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…de la sérendipité

On cherche quelque chose, on trouve autre chose. Comme disait Lao-Tseu (ou Pierre Desproges): l’important c’est le chemin.

Merci aux 26 participants à l’enquête: c’est rafraîchissant de lire vos commentaires. Je suis conscient du biais: ce sont sans doute plutôt des « fans » d’Anthocyane qui ont participé. Petit échantillon …donc faible représentativité statistique. Questions susceptibles d’être interprétées de diverses façons … et donc réponses susceptibles d’être interprétées de diverses façons . La plupart des réponses me sont parvenues anonymes (je n’ai pas cherché à savoir qui a écrit quoi). Embryon d’un dialogue … peut-être devrais-je proposer régulièrement une courte enquête pour affiner, pour creuser d’autres sujets, pour m’adresser à d’autres types de répondants.

L’enquête peut être consultée via ce bouton:

...et voici ma synthèse des réponses:

1ère question: localisation. Pour presque 35% des répondants, c’est soit « pas idéal », soit « un vrai problème ». Pour 65% des répondants c’est soit « sans importance » ou « positif ».

2ème question: dégustation. Pour un peu plus de 80% des répondants, c’est positif sans être indispensable.

3ème question: assortiment. 81% des répondants indiquent « qu’il ne faut rien changer ».

4ème question: communication. Plus de 80% des répondants apprécient « les petites touchent humoristiques et le style informel »; plus de 70% apprécient « la fréquence et les méthodes ».

5ème question: fournisseurs. Près de 70% des répondants achètent (entre autres) chez le producteur, sur place ou via son site Internet; près de 25% font savoir que « leur cave déborde » au point de ne plus acheter.

J’ai noté quelques questions spécifiques: je répondrai directement lorsque l’auteur de telle question est connu.

♪ Et maintenant ? ♫ Que vais-je faire ?

Envisager d’organiser une dégustation non pas à Berchem-Ste-Agathe mais là où habitent la majorité de mes clients: pour Anthocyane, Uccle est le centre du monde. L’est, le sud-est et le sud de la Région de Bruxelles Capitale. Une idée d’un lieu qui pourrait m’accueillir ?

Continuer à organiser des dégustations pour partager mes trouvailles et mes convictions. Parfois, il y a du monde et parfois …pas. Qu’est ce qui pourrait expliquer cette grande variance ?

Faire vivre l’assortiment, mais en douceur. Inutile de proposer des vins uruguayens. Le « nature » restera très minoritaire (vu que je veux zéro défaut). Le « bio » et la biodynamie: oui et oui, chaque fois que possible; mais ce n’est pas obligatoire.

Investir du temps dans ma prose. La qualité restera variable (l’inspiration peut disparaître je ne sais où) mais l’intention est là !

Ma clientèle et moi partageons un même âge approximatif. Simplification certes légèrement abusive, puisque même quelques trentenaires me font confiance. Néanmoins cet âge approximatif n’est pas sans conséquences: nous avons un peu mal aux genoux, nos enfants sont adultes (et souvent peu intéressés par le vin), nos médecins nous abreuvent de conseils en tempérance, la tournée minérale se faufile jusque dans notre cortex, notre portefeuille fait des choix rationnels lorsque l’inflation s’attaque à lui, nos déménagements préfèrent les caves à vin peu fournies (c’est toujours ça qui ne doit pas être transporté). Et donc près de 25% des répondants font savoir que « leur cave déborde » au point de ne plus acheter. Gloups.

Tout ce qui précède n’est pas favorable à la pérennité de mes activités de marchand alcoolique (merci Philippe de m’avoir fourni le matériau de base pour cette définition rigolo-baroque).

Anthocyane existe grâce à ses clients. Sans clients, Anthocyane meurt. N’hésitez pas à faire du prosélytisme !

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dégustation

Il est l’heure …

…de publier le compte-rendu de la dégustation de ce samedi 07 février. Objectif de cet article: vous donner des pistes pour choisir.
Je prends vos commandes jusqu’au mardi 10 février à 23h59.

Le bouton ci-dessous vous emmène directement vers les fiches individuelles des 14 vins qui ont participé à la dégustation.

Un commentaire général pour commencer : à plusieurs reprises (Grünhäuser, Noms d’Oiseaux, Madiran vieilles vignes, chardonnay non-ouillé du Jura), nous avons pu apprécier l’impact positif de quelques années de vieillissement, pour les blancs comme pour les rouges. Deux fois le millésime 2019, deux fois 2020: des vins plus ouverts aromatiquement, des tannins fondus, une harmonie générale: un hommage au temps qui passe.

Voici les blancs:

Château Tour des Gendres, Périgord, Cantalouette 2024 (€ 13,50)

Avant de goûter, on jauge. On se dit: étiquette au graphisme attrayant, trois cépages que l’on n’associe jamais, Périgord sur le territoire de l’appellation Bergerac … bon, ça doit être un petit vin, vite bu et vite pissé.

Non.

D’abord, le savagnin, le chenin et le sauvignon sont génétiquement apparentés. L’ampélographie (= science des cépages) nous apprend que le savagnin est l’ancêtre, que le chenin (sans être un rejeton du savagnin) est un proche parent et que le sauvignon est un cousin plus éloigné. Ceci explique le texte sur la contre-étiquette: réunion de famille insolite (voir photo dans la galerie).

Ensuite, je me dis que nous sommes confrontés ici à un bel exemple d’élasticité inversée. En général, plus le prix est élevé, moins le produit se vend: logique. Mais Cantalouette, c’est l’inverse: je parie que si ce vin était vendu un peu plus cher (mettons € 15), j’en vendrais plus ! Pourquoi ? Parce que ce prix serait perçu comme cohérent avec le contenu de la bouteille, ce qui est rassurant. On se sent moins rassuré avec le prix réel: c’est trop bon pour être aussi peu cher. Donc, c’est bizarre et donc je n’achète pas. En version concise: le rapport qualité/prix est excellent !

Elevage en cuves inox (pas de bois).

Vin plutôt concentré, vif, original. Zéro exubérance fatigante. Le premier verre appelle le deuxième. Aromatiquement, le sauvignon domine les deux autres cépages. On se risquera à proposer une hypothèse: le chenin apporte la vivacité et le savagnin le volume de bouche.

Maximin Grünhaus, Mosel, Grünhäuser 2020 (€ 25,00)

Deux umlauts (= tréma) ? En effet, nous en Allemagne.

Plus précisément dans l’antre de la famille von Schubert, un lieu magique où s’élaborent quelques uns des plus beaux rieslings allemands. J’ai eu le plaisir de m’y rendre en juillet de cette année.

On est en Moselle, plus précisément sur un affluent de la Moselle, la Ruwer. Une colline et trois vignobles de très haut niveau (grand cru = Grosses Gewächs): Bruderberg, Herrenberg et le très célèbre Abtsberg. La « Montagne de l’Abbé » est considérée comme l’un des vignobles les plus prestigieux d’Allemagne. Mais il est relativement peu connu, parce qu’il s’agit d’un monopole: toutes les parcelles de l’Abtsberg appartiennent au Domaine Maximin Grünhaus !

Je vous propose un vin qui assemble des raisins en provenance des trois vignobles grand cru cités ci-dessus. Bien sûr, ce sont les jeunes vignes qui sont utilisées. Ce n’est pas un inconvénient, parce que cela génère un vin accessible: l’acidité n’est pas extrême, l’équilibre est parfaitement sec, la minéralité bien présente. Cela plaira en particulier à ceux et celles qui sont rebutés par les acidités kolossales des grands crus élaborés avec les vieilles vignes. Ce vin est aussi une excellente introduction à l’univers fascinant des rieslings allemands.

Autre avantage non-négligeable: c’est un 2020 qui a reçu le temps nécessaire pour fondre dans la bouteille tous les éléments qui le composent. Autrement dit: c’est prêt à boire là, maintenant, tout de suite !

NB: le prix de vente n’a pas été réévalué. Le 2022 est plus cher que ce 2020.

Camin Larredya, Jurançon sec, La Part Davant 2024 (€ 26,00)

Introduction: à Jurançon, en portant le regard vers le sud, vue magnifique sur les Pyrénées. Paysage enchanteur.

Âge des vignes: de 10 à 80 ans. Altitude: 250 à 325 mètres. Géologie argilo-siliceuse. Exposition sud-est. La Part Davant peut se traduire par « la partie orientale » (du vignoble).

Elevage 8 mois sur lies : en fûts de 225 litres, foudres de 2 500 litres et jarres de terre cuite (un tiers, un tiers, un tiers).
Une déclinaison sur le zeste de l’orange, une vivacité d’anthologie. A ce stade, plaira à ceux et celles qui recherchent les vins verticaux et précis, dessinés au scalpel. Si vous préférez les vins ronds, avec de la chair, mieux vaut passer votre tour ou lui donner du temps en cave.

Peut se garder au moins10 ans: ne pas être surpris par les arômes de truffe qui apparaissent au vieillissement.

Jean-Marc Grussaute, vigneron de l’année 2023 pour la Revue du vin de France. Unique vigneron du Sud-Ouest récompensé par 3 étoiles dans le Guide de la RVF. Humm … ce n’est pas tout à fait vrai, mais l’autre Domaine récompensé par 3 étoiles produit en tout et pour tout 2.000 bouteilles par an sur 1,5 hectare de vignes. Camin Larredya c’est 12,5 hectares et 45.000 bouteilles par an.

Le Bouchot, Pouilly-Fumé, Terres Blanches 2023 (€ 29,00)

Pour un vin élaboré avec 100% de sauvignon, le nez évoque d’abord …le chardonnay ! On est (très) loin de l’exubérance aromatique de la plupart des Pouilly-Fumé qui « sauvignonnent » jusqu’à plus soif. C’est pour cette raison d’ailleurs que je propose volontiers Sancerre et que je voue Pouilly-Fumé aux oubliettes.

Les préjugés n’existent que pour être combattus. Ce Pouilly-Fumé me réconcilie avec l’appellation parce que c’est un vrai vin de terroir. Ces « Terres Blanches » calcaires sont bien connues à Sancerre …comme à Chablis, en Bourgogne. D’où la possible confusion avec le chardonnay. Comme quoi, il y a une logique. Je suis enchanté par la texture élégante et soyeuse, par la finale légèrement saline, par la précision et par l’impeccable équilibre de ce blanc sec vachement réussi.

Le vigneron, Antoine Gouffier, est installé à Pouilly depuis 2008. Il a racheté un domaine déjà cultivé en bio et est aujourd’hui propriétaire de 10 hectares en biodynamie, doublement certifiée (Demeter ET Biodyvin). Les vignes se situent sur le flanc sud-ouest de la butte de Saint-Andelain. Les vinifications se font sans soufre, mais une juste dose de soufre est ajoutée lors de la mise en bouteille.

La Revue du Vin de France a décerné au Bouchot le prix de la découverte de l’année dans son numéro de février 2022, sous le titre « Une voix qui dénote à Pouilly-Fumé ».

Pouilly-Fumé, c’est la Loire du vin, un peu au sud de Sancerre, sur l’autre rive. Sancerre, c’est toujours la rive gauche du fleuve; Pouilly-Fumé, c’est toujours la rive droite (dans le département …bourguignon de la Nièvre). Le village s’appelle Pouilly-sur-Loire (quel à-propos !) où le sauvignon est omniprésent. Sauf que, en cherchant bien, on trouve encore un peu de chasselas, sous l’appellation Pouilly-sur-Loire (à nouveau, quel à-propos !). Les vignerons du cru n’utilisent pas volontiers le terme « sauvignon », ils lui préfèrent le synonyme local « blanc fumé ». Les vins de Pouilly rencontrent un grand succès en Belgique, deuxième importateur mondial, juste derrière le Royaume-Uni, mais devant tous les autres.

A noter que ce vin est vendu à € 35 au Domaine. L’importateur -et moi- bénéficions d’une promotion que je m’empresse de transmettre aux clients d’Anthocyane.

Voici les rouges:

Aupilhac, Languedoc, Lou Maset 2023 (€ 15,00)

Voici donc le retour très attendu de Lou Maset, en millésime 2023 ! Assemblage de cinsault, mourvèdre, carignan et syrah (il n’y a pas de grenache : les informations sur le site Internet du Domaine n’ont pas été mises à jour).

Ce sont certes de jeunes vignes, mais le résultat est bluffant. Un vin plutôt puissant, complet, dense, frais et fruité. Alcool modéré à 13,50%. La démonstration qu’il est possible, même dans un village languedocien très impacté par un grand soleil, d’élaborer des vins qui conservent de la fraicheur et de la buvabilité. Bien sûr, cela reste un vin sudiste: aucun risque de le confondre avec un pinot noir bourguignon…

Origine : terrasses argilo-calcaires à Montpeyroux. Elevage : cuve béton.

Sérol, Côte Roannaise, Eclat de Granite 2024 (€ 15,00)

J’ai rencontré pour la première fois Stéphane et Carine Sérol sur un salon, je pense que c’était lors de Millésime Bio à Montpellier, vers 2014. J’avais déjà été touché par leurs vins, en particulier la cohérence de la gamme -sans point faible- était impressionnante. Entretemps, le Domaine a progressé en notoriété et est aujourd’hui considéré comme le meilleur ambassadeur du gamay « St-Romain », une variante du gamay classique « beaujolais » qui se distingue en particulier par des notes fumées. Cela conduit parfois les vins à se déguiser en syrah…

La cuvée « Eclat de Granite » constitue une entrée de gamme ambitieuse, élaborée avec les raisins de vignes plantées en altitude (+/- 500 mètres). Il s’agit d’un assemblage de 17 parcelles différentes, sur terroir granitique. Elevage de 11 mois en cuve béton.

Notes de viande fumée. La bouche est souple (tannins presqu’absents), fraîche et de moyenne concentration. Fluidité fruitée bien dans l’air du temps. Léger en alcool (12%).

Un gamay qui ne ressemble pas à un Beaujolais.

La Chevalerie, Bourgueil, Noms d’Oiseaux 2020 (€ 15,00)

Le Domaine de La Chevalerie à Bourgueil est réputé pour le vieillissement harmonieux de ses différentes cuvées (y compris les cuvées d’entrée de gamme: Diptyque 2013 est toujours en pleine forme). Il est toujours intéressant de garder quelques flacons pour plus tard: déception exclue !

Au-delà des cuvées parcellaires (Galichets, Bretèche, Busardières, Grand-Mont…), le Domaine a développé ces dernières années de nouvelles cuvées dites « d’inspiration »: sensibilité du moment, opportunité ou envie, le reflet d’instants particuliers pour des moments privilégiés. Ces « Noms d’Oiseaux » en font partie. A ma connaissance, ce 2020 est le millésime le plus récent. Belle occasion de goûter maintenant un vin qui a déjà eu le temps de se fondre en bouteilles. Très belle harmonie parce que tous les composants de ce vin ont reçu du temps pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Bien sûr, 100% cabernet franc.

Vous apprécierez le slogan qui figure sur l’étiquette: les oiseaux ne sont pas des cons. Humour absurde typique du Domaine !

Le Domaine est certifié bio depuis 2008 et en biodynamie depuis 2012 (DEMETER).

Oscars 2025: médaille d’argent pour le millésime 2019.

Damianitza, Uniqato Rubin 2023 (€ 15,00)

Un vin bulgare ? Eh oui ! C’est en effet une première chez Anthocyane. Nous nous rendons dans l’extrême sud-ouest de la Bulgarie, sur le chemin qui relie Sofia à Thessalonique, en Grèce.

On y découvre une « winery » qui se concentre sur les vins rouges élaborés pour la plupart avec des cépages bien connus: merlot, cabernets sauvignon et franc. Beaucoup moins connu (voire totalement inconnu): le cépage rubin, croisement -obtenu en labo- du nebbiolo et de la syrah. Cela pourrait partir en sucette, mais en l’occurrence, le vin est aussi charmant qu’original.

En général, la couleur des vins élaborés avec le rubin est dense et profonde, ce qui s’explique par un très haut niveau …d’anthocyanes dans ce cépage. Cet Uniqato est un vin énergique, fruité, épicé et construit sur un bon paquet de tannins qui rappellent en effet ceux du nebbiolo en configuration Barolo. Ces tannins sont très originaux: à l’ouverture, ils peuvent sembler excessifs et envahissants, mais une heure après l’ouverture du flacon, ils s’intègrent dans la matière du vin. Donc conseil: carafer ! Et tire-bouchonner lorsque la viande rouge est au menu.

Petite production de +/- 4.000 bouteilles. Bio certifié mais aucune mention sur l’étiquette.

Le Clos des Fées, Côtes du Roussillon, Les Sorcières 2024 (€ 14,50)

Pareil à lui-même, millésime après millésime. Plait à 99% des amateurs. Nez confortable sur la cerise. Juteux et accessible. Bons petits tannins. Fraîcheur tonique. Syrah très fruitée, un modèle pour les vins du sud profond. Vin classique. Alcool plus que raisonnable (13,50%). Très bon rapport qualité/prix et prix stable depuis plusieurs années. Que demander de plus ?

Dominante de terroirs argilo-calcaires d’altitude dans les villages de Vingrau, Tautavel, Opoul, et quelques parcelles sur schistes noirs (mourvèdre). Altitudes comprises entre 200 et 350 mètres.
Vendange manuelle triée à la vigne. Macération pré-fermentaire à basse température. Fermentations malolactiques suivies d’un soutirage à l’air.
Élevage en cuve inox, sur lies fines, pendant 8 mois.

NB: Le Clos des Fées n’est pas présent dans le Guide de la RVF, parce qu’il y a une grosse fâcherie entre le vigneron, Hervé Bizeul, et certains membres du jury de la RVF. Incompatibilité d’humeur. Par contre, relation au beau fixe avec Michel Bettane, le coauteur d’un autre guide consacré aux vins français. De l’importance des relations humaines.

Château Thivin, Côte de Brouilly, Les Sept Vignes 2023 (€ 21,00)

Ce vin a participé fin novembre à une dégustation entièrement consacrée au Beaujolais en millésime 2023. Je l’ai décrit ce jour-là de la façon suivante: « nez sur la réserve, avec des fruits noirs; bouche jeune, tannique, concentrée et longue. Forte personnalité« . Je lui ai attribué un 17/20, soit ma médaille d’argent (12 vins dégustés ce soir-là).

N’est excessif en rien. Une incarnation du vin rouge classique et équilibré qui convient à bien des circonstances. Les crus du Beaujolais sont encore sous-estimés (c’est le prix payé pour avoir inventé le Beaujolais nouveau) et méritent pourtant toute notre attention.

Voici les sept vignes: Clos Bertrand, La Chapelle, Les Griottes, Godefroy, L’Héronde, Henri et Les Fournelles. Toutes en appellation Côte de Brouilly. Sous-sol magmatique, donc d’origine volcanique.

Château Thivin, c’est 28 hectares de raisins rouges (gamay) et 2 hectares de raisins bancs (2%). Essentiellement en appellation Côtes-de-Brouilly. Château Thivin, c’est la famille Geoffray … depuis 1877. Aujourd’hui ce sont Claude-Edouard et Sonja qui sont aux commandes.

On peut trouver l’étiquette laide. Elle est en tous cas spécifique, différente, traditionnelle, ancrée dans l’histoire du Domaine. Et tellement reconnaissable, même à plusieurs mètres de distance.

Côtes de Brouilly est un terroir très particulier: c’est un « mont » d’origine volcanique qui culmine à 484 mètres d’altitude. Le vignoble s’étale sur un peu plus de 300 hectares de pentes fortement inclinées. Quatre communes se partagent ce cru: Saint-Lager, Odenas, Quincié-en-Beaujolais et Cercié. Du gamay et rien que du gamay.

Labranche-Laffont, Madiran, Vieilles Vignes 2019 (€ 19,50)

Pourquoi ? Pourquoi ?? Est-ce qu’un sorcier piquerait chaque soir dans les fesses d’une poupée vaudou à l’effigie de la Sainte Vierge, patronnesse du village de Madiran ? L’appellation devrait-elle expier des crimes horribles commis quelque part dans la nuit des temps par les ancêtres des vignerons d’aujourd’hui ?

Je plaisante, mais force est de constater que le Madiran ne se vend pas particulièrement bien (c’est un euphémisme). Sa réputation (forte tannicité, rusticité) lui joue de bien vilains tours. Là où Cahors a été capable de changer radicalement son image poussiéreuse en celle de vins modernes élaborés avec un cépage qui a retrouvé ses lettres de noblesse (le malbec/côt), il semble que Madiran n’y arrive pas.

Il ne s’agit pas de prétendre que les vins de Madiran seraient d’une grande délicatesse, mais plutôt de souligner que, en des mains expertes comme celles de Christine Dupuy, il s’agit de vins authentiques, avec la gueule de leur terroir et pleins de fougue.

En dégustation: couleur sombre et dense, nez d’encre et de mûres, très profond. Bien sûr, la bouche est puissante et tannique. Mais quels tannins ! Aucune trace ni de sécheresse ni de verdeur. Quelques années en tonneaux puis en bouteilles ont permis à la matière et aux tannins de fusionner en harmonie. Chapeau !

Mon tempérament légèrement rebelle m’oblige donc à partager cette cuvée Vieilles Vignes du Domaine Labranche-Laffont.

Vin de repas au bouquet ardemment parfumé de fruits noirs et d’épices sous une touche de graphite et une pointe de menthe. Il a fallu trois ans d’élevage pour venir à bout du tannat qui se révèle fondu mais puissant, frais mais profond, d’une richesse exquise sur une chair fondante et savoureuse. La masse tannique domptée rend au vin toute sa noblesse et au raisin son heure de gloire. Le Guide de la RVF au sujet du millésime 2019. Je ne peux mieux dire !

Les Bosquets, Gigondas, Hauts Lieux 2023 (€ 33,00)

Autant être clair dès la première phrase: je suis profondément touché par le style de ce Domaine. C’est un chouchou majeur. Mieux encore, il me semble que chaque nouveau millésime surpasse le précédent. « Petit Vin des Bosquets » est un modèle d’entrée de gamme, au prix très sympathique. Ces Hauts Lieux sont la parfaite introduction aux cuvées parcellaires élaborées par le Domaine.

Âge des vignes: 50 ans. 14 parcelles différentes, chacune vinifiée et élevée séparément. Géologie argilo-calcaire. Altitude: entre 175 et 350 mètres. 30% en vendange entière, non-éraflée, levures indigènes. Elevage de 24 mois en demi-muids, foudres et fûts. Grenache, syrah, mourvèdre, cinsault et clairette.

Conjugue avec talent un fort tempérament sudiste et un équilibre qui pousse à ne rien laisser au fond de la bouteille. C’est un vin corsé, sans doute plus chaleureux que ceux que je propose habituellement.

Un extrait du site Internet:

Le Grenache c’est bon quand c’est mûr. C’est comme ça. Inutile de faire l’inverse, ça ne marche pas. Il peut être équilibré seul sur de grands terroirs qui lui confèrent de la fraîcheur. Il est équilibré aussi quand d’autres cépages viennent le compléter dans une logique d’assemblage. Enfin, nos dernières investigations prouvent la valeur de la rafle en vinification, à condition qu’elle soit mûre.

Nez fascinant qui en évoquerait même le Rhône Nord (syrah 20%), fruits noirs, fumée, violette. Bouche de Châteauneuf-du-Pape, pleine de feu et d’arômes. Assume pleinement sa condition de vin du Sud. Plus destiné à l’hiver et au gibier qu’à l’été au jardin.

La cuvée Hauts Lieux s’appelait auparavant Réserve, sauf que Hauts Lieux est à 100% issue de parcelles calcaires (il y avait aussi quelques parcelles sur sable dans Réserve).

Laurent Combier, Crozes-Hermitage, Le Clos des Grives 2023 (€ 49,90)

Ce Clos des Grives fait décidément partie des incontournables de Crozes et du Rhône nord. Chaque année, c’est rebelote… ça, c’est un très grand nez de syrah ! La fumée et le laurier, le végétal noble d’une grande précision. Bouche parfumée, magnifique. Pur et classieux. Irrésistible. Ce vin serait capable de faire apprécier la syrah à un anosmique désespéré. Déjà prêt à boire, mais capable de vieillir harmonieusement pendant de longues années. Et cela se contente de 13% d’alcool !

Ce vin puissant est plus typé « cépage/élevage » que la cuvée Cap Nord qui présente quant à elle un profil plus « terroir ». On reconnaît la syrah. De la viande fumée, du fruit noir, bouche très savoureuse qui donne instantanément le sourire ! Au-dessus du nez plane un arôme de violette. Vin suave se concluant néanmoins sur une finale serrée, fraîche et énergique. On comprend sans difficulté la note très élevée (95/100) donnée par la Revue du Vin de France.

Passage par le bois très habilement négocié (malgré l’utilisation du bois neuf). Vignes de +/- 60 ans (4 hectares ont été plantés en 1952). Rendements limités à 30 hectolitres par hectare. Vieillissement en bouteilles au Domaine, avant commercialisation. En bio depuis…1969.

Terroir argilo-calcaire de plaine, avec quelques galets roulés, au sud de l’appellation. Pas très loin de chez Graillot (Pont de l’Isère).

Le nom « Clos des Grives » apparaît pour la première fois sur une étiquette en 1990. La parcelle est close par une haie naturelle d’arbustes.

NB: le numéro de mars 2026 (plus récent = pas possible) de la Revue du Vin de France consacre un article à l’appellation Crozes-Hermitage. Devinez quoi ? Ce Clos des Grives rafle la première place des cuvées de garde.

Voici le blanc oxydatif:

Montbourgeau, L’Etoile, Cuvée Spéciale 2019 (€ 30,00)

Voici la Cuvée Spéciale 2019, vin non-ouillé*, 100% chardonnay (peut-être un tout petit peu de savagnin, en complantation) que j’ai goûté récemment, à table. Techniquement, ce 2019 a été élevé pendant 56 mois, sous voile de levures, dans des fûts de 228 litres. 4.600 bouteilles produites. Assemblage de différentes parcelles calcaires.

Le plat ? Poulet au Vin Jaune, crème, morilles et pâtes fraîches. Un accord parfait, classique, qui met le vin en valeur et lui permet d’exprimer toutes ses qualités. Nous avons donc « sacrifié » quelques centilitres de cette Cuvée Spéciale pour parfumer la sauce.

Et ? C’était magique ! Le nez est intense, direct et nuancé. Impossible de lui échapper, il est omniprésent sans tomber dans un éventuel excès d’arômes. La bouche évoque un excellent sherry amontillado. Très concentrée et pourtant légère, très élégante malgré 15%. La fraîcheur lui confère une grand « buvabilité ». Vin à très forte personnalité mais qui respecte néanmoins le plat. Une expérience gustative exceptionnelle. J’y ai retrouvé les arômes habituellement associés aux vins de voile, comme le curry et la noix, mais aussi des agrumes (zeste d’orange).

Le Jura ce sont d’abord les vins blancs secs et non-ouillés*. Ils ont fait la célébrité du vignoble, mais il faut bien constater qu’ils sont polarisants voire clivants: on adore ou on déteste, il n’y a de place ni pour l’indifférence ni pour le chèvre-choutisme.

A ce stade, vous aurez compris que je fais partie des enthousiastes, parce qu’à mon avis ces vins non-ouillés peuvent se révéler à la fois intenses, persistants, complexes, équilibrés et originaux/spécifiques. En résumé: le Graal.

*: le vin est dit « non-ouillé » lorsque le vinificateur s’abstient de compenser la Part des Anges: dans les tonneaux, il y a évaporation et donc de la place pour de l’air entre la surface du vin et la bonde du tonneau. Cet air contient de l’oxygène qui s’attaque au vin en …l’oxydant. Solution pour éviter ce problème: rajouter du vin à ras bord de façon à ce que l’air ne puisse pas trouver de la place dans le tonneau. Cette technique s’appelle « ouillage ». Les vins non-ouillés se reconnaissent facilement par leur aromatique de fruits secs et parfois de curry. Ce qui est un défaut ailleurs est magnifié dans le Jura grâce à une oxydation douce et à la présence d’un voile de levures à la surface du vin.

Je prends vos commandes jusqu’au mardi 10 février à 23h59.

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Enquête


Je me pose des questions. Ceux et celles parmi vous qui me connaissent bien ne seront pas surpris, le doute étant consubstantiel à ma personnalité. Je veux donc mieux prendre en compte vos attentes et vos besoins. Je continuerai bien sûr à proposer des choix subjectifs assumés, mais en améliorant leur pertinence. Bref, agir comme un commerçant chez qui on a envie de venir et de revenir.
Ci-dessous quelques questions concrètes: merci déjà à ceux et celles qui prendront le temps d’y répondre. Il y a cinq questions fermées et une question ouverte. Aucune réponse n’est obligatoire.

Cette enquête sera clôturée ce mardi 10 février en toute fin de journée.

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Château Thivin en Côte de Brouilly

Un grand bonjour en différé du Beaujolais ! Je vous parle d’une région que les oenophiles pourraient ne pas connaître. Ou à laquelle ils accolent tant de négativité qu’ils en oublient presque son existence.

Sans dévoiler la couronne, deux dégustations, récentes et à l’aveugle, m’ont gentiment secoué: le dégustateur en recherche d’origine ou de cépage pense à tout -mais alors vraiment à tout- avant d’évoquer, dans un murmure à peine perceptible, le Beaujolais et/ou le gamay.

Il me semble que les vins du Beaujolais sont lourdement sous-estimés. Bonne nouvelle: ce qui est sous-estimé est, à qualité égale, moins cher. Attention, ça ne dure pas: ceux et celles qui ont découvert l’excellent rapport qualité-prix des vins du Jura il y a 15 ou 20 ans savent très bien ce que je veux dire…

Venons-en à notre sujet.

Château Thivin, c’est la famille Geoffray … depuis 1877. Aujourd’hui Claude-Edouard et Sonja sont aux commandes.

Château Thivin, c’est 28 hectares de raisins rouges (gamay) et 2 hectares de raisins bancs (chardonnay).

Château Thivin, c’est une douzaine de cuvées différentes, la plupart en appellation Côte-de-Brouilly: plusieurs parcellaires comme Godefroy, La Chapelle, Les Griottes de Brulhié et Le Clos. La « top » cuvée Zacharie n’est pas parcellaire, c’est un assemblage issu des meilleurs parcelles (1ère sélection) et des meilleurs tonneaux (2ème sélection).

La cuvée Les Sept Vignes assemble les raisins de …sept vignobles (en l’occurrence, il s’agit de Clos Bertrand, La Chapelle, Les Griottes, Godefroy, L’Héronde, Henri et Les Fournelles). Tous en appellation Côte de Brouilly. Sous-sol magmatique, donc d’origine volcanique. Les raisins de chacune des sept parcelles sont vinifiés puis élevés séparément: l’assemblage se fait sur vins finis, après passage en foudres pendant sept à neuf mois.

Ce vin a participé fin novembre 2025 à une dégustation entièrement consacrée au Beaujolais en millésime 2023. Je l’ai décrit ce jour-là de la façon suivante: « nez sur la réserve, avec des fruits noirs; bouche jeune, tannique, concentrée et longue. Forte personnalité« . Je lui ai attribué un 17/20, soit ma médaille d’argent (12 vins dégustés ce soir-là).

On peut trouver l’étiquette laide. Elle est en tous cas spécifique, différente, traditionnelle, ancrée dans l’histoire du Domaine. Et tellement reconnaissable, même à plusieurs mètres de distance, par une nuit sans lune et sans lunettes…

Côtes de Brouilly est un terroir très particulier: c’est un « mont » d’origine volcanique qui culmine à 484 mètres d’altitude. Le vignoble s’étale sur un peu plus de 300 hectares de pentes fortement inclinées. Quatre communes se partagent ce cru: Saint-Lager, Odenas, Quincié-en-Beaujolais et Cercié. Du gamay et rien que du gamay. Curiosité: l’appellation est entièrement entourée, ceinturée par une autre appellation, beaucoup plus vaste: Brouilly.

La diversité géologique est très élevée:

Château Thivin Côte-de-Brouilly Les Sept Vignes 2023 est disponible pour commande. Il participe à la dégustation du samedi 07 février.
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Le Jura, c’est ça !

Le Jura, c’est d’abord un vignoble d’assez petite superficie: à peu près 2.100 hectares (à comparer par exemple aux 15.400 hectares de l’Alsace) et quelques appellations: Côtes du Jura bien sûr, mais aussi Arbois, Arbois-Pupillin et Château-Chalon. Et puis une appellation peu connue, toute petite (67 hectares), presque mystérieuse, sise entre Château-Chalon et la ville de Lons-le-Saunier: L’Etoile.

Pourquoi L’Etoile ? Selon les instances officielles, parce que le village est entouré de cinq collines formant les branches d’une étoile et parce que ses vignes recèlent d’innombrables pentacrines, ces étoiles fossiles que l’on peut trouver en se promenant dans les vignes.

Dans le temps (lointain) où j’importais les vins moi-même, j’avais rendu visite à Nicole Deriaux, la vigneronne du Domaine de Montbourgeau. J’en garde un fort et très bon souvenir. Un accueil très attentif. Une gamme de vins ancrée dans la tradition jurassienne: Vin Jaune, vins sous voile, rouges (poulsard et trousseau), Crémant, Vin de Paille et Macvin. Aujourd’hui c’est une nouvelle génération aux commandes: Baptiste et César, les fils de Nicole. Ce passage progressif de témoin correspond à quelques nouvelles cuvées, parcellaires et ouillées (c’est-à-dire vinifiées comme un vin blanc classique).

Oui, parce que le Jura ce sont d’abord les vins non-ouillés. Un petit mot d’explication: ouiller, c’est rajouter du vin dans les tonneaux pour compenser ce qui s’est évaporé, la fameuse « part des anges ». L’ouillage protège les vins de l’oxydation, parce que les tonneaux sont remplis « à ras bord ». C’est la méthode classique, utilisée pour 99+% des vins élevés en tonneaux. L’absence d’ouillage génère des vins …non-ouillés, marqués par le voile de levures qui se forme dans le tonneau au-dessus du vin. En simplifiant, on parle de vins typés ou de vins oxydatifs. Pour comparer on se situe dans l’univers des sherries secs. Dans le Roussillon, on parle de rancio sec. Ces vins non-ouillés ont fait la célébrité du vignoble jurassien, mais ils sont polarisants voire clivants: on adore ou on déteste, il n’y a de place ni pour l’indifférence ni pour le chèvre-choutisme.

A ce stade, vous aurez compris que je fais partie des enthousiastes, parce qu’à mon avis ces vins non-ouillés peuvent se révéler à la fois intenses, persistants, complexes, équilibrés et originaux/spécifiques. En résumé: le Graal !

Alors, le non-ouillé c’est toujours bon ? Euh…non. Je connais des vins non-ouillés déséquilibrés par un alcool excessif, martyrisés par un boisé violent, pénalisés par une maîtrise insuffisante d’un élevage complexe ou encore tellement puissants que toute nuance est gommée. Il faut choisir avec discernement !

Voilà, le décor est planté. Venons-en à cette Cuvée Spéciale 2019, vin non-ouillé, 100% chardonnay (peut-être un tout petit peu de savagnin, en complantation) que j’ai goûté hier soir à table. Techniquement, ce 2019 a été élevé pendant 56 mois, sous voile de levures, dans des fûts de 228 litres. 4.600 bouteilles produites. Assemblage de différentes parcelles calcaires.

Le plat ? Poulet au Vin Jaune, crème, morilles et pâtes fraîches. Un accord parfait, classique, qui met le vin en valeur et lui permet d’exprimer toutes ses qualités. Nous avons donc « sacrifié » quelques centilitres de cette Cuvée Spéciale pour parfumer la sauce.

Et ? C’était magique ! Le nez est intense, direct et nuancé. Impossible de lui échapper, il est omniprésent sans tomber dans un éventuel excès d’arômes. La bouche évoque un excellent sherry amontillado. Très concentrée et pourtant légère, très élégante malgré 15%. La fraîcheur lui confère une grande « buvabilité ». Vin à très forte personnalité mais qui respecte néanmoins le plat. Une expérience gustative exceptionnelle. J’y ai retrouvé les arômes habituellement associés aux vins de voile, comme le curry et la noix, mais aussi des agrumes (zeste d’orange).

Cerise sur le gâteau: si la bouteille n’est pas vide, la conserver au réfrigérateur avec un bon bouchon (par exemple: bouchon en verre). Ce type de vin se conserve facilement pendant une semaine, voire plus. Il ne risque pas de s’oxyder !

Cette Cuvée Spéciale 2019, Domaine de Montbourgeau, est proposée pour clôturer la dégustation du 07 février.

D’autres cuvées du Domaine de Montbourgeau sont disponibles: Crémant du Jura (€ 23,50), L’Etoile Cuvée Spéciale 2016 et 2017 (€ 30,00), En Banode, Courbette, La Chaux, Macvin, etc… Dites-moi ce qui pourrait vous intéresser.

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Samedi 07 février: dégustation

Beaucoup de nouveaux Domaines au programme de la première dégustation de 2026: Montbourgeau (Jura), Labranche-Laffont (Sud-Ouest), Camin Larredya (Sud-Ouest), Château Thivin (Beaujolais), Le Bouchot (Loire). Il y aura au moins 13 vins sur le bar.

Ne pas rater le riesling sec (Moselle allemande) de Weingut Maximin Grünhaus en millésime 2020: après quelques années de bouteille, le vin est prêt, expressif et harmonieux.

Nous goûterons également le Clos des Grives 2023 du Domaine Combier (Rhône – Crozes-Hermitage – 100% syrah). Guide de la RVF: 95/100.

Voici le lien vers le programme.

Je prends vos commandes jusqu’au mardi 10 février inclus. Le stock disponible pour certaines cuvées est limité.

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La Taille aux Loups 2023

Montlouis-sur-Loire et Vouvray: paradis du chenin

Une horizontale du millésime 2023 en un colis de 6 bouteilles avec les plus belles cuvées du Domaine: Clos Michet, Clos de Mosny, Venise, Hauts de Husseau, Bretonnière et Triple Zéro (bulle).

Uniquement disponible sous forme d’un colis de six bouteilles à € 192.

Une anecdote administrative ? Le Domaine de La Taille aux Loups possède quelques belles parcelles à Vouvray, en face, sur l’autre rive de la Loire. Mais les vins issus de celles-ci sont commercialisés en Vin de France et non pas sous l’appellation Vouvray. Euh ? Pour avoir le droit de revendiquer l’appellation, Vouvray impose que le vin soit vinifié à …Vouvray et donc pas à Montlouis ! Absurde ! Imaginez ce que cela pourrait donner en Bourgogne dans un Domaine qui propose des vins de quatre ou cinq appellations différentes…

Ci-dessous les commentaires du guide Bettane et Desseauve, dans son édition 2026:

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Fume, c’est du Pouilly!

Pour un vin élaboré avec 100% de sauvignon, le nez évoque d’abord …le chardonnay ! On est (très) loin de l’exubérance aromatique de la plupart des Pouilly-Fumé qui « sauvignonnent » jusqu’à plus soif. C’est pour cette raison d’ailleurs que je propose volontiers Sancerre et que je voue Pouilly-Fumé aux oubliettes. MAIS: les préjugés n’existent que pour être combattus. Ce Pouilly-Fumé me réconcilie avec l’appellation parce que c’est un vrai vin de terroir. Ces « Terres Blanches » calcaires sont bien connues à Sancerre …comme à Chablis, en Bourgogne. D’où la possible confusion avec le chardonnay. Comme quoi, il y a une logique. Je suis enchanté par la texture élégante et soyeuse, par la finale légèrement saline, par la précision et par l’impeccable équilibre de ce blanc sec vachement réussi.

Revue du Vin de France, numéro 657, février 2022

Le vigneron, Antoine Gouffier, est installé à Pouilly depuis 2008. Il a racheté un domaine déjà cultivé en bio et est aujourd’hui propriétaire de 10 hectares en biodynamie, doublement certifiée (Demeter ET Biodyvin). Les vignes se situent sur le flanc sud-ouest de la butte de Saint-Andelain. Les vinifications se font sans soufre, mais une juste dose de soufre est ajoutée lors de la mise en bouteille.

Pouilly-Fumé, c’est la Loire, un peu au sud de Sancerre, sur l’autre rive. Sancerre, c’est toujours la rive gauche du fleuve; Pouilly-Fumé, c’est toujours la rive droite (dans le département …bourguignon de la Nièvre). Le village s’appelle Pouilly-sur-Loire (quel à-propos !) où le sauvignon est omniprésent. Sauf que, en cherchant bien, on trouve encore un peu de chasselas, sous l’appellation Pouilly-sur-Loire (à nouveau, quel à-propos !). Les vignerons du cru n’utilisent pas volontiers le terme « sauvignon », ils lui préfèrent le synonyme local « blanc fumé ». Les vins de Pouilly rencontrent un grand succès en Belgique, deuxième importateur mondial, juste derrière le Royaume-Uni, mais devant tous les autres.

Domaine du Bouchot, Pouilly-Fumé, Terres Blanches 2023: € 29,00

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Oscars 2025

Voici venir l’heure des bilans

Selon une habitude récente, puisque prise en fin d’année 2023, je me suis amusé à reprendre la liste des tous les vins qui ont été proposés à la dégustation pendant cette année qui finit de s’écouler. En 2025, six dégustations classiques et trois dégustations spéciales, sous la bannière du Cercle de la Fleur Bleue.

Au total, une bonne centaine de flacons goûtés avec vous, de l’Aragon à la Macédoine, des Îles Canaries à la Calabre. Les régions souvent dégustées ? La Loire en tête, poursuivie par le Rhône, puis par un petit peloton dans lequel on aperçoit le Roussillon, la Bourgogne (Mâconnais), le Languedoc et le Piémont.

Surprenant: beaucoup plus de rouges que de blancs. Quatre rosés et trois bulles pour compléter le tableau. Le millésime 2023 tient fermement la corde, il précède 2024 puis vient 2022. Une dizaine de vins de millésime antérieur à 2022: pensez à La Chevalerie (Bourgueil) et à Gérard Boulay (Sancerre).

Une petite moitié des vins au-delà de € 20 la bouteille. L’inflation certes mais aussi la volonté de faire goûter le meilleur. Cinq fournisseurs principaux. Une majorité franche de vins biologiques et/ou biodynamiques (Demeter et Biodyvin).

Les données ci-dessus ne tiennent pas compte de tous les vins qui ont fait partie de l’équipe en 2025, sans monter sur le terrain: ce n’est pas le talent qui leur manque, mais le simple fait qu’une dégustation se joue avec 15 joueurs et pas plus. L’entraîneur fait des choix, parfois cruels.

Et qui sont les champions d’Europe, c’est-à-dire les Domaines qui ont participé avec intensité au chiffre d’affaires d’Anthocyane en 2025 ? Eva Fricke (Rheingau), Lafage (Roussillon), Nicolas Maillet (Bourgogne), Thymiopoulos (Macédoine), Mas Amiel (Roussillon), La Chevalerie (Loire), Les Bosquets (Rhône), Gérard Boulay (Loire), Convento San Lorenzo (Lombardie), La Pépière (Loire). Ce classement constitue une petite injustice puisqu’il désavantage les Domaines qui sont arrivés chez Anthocyane dans le courant de l’année 2025. Parmi ces derniers, très belle perf’ de Marcoux (Rhône) et de La Croix Gratiot (Languedoc).

Et ces Oscars, ça vient, oui ?

Médaille de bronze, prix spécial du meilleur vin hors France: Kiedrich riesling 2024 d’Eva Fricke (Allemagne, Rheingau). A dire vrai, j’aurais pu tout aussi bien attribuer cette médaille à l’autre cuvée « village » d’Eva Fricke, Lorch riesling 2024. Deux sœurs jumelles ? Sœurs oui, jumelles …alors pas du tout: elles ne se ressemblent vraiment pas tout en partageant le même cépage, le même millésime, le même type de vinification, la même région et la même vigneronne. Quel fruit, quelle tension, quelle fraîcheur ! Il en reste quelques bouteilles chez l’importateur.

Médaille d’argent, prix spécial de l’élevage le plus réussi et du slogan le plus sympa « les oiseaux ne sont pas des cons« : Bourgueil cabernet franc Noms d’Oiseaux 2019 du Domaine de la Chevalerie (Loire). Voilà un vin qui a pu attendre au frais dans les caves en tuffeau du Domaine. Très belle harmonie parce que tous les composants de ce vin ont reçu du temps pour se fondre et donner le meilleur d’eux-mêmes. Quand il quitte la cave, il est prêt à boire. Archi-épuisé, mais le millésime 2020 ne devrait pas tarder à arriver…

Médaille d’Or, prix spécial de la surprise complète, tombée du ciel, on se demande d’où elle sort, qui c’est celle-là: Picpoul de Pinet piquepoul Bréchallune 2024 du Domaine de la Croix Gratiot (Languedoc). Est-ce que j’ai plein d’arguments rationnels incontestables pour justifier cette belle médaille ? Non, c’est le feeling du jour. En relisant chiffre de ventes, notes diverses et commentaires, en me souvenant des sourires chez ceux et celles qui l’ont goûté fin septembre, en tenant compte du prix de ce flacon et de la sensibilité artistique de la vigneronne, cela m’est apparu intuitivement évident. Bien joué Anaïs Ricôme ! Il me semble avoir vu que l’importateur en avait à nouveau un petite stock (sans garantie).

Je vous souhaite à tous et à toutes d’excellentes fêtes de fin d’année et une superbe année 2026 !

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Domaine Les Bosquets à Gigondas

La grande dégustation du millésime 2023

« A la manière d’un sportif de haut niveau qu’il a été, Julien Bréchet appréhende chaque millésime en mouvement, de la remise en question des procédés aux ajustements des élevages. Tous les vins gagnent en précision et en qualité. Dans son domaine installé sur plusieurs terrasses de Gigondas, il a défini plusieurs cuvées parcellaires qui chacune expriment avec une grande singularité les sols et les cépages des lieux : les vieux grenaches du Lieu-Dit ou de La Colline, les syrahs et serines des Roches et des Routes, les mourvèdres du Plateau, etc… Contrairement à l’idée reçue d’une appellation produisant des vins puissants et généreux, la finesse et le soyeux des tannins sont ici toujours remarquables

Source : le Guide Bettane & Desseauve édition 2026, ****

La troisième séance du Cercle de la Fleur Bleue s’est tenue en ce lundi 15 décembre; elle a été entièrement consacrée à la dégustation du millésime 2023 des vins du Domaine Les Bosquets à Gigondas.

J’ai la chance de connaître ces vins depuis le millésime 2019: je me souviens fort bien du choc ressenti pendant la première dégustation du Gigondas Les Roches. Une émotion, une perception immédiate d’être envahi par un vin qui se positionne au-delà des épithètes enthousiastes habituels, au-delà d’une analyse qui serait purement rationnelle.

Un moment précieux, comme suspendu. Une évidence immobile et silencieuse. L’impression sereine d’être arrivé.

Bon, après cette expérience paranormale, je me suis secoué pour revenir à la réalité et confirmer que l’on peut trouver ici des vins qui cochent toutes les cases: intensité, équilibre, persistance, complexité et spécificité. C’est de la haute couture.

Démonstration en huit vins. Le Petit Vin des Bosquets 2023 (assemblage de jeunes vignes), Hauts Lieux 2023 (assemblage de parcelles calcaires), Le Lieu-Dit 2023 (grenache sur sable), La Colline 2023 (grenache sur calcaire), le Châteauneuf-du-Pape Le Castellas 2023 (grenache sur grès), Les Roches 2023 (syrah sur calcaire), les Routes 2023 (syrah sur argile et sable) et Jasio (rosé) en millésime 2024.

Le Plateau 2023, 85% mourvèdre et très tannique à ce stade de son développement, n’a pas été goûté. Un 2021, goûté très récemment, est déjà plus abordable.

La gamme complète comporte une quinzaine de références: vins blancs, terroirs sur Séguret et sur Beaumes de Venise, etc…

La cuvée Hauts Lieux s’appelait auparavant Réserve, sauf que Hauts Lieux est à 100% issue de 14 parcelles calcaires en altitude, alors qu’il y avait aussi quelques parcelles sur sable dans la version Réserve.

Le Domaine est en bio depuis 2019. Il pratique la biodynamie depuis plusieurs années et se lance dans une conversion biodynamique certifiée avec Biodyvin.

Comment résumer une dégustation en quelques mots pertinents ?

D’abord: les avis étaient partagés. Il y aurait comme un « camp sensuel » qui préfère Le Lieu Dit et Les Routes et un « camp cérébral » qui est plus sensible à La Colline et à Les Roches. Si vous êtes touchés par le soyeux des textures, la finesse et la complexité des arômes, choisissez plutôt l’option Lieu Dit/Routes; si vous êtes plus sensibles à l’énergie du vin, à sa minéralité, optez pour Colline/Roches. Risquons une autre façon de décrire ces vins: Lieu Dit/Routes c’est cap au sud, Colline/Roches c’est cap au nord.

La comparaison a mis en évidence à quel point un lieu peut influencer le contenu d’une bouteille: même cépage, même vigneron, même millésime …et pourtant le sable d’un côté, le calcaire de l’autre, la différence est frappante, presqu’évidente.

Le Gigondas Hauts Lieux et le Châteauneuf du Pape Le Castellas constituent des points d’équilibre: une pincée de sud sensuel et une pincée de nord cérébral.

Alors que Gigondas -et d’autres appellations du Rhône sud- trainent une réputation alcooleuse et trop boisée, les vins des Bosquets, malgré des degrés élevés, ne sont en aucun cas déformés par la chaleur de l’alcool. La finesse des tannins est évidente, quel que soit le terroir. Le boisé souligne, il ne domine jamais.

Ces vins méritent d’être évalués en plusieurs phases: le nez évolue, ce qui semblait simple se complexifie, ce qui semblait acquis s’avère …différent. La bouche évolue, rien n’est définitif, il suffit d’être patient pour que de nouvelles sensations pointent le bout de leur nez.

Ceci n’engage que moi: Les Bosquets proposent aujourd’hui des vins au sommet de leur appellation et au sommet des vins du sud de la France. Je les suis depuis 2019 et ils ne m’ont jamais déçus. Ils ont une histoire à raconter, ils ne suscitent jamais l’indifférence, ils alimentent la conversation.

N’oublions pas que ces 2023 sont des bébés et qu’un peu de temps en cave leur sera très profitable.

Quelques flacons ? On peut commander (y compris Le Plateau) jusqu’à ce vendredi 19 décembre inclus.

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Dégustation festive

Attention, horaires spéciaux !

La dégustation festive aura lieu le samedi 06 décembre de 14 à 18 heures ainsi que le lendemain dimanche 07 décembre également de 14 à 18 heures. Pas de dégustation en matinée.

Programme complet de la dégustation. Quinze vins sur le bar.

Outre les vins en dégustation, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil aux vins de fête et d’exception et aux formats spéciaux (magnum – 150 cl).

Je prends vos commandes jusqu’au mardi 09 décembre inclus. Les vins seront mis à votre disposition avant le 24 décembre.

Dégustation gratuite, ambiance informelle, entrée libre : un coup de sonnette suffit !

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Alors, et cette dégustation ?

Dégustation du 23 novembre: le compte-rendu

Paires, duels et binômes, ce thème avait pour objectif de proposer une série de comparaisons: deux cuvées d’un même Domaine, deux cuvées d’une appellation identique, deux vins originaires de la même région, deux vins partageant le même cépage, etc…

15 vins sur le bar …et une surprise pour clore la fête (j’y reviens en fin d’article).

Je prends vos commandes jusqu’à ce mardi soir, 25 novembre. Accès direct aux vins de cette dégustation. Les bouteilles seront mises à votre disposition pendant la première quinzaine de décembre.

Ci-dessous ce qui m’a particulièrement frappé pendant la dégustation: les fiches individuelles consacrées à chaque vin fournissent encore beaucoup plus d’information.

On y va:

Vins blancs: domaine Barbadillo, Andalousie, deux vins du cépage palomino (mais ce ne sont pas des sherries !).

Sabalo est la version épurée, sans trace d’élevage, tout en délicatesse de ce cépage méconnu (c’est avec le palomino que l’on élabore la plupart des sherries, mais qui le sait ?). C’est original mais civilisé. Aucune trace oxydative (ce n’est vraiment pas un sherry !). Prix très sympathique.

On compare avec Patinegro, une version plus concentrée et plus profonde de ce cépage, avec cette fois un élevage en tonneaux ayant contenu précédemment un sherry de type manzanilla. Cela contribue à rendre ce vin plus complexe, très légèrement marqué par cet élevage spécial. Comme si on avait ajouté trois gouttes de sherry dans votre verre.

L’Andalousie connaît un renouveau de son offre grâce au dynamisme de ses vignerons qui continuent à élaborer de magnifiques sherries (Jerez en espagnol), mais qui proposent maintenait des vins rouges secs et des vins blancs secs comme les deux exemples ci-dessus.

Vins blancs: le sauvignon, la version autrichienne et la version sancerroise

Le sauvignon autrichien vient de Styrie, au sud du pays, tout près de la frontière slovène. Le Domaine, c’est Wohlmuth, ce qui se fait de mieux dans la région. On l’ignore allègrement, mais cette Styrie est le deuxième paradis du sauvignon: ici ce cépage est roi ! La cuvée s’appelle Phyllit (c’est un petit nom géologique). C’est un magnifique exemple des caractéristiques du cépage. C’est un archétype pour apprendre et comprendre ce cépage.

En face de lui, la cuvée Tradition du Domaine Gérard Boulay à Chavignol, un grand nom du Sancerre. Le vin est jeune, encore sur la réserve, moins marqué par le cépage, comme toujours chez Boulay. Néanmoins, ça se goûte déjà fort bien, avec de l’élégance et de la profondeur. Idéalement, donnez-lui deux ans avant tire-bouchonnage, votre patience sera récompensée !

Vins blancs: l’Espagne atlantique, albariño de Galice en deux versions

Comparaison très intéressante entre deux Domaines de haute réputation: Forjas del Salnès (Leirana) et Pazo Señorans. Il doit y avoir 5 ou 10 kilomètres entre les deux Domaines et les deux vins sont élaborés avec 100% d’albarino. Les sucres du jus de raisin se fermentent en alcool, mais une autre transformation peut influencer fortement le résultat: la conversion malolactique, autrement la dégradation de l’acide malique (c’est celui de la pomme) en acide lactique, plus faible. Cette conversion est réalisée (Pazo Señorans) ou pas (Leirana). Conséquence: Leirana propose un profil vertical, minéral et acidulé; Pazo Señorans propose par contre de la rondeur, du gras et une acidité plus discrète. A vous de choisir !

Vin blanc: du volcan en bouteille, première étape

Direction les Îles Canaries pour se frotter à un vin qui ne peut cacher son origine, océanique et profondément volcanique: Ce Benje créé par le quatuor Envinate est typique, il sent la mer, il goûte la mer. Une expérience ! C’est évidemment un vin hors sentiers battus, mais il conserve un côté relativement civilisé: je connais des vins canariens plus extrêmes…

Vins rouges: deux profils originaux à petit prix

Bon, d’accord, le duo est un peu tiré par les cheveux. Le Ermita de San Lorenzo est une curiosité en provenance de l’Aragon, province espagnole coincée entre Navarre, Catalogne, Castille et Pyrénées. Très long élevage en tonneaux (c’est un millésime 2020) qui adoucit les tannins jusqu’à leur donner une expression soyeuse. On se rapproche du style « à l’ancienne » pratiqué par exemple en appellation Rioja (Lopez de Heredia). Assemblage peu fréquent: grenache et cabernet sauvignon.

En face, c’est la Calabre, dans le sud de la botte italienne. L’appellation Ciro et le cépage gaglioppo sont emblématiques de la région. Ce Liber Pater du Domaine Ippolito affiche peu de couleur et un nez friand de cerise. Si vous craignez un alcool dominant, …c’est que vous ne me connaissez pas bien ! Ce vin est construit sur son fruit, sa fraîcheur et ses tannins.

Vins rouges: Raul Perez, le magicien de Bierzo (et de la mencia)

Nous avons goûté la cuvée d’entrée de gamme (El Castro de Valtuille) ainsi que la cuvée « village » (Valtuille) du même Domaine, chez Raul Perez, œnologue à forte notoriété (et à longue barbe). Nous avons négligé les cuvées parcellaires, certes célèbres mais facturées allègrement au-delà des € 100 par bouteille de 75 cl. Gloups. El Castro est un vin robuste, puissant, fruité que l’on pourrait résumer en le qualifiant de « deuxième vin » de Valtuille. Le tri se fait à la vendange entre ce qui va aller dans Valtuille et ce qui se retrouve dans ce El Castro, proposé à un prix qui défie toute concurrence !

On se dit peut-être que la cuvée « village » sera encore plus puissante, …mais pas du tout ! Cette cuvée se caractérise par son raffinement, son velouté et sa finesse. Valtuille est un très bel exemple de ce que le cépage mencia peut donner. La différence de prix avec El Castro me semble tout-à-fait justifiée.

Vins rouges: le Rhône Sud, de Cairanne jusqu’à Lirac

Deux nouveaux Domaines dans la gamme d’Anthocyane: Brusset à Gigondas et Marcoux à Châteauneuf-du-Pape. J’ai retenu le Cairanne Vieilles Vignes de Brusset pour sa capacité à conjuguer la volupté de la matière et l’absence d’un alcool excessif. C’est un vin souple, riche, avec une finale qui se tient très bien et des tannins fondus. On est en plein dans le Sud mais sans la fatigue qui peut caractériser les vins avec un alcool important.

Le Lirac de Marcoux propose un tout autre regard sur la même région: ici tout est élégance et concentration. Moins voluptueux et plus concentré. Moins riche et plus tannique. Je suggère soit l’usage de la carafe soit de faire preuve de deux ans de patience. A l’aveugle, m’aurait on annoncé qu’il s’agit d’un Châteauneuf du Pape, je l’aurais cru. Vin noble, sérieux, qui vole très haut.

Vin rouge: Le sourire de la barbera de chez Rinaldi

Tout qui suit les activités d’Anthocyane connait la Barbera d’Alba de Francesco Rinaldi (aujourd’hui remplacé par ses filles). Franchement, je ne connais personne qui n’aime pas ce vin, millésime après millésime. Beaucoup de fruit, une belle fraîcheur « à l’italienne », peu de tannins et un alcool très bien maîtrisé. Potion quasi magique qui garantit le sourire sur le visage du dégustateur, l’expert comme le profane.

Vin rouge: du volcan en bouteille, seconde étape

La paire enfin constituée: nous avons goûté le blanc, voici le rouge. Peu de couleur (c’est absolument normal), nez ouvert et affriolant, notes fumées et minérales. Avant de goûter, on se dit que la bouche sera riche et puissante. Or non: élégance, intensité, salinité salivante. Peu de tannins, ce vin passe en subtilité.

Comme annoncé, une surprise …

J’étais intéressé de connaître l’opinion des dégustateurs par rapport à un Porto de la Quinta Romaneira. Arômes de framboise, douceur joyeuse, pas de lourdeur alcoolique (malgré le mutage à 19,50%). C’est un Porto fruité, direct, destiné à une dégustation maintenant et dans l’année qui vient. Bien sûr, c’est un vin doux. La bouteille ouverte, si elle est refermée avec son bouchon et conservée au réfrigérateur, peut tenir pendant une ou deux semaines. Peut se servir à l’apéro (ce que je déconseille en général avec le Porto), très bien adapté aux desserts aux fruits rouges et noirs. Ou un dessert en soi. Prix très intéressant.

Vu l’enthousiasme du public présent, c’est décidé, ce vin rejoint la gamme ! Il est disponible ici.

Je prends vos commandes jusqu’à ce mardi soir, 25 novembre. Accès direct aux vins de cette dégustation. Les bouteilles seront mises à votre disposition pendant la première quinzaine de décembre.

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Semaine 43: bu et approuvé

  • 9 mois après 2023, Clos Sauvage, Beaujolais-Leynes, acheté au Domaine au printemps 2025
  • Lou Maset 2023, Domaine d’Aupilhac, Languedoc, disponible depuis peu dans le magasin (€ 15,00)
  • Vieilles Vignes 2023, Domaine Brusset, Cairanne, bientôt dans le magasin (€ 18,50)

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Nouvelles fraîches

Beaucoup de nouveautés: Sancerre, Bordeaux, format « magnum » et le grand retour de Lou Maset (Aupilhac)

Allons-y, tambours et trompettes: arrivée imminente de quatre (vier, quattro, four) Sancerre du Domaine Gérard Boulay.

  • la cuvée Tradition en millésime 2024, délicat, subtil, plus Sancerre que sauvignon,
  • le rosé Sibylle 2024, ce n’est pas un rosé pour l’été, c’est un très beau pinot noir saumoné, intense et concentré ; comme il n’y aura pas d’Oriane en 2024, les raisins pour Oriane ont été utilisés pour élaborer ce rosé),
  • le rouge Oriane 2022, pinot noir très peu coloré, nez affriolant ; concentration, buvabilité, très peu de tannins, grande longueur,
  • …et enfin le Clos de Beaujeu 2023, blanc salin et salivant, déjà grand, sera plus grand encore dans cinq ans, floral, tendu ; je l’ai préféré à son cousin des Monts Damnés.

« Les vins sont entiers, puissants, racés, d’une concentration exemplaire. Mieux vaut les garder quelques années en cave pour en profiter pleinement. Patience donc ! »

Je partage ce point de vue du guide vert de la Revue du Vin de France à 100%. Néanmoins, la dégustation très récente des cuvées ci-dessus montre qu’elles sont très appétissantes, leur charme opère déjà !

Mais si, il m’arrive de vendre du Bordeaux. Voici Le Puy Emilien en millésime 2022. 85% de merlot sans la moindre mollesse, ni la moindre imprécision. Un merlot avec de la race et de l’énergie. Un vin plus classique que le millésime 2020. Plus de couleur qu’à l’habitude. Concentré et assez tannique. 2022 est un grand millésime dans la lignée du 2016. Abordable dès aujourd’hui, mais susceptible de se bonifier en cave.

Le Puy est vendu en Vin de France depuis plusieurs millésimes. Le terme « château » est légalement réservé aux vins d’appellation d’origine contrôlée. Donc Château Le Puy est devenu Le Puy. Cela ne change rien à la qualité du contenu. Disponible dès à présent.

Big bottle

« Le magnum est le format idéal, surtout quand on est deux et que l’autre ne boit pas ». Citation attribuée à Winston Churchill (j’ai l’impression qu’on lui attribue au moins 50% de toutes les citations rigolotes).

Le contenu du magnum évolue plus lentement (longue garde possible), l’objet est esthétique, éminemment festif et il peut se transformer en un cadeau apprécié même par l’amateur légèrement blasé. Argument suprême et d’une subtilité qui m’étonne moi-même : ouvrir un magnum prend moins de temps et moins d’énergie qu’ouvrir deux bouteilles…

Bref, je propose déjà quelques magnums, comme Le Carignan d’Aupilhac 2022, Château les Croisille Divin Cahors 2020 et Grand Clos Yannick Amirault Bourgueil 2021. Ne pas hésiter à me suggérer d’autres références en magnum, l’offre est vaste !

Aupilhac, Lou Maset, do you remember ? Anthocyane a importé en direct les millésimes 2012 et 2013. Lou Maset était un de mes champions, un vin qui plaisait à beaucoup de palais pourtant exigeants. Et puis, le temps est passé par là. Jusqu’à aujourd’hui…

Voici donc le retour très attendu de Lou Maset, en millésime 2023 ! Assemblage de cinsault, mourvèdre, carignan et syrah (il n’y a pas de grenache : les informations sur le site Internet du Domaine n’ont pas été mises à jour). Ce sont certes des jeunes vignes, mais le résultat est bluffant. Un vin puissant, complet, dense qui conserve de la fraîcheur et affiche un grand fruit. Alcool modéré à 13,50%. Origine : terrasses argilo-calcaires à Montpeyroux. Elevage : cuve béton. Disponible dès à présent.

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dégustation

Samedi 27 septembre: on goûte !

-Deux matchs pacifiques :

°pinot noir bourguignon 2023 contre pinot noir allemand 2023

°cabernet franc du Saumurois 2021 contre cabernet franc de Touraine 2021

-Trois nouveaux domaines en Piémont, Loire et Languedoc
-Trois vins élaborés par un grand vigneron grec
-Quatre vins à € 13 ou moins
-Dix régions dans quatre pays
-Seize vins sur le bar

Le programme est complet et il regorge de propositions alléchantes ! Il y en a pour tous les palais. Seize occasions de se faire surprendre ou de confirmer une évaluation antérieure. Nouveaux domaines et nouveaux millésimes. Toujours de 10 à 18 heures, selon la formule habituelle. On échange et/ou on se concentre. On goûte tous les vins ou on fait sa sélection personnelle. On consulte les explications détaillées dans le magasin en ligne ou on se laisse guider par l’humeur du moment. Bref, on passe un bon moment. C’est en tous cas l’objectif de l’auteur de ces lignes.

Parking: n’oubliez pas de placer votre disque de stationnement. Il me revient que les sbires de la commune peuvent faire preuve d’un zèle excessif, même le samedi.

En cerises sur le gâteau, quelques nouveautés qui ne font certes pas partie du programme de la dégustation, mais qui méritent toute votre attention:

Domaine d’Aupilhac, Montpeyroux 2020: cette cuvée-phare est élaborée en majorité avec du mourvèdre et du carignan, cépages qui ont besoin de temps pour donner le meilleur d’eux-mêmes: d’où l’intérêt de ce millésime plus ancien, à point.

Domaine La Croix Gratiot, Picpoul de Pinet 2024: on goûte la cuvée Bréchallune du même Domaine, mais cette entrée de gamme est plus que sympathique et présente un excellent rapport qualité/prix. Un Languedoc blanc qui rime avec fraîcheur citronnée.

Mas des Chimères, Œillade 2024: le millésime 2023 a rencontré un large succès et ce 2024 est au moins aussi réussi: un cinsault charmeur, construit sur la finesse et le fruit. Avis personnel: ce 2024 est même meilleur que le 2023 !

La Madre, Vermouth, White Dry: un vermouth ? Un vin blanc muté et macéré avec des herbes amères ? Et alors ? Goûtez cette nouveauté catalane et on en reparle après. Produit artisanal n’ayant rien à voir avec les produits industriels, vendus en grande distribution.

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dégustation histoire offre

Spicilège

Spicilège: nom masculin. Recueil de morceaux choisis, de documents variés, d’observations.

Spicilège: mot compliqué et désuet dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce matin. Utilisation en titre de cet article pour faire mon intéressant et promouvoir ainsi le taux de lecture du susnommé article.

Le phylloxéra s’attaque aux Îles Canaries

Vous connaissez le phylloxéra, ce puceron d’origine américaine qui s’attaque avec férocité aux vignes européennes et les tue ? Il a ravagé le vignoble pendant la deuxième moitié du XIXème siècle. On a fini par le contrer en greffant les vignes européennes sur des vignes américaines, résistantes. Le porte-greffe constitue la partie racinaire de la vigne, tandis que le greffon est le cépage européen souhaité qui conserve les qualités organoleptiques du vin.

Quelques rares lieux ont échappé à l’animal, en particulier les terroirs sableux (exemple: Camargue, Listel gris) parce qu’il n’arrive pas à s’y mouvoir. Des lieux isolés également, comme Chypre: La majorité des vignes chypriotes sont donc « franches de pieds » (pas de greffe sur vigne américaine). Idem pour Madère et pour Santorin.

Idem pour les Îles Canaries. Sauf que … le phylloxéra vient d’y être observé pour la première fois, sur Tenerife (en particulier à Valle de Guerra et La Matanza de Acentejo). Toute l’île est en effervescence, les vignerons se préparent au combat, des mesures drastiques ont été prises pour contrôler la propagation.

Les Îles Canaries sont un précieux conservatoire de cépages qui n’existent qu’ici. Si le phylloxéra s’installe, le vignoble canarien en sortira profondément modifié. Et les conséquences économiques seront très importantes. Chef d’oeuvre en péril ?

Madère Bual 1966: la perfection

En conclusion d’une dégustation qui avait très bien commencé, j’ai vu apparaître avec stupéfaction un flacon de Madère Bual 1966 élaboré par la Maison Blandy’s. Pour être précis il s’agissait de la bouteille n°616, sur un total produit de 708 bouteilles. La mise en bouteilles a eu lieu en 2015, ce qui signifie que ce 1966 a d’abord passé 49 ans en fûts (chêne américain). Ce très long élevage commence dans le Sotão de Amendoa (le Grenier aux Amandiers, le lieu le plus chaud de la propriété) où les fûts restent pendant dix ans. Puis vingt ans au deuxième étage et enfin dix-neuf ans au premier étage (plus frais). C’est la responsabilité du chef de cave de déterminer à quel moment exact les fûts déménagent.

Analytiquement: alcool 20%, acidité: 8,8 grammes/litre, sucre résiduel: 115 grammes/litre.

Gustativement: un chef d’oeuvre qui coche toutes les cases: complexité, persistance, intensité, équilibre, spécificité. Extraordinaire. 19/20 ou 98/100 comme vous préférez. Et franchement, je me demande pourquoi j’hésite à le noter 20/20. Un moment rare, en lévitation, pendant lequel les émotions sont très intenses.

NB: si vous souhaitez en savoir plus sur ma méthode d’évaluation, rendez-vous ici: Evaluer un vin (au bas de l’article).

Condrieu DePoncins 2023 (François Villard): 97/100

Tant qu’on en est aux très grands vins, en voici un que je suis en mesure de vous proposer. Ce Condrieu (100% viognier, forcément) m’a fait une très forte impression parce qu’il outrepasse tout ce que l’on peut en attendre. Densité et finesse, vibration intense, minéralité dominatrice. Un concentré de la parcelle Poncins.

Rendement: 13 hectolitres/hectare (sic), sol: granite, âge des vignes: 25 ans, élevage de 18 mois: 12 mois en fûtes et 6 mois en cuve inox. Mise en bouteilles: mars 2025. Potentiel de garde: 15 ans. Je parie qu’il sera assez rapidement à son apogée, dès 2027.

Disponible chez Anthocyane au prix de € 55. Commande par e-mail (le vin n’est pas disponible dans le magasin).

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dégustation

Vieux vin toi-même !

Je continue vaillamment à explorer les profondeurs de ma cave personnelle, laquelle a été -sans grande surprise- alimentée en vins importés par Anthocyane entre 2012 et 2015. Il m’arrive bien entendu de tomber sur une bouteille dont les caractéristiques sont celles du vin mourant (dixit Frank Zappa: « jazz is not dead, it just smells funny« ). Mais …

… en règle générale, cela penche bien plus vers la bonne surprise, vers le vin qui se révèle autrement, dans une phase avancée de son existence. Voici ce que cela donne en cette rentrée des classes: un Gaillac 2012 et un Moulin-à-Vent 2011.

Je vous l’assure, celle-là … je n’y croyais pas du tout ! Importé pendant le printemps 2013, ce Vin de France issu du vignoble de Gaillac (Sud-Ouest) s’était vendu avec beaucoup de modestie. Bref, un flop magistral, malgré un prix très légèrement inférieur à € 10. Par contre, le rouge Anthocyanes (sic) avait fait un triomphe, sur deux millésimes consécutifs.

Revenons-en à ce blanc sec en millésime 2012, élaboré avec le cépage mauzac. Lequel mauzac traîne une réputation, comment dire, de platitude ou, du moins, d’un manque chronique de vivacité. Cette absente vivacité susceptible d’être corrigée par la présence d’une amertume qui peut plaire ou déplaire en fonction de vos papilles.

Première gorgée: on retrouve des arômes nets de pomme cuite plutôt agréables, la finale étant par contre dominée par une amertume IPA (bière fortement houblonnée et par conséquent solidement amère). Oups, cela ne se présente pas bien. Or, comme si souvent, il suffit de faire preuve d’un peu de patience. On laisse une bouteille sans la cajoler, pendant plus de dix ans, couchée entre des consœurs avec lesquelles elle n’a pas forcément des affinités et on voudrait qu’elle soit réveillée, en pleine forme dans les cinq minutes qui suivent son ouverture (« plop » dit l’onomatopée). Franchement, c’est déraisonnable.

Après quelques minutes dans le verre, se réchauffant légèrement et aspirant l’air à pleins poumons, ce mauzac se met en place, harmonise ses composantes et intègre une toute petite amertume qui contribue à son équilibre. Est-ce plat ? Non, que non. Ce n’est évidemment pas un monstre de vivacité, mais cela n’empêche aucunement ce vin de donner du plaisir, sensuel en diable. Une gourmandise ! Il aurait été fort sot de le passer dans l’évier de la cuisine sous prétexte de son amertume initiale.

Le Domaine de Brin fait aujourd’hui partie des valeurs sûres à Gaillac. Damien Bonnet est toujours à la tête de ce Domaine. Le guide 2026 de la Revue du Vin de France lui attribue une étoile et note son Mauzac 2023 à 91/100.

Ah celle-ci m’interpellait parce que vinifiée (quasi) sans soufre. Du vin nature 13 ans après vendanges ? Philippe, fais attention, tu commences à perdre la tête ! Oui, mais c’est du Moulin-à-Vent (Beaujolais, 100% gamay) qui a la réputation de bien vieillir, surtout en millésime 2011.

Château des Bachelards, chez Lilian et Sophie Bauchet. Le Domaine a changé plusieurs fois de propriétaire. J’ai fini par perdre la trace de Lilian, à mon avis toujours actif dans le vin (nature) quelque part en Beaujolais.

« Replop » dit l’onomatopée. Cela embaume la cerise nordique, avec une petite acidité volatile. Je pense que l’œnologue orthodoxe fusille déjà ce vin, parce que l’acidité volatile est un vilain défaut: pour mon humble nez, c’est une simple touche de complexité supplémentaire. En bouche, c’est toujours fruité, très peu tannique, avec quelque chose du Pajottenland, tendance bière bruxelloise acide. En toute franchise, cette bouteille cumule quelques défauts, mais ces défauts -peu marqués- lui donnent de la personnalité et en révèlent le charme. Nous avons fini le flacon le sourire aux lèvres et c’était 24 heures après son ouverture. Donc même le deuxième soir, ça passe !

Anthocyane a vendu ce vin en 2013, au prix de € 14,00.

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C’est du vin, oui ou non ?

La presse nationale bouillonne à nouveau autour du vin « light » (???), pauvre en alcool, à teneur réduite en alcool, désalcoolisé, etc…et du vocabulaire à imprimer sur l’étiquette.

Après une période « plus c’est riche et puissant, plus il y a de l’alcool, meilleur c’est », le balancier est reparti dans le sens inverse, l’alcool étant perçu comme un mal nécessaire. De nombreux spécialistes de la santé affirment aujourd’hui que ce n’est pas l’abus d’alcool qui nuit à la santé, mais qu’il n’existe pas de seuil de consommation sans risque: le premier verre serait déjà nocif. A noter malgré tout qu’il n’y a pas de consensus à ce sujet.

Je n’ai jamais caché que, toutes choses étant égales, je préfère un vin à 12,50% qu’un vin à 15,00%. Mais je ne rejette pas les vins riches en alcool lorsque cet alcool participe à l’équilibre et à la typicité du vin. J’aime beaucoup les vins doux naturels (vins mutés à l’alcool) qui titrent plus de 15,00% et je ne compte pas m’en priver.

Evidemment, le débat actuel est lié à un tout autre phénomène: l’apparition de boissons élaborées avec du raisin ayant subi une fermentation, mais qui ne contiennent (presque) pas d’alcool ou qui en contiennent en tous cas beaucoup moins que ce à quoi nous sommes habitués.

On peut se demander si c’est l’offre qui a créé la demande ou si c’est la demande qui a suscité l’offre, mais il est indéniable que ces boissons désalcoolisées ont le vent en poupe, malgré des caractéristiques organoleptiques (très) décevantes. Autrement dit, c’est (très) mauvais, mais cela semble répondre à un besoin. Pour rappel, de (très) mauvais vins se vendent, s’achètent et se boivent, à la satisfaction manifeste des buveurs (très) peu exigeants qui s’en contentent et en redemandent.

Vous aurez remarqué que j’utilise le terme « boisson » pour ces produits et non le terme « vin », dans le respect de la législation européenne qui stipule que la teneur minimale en alcool du vin doit être de 8,50%. Les spécialistes me rétorqueront qu’ils ont goûté des vins à 8,00% voire à 7,50% et qu’il y a donc une couille dans le potage (j’utilise cette expression triviale dans le but de prouver que cet article n’a PAS été écrit par une intelligence artificielle).

Oui, mais non. La législation européenne autorise, pour certains zones septentrionales, une teneur minimale de 7,00%. Cela permet en particulier aux vins allemands de type beerenauslese et trockenbeereauslese de faire partie de la famille. Il existe même quelques dérogations spécifiques comme celle accordée au Tokaji Eszencia hongrois qui titre parfois …3,00%. Ce vin, excessivement rare et cher, extraordinairement doux, est issu d’une tradition multiséculaire et mérite bien de ne pas être exclu !

Donc, voilà. Pour faire simple, est vin le produit obtenu exclusivement par la fermentation alcoolique du raisin frais (le raisin sec, type Corinthe, est prié d’aller voir ailleurs si j’y suis – deuxième expression triviale dans le but de prouver …blabla … voir plus haut) et sa teneur minimale en alcool doit être de 8,50%. Certains vignerons (par exemple dans la Loire) renoncent parfois au terme « vin », remplaçant celui-ci par la périphrase « moût de raisins partiellement fermenté, issu de raisins passerillés » lorsque la teneur minimale en alcool n’est pas atteinte.

Philippe, vas-tu enfin te décider à aborder le véritable sujet de cet article ?

OK, je m’égare. Voici ma question: puisque les boissons désalcoolisées ne répondent pas à la définition du vin, pourquoi s’obstine-t-on à trouver des périphrases biscornues pour les intégrer, par la fenêtre, à la famille des vins ?

La réponse est simple: parce que certains lobbies y ont intérêt. « Vin », c’est commercial, c’est clair pour 99% des consommateurs alors que tout autre terme serait forcément moins bien compris. Réponse certes simple, mais à mon sens très mauvaise.

Pour l’instant, les parties prenantes au débat discutent pour savoir si « vin à teneur réduite en alcool » est une bonne façon de communiquer. Le SPF Santé Publique bloque parce que « qualifier ainsi un vin à 6,00% revient à tromper les consommateurs et à fragiliser les politique de santé publique. » (Le Soir, Anne-Sophie Leurquin, 03 09 2025). Argument: dans le monde de la bière, 6,00% ce n’est pas du tout une teneur réduite en alcool. Les lobbies du vin affirment au contraire que tout consommateur sait que le vin titre en général entre 11,00% et 15,00% et que, en conséquence, un produit à 6,00% serait reconnu sans aucun doute comme ayant une teneur réduite en alcool.

Le débat est bien entendu beaucoup plus complexe que ce qui est mentionné ici. Par exemple, si on se met d’accord sur une terminologie dans une langue, comment s’assurer que la traduction soit « parfaite » dans toutes les langues de l’Union ? Que pensez-vous de alcoholarme wijn en néerlandais ? De low-alcohol wine en anglais ?

Bonne chance aux négociateurs. Quant à moi, je maintiens et persévère: ces boissons ne sont pas des vins, donnez leur donc un autre nom: par exemple, jus de raisin fermenté et désalcoolisé. Moins sexy que « vin », mais bien plus proche de la réalité.

NB: Sur un terrain connexe de ce qui précède et pour vous payer une bonne tranche de franche rigolade, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil au site Internet de Pure The Winery, une entreprise qui vend des vins à 10,50% dont toute la communication est basée sur … »chez nous, zéro sucre ».

Voici un exemple croquignolet. Question: quelle quantité de sucre y a-t-il normalement dans un verre de vin ? Réponse: selon le centre néerlandais de nutrition, il y a en moyenne 8,9 grammes de sucre dans un verre de vin de 150g/ml. Cela représente plus de deux morceaux de sucre par verre. Hallucinant…

Vous trouverez sur ce même site d’autres affirmations farfelues -voire mensongères- qui ne peuvent que susciter le rire. N’empêche, pauvre consommateur …