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Les Crus de l’Anjou blanc : ne pas perdre le chenin

Article rédigé par Bernard Arnould, client chez Anthocyane et journaliste-vin depuis 1992.

Le chenin est l’un des plus grands cépages blancs du monde. Véritable révélateur de terroir, il permet aux vignerons travaillant dans ce sens de nous faire goûter aux différents terroirs ligériens dans leur spécificité de structure et de profil car il transmet à ses raisins les sols dont il est issu. Cépage plastique par excellence, il laisse d’abord s’exprimer son lieu de naissance.

Co-président du syndicat Anjou Blanc, Patrick Baudouin, vigneron à Chaudefonds sur Layon, dessine la situation présente de ce cépage en Anjou : 

les surfaces plantées de chenin blanc ont diminué de moitié depuis les années 1950, et les blancs secs d’appellation  représentent aujourd’hui moins de 20 % de la zone. La production d’Anjou est pour moitié une production de rosé. A leur création, dans les années ’50, les appellations de chenin en Anjou parlaient terroir, vignerons, amateurs de vins et n’enfermaient pas le chenin dans des vins moelleux et liquoreux. A partir des années ’90, ceux-ci se sont imposés. Or le modèle économique de ces vins avec sucre important est désormais à bout de souffle.

D’où la naissance d’un projet de Crus en blancs secs pour éviter de marginaliser, voire de perdre ce merveilleux cépage.

Le projet des Crus d’Anjou blanc sec

Son étude a été lancée il y a 20 ans par une réflexion d’ensemble sur la problématique menée sous la férule de la tête pensante du projet, Patrick Baudouin. Il s’agissait de redonner ses lettres de noblesse à l’expression mixte du chenin sur des terroirs qui sont capables de produire à la fois des secs, des demi-secs et des liquoreux même si la zone du Layon a connu une première renaissance à partir de 1988 grâce à la production de liquoreux de terroirs, sans chaptalisation.

Les vignerons se sont appliqués, ils ont étudié et ont ainsi redécouvert la capacité du chenin à produire aussi de grands blancs secs différents les uns des autres en fonction des millésimes et des lieux-dits. A l’aboutissement de ce long travail, un cahier des charges spécifiquement Crus a été élaboré et voté par des vignerons établis sur 5 terroirs :  encépagement 100% chenin, degré minimum plus élevé en l’absence de toute chaptalisation, vendange manuelle, élevage prolongé et sélection des parcelles.

Cinq terroirs en Crus

le vignoble des Treilles

Ce travail de réflexion approfondie a donc conduit des vignerons à définir des crus autour de lieux-dits qualitatifs, qui reprennent à la fois le patrimoine historique de connaissances des parcelles et les acquis plus récents de la cellule terroir de l’INRA d’Angers. Un dossier a été déposé auprès de l’INAO en vue de la reconnaissance de 5 Crus. Le plus vaste, Montchenin s’étend sur 63 ha et regroupe 8 vignerons. Le plus petit est La Tuffière, une sorte d’exception viticole de 2,43 ha implantée sur la rive nord de la Loire dans le Baugeois, et exploitée par un seul vigneron. Les Bonnes Blanches, couvre une surface de 11 ha travaillés par 5 producteurs. Quatrième territoire Ardenay recouvre un lieu-dit de 13 ha que se partagent 3 vignerons. Enfin le projet inclut aussi Les Treilles 2,7 ha à Beaulieu sur Layon, rendu célèbre par l’œuvre de Jo Pithon mais aujourd’hui en d’autres mains.

Dans un avenir plus ou moins proches d’autres zones devraient également entrer dans ce projet en introduisant leurs dossiers de reconnaissance Crus auprès de l’INAO. On attend ainsi avec impatience une appellation de chenin sec qui serait sur Chaume et Quarts-de-Chaume.

Philippe reprend la plume à partir d’ici pour suggérer de mettre en parallèle l’article ci-dessus avec le Ronceray du Clos Galerne:

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Le Clos Galerne, le chenin et la spilite

Parfois les choses peuvent être simples; du moins elles se laissent simplifier. Chenin sur sol noir, chenin sur sol blanc. Noir ou blanc. Schiste ou calcaire. En Anjou noir, c’est le schiste. Plus on se dirige vers l’est, plus c’est le calcaire (Vouvray, Montlouis).

La famille Bourez, au pied du moulin brûlé

Le schiste plaide pour un rapide exercice de vulgarisation que les experts en géologie me pardonneront: il y a toutes sortes de variantes et autant de termes pour les désigner: ardoise, slate (en anglais), schiefer (en allemand). Le gneiss en Muscadet est en quelque sorte le stade ultime du schiste. Le schiste, c’est par exemple la Moselle allemande et le Priorat espagnol.

L’Anjou noir a historiquement basé sa réputation sur un trio magique: chenin, schiste et botrytis. Traduction: Coteaux du Layon, Bonnezeaux, Quarts de Chaume. Des vins moelleux, voire liquoreux. Mais, au XXIème siècle, la douceur se vend mal, très mal. Loi fondamentale de l’économie: lorsque le vin se vend mal, la valeur du vignoble chute. Paradoxe: cette situation attire de jeunes vignerons ambitieux, à la recherche d’hectares mis sur le marché à un tarif abordable. Changement de paradigme. Acheter du vignoble destiné de tous temps à produire des vins moelleux et décider de le convertir en un vignoble pour élaborer des vins secs. Couper le cordon ombilical avec le passé doux. Assumer et chercher un nouveau chemin pour le chenin angevin.

Cette aventure-là est jalonnée de pièges: expliquer le changement de paradigme et surtout convaincre experts, journalistes, importateurs, restaurants et cavistes; vivre avec une météo capricieuse qui peut réduire à presque rien les efforts de toute une année. Quand on vient de commencer et que la banque n’attend pas, un mental d’acier s’impose. Deux années de gel successives et c’est la catastrophe.

Je tire mon chapeau à Cédric Bourez, monsieur Clos Galerne. Œnologue dans un domaine provençal, il souhaite devenir vigneron. Calculette à la main, il arpente l’Hexagone et se dit que l’Anjou noir est la destination que l’épaisseur de son portefeuille rend plus ou moins raisonnable. Coup d’oeil précis pour mettre la main sur des parcelles principalement situées dans le hameau de Pierre Bise, village de Beaulieu-sur-Layon, à quelques kilomètres au sud d’Angers. Pierre Bise, lieu exceptionnel. Flore méditerranéenne, vent pour rafraîchir et ventiler, sous-sol très particulier: schiste, mais aussi spilite, roche d’origine volcanique. La minéralité du schiste et la minéralité du volcan. Le vent du nord-ouest est appelé …Galerne. Combinaison gagnante, dans l’ordre ou le désordre.

La plupart des parcelles du Clos Galerne se nourrissent de spilite. Exception notable: une parcelle en Savennières (mais c’est une autre histoire). Chenin sur spilite et cabernets sur spilite. Un tel matériau mérite les mains de l’artiste: Cédric Bourez se charge des petits rendements, d’une vinification et d’un élevage sous bois bien dosé (peu de bois neuf) et d’une fermentation malolactique complète. La conversion en bio est engagée.

L’entrée de gamme, Balade en chenin, permet d’apprivoiser le style du Domaine. S’attaquer à Exspecto et à Moulin Brûlé sans gants …à vos risques et périls ! Ce sont deux chenins secs de grande puissance, traversés par un souffle intense et dominateur. Exspecto trace en verticalité, Moulin Brûlé équilibre rondeur et fraîcheur.

Exspecto 2020 (100% chenin), Moulin Brûlé 2020 (100% chenin) et Anjou Noir issu de la vendange 2019 (cabernet franc 80%, cabernet sauvignon) sont en dégustation le samedi 03 décembre 2022.