempranillo de Torre de Barreda qu’à la dégustation, limite cérébrale, d’un cru plus prestigieux.

En parlant avec Juan de la Barreda il y a quelques semaines, il m’a annoncé qu’il commercialisait à présent un nouveau vin de cépage, à savoir un graciano. Bon, il s’agit de très jeunes vignes (plantées en 2015) et ce vin n’est pas encore importé en Belgique, mais je suis déjà impatient de goûter ! Mise à jour mai 2020: ce vin est à présent disponible en Belgique .

Deuxième partie du voyage

Résumé de la première partie: un amateur curieux franchit les Pyrénées, fait halte en Catalogne où il s’esbaudit devant la beauté sauvage des vins de Joan d’Anguera, fait ensuite son intéressant via une étape aussi nautique que baléare durant laquelle il se pâme devant le Sincronia Negre de Mesquida Mora, se tape au retour le Levant, illuminé par un ‘blanc de noirs’ du Celler del Roure, se prend enfin pour Don Quixote en s’agitant dans La Mancha, chez Verum puis chez Torre de Barreda, oubliant d’ailleurs de signaler au lecteur que les vignes qui produisent l’Amigos airén sont ‘franches de pied’, plantées en 1953 dans un sol sablonneux que le méchant phylloxera déteste.

Olé. Passons à la deuxième partie.

La sixième étape nous mène à Rozas de Puerto Real, à l’ouest de Madrid, dans la Sierra de Gredos, haut lieu du nouveau grenache. Autant jouer cartes sur table, quand on prononce le mot « grenache » en ma présence, j’aperçois déjà un liquide pâlot, nettement alcooleux, à l’équilibre super-solaire. Il y a plus sexy…

C’est alors d’autant plus agréable d’être surpris par une expression du grenache vraiment différente : parfumée, pure, minérale. Oui, il y a de la maturité et 14,5% d’alcool (ce n’est pas un péché !), mais toutes les composantes se fondent ici en un jus original et ensorcelant.

Voici donc la Bruja de Rozas, la Sorcière de Rozas, un vin élaboré par le Comando G, avec « G » comme dans grenache.

Comando G est une aventure bien dans l’air du temps : un duo de jeunes œnologues (Daniel Landi et Fernando Garcia), amis depuis l’école secondaire, qui s’associent pour repérer de vieilles vignes de grenache, en altitude, dans des endroits aussi pentus qu’inexpugnables, et en faire des vins étonnants, en suivant les principes de la biodynamie.

Bien sûr, il est assez facile d’affirmer « vieilles vignes » et « altitude » …La Bruja de Rozas, ce sont des vignes de 80 ans à 950 mètres d’altitude et des vignes de 50 ans à 850 mètres d’altitude. On n’est pas là pour rigoler.

Terroir de granit, vendanges entières (on n’érafle pas), levures indigènes, peu de soufre et élevage en foudres et barriques non-neufs.

Je cède un instant le clavier à Madame Jancis Robinson. La faconde est sienne, la traduction est mienne :

« …j’ai été enchantée par Comando G, La Bruja de Rozas 2016, lorsque j’en ai goûté un verre lors d’un repas chez Brat à Londres, préparé par l’équipe du merveilleux restaurant de fruits de mer Elkano situé juste en dehors de Saint-Sébastien, au Pays Basque espagnol.

Il a un fruit tellement séduisant – juteux mais éthéré, doux mais à la manière d’un pinot noir plutôt que d’une manière écœurante – et également une très fine texture sableuse qui semble communiquer avec le sable granitique sur lequel sont cultivées ces anciennes vignes de grenache ».

Cap au nord pour une septième étape culturelle, puisque la route passe par Avila et n’est guère éloignée de Salamanca (une possible lectrice de cette prose se souviendra peut-être du voyage que nous y fîmes ensemble, il y a bien longtemps). Arrivée à Villabuena del Puente, entre Zamora et Valladolid, aux bodegas Vetus.

Nous sommes dans une région emblématique du vin espagnol : ça sent le Toro ! Appellation qui pourrait incarner à elle seule tous les excès des années ’90 : ici, on cherchait la puissance, la superpuissance. On voulait des vins énormes, impressionnants, colossaux. On voulait faire plus fort que partout ailleurs. Plus de couleur, plus de degré, plus de tannins. Encore plus, jusqu’à l’écœurement.

Je suis (presque) sûr que certains vignerons en sont revenus, mais dois reconnaître que je continue à fuir la dégustation des vins de cette appellation.

Bon, et alors ? De fait, Toro est voisine de l’appellation Rueda. Autant Toro ne fait que du vin rouge, autant Rueda, c’est 100% blanc. Avec un rôle prépondérant joué par un cépage local, le verdejo.

Les vins élaborés avec ce cépage se rapprochent beaucoup de ceux élaborés avec le sauvignon. En général, celui qui apprécie l’un, apprécie l’autre.

Flor de Vetus est une excellente introduction à ce cépage, tout en aromatique et en fraîcheur acidulée. L’élevage est effectué uniquement dans l’acier inoxydable. Belles notes d’agrumes, d’herbe fraîche et de groseilles.

Les vignes sont plantées en altitude (+/- 850 mètres). La maturation s’y fait plus lentement et les vendanges ont lieu plusieurs semaines après celles des vignes de moindre altitude.

Une curiosité …ou serait-ce une innovation appelée à connaître le succès ? Sur l’étiquette de Flor de Vetus, un petit papillon bleu, très pâle, du moins à la température ambiante. Placez le flacon au réfrigérateur et les ailes du papillon se parent d’un bleu plus soutenu, dès que la température atteint les 8°, c’est-à-dire celle qui garantit une dégustation optimale.

En route à présent vers la Galice, tout au nord-ouest de l’Espagne, une région dont les paysages côtiers évoquent plutôt l’Irlande ou la Norvège. Le fjord porte ici le nom de ria. Une huitième étape atlantique. La pluviosité n’a rien à voir avec celle des rivages méditerranéens, idem pour la température moyenne annuelle. Comptez jusqu’à 1.500 mm de pluie (par an et par m²) alors que Madrid reçoit moins de 500 mm ! Disons que c’est idéal pour un tourisme différent…

Forjas del Salnes est un petit Domaine, particulièrement discret, en appellation Rias Baixas, presqu’au bord de l’océan. Ne cherchez pas le site Internet : à ma connaissance, il n’existe pas.

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Le vigneron, Rodri Méndez, est réputé tant pour ses rouges que pour ses blancs. Vin blanc = cépage albariño. Variante orthographique : alvarinho, au Portugal, à un bon jet de javelot de Nafi (quand elle n’a pas mal au coude).

D’aucuns se plaisent à faire un peu d’étymologie en rappelant que « alba » veut dire blanc et que « riño » fait penser au Rhin. Vous me voyez venir …un blanc du Rhin ? C’est du riesling évidemment ! Sauf que l’ampélographe n’est pas d’accord : la génétique ne trouve aucun point commun entre la star rhénane et cet albariño ibérique.

La cuvée Leirana est donc un 100% albariño dont le profil n’a rien à voir avec celui de la plupart des blancs espagnols : la fraîcheur joue un rôle clé, c’est tonique et citronné, intense et équilibré. J’ai ouvert il y a quelques jours une bouteille du millésime 2015 qui confirme -et de quelle façon- un potentiel pour quelques années de cave.

En rouge, voici Bastion de la Luna, un assemblage de 3 cépages locaux : caiño, espadeiro et loureiro. Loureiro ? Un cépage blanc, non ? Oui, sauf que la version tinto existe -en très petites quantités-, suite à une mutation dont la Nature a le secret.

Ce Bastion de la Luna vous est proposé dans un millésime un peu reposé, 2014. C’est un vrai Rouge de l’Atlantique, au degré alcoolique modéré, frais et salin, long et précis.

Au risque de me tromper, il ne plaira sans doute pas à tous/toutes. On se situe si loin du rouge espagnol « habituel » qu’il peut déconcerter. Tentons d’oublier dans quel pays il est né et évaluons-le pour lui-même. On peut bien sûr ne pas l’aimer, mais il me semble difficile de nier sa forte personnalité.

La neuvième étape est longue, plein est, jusqu’aux marches de la Navarre et du Pays Basque, vers une région qui incarne le vin espagnol : la Rioja. La Rioja, c’est une sorte de Bordelais ibérique. Dès le XIXème siècle, les vignerons d’ici ont été chercher leur inspiration là-bas.

Lorsque le phylloxéra se mit à ravager le vignoble bordelais dès 1866, la Rioja se retrouva en première ligne pour fournir les vins que Bordeaux ne produisait plus. Les négociants bordelais achetèrent même des propriétés en Espagne, amenant leur « know-how » avec eux.

Lorsque, 25 ans plus tard, la Rioja fut elle-même confrontée au puceron ravageur, la solution (greffage des cépages européens sur pied de vigne américain) avait déjà été découverte et pouvait y être immédiatement implémentée.

Le moment est bien choisi parce que le Régulateur de La Rioja (une sorte d’INAO, au niveau régional) a entériné en 2019 une série de mesures destinées à clarifier ce qui doit l’être. D’abord, on confirme l’existence de 3 zones : la Rioja Alta, la Rioja Alavesa et la Rioja Oriental. Cette dernière s’appelait antérieurement « Baja », ce qui a semblé péjoratif. Qu’en pense le Bas-Rhin ?

Ensuite, on met les villages de l’appellation mieux en évidence : à partir du millésime 2017, 144 villages peuvent se prévaloir de l’appellation vino de pueblo.

Enfin, 84 viñedo singular sont créés pour mettre en évidence les meilleurs lieux-dits. Ces vignobles uniques représentent ensemble 0,2% de la surface totale. On voit bien que la Bourgogne a servi de modèle.

Malheureusement, je lis que beaucoup de vignerons sont dubitatifs, parce que le modèle serait à la fois trop compliqué et trop administratif. A suivre !

J’aurais pu sélectionner un Rioja de grande réputation (avec le prix qui accompagne la notoriété), mais j’ai préféré vous proposer un vin plus modeste, sans prétention particulière, mais présentant, outre un bel équilibre frais, un rapport qualité/prix remarquable. Ce n’est pas un vin pour alimenter un débat entre amateurs, c’est fait pour être bu, avec le sourire et avec les plats de la cuisine de tous les jours. C’est Salbide.

Vieilles vignes (45 ans), en altitude, dans la Rioja Alavesa. 100% tempranillo. Élevage de 5 mois en barriques ayant contenu précédemment des vins blancs. Cerise, poivre et épices.

Et c’est ainsi que se termine ce long voyage au cœur de la diversité espagnole. Salud !

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information

Où va le vin en France ?

Cette infographie est parue dans le n° 641 (mai 2020) de la Revue du Vin de France, illustrant un article qui fait le point sur différentes tendances de fond: vin et santé, vin et environnement, évolution des habitudes du consommateur, retour en grâce des vins plus légers en alcool, etc…

En particulier, je retiens que, selon cet article, 100.000 hectares de vignes sont en bio. Bio n’est certes pas un synonyme de bon, mais c’est une statistique encourageante. Cela correspond approximativement à 13% de la superficie totale du vignoble français.

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rosé rouge

Au jardin, Fatalone ou La Janasse ?

Voici deux vins rouges que je suggère de servir rafraîchis (pas frigorifiés) lorsque retentit l’appel du jardin ou de la terrasse. Pour différencier ces appels l’un de l’autre, sachez que le premier est plus floral et le second plus minéral.

La cuvée Teres 2019 du Domaine Fatalone est une originalité, une curiosité italienne qui ne sait pas très bien si elle est plutôt rouge ou plutôt rosée. A Bordeaux, cela s’appelle un clairet. En tous cas, il y a de la belle couleur, ce n’est pas un je-ne-sais-quantième rejeton de la famille des transparents-provençaux (NB: « transparent » ne signifie pas que papa soit devenu maman …soyez attentifs, merci).

On classera donc ce vin en rouge clair ou en rosé foncé, en fonction de l’humeur du dégustateur, de l’incidence de la lumière et de l’âge du vigneron.

En dégustation, c’est plein d’esprit, festif, bien sec et sans tannins. L’alcool est là (14,5%), mais -c’est une caractéristique de tous les vins du Domaine- parfaitement équilibré par une bonne acidité. Attention quand même, cela se boit sans soif…

Vignes de 30 ans, plantées à 350 mètres d’altitude, là où commence le talon de la botte. 100% primitivo. Rendements très faibles (10 hl/ha). Vin bio. J’en ai en stock en ce moment à € 12 les 75 cl.

Le Domaine de La Janasse est un grand nom du Rhône Sud, solidement campé sur ses deux étoiles en le Guide des Meilleurs Vins de France, édition 2020, page 658. Le Domaine se compose de parcelles en appellation Châteauneuf-du-Pape et de parcelles contiguës à Châteauneuf-du-Pape, en appellation Côtes-du-Rhône.

Je partage l’opinion du Guide ci-devant cité lorsque celui-ci indique que:

les vins sont d’un style opulent, parfois un peu trop chaleureux lors des millésimes solaires.

De plus, les cuvées haut-de-gamme sont tarifées à la hauteur de leur prestige et de l’appétit vorace d’une clientèle internationale à la recherche des notes P..ker les plus maximalissimes.

Quelle n’est donc pas ma joie -et ma surprise- lorsque je goûte le « petit » Côtes-du-Rhône en millésime 2018: celui-ci, goûtu et intense comme prévu, se révèle aussi frais, énergique, précis et agréablement poivré. Chouettes petits tannins. C’est un vrai compagnon méditerranéen (il n’essaye pas de se faire passer pour un espion venu du froid), mais sans les excès du cagnard.

S’apprécie tant sur la viande blanche que sur la viande rouge. Et la ratatouille, très bien ! Servir un peu frais, de façon à ce qu’il monte progressivement en température au cours du repas.

Multi-assemblage (grenache, syrah, carignan, mourvèdre, cinsault) dans lequel la syrah apporte vraiment un plus. Ce n’est pas certifié bio, mais il n’est fait usage ni de pesticide, ni d’insecticide, ni de désherbant. Jeunes vignes, sauf le carignan (60 ans). 20% de la vendange n’est pas éraflée. Élevage en foudres.

J’en ai en stock en ce moment à € 10 les 75 cl. Cela vaut largement son prix.

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rosé

Le retour de Miraflors

Suite à la forte demande, j’ai recommandé un stock de Miraflors 2019 du Domaine Lafage. Toujours au prix de € 11.

Ces bouteilles seront chez moi à partir du samedi 30 mai. Si vous en souhaitez, n’hésitez pas à les réserver dès maintenant, via un simple e-mail.

Commentaire paru dans Decanter, revue britannique.
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domaine restaurants

Julie et Jean-Marie

Un de nos restaurants préférés, la Brasserie Julie à Dilbeek, propose à présent une formule à emporter, intitulée le Buffet Juliette.

Samedi, c’était Bouchée à la Reine et son cortège de champignons, ris de veau, volaille, pâte feuilletée et pommes Duchesse. Nous n’avons donc pas résisté. Portion royale et beaux produits. Explication détaillée (en néerlandais) pour bien gérer les temps de réchauffement au four des différents ingrédients.

Un jour, nous retournerons à la Brasserie Julie. Le plus tôt sera le mieux. De toute façon, les tables étaient déjà assez éloignées les unes des autres AVANT. Je me réjouis de revoir l’excellent sommelier, Jori Van Ginderdeuren: il combine compétence, sens de l’accueil et sens de l’humour. What else ?

Le plat appelle le Bourgogne blanc avec conséquentes heures de vol. Je jette mon dévolu sur un flacon mâconnais, à savoir Le Mâcon-Pierreclos Le Chavigne 2002 du Domaine Guffens-Heynen.

A l’attention de ceux et celles qui ne connaitraient pas Jean-Marie Guffens, c’est un Limbourgeois qui s’est installé il y a une quarantaine d’années à Vergisson, au pied de la Roche éponyme. Il parle limbourgeois et bourguignon. Pour ce qui est du néerlandais et du français, c’est moins clair. Il y a quelque chose en lui d’Arno. Humour féroce, humeur imprévisible. Franc-parler qui ne se fait pas que des amis.

Le personnage ne suscite pas forcément la sympathie, mais les vins qu’il élabore sur son petit domaine ne m’ont jamais laissé indifférent. C’est un grand-maître du chardonnay. Il est aussi négociant sous le nom de Verget, ce qui lui permet de proposer des vins de la Côte d’Or et du Chablisien en supplément aux vins locaux.

La robe de ce Mâcon-Pierreclos est franchement dorée. Le nez confesse son âge: le champignon et la forêt humide dominent l’aromatique. La bouche ne peut cacher une légère oxydation. Mais celle-ci accompagne avec élégance un vin riche, intense et savoureux. Les deux premiers verres bus, je me pose néanmoins quelques questions sur la relative absence de complexité du breuvage. Le doute s’installerait-il ?

Indispensable: faire preuve d’un peu de patience, le temps requis pour que ce vin respire après 17 ans de réclusion, pour qu’il se fasse au verre, pour qu’il tiédisse légèrement. C’est magique. Le dernier verre est magistral, avec une tension chablisienne, une touche de coquille d’huître. Quelle persistance ! Un vin vieux, certes mais pas décati.

Respect pour les Anciens !

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blanc domaine

D’une pierre deux coups: Viré-Clessé

Nous sommes dans le sud de la Bourgogne, dans le département de Saône-et-Loire, dans le Mâconnais, à califourchon entre les villages de Viré et de Clessé. Depuis 1999, ces deux villages, ainsi que les villages voisins de Montbellet et de Laizé, forment ensemble l’appellation Viré-Clessé, sur 400 hectares de vignes. Le chardonnay est le seul cépage admis par l’appellation.

Quand le millésime s’y prête, certains vignerons proposent des vins demi-secs et moelleux, en vendanges tardives, parfois marqués par la pourriture noble (botrytis). Ces derniers sont connus sous le nom de vins levroutés. La teneur en sucres résiduels se situe entre 8 et 18 grammes par litre. Le degré alcoolique est supérieur ou égal à 14%. Unique en Bourgogne !

Bien entendu, l’appellation produit une majorité de vins secs, souvent caractérisés par une confortable rondeur et une aromatique de fruits exotiques. Le pari à gagner par les meilleurs vignerons est d’équilibrer cette richesse par une fraîcheur de bon aloi.

J’ai goûté ce vendredi un vin du Domaine André Bonhomme. Ce domaine, sis à Viré, a été créé en 1956 par le vigneron éponyme. Aujourd’hui, ce sont les petits-fils Aurélien et Johan qui sont aux manettes d’un vignoble de 11 hectares. Ils élaborent un Mâcon-Villages avec les raisins issus des parcelles hors appellation Viré-Clessé, un Mâcon rouge (gamay) et une assez longue séries de cuvées en appellation.

Le vin goûté est le Viré-Clessé Cuvée Spéciale 2017: assemblage de plusieurs parcelles âgées de 45 à 75 ans. Cette Cuvée Spéciale est accessible et polyvalente: rien d’extrême, rien qui soit destiné à surprendre. L’équilibre est excellent entre rondeur (13,5%) et fraîcheur. C’est diantrement gourmand !

L’aromatique est plutôt ensoleillée et fruitée, avec quelques nuances tropicales. Le vin est sec, rien à voir avec une version levroutée ! La finale est longue et nette, une acidité citronnée jouant le rôle du point d’orgue. L’élevage, effectué partiellement en cuve inox et partiellement sous bois, est joliment intégré, au sens où il ne se met pas en avant.

Il y en a en stock en ce moment, au prix de € 15.

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blanc rouge

Les colis de dégustation…

…sont toujours disponibles !

En deux mots, je vous propose un colis de 6 vins blancs secs différents, tous issus du millésime 2018 (€ 77,50) ainsi qu’un colis de 6 vins rouges différents, tous issus du millésime 2019 (€ 75,50).

Une bonne façon de découvrir mon offre, de comparer différents styles et de vous forger des préférences.

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domaine rouge

Bernard Baudry, l’incarnation du Chinon

Matthieu et Bernard Baudry

Bernard Baudry recherche la dimension soyeuse et civilisée des chinons, tout en restant au plus près de leur expression de terroir. Cette démarche qu’il poursuit désormais avec son fils Matthieu, se double d’une certification bio. Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. Le Domaine est noté **.

Grande famille de Cravant, les Baudry travaillent en duo: Bernard s’entend à merveille avec son fils Matthieu. Ils ont bâti leur réputation sur des cabernets francs de garde, séveux, denses et longs, dans un domaine qui compte 30 hectares dont deux de blancs. Le Guide des Vins bettane+desseauve, édition 2019. Le Domaine est noté ***.

Cap sur la Loire et les chinons du Domaine Bernard Baudry.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une précision: la cuvée dite « Domaine » n’est pas la cuvée d’entrée de gamme, ce statut étant plutôt l’apanage de la cuvée « Les Granges », vin fruité et gourmand à déguster dans sa jeunesse. « Les Granges » est issu des vignes plantées dans les alluvions constituées par la Vienne, affluent de la Loire.

Traditionnellement, la Loire est une région où l’effet millésime joue un rôle important. En pratique, les derniers millésimes ont tous été chauds: c’est vrai pour 2015, 2016, 2017 et 2018.

Comme d’autres villages ligériens, Chinon a été durement touché par le gel des 26 et 27 avril 2016. Comme l’hiver avait été doux, les bourgeons ont méchamment dégusté, avec comme conséquence une forte réduction des rendements et donc du volume. Par contre, dès la fin juin, les conditions météo ont été franchement favorables, ce qui a contribué à la remarquable qualité de ce millésime.

Dégustation comparative: « Domaine » 2016 et « Les Grézeaux » 2018

Le même vigneron, le même cépage (100% cabernet franc), quelques kilomètres entre les parcelles et pourtant, deux vins aux profils fort différents.

« Les Grézeaux » affichent une couleur dense, franchement violacée. Le nez est riche et met en appétit. La bouche est soyeuse, riche en fruits et surtout pulpeuse, presque comme la pulpe dans un jus d’oranges fraîchement pressé: une densité qui en met plein les papilles. Ce vin issu de vieilles vignes (+/- 60 ans) est élevé en barriques anciennes qui oxygènent sans marquer aromatiquement.

C’est bien mûr (13,5%) avec une structure tannique assez légère et beaucoup d’élégance. Difficile de ne pas sourire pendant la dégustation d’un tel vin, difficile de ne pas s’en resservir. A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des meilleures cuvées du Domaine Frédéric Mabileau (St-Nicolas-de-Bourgueil).

« Domaine » présente une robe d’un beau rouge franc, sans reflets violacés. Le nez est floral, poivré, précis. La bouche est structurée, construite sur le couple tannins/acidité. Le vin est dense et énergique, peu marqué par la douceur de l’alcool (12,5%). On sent qu’il est au début de la phase de maturité: aujourd’hui, je suggère de le carafer. Ce vin est sans doute plus cérébral que « Les Grézeaux », mais je soupçonne une grande capacité à vieillir harmonieusement, en se détendant progressivement. « Domaine » est un vrai vin ligérien, de profil plutôt nordiste, malgré la canicule de l’été 2016. L’équilibre est souverain.

A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des cuvées du Domaine de La Chevalerie (Bourgueil). Prenez cette comparaison pour ce qu’elle vaut: une simple indication, manquant certes de précision.

Constat: les vins étaient très bons hier soir. Ce midi, ils sont excellents ! Une fois de plus, une bouteille ouverte depuis une bonne douzaine d’heures se révèle supérieure à la bouteille ouverte à l’instant. Le cabernet franc respire et libère tous ses parfums …quand on lui en donne le temps !

« Domaine » 2016 est en stock chez moi au prix de € 13. « Les Grézeaux » 2018 est disponible sur commande au prix de € 17.

« Les Grézeaux » est en dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable.

La ville de Chinon, aux pieds de la forteresse

Sont également disponibles sur commande: « Domaine » 2018 à € 14 et « Le Clos Guillot » 2017 à € 22. Ce dernier vin a obtenu la note de 17/20 dans Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. « Le Clos Guillot » est un voisin du Chêne Vert (Charles Joguet) et du Coteau de Noiré (Philippe et Pierre Alliet). Les vignes ont été plantées entre 1993 et 2000. L’élevage est effectué en barriques anciennes. C’est assurément un beau vin de garde, susceptible de vieillir 10 à 15 ans.

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histoire information

Vin belge

En 2005 (ce n’est pas la préhistoire), le vin belge prenait encore la forme d’une note en bas de page avec une production estimée à 215.000 litres, produits à partir d’un vignoble de 65 hectares.

En moins de 15 ans, le nombre d’hectares a été multiplié par 6, le volume a été multiplié par 9. Notons néanmoins que le volume généré par le millésime 2018 est exceptionnel, grâce à une météo presque parfaite. Il y a nettement moins de volume en 2019.

Pour fixer les idées, le vignoble du Grand-Duché de Luxembourg, en 2018, c’est 1.250 hectares et 13.500.000 litres.

Par simple division des chiffres du tableau ci-dessus, on constate que, en moyenne, chaque vigneron belge dispose d’une parcelle de 3 hectares, ce qui est horriblement peu. Bien sûr cette moyenne recouvre des réalités très diverses: le wijnkasteel Genoels-Elderen (Limbourg) dispose d’un vignoble de 22 hectares et le vignoble des Agaisses (Hainaut), producteur de la cuvée Ruffus, s’étend sur 28 hectares.

La Belgique reste un pays de bulles et de vins blancs, les rouges et rosés ne représentant ensemble qu’un cinquième de la production totale.

En termes de cépages, le chardonnay se taille la part du lion (35%), les pinots (noir, gris, blanc et meunier) suivent (23%). A noter la part importante des cépages dits ‘résistants’ (johanniter, régent, solaris, pinotin, etc…).

Le vignoble du Chant d’Éole (et le pourquoi du nom choisi par le Domaine)

En mai 2019, la cuvée Prestige du Domaine du Chant d’Éole (près de Mons) a remporté la grande médaille d’Or du Concours Mondial de Bruxelles. C’est évidemment surprenant, encore plus lorsque l’on sait que les vignes ont été plantées en 2010 et que la première commercialisation date de 2015.

Oui, un effervescent belge a fait la nique à une longue série de Champagnes. Cela étant, cette médaille n’a de sens que par rapport aux participants, les meilleurs Champagnes ne participant jamais à ce type de compétition. Titrer « la meilleure bulle du monde est montoise » est un peu excessif…

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dégustation rouge

Le ciel et la terre

Ce jeudi soir, j’ai applaudi les artistes. Admiration pour le travail de Holger Koch et de Thierry Glantenay.

Le premier est un vigneron allemand (Baden, pas bien loin de Colmar), spécialiste des pinots noir gris et blanc, qui a créé son domaine en 1999 sur 8 hectares. Le second est un vigneron bourguignon qui possède, sur 7 hectares, plusieurs belles parcelles en Volnay 1er cru, Volnay, Pommard et Puligny-Montrachet.

Grâce à la générosité d’un importateur, dialogue entre le pinot noir Réserve 2014 de Koch (13%) et le Volnay 1er cru Les Santenots 2016 de Glantenay (13%).

Réserve est une sélection des meilleurs raisins, issus de différentes parcelles sur le Kaiserstuhl, un volcan éteint. C’est le sommet de la gamme. La fermentation est réalisée pour partie en grappes entières. L’élevage se fait en fûts de 300 et 500 litres, pendant un peu plus d’un an.

Les Santenots ont la particularité de se situer entièrement sur la commune de Meursault: c’est donc un Volnay de Meursault ! Attention, si un vin blanc est élaboré avec des raisins issus de cette même aire, il sera baptisé Meursault. Je m’arrête là, mais la réalité est encore plus complexe que ce qui précède.

Précision supplémentaire, le vin de Glantenay est un Santenots-Dessous, situé en face du Clos des Santenots, monopole du Domaine Prieur. Vignes de 25 ans. La fermentation est réalisée pour partie en grappes entières. Élevage en fûts, dont +/- 20% neufs, pendant 16 mois.

Les présentations sont faites, le spectacle peut commencer. Trois coups, le rideau s’ouvre.

Les robes des actrices sont fort différentes: pâle et un peu évoluée chez Koch, plus dense et moins évoluée chez Glantenay. Je ne pense pas que la petite différence d’âge soit la seule explication.

Holger Koch

La diction du Koch est d’une précision rare, comme une transparence absolue entre ce qui se passe sur la scène et la perception du spectateur-dégustateur. Le jeu est merveilleusement délicat, le boisé très bien intégré. Ce vin est une plume, un souffle. L’intensité volcanique sans le muscle. Les tannins sont virtuels, presque abstraits: on les imagine plus qu’on ne les goûte. Acidité et fine amertume font la paire, évoquant le pamplemousse rose. Esprit de pinot noir. Ce vin fuit le sol, il monte vers le ciel.

Thierry Glantenay

Voici la réplique du Glantenay. Le fruit est intense, juteux. Le boisé est un élément du décor, la musique est épicée, quasi-orientale. De la cerise et de la mûre. Il y a de la densité, de la noirceur, de la puissance et du tannin. Ce n’est pas tout-à-fait le « Chambolle de la Côte de Beaune »: il y a de la force par-delà l’élégance. Là où Koch est à parfaite maturité, Glantenay mériterait assurément un peu de garde, pour une reprise du spectacle durant une saison future. Jus de pinot noir. Ce vin est le sol, il est solidement campé sur la terre.

Bon, avant de tomber dans la béatitude …pas de bémol ? En cherchant bien, une pointe de sécheresse dans les tannins du Volnay et une sorte de fragilité à l’air du Réserve ?

weingut Holger Koch

Bien sûr, les commentaires ci-dessus sont relatifs: l’un est « plus » ceci, l’autre est « moins » cela. Il suffirait de remplacer une actrice par une consœur pour modifier le texte. C’est une description de l’interaction. En cela, elle est unique: la valeur du spectacle vivant – live.

Ces vins sont commercialisés en Belgique juste sous la barre des € 60. Je crains qu’ils soient épuisés chez l’importateur. Par contre, les millésimes suivants (Koch pinot noir Réserve 2015 et Glantenay Volnay 1er cru Santenots 2017) sont disponibles en très petites quantités. Me contacter si intérêt.

Les autres vins de ces vignerons sont tout aussi recommandables, dans leurs catégories respectives. Je pense en particulier au pinot blanc 2018 d’Holger Koch: j’en ai pour le moment en stock au prix de € 13. Le « simple » pinot noir Kaiserstuhl 2018 est vendu à € 13,50 (sur commande).

Le « simple » Bourgogne 2017 de Thierry Glantenay est disponible sur commande (€ 22), ainsi que son Volnay 2017 (sur commande, € 37).

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histoire information

Rhône Nord : Ogier et Villa redonnent vignes aux coteaux du Pipet

Plus de 3.500 ceps de syrah viennent d’être plantés sur les coteaux du Pipet, à Vienne, par le tandem Stéphane Ogier-Pierre Jean Villa pour faire renaître le vignoble disparu depuis près d’un siècle.

Il y avait des vignes jusque dans les années ’20 sur les coteaux du Pipet, sur les hauteurs de Vienne, juste au-dessus de l’ancien théâtre antique. En témoigne la carte postale un peu jaunie qui trône sur l’un des murs du Grand Café de Vienne où déjeunent les deux vignerons emblématiques du Rhône Nord, Stéphane Ogier et Pierre-Jean Villa.

Quelque peu surpris, les deux amis filent après le repas sur ce belvédère offrant un vue grandiose sur le Rhône et l’agglomération viennoise. À l’emplacement de l’ancienne forteresse des rois de Bourgogne jusqu’au XIe siècle, une chapelle dédiée à Notre-Dame de Salettes a été construite à la fin du XIXe et devenue un lieu de pèlerinage. Mais point de vignes ici, juste quelques robiniers et acacias qui disputent le terrain aux herbes folles.

Renseignements pris, les deux vignerons apprennent que la friche appartient à la municipalité. « Même le maire, Thierry Kowaks, a été surpris d’apprendre qu’il y avait eu des vignes un jour, au-dessus de la future Maison du jazz, raconte Stéphane Ogier. Il faut dire que la végétation avait repris le dessus sur ces pentes raides et difficiles d’accès. On ne voyait même plus les terrasses avec des dénivelés impressionnants et des murs jusqu’à 10 mètres. »

Ensorcelés par l’endroit et par l’histoire, les deux compères n’ont plus qu’une seule envie : y faire renaître la vigne. Un accord est finalement négocié avec la mairie qui met à disposition le terrain avec un bail à long terme de 18 ans… en échange de quelques bouteilles quand la vigne produira des raisins à la 3e feuille. Pas avant 2023. Car il a fallu d’abord défricher le coteau exposé plein sud avant de planter de la syrah, une évidence en Rhône Nord. « Nous n’avions pas assez de surface avec un demi-hectare pour faire deux vins et les schistes sont d’abord un terroir de rouge » explique Stéphane Ogier.

En attendant le cru

Les premiers ceps issus de différentes sélections massales devaient être plantés en mars mais les travaux ont pris un peu de retard avec le confinement. Finalement, cette semaine, plus de 3.500 pieds viennent d’être installés à nouveau sur les coteaux de Pipet, qui donneront naturellement le nom à la cuvée. « Nous avons planté un peu plus de pieds que prévu – on pensait 2500 au départ, car on a choisi de planter à forte densité, à 13 000 pieds. Même si cela représente plus de travail, cette densité permet d’avoir moins de raisins par pieds avec des grappes plus petites et moins de concurrence entre les pieds, et donc de produire un vin plus qualitatif. »

Les 1.500-2.000 bouteilles qui devraient être produites à terme à partir de la parcelle pourraient être étiquetées en IGP Collines Rhodaniennes ou simplement en Vin de France, à moins que l’élargissement de l’appellation Côtes-du-Rhone, en discussion depuis plusieurs années, ne soit enfin adopté par l’INAO. « Passer en Côtes-du-Rhone serait déjà une belle victoire, ne serait-ce que pour protéger le secteur mais notre objectif est de devenir rapidement un cru de la vallée du Rhône. » La parcelle Ogier-Villa est la plus septentrionale de la future appellation dont le nom fait toujours débat (Seyssuel, Coteaux de Seyssuel, Vienne-Seyssuel…).

Le nouveau vignoble s’inscrit dans la continuité de la renaissance des vins de Vienne qui comptent désormais 18 vignerons. Elle avait été initiée, au début des années ’90, par les Vins de Vienne lancés par un quatuor de vignerons du Rhône Nord, Pierre Gaillard, François Villard, Yves Cuilleron et à l’époque un certain …Pierre-Jean Villa.

Article publié aujourd’hui 07 mai 2020 dans la revue « Terre de Vins », sous la plume de Frédérique Hermine. Beau projet sur des pentes vertigineuses. Rendez-vous dans 10 ans. Je prédis que le vin ne sera pas bon marché…

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Centenaire

Voilà une cuvée diantrement appétissante !

Ce 2018 offre exactement ce que l’on peut attendre d’un blanc du Sud à prix doux: de la rondeur mais pas de surcharge alcooleuse (13%), de la fraîcheur mais pas d’acidité dominante, du nez mais sans exubérance excessive.

Les vignes de grenache blanc/gris (80%) sont VRAIMENT vieilles, d’où le nom de la cuvée: Centenaire. Je soupçonne que la roussanne (20%) provient de vignes plus jeunes.

Élevage dans l’inox pour le grenache, dans le bois pour la roussanne. Le boisé est discret, bien dosé.

L’équilibre repose sur la combinaison entre une acidité plutôt basse et une fine amertume, perceptible en finale. Profil gastronomique large, facile à accorder avec plein de mets différents. Servir bien frais et puis profiter de la température qui grimpe gentiment pendant le repas. Possède le potentiel pour être gardé 2 ou 3 ans.

Domaine Lafage, Côtes du Roussillon, Centenaire 2018. J’en ai en stock en ce moment au prix de € 11.

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musique

I heard it through the grapevine

Ma passion pour le vin se double d’une passion pour la musique.

music.apple.com/be/playlist/anthocyane1/pl.u-pMmGaURPl0y

En soi, ce n’est pas particulièrement intéressant pour le lecteur de ce site: Marc Ysaye présente, depuis une éternité et chaque dimanche matin, « Les Classiques » sur Classic 21, émission ô combien musicale. Très bien.

Malheureusement, le dit Marc Ysaye est également passionné par tout ce qui roule et fait bruyamment VROUM-VROUM. Donc, l’amateur de musique se tape régulièrement le Salon de l’Auto et toutes les compétitions de moto de la Belgique francophone.

Vous l’aurez déjà compris, le sujet me laisse indifférent. Rock et Gros Cube, non merci. Corrélation négative. Les méchantes langues diront que je ne tiens déjà pas sur un vélo (ce qui est vrai) et que mon indifférence à la motocyclette n’est qu’une frustration mal gérée. En réalité, je me rêve régulièrement en motard bardé de cuir et …

Je digresse, je digresse, il n’y a donc aucune raison pour que l’œnophile partage mon goût pour la musique et, pire, mes goûts musicaux. D’autant plus que j’ai une certaine addiction à la musique pas trop consensuelle.

Votre Honneur, je plaide non-coupable, tout est de la faute de la technologie: confiné jusque par-dessus la tête, j’ai découvert par hasard qu’il était facile de partager une playlist Apple Music sur ce site. Comment résister ?

I heard it through the grapevine

J’ai emprunté le titre de cet article à une chanson écrite en 1966 et popularisée par Marvin Gaye en 1968. Littéralement: « je l’ai entendu à travers la vigne ». Mais le mot grapevine signifie aussi « rumeur ».

Donc « je l’ai appris par la rumeur » est une bien meilleure traduction que la version littérale !

Ainsi soit-il: voici donc la playlist dont question. Ouvertes soient vos oreilles !

music.apple.com/be/playlist/anthocyane1/pl.u-pMmGaURPl0y

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dégustation information

Anecdotes: T° et O²

Castel del Monte, dans les Pouilles: le rouge italien vient de là

Je remonte un rouge italien de la cave. Littéralement deux minutes plus tard, la bouteille est débouchée et les verres sont servis. On goûte. C’est l’envie du plaisir. C’est la récompense de l’attente. Joli nez ! Et puis…

…c’est intéressant (terme classique quand quelque chose cloche).

Deuxième gorgée: il va falloir s’y faire, ce vin n’est pas un chef d’œuvre.

Les tannins sont fort présents, durs et surtout installés à côté de la bouche du vin, empêchant celle-ci de faire preuve d’harmonie. Ces tannins-là, c’est l’invité dont on aurait préférer se passer, l’intrus, le vilain petit canard. On se surprend à se focaliser sur ces foutus tannins et à en oublier tout le reste. Fasciné par le défaut, je suis.

Le temps passe. On pense à autre chose, on mange et on bavarde. La bouteille entamée nous nargue et je la regarde de travers. Le temps continue de passer. Allez, sans rancune, j’en reprends un p’tit verre.

C’est un autre vin ! Les tannins se sont adoucis, ils se sont déplacés. Ce rouge italien est un cygne ! Les pièces du puzzle s’emboîtent comme par magie. Tous les éléments trouvent leur place et se fondent l’un dans l’autre. Il n’y a plus qu’une unique bouche et elle est plus qu’agréable !

L’explication n’a rien de bien sorcier: la température de service. Trop froid ou trop chaud ? On risque de passer radicalement à côté du vin. Le cépage nero di Troia est ce qu’il est: à 14°, ses tannins agressent le palais. A 17°, ses tannins structurent, équilibrent et énergisent.

Bref, j’aurais dû remonter la bouteille une heure avant le repas.

J’ai envie d’un chardonnay pour accompagner une sole meunière. Tiens, voici un vin du Jura, 100% chardonnay ouillé. C’est à dire élevé de façon classique, « à la bourguignonne », sans nuances oxydatives.

C’est un 2010. En le versant dans les verres, sa couleur intensément jaune interpelle. D’autant plus que cette cuvée n’a pas été boisée.

La dégustation confirme que ce qui a été conçu et élaboré comme un vin classique, réducteur, s’est transformé avec le temps en un vin …oxydé. Comme s’il ne lui était pas possible d’échapper à son destin jurassien. Comme si le temps s’était chargé de réveiller quelque chose de profondément enfoui sous le classicisme.

Cela dit, le vin était intense, débordant d’arômes. C’était long et très équilibré. Les nuances de curry et de noix participaient pleinement à sa complexité. L’accord avec la sole était surprenant mais très réussi. Une faute œnologique qui se transforme en bonne surprise !