Le thème de la dégustation ? Petit prix, grand plaisir: très bons vins à € 15 et moins
Je me suis concentré cette fois sur des vins qui ne dépassent pas la barre des 15 euros. On pourrait s’imaginer qu’il s’agit alors de cuvées d’entrée de gamme, simples, légères et destinées à une consommation rapide.
Je détrompe: nous avons certes goûté des cuvées sympa qui fonctionnent particulièrement bien lorsque les circonstances l’exigent: nombreux convives, météo para-caniculaire, apéritif avant de passer aux choses sérieuses. Mais nous avons également goûté des vins plus ambitieux, complexes, structurés, jusqu’à, pour certains, mériter soit le passage en carafe, soit la patience sous la forme d’une garde en cave de deux ou trois ans.

Dans la première catégorie, un sauvignon classique et équilibré du Domaine des Corbillières qui évite tant le piège de la sous-maturité (verdeur) que celui de l’exubérance aromatique (fatigue). Fraîcheur aussi: alcool à 12,5%. A noter qu’il s’agit, pour partie, d’un vin de vieilles vignes, connues pour offrir des rendements plus bas, ce qui conduit à l’élaboration de vins plus concentrés (€ 11,00).
Autant de fraîcheur mais plus de rondeur dans le pinot blanc du Domaine Holger Koch. Les vignes sont plantées dans le volcan éteint qui domine la région, le Kaiserstuhl. Une aromatique intense, avec des notes fumées et une énergie éclatante, revigorante. Un vin allemand pour la table, sec sans le moindre sucre résiduel. A prix égal, je connais peu de pinots blancs alsaciens capables de rivaliser avec celui-ci (€ 14,00) !
La Janasse, réputée pour ses Châteauneuf-du-Pape riches et solaires, produit également un Côtes-du-Rhône blanc qui me convainc, millésime après millésime. Assemblage complexe qui combine la puissance du grenache blanc, la fraîcheur de la clairette et du bourboulenc et l’aromatique du viognier et de la roussanne. Alcool très bien maîtrisé. L’équilibre, comme souvent dans le sud, se nourrit d’une bonne vivacité et de quelques amers rafraîchissants: si vous êtes mal à l’aise avec les amers, ce n’est pas celui-ci qu’il faut retenir (€ 14,00).
La Pépière ou le Muscadet efficace ! Cette cuvée d’entrée de gamme met en bouteille la vivacité des embruns océaniques. Vin idéal pour accompagner mollusques et crustacés. Ou la cuisine asiatique y compris pimentée. Pureté, précision, éclat: à ce prix là, c’est imparable ! En cadeau gratuit: bio et biodynamie (€ 11,00).
Comparaison intéressante avec la Folle Blanche du Domaine Luneau-Papin: nous sommes toujours dans la région du Muscadet, mais nous changeons de cépage: la folle blanche est un cépage un peu oublié qui a tendance -quand le vigneron néglige ses vignes- à produire beaucoup, beaucoup et encore plus. Or quantité et qualité sont très peu compatibles. Ici, nous sommes sur le terrain de la meilleure folle blanche, citronnée et iodée, avec une jolie concentration (€ 14,00).

On change de couleur pour entamer la longue série des rouges. Le Valpolicella de Speri est une certitude dans mon assortiment … depuis 2015. Ce millésime 2023 se caractérise par une aromatique parfumée et par des tannins très discrets, pour ne pas dire inexistants. Vin léger comme une bulle fruitée (€ 13,00).
Aussi peu de couleur dans ce Frappato de Gurrieri que dans le vin précédent. Notre œil s’imagine alors que le vin sera léger. Ce Sicilien nous contredit avec délectation: après un démarrage sur le fraise, la tannicité arrive progressivement donnant du poids et de la structure à ce « faux-léger » (€ 15,00).
La cuvée Œillade du Mas des Chimères est un coup de cœur personnel: voici un cinsault qui donne irrésistiblement envie de mieux connaître ce cépage du sud. Floral et séducteur, juteux et assez long, je suis sous le charme ! Petits tannins qui portent une belle matière, déjà prête à être dégustée (€ 13,00).
Opposition des contraires avec le Chinon du Château de Coulaine: le millésime 2022 est solaire et puissant, ce qui se traduit dans ce vin de Loire par la présence de puissants tannins qui invitent à le carafer. Mais les tannins ne constituent qu’une partie de l’expérience: beau jus fruité, avec quelques nuances terreuses qui ajoutent de la complexité et de la typicité: c’est en effet très cabernet franc (€ 14,00) !
Bon, une p’tite pause grâce à un vin de Navarre du Domaine Quaderna Via élaboré avec 100% du cépage graciano. Direct, joyeux et festif. Fruit savoureux et vin succulent. Vinification très maîtrisée. Rien qui puisse empêcher le dégustateur-profane de s’y retrouver: l’ami de toute le monde en quelque sorte. Il faut des vins comme celui-ci dans toutes les caves. Les occasions ne manquent pas. L’étiquette est sympa. Prix plus que sympathique (€ 9,90).
Le vin suivant m’a surpris: composé de 80% de grenache et de 20% de carignan, il donne la parole au cépage minoritaire, ce qui confère à cette cuvée un caractère sérieux, profond, droit. Le Domaine Les Soulanes a réussi son coup avec cette cuvée parcellaire (Les Salines) à forte personnalité. Je recommande la carafe pour « ouvrir » ce vin dense, concentré, tannique et frais. Il pourrait évoquer le Priorat catalan (sauf par son prix). Un Roussillon sec très réussi (€ 14,00) !
Nous restons dans le Roussillon pour vivre une expérience diamétralement opposée: un pur grenache qui se caractérise par une très grande buvabilité: cela coule vraiment tout seul ! Pas de tannins, un fruit éclatant et une absence de … sulfites. Si, si, vous avez bien lu: Natural Grenache est un vin nature ! Quel régal lorsqu’un Domaine détient l’expertise nécessaire pour réaliser un vin sans sulfites et … sans défauts ni déviances. Le Mas Amiel est sans plus connu pour ses rouges moelleux, mais il démontre ici sa capacité à gérer les vins secs. Bouteille addictive (€ 15,00) !
NB: n’ayant pas de recul sur l’évolution dans le temps de cette cuvée, je recommande la prudence et donc de tire-bouchonner les bouteilles en 2025 ou 2026. Prolonger la garde n’a pas d’utilité.
Et voici venu le vin qui a remporté le plus de suffrages parmi ceux et celles qui m’ont déjà transmis leur commande: le Bourgueil « Noms d’Oiseaux » du Domaine de La Chevalerie en millésime 2019. Grâce à la politique du Domaine (conserver dans leurs caves les vins mis en bouteilles pendant plusieurs années avant de les commercialiser), nous goûtons un millésime qui a eu le temps de se fondre, de s’harmoniser, d’arrondir ses tannins. C’est prêt à boire ! Un cabernet franc traditionnel qui démontre le potentiel de ce cépage (€ 15,00).
Nous voici dans la vallée du Douro, dans le nord du Portugal. Ici, on crée le Porto, mais aussi des vins secs, concentrés, riches en alcool, souvent basés sur le cépage touriga nacional et systématiquement élevés en bois. Pas forcément ma tasse de thé… D’où mon intérêt pour une version sans passage par le bois (unoaked en anglais dans le texte), plutôt légère en alcool (13,50 %) et issue d’une vigne en complantation (différents cépages plantés dans la même parcelle, en proportions très variables). Ce Quinta Nova a tout pour plaire, en particulier grâce à du fruit noir en abondance, à un jus très dense, à des tannins plutôt discrets et à une richesse qui ne vire pas vers l’alcool excessif (€ 15,00).
Enfin, une douceur du Domaine Lafage: un Rivesaltes Ambré hors d’âge. Vin muté à l’alcool, à la fois doux et oxydatif, longuement élevé dans le bois (d’où sa couleur ambrée) et embouteillé dans un très joli flacon élancé de 50 cl. C’est délicieux avec bien des fromages et bien des desserts. Cela peut se substituer à un dessert absent. Grande complexité des arômes (orangette, fruits secs, abricot, etc…). La bouteille ouverte se conserve, bouchée et placée au réfrigérateur, sans perte de qualité, pendant plusieurs semaines. Mais je fais le pari que le vin se sera mystérieusement évaporé en quelques jours…(€ 14,00).
