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A la frontière franco-allemande…

Curiosité peu courante: les vignes du Domaine Jülg se situent de part et d’autre de la frontière franco-allemande, entre Wissembourg (extrême nord de l’Alsace) et Schweigen (extrême sud du Palatinat/Pfalz).

Il s’agit donc de vins vinifiés en Allemagne, par une famille allemande, mais élaborés en majorité avec des raisins vendangés en France. La carte ci-dessous le visualise assez bien: la frontière est indiquée par la ligne rouge. Au nord de cette ligne, c’est l’Allemagne; au sud, la France.

Le Domaine s’étend sur 25 hectares: 60% pinots (blanc, gris et noir), 20% riesling, 10% chardonnay, 10% autres cépages. Il y a quelques années, Jülg a rejoint VDP, l’association privée qui regroupe une bonne partie de l’élite des vignerons allemands, ce qui a fait évoluer la gamme du Domaine: le modèle promu par VDP passe entre autres par une hiérarchie à trois niveaux, inspirée par la Bourgogne: les vins régionaux (Gutswein), les vins de village (Ortswein) et les crus (erstes Gewächs et grosses Gewächs). Astuce: on reconnait les Domaines membres de VDP à la présence sur la collerette de l’aigle-grappe ci-dessous. Toutes choses égales, c’est un label crédible qui peut faciliter le choix de l’amateur au sein d’une offre touffue.

Je raconte aujourd’hui un Ortswein, puisque tous les raisins proviennent du même village, à savoir Schweigen, ce qui est mis en avant par l’étiquette. Conséquence de cette origine précise: toutes les parcelles sont calcaires, ce qui est tout aussi mis en avant sur l’étiquette. Le vin allemand serait compliqué ? Eh bien non, pas forcément !

Clin d’œil à la géographie: le Domaine choisit de nomer ce vin « Calcaire Blanc » et non pas weißer Kalkstein.

La même étiquette se montre plutôt discrète quand il s’agit de cépages. Oui, cépages au pluriel, puisque ce Calcaire Blanc est un assemblage de chardonnay, de pinot blanc et de pinot gris. J’ignore les proportions respectives.

Le modèle pour penser et créer ce vin se situe clairement en Bourgogne. Le dégustateur aveugle peut facilement se faire rouler dans la farine et situer son origine quelque part entre Côte de Beaune et Mâconnais. L’élevage est long: d’abord 12 mois en barriques, ensuite 18 mois en cuve inox, enfin quelques mois en bouteilles avant commercialisation.

En dégustation, le boisé apparaît, mais c’est en finesse, une présence plus suggérée qu’affirmée. Bouche cristalline avec une acidité traçante, élevage précis, du volume en bouche, avec -à ce stade de sa vie- une forte présence du chardonnay. Si la présence du pinot gris vous fait immanquablement penser à certains mollassons alsaciens et/ou à certains insipides pinot grigio du nord de l’Italie, celui-ci va vous faire changer d’avis. Je prends les paris !

Tant qu’à faire, la région est très accueillante avec des villages d’autant plus beaux qu’il n’y a quasi pas de monde et en conséquence pas de boutiques à l’assortiment douteux, y compris les terribles cartons de trois flûtes alsaciennes qui terrorisent les touristes naïfs. Je recommande en particulier le village de Hunspach. Et Wissembourg sous le soleil, c’est pas mal non plus !

Du côté allemand, suivez la Route des Vins du Sud-Palatinat à partie de la spectaculaire porte du vignoble, au centre du village de Schweigen. Le Domaine Jülg, c’est aussi un restaurant de belle réputation: Die Weinstube. What else ?

Weingut Jülg, Pfalz, Calcaire Blanc 2022: € 24,00

Je prends vos commandes jusqu’au mardi 24 mars inclus. Disponibilité des vins commandés: avril.

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Vignes plus que centenaires, en Languedoc

Où sommes-nous ? Village de Bagnoles tout à l’ouest du Minervois, près de Carcassonne et donc près de l’appellation Cabardès. Le Languedoc mais loin de la Méditerranée.

La gamme du Château du Donjon est sympathique et propose quelques bons rapports qualité/prix. Mais rien de vraiment essentiel … sauf une cuvée spéciale très grenache, pimentée par un peu de syrah (15 à 20% de syrah, selon les sources).

Ce grenache est issu de vignes centenaires. Mais à quel point sont-elles centenaires ? Goûtons ! La robe ? Plutôt claire, comme attendu pour un vin à forte dominante de grenache. Le nez ? Silence et concentration, il se passe quelque chose d’inattendu. Ce nez est envoûtant, marqué par l’encre et les épices. En bouche, beaucoup d’intensité. Malgré 14,5%, c’est plus droit que chaleureux, avec une grande concentration et du fruit bien mûr. Peu de tannins et une magnifique finale « en queue de paon ». Toutes les caractéristiques d’un vin « prestigieux », donc sans doute un prix « prestigieux » …

Mais à quel point les vignes sont-elles centenaires ? Si j’ai correctement compris l’information « entre les lignes », elles seraient centenaires au point d’être pré-phylloxériques et donc franches de pied. La vilaine bestiole nommée phylloxéra n’a pas sévi ici, pour des raisons ignorées de tous. Rare, très rare. Très petits rendements. Un bond dans le temps vers un passé révolu. Un voyage vers le vin du 19ème siècle ?

Maintenant, jetez un coup d’œil au prix. Je confirme que ce sont des bouteilles de 75 centilitres. Il n’y a pas de piège. A vous de jouer !

Château du Donjon, Minervois, La Pujade 2023: € 17,00. Je prends vos commandes jusqu’au mardi 17 mars inclus. Disponibilité des vins commandés: fin mars.

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Voyage en Alentejo, à prix serré

Le Portugal offre avec régularité de petites perles au rapport qualité prix exceptionnel. En voici une qui mérite quelques phrases en forme d’hommage à son équilibre: ce vin n’a trop de rien et assez de tout, il combine habilement fruit, très gentils tannins et fraîcheur. C’est léger mais pas trop. Quelques épices et un alcool modéré à 13,50%. Un modèle pour accompagner la cuisine de tous les jours quand il ne s’agit pas de décortiquer la boisson sous tous ses angles. Elevage en cuve inox (pas de bois).

Origine géographique en Alentejo, cette province du sud d’une superficie à peu près égale à celle de la Belgique. On est à l’est de Lisbonne, tant vers le nord que vers le sud. Il s’agit d’une indication géographique (et non d’une AOP), ce qui offre beaucoup de liberté au vigneron pour faire exactement ce qu’il a en tête, sans contraintes plus ou moins judicieuses. Voir carte géo jointe. Cocktail de cépages classiques (syrah et aragonez – le nom local du tempranillo) et locaux (trincadeira et alicante bouschet). Ce quatuor de cépages -aussi curieux que cela puisse sembler- est très représentatif des vins élaborés dans la région: ce sont les quatre cépages rouges les plus plantés.

EA fait référence à Eugenio de Almeida et plus précisément à la Eugenio de Almeida Foundation, association active dans la sauvegarde du patrimoine, dans la culture, dans le social et, bien entendu dans le vin, via Adega Cartuxa. Cette « adega » (en portugais, synonyme de « bodega » et de « cantina ») élabore une large gamme avec un dynamisme certain: on peut y trouver ce EA, mais aussi une gamme plus ambitieuse sous le nom Cartuxa (j’y reviendrai dans peu de temps), y compris des vins élevés en jarres de terre cuite appelées ici « talha » et des crus prestigieux tels le Pêra Manca Tinto, commercialisé à un prix très largement supérieur à la barre des 100 euros.

Cerise sur le gâteau: une offre oenotouristique complète (restaurant, jardins, bâtiments anciens, etc…). Que l’on peut combiner avec une visite de la célèbre ville blanche d’Evora, à 10 minutes en voiture.

Adega de Cartuxa, Alentejano, EA 2022: € 9,50. Je prends vos commandes jusqu’au mardi 17 mars inclus. Disponibilité des vins commandés: fin mars.

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Juste comme ça

Lecchi est un hameau de Gaiole

Ce soir, restaurant qui met de la joie dans les assiettes et du sourire sur les lèvres ! La cuisine est simple sans aucune sophistication mais elle est goûteuse et servie par une équipe qui aime son métier. Ajoutez-y une belle carte des vins, pas très longue mais sacrément tentante, une absence complète de difficulté à se garer, un décor brol vintage charmant et une addition sans mauvaise surprise (entrée plat dessert café eau et vin = € 147), c’est un ticket gagnant !

À propos de vin, je n’ai pas résisté au Riserva du Domaine Monsanto en millésime 2020 (€ 50 sur table), une cuvée presque culte qui me semble difficile à trouver en Belgique. Cette bouteille porte un nom catastrophique (remember glyphosate/Round’Up) et une étiquette assez affligeante. Mais Monsanto est un temple de la tradition et il me semble très improbable que quelque chose ne change.

Le style du vin est très en rondeur dodue avec peu de tannins et relativement peu d’acidité. Mais quelle belle matière apaisée ! Quelle suavité sans mollesse ! Prune, épices et cuir. Content d’avoir pu goûter cela.

Vintage ?!

Techniquement: 90% sangiovese, 10% colorino & canaiolo. La cuvée existe depuis 1962.

On peut visiter la cave historique datant du 18ème siècle. Le Domaine se situe à Barberino Tavarnelle, à l’ouest de l’appellation Chianti Classico.

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Riecine

Sans grande surprise pour ceux et celles qui connaissent la gamme d’Anthocyane, me voici donc au Domaine Riecine à Gaiole in Chianti. Les deux derniers kilomètres avant d’arriver nécessitent un conducteur attentif. Une fois le portail franchi, nous sommes reçus par Lorenzo qui nous propose une visite très complète dans un anglais parfait.

La maison des propriétaires

En particulier, il nous montre le trésor, c’est-à-dire la bibliothèque des flacons historiques où sont conservés dans des conditions idéales les millésimes anciens: on remonte allègrement aux années ‘90, voire plus loin pour certains crus.

Le Domaine a été fondé en 1971 et n’a pas changé de philosophie depuis, malgré deux changements de propriétaires. On ne vise en aucun cas à en mettre plein les yeux, plein le nez et plein le palais. On veut faire mieux, plus équilibré, plus subtil. Pas question de tomber dans le piège d’un modernisme avide du toujours plus. Le bois fait partie de la panoplie de l’équipe qui vinifie, mais le bois neuf est proscrit (sauf pour La Gioia, j’y reviens plus loin) et les contenants sont des 300 litres, voire des 500 litres, qui marquent peu. Les fermentations ont lieu pour l’essentiel en cuves béton, matériau poreux qui permet une micro-oxydation des vins.

On remarque aussi plusieurs œufs en béton (Nomblot) utilisés pour la cuvée Riecine di Riecine (ma préférée).

Un coup d’œil sur le vignoble qui entoure la propriété permet d’observer des vignes cultivées en albarello, c’est-à-dire en bush vines: il n’y a pas de rangs, ce qui implique des vendanges manuelles. Pas de souci puisque tous les raisins sont récoltés à la main. Lorenzo nous indique que le nom du Domaine est d’origine étrusque et signifie entre deux rivières. Entre nous, les deux rivières dont question sont très peu visibles.

Pendant la conversation, le sujet du bouleversement climatique ne peut être évité. Le gel frappe peu le Domaine, mais la grêle peut être dangereuse: en 2024, Riecine n’en a pas souffert, mais des domaines voisins ont eu moins de chance. Les parcelles se situent essentiellement en altitude et l’humidité est maîtrisée grâce aux vents qui sèchent les grappes. On travaille en bio dans le vignoble depuis de longues années et depuis trois ans le travail en cave est également bio grâce à quoi la certification a été obtenue depuis le millésime 2021.

Un artiste s’est chargé de décorer les différents bâtiments

On produit ici à peu près 60.000 bouteilles dont une moitié de Chianti Classico. Le reste se partage entre le rosé, le Chianti Classico Riserva, les quatre cuvées de prestige et le blanc.

La dégustation commence avec le rosé Palmina 2022 (igt Toscana): c’est croquant, fruité et léger (12,50%) avec de la couleur. Un complément pertinent à la gamme des vins rouges, qui commence par le simple Chianti Classico 2021 (le 2022 est déjà disponible, mais le Domaine préfère faire goûter son aîné qui se goûte mieux en ce moment). Tout ici est question d’équilibre: surtout ne pas extraire trop pour garder une grande buvabilité et des arômes de cerise fort appétissants. Une note de poivre noir qui est une signature de la gamme de Riecine. On en boirait jusqu’au bout de la nuit !

Intéressant, nous goûtons ensuite le Chianti Classico Riserva dans le même millésime 2021. Lorenzo me confirme que les raisins sélectionnés pour ce Riserva ne proviennent pas systématiquement des mêmes parcelles: le choix se fait sur base d’une dégustation qui permet de faire le tri. Donc forcément plus de concentration, plus de corps (14,50%) et plus de tannins dans la version Riserva, laquelle est destinée à une garde en cave qui peut certainement franchir le cap des dix ans. Cela étant cela se goûte déjà fort bien, avec cette nuance poivrée très énergique.

Et voilà que nous est présentée une cuvée de prestige parcellaire: Vigna Gittori 2020. Cette parcelle qui se situe en altitude le long de la route qui mène au Domaine, a été acquise récemment: premier millésime en 2018. Secouons vigoureusement nos verres pour oxygéner l’animal ! C’est intense et concentré, mais je note surtout la qualité des tannins et la parfaite maîtrise de l’alcool (13,50%). Puis viennent la salinité et la finale longue et précise. Il y a une belle cohérence avec ses deux prédécesseurs.

Lorsque l’on passe à la cuvée La Gioia 2020, le cap change: il y a du merlot dans l’assemblage et cela donne rondeur et confort en bouche. C’est succulent et aromatique, mais cela correspond moins à mon goût personnel. Si ce n’était la barrière du prix, ce serait sans nul doute un grand succès commercial !

Restez attentifs, ce n’est pas fini ! Voici Tresette (littéralement trois sept) qui tire son nom des trois barriques de 700 litres qui l’élèvent. Il s’agit d’un 100% merlot: autant dire d’emblée que je me méfie. D’où la surprise de goûter un merlot d’altitude qui m’oblige à remettre en question mon opinion aussi préconçue qu’erronée au sujet de ce cépage qui a souvent tendance à faire preuve de lourdeur et d’une suavité excessive. Ravi de goûter un merlot énergique et bien équilibré malgré 15% d’alcool.

Avant de reprendre la route vers Gaiole, nous profitons de la terrasse du Domaine avec vues du type cliché toscan, moult oliviers, cyprès, bois de feuillus et de conifères, vignes et maisons au charme dévastateur.

Sur la terrasse
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Un Domaine toscan sous la loupe: Badia a Coltibuono

Badia a Coltibuono, domaine bio au sein d’une très ancienne abbaye

Badia a Coltibuono est un exemple parmi tant d’autres en Toscane qu’il est possible de transformer un Domaine viticole en projet d’oenotourisme attractif: des chambres, des cours de cuisine, un restaurant, le tout dans le cadre assez idyllique d’une abbaye du 12ème siècle, perchée au sommet d’une colline avec vue imprenable.

Élément qui m’a fait craquer: le menu dégustation en cinq étapes, chacune accompagnée par un verre de la production du Domaine (€ 85). Ce n’est pas de la haute gastronomie mais c’est honnête et relativement original.

Après un vermentino techniquement irréprochable mais manquant de personnalité, le Chianti Classico Riserva 2019 est une déception: je le trouve terne, fatigué, douceâtre, peu concentré et dépourvu de structure tannique. C’est un vin gentil mais il ne me semble pas digne du statut Riserva. À € 30 (prix au Domaine), je ne suis pas preneur. Une bouteille qui aurait mal évolué ?

Heureusement, le vin suivant est d’un tout autre tonneau: Sangioveto 2020 (igt Toscana), 100% sangiovese, super-toscan élevé en barriques (10% neuves), d’un degré alcoolique élevé (15%) se montre énergique et précis. Le fruit est frais et croquant, l’élevage discret, l’alcool équilibré par la fraîcheur. Servi à bonne température (ce n’est malheureusement pas courant, les rouges étant régulièrement servis tièdes/chauds), ce vin est équilibré et doté de tannins de belle qualité. Seul bémol: à € 46 (prix au Domaine), je suis hésitant.

Ensuite vient Montebello 2018, un autre super-toscan (igt Toscana), assemblage de neuf (sic) cépages différents: sangiovese, colorino, mammolo, canaiolo, malvasia nera, etc… Degré alcoolique à 15,50%, style extraverti, boisé, typé pour le marché américain. C’est sans doute fort bon, mais cela ne correspond pas à mes goûts personnels. Ce vin me semble, malgré ses grands airs, manquer de substance et (allez, j’ose) de spiritualité. Bien sûr il est possible que je sois passé à côté. À € 52 (prix au Domaine), cela DOIT être bon. Un pas en arrière par rapport au vin précédent.

Pour finir, le vinsanto 2014, vin blanc doux de malvasia et de trebbiano. C’est une friandise qui tient la route: il y a de la fraîcheur pour contrebalancer 15% d’alcool et un sucre résiduel de type moelleux. Le prix est malheureusement dissuasif: € 44 pour une demi-bouteille.

Voici les détails du menu

Un Domaine intéressant ? Oui. Un Domaine qui me pousse à faire une folie en puisant profondément dans ma besace sonnante et trébuchante ? Non. Du moins sur base de mon impression de ce jour. Néanmoins si quelqu’un souhaitait m’offrir une bouteille de Sangiovete, j’accepterais ce présent avec le sourire et avec reconnaissance…

Demain, visite d’un Domaine. À suivre !

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Sommes arrivés en Toscane !

Après un intermède culturel à Ravenne (mosaïques paléo chrétiennes de toute beauté, vins blancs régionaux de Romagne qui m’ont bien plu, mais qui ne résisteraient sans doute pas à une nouvelle dégustation à Bruxelles), nous voici en Toscane, via Arezzo. Dans le village de Gaiole in Chianti, nous dînons à l’Osteria al Ponte.

Ce restaurant propose le chant des grenouilles dans la rivière, le blues le plus authentique dans les haut-parleurs (Albert King, Rory Gallagher, etc…) et la viande la plus florentine. Ici, on ne se bat pas pour une inaccessible étoile, mais pour un concept à la fois simple et exceptionnel: la meilleure viande de bœuf de la planète. Service en salle (en l’occurrence en terrasse) de haut niveau, c’est-à-dire qui maîtrise tant les aspects techniques (découpe et assaisonnement de la viande à table) que le contact avec le client. Cette équipe pluri linguistique sait comment interagir avec le client et donner une irrésistible envie de revenir.

Boisson: un vin du Chianti Classico, mais hors appellation puisque 100% colorino (IGT Toscane), un cépage qui est souvent présent en petite quantité aux côtés du sangiovese dans les vins en appellation Chianti Classico, mais qui doit ici se défendre tout seul. C’est raisonnable en alcool (13,5%), charnu et sensuel avec une finale assez précise. Peu tannique. Cela tient la route avec les plats carnassiers.

Domaine Rocca di Castagnoli, cuvée Pratola dans l’excellent millésime 2019. 100% colorino, vignes de 20 ans, parcelles exposées nord et sud, altitude 400 mètres, 18 mois en barriques usagées, 6 mois cuve inox et 12 mois en bouteilles.

Sur table € 58. Au domaine € 38: coefficient raisonnable.

Le Domaine Rocca di Castagnoli est bio

Ce Domaine se situe à exactement 5 kilomètres du restaurant: on suppose que le voyage n’a pas été trop fatiguant !

Bonne nuit !

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Exploration en Valpolicella

Ce mercredi 08 mai, c’est cap sur le Domaine Stefano Accordini à Cavalo. Stefano est le créateur du Domaine, en 1970. Il est décédé récemment. Aujourd’hui, c’est la troisième génération qui aux commandes de ce domaine …familial.: Giacomo, Paolo et Marco.

Trois générations d’Accordini

La gamme est large et commence par des vins de consommation courante sur lesquels il n’est pas nécessaire de disserter.

Le Valpolicella Superiore me semble marqué par un boisé excessif du moins par rapport à la matière du vin. Ce boisé lui donne un style un peu sec qui n’est pas représentatif du style de la maison.

On passe ensuite à une paire de vins « ripasso », c’est-à-dire qui ont subi une deuxième fermentation en « repassant » sur les peaux des raisins qui ont servi à élaborer l’Amarone. Cette repasse enrichit le vin en couleur, en tannins et en alcool. Le Ripasso 2021 est fort bon, avec une certaine suavité qui me semble caractériser la plupart des vins. Mais le lui préfère clairement le Ripasso 2019 dans sa version bio: fondu, harmonieux, savoureux et précis, il a tout pour plaire.

Parenthèse: le Domaine est 100% bio, mais ses voisins ne le sont pas. Lorsque ceux-ci aspergent leurs vignes avec des produits interdits en bio, le vent se charge de les transporter dans toutes les directions. Conclusion: Accordini ne labellise « bio » que les vins issus de parcelles « sans voisins ». Il ne reste qu’à convaincre les voisins conventionnels de changer leurs pratiques …

La dégustation, du premier au huitième vin

On passe à Paxxo, un vin hors appellation puisqu’il conjugue des cépages locaux ( corvina et rondinella) avec du cabernet sauvignon et du merlot. Pour l’anecdote, ce vin s’appelait initialement Passo. Mais les risques de confusion avec les vins de type « ripasso » ont poussé les vignerons à remplacer deux « s » par deux « x ».

C’est un grand charmeur, sensuel en diable, rempli de bons fruits, avec de gros de morceaux de plaisir dedans. Ce vin est le premier de la gamme goûtée à bénéficier de l’opération concentration par séchage des raisins. Cette méthode est en quelque sorte la signature de la région et est pratiquée depuis de longs siècles : une fois les raisins cueillis, on les dépose délicatement dans des paniers peu profonds et on empile ces paniers dans un local bien aéré et peu humide. Il s’agit d’empêcher l’apparition de champignons et moisissures qui peuvent détruire la récolte: les raisins en phase de séchage sont contrôlés deux fois par jour pendant les trois mois que dure le processus. Pour compenser les jours sans vent et les jours pluvieux, un système d’air conditionné est prêt à prendre le relais.

Mais quel est le but du jeu ? Simple, pendant le séchage, les raisins évaporent de l’eau, beaucoup d’eau. Les grappes se ratatinent et concentrent leurs sucres. À l’issue du processus, on passe à la macération, fermentation et élevage classiques. Bien sûr, le talent se reconnaît à l’équilibre du résultat. Paxxo est un bon exemple du potentiel de cette technique, parce que le degré alcoolique élevé (14,50%) est compensé par une acidité élevée.

Petit foudre en bois de Slavonie. Tonnelier Garnellotto, le choix des meilleurs Domaines du nord de l’Italie.

Et maintenant les choses vraiment sérieuses, à savoir deux parmi les trois Amarone produits par le Domaine: la version classique en millésime 2020 et le sommet absolu: Il Fornetto Riserva 2016. Passionnante comparaison entre un Amarone jeune et une bouteille ayant bénéficié d’un long élevage en bois neuf. Le 2016 se goûte en réalité plus jeune que le 2020 ! Mes craintes relative à la fameuse grande cuvée qui serait trop boisée, trop tannique, trop alcoolisée, trop tout sont dissipées par la dégustation de ce géant issu de raisins vendangés sur la parcelle Il Fornetto, là où tout a commencé en 1970: les vignes de 46 ans se montrent à la hauteur des attentes !

On termine par la dégustation de deux vins doux: le Recioto traditionnel 2019 (équilibre avec peu d’alcool et beaucoup de sucre: 13,50% et +/- 125 grammes) et Amandorlato 2015, une invention du Domaine Accordini, avec moins de sucre et plus d’alcool (70 grammes et 16%). Ce dernier vin n’a pas le droit à l’appellation Recioto et c’est très bien ainsi puisque cela lui permet d’affirmer sa différence. Élevage en bois de cerisier, raisins issus de Il Fornetto. On se rapproche du style Porto Vintage, mais sans le moindre mutage. Aujourd’hui ma préférence va au Recioto pour sa capacité à donner le sourire aux dégustateurs les plus blasés. Riche certes, mais sans lourdeur.

Vignes typiques de la région, taillées en « pergoletta »

Merci à Elena pour nous avoir guidés pendant cette longue et belle dégustation et pour nous avoir permis de goûter plusieurs cuvées Il Forletto (ce qui n’est prévu vu la rareté et le prix des bouteilles.

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Le voyage en Rioja (jour 5): le retour

C’est simple: nous avons pris le petit déjeuner, fait nos bagages et pris la direction de l’aéroport de Bilbao.

Je retiens de ce voyage l’accueil, aussi professionnel que sympathique. Partout. Malgré une relation parfois difficile avec l’anglais.

Je retiens la découverte de la grande diversité des vins blancs: rien en commun entre Viña Tondonia Reserva (Lopez de Heredia), Olagar (Remirez de Ganuza), 5V (Abel Mendoza) et Miguel Merino Blanco si ce n’est la qualité !

Je retiens que les vins rouges modernes ont changé de cap vers plus de fraîcheur et un usage plus intelligent de la barrique française: en un mot ces rouges modernes sont aussi intéressants que les vins rouges traditionnels.

Je retiens le bouillonnement d’idées et la multiplicité des approches: la région est vivante (même si les villages paraissent parfois dépeuplés) et elle n’a pas peur d’essayer, de changer, de se remettre en question. Bien sûr, Lopez de Heredia ne change RIEN, JAMAIS. Et c’est très bien comme ça !

Je retiens que les prix des bouteilles, certes élevés, sont cohérents par rapport à la qualité. Trouvera-t-on facilement un grand Bourgogne, un grand Bordeaux, un grand Barolo pour moins de € 50 ? C’est bien avec ces régions-là qu’il convient de comparer ! Nous avons rendu visite aux meilleurs Domaines, ceux que Tim Atkin considère comme l’équivalent des 1ers et 2ièmes crus classés à Bordeaux. Cela se paye, vu l’importance de la demande mondiale.

Je retiens que la météo s’est montrée clémente: il n’a vraiment plu que sur la route du retour, vers l’aéroport.

Je retiens que notre logement était fantastique: Palacio Condes de Cirac.

Je retiens que les Domaines que nous avons visité proposent leurs vins en Belgique. Parfois les millésimes goûtés en Espagne ne sont pas ceux qui sont disponibles en Belgique aujourd’hui. Parfois une cuvée spécifique est épuisée ou n’est pas importée.

Anthocyane vous propose:

3 cuvées du Domaine Lopez de Heredia: Viña Cubillo Crianza 2015 (€ 18), Viña Bosconia Reserva 2011 (€ 29) et Viña Tondonia Reserva 2010 (€ 40).

3 cuvées du Domaine de la Rioja Alta: Viña Ardanza Reserva 2015 (€ 35), Viña Arana Gran Reserva 2014 (€ 40) et « 904 » Gran Reserva 2011 (€ 60).

5 cuvées du Domaine Artuke: Artuke 2021 (€ 11), Pies Negros 2021 (€ 17,50), Finca de Los Locos 2020 (€ 26), Paso Las Mañas 2020 (€ 31,50) et Trascuevas 2020 (€ 35).

2 cuvées du Domaine Abel Mendoza: Las Sepulturas 2018 (€ 18) et Seleccion Personal 2019 (€ 40,50).

3 cuvées du Domaine Roda: Sela 2020 (€ 22), Roda Reserva 2019 (€ 36), Roda I Reserva 2018 (€ 57,50).

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Allemagne, Mosel, Trittenheim, jours 13 & 14

Trittenheim n’est pas exactement le village qui incite l’automobiliste de passage à s’arrêter parce que les colombages et autres maisons peintes lui taperaient dans l’oeil. De loin, c’est assez banal. De près (c’est-à-dire en marchant), on y trouve pourtant un tas de petites curiosités que, selon son goût personnel, l’on qualifiera de charmantes ou de kitchissimes.

Apotheke se signale à tous et en toutes lettres, même sans zoom

Du côté de la Moselle et juste en face d’un mur de vignes connu sous le doux nom de Trittenheimer Apotheke, ce village cache surtout une maison étoilée dont il paraît que la carte des vins mérite un large détour.

au delà des vins allemands, une belle sélection autrichienne

Wein- & Tafelhaus figure depuis longtemps sur la liste des restaurants qui excitent mes papilles mentales. Petit menu le vendredi soir, grand menu le samedi soir pour clôturer en beauté ces deux semaines de vacances.

Deux menus, deux vins mosellans: d’abord le Piesporter (appellation village) de Julian Haart. Ce jeune homme est le neveu de Théo Haart (Domaine Reinhold Haart). Il élabore sur 5 hectares des vins exceptionnels: ce Piesporter est de mon point de vue une parfaite incarnation du riesling sec mosellan: une incroyable légèreté conjuguée avec de l’intensité et du fruit. On ressent ce qui s’apparente à de la fragilité d’autant mieux que le vin est servi dans un verre Zalto qui exprime cette même fragilité. Délicatesse implique concentration chez le dégustateur : si l’on fait l’effort pour l’écouter, sa musique est fantastique ! C’est de la musique de chambre, pas une symphonie.

Piesport est un village de la vallée de la Moselle

J’avais fort envie de découvrir les vins de Franz-Josef Eifel, vigneron basé à Trittenheim et disposant en particulier de quelques rangs de vignes dans la meilleure partie du Grand Cru Trittenheimer Apotheke: le Sonnenfels. Eh oui, un cru de 68 hectares n’est pas homogène: certaines parcelles sont mieux exposées que d’autres et la géologie est assez complexe. En Allemagne, ce vigneron obtient très régulièrement des notations stratosphériques. Le Domaine est minuscule (3 hectares) et il n’y a donc pas beaucoup de bouteilles à l’export.

Ce Sonnenfels est très étonnant: minéralité puissante, dominatrice; jus de caillou au point d’effacer la contribution du cépage: à l’aveugle, je pense que je n’aurais pas reconnu le cépage, le citron -jaune, vert- disparaît au bénéfice du schiste (ardoise). Un vin qui joue la carte de l’invulnérabilité et de l’éternité. Pas gratuit évidemment (€ 69 sur table), mais n’importe quel Chablis premier cru est vendu aussi cher, si pas plus cher.

étiquette difficile à photographier parce qu’elle répartit l’information sur une grande largeur…
… et donc voici le nom du vigneron (FJ Eifel) et le nom de la cuvée (Sonnenfels)
la promenade nous fait croiser quelques vignes du Domaine Eifel

Et pour clore ce périple, une anecdote qui nous a bien fait sourire. Nous sommes au restaurant et commandons une bouteille plutôt haut de gamme. Une demoiselle nous amène le flacon et constate soudain qu’il n’est pas capsulé, mais doté d’un bon vieux bouchon en liège. Panique, la demoiselle disparaît en emmenant la bouteille.

Quelques instants plus tard, une autre demoiselle, celle-ci munie d’un tire-bouchons, nous sauve de la soif. Euh …non, elle n’a manifestement jamais utilisé le tire-bouchons et s’obstine à vouloir arracher le bouchon d’un seul coup. Le spectacle vire à la tragi-comédie à tel point que je me décide à ouvrir le flacon moi-même en expliquant gentiment à la seconde demoiselle comment ça marche.

Moralité: la capsule est la norme, le bouchon, l’exception.

Prenez vos vacances là où il y a du vignoble: la météo y est plus agréable, les paysages plus jolis, les villages plus pimpants et les restaurants plus appétissants. Boire un vin en observant en même temps le vignoble dont il est issu est un plaisir d’une grande finesse.

Trittenheim, dans un méandre de la Moselle
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Allemagne, Rheingau, Rüdesheim & Kloster Eberbach, jour 12

abbaye cistercienne Kloster Eberbach
impressionnante collection de pressoirs

Difficile de traverser le Rheingau sans une étape à Kloster Eberbach, lieu essentiel dans la « création » du riesling. Abbaye cistercienne et vignoble du Steinberg, exemple très rare d’une parcelle désignée uniquement par son nom sans référence au village où elle se situe. Steinberg -et Johannisberg, à quelques kilomètres d’ici- ont une telle réputation qu’il est manifestement inutile de préciser plus avant. C’est donc Steinberg tout court et non Hattenheimer Steinberg.

Ce Steinberg s’etend sur 34 hectares et est entouré d’un mur assez haut, destiné à protéger les vignes du vent. On le compare parfois avec Clos Vougeot en Bourgogne.

le Steinberg, c’est de l’autre côté de cette porte

Une nouvelle œnologue a pris les commandes du Domaine en 2018, avec l’ambition de ramener les vins au sommet. Parmi les nouveautés, une cuvée issue des vignes les plus âgées au sein du Steinberg: cela s’appelle Zehntstück (littéralement: morceau d’un dixième) et 2021 en est le premier millésime. J’ai goûté et approuvé. Eh hop, quelques bouteilles pour la cave !

Comme ce n’est pas bien loin, petite balade dans le charmant village de Kiedrich, connu pour abriter le Domaine Robert Weil. Non, je n’y ai pas dégusté, les vins étant « cédés » à un prix qui outrepasse l’épaisseur de mon portefeuille.

Kiedrich
Domaine R. Weil, par l’arrière
c’est ici !

Le restaurant pour ce soir appartient à la famille Breuer. La nourriture y est tout-à-fait correcte, mais il faut accepter une ambiance qui oscille entre rue des Bouchers, karaoké teuton et fête permanente. On y sert des centaines de couverts avec une efficacité souriante. La carte des vins donne accès à la plupart des vins du Domaine Georg Breuer. Mais il y a mieux: une deuxième carte des vins intitulée « Raritäten » (dois-je traduire ?) laquelle remonte …jusqu’au début du XXème siècle.

allons-y et feuilletons !
oublions les prix (…) et notons le format 70 cl qui n’existe plus aujourd’hui du moins dans l’UE

Nous avons été sages et avons sélectionné Terra Montosa en millésime 2016. Le vin se goûte parfaitement sec et tout aussi parfaitement mûr. Surprise: il titre …11,5% ! Je suppose que l’acidité élevée cache un sucre résiduel significatif. Mais j’insiste, c’est un vin sec à la dégustation. Ah oui, j’oubliais, c’est un riesling.

à point
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Allemagne, Rheingau, Hattenheim, jour 9 & suivants

De restaurant en balade-vignoble, de musée en balade-bateau, de Mainz à Lorch, quelques impressions fugaces et photographiques de notre périple en Rheingau.

Sur l’échelle de la qualité, le riesling Hattenheimer Nussbronnen 2015 kabinett trocken de Langwerth von Simmern score vraiment haut: 8/10. NB: mon échelle va de 0 (le caca de chien malade, sur trottoir défoncé, sous une pluie glaciale) à 10 (le Taj Mahal ou le musée du Quai Branly ou les Variations Goldberg).

Ce Domaine à la forte notoriété et aux étiquettes particulièrement baroques a cessé d’exister vers 2018: les parcelles ont été revendues à d’autres vignerons, parmi lesquels le Domaine Corvers Kauter à Oestrich-Winkel.

Il y a tant à voir, tant à faire, tant à goûter/boire que je ne sais par où commencer.

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Allemagne, Württemberg, Stuttgart ter, jour 8

Samedi, c’est soirée de gala. On se permet le beau menu cinq services avec l’accompagnement-vins exclusivement allemand. Sur le maquereau (au demeurant d’une rare qualité), c’est tout de suite mirobolant avec le riesling premier cru Mölsheim 2017 du Domaine Battenfeld Spanier (Rheinhessen): du comme ça, j’en veux bien tous les soirs ! Quelle tension !

maquereau

Sur le feuilleté de pommes de terre avec morille et asperge, on voyage jusqu’en Baden chez le producteur le plus renommé du coin, à savoir le Domaine Bernhard Huber: Malterdinger 2016, assemblage de chardonnay et de pinot blanc. Ici, le modèle est chablisien tendance premier cru. Ni boisé, ni beurre ni même noisette, c’est du cistercien monacal !

feuilleté

Voici la langoustine et ris de veau. Plat plus que remarquable, au même niveau que les deux premiers (et ce n’est pas peu dire). Et un riesling de style très différent du premier: grand cru Jesuitengarten 2015 (année chaude) du Domaine Reichsrat von Buhl (Pfalz). Si le vin précédent évoquait Chablis, ici je pense à… Meursault ! Vin aussi sensuel que le Battenfeld Spanier était cérébral.

Avec le gibier « Maibock », le rouge fait son entrée sous la forme d’une syrah du Württemberg: Syrah SE 2015 du Domaine Graf von Neipperg. Eh oui, il y a donc de la syrah en Allemagne. Le vin me semble en fait plus bordelais que Rhodanien. Pas si surprenant quand on sait que Graf von Neipperg est aussi propriétaire à …Bordeaux: Canon-la-Gaffelière, La Mondotte et d’Aiguilhe, c’est Neipperg ! Bon, ce vin-ci est certes d’une concentration impressionnante, mais il répond moins bien à mes goûts personnels. Et comme je ne dispose que de ceux-là…

Sur le dessert, composition assez sophistiquée de chocolat et de fraise, un vin moelleux bien entendu. C’est le Domaine Frey (Pfalz) qui s’y colle, avec un beerenauslese 2019 issu d’un assemblage improbable de pinot noir et de cabernet sauvignon. Vin surprenant en diable auquel il manque un petit peu de légèreté aérienne pour être superbe. En chiffres, cela donne 6,4% d’alcool, 168 grammes de sucre résiduel et …13 grammes d’acidité pour équilibrer ce sucre majeur.

dessert

Le meilleur pour la fin: la visite de la cave du restaurant, formidable caverne d’Ali Baba, en la compagnie du maître des lieux, Andreas Scherle. La conversation du coq à l’âne au gré des bouteilles que nous « découvrons », les anecdotes, l’échange entre passionnés, Knoll, La Rioja Alta, Klaus Peter Keller, etc…

J’ai eu un peu de mal à m’endormir…

Restaurant Zur Weinsteige, 70184 Stuttgart. Avec le TGV, ce n’est pas si loin…

je suis en excellente compagnie
pour finir…
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Allemagne, Württemberg, Stuttgart bis, jour 7

Ce soir, direction la Weinhaus Stetter pour une cuisine de type bistrot très bien tournée. Service efficace et sympathique, carte des vins qui donne envie et fait pétiller instantanément l’oeil de l’amateur.

vaut ses trois étoiles !

J’ai fait une infidélité à la région du Württemberg pour me ruer (calmement) sur un chardonnay du Domaine Knab, en pays de Bade, dans le coin du Kaiserstuhl. Ce vigneron est encore assez peu reconnu, mais chaque vin goûté tape en plein dans le mille !

Eckkinzig *** n’est pas à proprement parler un terroir mais une sélection de vieilles vignes plantées dans le sud du terroir Endinger Engelsberg. À partir d’ici, rien n’est simple, accrochez-vous ! Ce terroir n’est pas reconnu, ni comme premier cru, ni comme grand cru, parce qu’aucun vigneron membre de l’association privée VDP n’y est propriétaire de vignes. De plus, le cépage chardonnay n’est pas accepté dans le cahier des charges.

Une injustice …et une opportunité: le flacon coûte € 20 au Domaine et c’est franchement bon marché par rapport à la bouteille dégustée (et vidée dans les règles de l’art). C’est crémeux (élevage bois très précis) et doté d’une colonne vertébrale acide d’anthologie. Ouvert, causant et plein de goût !

Weinhaus Stetter de l’intérieur et …
…de l’extérieur
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Allemagne, Württemberg, Stuttgart, jour 6

un premier cru dans un millésime un peu ancien

Changement de région: cap vers le sud. Restaurant Zur Weinsteige à Stuttgart: carte des vins impressionnante, bien sûr centrée sur les vins allemands et plus particulièrement ceux du Württemberg. Cuisine de très bonne qualité, avec des portions parfois pantagruéliques.

Ce lemberger (cépage connu en Autriche sous le nom de blaufränkisch) conjugue avec brio une bonne dose d’énergie et une aromatique épicée. Vin profond: un verre conduit irrésistiblement à un autre verre.

Le Domaine Aldinger incarne le très haut du panier dans la région encore peu connue du Württemberg, région qui se signale par 68% de vins rouges (trollinger, lemberger, pinot noir).

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Allemagne, Franconie, Escherndorf, jour 5

Aujourd’hui c’est Escherndorf, village situé entre le Main et le célèbre vignoble du Lump. Il y a la place pour une rue et une église. La rue, c’est la Bocksbeutelstrasse, laquelle peut concourir pour le titre de rue la plus vigneronne d’Allemagne: sur quelques dizaines de mètres se succèdent les Domaines Michaël Fröhlich, Egon Schäffer, Horst Sauer et Reiner Sauer (sans lien de parenté).

caveau chez Rainer Sauer

Après avoir beaucoup lu, je me décide à rendre visite au Domaine Rainer Sauer. Magnifique caveau moderne et accueil sympathique. 15 hectares dont 65% de silvaner. On commence avec la catégorie Gutswein qui correspond à peu près à la notion de vin de cépage: on recherche un fruit de qualité simple, sans l’intensité offerte par les meilleurs terroirs. Silvaner, riesling, müller-thurgau, tout cela est bien fait et tarifé agréablement: € 8.

Puis vient un Ortswein à savoir un vin de village: le silvaner Muschelkalk 2021 vaut très largement ses € 11, style parfaitement sec et 12% d’alcool, le saut qualitatif est évident, le fruit étant complété par une bonne dose de caillou.

On grimpe encore pour déguster un premier cru, à savoir le susmentionné Escherndorfer Lump dont la pente vertigineuse surplombe le caveau. Ce cru fait partie des meilleurs lieux-dits de Franconie, son histoire remonte au moins jusqu’au 17ème siècle. C’est un amphithéâtre, une pente convexe et brutale qui épouse un méandre du Main.

Ce cru de 37 hectares forme un demi-cercle orienté sud-est. L’altitude s’échelonne entre 190 et 270 mètres. Difficile de ne pas succomber au charme puissant d’un lieu aussi particulier. Tout en haut de la paroi, c’est le Vogelsburg. De là, on se rend bien compte de la majesté de ce vignoble.

Escherndorfer Lump, vu d’en haut

Et donc nous goûtons deux millésimes successifs, 2020 et 2021 du silvaner Escherndorfer Lump Erste Lage: deux très bons vins, marqués par une franche salinité et par une colonne vertébrale acide de toute beauté. Léger avantage au 2021, plus énergique que le 2020 (du moins aujourd’hui).

Également en premier cru, une spécialité: Altfränkischer Satz 2020. Il s’agit d’un vin de type complantation (les anglophones diront field blend): trois cépages plantés ensemble sur la même parcelle et vendangés ensemble. En l’occurrence, riesling, silvaner et traminer (chacun un tiers). En dégustation et à ma surprise le côté très aromatique du traminer est masqué par un riesling dominant.

On termine par le grand cru Am Lumpen 1655, en cépage silvaner et en millésime 2019. Très sec, fermé sur lui-même, ce vin implore la patience de l’amateur. C’est trop tôt. Cette fois, il faut accepter de réfléchir en termes de potentiel. Aujourd’hui, les premiers crus donnent plus de satisfaction; dans quelques années, j’accepte volontiers de parier sur le grand cru !

Am Lumpen 1655 est une parcelle située au centre du Lump.

le grand cru
le village d’Escherndorf

Promenade du jour au château de Hallburg: lieu idyllique voire paradisiaque. Vignes, prairies, châtaigniers en fleur, vaches brunes, silence à peine troublé par un merle et un coucou. Un lièvre sur un chemin. Par contre, balisage inexistant. Rien n’est décidément parfait…

Hallburg, Domaine Graf von Schönborn
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Allemagne, Franconie, Iphofen, jour 3

Petite dégustation chez un grand spécialiste du silvaner, j’ai nommé le Domaine Hans Wirsching à Iphofen, en Franconie orientale (Steigerwald). Ici, le Main brille par son absence. Les vins rouges aussi. Silvaner, riesling, scheurebe en dégustation. Les Silvaner se goûtent très bien, avec du fruit mûr et une touche végétale très agréable, en forme de pomme verte.

chez Hans Wirsching

Rieslings irrésistibles et scheurebe étonnant: le nez sauvignonne franchement (fruits exotiques à la pelle), la bouche est construite sur la fraîcheur et une finale impeccable. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais goûté un scheurebe de cette qualité ! Ce cépage « de laboratoire » est un croisement du riesling avec un cépage …indéterminé !

arrivée au Domaine

Nous avons enchaîné avec une promenade dans le vignoble, en croisant notamment le grand cru Julius-Echterberg, fleuron de la gamme de Wirsching. Temps orageux, nous avons dix fois cru nous faire arroser, mais la pluie a courtoisement attendu que nous soyons installés dans la voiture.

Juste sous la forêt, le Julius-Echterberg
fleurs de printemps et vignes: coexistence pacifique

Pentes vertigineuses, forêt protectrice en haut de colline, vues plongeantes sur Iphofen, balisage décent, mais la carte s’est avérée utile à l’une ou l’autre reprise…

PS: ce soir, dîner satisfaisant dans un restaurant à Volkach. Carte des vins limitée à la gamme d’un unique vigneron local. La dégustation permet de se rendre compte de l’écart de qualité avec la gamme de Wirsching. Inutile de recourir à la photo-finish pour départager les vignerons…

notre promenade s’appelle i2
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Allemagne, Franconie, Bürgstadt, jour 1

Weinhaus Stern, un hôtel-restaurant plus que sympathique, au centre d’un petit village charmant mais pas touristique (Bürgstadt).

La carte des vins est très orientée « circuit court hyper-local »: magnifique sélection en vins de Franconie occidentale (Churfranken), avec un accent majeur sur les vins du Domaine Rudolf Fürst.

Fürst est considéré comme l’un des papes du pinot noir en Allemagne et cela n’est pas rien, vu la relative abondance d’excellents pinots noirs de ce côté-là du Rhin. Son terroir, c’est le Centgrafenberg, vignoble pentu en surplomb de l’Erf, un petit affluent du Main.

J’ai choisi un millésime relativement ancien (2013) pour une double raison: d’abord le plaisir de goûter un vin déjà fondu et à pleine maturité. Ensuite, savourer son prix sur table (€ 57) alors que les millésimes plus jeunes sont tarifés à peu près au double: l’impact de mention GG (traduction libre: grand cru) qui change manifestement tout…

Le vin est superbe: apaisé, épicé, profond et long. Une intensité qui ne peut laisser indifférent. Un boisé presque imperceptible, chaque verre paraissant meilleur que le précédent. Ce voyage commence fort.

6,8 km de plaisir pédestre à travers le Centgrafenberg
C’est par là: balisage impeccable !

Le Domaine Fürst est discret: très peu d’indications pour le trouver, Vivons cachés ! Devant la maison, une œuvre d’art à la gloire de la roche locale, le buntsandstein, de couleur rougeâtre.