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1 dîner, 4 services, 17 vins (première partie)

Gloups.

Cher Monsieur, que lis-je dans ce titre ? Ne serait-ce point exagéré, voire excessif ? Est-ce bien raisonnable ? Plaidez-vous coupable ?

C’est-à-dire, Votre Honneur, que, comment dire, ça s’est passé à l’insu de notre plein gré. C’était un piège et nous sommes tombés dedans, par la faute de notre naïveté. Gambadant par le plus grand hasard dans la belle ville de Saint-Trond, nous avons été comme qui dirait sauvagement happés par un estaminet local. Lequel estaminet s’est avéré extrêmement bien achalandé en victuailles savoureuses et en boissons propres à susciter une douce ivresse. Faisant alors fi d’une modération qui, de temps à autre, commence d’ailleurs à me les briser menu, nous fûmes les victimes, à peine consentantes, d’un dîner-dégustation sobrement titré 4*4, puisque chaque plat s’est avéré accompagné par non moins de 4 vins. En n’oubliant pas l’apéro, le compte est bon: 4 services, 17 vins.

Nous étions donc ce lundi soir chez Paul, Andrea et Aurélie au Gastrobar 3 Sense, à 3803 Wilderen.

Nous avons demandé et obtenu un crachoir. Cela peut paraître incongru, voire peu compatible avec la notion de dîner-dégustation, mais goûter 17 fois de suite impose des mesures fortes, sous peine de ne plus distinguer un Beaujolais nouveau d’un Madiran pur tannat. Pour paraphraser le jargon administratif fédéral, il est fortement recommandé de faire preuve de bon sens.

L’apéro et les deux premiers accords

Apéro: Corpinnat Gramona Brut Impérial Gran Reserva 2014 (Catalogne). D’aucuns seraient tentés d’affubler ce vin du titre guère flatteur de Cava. Que non, puisqu’il s’agit ici de privilégier des raisins de haute maturité et un long élevage sur lattes (48 mois). Corpinnat, c’est en quelque sorte ce que Cava devrait être. Le style du vin est riche, crémeux et légèrement fermentaire. La bulle est élégante, douce et fondante. Belle longueur. C’est classique et plutôt consensuel. Dosage: 8 grammes. Alcool: 12%. Biodynamie. Assemblage classique: chardonnay, xarel.lo, parellada et macabeu. Il me manque néanmoins la tension minérale et le « punch ». Servir bien frais. C’était accompagné d’un petit gaspacho à l’huile de chorizo et d’une bouchée pommes de terre, anguille fumée, pomme verte.

1er service: albariño 2019 (Galice), en 4 interprétations presque’aussi magistrales l’une que l’autre. Leirana, du Domaine Forjas del Salnès, confirme qu’il est une entrée de gamme d’un très haut niveau: le nez peut sembler un peu discret, mais la bouche est d’une remarquable fraîcheur, d’une énergique tonicité. Pazo de Señorans a pour lui la notoriété et un nez explosif. La bouche m’a semblé par contre un peu en retrait: au milieu des franches acidités de ses trois concurrents, celui-ci paraît moins « éveillé ». Disons qu’il veut être copain avec tout le monde et que cela peut nuire à l’expression d’une personnalité bien à lui.

Cies est un riesling du Palatinat. Meuh non, c’est une cuvée 100% albariño de Forjas del Salnès, mais le tranchant et l’aromatique évoquent irrésistiblement la tension teutonique. Minéral, sans la petite touche exotique (ananas) caractéristique du cépage. Extrême et donc sans doute susceptible de dérouter. L’antithèse du blanc méditerranéen, un vrai vin atlantique. Quand on a appris à apprécier Leirana, il est temps de s’attaquer à Cies. Ne tentez pas le chemin inverse; enfin, vous faites comme il vous plaît. On finit avec Finca Genoveva, le haut-de-gamme de Forjas del Salnès, sous la forme d’un échantillon non-filtré, avant mise en bouteilles. C’est difficile à évaluer, mais deux qualités semblent évidentes: la concentration et la fraîcheur. Vigne pré-phylloxérique, âgée de +/- 160 ans. Production limitée à 1.800 bouteilles.

Votre serviteur, quelques albariño et toute la concentration dont je suis capable…

Le plat: gravad lax, betterave, raifort. Le gras du poisson coupé net par l’acidité des albariño: beau plat, bel accord !

Bilan: +++

Leirana 2019 (€ 16,50) participe à la dégustation du samedi 22 août. Il peut être commandé dans le magasin dès à présent. Cies 2019 (€ 19) est disponible sur demande, commande à recevoir au plus tard le mardi 25 août.

2ème service: La Vizcaina, Bierzo, mencia 2017 (Castille, aux frontières de la Galice). Une opportunité de goûter en parallèle 4 vins issus de la même appellation, élaborés avec le même cépage, issus du même millésime et vinifiés par le même vigneron, le redoutable Raùl Perez. Un pas plus loin encore: le vigneron traite les 4 récoltes de la même façon: vendange entière, vinification en foudres, élevage d’un an en barriques. Seule différence: la parcelle, pardi ! L’approche est très inspirée par la Bourgogne: le lieu-dit, sa géologie et son orientation. Une ode à la subtilité. Allons-y.

Las Gundiñas est en orientation ouest. C’est le vin qui devrait être le plus accessible dans sa jeunesse. Je repère du cacao et de la cerise, une structure tannique assez ferme, une pointe d’amertume qui ne sera peut-être pas appréciée par tous. Ensuite, voici La Poulosa, en orientation sud. Il me paraît franchement plus accessible que le précédent. Nez terreux et métallique. La bouche est juteuse, plus aimable, avec des tannins plus discrets. Pas tout-à-fait mon goût personnel, mais assez séduisant. El Rapolao est en orientation nord et ouest. Très majoritairement mencia, mais également d’autres cépages locaux: tintorera, souson, bastardo, le tout en complantation. C’est un monument à prendre avec quelques pincettes. Vin complexe, sérieux, très intense, avec ce que l’on pourrait qualifier de « végétal noble ». Sincèrement, ce n’est pas pour tout le monde. Si votre goût vous porte vers la rondeur joyeuse, vous pourriez être décontenancé. Vin de garde, à ouvrir dans 5 ans ou plus. La théorie affirme que la mencia évoque une combinaison entre pinot noir et syrah, mais je persiste à y trouver du cabernet franc. Enfin, La Vitoriana est une parcelle en orientation nord. Les plus vieilles vignes. C’est lactique, un peu animal, avec de la cerise, de l’encre, de l’encens, …Structure tannique exceptionnelle, comme si l’on mordait dans la Grande Muraille de Chine. Gros potentiel. Infanticide patenté. Doit absolument être caché au fond de la cave pour n’en ressortir que dans 10 ans.

Le plat: risotto, espadon, asperge verte. Excellent poisson, assaisonnement un peu fade. L’accord est une tentative courageuse, mais je crains que les vins n’ont même pas remarqué la présence du plat.

Bilan: +++

El Rapolao 2017 (€ 24) peut être commandé dans le magasin dès à présent. Les trois autres cuvées sont disponibles sur demande, commande à recevoir au plus tard le mardi 25 août. Le prix des 4 vins est identique.

La deuxième partie s’attachera, ô surprise, aux 3ème et 4ème services. On y abordera Priorat et Rioja, par la face sud.

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Espagne: les yeux plus grands que le ventre ?

J’ai manifestement eu du mal à choisir. Docteur, est-ce pathologique ?

J’aurais pu me contenter de la dizaine de vins qui participent à la dégustation du samedi 22 août. Mais non.

Comment résister à ce que proposent les meilleurs vignerons de Galice, de Catalogne, de Castille et d’ailleurs ? La diversité des styles est fascinante ! Il y a du franchement « sud » et du franchement « nord »: le nord-ouest de l’Espagne ressemble d’ailleurs bien plus à l’Irlande qu’à une costa méditerranéenne !

Il y a bien sûr du rouge, mais les vins blancs sont aujourd’hui du même niveau: en Catalogne, en Galice, en Andalousie, du côté de Valence les vins blancs de grande qualité pullulent. A vrai dire, je ne sais pas si un vin est susceptible de pulluler, mais vous voyez ce que je veux dire…

Vous recherchez un rouge qui puisse se comparer positivement avec bien des Châteauneuf-du-Pape ? Tentez Bellmunt, un Priorat abordable et diantrement réussi. Un blanc de la nouvelle génération, élevage en amphores et macération ? Essayez Cullerot: ce n’est pas un vin orange, mais on s’en rapproche. Des blancs dont la fraîcheur septentrionale vous esbaudirait ? Sans hésitation, Leirana (cépage albariño) et Louro (cépage godello), belle comparaison sur le millésime 2019.

Un rosé ? Oh oui, même si c’est plutôt un clarete, entre rosé et rouge: Paramos de Nicosia.

Vous aimez le sauvignon et découvrir de nouveaux cépages ? Je suggère le verdejo de José Pariente. Un Rioja moderne ? Jetez-vous sur Sela !

Des prix bien serrés, sans concession sur la qualité ? Salbide et l’andalou Dos Claveles sont proposés à € 10. Ou encore Vermell, un « rouge de rouge », puisque élaboré avec l’alicante bouschet, l’un des seuls raisins à jus rouge.

Un cépage rouge local qui ferait l’unanimité (du moins quand il est confié à des vignerons de talent) ? La mencia de Maquina & Tabla Laderas de Leonila, celle de Raul Perez: Ultreia Saint-Jacques et celle de la Vizcaina (autre projet du serial vigneron Raul Perez): El Rapolao.

Un grenache comme on en fait peu en France ? Vieilles vignes, haute altitude, bas rendements, maturité et finesse de El Terroir, chez Lupier en Navarre. Vin multi-récompensé par la presse spécialisée.

Des vins bio de la région de Valence, zone naguère peu portée sur la qualité: les choses changent grâce au Celler del Roure mais aussi grâce au Domaine Mustiguillo qui propose Mestizaje rouge et Mestizaje blanc.

Un blanc catalan, issu de vignes quinqua- et sexagénaires, d’excellent rapport Q/P ? Jetez un œil sur 3 Macabeus, du Domaine Albet i Noya, un des pionniers du bio en Europe.

Une originalité castillane, pas loin de chez Don Quichotte, élaboré par un quatuor d’œnologues volants, dans l’esprit du vin nature ? Albahra ne porte pas la moindre appellation, pas vraiment un millésime, mais cela ne le rend pas moins bon !

Enfin, un liquide élaboré dans le même esprit que le vin de qualité, mais où le raisin fait place à …l’olive. Le Domaine Roda produit dans les Îles Baléares une huile d’olive d’exception, 100% « cépage » arbequina, issue de la récolte 2019. Acidité très faible. C’est Aubocassa.

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colis-découverte: 6* España

colis 6 bouteilles, disponible dans le magasin

Question: comment s’y retrouver entre toutes ces régions, appellations et cépages ?

Réponse: voici le colis-découverte, 3 blancs et 3 rouges:

  • Catalogne, Albet i Noya, Penedes, 3 Macabeus (cépage: macabeu)
  • Castille-et-Leon, José Pariente, Rueda (cépage: verdejo)
  • Valence, Mustiguillo, Mestizaje (cépages: merseguera 70% + …)
  • Rioja, Artevino, Salbide (cépage: tempranillo)
  • Castille-La Mancha, Envinate, Albahra (cépage: tintorera 70% + …)
  • Castille-et-Leon, Raul Perez, Bierzo, Ultreia Saint-Jacques (cépage: mencia)

Cela se commande dans le magasin ou par e-mail, avec la mention « colis Espagne ». Prix: € 73,40. Commande: au plus tard, le mardi 25 août. Mise à disposition: fin août 2020.

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Espagne en dégustation

Je prépare donc une dégustation de vins espagnols pour le samedi 22 août. Bien sûr, les circonstances m’obligent à faire preuve de prudence. Nous verrons bien en temps opportun ce qui est possible et raisonnable.

La formule pourrait s’inspirer de ce que je vous avais proposé en juin, en tenant compte de ce qui doit être amélioré. Si la météo le permet, il serait également possible de déguster sur la terrasse, en respectant les règles de distanciation physique.

D’ici au 22 août, les cuvées sélectionnées apparaîtront progressivement dans le magasin: n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil !

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Le voyage en Espagne

Cette carte est extraite de la huitième édition de l’Atlas mondial du Vin (Hugh Johnson & Jancis Robinson)

Les commentaires ci-dessous ont été publiés et transmis par e-mail en 2019, en préparation à la dégustation du 26 octobre. Les revoici, légèrement remis en forme. Il s’agissait donc de parcourir l’Espagne en une série d’étapes alléchantes…

Quelques mois plus tard, cet œnotourisme virtuel prend un sens très particulier, pandémie et déconfiture obligent.

Première partie du voyage

Franchissons les Pyrénées pour rejoindre notre première étape, en Catalogne : l’appellation Montsant au sud-ouest de Tarragone. Cette appellation à la notoriété récente s’étend tout autour du prestigieux Priorat. Le Domaine Joan d’Anguera y élabore des vins d’une très belle personnalité à partir de vieux grenaches et de vieux carignans.

Ici, l’époque des vins très puissants et fortement boisés est révolue : je me souviens d’une cuvée de ce Domaine, « El Bugader », à base de syrah, certes très savoureuse, mais un peu « too much ».

Aujourd’hui, la cuvée « El Bugader » n’existe plus. Rupture de style en 2008. Place à la pureté et à la finesse qui caractérisent tant Altaroses que Planella. Deux vins néanmoins très différents, le premier 100% grenache, le second 90% carignan, épicé avec une pincée de syrah. La comparaison est fascinante : couleur légère, texture en dentelle, succulence aérienne et élégance pour Altaroses ; couleur sombre, structure tannique mûre, densité et aromatique plutôt sauvage pour Planella (vignes plantées en 1983).

La signature des vignerons, les frères Joan et Josep Anguera ? La persistance en bouche assurément : vins vraiment longs !

Le Domaine a été fondé en 1820 et est toujours resté dans la famille. Biodynamie certifiée Demeter depuis 2012. Levures indigènes. Les vins sont élevés dans le bois pendant 12 mois, sans marquage aromatique (pas de bois neuf). Vendanges manuelles, vins non-filtrés. Une propriété qui a réussi sa mutation !

Deuxième étape …nous prenons le bateau, cap sur le sud-est, vers les Baléares et plus précisément Mallorca, la plus grande île. Ce serait mentir de prétendre que le passé viticole est ici fastueux. D’ailleurs, les cartes géographiques du vignoble espagnol oublient souvent de représenter les Baléares. De plus, une île c’est étymologiquement « isolé », ce qui ne facilite pas l’accès aux vins qui y sont élaborés.

Pourtant, cela fourmille de talent pour mettre en évidence un climat, une géologie et des cépages locaux. Hugh Johnson, dans l’édition 2020 de son guide, indique que les vins de Mallorca sont en progrès constant, en citant 6 Domaines.

Le Domaine Mesquida Mora est l’héritier d’une propriété qui fait du vin depuis une soixantaine d’années et c’est à présent la 4ème génération, incarnée par Bàrbara Mesquida-Mora, qui est aux commandes.

L’appellation Pla i Llevant pourrait être revendiquée, mais non, Sincronia Negre est un simple Vi de la Terra qui ne s’encombre ainsi pas de respecter des exigences administratives sans doute jugées désuètes.

Sincronia Negre est un rouge dont la couleur évoque le pinot noir, à la bouche délicate, fine et salivante. Assemblage complexe de cépages majorquins (callet, gorgollasa), français (merlot, syrah, cabernet sauvignon) et hispanique (monastrell, que l’on connait mieux sous le nom « mourvèdre », assez commun dans le sud de la France).

Voilà un excellent exemple d’un style que personne n’associera spontanément à l’Espagne. L’expression d’une forte personnalité, d’une vigneronne qui est passée par un terrible conflit familial qui l’a laissée désemparée et sans le sou. Pour mieux rebondir en proposant aujourd’hui une très belle gamme de vins en biodynamie.

Franchement, si je me laissais aller, je vous proposerais bien les 5 vins que j’ai eu l’occasion de goûter…

Troisième étape, le bateau s’impose à nouveau pour rejoindre le continent, du côté de Valence cette fois. Le Domaine Celler del Roure incarne avec brio une démarche originale et volontariste dans une région vouée jusqu’alors à la production de vin en vrac. Pourtant, les auteurs latins du IIème siècle disaient le plus grand bien des vins de Sagonte (un peu au nord de Valence) et leur notoriété a traversé tout le Moyen-Âge.

Dans le village de Moixent, à mi-chemin entre Valence et Alicante, se niche la propriété de Pablo Calatayud, personnage-clé du nouveau vin espagnol. Il a consacré beaucoup d’énergie à ressusciter des cépages oubliés, comme le mando et le verdil. Il est aussi un pionnier de l’élevage des vins en amphores de terre cuite.

Vu la forme réelle de ces récipients, on devrait d’ailleurs plutôt les qualifier de « jarres », mais la littérature œnologique a rapidement imposé le terme « amphore ». La terre cuite est une alternative au bois : ces deux matériaux présentent une légère porosité qui laisse passer un peu d’air de l’extérieur vers l’intérieur, tout en empêchant le liquide de prendre le chemin inverse. La barrique en bois -surtout quand ce bois est neuf- est susceptible de transmettre au vin une aromatique fumée, vanillée, évoquant le café et le chocolat, alors que la terre cuite a la réputation d’être neutre.

L’aventure du Celler del Roure commence vers 1995. Sans passé familial dans le vin, Pablo Calatayud, son diplôme d’œnologue en poche, achète des terres en altitude pour y planter des cépages français et des cépages locaux. Avec le hasard comme meilleur allié, il rachète une ancienne bodega dans les caves de laquelle il découvre, à sa grande surprise, une centaine de jarres en terre cuite, enterrées, en très bon état malgré leur âge vénérable (elles ont sans doute été fabriquées au XVIème siècle). Comme quoi, entre la modernité de l’élevage en amphores et le lointain passé vinicole de cette région, il n’y a manifestement qu’un pas à franchir.

Je vous propose une cuvée politiquement incorrecte, quelque part entre rouge, rosé et blanc. Les Prunes est un vin de raisins noirs (cépage : 100% mando), vinifiés comme pour faire un vin blanc (pressurage direct), d’une robe délicatement rosée. Le vigneron insiste sur le fait qu’il s’agit d’un blanc de mando, comme le confirme l’étiquette. En dégustation, j’ai beaucoup apprécié l’aromatique florale et la matière soyeuse. Attention à ne pas confondre cet étrange oiseau avec un rosé « pour barbecue ».

Fermentation et élevage en vieilles amphores. Vin bio.

Pour la quatrième étape, nous poursuivons notre promenade vers l’ouest, en direction de Ciudad Real. Vous allez vous imaginer que je ne m’intéresse qu’aux régions sans réputation …parce que, en effet, La Mancha est plus célèbre pour avoir abrité l’idéalisme d’un certain Don Quixote que pour ses jus de raisins fermentés.

On ne s’attend donc vraiment pas à trouver ici un projet de l’ampleur de Bodegas y Viñedos Verum. Combinant une tradition viticole remontant au XVIIIème siècle, 8.000 m² de caves creusées dans le calcaire (appelé ici tosca ; dans la Loire, c’est le tuffeau), une distillerie et …un orchestre symphonique, ce Domaine étonnant propose entre autres une gamme appelée Ulterior dont l’objectif est clair: réfléchir concrètement à l’avenir du vignoble, en période de profond bouleversement climatique.

Il y a 30 ans, le vignoble allemand était tout sourire quand un millésime sur trois était bien mûr : aujourd’hui, ce même vignoble allemand se bat avec la surmaturité qui guette au coin de chaque nouveau millésime (2018 !).

Une prestigieuse propriété alsacienne commercialise à présent un Vin de France 100% …syrah.

Chez Verum, la réflexion sur le bouleversement climatique se traduit par exemple par la cuvée Parcela N°17 en 100% graciano. Ce cépage est en général utilisé dans les assemblages dominés par le tempranillo (Rioja), pour leur donner un peu de peps supplémentaire, une petite touche de fraîcheur croquante.

Ce vin de pur graciano se signale en particulier par un nez magnifique et par une bouche précise, en quelque sorte « nordiste », qualificatif que l’on associe difficilement au centre de l’Espagne ! Voici peut-être une piste pour produire des vins de bonne buvabilité lorsque le mercure s’affole.

A noter que l’élevage se fait pour l’essentiel en amphores, enfin en jarres de terre cuite de grande contenance (5.000 litres).

Le Domaine donne un conseil pour ce qui concerne l’accord avec les plats qui se distingue franchement de ce à quoi nous sommes habitués (j’assume la responsabilité de la traduction):

« essayez d’éviter les artichauts, les asperges et tout plat à la saveur citrique marquée; dégustez ce vin avec un sandwich au jambon ou au saumon fumé. Peu importe qu’il s’agisse de poisson ou de viande, son acidité et sa structure feront un accord délicieux. »

La cinquième étape est courte, plein nord, en direction de Madrid. Nous arrivons à Torre de Barreda, un Domaine dont je goûte les vins depuis bien longtemps.

En vérifiant, je me suis même rendu compte avoir découvert ces vins avec le millésime 2001 … ça ne me rajeunit décidément pas. A l’époque, cela coûtait € 8 la bouteille et, bonne nouvelle, le tarif actuel est à peu près comparable. Ici, on fait pour l’essentiel du vin de cépage : tempranillo, cabernet sauvignon, syrah… avec 3 vignobles en altitude (en moyenne, 750 mètres !) pour une superficie totale de 160 hectares.

Plus de la moitié de cette superficie est plantée d’un cépage blanc dont personne n’entend jamais parler, malgré le fait qu’il soit sans doute le cépage le plus planté dans le monde : l’airén. Les vins élaborés avec l’airén sont peu exportés et une bonne partie du vin est distillé (un peu comme l’ugni à Cognac).

Jancis Robinson, dans son ouvrage consacré aux cépages dans le monde, conclut textuellement qu’il lui est difficile de voir pourquoi quelqu’un aurait envie de planter ce cépage en dehors de l’Espagne…

Comme toujours, ces généralisations simplifient outrageusement la réalité. La cuvée Amigos est 100% airén et vous déciderez en la goûtant si le cépage mérite tant de déshonneur. Quant à moi, c’est non à l’airén-bashing !

Quant au tempranillo, c’est l’archétype du bon vin de tous les jours. J’appelle ça un « 3s » : savoureux, simple et sympathique. Dans un style généreux, riche, rustique et ensoleillé.

Il y a beaucoup de moments dans une vie où les circonstances se prêtent mieux à un tempranillo de Torre de Barreda qu’à la dégustation, limite cérébrale, d’un cru plus prestigieux.

En parlant avec Juan de la Barreda il y a quelques semaines, il m’a annoncé qu’il commercialisait à présent un nouveau vin de cépage, à savoir un graciano. Bon, il s’agit de très jeunes vignes (plantées en 2015) et ce vin n’est pas encore importé en Belgique, mais je suis déjà impatient de goûter ! Mise à jour mai 2020: ce vin est à présent disponible en Belgique .

Deuxième partie du voyage

Résumé de la première partie: un amateur curieux franchit les Pyrénées, fait halte en Catalogne où il s’esbaudit devant la beauté sauvage des vins de Joan d’Anguera, fait ensuite son intéressant via une étape aussi nautique que baléare durant laquelle il se pâme devant le Sincronia Negre de Mesquida Mora, se tape au retour le Levant, illuminé par un ‘blanc de noirs’ du Celler del Roure, se prend enfin pour Don Quixote en s’agitant dans La Mancha, chez Verum puis chez Torre de Barreda, oubliant d’ailleurs de signaler au lecteur que les vignes qui produisent l’Amigos airén sont ‘franches de pied’, plantées en 1953 dans un sol sablonneux que le méchant phylloxera déteste.

Olé. Passons à la deuxième partie.

La sixième étape nous mène à Rozas de Puerto Real, à l’ouest de Madrid, dans la Sierra de Gredos, haut lieu du nouveau grenache. Autant jouer cartes sur table, quand on prononce le mot « grenache » en ma présence, j’aperçois déjà un liquide pâlot, nettement alcooleux, à l’équilibre super-solaire. Il y a plus sexy…

C’est alors d’autant plus agréable d’être surpris par une expression du grenache vraiment différente : parfumée, pure, minérale. Oui, il y a de la maturité et 14,5% d’alcool (ce n’est pas un péché !), mais toutes les composantes se fondent ici en un jus original et ensorcelant.

Voici donc la Bruja de Rozas, la Sorcière de Rozas, un vin élaboré par le Comando G, avec « G » comme dans grenache.

Comando G est une aventure bien dans l’air du temps : un duo de jeunes œnologues (Daniel Landi et Fernando Garcia), amis depuis l’école secondaire, qui s’associent pour repérer de vieilles vignes de grenache, en altitude, dans des endroits aussi pentus qu’inexpugnables, et en faire des vins étonnants, en suivant les principes de la biodynamie.

Bien sûr, il est assez facile d’affirmer « vieilles vignes » et « altitude » …La Bruja de Rozas, ce sont des vignes de 80 ans à 950 mètres d’altitude et des vignes de 50 ans à 850 mètres d’altitude. On n’est pas là pour rigoler.

Terroir de granit, vendanges entières (on n’érafle pas), levures indigènes, peu de soufre et élevage en foudres et barriques non-neufs.

Je cède un instant le clavier à Madame Jancis Robinson. La faconde est sienne, la traduction est mienne :

« …j’ai été enchantée par Comando G, La Bruja de Rozas 2016, lorsque j’en ai goûté un verre lors d’un repas chez Brat à Londres, préparé par l’équipe du merveilleux restaurant de fruits de mer Elkano situé juste en dehors de Saint-Sébastien, au Pays Basque espagnol.

Il a un fruit tellement séduisant – juteux mais éthéré, doux mais à la manière d’un pinot noir plutôt que d’une manière écœurante – et également une très fine texture sableuse qui semble communiquer avec le sable granitique sur lequel sont cultivées ces anciennes vignes de grenache ».

Cap au nord pour une septième étape culturelle, puisque la route passe par Avila et n’est guère éloignée de Salamanca (une possible lectrice de cette prose se souviendra peut-être du voyage que nous y fîmes ensemble, il y a bien longtemps). Arrivée à Villabuena del Puente, entre Zamora et Valladolid, aux bodegas Vetus.

Nous sommes dans une région emblématique du vin espagnol : ça sent le Toro ! Appellation qui pourrait incarner à elle seule tous les excès des années ’90 : ici, on cherchait la puissance, la superpuissance. On voulait des vins énormes, impressionnants, colossaux. On voulait faire plus fort que partout ailleurs. Plus de couleur, plus de degré, plus de tannins. Encore plus, jusqu’à l’écœurement.

Je suis (presque) sûr que certains vignerons en sont revenus, mais dois reconnaître que je continue à fuir la dégustation des vins de cette appellation.

Bon, et alors ? De fait, Toro est voisine de l’appellation Rueda. Autant Toro ne fait que du vin rouge, autant Rueda, c’est 100% blanc. Avec un rôle prépondérant joué par un cépage local, le verdejo.

Les vins élaborés avec ce cépage se rapprochent beaucoup de ceux élaborés avec le sauvignon. En général, celui qui apprécie l’un, apprécie l’autre.

Flor de Vetus est une excellente introduction à ce cépage, tout en aromatique et en fraîcheur acidulée. L’élevage est effectué uniquement dans l’acier inoxydable. Belles notes d’agrumes, d’herbe fraîche et de groseilles.

Les vignes sont plantées en altitude (+/- 850 mètres). La maturation s’y fait plus lentement et les vendanges ont lieu plusieurs semaines après celles des vignes de moindre altitude.

Une curiosité …ou serait-ce une innovation appelée à connaître le succès ? Sur l’étiquette de Flor de Vetus, un petit papillon bleu, très pâle, du moins à la température ambiante. Placez le flacon au réfrigérateur et les ailes du papillon se parent d’un bleu plus soutenu, dès que la température atteint les 8°, c’est-à-dire celle qui garantit une dégustation optimale.

En route à présent vers la Galice, tout au nord-ouest de l’Espagne, une région dont les paysages côtiers évoquent plutôt l’Irlande ou la Norvège. Le fjord porte ici le nom de ria. Une huitième étape atlantique. La pluviosité n’a rien à voir avec celle des rivages méditerranéens, idem pour la température moyenne annuelle. Comptez jusqu’à 1.500 mm de pluie (par an et par m²) alors que Madrid reçoit moins de 500 mm ! Disons que c’est idéal pour un tourisme différent…

Forjas del Salnes est un petit Domaine, particulièrement discret, en appellation Rias Baixas, presqu’au bord de l’océan. Ne cherchez pas le site Internet : à ma connaissance, il n’existe pas.

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Le vigneron, Rodri Méndez, est réputé tant pour ses rouges que pour ses blancs. Vin blanc = cépage albariño. Variante orthographique : alvarinho, au Portugal, à un bon jet de javelot de Nafi (quand elle n’a pas mal au coude).

D’aucuns se plaisent à faire un peu d’étymologie en rappelant que « alba » veut dire blanc et que « riño » fait penser au Rhin. Vous me voyez venir …un blanc du Rhin ? C’est du riesling évidemment ! Sauf que l’ampélographe n’est pas d’accord : la génétique ne trouve aucun point commun entre la star rhénane et cet albariño ibérique.

La cuvée Leirana est donc un 100% albariño dont le profil n’a rien à voir avec celui de la plupart des blancs espagnols : la fraîcheur joue un rôle clé, c’est tonique et citronné, intense et équilibré. J’ai ouvert il y a quelques jours une bouteille du millésime 2015 qui confirme -et de quelle façon- un potentiel pour quelques années de cave.

En rouge, voici Bastion de la Luna, un assemblage de 3 cépages locaux : caiño, espadeiro et loureiro. Loureiro ? Un cépage blanc, non ? Oui, sauf que la version tinto existe -en très petites quantités-, suite à une mutation dont la Nature a le secret.

Ce Bastion de la Luna vous est proposé dans un millésime un peu reposé, 2014. C’est un vrai Rouge de l’Atlantique, au degré alcoolique modéré, frais et salin, long et précis.

Au risque de me tromper, il ne plaira sans doute pas à tous/toutes. On se situe si loin du rouge espagnol « habituel » qu’il peut déconcerter. Tentons d’oublier dans quel pays il est né et évaluons-le pour lui-même. On peut bien sûr ne pas l’aimer, mais il me semble difficile de nier sa forte personnalité.

La neuvième étape est longue, plein est, jusqu’aux marches de la Navarre et du Pays Basque, vers une région qui incarne le vin espagnol : la Rioja. La Rioja, c’est une sorte de Bordelais ibérique. Dès le XIXème siècle, les vignerons d’ici ont été chercher leur inspiration là-bas.

Lorsque le phylloxéra se mit à ravager le vignoble bordelais dès 1866, la Rioja se retrouva en première ligne pour fournir les vins que Bordeaux ne produisait plus. Les négociants bordelais achetèrent même des propriétés en Espagne, amenant leur « know-how » avec eux.

Lorsque, 25 ans plus tard, la Rioja fut elle-même confrontée au puceron ravageur, la solution (greffage des cépages européens sur pied de vigne américain) avait déjà été découverte et pouvait y être immédiatement implémentée.

Le moment est bien choisi parce que le Régulateur de La Rioja (une sorte d’INAO, au niveau régional) a entériné en 2019 une série de mesures destinées à clarifier ce qui doit l’être. D’abord, on confirme l’existence de 3 zones : la Rioja Alta, la Rioja Alavesa et la Rioja Oriental. Cette dernière s’appelait antérieurement « Baja », ce qui a semblé péjoratif. Qu’en pense le Bas-Rhin ?

Ensuite, on met les villages de l’appellation mieux en évidence : à partir du millésime 2017, 144 villages peuvent se prévaloir de l’appellation vino de pueblo.

Enfin, 84 viñedo singular sont créés pour mettre en évidence les meilleurs lieux-dits. Ces vignobles uniques représentent ensemble 0,2% de la surface totale. On voit bien que la Bourgogne a servi de modèle.

Malheureusement, je lis que beaucoup de vignerons sont dubitatifs, parce que le modèle serait à la fois trop compliqué et trop administratif. A suivre !

J’aurais pu sélectionner un Rioja de grande réputation (avec le prix qui accompagne la notoriété), mais j’ai préféré vous proposer un vin plus modeste, sans prétention particulière, mais présentant, outre un bel équilibre frais, un rapport qualité/prix remarquable. Ce n’est pas un vin pour alimenter un débat entre amateurs, c’est fait pour être bu, avec le sourire et avec les plats de la cuisine de tous les jours. C’est Salbide.

Vieilles vignes (45 ans), en altitude, dans la Rioja Alavesa. 100% tempranillo. Élevage de 5 mois en barriques ayant contenu précédemment des vins blancs. Cerise, poivre et épices.

Et c’est ainsi que se termine ce long voyage au cœur de la diversité espagnole. Salud !

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domaine rouge

Javier Sanz, Bruñal, 2017

Javier Sanz est un spécialiste reconnu du vin blanc castillan, en particulier celui qui est élaboré avec les cépages viura, sauvignon et verdejo, sous appellation Rueda. Il est propriétaire d’une parcelle (2,27 hectares) de verdejo pré-phylloxérique, la cuvée portant le nom révélateur de « 1863 », vignes de plus de 150 ans !

Cela ne le prédestine pas à se muer en sauveur d’un cépage rouge, en voie d’extinction en Espagne, le bruñal. Et pourtant !

Quelques recherches ampélographiques plus tard (en période de confinement, qu’il est agréable de fourrer son nez dans de précieux grimoires, fussent-ils digitaux), la lumière m’apparaît soudain: certes, le bruñal a presque disparu du territoire espagnol, mais il est bien connu de l’autre côté de la frontière portugaise, sous le petit nom d’alfrocheiro. Çà nous fait une belle jambe !

Javier Sanz

Dans le verre, le vin est riche en couleurs et en parfums: c’est bourré de fruits rouges et appétissant en diable. La bouche pourrait évoquer un beau et bon gamay croquant, dans un style peu habituel dans cette région d’Espagne, au climat féroce. C’est tout sauf un monstre de puissance et l’alcool est joliment maîtrisé (12,5%). Milieu de bouche énergique et savoureux, finale légèrement tannique. Autant dire que la bouteille y passe en moins de minutes qu’il ne faut pour l’écrire.

C’est à la fois original et susceptible de surprendre ceux et celles qui ont a priori peu d’affinités avec l’Hispanie. Le vin passe dans le chêne pendant 4 mois, mais c’est très judicieusement dosé pour oxygéner le jus sans boiser la bouche. Cela peut se garder encore quelques années, mais franchement pourquoi attendre ?

Acheté à l’automne 2018, pour un peu plus que € 12. Ravi d’en avoir encore en cave !

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histoire information

Hugh Johnson, édition 1981

En faisant un peu de rangement, je tombe sur ce petit livre, traduction en français du guide que Hugh Johnson publie tous les ans, depuis 1977. Il a aujourd’hui 81 ans et continue inlassablement à goûter le vin et à en parler. Il doit sa célébrité en particulier à son Atlas Mondial du Vin. Je ne peux cacher l’admiration que je porte à nombre de ses écrits, souvent pleins d’humour.

176 pages pour résumer la « planète vin », telle qu’elle se présentait aux yeux d’un auteur anglo-saxon il y a une quarantaine d’années. Plus précisément: dépôt légal 4ème trimestre 1981.

Hugh Johnson introduit son ouvrage en proposant un choix personnel pour 1982: c’est une sorte de fourre-tout sympathique qui mélange allègrement appellations, vignerons, marques et cépages, c’est subjectif et pleinement assumé comme tel.

A titre d’exemple, pour l’Espagne, cela donne ceci:

Campo Viejo, Codorniu, La Rioja Alta, Lopez de Heredia, Marqués de Caceres Blanco, Muga, Señorio di Sarria, Torres.

Aujourd’hui, Campo Viejo est une marque, détenue par le groupe Pernod-Ricard, qui propose des vins de la Rioja, essentiellement destinés à la grande distribution. Même topo pour Codorniu, géant du cava et pour Marques de Caceres, largement représenté chez Carrefour Belgique. Torres est un géant catalan, présent dans différentes régions espagnoles et jusqu’au Chili. Señorio di Sarria, propriété de Navarre, est quant à lui passé sous le radar.

Muga, Lopez de Heredia et La Rioja Alta font, aujourd’hui encore, partie de l’élite des vins de la Rioja.

Frappant de constater que les choix pour 1982 se répartissent géographiquement entre Rioja et Catalogne. Tout le reste de l’Espagne n’existait pas (encore).

Pour la France, Hugh Johnson met en exergue une douzaine de châteaux bordelais ainsi que la liste suivante:

Aligoté, Beaumes de Venise, Léon Beyer, Blanquette de Limoux, Bordeaux Côtes de Castillon, Chablis premier cru, Coteaux du Layon, Côtes du Lubéron, Fixin, Gaillac perlé, Alfred Gratien, Louis Jadot, Listel, Prosper Maufoux, Minervois, Morey-St-Denis, Passe-Tout-Grains, Pol Roger, St-Joseph, Seyssel.

Chacun se fera sa propre idée. Une chose est sûre, je ne connais personne qui ferait ce choix en 2020 !

Hugh Johnson

Le livre consacre ensuite quelques pages aux cépages. Voici deux définitions, joliment vintage:

Folle-Blanche: troisième raisin blanc de France, il ne donne jamais de bon vin. Beaucoup d’acidité et peu d’arôme le rendent idéal pour la fabrication du Cognac.

Carignan: de loin le raisin le plus courant de France, où il couvre des milliers d’hectares. Prolifique, il donne un vin sans attrait. Cultivé également en Afrique du Nord, Espagne et Californie.

Et quelques définitions croquignolettes:

Chianti: vin vif de Florence. Frais, mais avec un fruité chaleureux, jeune; vendu dans sa fiasque couverte de paille. Vieillit modérément.

Nebbiolo d’Alba: ressemble à un Barolo léger. Souvent bon. Le Barolo qui n’atteint pas ses 12% est vendu sous ce nom. Il a ses adeptes.

Nature: vin non chaptalisé. En Champagne, vin non champagnisé.

Saint-Péray: blanc plutôt lourd, au sud de Cornas. Une grande partie de la production est transformée en « mousseux ». Ne dépasse pas le stade de la curiosité.

A vrai dire, le plus interpellant est que bien des informations reprises dans cet ouvrage font encore sens 40 ans plus tard. Tout change mais rien ne change…

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accord mets & vins

Sherry …chéri ?!

Albariza: le sol très blanc (majoritairement calcaire), caractéristique de la région de Jerez

Le sherry traîne une image aussi poussiéreuse qu’imprécise : c’est sec ou c’est doux ? Cela se sert avant le repas, pendant ou après ? C’est pour le verre …ou pour la sauce ? On peut garder une bouteille ouverte ? Si oui, pendant combien de temps ? C’est espagnol ou c’est anglais ?

L’ignorance mène au désamour et, selon la loi de l’offre et de la demande, le désamour fait baisser le prix. Un prix trop bas est une malédiction: « si ce n’est pas cher, c’est que ce n’est pas bon ». Et le cercle vicieux ne s’arrête plus de tourner…

Heureusement, quelques Andalous audacieux secouent sérieusement ce vin et lui rendent ses lettres de noblesse. Equipo Navazos, Luis & Willy Perez, La Callejuela et quelques autres proposent de nouvelles pistes : vins millésimés, accent mis sur le travail à la vigne, mise en avant des meilleures parcelles, absence de solera, absence de fortificacion, etc…

L’étiquette ci-dessus est celle d’un sherry de type « manzanilla », millésimé 2014, élaboré par La Callejuela à partir de raisins en provenance de la parcelle éponyme : c’est d’une grande finesse et d’un très bel équilibre, malgré 16% d’alcool et une acidité analytiquement faible. C’est complexe, persistant et m’a offert un bel accord, en délicatesse, avec un gruyère réserve 12 mois.

Pour en apprendre plus sur le sujet, on peut par exemple consulter Sherry Notes (en anglais) et Jerez-Sherry-Xérès (en anglais).

Je vous propose un moment autour d’une table pour partager quelques sherries et quelques histoires, en les accompagnant des mets idoines: cela se passe le samedi 28 mars 2020, à partir de 12 heures, chez moi.

C’est complet. Néanmoins, ne pas hésiter à me faire part d’un éventuel intérêt, je compte organiser une deuxième séance.

Mise à jour du 21 mars: la séance n’aura pas lieu, virus, confinement et distanciation sociale obligent. Mais ce n’est que partie remise.

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dégustation domaine

Mestizaje: comment ressusciter un cépage moribond

Notre sujet: le merseguera. Cépage plutôt rare (on ne le trouve que dans la région du Levant espagnol, autour de Valence) et plutôt anonyme.

La grande encyclopédie des cépages Wine Grapes le qualifie de « uninspiring variety » et peine à lui associer la moindre qualité. Il serait terne, avec quelques arômes herbacés et des notes d’amande amère. Cela s’appelle un enterrement de première classe. Pire, il n’est pas facile à cultiver en raison d’une grande sensibilité au vent, qui arrache les fleurs de la vigne. Pas de fleur, pas de fruit.

Il faut bien une personnalité comme celle de Toni Sarrión du Domaine Mustiguillo, pour se dire qu’il y a là une opportunité. Il possède un vignoble d’altitude (900 mètres), la Calvestra, entouré de pins, de chênes et d’oliviers, planté du cépage bobal. Celui-ci mûrit difficilement en raison du froid. Cela dit, le lieu est un amphithéâtre, protégé du vent…

Toni Sarrión décide alors de surgreffer ses vignes de bobal en merseguera avec l’ambition de prouver que ce cépage autochtone mérite bien mieux que sa mauvaise réputation. La technique du surgreffage permet de conserver la qualité des vieilles vignes de bobal (plus de trente ans).

La vendange est fermentée à part et ensuite assemblée à du viognier et à de la malvoisie. L’élevage s’effectue en cuves inox (pas de bois). Pas d’appellation, c’est un simple « Vino de España », avec 65% de merseguera, 25% de viognier et 10% de malvoisie. Alcool: 13,5%. Bio.

Le résultat ? Mestizaje 2018 avec un très joli floral et un profil plutôt élancé, pas si méditerranéen que cela. Incontestablement, de la personnalité !

Le Guia Peñin 2020, guide de référence pour les vins d’Espagne, accorde 92/100 à ce Mestizaje et 5 étoiles, à savoir le maximum possible pour le rapport qualité/prix.

En dégustation le samedi 08 février 2020.

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dégustation domaine

Màquina & Tabla: déroutant, séduisant, énergique

Je me revois en décembre, dégustant une série de vins espagnols en prenant des notes pour déterminer progressivement ma sélection.

Soudain, devant moi, une table un peu isolée derrière laquelle un jeune homme semble se sentir un peu seul. Il représente Màquina & Tabla, propriété de moi jusqu’alors inconnue.

Une fois la conversation entamée, il se révèle volubile et enthousiaste : il titille ma curiosité ! Convenons, pour la facilité, que ce jeune homme s’appelle Pedro.

Nous sommes dans le nord de la Castille. Le projet a démarré en 2013. Les géniteurs de Màquina & Tabla, Oriol et Susana, sont catalans et, à première vue, sains d’esprit. Quoique. Oriol aurait l’habitude de se décrire comme un oenopathe. Curiosité à nouveau titillée.

Je me rends compte que les différents vignobles cultivés par le duo se trouvent fort loin les uns des autres : Toro, Bierzo, Rueda et Sierra de Gredos. Les parcelles sont en fait louées à leurs propriétaires respectifs.

Avec Pedro, nous évoquons, dans le désordre, vignobles complantés, vignes franches de pied et/ou centenaires, élevage sous flor, rendements minuscules, faible dosage du soufre, vinifications nature, appellations ou pas d’appellation du tout, géographie liquide, étiquettes déconcertantes et un goût certain pour les coups de pied dans la fourmilière.

…Pedro, il faut goûter maintenant !

Le blanc Laderas de Leonila 2018 est en appellation Bierzo. Laderas se traduit par « coteaux » et Leonila est un vieux prénom espagnol, inusité aujourd’hui, mais porté par une grand-mère du propriétaire de la parcelle.

Ces « coteaux de mémé » sont issus de palomino (cépage habituellement associé au sherry et à l’Andalousie), de doña blanca (cépage d’origine portugaise) et de godello (que l’on croise surtout en Galice).

C’est la production d’un petit vignoble (2 hectares), complanté de vignes âgées de 20 à 80 ans. La récolte est manuelle, la fermentation et l’élevage se font en barriques françaises. Alcool : 12,5%

Salinité, finesse, délicatesse, nuances oxydatives, j’avoue être aussi dérouté que séduit. J’ai peu de repères, je quitte ma zone de confort, mais il y a une originalité telle que ce serait dommage de passer à côté. Et beaucoup d’énergie, de vitalité.

L’autre blanc, c’est Pàramos de Nicosia, non-millésimé mais provenant néanmoins à 100% de la récolte 2018. Pàramos se traduit par friche ou plateau stérile. Quant à Nicosia, c’est un vieux prénom espagnol etc…voir plus haut.

Après les « coteaux de mémé », voici le « plateau stérile de l’autre mémé ». Mazette.

Ce blanc est un assemblage de verdejo et de malvasia, issu de la parcelle dénommée El Pinar (ça ne s’invente pas !), à 700 mètres d’altitude. On est sur le territoire qui correspond à l’appellation Rueda, mais le vin est commercialisé comme un simple vino de mesa (vin de table).

Vignes de 50 à 60 ans. 12 heures de macération avant fermentation, évoquant le vin orange. Alcool : 13%

Enfin, le rouge Pàramios de Nicosia 2017 est un assemblage de grenache et de tinta del pais (nom local du tempranillo), en appellation vino de la tierra de Castilla y Leon. Il provient du territoire qui correspond à l’appellation Toro, sans ressembler le moins du monde au Toro comme on le connait habituellement (très sombre, très boisé, très puissant, très parkérisé). Alcool : 14,5%

Ce n’est pas un vin nature, mais on s’en rapproche beaucoup ! Vin non-filtré, avec une forte acidité pour équilibrer la puissance alcoolique.

Remarque importante : à dire vrai, je ne suis certain d’à peu près rien de ce qui précède. Entre l’information glanée auprès de Pedro, les étiquettes des différents flacons et les éléments contradictoires que l’on trouve sur le web, … bonne chance !

Si vous aimez les surprises, allez-y les yeux fermés, cela ne laissera personne indifférent. Dans le cas contraire, je conseille vivement la dégustation avant un éventuel achat.

Les étiquettes vous intriguent ? N’hésitez pas à parcourir le site Internet de leur créateur, en cliquant ici.

Deux vins en dégustation le samedi 08 février 2020.

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dégustation

Algueira: diaboliques coteaux galiciens

Ribeira Sacra. C’est l’Espagne, c’est la Galice, c’est déjà presque le Portugal, c’est atlantique et pentu en diable. La mer à gauche, la montagne à droite.

Ribeira Sacra, la rive sacrée, une appellation dont la renommée est récente, mais qui fait couler beaucoup d’encre, en particulier dans la presse anglophone, dans la foulée de l’appellation Bierzo, sa quasi voisine.

En tous cas, un paradis pour amateurs de cépages autochtones : brancellao, souson, caiño, merenzao (sisi, celui-ci vous le connaissez : c’est le trousseau du Jura). Et je ne cite ici que les cépages noirs.

Et puis la mencia, connue au Portugal sous le nom de jaen (voir le Dão de Niepoort, également en dégustation ce 08 février). Cépage presqu’inconnu au vingtième siècle, elle fait à présent partie des valeurs sures en péninsule ibérique. On l’a comparée au pinot noir et au cabernet franc. Le grenache a été cité comme un possible parent éloigné. Rien de tout ceci n’est démontré via la génétique. Finalement, il se pourrait bien que la mencia ne soit pas apparentée à un cépage plus célèbre.

Le Domaine Algueira est la création d’un ex-banquier devenu vigneron, Fernando Gonzalez. Il propose une large gamme de rouges élaborés avec les cépages susmentionnés, dont une mencia joven, c’est-à-dire sans élevage. C’est la carte de visite du Domaine, un vin pur fruit, pur cuve inox, de grande buvabilité.

Autant les mencia en provenance de l’appellation Bierzo peuvent se révéler rugueuses dans leur jeunesse, autant celle-ci mise sur la carte de l’accessibilité. Un 2016 juteux, précis et direct. Sans surprise, c’est plein de fruits rouges. Mais il y a plus : un joli floral, une minéralité bien tournée (yes ! j’ai réussi à la placer) et de bons petits tannins. Alcool : 12,5%

On peut en apprendre plus via un article dans la revue In Vino Veritas (décembre 2015) en cliquant ici.

En dégustation le samedi 08 février 2020.