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Le caprice des deux

« Mais, Philippe, quel thème original et pertinent et joli et appétissant pour ta dégustation de septembre ! Comment résister à l’appel de ton caprice des deux ? »

Merci, merci, c’est trop d’honneur. Ce sont juste quelques bouteilles de vin, proposées par paires: deux fois le même vigneron ou deux fois le même village ou deux fois le même cépage. On ira du sud de la Bourgogne jusqu’au nord de l’Italie, en passant par une vallée d’Autriche, par le Jura, le Beaujolais et le Rhône. Sept étapes. Syrah, riesling, barbera, gamay, nebbiolo, chardonnay, aligoté et un intriguant assemblage …inédit !

La dégustation a lieu le samedi 24 septembre, entre 10 et 18 heures, à l’adresse habituelle. S’il fait beau, la terrasse sera prête à vous accueillir.

Vos commandes doivent me parvenir, de préférence via le magasin, au plus tard le mardi 27 septembre. Les vins seront mis à votre disposition pendant la première quinzaine d’octobre.

Nicolas Maillet: deux vins du millésime 2020

L’aligoté a longtemps été vilipendé: trop acide, trop fluet, un cépage qui gagnerait à être amélioré par une larme de crème de cassis. Les choses ont bien changé. La Bourgogne compte aujourd’hui une appellation entièrement dédiée à ce cépage (Bouzeron, en Côte chalonnaise). Plusieurs vignerons de la Côte d’Or proposent différents aligotés, parfois parcellaires (exemple: Sylvain Pataille à Marsannay). Ce cépage connait un renouveau assez spectaculaire.

Rendez-vous avec Nicolas Maillet, un vigneron qui a décidé de se passer de bois pour ses vins blancs. En Bourgogne, voilà une décision aussi rare que courageuse. C’est une façon de remettre en cause les habitudes et les évidences qui conduit à élaborer des vins au profil marqué: tension, verticalité et minéralité, sans l’arrondissement apporté par le fût.

Autriche: deux rieslings du Kamptal

650 mètres. Voilà la distance qui sépare le Domaine Hiedler du Domaine Jurtschitsch. Une promenade de 9 minutes pour passer d’un riesling 2021 Langenlois à …un autre riesling 2021 Langenlois. Ces deux vins sont élaborés avec des raisins provenant de diverses parcelles, toutes situées dans le village de Langenlois. Ce village constitue le cœur de la région nommée Kamptal (« vallée du Kamp »): le Kamp est un affluent du Danube dans lequel il se jette en amont de Vienne. Le Kamptal est devenu célèbre grâce à Willi Bründlmayer, vigneron iconique (…ça y est, j’emploie du vocabulaire pour Instagram…) et spécialiste tant du riesling que du grüner veltliner.

Une comparaison fascinante entre citron, pamplemousse, pêche et abricot.

Pignier: deux Côtes du Jura « ouillés »

Pour éviter tout éventuel malentendu: ces deux vins sont profondément jurassiens, mais pas de style oxydatif: il s’agit de vinifications classiques, à la bourguignonne. Les vins sont décrits par le qualificatif « ouillé » (le vinificateur protège le vin de l’action de l’oxygène pendant son élevage). Donc, ni curry, ni noix.

Par coïncidence, j’ai ouvert très récemment une bouteille de la cuvée « A la Percenette » en millésime 2012 (NB: cette cuvée a cessé d’exister avec le millésime 2018: les raisins font aujourd’hui partie de La Reculée). Eh bien, ce 2012 était en pleine forme ! Et il était encore franchement meilleur 24 heures après avoir été ouvert.

La cuvée GPS est habituellement un assemblage de trois cépages. Cette fois, un quatrième cépage participe à la fête: du trousseau, vinifié en blanc. Ce vin est 100% sans sulfites ajoutés, ce qui le qualifie pour faire partie de la catégorie des vins dit nature. En dégustation, il est impossible de se rendre compte de cette caractéristique …et c’est très bien comme ça !

Deux Crus du Beaujolais: Fleurie face à Morgon

Lorsqu’on quitte le village de Fleurie par le sud, on arrive rapidement sur le territoire du Morgon (directement ou via Chiroubles): cinq kilomètres pour passer du Clos de la Roilette au Domaine Marcel Lapierre. Les crus du Beaujolais, c’est gamay, gamay et encore gamay. Voici pourtant deux expressions très différentes de ce cépage: structure et densité à La Roilette, fruit et sensualité chez Lapierre. La comparaison est franche puisqu’il s’agit du même millésime.

Prevostini: deux nebbiolo des Alpes

La Valtellina: paysage alpin et enchanteur, entre le lac de Côme et la frontière suisse. C’est la Lombardie d’altitude, la deuxième patrie du cépage nebbiolo. Je vous propose de comparer la cuvée d’entrée de gamme Botonero (assemblages de diverses parcelles) avec un cru, à savoir le cru Grumello.

Comme nous sommes en terrain peu connu, précisons le vocabulaire: Grumello est donc un lieu-dit, comme le cru Inferno et le cru Sassella. Plusieurs vignerons proposent des vins issus de ces différents crus. Par contre, Garof est le nom de la cuvée proposée uniquement par le vigneron Mamete Prevostini, élaborée avec des raisins en provenance du cru Grumello.

Mamete Prevostini: la nouvelle cave de vinification et d’élevage

Beaucoup d’attention est portée aux aspects environnementaux: la nouvelle cave de vinification (construite en 2014) est certifiée en tant que bâtiment extrêmement peu consommateur d’énergie. Les raisins vendangés arrivent par le haut, la vinification se fait au premier étage et l’élevage au rez-de-chaussée: aucun pompage, tout se passe par gravitation.

Piémont: deux barbera sensuelles

On voyage entre appellations, de Barbera del Monferrato jusqu’en Barbera d’Alba. Balade en Piémont, sans passer par la case Turin.

Le meilleur trajet ? Via Asti et Alba. Nous sommes gâtés.

D’une certaine façon, le cépage barbera pourrait jouer le rôle de l’antithèse du cépage nebbiolo. Place ici à la volupté, à la sensualité et au réconfort. Attention, on ne tombe pas dans la décadence rococo, ni dans la débauche alcoolique ! A côté d’un fruit rond, joufflu, charnu, savoureux, nos amis vignerons ont conservé une acidité rafraîchissante et tonique qui assure l’équilibre de ces deux vins.

Matthieu Barret: deux expressions du millésime 2020

Nous comparons l’étonnant Côtes du Rhône No Wine’s Land au prestigieux Cornas. Ce No Wine’s Land porte bien son nom puisqu’il provient d’une parcelle en appellation Côtes du Rhône, coincée entre Cornas et St-Joseph. Ni Cornas, ni St-Joseph, cette parcelle est d’autant plus spéciale que sa géologie est inhabituelle: calcaire et non granitique, comme c’est l’habitude à peu près partout en Rhône nord.

le village de Cornas

Matthieu fait partie d’un petit groupe de vignerons qui ont dépoussiéré l’appellation Cornas. La version de Matthieu est beaucoup plus fruitée, susceptible d’être appréciée assez jeune et dénuée de toute forme de rusticité. C’est un Cornas souriant et enjôleur ! Cette bonne humeur communicative ne remet en cause ni sa capacité à vieillir avec grâce, ni l’intensité de sa matière.

Conclusion subjective: ce caprice des deux me semble de nature à réjouir l’amateur. Je l’ai en tous cas conçu comme cela.

La plupart d’entre nous aiment comparer. On compare -consciemment ou inconsciemment-, avec un vin goûté autrefois. Avec le souvenir idéalisé d’un vin d’autrefois. Avec notre mémoire qui s’amuse comme une folle à nous faire croire qu’elle est fidèle.

Venez comparer, échanger, partager.

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Le caprice des cieux

Le singe asiatique et la variole du frelon, le variant mexicain de la Corona, les cybervirus et les cyberbactéries, le tunnel Trône sur une seule bande de circulation, la fonte de mon portefeuille et celle des glaces, Éden Hazard sur sa banquise madrilène, l’inflation qui nous les gonfle, la grêle et la fournaise, Donald qui trompe ses concitoyens, Mussolinette qui s’agite de Venise à Palerme, les algues bleues, les gilets jaunes, les Gilles de Binche, l’essence interdite à Bruxelles, les sauterelles, les réseaux sociaux, la centrale électrique de Zapo et celle de Tihange, Francis Lalanne, la cocaïne anversoise et le gaz moutarde qui me montent au nez, le gazouillis du gazoduc, le gazon brûlé, le Rhin qui ne coule plus malgré son étymologie, la facture de la canicule, les armes à feu de forêt, le Bordeaux à € 1,99 chez Aldi.

Pour la semaine prochaine, je vois dans ma boule de cristal … une féroce attaque de méchants Martiens ! Alléluia, c’est l’Apocalypse, le caprice des cieux nous tombe sur la tête, c’est la fin du monde en direct et en trois dimensions, rien que pour nous, nous les pitoyables humains du 21ième et dernier siècle. Amen.

Remède: boire du bon vin. Maintenant.

PS: dégustation d’une quinzaine de vins, le samedi 24 septembre, entre 10 et 18 heures. Le programme est en phase de finalisation, il peut être consulté ICI.

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Semaine 33: actualités

Bonjour !

Les nouveaux millésimes de chez Pellé (Menetou-Salon) sont arrivés. J’ai apprécié Morogues 2021 (sauvignon 100%, alcool: 13%, bio), un blanc sec au nez plaisant et aromatique, à la bouche équilibrée et directe, à la finale nette et sèche. Ce vin tire le meilleur d’un millésime un peu compliqué. Un cran au-dessus, c’est Vignes de Ratier 2020 (sauvignon 100%, alcool: 14%, bio), une sélection parcellaire qui conjugue la richesse solaire du millésime avec des notes fumées et minérales. Attention, l’importateur me fait savoir que le stock disponible est limité. Et il n’y aura pas beaucoup de 2021 non plus.

foudre dans la cave du Domaine Pellé

En mars, j’ai proposé à la dégustation Le Clos Galerne, cuvée L’Anjou Noir (cabernet franc 100%, alcool: 13,5%), avec un tel succès que le stock de l’importateur n’a pas pu suivre. Bonne nouvelle, cet Anjou-Villages rouge est à nouveau disponible. Il s’agit toujours bien du vin proposé au printemps: officiellement non-millésimé mais issu à 100% de la vendange 2019. De ce même Domaine, voici une Balade en chenin en millésime 2020, nouveau dans l’assortiment. C’est une excellente introduction à la gamme du vigneron, sans la profondeur du Savennières: oublions un instant que ce Savennières existe …et régalons-nous de la Balade, avec un excellent rapport QP !

dans la Revue du Vin de France (avril 2021)

Clos de la Roilette 2021: retour dans la gamme après une impasse sur deux millésimes consécutifs de ce très intense Beaujolais, en appellation Fleurie, là où Fleurie rejoint Moulin-à-Vent (NB: les Fleurie de l’ouest, ceux qui regardent vers Chiroubles, sont en général plus fruités et moins concentrés). Nez affable qui invite avec le sourire pour une première gorgée. Bouche sérieuse, riche, marquée par les fruits noirs, avec de très bons tannins. Le terme « gouleyant » n’a pas été inventé pour cette Roilette, qui a de l’ambition et un réel potentiel de garde.

les crus du Beaujolais: Fleurie = 7; Moulin-à-Vent = 10; Chiroubles = 5.

Voilà un vin que j’attendais avec impatience, vu le succès rencontré par les millésimes 2019 et 2020: le Mâcon-Vergisson 2021 du Domaine Guerrin. Il s’agit bien de la cuvée qui s’intitulait « Les Rochers »: cette mention disparaît pour le nouveau millésime. On peut supposer que quelqu’un a dû se plaindre du mots « rochers », trop proche du mot « roche »: or, ici, à Solutré et à Vergisson, la Roche est sacrée ! Le vin est toujours délicieux, avec un profil plus frais que celui du millésime précédent, météo oblige. Un vin dont je me demande vraiment à qui il pourrait déplaire. Une bouteille que l’on tire-bouchonne sans prise de tête et que l’on partage avec l’amateur et avec le profane !

la Roche de Vergisson

Un détour par l’Autriche et plus précisément par le Kamptal, un affluent du Danube qui s’y jette en amont de Vienne. Chaque dégustation semble le confirmer: 2021 est un excellent millésime en Autriche. Ce riesling Urgestein le démontre avec force ! Je vous ai régulièrement proposé l’un ou l’autre vin du Domaine Hiedler, mais ce vin-ci m’a littéralement soufflé ! Intense fraîcheur, juste maturité du fruit, style énergique, moins opulent que par le passé (peut-être l’influence de Dietmar et Ludwig III, qui prennent progressivement la succession de leur papa).

le vignoble du Kamptal (Autriche)

Ces vins -et bien d’autres- sont à présent disponibles dans les nouveautés du magasin.

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Ce vin est une histoire !

Août. C’est la période creuse. On cuit doucement, en attendant une averse qui tarde à venir. On se demande ce que donnera le millésime 2022. Le moment idéal pour réfléchir et pour modifier ce qui mériterait de l’être.

J’ai commencé par mettre de l’ordre dans mon (petit) stock physique et dans le fichier Excel qui, avec un certain brio, gère depuis 2012 tout ce qui se chiffre : les commandes-clients, les commandes-fournisseurs, la longue liste de tous les vins présentés à votre gourmandise, la facturation, l’évolution du stock, la préparation des dégustations, etc…

C’est un peu artisanal et pas aux normes de notre monde rempli à ras bord de toutes sortes d’applications en ligne. Avec mansuétude, on pourrait résumer en affirmant que cela fonctionne de façon semi-automatique et que c’est fiable. Il y aurait certainement moyen de consacrer moins de temps à l’administration et d’améliorer ma productivité, à condition d’investir, en sous et en formation informatique du patron. Cela implique une vision sur quelques années, pour donner l’opportunité d’un retour sur investissement positif. Bof.

J’ai créé Anthocyane tout seul, avec beaucoup de prudence, sans investissement et avec une ambition qui s’est avérée difficile à atteindre. Bon, c’est le piège éternel de se fixer un objectif élevé, à ne pas le rencontrer et, en conséquence logique, à être déçu. Et, sans surprise, la déception n’est pas une bonne source d’enthousiasme.

Mes plus anciens lecteurs se souviendront peut-être d’une décision radicale, communiquée en juin 2015 : je mettais un terme aux activités d’Anthocyane. Immédiatement et sans nuances. Le couperet de la guillotine. J’ai fermé le magasin en ligne et cessé de rédiger sur le blog.

Je ferai court sur les conséquences. Disons simplement que le vide intersidéral s’est alors abattu sur moi. Badaboum.

Petit-à-petit, je me suis rendu compte que j’avais encore envie de partager mes découvertes et d’échanger avec clients et fournisseurs. Alors un p’tit e-mail par ci et une p’tite dégustation par là. De fil en aiguille, je recommence à écrire quelques bafouilles, je vends quelques flacons et je réouvre le magasin, sans vraiment avoir réfléchi à ce que je faisais.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, je suis bien obligé de constater aujourd’hui qu’Anthocyane est un projet économiquement bancal. La quantité de travail ne correspond pas à une quantité proportionnelle de sous. Mos dos vieillit et il encaisse mal le transport de A vers B, de B vers C, de C vers D de cartons de 7 kilos (rajoutez encore 1 ou 2 kilos quand le vigneron se persuade qu’une bouteille lourde mettra son vin mieux en valeur). Le vin lyophilisé n’est pas d’actualité, l’impact de la logistique est incontournable.

Alors l’ombre du retour de ma décision de juin 2015 pointe le bout de son nez (j’ignore si une ombre possède un nez, mais vous voyez ce que je veux dire).

Quoique. Il y a peut-être une alternative.

J’arrête de me focaliser sur une hypothétique rentabilité économique. Ce que je fais est para-artistique, ce qui veut dire que cela doit d’abord me plaire à moi. Je vous balance ma subjectivité et ma différence …parce que vous aimez ça !

Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter de propager le bullshit, mais, dans votre infinie bienveillance, vous me pardonnez les rares écrits où mon enthousiasme fleurte avec le hard selling. Au moins, vous avez la garantie que c’est mon opinion telle qu’elle existe, ici et maintenant et pas un consensus mou entre Parker, Bettane et le rédacteur hipster d’un magazine feelgood. Je suis subjectif et compte bien le rester.

Nous assumons ensemble qu’il peut m’arriver de dérailler, mais c’est du déraillement bien local, de saison et en circuit court (ne pas confondre circuit court et court-circuit). Tout ce qui est local est bien, tout ce qui vient de loin est mauvais et vive la féodalité qui nous attend au tournant. Comme Pierre Dac et/ou Francis Blanche, je préfère le vin d’ici à l’au-delà. Mais enfin, oui, je bois du Madère et du vin arménien. Et, entre nous, il m’est même arrivé récemment de consommer, sans scrupules ni vergogne, un malbec argentin qui s’était pourtant farci tant la jungle amazonienne que l’océan Atlantique avant atterrissage sur la table du dîner.

J’avoue…

J’avoue, le magasin en ligne n’est pas parfait. En y consacrant le temps requis, je crois que nous pourrions ensemble lui trouver au moins 5 bonnes grosses faiblesses. Mais cela fonctionne ! En faire une Rolls est possible, à condition d’y mettre le paquet. Du haut de l’expérience accumulée depuis bientôt 10 ans, j’affirme que quasi tout le monde voudrait bien la Rolls mais que personne ne serait vraiment désireux de la payer à son prix. Donc, une VW (neuve) devra faire l’affaire.

J’avoue, Berchem-Ste-Agathe est légèrement excentrée (comment, un euphémisme ?). La plaisanterie des autorités communales qui consiste à empêcher le brave automobiliste d’utiliser une sortie d’autoroute tout ce qu’il y a de fonctionnelle fait office de sacrée cerise sur mon gâteau. Mais je ne vais pas déménager ! Pour tenir compte de la géographie, je continuerai à livrer vos commandes en personne, en fonction de ce qui est raisonnable. Et vous passerez de temps à autre par chez moi pour emmener vos précieux flacons. Non, il n’y a donc pas de règle claire, nette et précise. Mais je suis de très bonne volonté. Par contre, si vous souhaitez une livraison de 6 bouteilles de rosé à Perpète-lez-oies, c’est non. Surprenant ?

J’avoue, je suis victime d’une addiction au vin allemand, malgré le (à cause du ?) caractère gothique des étiquettes et l’existence de lois et de règlements privés qui, en se chevauchant allègrement les uns les autres, créent un bric-à-brac chaotique dans lequel l’amateur ne retrouve pas ses jeunes. Tout cela est heureusement sans grande importance. Tonton Philippe est là pour expliquer (autant que ce que j’ai appris serve à quelque chose). Ce qui compte, c’est la qualité fascinante des pinots noirs et des rieslings d’Outre-Rhin.

Cela me rappelle le fruité intense d’agrumes, l’acidité mûre, la légèreté spatiale (pour éviter de recourir au sempiternel « aérienne »), la sucrosité délicate et la longueur étincelante de ce Krettnacher Euchariusberg riesling Kabinett alte reben 2020 élaboré par Hofgut Falkenstein en Sarre, à quelques kilomètres du Grand-Duché et donc pas si loin de Bruxelles. Est-ce assez local ? En tous cas, c’est splendide !

J’avoue, je ne suis pas très riche en vins vendus sous la barre des 10 euros. Et ce n’est pas l’inflation galopante qui va y changer quoi que ce soit ! Franchement, je considère que les supermarchés sont imbattables quand il s’agit de vendre un produit souvent honnête, passe-partout, banal et dépourvu de personnalité. Une boisson plutôt anonyme qui peut faire l’affaire dans bien des circonstances. Des vins qui ne déplaisent pas, mais qui ne laissent pas de trace. Chacun son métier : je propose qui vins qui plaisent (très) beaucoup à Joseph et qui désarçonnent Marie. Ou l’inverse. Je prends des risques, en calculant peu. Il y a de l’intuition et du feeling. Je vends de belles histoires, de beaux futurs souvenirs. C’est para-artistique.

Donc, pas de dégustation pendant ce mois d’août.

Mais je suis à Bruxelles et peut donc vous recevoir facilement, du lundi au samedi. Prenez le temps de feuilleter le magasin (euh …peut-on feuilleter un magasin ?), posez-moi des questions (j’aime y répondre), partagez avec moi vos idées (j’écoute volontiers) et soutenez le petit commerce -local- par l’échange de mes chouettes bouteilles contre vos sympathiques euros.

Philippe

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Comment je m’y prends: le mystère enfin percé

en Allemagne et en mai 2022

Ce n’est pas sorcier, il y a deux phases cruciales: sélectionner les meilleurs importateurs, puis repérer les vins les plus intéressants au sein de leurs gammes respectives.
J’achète chez les importateurs ce que j’ai d’abord vendu à mes clients. Je n’ai donc, en théorie, aucun stock.

La pratique est un peu différente, quelques centaines de bouteilles sont disponibles immédiatement. Mais il est fort possible que les flacons que vous souhaitez acquérir soient encore sagement alignés dans l’entrepôt de l’importateur…Donnez-moi quelques jours pour les faire atterrir chez moi et les mettre à votre disposition.

Parfois, un millésime est épuisé chez l’importateur sans que je le sache. Je propose ce millésime de bonne foi, mais ne serai pas en mesure de vous le fournir. C’est malheureusement inévitable. Je sais que cela peut être frustrant puisque je crée de la déception. Mais c’est inhérent à la formule Anthocyane.

Dans le magasin, il est possible de naviguer par domaine. Chaque image carrée correspond à un Domaine:

  • dont Anthocyane a vendu les vins
  • dont Anthocyane vend les vins en ce moment
  • dont Anthocyane s’apprête à vendre les vins.

Concrètement, lorsque vous cliquez sur une image et que vous ne voyez apparaître aucun vin, cela signifie qu’il n’y a pas de vin de ce Domaine disponible en ce moment. Je laisse les images visibles parce qu’il est fort possible que des vins soient à nouveau proposés dans un futur plus ou moins proche.

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Samedi 18 juin: dégustation !

Notez la date, le programme est alléchant ! Nous explorons ensemble quelques domaines français de haut niveau.

A Cahors, c’est Clos Troteligotte, spécialiste des cuvées au fruit très pur, avec peu ou pas de sulfites ajoutés. Nature ou presque nature, mais les vins sont nets, sans arômes …dégoûtants. En Provence, Clos de l’Ours, domaine de création récente à la réputation déjà bien établie: un blanc, un (superbe) rosé et un rouge prennent place sur le bar.

En Languedoc, le Domaine de Cébène: les plus anciens se souviendront peut-être qu’Anthocyane a déjà proposé la cuvée Belle Lurette en millésimes 2012 et 2013, …voici 2020 ! Ainsi qu’une nouvelle cuvée intitulée « A la Venvole ».

En Loire, c’est Montlouis et Saumur: plusieurs cuvées du Rocher des Violettes (dont un rouge élaboré avec du malbec, matière à comparaison avec les Cahors) et Clos de l’Ecotard, domaine créé récemment, mais qui s’impose déjà parmi les meilleurs à Saumur.

En Roussillon, c’est Le Clos des Fées qui nous propose sa cuvée Les Sorcières, en millésime 2021. Et Lafage suggère de goûter un amusant assemblage de chardonnay et de viognier.

En supplément au copieux programme gaulois, quelques cuvées allemandes: un excellent rouge de lemberger (ce cépage s’appelle blaufränkisch en Autriche) du Domaine Aldinger ainsi que plusieurs rieslings secs du célèbre domaine Schäfer-Frölich.

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Allemagne, Mosel, Trittenheim, jours 13 & 14

Trittenheim n’est pas exactement le village qui incite l’automobiliste de passage à s’arrêter parce que les colombages et autres maisons peintes lui taperaient dans l’oeil. De loin, c’est assez banal. De près (c’est-à-dire en marchant), on y trouve pourtant un tas de petites curiosités que, selon son goût personnel, l’on qualifiera de charmantes ou de kitchissimes.

Apotheke se signale à tous et en toutes lettres, même sans zoom

Du côté de la Moselle et juste en face d’un mur de vignes connu sous le doux nom de Trittenheimer Apotheke, ce village cache surtout une maison étoilée dont il paraît que la carte des vins mérite un large détour.

au delà des vins allemands, une belle sélection autrichienne

Wein- & Tafelhaus figure depuis longtemps sur la liste des restaurants qui excitent mes papilles mentales. Petit menu le vendredi soir, grand menu le samedi soir pour clôturer en beauté ces deux semaines de vacances.

Deux menus, deux vins mosellans: d’abord le Piesporter (appellation village) de Julian Haart. Ce jeune homme est le neveu de Théo Haart (Domaine Reinhold Haart). Il élabore sur 5 hectares des vins exceptionnels: ce Piesporter est de mon point de vue une parfaite incarnation du riesling sec mosellan: une incroyable légèreté conjuguée avec de l’intensité et du fruit. On ressent ce qui s’apparente à de la fragilité d’autant mieux que le vin est servi dans un verre Zalto qui exprime cette même fragilité. Délicatesse implique concentration chez le dégustateur : si l’on fait l’effort pour l’écouter, sa musique est fantastique ! C’est de la musique de chambre, pas une symphonie.

Piesport est un village de la vallée de la Moselle

J’avais fort envie de découvrir les vins de Franz-Josef Eifel, vigneron basé à Trittenheim et disposant en particulier de quelques rangs de vignes dans la meilleure partie du Grand Cru Trittenheimer Apotheke: le Sonnenfels. Eh oui, un cru de 68 hectares n’est pas homogène: certaines parcelles sont mieux exposées que d’autres et la géologie est assez complexe. En Allemagne, ce vigneron obtient très régulièrement des notations stratosphériques. Le Domaine est minuscule (3 hectares) et il n’y a donc pas beaucoup de bouteilles à l’export.

Ce Sonnenfels est très étonnant: minéralité puissante, dominatrice; jus de caillou au point d’effacer la contribution du cépage: à l’aveugle, je pense que je n’aurais pas reconnu le cépage, le citron -jaune, vert- disparaît au bénéfice du schiste (ardoise). Un vin qui joue la carte de l’invulnérabilité et de l’éternité. Pas gratuit évidemment (€ 69 sur table), mais n’importe quel Chablis premier cru est vendu aussi cher, si pas plus cher.

étiquette difficile à photographier parce qu’elle répartit l’information sur une grande largeur…
… et donc voici le nom du vigneron (FJ Eifel) et le nom de la cuvée (Sonnenfels)
la promenade nous fait croiser quelques vignes du Domaine Eifel

Et pour clore ce périple, une anecdote qui nous a bien fait sourire. Nous sommes au restaurant et commandons une bouteille plutôt haut de gamme. Une demoiselle nous amène le flacon et constate soudain qu’il n’est pas capsulé, mais doté d’un bon vieux bouchon en liège. Panique, la demoiselle disparaît en emmenant la bouteille.

Quelques instants plus tard, une autre demoiselle, celle-ci munie d’un tire-bouchons, nous sauve de la soif. Euh …non, elle n’a manifestement jamais utilisé le tire-bouchons et s’obstine à vouloir arracher le bouchon d’un seul coup. Le spectacle vire à la tragi-comédie à tel point que je me décide à ouvrir le flacon moi-même en expliquant gentiment à la seconde demoiselle comment ça marche.

Moralité: la capsule est la norme, le bouchon, l’exception.

Prenez vos vacances là où il y a du vignoble: la météo y est plus agréable, les paysages plus jolis, les villages plus pimpants et les restaurants plus appétissants. Boire un vin en observant en même temps le vignoble dont il est issu est un plaisir d’une grande finesse.

Trittenheim, dans un méandre de la Moselle
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Allemagne, Rheingau, Rüdesheim & Kloster Eberbach, jour 12

abbaye cistercienne Kloster Eberbach
impressionnante collection de pressoirs

Difficile de traverser le Rheingau sans une étape à Kloster Eberbach, lieu essentiel dans la « création » du riesling. Abbaye cistercienne et vignoble du Steinberg, exemple très rare d’une parcelle désignée uniquement par son nom sans référence au village où elle se situe. Steinberg -et Johannisberg, à quelques kilomètres d’ici- ont une telle réputation qu’il est manifestement inutile de préciser plus avant. C’est donc Steinberg tout court et non Hattenheimer Steinberg.

Ce Steinberg s’etend sur 34 hectares et est entouré d’un mur assez haut, destiné à protéger les vignes du vent. On le compare parfois avec Clos Vougeot en Bourgogne.

le Steinberg, c’est de l’autre côté de cette porte

Une nouvelle œnologue a pris les commandes du Domaine en 2018, avec l’ambition de ramener les vins au sommet. Parmi les nouveautés, une cuvée issue des vignes les plus âgées au sein du Steinberg: cela s’appelle Zehntstück (littéralement: morceau d’un dixième) et 2021 en est le premier millésime. J’ai goûté et approuvé. Eh hop, quelques bouteilles pour la cave !

Comme ce n’est pas bien loin, petite balade dans le charmant village de Kiedrich, connu pour abriter le Domaine Robert Weil. Non, je n’y ai pas dégusté, les vins étant « cédés » à un prix qui outrepasse l’épaisseur de mon portefeuille.

Kiedrich
Domaine R. Weil, par l’arrière
c’est ici !

Le restaurant pour ce soir appartient à la famille Breuer. La nourriture y est tout-à-fait correcte, mais il faut accepter une ambiance qui oscille entre rue des Bouchers, karaoké teuton et fête permanente. On y sert des centaines de couverts avec une efficacité souriante. La carte des vins donne accès à la plupart des vins du Domaine Georg Breuer. Mais il y a mieux: une deuxième carte des vins intitulée « Raritäten » (dois-je traduire ?) laquelle remonte …jusqu’au début du XXème siècle.

allons-y et feuilletons !
oublions les prix (…) et notons le format 70 cl qui n’existe plus aujourd’hui du moins dans l’UE

Nous avons été sages et avons sélectionné Terra Montosa en millésime 2016. Le vin se goûte parfaitement sec et tout aussi parfaitement mûr. Surprise: il titre …11,5% ! Je suppose que l’acidité élevée cache un sucre résiduel significatif. Mais j’insiste, c’est un vin sec à la dégustation. Ah oui, j’oubliais, c’est un riesling.

à point
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Allemagne, Rheingau, Hattenheim, jour 9 & suivants

De restaurant en balade-vignoble, de musée en balade-bateau, de Mainz à Lorch, quelques impressions fugaces et photographiques de notre périple en Rheingau.

Sur l’échelle de la qualité, le riesling Hattenheimer Nussbronnen 2015 kabinett trocken de Langwerth von Simmern score vraiment haut: 8/10. NB: mon échelle va de 0 (le caca de chien malade, sur trottoir défoncé, sous une pluie glaciale) à 10 (le Taj Mahal ou le musée du Quai Branly ou les Variations Goldberg).

Ce Domaine à la forte notoriété et aux étiquettes particulièrement baroques a cessé d’exister vers 2018: les parcelles ont été revendues à d’autres vignerons, parmi lesquels le Domaine Corvers Kauter à Oestrich-Winkel.

Il y a tant à voir, tant à faire, tant à goûter/boire que je ne sais par où commencer.

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Allemagne, Württemberg, Stuttgart ter, jour 8

Samedi, c’est soirée de gala. On se permet le beau menu cinq services avec l’accompagnement-vins exclusivement allemand. Sur le maquereau (au demeurant d’une rare qualité), c’est tout de suite mirobolant avec le riesling premier cru Mölsheim 2017 du Domaine Battenfeld Spanier (Rheinhessen): du comme ça, j’en veux bien tous les soirs ! Quelle tension !

maquereau

Sur le feuilleté de pommes de terre avec morille et asperge, on voyage jusqu’en Baden chez le producteur le plus renommé du coin, à savoir le Domaine Bernhard Huber: Malterdinger 2016, assemblage de chardonnay et de pinot blanc. Ici, le modèle est chablisien tendance premier cru. Ni boisé, ni beurre ni même noisette, c’est du cistercien monacal !

feuilleté

Voici la langoustine et ris de veau. Plat plus que remarquable, au même niveau que les deux premiers (et ce n’est pas peu dire). Et un riesling de style très différent du premier: grand cru Jesuitengarten 2015 (année chaude) du Domaine Reichsrat von Buhl (Pfalz). Si le vin précédent évoquait Chablis, ici je pense à… Meursault ! Vin aussi sensuel que le Battenfeld Spanier était cérébral.

Avec le gibier « Maibock », le rouge fait son entrée sous la forme d’une syrah du Württemberg: Syrah SE 2015 du Domaine Graf von Neipperg. Eh oui, il y a donc de la syrah en Allemagne. Le vin me semble en fait plus bordelais que Rhodanien. Pas si surprenant quand on sait que Graf von Neipperg est aussi propriétaire à …Bordeaux: Canon-la-Gaffelière, La Mondotte et d’Aiguilhe, c’est Neipperg ! Bon, ce vin-ci est certes d’une concentration impressionnante, mais il répond moins bien à mes goûts personnels. Et comme je ne dispose que de ceux-là…

Sur le dessert, composition assez sophistiquée de chocolat et de fraise, un vin moelleux bien entendu. C’est le Domaine Frey (Pfalz) qui s’y colle, avec un beerenauslese 2019 issu d’un assemblage improbable de pinot noir et de cabernet sauvignon. Vin surprenant en diable auquel il manque un petit peu de légèreté aérienne pour être superbe. En chiffres, cela donne 6,4% d’alcool, 168 grammes de sucre résiduel et …13 grammes d’acidité pour équilibrer ce sucre majeur.

dessert

Le meilleur pour la fin: la visite de la cave du restaurant, formidable caverne d’Ali Baba, en la compagnie du maître des lieux, Andreas Scherle. La conversation du coq à l’âne au gré des bouteilles que nous « découvrons », les anecdotes, l’échange entre passionnés, Knoll, La Rioja Alta, Klaus Peter Keller, etc…

J’ai eu un peu de mal à m’endormir…

Restaurant Zur Weinsteige, 70184 Stuttgart. Avec le TGV, ce n’est pas si loin…

je suis en excellente compagnie
pour finir…
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Allemagne, Württemberg, Stuttgart bis, jour 7

Ce soir, direction la Weinhaus Stetter pour une cuisine de type bistrot très bien tournée. Service efficace et sympathique, carte des vins qui donne envie et fait pétiller instantanément l’oeil de l’amateur.

vaut ses trois étoiles !

J’ai fait une infidélité à la région du Württemberg pour me ruer (calmement) sur un chardonnay du Domaine Knab, en pays de Bade, dans le coin du Kaiserstuhl. Ce vigneron est encore assez peu reconnu, mais chaque vin goûté tape en plein dans le mille !

Eckkinzig *** n’est pas à proprement parler un terroir mais une sélection de vieilles vignes plantées dans le sud du terroir Endinger Engelsberg. À partir d’ici, rien n’est simple, accrochez-vous ! Ce terroir n’est pas reconnu, ni comme premier cru, ni comme grand cru, parce qu’aucun vigneron membre de l’association privée VDP n’y est propriétaire de vignes. De plus, le cépage chardonnay n’est pas accepté dans le cahier des charges.

Une injustice …et une opportunité: le flacon coûte € 20 au Domaine et c’est franchement bon marché par rapport à la bouteille dégustée (et vidée dans les règles de l’art). C’est crémeux (élevage bois très précis) et doté d’une colonne vertébrale acide d’anthologie. Ouvert, causant et plein de goût !

Weinhaus Stetter de l’intérieur et …
…de l’extérieur
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Allemagne, Württemberg, Stuttgart, jour 6

un premier cru dans un millésime un peu ancien

Changement de région: cap vers le sud. Restaurant Zur Weinsteige à Stuttgart: carte des vins impressionnante, bien sûr centrée sur les vins allemands et plus particulièrement ceux du Württemberg. Cuisine de très bonne qualité, avec des portions parfois pantagruéliques.

Ce lemberger (cépage connu en Autriche sous le nom de blaufränkisch) conjugue avec brio une bonne dose d’énergie et une aromatique épicée. Vin profond: un verre conduit irrésistiblement à un autre verre.

Le Domaine Aldinger incarne le très haut du panier dans la région encore peu connue du Württemberg, région qui se signale par 68% de vins rouges (trollinger, lemberger, pinot noir).

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Allemagne, Franconie, Escherndorf, jour 5

Aujourd’hui c’est Escherndorf, village situé entre le Main et le célèbre vignoble du Lump. Il y a la place pour une rue et une église. La rue, c’est la Bocksbeutelstrasse, laquelle peut concourir pour le titre de rue la plus vigneronne d’Allemagne: sur quelques dizaines de mètres se succèdent les Domaines Michaël Fröhlich, Egon Schäffer, Horst Sauer et Reiner Sauer (sans lien de parenté).

caveau chez Rainer Sauer

Après avoir beaucoup lu, je me décide à rendre visite au Domaine Rainer Sauer. Magnifique caveau moderne et accueil sympathique. 15 hectares dont 65% de silvaner. On commence avec la catégorie Gutswein qui correspond à peu près à la notion de vin de cépage: on recherche un fruit de qualité simple, sans l’intensité offerte par les meilleurs terroirs. Silvaner, riesling, müller-thurgau, tout cela est bien fait et tarifé agréablement: € 8.

Puis vient un Ortswein à savoir un vin de village: le silvaner Muschelkalk 2021 vaut très largement ses € 11, style parfaitement sec et 12% d’alcool, le saut qualitatif est évident, le fruit étant complété par une bonne dose de caillou.

On grimpe encore pour déguster un premier cru, à savoir le susmentionné Escherndorfer Lump dont la pente vertigineuse surplombe le caveau. Ce cru fait partie des meilleurs lieux-dits de Franconie, son histoire remonte au moins jusqu’au 17ème siècle. C’est un amphithéâtre, une pente convexe et brutale qui épouse un méandre du Main.

Ce cru de 37 hectares forme un demi-cercle orienté sud-est. L’altitude s’échelonne entre 190 et 270 mètres. Difficile de ne pas succomber au charme puissant d’un lieu aussi particulier. Tout en haut de la paroi, c’est le Vogelsburg. De là, on se rend bien compte de la majesté de ce vignoble.

Escherndorfer Lump, vu d’en haut

Et donc nous goûtons deux millésimes successifs, 2020 et 2021 du silvaner Escherndorfer Lump Erste Lage: deux très bons vins, marqués par une franche salinité et par une colonne vertébrale acide de toute beauté. Léger avantage au 2021, plus énergique que le 2020 (du moins aujourd’hui).

Également en premier cru, une spécialité: Altfränkischer Satz 2020. Il s’agit d’un vin de type complantation (les anglophones diront field blend): trois cépages plantés ensemble sur la même parcelle et vendangés ensemble. En l’occurrence, riesling, silvaner et traminer (chacun un tiers). En dégustation et à ma surprise le côté très aromatique du traminer est masqué par un riesling dominant.

On termine par le grand cru Am Lumpen 1655, en cépage silvaner et en millésime 2019. Très sec, fermé sur lui-même, ce vin implore la patience de l’amateur. C’est trop tôt. Cette fois, il faut accepter de réfléchir en termes de potentiel. Aujourd’hui, les premiers crus donnent plus de satisfaction; dans quelques années, j’accepte volontiers de parier sur le grand cru !

Am Lumpen 1655 est une parcelle située au centre du Lump.

le grand cru
le village d’Escherndorf

Promenade du jour au château de Hallburg: lieu idyllique voire paradisiaque. Vignes, prairies, châtaigniers en fleur, vaches brunes, silence à peine troublé par un merle et un coucou. Un lièvre sur un chemin. Par contre, balisage inexistant. Rien n’est décidément parfait…

Hallburg, Domaine Graf von Schönborn
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Allemagne, Franconie, Volkach, jour 4

Voici deux vins de la gamme du Domaine Juliusspital. Ce très grand domaine (182 hectares) possède des vignes un peu partout en Franconie: à Iphofen, à Bürgstadt et surtout à Würzbourg, capitale de la Franconie du vin. Ils sont spécialisés dans la production de vins blancs, silvaner et riesling.

Par goût inné pour la contradiction, j’ai donc goûté un pinot noir et un pinot gris. Ce dernier provient du village de Thüngersheim, au nord et en aval de Würzbourg. Je peux garantir que c’est la première fois que j’entends parler de ce village. Le vin m’apparaît conforme à ce à quoi on s’attend: un peu de sucre et pas trop de fraîcheur. Heureusement alcool modéré (12,5%), fruit franc et prix domaine très correct (€ 11). À consommer bien frais.

C’est typiquement un ortswein, c’est-à-dire un vin de village, troisième niveau dans la pyramide de la qualité, après les grosse Lage (grand cru) et les erste Lage (premier cru).

le pinot gris…

Revenons-en au pinot noir qui s’avère plus intéressant pour l’amateur (en sachant que c’est € 25 prix domaine). Pfaffenberg est une parcelle premier cru qui se situe au nord de la ville de Würzbourg, pas bien loin du célèbre Stein. Vin énergique et relativement tannique avec une expression un tantinet rustique du cépage. Il y a du fruit, du bois et de la matière. Légèrement démonstratif mais on a du plaisir à dialoguer avec le flacon !

…et le pinot noir.

La promenade du jour nous a emmené au nord de Volkach, en passant par une jolie église construite en plein cœur du vignoble (grand cru Ratsherr) et par un endroit aussi curieux que majestueux: Konstitutionsäule est une colonne en pierre d’une trentaine de mètres de haut, entourée par de beaux cerisiers, puis par un vignoble de 12 hectares (Gaibacher Schlosspark), puis par un gigantesque champ de …petits pois (je dirais approximativement 80 hectares). Le tout protégé par un bois. Pas un être humain dans les parages…

Maria im Weingarten
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Allemagne, Franconie, Iphofen, jour 3

Petite dégustation chez un grand spécialiste du silvaner, j’ai nommé le Domaine Hans Wirsching à Iphofen, en Franconie orientale (Steigerwald). Ici, le Main brille par son absence. Les vins rouges aussi. Silvaner, riesling, scheurebe en dégustation. Les Silvaner se goûtent très bien, avec du fruit mûr et une touche végétale très agréable, en forme de pomme verte.

chez Hans Wirsching

Rieslings irrésistibles et scheurebe étonnant: le nez sauvignonne franchement (fruits exotiques à la pelle), la bouche est construite sur la fraîcheur et une finale impeccable. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais goûté un scheurebe de cette qualité ! Ce cépage « de laboratoire » est un croisement du riesling avec un cépage …indéterminé !

arrivée au Domaine

Nous avons enchaîné avec une promenade dans le vignoble, en croisant notamment le grand cru Julius-Echterberg, fleuron de la gamme de Wirsching. Temps orageux, nous avons dix fois cru nous faire arroser, mais la pluie a courtoisement attendu que nous soyons installés dans la voiture.

Juste sous la forêt, le Julius-Echterberg
fleurs de printemps et vignes: coexistence pacifique

Pentes vertigineuses, forêt protectrice en haut de colline, vues plongeantes sur Iphofen, balisage décent, mais la carte s’est avérée utile à l’une ou l’autre reprise…

PS: ce soir, dîner satisfaisant dans un restaurant à Volkach. Carte des vins limitée à la gamme d’un unique vigneron local. La dégustation permet de se rendre compte de l’écart de qualité avec la gamme de Wirsching. Inutile de recourir à la photo-finish pour départager les vignerons…

notre promenade s’appelle i2
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Allemagne, Franconie, Bürgstadt, jour 1

Weinhaus Stern, un hôtel-restaurant plus que sympathique, au centre d’un petit village charmant mais pas touristique (Bürgstadt).

La carte des vins est très orientée « circuit court hyper-local »: magnifique sélection en vins de Franconie occidentale (Churfranken), avec un accent majeur sur les vins du Domaine Rudolf Fürst.

Fürst est considéré comme l’un des papes du pinot noir en Allemagne et cela n’est pas rien, vu la relative abondance d’excellents pinots noirs de ce côté-là du Rhin. Son terroir, c’est le Centgrafenberg, vignoble pentu en surplomb de l’Erf, un petit affluent du Main.

J’ai choisi un millésime relativement ancien (2013) pour une double raison: d’abord le plaisir de goûter un vin déjà fondu et à pleine maturité. Ensuite, savourer son prix sur table (€ 57) alors que les millésimes plus jeunes sont tarifés à peu près au double: l’impact de mention GG (traduction libre: grand cru) qui change manifestement tout…

Le vin est superbe: apaisé, épicé, profond et long. Une intensité qui ne peut laisser indifférent. Un boisé presque imperceptible, chaque verre paraissant meilleur que le précédent. Ce voyage commence fort.

6,8 km de plaisir pédestre à travers le Centgrafenberg
C’est par là: balisage impeccable !

Le Domaine Fürst est discret: très peu d’indications pour le trouver, Vivons cachés ! Devant la maison, une œuvre d’art à la gloire de la roche locale, le buntsandstein, de couleur rougeâtre.

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Le Rocher des Violettes, des nouveautés

La pureté et la précision des vins, dans les deux couleurs, n’ont aujourd’hui que peu d’équivalents dans la région. Les blancs nous procurent l’émotion d’un domaine deux étoiles; les rouges s’affinent encore.

Le Guide des Meilleurs Vins de France, édition 2022, page 568
Clémence et Xavier

Ce domaine de Touraine, aujourd’hui basé à Dierre, est décidément une excellente adresse pour se fournir en Montlouis subtils et précis. Il y a longtemps déjà, j’ai rencontré à plusieurs reprises le vigneron Xavier Weisskopf et son épouse Clémence. C’était du temps où leur cave était encore située à Amboise, en haut d’une rue pentue, le long de La Loire, la rue du Rocher des Violettes. Il ne faut pas chercher plus loin l’origine du nom du Domaine…

L’importateur chez qui je m’approvisionne m’a fait comprendre que le public flamand n’était pas vraiment friand de vins de Loire rouges et que, en bonne logique, il s’abstiendrait donc de les importer. Dommage. Mais pas irréversible ! Après moult lobbying de ma part et par la grâce d’un millésime particulièrement réussi, je peux enfin, une petite larme à l’œil, vous proposer le Côt du Rocher des Violettes 2020. Et comme les bonnes nouvelles viennent par paires, un nouveau Montlouis vous également proposé, à savoir Les Borderies 2020.

Le Pétillant Originel, le Côt, Touche-Mitaine et Les Borderies

D’abord, ce superbe côt, en appellation Touraine. Ce n’est pas un cépage rare, c’est le synonyme du malbec argentin, c’est le cépage emblématique du Cahors, c’est un cep polymorphe et voyageur, encore connu sous les patronymes auxerrois, pied de perdrix et même coq rouge. Cette cuvée était habituellement élaborée exclusivement avec de très vieilles vignes. Sans surprise, le jus résultant se signalait par une couleur dense, beaucoup de concentration et une charpente tannique des plus solides. Direction la cave et pour de longues années. Petit changement de cap pour ce millésime 2020 avec l’incorporation d’une fraction de jeunes vignes (6 ans) en complément aux vieilles vignes (certaines étant très largement centenaires: 130 ans, ce qui nous ramène en 1892; mazette). Deux-tiers des grappes ne sont pas éraflées (vendange entière).

Résultat ? La couleur est dense, le nez est floral, puis sanguin avec du zeste d’orange, la structure tannique est solide … avec un charme supplémentaire qui rend le vin moins sauvage et moins massif. C’est diantrement juteux et chaque gorgée donne envie de lui attribuer une meilleure note ! L’apport des jeunes vignes est une réussite. Les 14% d’alcool sont parfaitement absorbés par la matière. Elevage d’un an en foudres et barriques de 500 litres.

Ensuite, un chenin de grande classe, en appellation Montlouis, construit sur un équilibre subtil entre 13% d’alcool et 15 grammes de sucre résiduel. Le nez évoque le biscuit, la bouche est très pure, élégante et précise, le sucre se montrant discret: juste assez pour conférer un charme aimable qui donne le sourire. Après quelques années de cave, il se transformera en vin à l’esprit sec. Un très bel apéritif ou un compagnon de choix pour un dessert pu sucré. Vignes de 40 ans. Fermentation et élevage en cuve inox pendant 7 mois.

Tant qu’à faire, je me plais à rappeler l’existence d’autres cuvées, en particulier le Pétillant Originel, une bulle originale; Touche-Mitaine, un Montlouis sec très réussi en 2019 et les Vignes de Michel 2018, cuvée de prestige.

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Italie et Espagne, c’est… maintenant !

les vins blancs qui participent…

Ce samedi 23 avril, dès 10 heures du matin, je vous attends pour partager une quinzaine d’aventures italo-espagnoles. Vous pouvez jeter un œil au programme, à présent définitif.

Lanzarote et la Vénétie, la Rioja et la Galice, le Piémont et la Catalogne, le Trentin et la Castille, …

Commandes à me transmettre au plus tard le mardi 26 avril, mise à disposition des vins pendant la première quinzaine du mois de mai.

…une première volée de rouges…

Quelques angles pour approcher cette dégustation

-découvrir un nouveau Domaine du Trentin-HautAdige: De Vigili, remarquable tant en blanc (chardonnay) qu’en rouge (teroldego).

-arbitrer le combat des volcans entre Monte Carbonare et Puro Rofe.

-faire son marché en Piémont en comparant nebbiolo et barbera, deux cépages passionnants mais radicalement différents

-faire connaissance avec Abel Mendoza, vigneron emblématique de la Rioja.

-fourrer son nez dans des cépages aussi rares qu’italiens: pecorino, gaglioppo, teroldego, garganega.

…et une deuxième volée de rouges.

Voici le duo des rosés 2021: Umathum Rosa (Autriche) et le classique Lafage Miraflors (Roussillon)

…et il y a encore des nouveautés à découvrir dans le magasin !

Lafage Cadireta 2021: vin particulièrement amusant et astucieux, c’est un chardonnay élevé sur des lies de viognier, ce qui lui confère fraîcheur et aromatique très fruitée. Chacun y retrouvera d’ailleurs son fruit préféré: qui la poire, qui la pêche/l’abricot, qui des fruits plus exotiques. C’est un très joli vin d’été, fait pour le jardin et pour l’apéritif. D’autant plus que le degré alcoolique est sous contrôle (13%).