Spätburgunder: synonyme de pinot noir, dès que l’on franchit le Rhin.
Les faits :
Hors France, c’est en Allemagne que l’on trouve les pinots noirs les plus intéressants : styles variés, maîtrise de l’élevage dans le bois, précision des vinifications, recherche de l’élégance
A qualité égale, les pinots noirs allemands sont moins chers que les pinots noirs bourguignons
Les millésimes récents bénéficient paradoxalement du bouleversement climatique : meilleure maturité des raisins
Les meilleurs vignerons allemands proposent un pinot noir d’entrée de gamme au rapport qualité/prix très intéressant, qui met en lumière leurs styles respectifs sans casser sa tirelire
Comparer fait plus de sens lorsque l’on compare des pommes et des pommes ou, dans le cas qui nous occupe, lorsque l’on compare des vins issus d’un même millésime.
La proposition :
Voici donc un colis de six pinots noirs allemands, tous issus du millésime 2022. Six domaines différents, cinq régions différentes. Prix du colis : € 87. Six belles bouteilles pour le prix d’une unique bouteille d’un premier cru de la Côte de Nuits…J’exagère à peine.
Une opportunité de découvrir (ou d’approfondir) le pinot noir allemand à d’excellentes conditions. A noter le taux d’alcool de ces cuvées : en moyenne pas plus de 12,90%.
La plupart des Domaines travaillent selon des protocoles « bio », mais n’ont font pas mention dans leurs communications.
Les vins sélectionnés: Adeneuer Purist 2022 (Ahr), Martin Wassmer Markgräferland 2022 (Baden), Shelter Winery 2022 (Baden), Gutzler 2022 (Rheinhessen), Giegerich Buntsandstein 2022 (Franken), Bernhard Koch S 2022 (Pfalz).
Les vins qui font partie de ce colis ne sont pas disponibles à la pièce. Le nombre de colis est limité.
Commande de préférence via le magasin ou via e-mail. Les colis sont prêts pour enlèvement dès maintenant.
Adeneuer: 13 hectares de vignes, dont 85% en pinot noir. La vallée de l’Ahr est la seule région d’Allemagne où l’on élabore plus de vins rouges que de vins blancs. Cette vallée a été terriblement éprouvée par les inondations de l’été 2021, mais le bâtiment principal du Domaine a été épargné.
Martin Wassmer : historiquement, ce Domaine était réputé pour ses asperges et ses fraises. La viticulture a été rajoutée pendant les années ’90. Le succès a été impressionnant au point que les guides spécialisés notent le Domaine avec un nombre maximal d’étoiles.
Shelter Winery : ce petit Domaine ne produit que des vins à base de cépages bourguignons, pinot noir et chardonnay. Les vins sont élaborés par un couple d’œnologues qui se sont installés en 2003. Les premières vinifications ont été réalisées dans un bunker abandonné, d’où le nom du Domaine.
Gutzler : Ce Domaine élabore plus de vins rouges que de vins blancs : c’est avant tout un spécialiste du pinot noir. La génération actuellement aux commandes a affiné et affûté tout le travail des parents, ce qui permet au Domaine de rejoindre l’élite des vignerons allemands.
Giegerich : Domaine géré par deux frères encore fort jeunes, mais manifestement talentueux. Les vignes sont plantées dans un sol/sous-sol sableux de couleur rougeâtre, typique de l’ouest de la Franconie. Les vins proviennent des coteaux du Main, le même rivière que celle qui arrose Francfort.
Bernhard Koch : ne pas confondre avec le Domaine Holger Koch (Baden). Ce Domaine ci se situe dans le Palatinat. La famille est active dans le vin depuis …1610. La spécialité ici : les pinots noirs plutôt puissants, avec un excellent rapport qualité/prix. Les frères Koch ont également une belle réputation pour leurs bulles.
Très content d’avoir reçu ce samedi 24 août une belle brochette d’amateurs pour une dégustation germanique, moins évidente a priori qu’une dégustation franco-italienne. Du riesling évidemment, mais aussi du chardonnay, du sauvignon, du grüner veltliner, du pinot noir, du zweigelt et du blaufränkisch. Et une pincée de syrah.
Je suis pleinement satisfait de l’impact des deux blancs « vin de tous les jours, sans prise de tête », tant le chardonnay de Huff (€ 10,50) que le riesling de Wittmann (€ 11,00) ont parfaitement joué leur rôle. Le charme enjôleur du chardonnay et la pureté citronnée du riesling. Ces deux vins sont destinés à une consommation endéans l’année et conviennent très bien à l’apéro ou à un repas simple. Ne pas servir sur un turbot beurre blanc…
Le grüner veltliner de Fritsch (€ 13,00) constitue, millésime après millésime, une très belle approche de ce cépage typiquement autrichien. La cuvée Ried Steinberg conjugue avec brio les arômes du cépage et une belle dose de minéralité. En Autriche, le terme Ried correspond au français (premier) cru.
Le sauvignon de Wohlmuth (€ 15,50) prouve qu’il y a bien deux régions capables de tenir le meilleur de ce cépage : la Loire (Sancerre/Pouilly Fumé) et la Styrie (Autriche méridionale, tout près de la frontière slovène). On reçoit l’aromatique extravertie du cépage sauvignon et une vraie structure, équilibrée entre fraîcheur et volume.
Surprenant riesling du Domaine Am Stein (€ 14,50) en Franconie (centre de l’Allemagne), élevé longuement sur lies fines. Autrement, le vin est resté longtemps en cuve en présence des levures qui ont transformé le sucre en alcool. Ces levures continuent à nourrir le vin avant sa mise en bouteilles. On bénéficie à la fois de la vivacité du cépage riesling, mais aussi d’une rondeur qui enrobe et donne du confort de bouche. Excellent rapport Q/P.
Et puis … les deux rieslings d’Eva Fricke (€ 31,00). On change clairement de catégorie : intensité des saveurs, longueur en bouche, complexité naissante des arômes. Je suis heureux d’avoir enfin pu proposer cette comparaison entre deux terroirs : rien ne change (même région du Rheingau, même vigneronne, même cépage et même millésime) et pourtant tout change. Autant le Kiedrich joue la carte du fruit et de la fleur, autant le Lorch joue la carte de la géologie caillouteuse (schiste/ardoise). Fascinant. J’ai goûté à nouveau ce dimanche midi et c’est encore meilleur. Je conseille d’ouvrir les bouteilles à partir de 2025. Ces deux vins sont susceptibles d’une longue garde en cave. Quantités disponibles très limitées.
Nous avons clôturé les blancs avec une bulle : 100% riesling, brut nature (aucun dosage en sucre) et bio. Les raisins sont cueillis chez Madame (Eva Clüsserath), la vinification a lieu chez Monsieur (Philipp Wittmann). Ce couple élabore en Moselle et en Hesse Rhénane une série de magnifiques vins tranquilles, mais s’amusent énormément avec un effervescent à la forte personnalité. C’est vif et fruité, comme il sied à un riesling. Ne ressemble en rien ni à un Champagne, ni à un Crémant. Exclusivement pour amateurs de riesling qui pétille (€ 22,50).
Comment mieux faire le passage entre blancs et rouges qu’avec un rosé de pinot noir du Domaine Shelter (€ 14,00) ? 2024 ne sera pas l’année du rosé, alors autant choisir un rosé qui est d’abord un bon vin qui présente la caractéristique secondaire d’être de couleur rosée. Un peu de fumée, du fruit rouge et des nuances minérales : pas mal, non ?
En rouge, je fais déguster un 2019 du Domaine Umathum (Autriche orientale ; € 13,00) avec plus de quatre ans de bouteille et un 2020 du Domaine Dorli Muhr (Autriche orientale itou ; € 16,00) avec plus de trois ans de bouteille. Ces vins ont eu le temps de fondre leurs différents composants : fruit, tannins, acidité. Résultat ? des rouges originaux, à parfaite maturité. Avec 20% de syrah dans le blaufränkisch de Dorli (c’est un prénom féminin et c’est donc une vigneronne).
Et puis la série des pinots noirs allemands : tout qui connaît mes goûts personnels ne peut ignorer mon appétit vorace pour ces pinots noirs qui m’ont réconcilié avec le cépage, après quelques désillusions bourguignonnes. J’affirme, qu’à qualité égale, le pinot noir allemand est meilleur marché que le pinot noir bourguignon. Présenté autrement, cela revient à affirmer que € 25 apportent plus de joie en Baden ou en Palatinat qu’en Côte d’Or. Vous pouvez ne pas être d’accord, mais il faut goûter avant de parler !
On commence avec deux vins du Domaine Holger Koch, situé sur le Kaiserstuhl : ce trône de l’empereur est un volcan éteint. C’est aussi la zone la plus chaude d’Allemagne, à quelques kilomètres de Colmar. La cuvée gT (€ 18,00) est toute en fruit, avec des tannins très discrets et une belle fluidité (« glou-glou »). La cuvée Herrenstück (€ 23,00), issue de la parcelle éponyme, a tout un peu plus : plus de concentration, plus d’intensité, plus de tannins (ceux-ci sont d’une exemplaire finesse).
On se déplace de quelques kilomètres vers l’est pour déguster la cuvée Biene und Hase du Domaine Shelter (€ 25,00). La région bénéficie d’un climat plus frais, en particulier la nuit, ce qui préserve la fraîcheur des vins. Il y a tout ce que j’aime dans les meilleurs pinots noirs allemands : finesse, bouquet, concentration élégante, bois totalement maîtrisé.
Et on finit avec tout autre chose : un pinot noir du Palatinat élaboré par le Domaine Rings (€ 23,00), bien installé parmi l’élite des domaines allemands. Si on était en France et dans le guide de la RVF, ce serait un domaine ***. Son « simple » spätburgunder est une merveille. Le style est plus puissant que celui des vins précédents. Une pointe de réduction, un nez de viande fumée, du jus et une forte concentration. Si je le goûtais à l’aveugle, je pense que je l’aurais sans doute placé en Rhône nord, 100% syrah, tendance Côte Rôtie. Eh oui. En tous cas, une très belle façon de terminer cette dégustation !
Commandes au plus tard ce mardi 27 août, de préférence via le magasin ou par réponse à cet-email.
Le samedi 24 août, de 10 à 18 heures, dégustation autour du bar d’une quinzaine de vins allemands et autrichiens. Adresse habituelle, rue des Chats 171 à 1082 Berchem-Ste-Agathe. Commandes à me transmettre au plus tard le mardi 27 août.
Du riesling évidemment, mais aussi du chardonnay, du sauvignon, du grüner veltliner, du pinot noir, du zweigelt et du blaufränkisch. Et une pincée de syrah.
Plus d’information au sujet du pinot noir allemand ? Voici !
Six régions d’Allemagne sont représentées ainsi que quatre régions autrichiennes. Prix à partir de € 10,50. Vins secs, légers en alcool (maximum 13%).
Des domaines prestigieux: Wittmann, Rings, Am Stein et des domaines d’un excellent rapport qualité/prix: Holger Koch, Fritsch, Georg Gustav Huff.
Note complémentaire pour ceux et celles qui ne sont jamais venus à une dégustation d’Anthocyane (ou qui ont oublié comment ça se passe).
La dégustation a lieu au rez-de-chaussée, chez moi. Le parking est facile, très proche de la maison. Il faut juste penser à placer son disque de stationnement.
De l’extérieur, rien ne permet d’anticiper ce qui se passe à l’intérieur: ni vitrine, ni logo, ni tonneau vide. Vous sonnez au 171: je vous ouvre (et si ce n’est moi, c’est Catherine, mon épouse). Il est inutile de s’inscrire au préalable et vous pouvez passer à n’importe quel moment entre 10 et 18 heures.
Vous recevez un verre, une liste des vins en dégustation qui sert de bon de commande et de quoi écrire.
On goûte autour du bar, comme on le souhaite: en silence et concentré, en échangeant avec les autres personnes présentes, en sélectionnant avec précision ce que l’on souhaite goûter ou en dégustant la série complète (il y a des crachoirs sur le bar).
Les vins que je propose correspondent à mes goûts et s’inscrivent dans mon expérience personnelle. Ces vins racontent une histoire: certains crient, d’autres murmurent et c’est très bien comme ça. Sur ce site, vous trouverez un onglet « concept » où tout ça est expliqué en détail. Vos goûts sont forcément différents des miens. Personne n’a tort, personne n’a raison. Chacun traduit la langue du vin à sa façon. Nous nous confrontons ensemble à la petite musique qui s’échappe du verre et nous profitons de l’instant.
Quand la météo le permet, on peut déguster assis, en terrasse. Samedi, on verra si la pluie est allée jouer ailleurs…
Vous passez commande à l’issue de la dégustation ou vous prenez votre temps pour décider et me transmettre votre commande (par e-mail ou via magasin en ligne), au plus tard le mardi qui suit la dégustation (en l’occurrence: le mardi 27 août).
Il n’est pas possible de repartir directement avec les vins commandés puisque j’achète chez les importateurs en fonction des achats de mes clients. Je travaille donc (quasiment) sans stock.
Je livre moi-même les belles commandes à Bruxelles et périphérie. Je livre moi-même les autres commandes lorsqu’elles s’inscrivent dans une tournée logistique qui fait sens. En général, cela se passe le samedi. Il m’arrive de livrer à Court-St-Etienne, à Jodoigne, à Limal, etc… C’est gratuit, parce que je n’ai aucune idée du prix que je devrais demander.
Toutes les commandes donnent lieu à une facture en bonne et due forme, il suffit de me communiquer vos desiderata ainsi que les coordonnées de facturation complètes.
S’il vous manque une réponse, posez-moi votre question par e-mail ou par WhatsApp (voir page « Contact »).
Quelques extraits de la Revue du Vin de France de ce mois de juillet 2024.
Enfin une autrice francophone pour affirmer les qualités du pinot noir allemand. Oui, l’Allemagne est le pays du riesling, mais les meilleurs vignerons maîtrisent également le capricieux et subtil pinot noir.
Anthocyane propose les Chablis du Domaine Pommier.
Anthocyane propose régulièrement des vins du Domaine Meyer-Fonné.
Pourquoi Madame chardonnay ? Parce que chardonnay c’est féminin, comme la millésime, la cépage et la syrah.
Comme un regard de biais, comme une intimité entre sœurs et cousines, comme une façon de créer du lien (c’est très à la mode) entre vins qui ne se seraient jamais décidés à entamer la conversation si je ne les avais pas gentiment poussés à le faire. Comment faire dialoguer le Mâconnais et le Chablisien ? Comment convaincre le Palatinat de bavarder avec le Massif Central ? Plus fort encore, comment convaincre Madame chardonnay de consentir à partager sa bouteille avec des copines, elle qui préfère depuis toujours la solitude hautaine et mono-cépagesque (sauf qu’en Champagne, la chardonnay fait plutôt dans le plan à trois, mais soit je m’égare).
Donc, cette introduction étant écrite, il s’agit de vous proposer un colis « chardonnay » en 6 bouteilles toutes issues du millésime 2022, pour apprécier la diversité des expressions et le charme de belles découvertes. Prix: € 130.
Et que trouve-t-on dans la boîte ?
Il y a donc un Chablis de belle facture, la Croix-aux-Moines duDomaine Isabelle et Denis Pommier, une nouveauté chez Anthocyane. Vignes de 50 ans sur calcaire argileux, 70% inox et 30% fûts. Boisé perceptible et bien proportionné. De la minéralité pour un vin salivant et droit.
En Mâconnais, c’est Nicolas Maillet qui se présente à nous, avec un somptueux Mâcon-Verzé Le Chemin Blanc: sans aucun doute, ce 2022 est exceptionnel (la presse spécialisée l’encense), avec son nez de fleurs et d’abricot et une bouche concentrée qui réussit (on se demande comment) à combiner rondeur et verticalité. Et quelle longueur ! 0% de bois. Âge moyen des parcelles: 87 ans. Récolté le 31 août, mis en bouteilles le 10 juillet. Le vigneron a la modestie d’annoncer une garde de 3 à 4 ans, mais il me paraît évident que ce vin dispose de toutes les qualités requises pour conserver son apogée jusqu’en 2030.
Tant qu’à faire, profitons-en pour inviter une copine de Madame chardonnay à rejoindre le colis, à savoir le Bourgogne-Aligoté de ce même Nicolas Maillet: assemblage du fruit de deux vignes, l’une à Verzé (ceps de 80 ans), l’autre à Igé (jeunes vignes). L’acidité naturelle du cépage est présente, mais elle participe en douceur à l’équilibre d’un vin joliment gras. Comme toujours chez Maillet, 0% de bois.
En Allemagne, précisément dans le Palatinat (Pfalz), le chardonnay n’est officiellement autorisé que depuis les années ’90 du siècle précédent. Officieusement, il se chuchote que des vignerons curieux ont court-circuité la loi depuis longtemps en « confondant » des ceps de chardonnay avec des ceps de pinot blanc. Aujourd’hui, l’Allemagne est un grand pays de chardonnay. Voici d’abord la version 100% chardonnay avec ce Chardonnay Royale du Domaine von Winning qui démontre avec talent que l’on peut produire en Allemagne des vins de style bourguignon à un prix qui a mystérieusement disparu quelque part entre Dijon et Mercurey. Fermentation et élevage sous bois. De la poire, des épices et un boisé élégant.
Mais il y a également la version « copine », c’est-à-dire un assemblage de 70% de chardonnay avec 30% de pinot blanc dans ce bien nommé Chardonnay & Weißburgunder du Domaine Rings. Le modèle ici est également à chercher en Bourgogne: nez entre agrumes et fin boisé, bouche classique, prix très attractif. Elevage en fûts de 500 litres (75%) et en cuve inox (25%). Comme le von Winning ci-dessus, le vin est parfaitement sec.
Enfin voici notre troisième copine, puisque 30% de tressallier complètent 70% de chardonnay dans la cuvée Aurence du Domaine des Bérioles, en appellation Saint-Pourçain (versant nord du Massif Central). Ceux et celles qui ont participé à la dégustation du 1er juillet connaissent déjà ce vin issu d’un terroir calcaire. Elevage sans bois, léger en alcool (12,5%). Vin bio. Le nez est citronné, la bouche dense, salivante et précise.
Donc chardonnay, mais aussi aligoté, pinot blanc et tressallier. Le tout en millésime 2022, avec quatre vins bio. € 130. Ce colis de 6 bouteilles se commande par un simple e-mail avec le titre « colis chardonnay ». Quelques colis sont disponibles immédiatement et peuvent être enlevés dès samedi 04 mai. Plus de colis disponibles fin mai.
Thomas et Regina Rinker ont repris le Domaine Knab à Endingen en 1994. Ils ont patiemment œuvré pour transformer cette acquisition en une véritable success story et devenir l’un des meilleurs domaines du Kaiserstuhl, encore plus si l’on prend en compte l’excellent rapport qualité-prix de toute la gamme. Johannes, le fils de Thomas et Regina, est à bord depuis plusieurs années et, grâce à son apport, les vins ont encore gagné en finesse.
Le Kaiserstuhl est un lieu magique: un grand volcan éteint, comme posé dans la plaine du Rhin, à quelques kilomètres de la frontière française. Un paradis pour les pinots: rouge, blanc et gris. Paradis qui est également la région la plus chaude d’Allemagne (peu de riesling ici, ce cépage n’appréciant pas ce méso-climat: il ne « fonctionne » dans le Kaiserstuhl que sur des parcelles orientées au nord).
Colmar n’est qu’à quelques kilomètres…
Les imposantes terrasses du Kaiserstuhl constituent un biotope exceptionnel pour la faune et la flore, pour la vigne en particulier. Mais le lieu est aussi un défi lancé au vigneron: celui qui manquerait d’attention se retrouverait rapidement avec des raisins très/trop chargés en sucre sur les bras et, en conséquence, avec des vins très/trop chargés en alcool. Choisir le jour idéal pour vendanger est un art que les Rinker maîtrisent à la perfection. Les vins conjuguent l’intensité volcanique avec une fraîcheur désaltérante.
Le Domaine Knab, c’est 21 hectares de vignes, à peu près exclusivement plantées en cépages bourguignons: pinot noir, pinot blanc, pinot gris, chardonnay et auxerrois. Le Domaine n’est pas certifié bio, mais ses pratiques s’approchent très fort de ce qui exigé pour bénéficier du logo bien connu. Sans surprise, rendements faibles et vendanges manuelles.
J’ai découvert les vins avec le millésime 2017 et les propose depuis lors, chaque fois que c’est possible. Je suis conscient du potentiel relativement limité des vins allemands pour une clientèle francophone, mais je m’obstine. D’autant plus pour le Domaine Knab, vu que les équilibres de leurs vins ne sont pas si éloignés des équilibres français. Bénéfice collatéral: les prix sont vraiment intéressants. Tentez le coup !
Je ne suis évidemment pas le seul à être impressionné: le guide Eichelmann 2022 accorde 4 étoiles au Domaine (sur un maximum de 5). Idem pour le guide Gault-Millau du même millésime.
Trois vins du Domaine Knab sont en dégustation le samedi 19 novembre 2022. Les voici:
Une dégustation que j’ai eu le plaisir de proposer aux membres éminents du « groupe du mercredi », lequel s’est réuni, avec une pointe de surréalisme, lors de ce premier …vendredi du mois de novembre.
Un thème qui me tient à cœur: sortir des sentiers battus franco-français et explorer comment s’expriment d’autres cultures du vin. C’est particulièrement délicat lorsque l’on quitte l’univers latin pour rejoindre les rives du Rhin et de ses affluents, la germanité étant souvent perçue comme particulièrement complexe et résolument différente. Une sorte de zone d’inconfort du dégustateur francophone.
Or, les vingt dernières années marquent l’émergence progressive de vins allemands qui reprennent à leur compte le « modèle bourguignon » à quatre niveaux: vin régional, vin de village, premier cru, grand cru. Le modèle allemand traditionnel basé sur la richesse en sucres des raisins perd du terrain, année après année, en tous cas pour ce qui concerne les vins secs ou d’esprit sec.
Les vins secs sont dits « trocken » (ce mot figure toujours sur l’étiquette: pratique !): ils peuvent contenir jusqu’à 9 grammes/litre de sucre résiduel (à la condition de présenter une acidité élevée). Autrement dit, les vins allemands « trocken » ne sont pas si compliqués à comprendre pour un amateur habitué aux vins français. Et ça, c’est une bonne nouvelle !
Pour mettre en pratique, j’ai choisi cinq vignerons très réputés, chacun représentant sa région: Knipser pour le Palatinat (Pfalz), Dönnhoff pour la Nahe, Wittmann pour le Rheinhessen, Georg Breuer pour le Rheingau et Peter Lauer pour la Moselle.
Les vins sont servis par paire, une paire par vigneron.
Précision: la double majuscule GG sur une étiquette -ou gravée dans le verre de la bouteille- signifie Grosses Gewächs, c’est-à-dire grand cru: raisins provenant d’une parcelle précisément délimitée qui a démontré sur le long terme sa capacité à produire des vins complexes, originaux et susceptibles de s’améliorer en bouteille, après une garde de plusieurs années.
GG s’applique exclusivement à des vins « trocken ». Elle est attribuée par une association privée: VDP. En savoir plus ? C’est ici.
*****
Mise en bouche: Eva Fricke (Rheingau), Rheingau 2016
On commence par une mise en bouche, destinée à permettre l’identification du thème: à l’aveugle, mes excellents compagnons ont vite reconnu le cépage riesling et l’origine allemande. Bien joué !
Nez citronné intense, très pur: c’est en effet un riesling typique. Peu de complexité. Bouche franchement fruitée, dominée par une grande fraîcheur. Vin jeune, ne présentant pas de notes d’évolution. Equilibre magistral et jolie persistance. Il y a sans doute un petit peu de sucre résiduel, qui arrondit sans sucrer. Très réussi pour un vin simple ! Ma note: 15/20, note moyenne du groupe: 15,6/20.
Cette jeune vigneronne était déjà très au point lors de la vinification du millésime 2016. Depuis, elle est passée au stade « culte ». De plus en plus difficile de mettre la main sur quelques flacons.
Le palais est étalonné. Nous voici à présent équipés pour entamer avec détermination une ascension du Mont Germania par la face nord. Dix étapes, cinq paires de vins.
1. Knipser (Pfalz), GG Steinbuckel 2016
Nez plus discret que celui de la mise en bouche. Un peu de citron et quelques épices. Introverti mais intéressant. Progressivement vient le caillou. En bouche, minéralité un peu terreuse, plutôt austère. Zeste de citron vert. Belle longueur. Vin cérébral, avec du potentiel de garde. Racé, mais pas pour toutes les bouches. Ma note: 16,5/20, note moyenne du groupe: 15,1/20.
2. Knipser (Pfalz), GG Steinbuckel 2017
Nez plus ouvert, agrumes, un peu de floral. Assez joyeux, avec quelques morceaux de soleil dedans. Bouche superbement équilibrée ! Ce vin conjugue plaisir et cérébralité. La minéralité est en retrait par rapport au millésime 2016. Classique. La version plus affable de ce cru. Ma note: 16/20, note moyenne du groupe: 16,1/20.
3. Dönnhoff (Nahe), Tonschiefer 2013
Nez bien ouvert, typique du cépage. Citron épicé. Très léger pétrole. Bouche confortable, d’accès facile, comme une version apaisée de la mise en bouche. Bonbon violette. Pas très long. A boire dans les deux ans. Ma note: 15/20, note moyenne du groupe: 15,9/20.
4. Dönnhoff (Nahe), GG Hermannshöhle 2013
Surprenant: le premier nez m’amène chez Guffens-Heynen (chardonnay bourguignon)! Des notes de cognac. Puis vient le citron confit. L’ananas. La poire qui évoque le …chenin. Un peu de miel également. Le terroir domine le cépage. Difficile de reconnaître le cépage. Grande complexité. Bouche puissante, volumineuse et salivante: ce n’est pas de l’alcool, c’est de la matière (extrait sec). Pas pour qui recherche un vin aérien et délicat. Vin prêt à boire, pour les dix ans qui viennent. Ma note: 17/20, note moyenne du groupe: 15,4/20.
5. Wittmann (Rheinhessen), GG Aulerde 2011
Nez sur l’orange et la mandarine. Arrière-plan en forme de poire. En bouche, formidable colonne acide ! Belle verticalité, la structure domine l’aromatique. Puis vient l’abricot et l’amande. Notes d’évolution. Un profil tel que l’on peut s’y attendre. Ma note: 16,5/20, note moyenne du groupe: 16,3/20.
6. Wittmann (Rheinhessen), GG Morstein 2011
Couleur intense, presque dorée. Nez de poire Williams, avec une note oxydative. Quelque chose de sudiste. Un nez pour accompagner un dessert. Ici encore, le terroir invisibilise le cépage. La bouche est parfaitement sèche (ce qui surprend), salivante, pomme et poire, la note oxydative finit par disparaître ! Vin évolué, très original. Beaucoup de personnalité. Ma note: 17,5/20, note moyenne du groupe: 16,4/20.
7. Georg Breuer (Rheingau), Berg Rottland 2016
Nez fermé, puis vient un citron vert salé très dominateur. Une touche de romarin. Bouche qui communique tant le cépage que le terroir. Formidable tension acide. Grande longueur. Aucune concession. Difficile pour tout qui n’est pas amoureux de l’acidité. Finale très nette, tranchante et saline. Ma note: 17/20, note moyenne du groupe: 16,2/20.
8. Georg Breuer (Rheingau), Nonnenberg 2017
Nez intensément caillouteux; le citron se cache en coulisses. Ce vin pourrait être volcanique (ce n’est géologiquement pas le cas). Nez impérieux, dominateur et sans concessions. Bouche monstrueuse, parce que tous les éléments y sont présents au maximum ! Pamplemousse d’anthologie. Finale exceptionnelle, avec tension et salinité. Infanticide, potentiel considérable. Attendre au moins cinq ans. Peut-on faire meilleur que Berg Rottland, oui, c’est Nonnenberg ! Ma note: 18/20, note moyenne du groupe: 16,5/20.
9. Peter Lauer (Mosel), Neuenberg 2014
Nez qui combine la pierre (silex) et le citron, avec des notes fumées et miellées. Progressivement, toute la gamme des fruits: abricot, poire, ananas, agrumes, etc… Enfin, la cire. Quelle complexité ! Bien sûr, il y a un peu de sucre en bouche, mais l’équilibre est parfait grâce à une acidité très élevée. Vin cristallin qui finit absolument sec. Ma note: 17/20, note moyenne du groupe: 16,9/20.
10. Peter Lauer (Mosel), Neuenberg 2015
Un petit soleil atténue légèrement l’emprise caillouteuse. En bouche, le sucre est plus présent que sur le 2014. Néanmoins, la finale reste parfaitement sèche. Beaucoup de tension. La fameuse intensité légère qui signe les meilleurs vins de Moselle. Le plaisir à l’attaque et la droiture dans la finale. Très grand vin. Ma note: 18/20, note moyenne du groupe: 17,1/20.
*****
Ce que je retiens ? Les grands rieslings allemands ont une personnalité profonde, marquée par le terroir. Le cépage joue son rôle soit à l’avant-plan, soit à l’arrière-plan. Certains vins camouflent le cépage derrière un terroir dominateur. Celui qui craindrait de goûter dix fois la même chose est rassuré: les expressions sont pour le moins variées et diverses.
La colonne vertébrale acide est l’élément qui structure la plupart des vins. Ce n’est certes pas une surprise, mais un rappel utile: pour les vins secs, les acidités peuvent monter jusqu’à 8 voire 9 grammes/litre. Quelques grammes de sucre résiduel se chargent d’arrondir les angles de façon à proposer un équilibre du type: assez peu d’alcool (12% ou 13%), beaucoup d’acidité, un peu de sucre. Les finales sont sèches. Autrement dit, le sucre, lorsqu’il est perceptible, marque l’attaque du vin, pas sa finale. Cela facilite les accords gastronomiques.
Pour l’anecdote, les six derniers vins servis se retrouvent aux six premières places du classement. Il n’y avait pourtant aucune volonté de crescendo. L’ordre de présentation des paires était aléatoire. Disons que l’enthousiasme est venu progressivement.
Notez la date, le programme est alléchant ! Nous explorons ensemble quelques domaines français de haut niveau.
A Cahors, c’est Clos Troteligotte, spécialiste des cuvées au fruit très pur, avec peu ou pas de sulfites ajoutés. Nature ou presque nature, mais les vins sont nets, sans arômes …dégoûtants. En Provence, Clos de l’Ours, domaine de création récente à la réputation déjà bien établie: un blanc, un (superbe) rosé et un rouge prennent place sur le bar.
En Languedoc, le Domaine de Cébène: les plus anciens se souviendront peut-être qu’Anthocyane a déjà proposé la cuvée Belle Lurette en millésimes 2012 et 2013, …voici 2020 ! Ainsi qu’une nouvelle cuvée intitulée « A la Venvole ».
En Loire, c’est Montlouis et Saumur: plusieurs cuvées du Rocher des Violettes (dont un rouge élaboré avec du malbec, matière à comparaison avec les Cahors) et Clos de l’Ecotard, domaine créé récemment, mais qui s’impose déjà parmi les meilleurs à Saumur.
En Roussillon, c’est Le Clos des Fées qui nous propose sa cuvée Les Sorcières, en millésime 2021. Et Lafage suggère de goûter un amusant assemblage de chardonnay et de viognier.
En supplément au copieux programme gaulois, quelques cuvées allemandes: un excellent rouge de lemberger (ce cépage s’appelle blaufränkisch en Autriche) du Domaine Aldinger ainsi que plusieurs rieslings secs du célèbre domaine Schäfer-Frölich.
Trittenheim n’est pas exactement le village qui incite l’automobiliste de passage à s’arrêter parce que les colombages et autres maisons peintes lui taperaient dans l’oeil. De loin, c’est assez banal. De près (c’est-à-dire en marchant), on y trouve pourtant un tas de petites curiosités que, selon son goût personnel, l’on qualifiera de charmantes ou de kitchissimes.
Apotheke se signale à tous et en toutes lettres, même sans zoom
Du côté de la Moselle et juste en face d’un mur de vignes connu sous le doux nom de Trittenheimer Apotheke, ce village cache surtout une maison étoilée dont il paraît que la carte des vins mérite un large détour.
au delà des vins allemands, une belle sélection autrichienne
Wein- & Tafelhaus figure depuis longtemps sur la liste des restaurants qui excitent mes papilles mentales. Petit menu le vendredi soir, grand menu le samedi soir pour clôturer en beauté ces deux semaines de vacances.
Deux menus, deux vins mosellans: d’abord le Piesporter (appellation village) de Julian Haart. Ce jeune homme est le neveu de Théo Haart (Domaine Reinhold Haart). Il élabore sur 5 hectares des vins exceptionnels: ce Piesporter est de mon point de vue une parfaite incarnation du riesling sec mosellan: une incroyable légèreté conjuguée avec de l’intensité et du fruit. On ressent ce qui s’apparente à de la fragilité d’autant mieux que le vin est servi dans un verre Zalto qui exprime cette même fragilité. Délicatesse implique concentration chez le dégustateur : si l’on fait l’effort pour l’écouter, sa musique est fantastique ! C’est de la musique de chambre, pas une symphonie.
Piesport est un village de la vallée de la Moselle
J’avais fort envie de découvrir les vins de Franz-Josef Eifel, vigneron basé à Trittenheim et disposant en particulier de quelques rangs de vignes dans la meilleure partie du Grand Cru Trittenheimer Apotheke: le Sonnenfels. Eh oui, un cru de 68 hectares n’est pas homogène: certaines parcelles sont mieux exposées que d’autres et la géologie est assez complexe. En Allemagne, ce vigneron obtient très régulièrement des notations stratosphériques. Le Domaine est minuscule (3 hectares) et il n’y a donc pas beaucoup de bouteilles à l’export.
Ce Sonnenfels est très étonnant: minéralité puissante, dominatrice; jus de caillou au point d’effacer la contribution du cépage: à l’aveugle, je pense que je n’aurais pas reconnu le cépage, le citron -jaune, vert- disparaît au bénéfice du schiste (ardoise). Un vin qui joue la carte de l’invulnérabilité et de l’éternité. Pas gratuit évidemment (€ 69 sur table), mais n’importe quel Chablis premier cru est vendu aussi cher, si pas plus cher.
étiquette difficile à photographier parce qu’elle répartit l’information sur une grande largeur…… et donc voici le nom du vigneron (FJ Eifel) et le nom de la cuvée (Sonnenfels)la promenade nous fait croiser quelques vignes du Domaine Eifel
Et pour clore ce périple, une anecdote qui nous a bien fait sourire. Nous sommes au restaurant et commandons une bouteille plutôt haut de gamme. Une demoiselle nous amène le flacon et constate soudain qu’il n’est pas capsulé, mais doté d’un bon vieux bouchon en liège. Panique, la demoiselle disparaît en emmenant la bouteille.
Quelques instants plus tard, une autre demoiselle, celle-ci munie d’un tire-bouchons, nous sauve de la soif. Euh …non, elle n’a manifestement jamais utilisé le tire-bouchons et s’obstine à vouloir arracher le bouchon d’un seul coup. Le spectacle vire à la tragi-comédie à tel point que je me décide à ouvrir le flacon moi-même en expliquant gentiment à la seconde demoiselle comment ça marche.
Moralité: la capsule est la norme, le bouchon, l’exception.
Prenez vos vacances là où il y a du vignoble: la météo y est plus agréable, les paysages plus jolis, les villages plus pimpants et les restaurants plus appétissants. Boire un vin en observant en même temps le vignoble dont il est issu est un plaisir d’une grande finesse.
abbaye cistercienne Kloster Eberbachimpressionnante collection de pressoirs
Difficile de traverser le Rheingau sans une étape à Kloster Eberbach, lieu essentiel dans la « création » du riesling. Abbaye cistercienne et vignoble du Steinberg, exemple très rare d’une parcelle désignée uniquement par son nom sans référence au village où elle se situe. Steinberg -et Johannisberg, à quelques kilomètres d’ici- ont une telle réputation qu’il est manifestement inutile de préciser plus avant. C’est donc Steinberg tout court et non Hattenheimer Steinberg.
Ce Steinberg s’etend sur 34 hectares et est entouré d’un mur assez haut, destiné à protéger les vignes du vent. On le compare parfois avec Clos Vougeot en Bourgogne.
le Steinberg, c’est de l’autre côté de cette porte
Une nouvelle œnologue a pris les commandes du Domaine en 2018, avec l’ambition de ramener les vins au sommet. Parmi les nouveautés, une cuvée issue des vignes les plus âgées au sein du Steinberg: cela s’appelle Zehntstück (littéralement: morceau d’un dixième) et 2021 en est le premier millésime. J’ai goûté et approuvé. Eh hop, quelques bouteilles pour la cave !
Comme ce n’est pas bien loin, petite balade dans le charmant village de Kiedrich, connu pour abriter le Domaine Robert Weil. Non, je n’y ai pas dégusté, les vins étant « cédés » à un prix qui outrepasse l’épaisseur de mon portefeuille.
KiedrichDomaine R. Weil, par l’arrièrec’est ici !
Le restaurant pour ce soir appartient à la famille Breuer. La nourriture y est tout-à-fait correcte, mais il faut accepter une ambiance qui oscille entre rue des Bouchers, karaoké teuton et fête permanente. On y sert des centaines de couverts avec une efficacité souriante. La carte des vins donne accès à la plupart des vins du Domaine Georg Breuer. Mais il y a mieux: une deuxième carte des vins intitulée « Raritäten » (dois-je traduire ?) laquelle remonte …jusqu’au début du XXème siècle.
allons-y et feuilletons !oublions les prix (…) et notons le format 70 cl qui n’existe plus aujourd’hui du moins dans l’UE
Nous avons été sages et avons sélectionné Terra Montosa en millésime 2016. Le vin se goûte parfaitement sec et tout aussi parfaitement mûr. Surprise: il titre …11,5% ! Je suppose que l’acidité élevée cache un sucre résiduel significatif. Mais j’insiste, c’est un vin sec à la dégustation. Ah oui, j’oubliais, c’est un riesling.
De restaurant en balade-vignoble, de musée en balade-bateau, de Mainz à Lorch, quelques impressions fugaces et photographiques de notre périple en Rheingau.
Sur l’échelle de la qualité, le riesling Hattenheimer Nussbronnen 2015 kabinett trocken de Langwerth von Simmern score vraiment haut: 8/10. NB: mon échelle va de 0 (le caca de chien malade, sur trottoir défoncé, sous une pluie glaciale) à 10 (le Taj Mahal ou le musée du Quai Branly ou les Variations Goldberg).
Ce Domaine à la forte notoriété et aux étiquettes particulièrement baroques a cessé d’exister vers 2018: les parcelles ont été revendues à d’autres vignerons, parmi lesquels le Domaine Corvers Kauter à Oestrich-Winkel.
Il y a tant à voir, tant à faire, tant à goûter/boire que je ne sais par où commencer.
Samedi, c’est soirée de gala. On se permet le beau menu cinq services avec l’accompagnement-vins exclusivement allemand. Sur le maquereau (au demeurant d’une rare qualité), c’est tout de suite mirobolant avec le riesling premier cru Mölsheim 2017 du Domaine Battenfeld Spanier (Rheinhessen): du comme ça, j’en veux bien tous les soirs ! Quelle tension !
maquereau
Sur le feuilleté de pommes de terre avec morille et asperge, on voyage jusqu’en Baden chez le producteur le plus renommé du coin, à savoir le Domaine Bernhard Huber: Malterdinger 2016, assemblage de chardonnay et de pinot blanc. Ici, le modèle est chablisien tendance premier cru. Ni boisé, ni beurre ni même noisette, c’est du cistercien monacal !
feuilleté
Voici la langoustine et ris de veau. Plat plus que remarquable, au même niveau que les deux premiers (et ce n’est pas peu dire). Et un riesling de style très différent du premier: grand cru Jesuitengarten 2015 (année chaude) du Domaine Reichsrat von Buhl (Pfalz). Si le vin précédent évoquait Chablis, ici je pense à… Meursault ! Vin aussi sensuel que le Battenfeld Spanier était cérébral.
Avec le gibier « Maibock », le rouge fait son entrée sous la forme d’une syrah du Württemberg: Syrah SE 2015 du Domaine Graf von Neipperg. Eh oui, il y a donc de la syrah en Allemagne. Le vin me semble en fait plus bordelais que Rhodanien. Pas si surprenant quand on sait que Graf von Neipperg est aussi propriétaire à …Bordeaux: Canon-la-Gaffelière, La Mondotte et d’Aiguilhe, c’est Neipperg ! Bon, ce vin-ci est certes d’une concentration impressionnante, mais il répond moins bien à mes goûts personnels. Et comme je ne dispose que de ceux-là…
Sur le dessert, composition assez sophistiquée de chocolat et de fraise, un vin moelleux bien entendu. C’est le Domaine Frey (Pfalz) qui s’y colle, avec un beerenauslese 2019 issu d’un assemblage improbable de pinot noir et de cabernet sauvignon. Vin surprenant en diable auquel il manque un petit peu de légèreté aérienne pour être superbe. En chiffres, cela donne 6,4% d’alcool, 168 grammes de sucre résiduel et …13 grammes d’acidité pour équilibrer ce sucre majeur.
dessert
Le meilleur pour la fin: la visite de la cave du restaurant, formidable caverne d’Ali Baba, en la compagnie du maître des lieux, Andreas Scherle. La conversation du coq à l’âne au gré des bouteilles que nous « découvrons », les anecdotes, l’échange entre passionnés, Knoll, La Rioja Alta, Klaus Peter Keller, etc…
J’ai eu un peu de mal à m’endormir…
Restaurant Zur Weinsteige, 70184 Stuttgart. Avec le TGV, ce n’est pas si loin…
Ce soir, direction la Weinhaus Stetter pour une cuisine de type bistrot très bien tournée. Service efficace et sympathique, carte des vins qui donne envie et fait pétiller instantanément l’oeil de l’amateur.
vaut ses trois étoiles !
J’ai fait une infidélité à la région du Württemberg pour me ruer (calmement) sur un chardonnay du Domaine Knab, en pays de Bade, dans le coin du Kaiserstuhl. Ce vigneron est encore assez peu reconnu, mais chaque vin goûté tape en plein dans le mille !
Eckkinzig *** n’est pas à proprement parler un terroir mais une sélection de vieilles vignes plantées dans le sud du terroir Endinger Engelsberg. À partir d’ici, rien n’est simple, accrochez-vous ! Ce terroir n’est pas reconnu, ni comme premier cru, ni comme grand cru, parce qu’aucun vigneron membre de l’association privée VDP n’y est propriétaire de vignes. De plus, le cépage chardonnay n’est pas accepté dans le cahier des charges.
Une injustice …et une opportunité: le flacon coûte € 20 au Domaine et c’est franchement bon marché par rapport à la bouteille dégustée (et vidée dans les règles de l’art). C’est crémeux (élevage bois très précis) et doté d’une colonne vertébrale acide d’anthologie. Ouvert, causant et plein de goût !
Weinhaus Stetter de l’intérieur et ……de l’extérieur
Changement de région: cap vers le sud. Restaurant Zur Weinsteige à Stuttgart: carte des vins impressionnante, bien sûr centrée sur les vins allemands et plus particulièrement ceux du Württemberg. Cuisine de très bonne qualité, avec des portions parfois pantagruéliques.
Ce lemberger (cépage connu en Autriche sous le nom de blaufränkisch) conjugue avec brio une bonne dose d’énergie et une aromatique épicée. Vin profond: un verre conduit irrésistiblement à un autre verre.
Le Domaine Aldinger incarne le très haut du panier dans la région encore peu connue du Württemberg, région qui se signale par 68% de vins rouges (trollinger, lemberger, pinot noir).
Aujourd’hui c’est Escherndorf, village situé entre le Main et le célèbre vignoble du Lump. Il y a la place pour une rue et une église. La rue, c’est la Bocksbeutelstrasse, laquelle peut concourir pour le titre de rue la plus vigneronne d’Allemagne: sur quelques dizaines de mètres se succèdent les Domaines Michaël Fröhlich, Egon Schäffer, Horst Sauer et Reiner Sauer (sans lien de parenté).
caveau chez Rainer Sauer
Après avoir beaucoup lu, je me décide à rendre visite au Domaine Rainer Sauer. Magnifique caveau moderne et accueil sympathique. 15 hectares dont 65% de silvaner. On commence avec la catégorie Gutswein qui correspond à peu près à la notion de vin de cépage: on recherche un fruit de qualité simple, sans l’intensité offerte par les meilleurs terroirs. Silvaner, riesling, müller-thurgau, tout cela est bien fait et tarifé agréablement: € 8.
Puis vient un Ortswein à savoir un vin de village: le silvaner Muschelkalk 2021 vaut très largement ses € 11, style parfaitement sec et 12% d’alcool, le saut qualitatif est évident, le fruit étant complété par une bonne dose de caillou.
On grimpe encore pour déguster un premier cru, à savoir le susmentionné Escherndorfer Lump dont la pente vertigineuse surplombe le caveau. Ce cru fait partie des meilleurs lieux-dits de Franconie, son histoire remonte au moins jusqu’au 17ème siècle. C’est un amphithéâtre, une pente convexe et brutale qui épouse un méandre du Main.
Ce cru de 37 hectares forme un demi-cercle orienté sud-est. L’altitude s’échelonne entre 190 et 270 mètres. Difficile de ne pas succomber au charme puissant d’un lieu aussi particulier. Tout en haut de la paroi, c’est le Vogelsburg. De là, on se rend bien compte de la majesté de ce vignoble.
Et donc nous goûtons deux millésimes successifs, 2020 et 2021 du silvaner Escherndorfer Lump Erste Lage: deux très bons vins, marqués par une franche salinité et par une colonne vertébrale acide de toute beauté. Léger avantage au 2021, plus énergique que le 2020 (du moins aujourd’hui).
Également en premier cru, une spécialité: Altfränkischer Satz 2020. Il s’agit d’un vin de type complantation (les anglophones diront field blend): trois cépages plantés ensemble sur la même parcelle et vendangés ensemble. En l’occurrence, riesling, silvaner et traminer (chacun un tiers). En dégustation et à ma surprise le côté très aromatique du traminer est masqué par un riesling dominant.
On termine par le grand cru Am Lumpen 1655, en cépage silvaner et en millésime 2019. Très sec, fermé sur lui-même, ce vin implore la patience de l’amateur. C’est trop tôt. Cette fois, il faut accepter de réfléchir en termes de potentiel. Aujourd’hui, les premiers crus donnent plus de satisfaction; dans quelques années, j’accepte volontiers de parier sur le grand cru !
Am Lumpen 1655 est une parcelle située au centre du Lump.
le grand crule village d’Escherndorf
Promenade du jour au château de Hallburg: lieu idyllique voire paradisiaque. Vignes, prairies, châtaigniers en fleur, vaches brunes, silence à peine troublé par un merle et un coucou. Un lièvre sur un chemin. Par contre, balisage inexistant. Rien n’est décidément parfait…
Voici deux vins de la gamme du Domaine Juliusspital. Ce très grand domaine (182 hectares) possède des vignes un peu partout en Franconie: à Iphofen, à Bürgstadt et surtout à Würzbourg, capitale de la Franconie du vin. Ils sont spécialisés dans la production de vins blancs, silvaner et riesling.
Par goût inné pour la contradiction, j’ai donc goûté un pinot noir et un pinot gris. Ce dernier provient du village de Thüngersheim, au nord et en aval de Würzbourg. Je peux garantir que c’est la première fois que j’entends parler de ce village. Le vin m’apparaît conforme à ce à quoi on s’attend: un peu de sucre et pas trop de fraîcheur. Heureusement alcool modéré (12,5%), fruit franc et prix domaine très correct (€ 11). À consommer bien frais.
C’est typiquement un ortswein, c’est-à-dire un vin de village, troisième niveau dans la pyramide de la qualité, après les grosse Lage (grand cru) et les erste Lage (premier cru).
le pinot gris…
Revenons-en au pinot noir qui s’avère plus intéressant pour l’amateur (en sachant que c’est € 25 prix domaine). Pfaffenberg est une parcelle premier cru qui se situe au nord de la ville de Würzbourg, pas bien loin du célèbre Stein. Vin énergique et relativement tannique avec une expression un tantinet rustique du cépage. Il y a du fruit, du bois et de la matière. Légèrement démonstratif mais on a du plaisir à dialoguer avec le flacon !
…et le pinot noir.
La promenade du jour nous a emmené au nord de Volkach, en passant par une jolie église construite en plein cœur du vignoble (grand cru Ratsherr) et par un endroit aussi curieux que majestueux: Konstitutionsäule est une colonne en pierre d’une trentaine de mètres de haut, entourée par de beaux cerisiers, puis par un vignoble de 12 hectares (Gaibacher Schlosspark), puis par un gigantesque champ de …petits pois (je dirais approximativement 80 hectares). Le tout protégé par un bois. Pas un être humain dans les parages…
Petite dégustation chez un grand spécialiste du silvaner, j’ai nommé le Domaine Hans Wirsching à Iphofen, en Franconie orientale (Steigerwald). Ici, le Main brille par son absence. Les vins rouges aussi. Silvaner, riesling, scheurebe en dégustation. Les Silvaner se goûtent très bien, avec du fruit mûr et une touche végétale très agréable, en forme de pomme verte.
chez Hans Wirsching
Rieslings irrésistibles et scheurebe étonnant: le nez sauvignonne franchement (fruits exotiques à la pelle), la bouche est construite sur la fraîcheur et une finale impeccable. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais goûté un scheurebe de cette qualité ! Ce cépage « de laboratoire » est un croisement du riesling avec un cépage …indéterminé !
arrivée au Domaine
Nous avons enchaîné avec une promenade dans le vignoble, en croisant notamment le grand cru Julius-Echterberg, fleuron de la gamme de Wirsching. Temps orageux, nous avons dix fois cru nous faire arroser, mais la pluie a courtoisement attendu que nous soyons installés dans la voiture.
Juste sous la forêt, le Julius-Echterbergfleurs de printemps et vignes: coexistence pacifique
Pentes vertigineuses, forêt protectrice en haut de colline, vues plongeantes sur Iphofen, balisage décent, mais la carte s’est avérée utile à l’une ou l’autre reprise…
PS: ce soir, dîner satisfaisant dans un restaurant à Volkach. Carte des vins limitée à la gamme d’un unique vigneron local. La dégustation permet de se rendre compte de l’écart de qualité avec la gamme de Wirsching. Inutile de recourir à la photo-finish pour départager les vignerons…