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Allemagne, Mosel, Trittenheim, jours 13 & 14

Trittenheim n’est pas exactement le village qui incite l’automobiliste de passage à s’arrêter parce que les colombages et autres maisons peintes lui taperaient dans l’oeil. De loin, c’est assez banal. De près (c’est-à-dire en marchant), on y trouve pourtant un tas de petites curiosités que, selon son goût personnel, l’on qualifiera de charmantes ou de kitchissimes.

Apotheke se signale à tous et en toutes lettres, même sans zoom

Du côté de la Moselle et juste en face d’un mur de vignes connu sous le doux nom de Trittenheimer Apotheke, ce village cache surtout une maison étoilée dont il paraît que la carte des vins mérite un large détour.

au delà des vins allemands, une belle sélection autrichienne

Wein- & Tafelhaus figure depuis longtemps sur la liste des restaurants qui excitent mes papilles mentales. Petit menu le vendredi soir, grand menu le samedi soir pour clôturer en beauté ces deux semaines de vacances.

Deux menus, deux vins mosellans: d’abord le Piesporter (appellation village) de Julian Haart. Ce jeune homme est le neveu de Théo Haart (Domaine Reinhold Haart). Il élabore sur 5 hectares des vins exceptionnels: ce Piesporter est de mon point de vue une parfaite incarnation du riesling sec mosellan: une incroyable légèreté conjuguée avec de l’intensité et du fruit. On ressent ce qui s’apparente à de la fragilité d’autant mieux que le vin est servi dans un verre Zalto qui exprime cette même fragilité. Délicatesse implique concentration chez le dégustateur : si l’on fait l’effort pour l’écouter, sa musique est fantastique ! C’est de la musique de chambre, pas une symphonie.

Piesport est un village de la vallée de la Moselle

J’avais fort envie de découvrir les vins de Franz-Josef Eifel, vigneron basé à Trittenheim et disposant en particulier de quelques rangs de vignes dans la meilleure partie du Grand Cru Trittenheimer Apotheke: le Sonnenfels. Eh oui, un cru de 68 hectares n’est pas homogène: certaines parcelles sont mieux exposées que d’autres et la géologie est assez complexe. En Allemagne, ce vigneron obtient très régulièrement des notations stratosphériques. Le Domaine est minuscule (3 hectares) et il n’y a donc pas beaucoup de bouteilles à l’export.

Ce Sonnenfels est très étonnant: minéralité puissante, dominatrice; jus de caillou au point d’effacer la contribution du cépage: à l’aveugle, je pense que je n’aurais pas reconnu le cépage, le citron -jaune, vert- disparaît au bénéfice du schiste (ardoise). Un vin qui joue la carte de l’invulnérabilité et de l’éternité. Pas gratuit évidemment (€ 69 sur table), mais n’importe quel Chablis premier cru est vendu aussi cher, si pas plus cher.

étiquette difficile à photographier parce qu’elle répartit l’information sur une grande largeur…
… et donc voici le nom du vigneron (FJ Eifel) et le nom de la cuvée (Sonnenfels)
la promenade nous fait croiser quelques vignes du Domaine Eifel

Et pour clore ce périple, une anecdote qui nous a bien fait sourire. Nous sommes au restaurant et commandons une bouteille plutôt haut de gamme. Une demoiselle nous amène le flacon et constate soudain qu’il n’est pas capsulé, mais doté d’un bon vieux bouchon en liège. Panique, la demoiselle disparaît en emmenant la bouteille.

Quelques instants plus tard, une autre demoiselle, celle-ci munie d’un tire-bouchons, nous sauve de la soif. Euh …non, elle n’a manifestement jamais utilisé le tire-bouchons et s’obstine à vouloir arracher le bouchon d’un seul coup. Le spectacle vire à la tragi-comédie à tel point que je me décide à ouvrir le flacon moi-même en expliquant gentiment à la seconde demoiselle comment ça marche.

Moralité: la capsule est la norme, le bouchon, l’exception.

Prenez vos vacances là où il y a du vignoble: la météo y est plus agréable, les paysages plus jolis, les villages plus pimpants et les restaurants plus appétissants. Boire un vin en observant en même temps le vignoble dont il est issu est un plaisir d’une grande finesse.

Trittenheim, dans un méandre de la Moselle
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Allemagne, Rheingau, Rüdesheim & Kloster Eberbach, jour 12

abbaye cistercienne Kloster Eberbach
impressionnante collection de pressoirs

Difficile de traverser le Rheingau sans une étape à Kloster Eberbach, lieu essentiel dans la « création » du riesling. Abbaye cistercienne et vignoble du Steinberg, exemple très rare d’une parcelle désignée uniquement par son nom sans référence au village où elle se situe. Steinberg -et Johannisberg, à quelques kilomètres d’ici- ont une telle réputation qu’il est manifestement inutile de préciser plus avant. C’est donc Steinberg tout court et non Hattenheimer Steinberg.

Ce Steinberg s’etend sur 34 hectares et est entouré d’un mur assez haut, destiné à protéger les vignes du vent. On le compare parfois avec Clos Vougeot en Bourgogne.

le Steinberg, c’est de l’autre côté de cette porte

Une nouvelle œnologue a pris les commandes du Domaine en 2018, avec l’ambition de ramener les vins au sommet. Parmi les nouveautés, une cuvée issue des vignes les plus âgées au sein du Steinberg: cela s’appelle Zehntstück (littéralement: morceau d’un dixième) et 2021 en est le premier millésime. J’ai goûté et approuvé. Eh hop, quelques bouteilles pour la cave !

Comme ce n’est pas bien loin, petite balade dans le charmant village de Kiedrich, connu pour abriter le Domaine Robert Weil. Non, je n’y ai pas dégusté, les vins étant « cédés » à un prix qui outrepasse l’épaisseur de mon portefeuille.

Kiedrich
Domaine R. Weil, par l’arrière
c’est ici !

Le restaurant pour ce soir appartient à la famille Breuer. La nourriture y est tout-à-fait correcte, mais il faut accepter une ambiance qui oscille entre rue des Bouchers, karaoké teuton et fête permanente. On y sert des centaines de couverts avec une efficacité souriante. La carte des vins donne accès à la plupart des vins du Domaine Georg Breuer. Mais il y a mieux: une deuxième carte des vins intitulée « Raritäten » (dois-je traduire ?) laquelle remonte …jusqu’au début du XXème siècle.

allons-y et feuilletons !
oublions les prix (…) et notons le format 70 cl qui n’existe plus aujourd’hui du moins dans l’UE

Nous avons été sages et avons sélectionné Terra Montosa en millésime 2016. Le vin se goûte parfaitement sec et tout aussi parfaitement mûr. Surprise: il titre …11,5% ! Je suppose que l’acidité élevée cache un sucre résiduel significatif. Mais j’insiste, c’est un vin sec à la dégustation. Ah oui, j’oubliais, c’est un riesling.

à point
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Allemagne, Rheingau, Hattenheim, jour 9 & suivants

De restaurant en balade-vignoble, de musée en balade-bateau, de Mainz à Lorch, quelques impressions fugaces et photographiques de notre périple en Rheingau.

Sur l’échelle de la qualité, le riesling Hattenheimer Nussbronnen 2015 kabinett trocken de Langwerth von Simmern score vraiment haut: 8/10. NB: mon échelle va de 0 (le caca de chien malade, sur trottoir défoncé, sous une pluie glaciale) à 10 (le Taj Mahal ou le musée du Quai Branly ou les Variations Goldberg).

Ce Domaine à la forte notoriété et aux étiquettes particulièrement baroques a cessé d’exister vers 2018: les parcelles ont été revendues à d’autres vignerons, parmi lesquels le Domaine Corvers Kauter à Oestrich-Winkel.

Il y a tant à voir, tant à faire, tant à goûter/boire que je ne sais par où commencer.

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Allemagne, Württemberg, Stuttgart ter, jour 8

Samedi, c’est soirée de gala. On se permet le beau menu cinq services avec l’accompagnement-vins exclusivement allemand. Sur le maquereau (au demeurant d’une rare qualité), c’est tout de suite mirobolant avec le riesling premier cru Mölsheim 2017 du Domaine Battenfeld Spanier (Rheinhessen): du comme ça, j’en veux bien tous les soirs ! Quelle tension !

maquereau

Sur le feuilleté de pommes de terre avec morille et asperge, on voyage jusqu’en Baden chez le producteur le plus renommé du coin, à savoir le Domaine Bernhard Huber: Malterdinger 2016, assemblage de chardonnay et de pinot blanc. Ici, le modèle est chablisien tendance premier cru. Ni boisé, ni beurre ni même noisette, c’est du cistercien monacal !

feuilleté

Voici la langoustine et ris de veau. Plat plus que remarquable, au même niveau que les deux premiers (et ce n’est pas peu dire). Et un riesling de style très différent du premier: grand cru Jesuitengarten 2015 (année chaude) du Domaine Reichsrat von Buhl (Pfalz). Si le vin précédent évoquait Chablis, ici je pense à… Meursault ! Vin aussi sensuel que le Battenfeld Spanier était cérébral.

Avec le gibier « Maibock », le rouge fait son entrée sous la forme d’une syrah du Württemberg: Syrah SE 2015 du Domaine Graf von Neipperg. Eh oui, il y a donc de la syrah en Allemagne. Le vin me semble en fait plus bordelais que Rhodanien. Pas si surprenant quand on sait que Graf von Neipperg est aussi propriétaire à …Bordeaux: Canon-la-Gaffelière, La Mondotte et d’Aiguilhe, c’est Neipperg ! Bon, ce vin-ci est certes d’une concentration impressionnante, mais il répond moins bien à mes goûts personnels. Et comme je ne dispose que de ceux-là…

Sur le dessert, composition assez sophistiquée de chocolat et de fraise, un vin moelleux bien entendu. C’est le Domaine Frey (Pfalz) qui s’y colle, avec un beerenauslese 2019 issu d’un assemblage improbable de pinot noir et de cabernet sauvignon. Vin surprenant en diable auquel il manque un petit peu de légèreté aérienne pour être superbe. En chiffres, cela donne 6,4% d’alcool, 168 grammes de sucre résiduel et …13 grammes d’acidité pour équilibrer ce sucre majeur.

dessert

Le meilleur pour la fin: la visite de la cave du restaurant, formidable caverne d’Ali Baba, en la compagnie du maître des lieux, Andreas Scherle. La conversation du coq à l’âne au gré des bouteilles que nous « découvrons », les anecdotes, l’échange entre passionnés, Knoll, La Rioja Alta, Klaus Peter Keller, etc…

J’ai eu un peu de mal à m’endormir…

Restaurant Zur Weinsteige, 70184 Stuttgart. Avec le TGV, ce n’est pas si loin…

je suis en excellente compagnie
pour finir…
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Allemagne, Württemberg, Stuttgart bis, jour 7

Ce soir, direction la Weinhaus Stetter pour une cuisine de type bistrot très bien tournée. Service efficace et sympathique, carte des vins qui donne envie et fait pétiller instantanément l’oeil de l’amateur.

vaut ses trois étoiles !

J’ai fait une infidélité à la région du Württemberg pour me ruer (calmement) sur un chardonnay du Domaine Knab, en pays de Bade, dans le coin du Kaiserstuhl. Ce vigneron est encore assez peu reconnu, mais chaque vin goûté tape en plein dans le mille !

Eckkinzig *** n’est pas à proprement parler un terroir mais une sélection de vieilles vignes plantées dans le sud du terroir Endinger Engelsberg. À partir d’ici, rien n’est simple, accrochez-vous ! Ce terroir n’est pas reconnu, ni comme premier cru, ni comme grand cru, parce qu’aucun vigneron membre de l’association privée VDP n’y est propriétaire de vignes. De plus, le cépage chardonnay n’est pas accepté dans le cahier des charges.

Une injustice …et une opportunité: le flacon coûte € 20 au Domaine et c’est franchement bon marché par rapport à la bouteille dégustée (et vidée dans les règles de l’art). C’est crémeux (élevage bois très précis) et doté d’une colonne vertébrale acide d’anthologie. Ouvert, causant et plein de goût !

Weinhaus Stetter de l’intérieur et …
…de l’extérieur
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Allemagne, Württemberg, Stuttgart, jour 6

un premier cru dans un millésime un peu ancien

Changement de région: cap vers le sud. Restaurant Zur Weinsteige à Stuttgart: carte des vins impressionnante, bien sûr centrée sur les vins allemands et plus particulièrement ceux du Württemberg. Cuisine de très bonne qualité, avec des portions parfois pantagruéliques.

Ce lemberger (cépage connu en Autriche sous le nom de blaufränkisch) conjugue avec brio une bonne dose d’énergie et une aromatique épicée. Vin profond: un verre conduit irrésistiblement à un autre verre.

Le Domaine Aldinger incarne le très haut du panier dans la région encore peu connue du Württemberg, région qui se signale par 68% de vins rouges (trollinger, lemberger, pinot noir).

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Allemagne, Franconie, Escherndorf, jour 5

Aujourd’hui c’est Escherndorf, village situé entre le Main et le célèbre vignoble du Lump. Il y a la place pour une rue et une église. La rue, c’est la Bocksbeutelstrasse, laquelle peut concourir pour le titre de rue la plus vigneronne d’Allemagne: sur quelques dizaines de mètres se succèdent les Domaines Michaël Fröhlich, Egon Schäffer, Horst Sauer et Reiner Sauer (sans lien de parenté).

caveau chez Rainer Sauer

Après avoir beaucoup lu, je me décide à rendre visite au Domaine Rainer Sauer. Magnifique caveau moderne et accueil sympathique. 15 hectares dont 65% de silvaner. On commence avec la catégorie Gutswein qui correspond à peu près à la notion de vin de cépage: on recherche un fruit de qualité simple, sans l’intensité offerte par les meilleurs terroirs. Silvaner, riesling, müller-thurgau, tout cela est bien fait et tarifé agréablement: € 8.

Puis vient un Ortswein à savoir un vin de village: le silvaner Muschelkalk 2021 vaut très largement ses € 11, style parfaitement sec et 12% d’alcool, le saut qualitatif est évident, le fruit étant complété par une bonne dose de caillou.

On grimpe encore pour déguster un premier cru, à savoir le susmentionné Escherndorfer Lump dont la pente vertigineuse surplombe le caveau. Ce cru fait partie des meilleurs lieux-dits de Franconie, son histoire remonte au moins jusqu’au 17ème siècle. C’est un amphithéâtre, une pente convexe et brutale qui épouse un méandre du Main.

Ce cru de 37 hectares forme un demi-cercle orienté sud-est. L’altitude s’échelonne entre 190 et 270 mètres. Difficile de ne pas succomber au charme puissant d’un lieu aussi particulier. Tout en haut de la paroi, c’est le Vogelsburg. De là, on se rend bien compte de la majesté de ce vignoble.

Escherndorfer Lump, vu d’en haut

Et donc nous goûtons deux millésimes successifs, 2020 et 2021 du silvaner Escherndorfer Lump Erste Lage: deux très bons vins, marqués par une franche salinité et par une colonne vertébrale acide de toute beauté. Léger avantage au 2021, plus énergique que le 2020 (du moins aujourd’hui).

Également en premier cru, une spécialité: Altfränkischer Satz 2020. Il s’agit d’un vin de type complantation (les anglophones diront field blend): trois cépages plantés ensemble sur la même parcelle et vendangés ensemble. En l’occurrence, riesling, silvaner et traminer (chacun un tiers). En dégustation et à ma surprise le côté très aromatique du traminer est masqué par un riesling dominant.

On termine par le grand cru Am Lumpen 1655, en cépage silvaner et en millésime 2019. Très sec, fermé sur lui-même, ce vin implore la patience de l’amateur. C’est trop tôt. Cette fois, il faut accepter de réfléchir en termes de potentiel. Aujourd’hui, les premiers crus donnent plus de satisfaction; dans quelques années, j’accepte volontiers de parier sur le grand cru !

Am Lumpen 1655 est une parcelle située au centre du Lump.

le grand cru
le village d’Escherndorf

Promenade du jour au château de Hallburg: lieu idyllique voire paradisiaque. Vignes, prairies, châtaigniers en fleur, vaches brunes, silence à peine troublé par un merle et un coucou. Un lièvre sur un chemin. Par contre, balisage inexistant. Rien n’est décidément parfait…

Hallburg, Domaine Graf von Schönborn
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Allemagne, Franconie, Iphofen, jour 3

Petite dégustation chez un grand spécialiste du silvaner, j’ai nommé le Domaine Hans Wirsching à Iphofen, en Franconie orientale (Steigerwald). Ici, le Main brille par son absence. Les vins rouges aussi. Silvaner, riesling, scheurebe en dégustation. Les Silvaner se goûtent très bien, avec du fruit mûr et une touche végétale très agréable, en forme de pomme verte.

chez Hans Wirsching

Rieslings irrésistibles et scheurebe étonnant: le nez sauvignonne franchement (fruits exotiques à la pelle), la bouche est construite sur la fraîcheur et une finale impeccable. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais goûté un scheurebe de cette qualité ! Ce cépage « de laboratoire » est un croisement du riesling avec un cépage …indéterminé !

arrivée au Domaine

Nous avons enchaîné avec une promenade dans le vignoble, en croisant notamment le grand cru Julius-Echterberg, fleuron de la gamme de Wirsching. Temps orageux, nous avons dix fois cru nous faire arroser, mais la pluie a courtoisement attendu que nous soyons installés dans la voiture.

Juste sous la forêt, le Julius-Echterberg
fleurs de printemps et vignes: coexistence pacifique

Pentes vertigineuses, forêt protectrice en haut de colline, vues plongeantes sur Iphofen, balisage décent, mais la carte s’est avérée utile à l’une ou l’autre reprise…

PS: ce soir, dîner satisfaisant dans un restaurant à Volkach. Carte des vins limitée à la gamme d’un unique vigneron local. La dégustation permet de se rendre compte de l’écart de qualité avec la gamme de Wirsching. Inutile de recourir à la photo-finish pour départager les vignerons…

notre promenade s’appelle i2
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Allemagne, Franconie, Bürgstadt, jour 1

Weinhaus Stern, un hôtel-restaurant plus que sympathique, au centre d’un petit village charmant mais pas touristique (Bürgstadt).

La carte des vins est très orientée « circuit court hyper-local »: magnifique sélection en vins de Franconie occidentale (Churfranken), avec un accent majeur sur les vins du Domaine Rudolf Fürst.

Fürst est considéré comme l’un des papes du pinot noir en Allemagne et cela n’est pas rien, vu la relative abondance d’excellents pinots noirs de ce côté-là du Rhin. Son terroir, c’est le Centgrafenberg, vignoble pentu en surplomb de l’Erf, un petit affluent du Main.

J’ai choisi un millésime relativement ancien (2013) pour une double raison: d’abord le plaisir de goûter un vin déjà fondu et à pleine maturité. Ensuite, savourer son prix sur table (€ 57) alors que les millésimes plus jeunes sont tarifés à peu près au double: l’impact de mention GG (traduction libre: grand cru) qui change manifestement tout…

Le vin est superbe: apaisé, épicé, profond et long. Une intensité qui ne peut laisser indifférent. Un boisé presque imperceptible, chaque verre paraissant meilleur que le précédent. Ce voyage commence fort.

6,8 km de plaisir pédestre à travers le Centgrafenberg
C’est par là: balisage impeccable !

Le Domaine Fürst est discret: très peu d’indications pour le trouver, Vivons cachés ! Devant la maison, une œuvre d’art à la gloire de la roche locale, le buntsandstein, de couleur rougeâtre.

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Mes Amis: accords limbourgeois

En quittant le restaurant, vers 22h30 …

Escapade à Maastricht. Recherche d’un restaurant qui titillerait la curiosité de l’amateur. Au gré de la navigation, voici que mes yeux tombent sur un wijnrestaurant qui propose un menu déclinable en 4, 5, 6, 7, 8, 9 plats successifs, escortés par autant de vins issus du Limbourg, en version belge comme en version néerlandaise. Installés à 19h45 (ce qui est fort tard selon les normes néerlandaises), nous optons pour une version intermédiaire en 6 assiettes.

On commence par une association entre la truite fumée, l’anguille, la pomme et le concombre. C’est d’abord le Limbourg belge qui déboule sur scène, via le Wijnkasteel Genoels-Elderen (Riemst/Belgique) et sa cuvée Chardonnay Wit (millésime 2019). Vin frais et floral, léger. Son acidité et son aromatique m’évoquent à la fois le sauvignon et les jeunes vignes (NB: le site Internet du Domaine indique pourtant que la dernière plantation de chardonnay date de 1999). La géologie calcaire m’échappe. Vin sans défaut, honnête mais manquant de personnalité.

La deuxième assiette propose la ballotine de caille, accompagnée par diverses textures du maïs. On traverse la frontière pour goûter une cuvée issue du Domaine Overst (Voerendaal/Pays-Bas), assemblage d’auxerrois, müller-thurgau et pinot gris. C’est surprenant, avec plus de corps que le Genoels-Elderen. Sec et équilibré. Le site Internet du producteur est malheureusement laissé en friche depuis plusieurs années, dommage.

Assiette suivante autour de la langoustine et d’une multitude de déclinaisons de la carotte. Ô surprise, le vin est un muscat sec, élaboré par le Domaine Bon Baron (Profondeville/Belgique), en quelque sorte un vin « pirate » vu son origine wallonne. Mais il y une explication: Jeanette van der Steen, propriétaire de Bon Baron, est de nationalité néerlandaise. Je suis sur mes gardes, mais l’aromatique et la bouche témoignent d’une maîtrise d’un cépage à fort potentiel de déconfiture. C’est simple, mais équilibré, sans amertume excessive. Le site Internet du Domaine est suranné, voire antédiluvien.

Quatrième étape autour de la joue de bœuf et de la pomme de terre. Accord proposé: un vin blanc, à savoir le Pinot Gris du Domaine Pietershof (Voeren/Belgique). L’étiquette mentionne également la présence de riesling et de gewürztraminer. Beau vin ! Le plus intéressant de la soirée. C’est un pinot gris frais, sec, avec une finale précise. L’aromatique est sans doute favorablement complexifiée par le gewürztraminer et le colonne vertébrale doit sans doute quelque chose au riesling. Site Internet du Domaine annoncé en construction. Mouais.

La cinquième assiette propose la côte et le filet d’agneau, accompagnés par une ratatouille. Voici donc le vin rouge, du Domaine Sint-Martinus (Vijlen/Pays-Bas), la cuvée Patriek, assemblage audacieux de pinot noir, dornfelder, regent et cabernet cortis. Cette cuvée n’est produite que pour le restaurant où nous dînons. C’est bien fait, boisé avec tact, équilibré et raisonnablement persistant. Encore une fois un bon produit, mais doté d’une personnalité peut-être un peu banale. C’est plus puissant qu’élégant. Le Domaine existe depuis 1988, se focalise sur une longue série de cépages hybrides et s’est doté d’un site Internet intéressant.

Sixième assiette, c’est le dessert: chocolat blanc et fruits exotiques. On reste aux Pays-Bas pour le vin: Solaris de chez Hoeve Nekum (Maastricht/Pays-Bas). Le cépage solaris est un hybride, créé en Allemagne vers 1975. Il mûrit tôt et est capable de produire des sucres élevés. On l’utilise typiquement pour élaborer des vins moelleux. J’avoue ma surprise en lisant sur l’étiquette un alcool à 15%. Et il y a encore du sucre… Franchement, c’est chaleureux et le brûlant pointe son vilain museau. Mais il y a une jolie charpente acide et une aromatique appétissante. Site Internet intéressant.

Conclusion

Très agréable moment pour une cuisine de qualité et une plongée en profondeur dans le vin limbourgeois tel qu’il se présente à nous en 2022. Ce repas n’aurait pas pu exister il y a 20 ans, faute de combattants suffisamment vaillants. Aujourd’hui, il ne fait pas de doute que les vins belges et néerlandais prennent progressivement une place sur nos tables. Cela dit, le meilleur côtoye le pire et la banalité est sans doute l’ennemi numéro un. Les flacons auront en tous cas du mal à remporter le concours du meilleur rapport qualité/prix: rien n’est vraiment bon marché et certains prix me semblent un peu « hors sol ». Il y a sans doute une tendance à boire local qui pousse la demande au delà de l’offre.

Les plats étaient tous fort beaux et fort bons, avec un podium composé de la joue de bœuf (or), de l’agneau (argent) et de la langoustine (bronze). Si j’avais une remarque à formuler: faire plus simple, avec moins d’ingrédients. Less is more. A ce jour, non, le restaurant n’est pas un candidat évident à l’étoile. Mais le lieu, les échanges avec le jeune homme en charge de la salle (une bonne vingtaine de couverts) et l’originalité de la formule: très bien !

Le magasin

A noter que les vins proposés par le restaurant peuvent être achetés quelques maisons plus loin. Si vous y faites un achat, vérifiez quand même que le prix soit conforme au marché. On ne sait jamais…

Cerise sur le gâteau

Le vignoble du Domaine Overst

Nous avons été nous promener le lendemain un peu à l’est de Maastricht: cela s’appelle Land van Kalk et c’est une balade de 8 kilomètres, saupoudrée de quelques vignes (Overst et Sint-Martinus), d’arbres fruitiers en fleur, de moutons, de champs et de gentilles collines: idyllique, bucolique, poétique. Cela s’appelle (un peu pompeusement) Route des Vins et l’on trouve d’ailleurs quelques panneaux explicatifs du meilleur aloi.

Contact

Wijnrestaurant Mes Amis, Tongersestraat 5, 6211 LL Maastricht.

Goesting in Wijn, Tongersestraat 11, 6211 LL Maastricht.

Land van Kalk (balade)

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Ce livre est une Bible !

La Bible. Je ne vois pas de meilleure comparaison: Wijnland Duitsland est le nouveau livre de référence pour le vin allemand. 415 pages, richement illustrées, pour connaître et comprendre, pour se balader et pour bien manger/boire.

Les auteurs, Gerd Brabant et Marc Roovers, sont belges et connaissent leur sujet en profondeur. Ils se sont vraiment promenés dans les villages et les vignobles, ils ont vraiment rencontré les vignerons, ils ont vraiment testé restaurants et hébergements, ils ont vraiment goûté les vins.

Ce livre concrétise une grande quantité d’informations de première main, patiemment collectées et organisées avec méthode. La passion des auteurs jaillit de chaque page. J’oserais même affirmer que ce livre est une première, tous pays confondus. Je ne vois en tous cas rien de comparable consacré à la France.

Toutes les régions sont minutieusement décrites, y compris la Saxe et la Saale-Unstrut dont même les amateurs de vin allemand n’ont sans doute pas entendu parler.

Une introduction historique et règlementaire précède les 13 chapitres régionaux: un processus de simplification des règlements et des étiquettes est en cours. Une nouvelle vision, « bourguignonne », basée sur une hiérarchie des parcelles (appellation régionale, village, premier cru, grand cru), se met progressivement en place. Mais cela semble conduire paradoxalement à la concomitance de différents systèmes -parfois contradictoires- et à une confusion grandissante.

Plus que jamais, un guide est précieux pour se lancer sur le terrain du vin allemand ! On attend pour la fin de cette année 2021 les textes légaux définitifs, en espérant qu’ils soient conçus pour (aussi) faciliter la vie du consommateur.

Chaque chapitre régional comporte des informations précises, récentes et détaillées: cépages plantés, meilleurs vignobles, vignerons à qui rendre visite, restaurants de qualité dans les différentes catégories de prix et hébergements les plus charmants. Une promenade pédestre complète joliment le descriptif de chaque région, la part consacrée aux hommes qui font le vin est importante et justifiée. Beaucoup de références, via l’adresse des sites Internet.

Est-ce un guide touristique ou un livre destiné aux amateurs de vin, avides de parfaire leurs connaissances ? Les deux, mais le tourisme est toujours regardé au travers de la lorgnette du dégustateur.

Bon à savoir: ce n’est pas un atlas. La part réservée aux cartes géographiques est limitée. Un livre complémentaire est le Wine Atlas of Germany (Dieter Braatz, Ulrich Sautter, Ingo Swoboda), dont la version en langue anglaise date de 2014.

Il me semble que l’éditeur aurait pu ajouter un index et une table des matières, pour faciliter la consultation d’un livre épais et dense.

Bon, cet ouvrage est rédigé en néerlandais. Une édition anglophone verra peut-être le jour, mais je crains qu’une édition francophone ne soit exclue: le marché pour un tel livre dans les pays francophones/latins est malheureusement (trop) limité. Essayez d’ailleurs de trouver une carte des vins dans un restaurant français qui présente une belle sélection de vins allemands. Bonne chance…

L’Allemagne du vin, c’est à côté de chez nous. 3 heures de route suffisent pour être en Moselle, 5 à 6 heures pour la Franconie et le Pays de Bade. Par comparaison, il faut 6 heures pour être à Beaune (Bourgogne) et autant pour arriver à Tours (Loire).

Wijnland Duitsland, Gerd Brabant et Marc Roovers, stichting kunstboek, ISBN 978-90-5856-662-1. Devrait à présent se trouver dans les bonnes librairies, en Flandre et à Bruxelles, au prix de € 45. Si vous ne le trouvez pas, prenez contact avec moi.

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ARTE: Des vignes et des hommes

vignoble Stettener Stein

Une intéressante série de documentaires consacrés au vin et ceux qui le font, partout sur la planète. Les images sont belles, la qualité de l’information plutôt élevée. Parfois une bourde sans doute causée par une traduction imprécise, mais cela ne gâche pas le plaisir.

Accès via Arte.tv, puis rechercher « Des vignes et des hommes ».

Je viens de regarder le documentaire consacré à la Franconie (Franken, en allemand), région que j’apprécie beaucoup. De très beaux souvenirs de vacances ! C’est à 5 heures en voiture, depuis Bruxelles. En somme, un peu moins loin que Beaune…

Les personnages principaux de cet épisode sont Ludwig et Sandra Knoll, propriétaires du Domaine Am Stein, à Würzburg. Anthocyane peut vous proposer différentes cuvées de ce Domaine réputé, parmi lesquelles le silvaner Stettener Stein dont il est question ici.

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Styrie: l’Autriche versant sud

les 15 régions DAC

L’Autriche du vin, c’est incontestablement l’Autriche orientale, aux frontières de la République Tchèque, de la Slovaquie, de la Hongrie et de la Slovénie. Non, pas de vin dans le Tyrol, à moins de s’être perdu en Italie, dans le Südtirol a.k.a. Alto Adige.

L’austro-vignoble est organisé en 17 régions, dont 15 ont le droit d’adjoindre à leur nom l’acronyme DAC (Districtus Austriae Controllatus). Il n’est pas exclu que les deux régions restantes (Thermenregion au centre, Wagram au nord) finissent par rejoindre ce système.

Dans le contexte d’une dégustation privée, je m’intéresse aujourd’hui à deux régions austro-méridionales: Südsteirmark DAC et Vulkanland Steirmark DAC. Pour la commodité, je me permets (…non peut-être…) de résumer ces deux régions en Styrie.

le klapotetz, une spécialité locale pour effrayer les oiseaux, amateurs de raisin mûr: le bruit est audible de loin !

La Styrie, c’est +/- 4.300 hectares de vignes, soit +/- 10% du vignoble autrichien. Elle est connue essentiellement pour ses vins blancs secs, en particulier ceux élaborés avec le cépage sauvignon. Ce cépage est présent en Styrie depuis plusieurs siècles.

Le riesling et le grüner veltliner, qui incarnent la notoriété des DAC danubiennes (Wachau, Kremstal, Kamptal) sont quasi inexistants ici et cèdent leur place au chardonnay, au pinot blanc (weissburgunder), au welschriesling (sans lien de parenté avec le « vrai » riesling) et au gelber muskateller (sec). On lira souvent morillon sur les étiquettes: il s’agit d’un simple synonyme local du chardonnay.

le vignoble Zieregg, depuis la terrasse du Domaine Tement (fin août 2018)

Une douzaine de vignerons de talent ont créé l’association STK (Steirische Terroir & Klassik Weingüter) pour promouvoir ensemble leur région et ses vins. Leurs bouteilles portent l’acronyme STK sur la collerette. Les membres sont internationalement reconnus et joliment couverts d’éloges par la presse du vin.

Par exemple, le Falstaff, guide faisant référence en Autriche, accorde 5 étoiles (c’est-à-dire le maximum) à Weingut Tement (à Berghausen-Ehrenhausen) et à Weingut Sattlerhof (à Gamlitz).

Ce même guide accorde 4 étoiles (…ça fait encore un très beau général…) à Weingut Wohlmuth (à Kitzeck-Sausal), à Weingut Polz (à Spielfeld-Ehrenhausen), à Weingut Erwin Sabathi (à Leutschach), à Weingut Lackner-Tinnacher (à Gamlitz), à Weingut Gross (à Ehrenhausen) et à Weingut Neumeister (à Straden, dans le Vulkanland Steiermark).

Parmi une vingtaine d’autres domaines, Weingut Hannes Sabathi (Gamlitz) et Weingut Maitz (Ehrenhausen) sont crédités de 3 étoiles.

Les domaines ci-dessus sont pour la plupart situés à un jet de javelot de Nafi (quand son coude est de bonne humeur) de la Slovénie, au point que certains domaines possèdent des vignes de l’autre côté de la frontière. C’est par exemple le cas pour Tement et Gross.

Les paysages sont absolument magnifiques, rappelant parfois la Toscane. Les promenades ne sont pas de tout repos, elles stimulent vigoureusement le muscle cardiaque et les mollets.

Méfiance du côté de votre GPS, lequel pourrait bien ignorer totalement l’existence de routes en Slovénie: selon l’animal installé dans ma Tiguan, au-delà de la frontière, il n’y aurait …rien.

à gauche de la ligne noire, c’est la Slovénie…le néant !

La latitude du vignoble est similaire à celle du Mâconnais et du Sancerrois. Pour des spécialistes du chardonnay et du sauvignon, c’est bien joué !

Sur les étiquettes, le terme ried peut se traduire par cru ou parcelle spéciale: c’est le sommet de la gamme. Un vin qui provient d’un ried est un riedenwein.

Ortswein désigne le vin élaboré avec des parcelles situées dans un même village (par exemple: Gamlitz, Ehrenhausen, Eichberg, …). Enfin, gebietswein désigne les vins de type régional.

Pour plus d’information au sujet du sauvignon en Styrie, rendez-vous sur le blog « Les 5 du Vin« , pour une série de 3 articles publiés en 2015, sous la plume avisée de David Cobbold. La plupart de l’information est encore pertinente aujourd’hui.

Voir aussi le site Internet officiel du vin autrichien, remarquablement bien fait, ainsi que le site Wein/Steiermark.

Nous goûtons 11 vins, entre cépages et vignerons, sur les millésimes 2015, 2016 et 2017. Tous les vins ont été achetés sur place, lors d’un voyage effectué fin août 2018. Ils sont goûtés dans l’ordre suivant:

Hannes Sabathi Gamlitz (sauvignon) 2017 19,00 €
Tement « Morillon Muschelkalk » (chardonnay) 2016 13,00 €
Maitz Ehrenhausen (sauvignon) 2017 21,00 €
Lackner-Tinnacher « Franz Lackner » (welschriesling) 2016 24,00 €
Tement Ciringa Fosilni Breg Reserve (sauvignon) 2015 (SLO) 15,00 €
Sattlerhof Gamlitz (weissburgunder) 2017 17,00 €
Gross Ried Perz (gelber muskateller) 2017 29,00 €
Wohlmuth Ried Sausaler Schlössl (chardonnay) 2016 25,00 €
Neumeister Ried Klausen (sauvignon) 2016 25,00 €
Polz Ried Graßnitzberg (chardonnay) 2015 22,00 €
Tement Ried Graßnitzberg (sauvignon) 2016 21,00 €

les 11 de Styrie

Tous les vignerons dont nous dégustons les vins font partie de l’association STK. Wohlmuth n’a rejoint l’association que récemment, ce qui explique l’absence du logo STK sur la collerette de sa bouteille, issue du millésime 2016.

Le liège n’a plus vraiment la cote en Styrie: 5 bouchons en verre, 3 capsules à vis et seulement 3 bouchons en liège parmi ces 11 bouteilles.

Commentaires de dégustation

Globalement, une dégustation, à l’aveugle jusqu’au cinquième vin, surprenante, avec une belle série de vins à forte personnalité. Aucun vin décevant. Beaucoup de salinité et de fraîcheur.

Mes compagnons, malgré leur incontestable talent, n’ont pas découvert la région. Ce qui tendrait à prouver que la Styrie manque d’une image forte: STK a encore du boulot !

Chaque vin a été noté sur 20 par les huit participants. Je reprends pour chaque vin ma note, puis la note moyenne du groupe.

Hannes Sabathi Gamlitz (sauvignon) 2017: ortswein du village de Gamlitz. Alcool: 13%. Robe très claire. Nez de sauvignon « musqué », vin très aromatique, pamplemousse, soufre/allumette. Bouche aromatique et vive. Finale sur quelques amers, belle longueur saline. 15/20 & 15,1/20

Tement « Muschelkalk » (chardonnay) 2016: gebietswein issu de plusieurs parcelles sur calcaire coquillier. Alcool: 12,5%. Nez plutôt discret. La bouche commence assez aimable, mais voici que pointe un citron, joliment vif, au point d’évoquer un riesling 15/20 & 15,1/20

Maitz Ehrenhausen (sauvignon) 2017: ortswein du village d’Ehrenhausen. Sous-sol calcaire. Fort potentiel de vieillissement. Alcool: 12,5%. Ce vin m’avait un peu laissé sur ma faim lors d’une pré-dégustation à l’ouverture du flacon. Nez minéral, difficile de penser au sauvignon. Bouche dense, salinité, une vraie personnalité, pourrait faire penser à un albariño de Galice. 15,5/20 & 15,9/20

Lackner-Tinnacher « Franz Lackner » (welschriesling) 2016. Alcool: 13%. Nez de chardonnay, des fruits blancs, de la pêche. Bouche « chablisienne », assez extrême, longueur sur le caillou. 15/20 & 15,1/20

Tement Ciringa Fosilni Breg Reserve (sauvignon) 2015: vin slovène issu de parcelles dans le prolongement du Zieregg. En langue slovène, fosilni breg signifie approximativement « fossile marin ». Alcool: 13%. Nez volcanique, bouche très dense, serrée, précise, en devenir, concentrée et longue. Un premier coup de cœur. 16/20 & 16,1/20

Sattlerhof Gamlitz (weissburgunder) 2017: ortswein du village de Gamlitz. Le Domaine est en bio. Vignoble situé à 350/450 mètres d’altitude. Alcool: 12,5%. Ce vin est assez dense, mais un peu simple, moins vif et plus consensuel que les précédents. C’est néanmoins équilibré et agréable. Beau pinot blanc, net et bien sec. On en profite pour évoquer les difficultés du pinot blanc en Alsace. 15/20 & 14,7/20

Gross Ried Perz (gelber muskateller) 2017. Altitude: 470 mètres. Alcool: 12%. Nez nettement sur le basilic. Bouche parfaitement sèche, une certaine rondeur, une amertume végétale typique du cépage. Grande maîtrise d’un cépage compliqué. Une vraie bonne surprise ! 15,5/20 & 15,7/20

Wohlmuth Ried Sausaler Schlössl (chardonnay) 2016. Coteaux de schiste/ardoise à forte pente, jusqu’à une altitude de 600 mètres. Alcool: 13%. Serait-on à Chablis ? Acidité majeure, vin de garde, précision, aucune perception d’élevage, plein d’agrumes, impressionnant jusqu’à faire un peu peur. Infanticide. 16,5/20 & 15,6/20

Neumeister Ried Klausen (sauvignon) 2016. Le seul vin originaire de Vulkanland Steirmark DAC. Alcool: 13%. Franchement difficile de reconnaître le cépage, vin très dense, avec des notes lactiques/beurrées. Comparable au type Mellot, civilisé, chic et plutôt accessible. 16,5/20 & 16/20

Polz Ried Graßnitzberg (chardonnay) 2015. 12 mois sous bois. Alcool: 13%. Le premier vin dans la série à assumer un élevage (bien dosé). Nez boisé, vanillé. Bouche assez large, mais précise. Un peu luxueux, mais vraiment énergique 16/20 & 16,4/20

Tement Ried Graßnitzberg (sauvignon) 2016. Alcool: 12,5%. Nez complexe, étonnant, plutôt introverti. Grande élégance, léger variétal, équilibre parfait, l’élevage est imperceptible en tant que tel, longueur phénoménale/exceptionnelle sur le caillou, infanticide. 17,5/20 & 16,5/20

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Afrique du Sud: ça bouge !

Au Cap de Bonne-Espérance

Je n’ai jamais consacré beaucoup d’énergie à décortiquer les vins de l’hémisphère sud. Pour moi, en très résumé, Afrique du Sud = Australie = Argentine = beaucoup de couleur, beaucoup de bois, beaucoup d’alcool. On veut impressionner, on montre sa musculature, on crie fort pour être sûr de titiller l’oreille des experts anglo-saxons et d’obtenir dès que possible l’indispensable 90+.

Alternative: on produit beaucoup (rendements pléthoriques) pour fournir les supermarchés du monde entier en vins ni vraiment bons, ni vraiment mauvais mais tristement banals.

Le Domaine Grande Provence (Franschhoek)

Il se fait que je viens de passer quelques jours de vacances du côté de Cape Town et de Stellenbosch, hauts-lieux historiques du vignoble sud-africain. Premier constat, il est aussi difficile d’échapper au vignoble que de refuser les frites dans une brasserie belge: où que l’on pose les yeux, le cep jaillit, en avant-plan d’un paysage montagneux d’une beauté à couper le souffle.

Sans surprise, le cépage définit le vin. Il s’agit très souvent d’un cépage d’origine française (chenin, sauvignon, chardonnay, cabernet sauvignon, merlot, syrah), mais de petits nouveaux pointent le bout du nez: nebbiolo, sangiovese, tempranillo, riesling. Le Domaine Jordan vient de planter de l’assyrtiko.

Présenter un Bordeaux blend est une quasi obligation. On pimente souvent les deux cabernets et le merlot d’une touche de malbec et d’une pincée de petit verdot. Idem en blanc: les assemblages de sauvignon et de sémillon abondent. Le modèle bordelais est omniprésent.

Le degré alcoolique est typiquement proche de 14% (mais pas de 15%). C’est une évidence plus qu’un sujet de conversation: le climat est ce qu’il est.

Une propriété, c’est souvent 100 hectares de vignes et quelques centaines de milliers de bouteilles par an. Cela implique une politique de gamme très structurée: une série de vins de type Estate, une deuxième série de type Reserve ou Premium, une troisième série de type Flagship ou Icon. Tout cela fleure bon son marketing à l’américaine.

La sécheresse du climat est de plus en plus pénalisante et conduit à irriguer les vignobles. Ceux qui poussent des cris d’orfraie à la simple évocation d’un tuyau d’arrosage feraient bien de se méfier de ce que le bouleversement climatique réserve à nos terroirs européens…

Une vieille vigne a 35 ans ou plus: hors de question ici d’utiliser old vines si celles-ci n’ont pas atteint l’âge requis. Pour rappel, en France et en Europe en général, la notion de « vieilles vignes » n’a pas de définition précise, chacun fait ce qui lui plaît.

les Domaines rivalisent de talent pour proposer des expériences oenotouristiques de haut niveau: tasting room très chic, un ou deux restaurants, des chambres de grand confort, un jardin, une oliveraie, une exposition de sculptures et/ou une galerie d’art, des boutiques, des jeux pour les enfants …et j’en oublie. A une exception près, cela ne m’a jamais paru too much.

Manger au Domaine est la norme: beaucoup de très bons restaurants sont situés au sein même des Domaines.

Il y a manifestement de l’argent pour investir dans la brique, l’inox et le bois neuf: les bâtiments anciens ont été soigneusement restaurés, les bâtiments récents ont bénéficié de la patte de l’architecte, les cuveries sont impeccables, les barriques itou. Les propriétaires (hommes d’affaires et grandes fortunes) n’en sont pas à quelques millions de rands (R) près.

La terrasse du restaurant du Domaine Longridge (Stellenbosch)

On rappelle avec insistance au dégustateur européen que l’Afrique du Sud, ce n’est pas vraiment le Nouveau Monde: on plante et on vendange ici depuis le 17ème siècle. La plupart des Domaines exhibent fièrement le millésime de fondation au fronton du bâtiment historique et sur leurs étiquettes.

De nouvelles régions apparaissent sur les cartes des vins, y compris le Karoo où l’on plante à 1.500 mètres d’altitude: la recherche du cool climate est en cours. Voir par exemple le Domaine Mount Sutherland, dont j’ai goûté la très belle syrah Ouberg 2013. Production totale: 492 bouteilles.

L’intérêt pour le terroir (c’est-à-dire la parcelle porteuse de caractéristiques spécifiques) est croissant et se traduit par exemple par de grandes photographies aériennes détaillant quel cépage est planté où. Celle ci-dessous orne le caveau du Domaine Klein Constantia.

Domaine Klein Constantia: beaucoup de sauvignon (blanc)

Le personnel qui accueille l’amateur est jeune et bien formé: souvent des étudiants à la recherche de quelques sous (Stellenbosch est une grande ville universitaire) qui savent raconter et structurer une histoire.

Une anecdote néanmoins: je goûte le Constantia Natural Sweet au Domaine Steenberg. C’est une vendange tardive de sémillon qui affiche 12,5%. A ma question relative au sucre résiduel, mon interlocutrice s’embrouille les pinceaux pour finalement m’affirmer que c’est 15 grammes et que 15 grammes, ça fait vraiment beaucoup. Je veux bien faire un effort pour croire, mais il y a des limites à ne pas dépasser. La dégustation du vin et un coup d’œil au site Internet du Domaine me confirment qu’il y a 138 grammes à bord. Un bien beau vin d’ailleurs qui se vend sur place pour l’équivalent de € 12 la demi-bouteille.

Le même Domaine Steenberg élabore un nebbiolo de belle facture: 2012 est aujourd’hui parfaitement à point. La couleur est légère et tuilée, comme il se doit. Le nez est magnifique, entre fleurs, épices et goudron. La bouche porte ses 14,5% sans effort. C’est savoureux et plein, avec de la patine. Seule la finale m’a semblé un peu diffuse et d’une persistance moyenne (jeunes vignes). Les tannins sont fondus, l’acidité assez consensuelle. L’élevage sous bois de 500 litres (peu de neuf) est plutôt discret. Je n’ai pas de souvenir d’avoir goûté un meilleur rouge sud-africain. R520 (€ 28) au restaurant Tryn.

Au Domaine Tokara, je goûte la gamme Premium. Ces 4 vins sont accessibles, relativement passe-partout mais bien vinifiés. Le sauvignon est rempli de fruits tropicaux (fruits de la passion) avec une chouette fraîcheur. Le chardonnay puise dans le style unoaked et dans le style barrel fermented, mais je ne suis pas sûr qu’il prenne le meilleur des deux mondes. La syrah (avec 12% de mourvèdre dedans) est assez peu extraite et joliment fruitée. Le cabernet sauvignon est assez complexe, peu marqué par le bois et peu tannique.

Au Domaine Klein Constantia, je goûte le sauvignon Estate 2019, exotique, net et précis. Voici la cuvée Metis 2017, un autre sauvignon élaboré en collaboration avec Pascal Jolivet, vigneron à Sancerre. Démarche intéressante dont le résultat n’est ni un Sancerre, ni un sauvignon sud-africain: l’exotisme est absent, la bouche assez riche. Anwilka 2015 est un assemblage de syrah (64%), cabernet sauvignon (29%) et petit verdot violent, très puissant. Malgré quelques heures de carafe, c’est un infanticide incontestable. Difficile à déguster en l’état, mais potentiel majeur. Au restaurant, j’ai goûté le chardonnay: le vin est satisfaisant, mais il y a une pesanteur qui ne m’a pas donné envie de finir la bouteille. A servir frais pour réussir l’équilibre entre alcool et acidité. Ce n’est pourtant pas un gros lourd (13,5%) et la politique du Domaine (exploration du potentiel de la biodynamie) montre leur intérêt certain pour la précision. De mon point de vue, ce chardonnay est trop marqué par l’impact de ce qui a été fermenté en barriques. Ce qui me pose question c’est le crisp and mineral finish que mentionne l’étiquette. Le rich finish du site Internet me paraît en fait plus pertinent. 

Ne manque-t-il pas quelque chose ? Constantia … cela évoque le mythique « Vin de Constance » dont Napoléon se régalait pendant son exil à Ste-Hélène. Un vin doux inimitable, 100% muscat petits grains (appelé ici muscat de Frontignan). J’ai donc goûté le millésime 2015. A ce stade, c’est simplement succulent, plein de miel et d’agrumes. L’équilibre entre sucre, alcool et acidité est magistral (173 grammes – 13,97% – 6,5 grammes). La presse anglo-saxonne compare ceci à Château d’Yquem. Pas d’opinion vu que je n’ai pas goûté Yquem… Au Domaine, la -jolie- bouteille de 50cl se vend R1095 (€ 58).

Au Domaine Morgenster, réputé tant pour ses vins que pour ses huiles d’olive, je goûte en particulier des vins de la gamme Italian Collection et de la gamme Estate Range. Avec des petites verticales sur trois millésimes. Waouw… !!!

Je suis frappé par le fait que les millésimes les plus anciens sont systématiquement les meilleurs. Changement de cap (marché ciblé) ? Changement de génération ? Difficulté à appréhender le potentiel des millésimes jeunes ? Impact de la météo ? En tous cas, le Lourens River Valley 2010 (R300 au Domaine, soit € 16) est magnifique: c’est un Bordeaux blend très équilibré, fin et précis.

Au Domaine Longridge, on ouvre les hostilités avec un chardonnay. Attention, piège, ce n’est pas du tout une entrée de gamme, mais leur cuvée Clos du Ciel (R695 au Domaine, soit € 37): un gros coup de cœur ! Beaucoup de personnalité, de complexité et d’intensité. L’impact de la biodynamie ? Le chenin Ou Steen, le Bordeaux blend Ekliptika sont également excellents. The Emily est une curiosité, assemblage de chardonnay et de quelques gouttes de pinot noir pour un rosé très clair. Cela se boit facilement et c’est un triomphe commercial en Afrique du Sud (R90, soit € 5).

Le Domaine Pella sort du format habituel: on produit ici de toutes petites quantités de vins à forte personnalité. Pas de tralala, un tout petit caveau, un chien, une table et 4 chaises. En particulier, je succombe devant le chenin Kanniedood (traduction littérale: Immortel) 2019. Aromatique de citron vert, tension acide d’anthologie, matière importante très serrée: cela m’a évoqué un vin issu de vignes sur volcan (ce n’est pourtant pas le cas). Production limitée à 1.600 bouteilles, prix ridiculement peu élevé (R160 au Domaine, soit € 8,50). Les autres cuvées sont encore plus confidentielles: le malbec Oukliprant 2017 a été produit à hauteur de 900 bouteilles (R190), le merlot Verlatenkloof 2015 idem (R220).

Le Domaine Groot Constantia mérite une visite touristique. Pour les vins, je suis malheureusement beaucoup plus réservé.

le bâtiment historique du Domaine Groot Constantia. Ma photo est un peu de guingois…

Pour ce qui concerne les restaurants, nous n’avons jamais mal mangé. Et nous avons souvent très bien mangé. Si je devais ne retenir qu’un seul endroit, je choisirais Chefs Warehouse Beau Constantia. Leur proposition « tapas pour 2 à R1000 » (soit € 53) est magnifique: fusion d’influences thaï, japonaise, péruvienne, etc… d’une grande précision de saveurs. Le piquant et l’acide, le crémeux et le craquant, tout y est !

Et parce qu’il est vraiment difficile de n’en retenir qu’un, j’ai également adoré la combinaison huîtres et pièce de bœuf du restaurant du Domaine Longridge et le menu 4-services du restaurant Aubergine, dans le centre-ville de Cape Town.

S’il venait une envie à un lecteur d’aller vérifier sur place tout ce qui précède, je signale qu’on roule à gauche (comme en Angleterre), mais que le réseau routier est d’une qualité au moins aussi bonne qu’en Belgique. Une boîte automatique et un GPS sont plus qu’utiles.

On peut se débrouiller seul, mais un guide peut transformer un chouette moment en un moment inoubliable. Nous avons rencontré John Grant (Wine Escapes) et avons bénéficié pendant plusieurs jours de ses commentaires érudits (il en sait presque autant sur les oiseaux que sur le vin), de son sens de l’organisation, de son humour. Une très belle rencontre.

Difficile de clore cet article sans évoquer ce qui me trouble depuis plusieurs jours: là comme ailleurs, les restaurants et les caveaux de dégustation ferment. La vie se paralyse progressivement, comme chez nous. Il n’y a officiellement pas encore de victimes, mais que va-t-il se passer dans un pays où beaucoup sont porteurs du HIV et vivent dans une grande promiscuité (townships) ? Putain de virus.

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It is English wine, isn’t it ?

Chapel Down
Chapel Down

Le sud-est de l’Angleterre regorge de jardins, de pubs pluriséculaires, de vieilles pierres, de haies touffues. On y cultive les céréales, le houblon, le pommier, le cerisier, le prunier et le mouton. Surtout le mouton, dont le bêlement si musical retentit pour un oui ou pour un non.

L’Eurostar y pullule et la plupart des automobilistes circulent à contre-sens.

Le Kent se considère comme ‘the Garden of England’. Il y pleut 740 millimètres par an (850 millimètres à Bruxelles) et il y soleille 1.650 heures par an (1.550 heures à Bruxelles). Vous me voyez venir ?

En effet, le Kent produit du vin. Une quinzaine de domaines sont aujourd’hui répertoriés. Parmi eux, Chapel Down à Tenterden (3 sur la carte ci-dessous).

Chapel Down ressemble plutôt à une ‘winery’ du Nouveau Monde, avec boutique, restaurant assez chic, jardin d’herbes aromatiques et parcours fléchés dans les vignes. Le promeneur y croisera du chardonnay et du pinot noir, mais aussi du rondo, du siergerrebe et du bacchus, tous cépages hybrides crées en Allemagne destinés à mûrir sous les climats septentrionaux. Quelques pommiers également.

Le bacchus compte parmi ses ancêtres le riesling et le silvaner. Il a été planté à Chapel Down dès 1987 et y produit aujourd’hui des vins aromatiques et dotés d’une belle fraîcheur. J’ai particulièrement apprécié le Tenterden Estate Bacchus Reserve 2011: on pourrait penser à certains blancs néo-zélandais. Intéressant Nectar Late Harvest 2012, demi-sec à 8,5% d’alcool: jolie dentelle délicate, bel apéritif (cépage siegerrebe).

Comme dans la plupart des domaines anglais, la production est très orientée vers les bulles (‘sparkling wines’), élaborées à base de cépages champenois. Les prix sont également assez champenois: comptez de £ 20 à £ 27 pour un flacon.

Le rouge Union Red 2011 (pinot noir & rondo) m’a paru plus anecdotique, avec peu de centre.

cliquer pour agrandir

A quelques kilomètres au nord-ouest, voici Biddenden Vineyards (2), propriété familiale où les premières vignes ont été plantées en 1969. Cela en fait le plus ancien Domaine du Kent. Un pionnier en somme. 9 hectares, majoritairement consacrés au cépage ortega. Encore un hybride teuton, qui compte le gewürztraminer parmi ses aïeuls. L’Ortega 2012 est un blanc tendre et parfumé, aromatique et léger (11%).

Au sud, à la frontière avec le East Sussex, Sandhurst Vineyards (12) paraît plus ‘paysan’. Le vignoble est très soigné. Ici, on est dans la polyculture: contigu au vignoble, un magnifique champ de houblon (est-ce qu’on dit ‘champ de houblon’ ?) et même un rang de pruniers haute-tige. Je n’ai pas le souvenir d’un paysage comme celui-là, moitié vignes, moitié perches-tuteurs de lianes de houblon. Je n’ai malheureusement pas eu la possibilité de goûter les vins.

Il n’existe pas de système d’appellations d’origine en Angleterre: les meilleurs vins portent la mention ‘English Quality Wine‘ ou ‘English Regional Wine‘.

Concrètement, y-a-t-il matière à vous proposer des vins anglais ? I’m afraid not, les prix me paraissant trop élevés.

PS: attention à tout ce qui porte une mention ‘British Wine’. Il s’agit de ‘vins’ élaborés en Grande-Bretagne à partir de moûts concentrés, importés de tous pays. On y rajoute de l’eau, des levures et hop ça fermente…Donc, ne pas confondre vin anglais et vin britannique !

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Géographie alsacienne

Voici une bonne carte géographique du vignoble alsacien, histoire de mieux situer les différents villages. En orange, l’emplacements des 51 grands crus: Vignoble d’Alsace.

Mon voyage de mars me permettra en particulier d’explorer en profondeur trois parmi ces grands crus: l’Altenberg de Bergbieten, l’Engelberg et l’Altenberg de Wolxheim.

Le samedi, je terminerai un peu plus au sud, du côté du Zotzenberg et du Wiebelsberg.

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Une pause charmante

Si vous cherchiez à faire une pause entre Nord-Beaujolais et Sud-Mâconnais, à quelques minutes de l’A6, de la Roche de Solutré et des vignobles…

Si vous souhaitiez être accueilli de façon particulièrement sympathique et dormir dans un lit plus qu’original…

Si la présence de vieux murs, de vues magnifiques, de deux juments et d’un âne illumine votre visage d’un sourire…

…permettez-moi de recommander la chambre d’hôtes du Vieux Château de Leynes. Cet ancien prieuré appartenant aux moines de l’Abbaye de Tournus a un charme fou et surplombe le centre du joli village de Leynes. Martine Chabot vous y recevra de très agréable façon.

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Le Château de Goulaine

GoulaineUn endroit magique, surtout par ce matin d’hiver: un peu de brouillard et un silence à peine troublé par une légère brise. A cinq minutes de Nantes et en plein coeur du vignoble.