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Riecine

Sans grande surprise pour ceux et celles qui connaissent la gamme d’Anthocyane, me voici donc au Domaine Riecine à Gaiole in Chianti. Les deux derniers kilomètres avant d’arriver nécessitent un conducteur attentif. Une fois le portail franchi, nous sommes reçus par Lorenzo qui nous propose une visite très complète dans un anglais parfait.

La maison des propriétaires

En particulier, il nous montre le trésor, c’est-à-dire la bibliothèque des flacons historiques où sont conservés dans des conditions idéales les millésimes anciens: on remonte allègrement aux années ‘90, voire plus loin pour certains crus.

Le Domaine a été fondé en 1971 et n’a pas changé de philosophie depuis, malgré deux changements de propriétaires. On ne vise en aucun cas à en mettre plein les yeux, plein le nez et plein le palais. On veut faire mieux, plus équilibré, plus subtil. Pas question de tomber dans le piège d’un modernisme avide du toujours plus. Le bois fait partie de la panoplie de l’équipe qui vinifie, mais le bois neuf est proscrit (sauf pour La Gioia, j’y reviens plus loin) et les contenants sont des 300 litres, voire des 500 litres, qui marquent peu. Les fermentations ont lieu pour l’essentiel en cuves béton, matériau poreux qui permet une micro-oxydation des vins.

On remarque aussi plusieurs œufs en béton (Nomblot) utilisés pour la cuvée Riecine di Riecine (ma préférée).

Un coup d’œil sur le vignoble qui entoure la propriété permet d’observer des vignes cultivées en albarello, c’est-à-dire en bush vines: il n’y a pas de rangs, ce qui implique des vendanges manuelles. Pas de souci puisque tous les raisins sont récoltés à la main. Lorenzo nous indique que le nom du Domaine est d’origine étrusque et signifie entre deux rivières. Entre nous, les deux rivières dont question sont très peu visibles.

Pendant la conversation, le sujet du bouleversement climatique ne peut être évité. Le gel frappe peu le Domaine, mais la grêle peut être dangereuse: en 2024, Riecine n’en a pas souffert, mais des domaines voisins ont eu moins de chance. Les parcelles se situent essentiellement en altitude et l’humidité est maîtrisée grâce aux vents qui sèchent les grappes. On travaille en bio dans le vignoble depuis de longues années et depuis trois ans le travail en cave est également bio grâce à quoi la certification a été obtenue depuis le millésime 2021.

Un artiste s’est chargé de décorer les différents bâtiments

On produit ici à peu près 60.000 bouteilles dont une moitié de Chianti Classico. Le reste se partage entre le rosé, le Chianti Classico Riserva, les quatre cuvées de prestige et le blanc.

La dégustation commence avec le rosé Palmina 2022 (igt Toscana): c’est croquant, fruité et léger (12,50%) avec de la couleur. Un complément pertinent à la gamme des vins rouges, qui commence par le simple Chianti Classico 2021 (le 2022 est déjà disponible, mais le Domaine préfère faire goûter son aîné qui se goûte mieux en ce moment). Tout ici est question d’équilibre: surtout ne pas extraire trop pour garder une grande buvabilité et des arômes de cerise fort appétissants. Une note de poivre noir qui est une signature de la gamme de Riecine. On en boirait jusqu’au bout de la nuit !

Intéressant, nous goûtons ensuite le Chianti Classico Riserva dans le même millésime 2021. Lorenzo me confirme que les raisins sélectionnés pour ce Riserva ne proviennent pas systématiquement des mêmes parcelles: le choix se fait sur base d’une dégustation qui permet de faire le tri. Donc forcément plus de concentration, plus de corps (14,50%) et plus de tannins dans la version Riserva, laquelle est destinée à une garde en cave qui peut certainement franchir le cap des dix ans. Cela étant cela se goûte déjà fort bien, avec cette nuance poivrée très énergique.

Et voilà que nous est présentée une cuvée de prestige parcellaire: Vigna Gittori 2020. Cette parcelle qui se situe en altitude le long de la route qui mène au Domaine, a été acquise récemment: premier millésime en 2018. Secouons vigoureusement nos verres pour oxygéner l’animal ! C’est intense et concentré, mais je note surtout la qualité des tannins et la parfaite maîtrise de l’alcool (13,50%). Puis viennent la salinité et la finale longue et précise. Il y a une belle cohérence avec ses deux prédécesseurs.

Lorsque l’on passe à la cuvée La Gioia 2020, le cap change: il y a du merlot dans l’assemblage et cela donne rondeur et confort en bouche. C’est succulent et aromatique, mais cela correspond moins à mon goût personnel. Si ce n’était la barrière du prix, ce serait sans nul doute un grand succès commercial !

Restez attentifs, ce n’est pas fini ! Voici Tresette (littéralement trois sept) qui tire son nom des trois barriques de 700 litres qui l’élèvent. Il s’agit d’un 100% merlot: autant dire d’emblée que je me méfie. D’où la surprise de goûter un merlot d’altitude qui m’oblige à remettre en question mon opinion aussi préconçue qu’erronée au sujet de ce cépage qui a souvent tendance à faire preuve de lourdeur et d’une suavité excessive. Ravi de goûter un merlot énergique et bien équilibré malgré 15% d’alcool.

Avant de reprendre la route vers Gaiole, nous profitons de la terrasse du Domaine avec vues du type cliché toscan, moult oliviers, cyprès, bois de feuillus et de conifères, vignes et maisons au charme dévastateur.

Sur la terrasse
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Un Domaine toscan sous la loupe: Badia a Coltibuono

Badia a Coltibuono, domaine bio au sein d’une très ancienne abbaye

Badia a Coltibuono est un exemple parmi tant d’autres en Toscane qu’il est possible de transformer un Domaine viticole en projet d’oenotourisme attractif: des chambres, des cours de cuisine, un restaurant, le tout dans le cadre assez idyllique d’une abbaye du 12ème siècle, perchée au sommet d’une colline avec vue imprenable.

Élément qui m’a fait craquer: le menu dégustation en cinq étapes, chacune accompagnée par un verre de la production du Domaine (€ 85). Ce n’est pas de la haute gastronomie mais c’est honnête et relativement original.

Après un vermentino techniquement irréprochable mais manquant de personnalité, le Chianti Classico Riserva 2019 est une déception: je le trouve terne, fatigué, douceâtre, peu concentré et dépourvu de structure tannique. C’est un vin gentil mais il ne me semble pas digne du statut Riserva. À € 30 (prix au Domaine), je ne suis pas preneur. Une bouteille qui aurait mal évolué ?

Heureusement, le vin suivant est d’un tout autre tonneau: Sangioveto 2020 (igt Toscana), 100% sangiovese, super-toscan élevé en barriques (10% neuves), d’un degré alcoolique élevé (15%) se montre énergique et précis. Le fruit est frais et croquant, l’élevage discret, l’alcool équilibré par la fraîcheur. Servi à bonne température (ce n’est malheureusement pas courant, les rouges étant régulièrement servis tièdes/chauds), ce vin est équilibré et doté de tannins de belle qualité. Seul bémol: à € 46 (prix au Domaine), je suis hésitant.

Ensuite vient Montebello 2018, un autre super-toscan (igt Toscana), assemblage de neuf (sic) cépages différents: sangiovese, colorino, mammolo, canaiolo, malvasia nera, etc… Degré alcoolique à 15,50%, style extraverti, boisé, typé pour le marché américain. C’est sans doute fort bon, mais cela ne correspond pas à mes goûts personnels. Ce vin me semble, malgré ses grands airs, manquer de substance et (allez, j’ose) de spiritualité. Bien sûr il est possible que je sois passé à côté. À € 52 (prix au Domaine), cela DOIT être bon. Un pas en arrière par rapport au vin précédent.

Pour finir, le vinsanto 2014, vin blanc doux de malvasia et de trebbiano. C’est une friandise qui tient la route: il y a de la fraîcheur pour contrebalancer 15% d’alcool et un sucre résiduel de type moelleux. Le prix est malheureusement dissuasif: € 44 pour une demi-bouteille.

Voici les détails du menu

Un Domaine intéressant ? Oui. Un Domaine qui me pousse à faire une folie en puisant profondément dans ma besace sonnante et trébuchante ? Non. Du moins sur base de mon impression de ce jour. Néanmoins si quelqu’un souhaitait m’offrir une bouteille de Sangiovete, j’accepterais ce présent avec le sourire et avec reconnaissance…

Demain, visite d’un Domaine. À suivre !

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Sommes arrivés en Toscane !

Après un intermède culturel à Ravenne (mosaïques paléo chrétiennes de toute beauté, vins blancs régionaux de Romagne qui m’ont bien plu, mais qui ne résisteraient sans doute pas à une nouvelle dégustation à Bruxelles), nous voici en Toscane, via Arezzo. Dans le village de Gaiole in Chianti, nous dînons à l’Osteria al Ponte.

Ce restaurant propose le chant des grenouilles dans la rivière, le blues le plus authentique dans les haut-parleurs (Albert King, Rory Gallagher, etc…) et la viande la plus florentine. Ici, on ne se bat pas pour une inaccessible étoile, mais pour un concept à la fois simple et exceptionnel: la meilleure viande de bœuf de la planète. Service en salle (en l’occurrence en terrasse) de haut niveau, c’est-à-dire qui maîtrise tant les aspects techniques (découpe et assaisonnement de la viande à table) que le contact avec le client. Cette équipe pluri linguistique sait comment interagir avec le client et donner une irrésistible envie de revenir.

Boisson: un vin du Chianti Classico, mais hors appellation puisque 100% colorino (IGT Toscane), un cépage qui est souvent présent en petite quantité aux côtés du sangiovese dans les vins en appellation Chianti Classico, mais qui doit ici se défendre tout seul. C’est raisonnable en alcool (13,5%), charnu et sensuel avec une finale assez précise. Peu tannique. Cela tient la route avec les plats carnassiers.

Domaine Rocca di Castagnoli, cuvée Pratola dans l’excellent millésime 2019. 100% colorino, vignes de 20 ans, parcelles exposées nord et sud, altitude 400 mètres, 18 mois en barriques usagées, 6 mois cuve inox et 12 mois en bouteilles.

Sur table € 58. Au domaine € 38: coefficient raisonnable.

Le Domaine Rocca di Castagnoli est bio

Ce Domaine se situe à exactement 5 kilomètres du restaurant: on suppose que le voyage n’a pas été trop fatiguant !

Bonne nuit !

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Exploration en Valpolicella

Ce mercredi 08 mai, c’est cap sur le Domaine Stefano Accordini à Cavalo. Stefano est le créateur du Domaine, en 1970. Il est décédé récemment. Aujourd’hui, c’est la troisième génération qui aux commandes de ce domaine …familial.: Giacomo, Paolo et Marco.

Trois générations d’Accordini

La gamme est large et commence par des vins de consommation courante sur lesquels il n’est pas nécessaire de disserter.

Le Valpolicella Superiore me semble marqué par un boisé excessif du moins par rapport à la matière du vin. Ce boisé lui donne un style un peu sec qui n’est pas représentatif du style de la maison.

On passe ensuite à une paire de vins « ripasso », c’est-à-dire qui ont subi une deuxième fermentation en « repassant » sur les peaux des raisins qui ont servi à élaborer l’Amarone. Cette repasse enrichit le vin en couleur, en tannins et en alcool. Le Ripasso 2021 est fort bon, avec une certaine suavité qui me semble caractériser la plupart des vins. Mais le lui préfère clairement le Ripasso 2019 dans sa version bio: fondu, harmonieux, savoureux et précis, il a tout pour plaire.

Parenthèse: le Domaine est 100% bio, mais ses voisins ne le sont pas. Lorsque ceux-ci aspergent leurs vignes avec des produits interdits en bio, le vent se charge de les transporter dans toutes les directions. Conclusion: Accordini ne labellise « bio » que les vins issus de parcelles « sans voisins ». Il ne reste qu’à convaincre les voisins conventionnels de changer leurs pratiques …

La dégustation, du premier au huitième vin

On passe à Paxxo, un vin hors appellation puisqu’il conjugue des cépages locaux ( corvina et rondinella) avec du cabernet sauvignon et du merlot. Pour l’anecdote, ce vin s’appelait initialement Passo. Mais les risques de confusion avec les vins de type « ripasso » ont poussé les vignerons à remplacer deux « s » par deux « x ».

C’est un grand charmeur, sensuel en diable, rempli de bons fruits, avec de gros de morceaux de plaisir dedans. Ce vin est le premier de la gamme goûtée à bénéficier de l’opération concentration par séchage des raisins. Cette méthode est en quelque sorte la signature de la région et est pratiquée depuis de longs siècles : une fois les raisins cueillis, on les dépose délicatement dans des paniers peu profonds et on empile ces paniers dans un local bien aéré et peu humide. Il s’agit d’empêcher l’apparition de champignons et moisissures qui peuvent détruire la récolte: les raisins en phase de séchage sont contrôlés deux fois par jour pendant les trois mois que dure le processus. Pour compenser les jours sans vent et les jours pluvieux, un système d’air conditionné est prêt à prendre le relais.

Mais quel est le but du jeu ? Simple, pendant le séchage, les raisins évaporent de l’eau, beaucoup d’eau. Les grappes se ratatinent et concentrent leurs sucres. À l’issue du processus, on passe à la macération, fermentation et élevage classiques. Bien sûr, le talent se reconnaît à l’équilibre du résultat. Paxxo est un bon exemple du potentiel de cette technique, parce que le degré alcoolique élevé (14,50%) est compensé par une acidité élevée.

Petit foudre en bois de Slavonie. Tonnelier Garnellotto, le choix des meilleurs Domaines du nord de l’Italie.

Et maintenant les choses vraiment sérieuses, à savoir deux parmi les trois Amarone produits par le Domaine: la version classique en millésime 2020 et le sommet absolu: Il Fornetto Riserva 2016. Passionnante comparaison entre un Amarone jeune et une bouteille ayant bénéficié d’un long élevage en bois neuf. Le 2016 se goûte en réalité plus jeune que le 2020 ! Mes craintes relative à la fameuse grande cuvée qui serait trop boisée, trop tannique, trop alcoolisée, trop tout sont dissipées par la dégustation de ce géant issu de raisins vendangés sur la parcelle Il Fornetto, là où tout a commencé en 1970: les vignes de 46 ans se montrent à la hauteur des attentes !

On termine par la dégustation de deux vins doux: le Recioto traditionnel 2019 (équilibre avec peu d’alcool et beaucoup de sucre: 13,50% et +/- 125 grammes) et Amandorlato 2015, une invention du Domaine Accordini, avec moins de sucre et plus d’alcool (70 grammes et 16%). Ce dernier vin n’a pas le droit à l’appellation Recioto et c’est très bien ainsi puisque cela lui permet d’affirmer sa différence. Élevage en bois de cerisier, raisins issus de Il Fornetto. On se rapproche du style Porto Vintage, mais sans le moindre mutage. Aujourd’hui ma préférence va au Recioto pour sa capacité à donner le sourire aux dégustateurs les plus blasés. Riche certes, mais sans lourdeur.

Vignes typiques de la région, taillées en « pergoletta »

Merci à Elena pour nous avoir guidés pendant cette longue et belle dégustation et pour nous avoir permis de goûter plusieurs cuvées Il Forletto (ce qui n’est prévu vu la rareté et le prix des bouteilles.

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Atterrissage en Valpolicella

Imaginons. Vous partez en vacances et choisissez une formule Bed & Breakfast au sein d’une ferme spécialisée dans l’élevage de chèvres. Que recevez-vous pour le pic-nic ? Du lait de chèvre, pardi ! Alternative: la ferme est spécialisée dans la culture de la vigne. Que recevez-vous pour le pic-nic ? Des bulles rosées élaborées avec le cépage corvina ! Nous sommes au Domaine Stefano Accordini qui, outre la production d’une large gamme de Valpolicella, gère un agriturismo de cinq chambres tout-à-fait charmant. Nous avons prévu une visite au Domaine et la dégustation consécutive pour mercredi à midi.

Nous sommes sur les hauteurs de Vérone, pas bien loin du lac de Garde, dans un pays de collines et de terrasses, couvert de vignes, à 500 mètres d’altitude.

Speri, les traditions en Valpolicella

Aujourd’hui lundi 06 mai on commence chez Viticoltori Speri, un Domaine très traditionnel qui se concentre sur une gamme de cinq vins rouges … e basta. Le rendez-vous est fixé dans la vallée (village de Pedemonte). Après la visite des caves, pleines à ras bord de tonneaux de toutes contenances (du foudre en bois de Slavonie de 4.000 litres jusqu’à la barrique bordelaise de 225 litres), on déguste dans l’ordre tel que conseillé par la jeune femme qui nous a guidés avec compétence et sympathie. Le Valpolicella Classico 2023 est très parfumé, aguicheur, facile à boire et assez différent du millésime précédent qui présentait un profil plus sérieux. Ce 2023 est très polyvalent: l’absence de tannins permet de le servir également frais et de le substituer alors à un vin blanc.

Le Valpolicella Ripasso 2021 est un vin plus concentré grâce à une deuxième fermentation, laquelle a lieu en faisant passer le vin sur les peaux des raisins ayant servi à élaborer Amarone. Ces peaux contiennent encore du jus sucré, de la couleur et de l’extrait sec. D’une certaine façon, on retire de l’Amarone ce qui serait top much pour le transmettre au Ripasso qui bénéficie ainsi d’un supplément d’âme. C’est assurément bon, mais ce n’est, à mes yeux, pas spectaculaire. À noter néanmoins une caractéristique qui traverse toute la gamme: le vin est construit sur la fraîcheur et la finesse. Le style Ripasso est maîtrisé avec élégance (j’en connais d’autres qui font dans l’ostentation démonstrative et qui finissent par incarner une certaine vulgarité).

Aucun bois neuf: les tonneaux sont achetés en deuxième main

Voici le Valpolicella Sant’Urbano 2020: ce vin peut revendiquer le titre de « petit Amarone » puisqu’il bénéficie pour partie de l’appassimento, technique qui consiste à sécher le raisin après vendange sur des claies et à attendre que l’eau contenue dans les grains s’évapore, en concentrant ainsi les sucres. Ce vin bénéficie aussi de son terroir d’altitude, vignetto Sant’Urbano: 280 jusque 350 mètres. Ce terroir est argilo-calcaire, sur un substrat d’origine volcanique. Cela me semble très supérieur au Ripasso : le gain en profondeur et en précision est clairement perceptible. Formidable rapport QP !

Nous y voici: nous goûtons l’Amarone della Valpolicella, au sommet de la gamme, en millésime 2019.

D’abord, un fun fact: si vous tombez sur une très très vieille bouteille, c’est un faux ! Le style Amarone n’a pris son envol qu’après la deuxième guerre mondiale. Comme quoi toutes les traditions ne sont pas séculaires.

Ce 2019 se goûte très bien dès maintenant: on peut le mettre en cave pour trente ou quarante années, mais rien n’empêche sa dégustation en vin jeune: la finesse et la qualité des tannins sont à couper le souffle, à mille lieues des Amarone « modernes » qui misent avant tout sur la puissance, le fruité exubérant et la densité des tannins. Chez Speri, on vise 15% d’alcool, alors que beaucoup de Domaines en sont à 16%, voire 16,50% !

quelques flacons très anciens

La définition même de l’Amarone implique l’utilisation de 100% de raisins séchés sur claies (le processus dure jusqu’en janvier) et un élevage d’au moins 24 mois. C’est un vin exceptionnel pour les moments exceptionnels. Le 2019 de Speri est une démonstration probante du style de la maison. De mon point de vue, supérieur à 2018 qui est pourtant remarquable.

Le moment venu -et en fonction des décisions prises par l’importateur-, je me dois de faire goûter ces perles !

La dégustation avant de passer au Recioto

On s’arrête ici ? Ah que non, car voici venir l’Amarone della Valpolicella en millésime 2012. Style fort différent du 2019: celui-ci est plus rond, plus confortable que le 2019. Ce style se traduit également par un léger déficit d’énergie, par une finale moins précise, par une moindre tension: avantage 2019 !

Et puis, le dessert: le Recioto della Valpolicella Classico 2021. C’est ce vin rouge doux qui est à l’origine de l’invention de l’Amarone (sec) vers 1950. Un tonneau de Recioto longtemps abandonné dans un coin sombre tout au fond d’une cave, un vigneron qui se dit que le vin a perdu tout intérêt et qu’il faudra s’en débarrasser. Pour en avoir le cœur net, il goûte …et tombe de sa chaise: le vin est devenu amer (le contraire de sucré). En italien, le vin est donc amaro et voilà que naît l’Amarone ! Il ne faudra que quelques années pour conquérir le monde entier.

Mais revenons-en à notre Recioto: le style est celui du Porto Vintage, mais sans l’alcool de celui-ci. Là où le Portugais titre 20%, le Recioto Speri se contente de 13,5%. Il n’y a évidemment pas de mutage à l’alcool. Beaucoup de sucre résiduel (+/- 120 grammes par litre) mais beaucoup moins que les Domaines qui choisissent le maximalisme: toujours plus de sucre (parfois plus de 200 grammes par litre) finit en pas assez d’acidité pour équilibrer la douceur. Le risque ? Des Recioto plutôt lourds et collants… Vivement le style Speri.

Anthocyane vend en ce moment le Valpolicella Classico 2022 et le Valpolicella Sant’Urbano 2020. L’Amarone Monte Sant’Urbano 2018 est disponible sur commande.

Tous les formats, tous les millésimes
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Deiss et Kientzler: une journée en Alsace

En Alsace certes, mais à Bruxelles – premier acte

D’abord un regard en profondeur sur le 1er cru (officieux) Gruenspiel du Domaine Marcel Deiss. En blanc, nous goûtons 2015, 2016, 2018, 2022. Les deux premiers vins ont été vinifiés par le père (Jean-Michel), les deux vins les plus récents sont de la main du fils (Mathieu). Il ne manque que le Saint-Esprit: d’une certaine façon, il planait au-dessus de nos têtes pendant la dégustation…

On commence par une mise en bouche: La Vigne en Rose du Domaine du Rêveur (qui est la création de Mathieu Deiss et de son épouse, grâce aux vignes maternelles): issu d’une complantation avec 85% de gewürztraminer et 15% de riesling, il présente un nez assez complexe: fruits jaunes, menthe, puis agrumes, puis …rose. La bouche est intense, avec un profil presque sec, une concentration moyenne, de la suavité et une finale très légèrement tannique. Ce dernier mot mérite notre attention, nous y reviendrons.

Gruenspiel, terroir et complantation

Amphithéâtre exposé sud, surplombant les grands crus de Ribeauvillé, ce terroir se situe sur la commune de Bergheim. Je laisse le vigneron exprimer la géologie: nature hétérogène du sol superficiel constitué de dépôts torrentiels gréseux, granitiques parfois gneissiques, posés sur une matrice profonde de marnes lacustres du Keuper. Le vignoble est complanté en riesling, gewürztraminer et pinot. Pas d’information fiable quant aux proportions respectives. J’ignore de quel pinot il s’agit.

Gruenspiel 2015

Vinification classique par Jean-Michel, millésime riche et solaire. Le nez est plutôt lourd, avec des agrumes et de la pâtisserie. Le vin est construit en rondeur. La présence du riesling est loin d’être évidente, mais la famille Deiss insiste depuis longtemps sur le rôle mineur joué par les cépages: tout ici tourne autour du terroir, le cépage étant un simple accessoire (j’exagère à peine). Il y a du sucre, je me sens dans l’univers des vins moelleux. La finale est légèrement collante. Mais (et c’est l’un des enseignements de cette dégustation), le vin ne cesse d’évoluer dans les verres, il s’affine progressivement, joue sur le fondu de sa structure et quitte sa gangue sucrée. Si nous l’avions goûté vite fait, mal fait, nous l’aurions méjugé. Rappel de circonstance: évaluer un vin artisanal en quelques instants relève de la sottise. Goûter, regoûter après 15 minutes, après 2 heures, après 24 heures. Eh oui, il faut y mettre une bonne dose d’huile de coude !

Alcool: 14%

NB: jetez un coup d’œil à la photo: on peut y lire discrètement « Le jeu des verts« , une traduction presque littérale de Gruenspiel. On y reviendra. On y lit également « Cru d’Alsace », une façon légale de faire passer le message: Gruenspiel est un premier cru et n’attend qu’une confirmation officielle pour le faire savoir.

Gruenspiel 2016

Vinification classique par Jean-Michel, millésime plus frais. La robe est moins dense que celle du 2015, le nez est léger, pierreux, une pointe de citron apparaît. Le profil est une antithèse du 2015: la bouche est fine, racée, intense, scintillante. Verticalité, minéralité, énergie. La finale est magnifique, très peu marquée par le sucre, nette et presque tranchante. C’est un grand vin qui, lui aussi, évolue dans le verre jusqu’à se présenter comme un 100% riesling (qu’il n’est pourtant pas). Ce qui me frappe lorsque l’on compare 2015 et 2016, c’est le fort impact du …millésime. On a le sentiment que le terroir accueille les caractéristiques de chaque millésime et les restitue pendant la dégustation. Difficile alors de percevoir les caractéristiques du terroir lui-même.

Gruenspiel 2018

Vinification géorgienne par Mathieu. Géorgienne, parce que le vin est légèrement macéré (contact entre peaux et jus): 10% du volume total de vin, pendant 6 jours. On sent une approche prudente, pas-à-pas. Néanmoins, l’impact de cette macération limitée est très visible: la couleur dans le verre est franchement orangée. Le nez est intense et minéral, avec du zeste d’orange. En bouche …

attention, ceci est un moment-clé

Donc, en bouche, je suis frappé par la présence d’un peu de sucre résiduel et d’une note oxydative. Finale tannique. Le profil est plus proche du 2015 que du 2016. Où sommes-nous ? En Alsace ? Euh…Nous sommes sur le Gruenspiel et nulle part ailleurs: les cépages ne comptent pas, la région Alsace ne compte pas.

On remarquera la cure de jouvence dont bénéficie l’étiquette. Le « jeu des verts » se situe à présent juste au-dessous de Gruenspiel.

Gruenspiel 2022

Mathieu va jusqu’au bout de ses idées: 100% du volume est macéré, pendant plusieurs mois. Vin nature, sans soufre ajouté. Le vigneron suggère d’ouvrir la bouteille la veille (ce que nous n’avons pas fait, mais qui le fera ?). Couleur de clairet, rose foncé ou rouge clair, au choix du dégustateur. Mais en tous cas la couleur orange est absente. Le nez m’évoque la cerise (influence sournoise de la robe ?), puis la rose. Un petit air guilleret et sympathique. La bouche est tendue sur son acidité. Le vin est sec, fin et aérien. Il n’y a aucune déviation aromatique. On est plus proche du profil du 2016 que de celui du 2015. Je trouve le vin agréable et j’ose (sous le regard ébahi et courroucé du Saint-Esprit) me risquer à une comparaison avec un grolleau de la Loire. Bon, je reconnais une part de provocation dans ce commentaire, mais le vin me paraît assez simple, trop simple. Le problème est-il dans la bouteille ou faut-il plutôt le chercher dans le nez, la bouche et le cerveau du dégustateur ?

Je me suis progressivement construit un dictionnaire et une approche qui fonctionne de façon satisfaisante avec les vins classiques. Mais ce Gruenspiel 2022 est tout sauf un vin classique ! Ma grille d’analyse repose sur cinq axes: équilibre, complexité, intensité, persistance, spécificité. J’ai l’impression de me confronter à un vin qui refuse d’entrer dans ce cadre. Et qui m’oblige donc à réfléchir autrement, quitte à arriver aux mêmes conclusions, qui sait ? En fait, ce vin ne veut pas de moi: en marketing, on dira que je ne fais pas partie de sa cible. Trop vieux.

A la réflexion, je ne me sens pas capable de définir ce qui ferait la spécificité du terroir Gruenspiel, au travers de quatre vins très différents les uns des autres. Mais autant le 2016 est lisible, autant le 2022 est illisible: le 2016 est écrit en français du vingtième siècle et le 2022 en hongrois (ou en bulgare ou en japonais, selon votre bon plaisir): je ne pratique malheureusement pas ces langues exotiques. Je souhaite converser mais il y a de la friture sur la ligne. J’écoute la voix du Saint-Esprit mais je n’entends pas son message.

NB: la métamorphose esthétique est arrivée à son terme: Gruenspiel a disparu, le « jeu des verts » prend toute la place. Cela colle sans doute mieux à l’univers des vins nature, c’est une communication dépoussiérée, plus jeune. Mais, ô paradoxe, Jean-Michel Deiss se bat avec énergie et détermination pour imposer le Gruenspiel comme un lieu d’exception et on finit par le supprimer de l’étiquette au profit d’une traduction sans charme et sans mémoire.

La contre-étiquette indique un taux d’alcool de 14,5% et affiche le texte suivant: « Vin de macération sur terroir de marne. Vin sec, sans soufre ajouté et sans filtration ».

Gruenspiel 2017 (rouge de pinot noir)

Ce n’est pas fini ! On fait du rouge sur le Gruenspiel. La question de la macération ne se pose évidemment pas, puisque tous les vins rouges passent par cette étape pour extraire la couleur, les tannins, etc…

A ma relative surprise, c’est un vin classique, j’oserais dire bourguignon, avec un nez légèrement sauvage et une bouche mûre, tendue, avec pas mal de matière. Vin juteux se terminant par une finale pleine de bons tannins. L’alcool joue son rôle à l’arrière-plan, l’élevage itou.

Cela me plaît beaucoup ! C’est ma médaille d’argent, après le blanc 2016. Mais j’ignore sur quelle base faire le lien avec le terroir Gruenspiel.

Bilan: j’ai passé un excellent moment (malgré le courroux du Saint-Esprit) et le sujet mérite assurément de s’y intéresser de près. Je reconnais volontiers manquer d’expérience pour évaluer les vins blancs de macération à leur juste valeur. Mais je ne peux cacher une profonde perplexité: pourquoi cette radicalité qui consiste à faire table rase du passé et de l’histoire ? Pourquoi glorifier Gruenspiel (au détriment de la région Alsace et des cépages) avant de le supprimer de l’étiquette: Gruenspiel, le grand perdant de la communication moderne ?

En Alsace certes, mais à Bruxelles – deuxième acte

En soirée, dégustation à l’aveugle qui commence par nous balader en terrain inconnu: l’un de nous risque silvaner, l’autre muscat. On note des amertumes non négligeables. Ensuite, une paire de vins nous déconcerte: cela pourrait être du pinot gris, mais qui fait aussi sec ? Ostertag ? Trimbach ? Et voici une paire largement aussi étonnante: il y a l’aromatique du gewürztraminer, mais pas la structure à laquelle on s’attend: en particulier le premier vin (nous saurons plus tard que c’est un 2016) est d’une grande finesse et d’une aromatique noble.

C’est compliqué. Les visages sont livides, les respirations haletantes. Certains d’entre nous font silence. C’est compliqué. Heureusement, le septième vin éclaire notre lanterne: c’est du riesling ! Au vu de tout ce qui précède, nous sommes bien en Alsace (après les 6 premiers vins, je n’aurais pas mis ma main au feu). A partir d’ici, le feu d’artifice est déclenché: les notes très élevées vont pleuvoir sur les rieslings secs qui s’enchaînent. J’évoque le Rheingau et les vins de Georg Breuer (c’est un compliment).

Et puis, la vérité nous fend les oreilles: tous les vins proviennent du même domaine: André Kientzler à Ribeauvillé. De mon point de vue, Kirchberg 2017 et Geisberg 2016 se partagent la médaille d’or. Une mention spéciale pour l’Osterberg (gewürztraminer) 2016.

Nous concluons avec François-Alphonse 2008, une cuvée rarement produite qui assemble, je crois, des raisins qui proviennent de différents grands crus. C’est un 2008, mais il paraît notablement plus âgé, avec ses notes terreuses, champignons, ail, humus, … Note oxydative également. C’est le vieux vin qui finit par rapprocher un grand Sancerre, un grand Chablis et un grand riesling. Mon 17/20 est sans goute généreux d’un point de vue analytique, mais c’était si bon !

Demain matin, cap sur l’Italie pour d’autres aventures !

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La contre-étiquette

Beaucoup de vignerons européens ont la fâcheuse habitude d’utiliser la contre-étiquette pour, au choix, communiquer:

  • des accords bizarres entre leur vin et des mets variés (plus il y en a, mieux c’est)
  • des calembredaines au lyrisme grossier, en citant de préférence le terroir et la tradition
  • des éléments plus ou moins rigolos, pour confirmer qu’on se situe bien dans l’idéologie « nature »
  • des logos dont la plupart ne signifient pas grand’chose si ce n’est la croyance qu’ils font vendre lorsqu’on n’a pas de (grande) médaille d’or à afficher
  • nada/nothing/niets si ce n’est ce qui est obligatoire.

Je suis tombé récemment sur une bouteille australienne (Domaine Cullen en Australie occidentale) qui s’y prend autrement:

  • le millésime, le nom du vignoble, la position de la parcelle dans ce vignoble, le village et l’appellation: 2021 Mangan East Block Wilyabrup Margaret River
  • un texte explicatif: Cullen Wines respectfully acknowledges the Wadandi people, past and present, traditional custodians of the land on which this wine was grown. Cullen Wines is a naturally powered carbon positive and certified biodynamic Estate in Wilyabrup, Margaret River. 2021 marks 50 years of sustainable winegrowing at Cullen Wines. Hand harvested grapes from the best blocks of the Mangan Vineyard were naturally fermented, basket pressed and then matured in 40% new oak for 7 months. The resulting blend is 59% malbec and 41% petit verdot and displays the unique fruit driven terroir of the site.
  • Suivent encore la contenance: 750 ml contains approximately 8 standard drinks (un verre = 9,375 cl), le numéro du lot, les coordonnées complètes de l’importateur, le taux d’alcool, la présence de sulfites, le logo européen de l’agriculture biologique suivi par le numéro du certificat, le code-barres et les coordonnées complètes du Domaine.

On me rétorqua qu’il manque des éléments importants, que les étiquettes californiennes sont encore plus explicites, que la plupart des consommateurs s’en fichent et que les caractères sont si petits que des lunettes de lecture n’y suffisent pas. Certes -répondis-je avec le sourire- mais je me sens néanmoins mieux traité par cette prose kangourou que par le talent surnaturel de certains vins européens qui assurent qu’ils s’associent divinement à la viande blanche, aux entrées, à la viande rouge et aux fromages (et à la galette des rois ???).

Bref, la contre-étiquette est un lieu qui mérite d’être exploité avec pertinence et précision. En particulier, elle permet de contextualiser et de raconter une histoire !

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Le voyage en Rioja (jour 4): Roda

Si vous êtes allés à la Rioja Alta et/ou chez Lopez de Heredia, trouver le Domaine Roda est extrêmement simple: c’est juste à côté, dans le quartier de la gare. Paradoxe: Roda est un domaine de style moderne, créé dans les années ’80 du siècle dernier. Le premier millésime est 1992.

L’architecture impressionne: une véritable cathédrale contemporaine, dédiée au vin. Tout a été minutieusement réfléchi. Le lieu est la traduction d’une vision, d’une volonté de faire plus que très bien.

Difficile d’ignorer où nous sommes…

Nous sommes reçus par Edurne Ereña Aparicio: elle nous guidera avec grande compétence entre les foudres et les barriques, dans les caves souterraines et jusqu’aux rives de l’Ebre. Elle passe de l’anglais au français avec une confondante facilité. Elle a un vrai talent de narratrice et sait capter l’attention, tout en gardant un œil sur la montre. Bravo !

Monumental, immaculé, esthétique…
Edurne, notre hôtesse et les 6 vins dégustés chez Roda. La petite bouteille au centre, c’est l’huile d’olive…

Nous goûtons toute la gamme des vins rouges, ceux de la Rioja mais aussi ceux en provenance de la Ribera del Duero.

Sela est une entrée de gamme très réussie: un vin certes facile à boire, mais capable de bien se tenir lorsqu’on le goûte à nouveau, après les grandes cuvées. Roda est la cuvée « fruits rouges », Roda I est la cuvée « fruits noirs ». Il n’y a pas de parcelles dédiées à l’un ou l’autre vin, tout dépend des conditions climatiques du millésime.

Nous avons l’opportunité de goûter Cirsion, cuvée super-luxueuse dont le prix est totalement dissuasif. C’est très bon (…heureusement…), mais, à ce stade, je ne perçois pas la valeur ajoutée par rapport à Roda et Roda I qui m’enchantent par la précision et la délicatesse de leur matière. Oh bien sûr ce sont des vins puissants, bardés de tannins et construits pour la garde, mais je suis très agréablement surpris par l’équilibre plutôt frais de ces deux vins. On a l’impression que Roda évolue vers « toujours mieux » en remplacement bienvenu de l’ancien « toujours plus ».

source: site Internet du Domaine

Roda, c’est aussi le Domaine La Horra en Ribera del Duero. Je m’attendais à des vins marqués par l’extraction, par un boisé généreux et par un alcool chaleureux. Surprise à nouveau: Corimbo et Corimbo I sont des vins plus classiques et plus abordables que je ne me l’imaginais. L’écart qualitatif entre ces deux cuvées me paraît plus important que pour les cuvées Roda. Autrement dit, Corimbo I est magnifique !

Anthocyane propose 4 cuvées du Domaine Roda: Sela 2020 (€ 22), Roda Reserva 2019 (€ 36), Roda I Reserva 2018 (€ 57,50), Corimbo I Reserva 2016 (€ 54)

Difficile de ne pas rajouter un paragraphe relatif au restaurant où nous avons dîné samedi soir: La Vieja Bodega à Casalarreina. Le lieu est très grand, dans un style rustique de bon aloi. On y mange une cuisine régionale goûteuse et copieuse. Même les desserts sont réussis ! Le sommelier est un vrai passionné: nous nous comprenons, même si son anglais est à peu près aussi mauvais que notre espagnol.

Evidemment, il faut se plonger dans la carte des vins, collection de diamants facturés au prix du charbon. On n’en croit pas ses yeux ! Et nous avons fini la soirée dans les anciennes caves qui se situent en dessous du restaurant, à grande profondeur.

Nous y avons (entre autres…) goûté ces deux vins-ci:

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Le voyage en Rioja (jour 2): la tradition

En route pour le fameux quartier de la gare (barrio de la estacion) à Haro. Les uns presque à côté des autres, sept domaines de haut niveau. Il fut un temps où les vins quittaient la Rioja via le chemin de fer et il y avait donc un bénéfice logistique à installer les bâtiments de vinification et d’élevage au plus près de la gare.

Les bâtiments de Lopez de Heredia construits fin 19ième et début 20ième siècle. Toute l’activité du Domaine est concentrée ici.

Nous avons choisi de rendre visite d’abord à Lopez de Heredia, domaine historique, également connu sous le nom de sa cuvée emblématique Viña Tondonia. Nous sommes ici dans le temple de la tradition. Les vins sont élaborés à l’ancienne, sans concession à la modernité, ni usage d’une quelconque technologie sophistiquée. Longs longs longs élevages en barriques de chêne américain, suivis par de longues années en bouteilles avant commercialisation.

Notre hôte, Luis Taboada, nous a guidés avec brio entre les chais de vinification (foudres anciens toujours en activité) et d’élevage: hallucinant empilement sur quatre ou cinq niveaux de barriques bordelaises dans des caves souterraines creusées directement dans la colline; barriques exclusivement fabriquées par les tonneliers du Domaine, qui se chargent également d’entretenir et de réparer les foudres.

Coup d’œil également sur les gigantesques foudres d’assemblage dans lesquels passent les vins avant embouteillage (il s’agit d’homogénéiser le contenu des barriques).

Il y a des toiles d’araignée partout et il ne viendrait à personne la mauvaise idée de les éliminer: les araignées sont les alliées du vinificateur puisqu’elles se nourrissent de toutes sortes de petites bestioles qui pourraient influencer négativement les vins en gestation.

Empilement de barriques bordelaises.

Une précision intéressante: le Domaine n’utilise pas de bois neuf. Lorsque les barriques sont fabriquées, elles sont d’abord remplies pendant un an avec une partie de vin de presse. Celui-ci est ensuite distillé. Les barriques sont alors prêtes à accueillir les vins qui, longtemps après, donneront naissance aux différentes cuvées du Domaine.

En Espagne, la commercialisation se fait comme ci-dessus: 5 bouteilles de Tondonia rouge et 1 bouteille de Gravonia (blanc); les blancs sont aussi rares que demandés.

Le Domaine détient 170 hectares de vignes, toutes situées à faible distance des bâtiments de vinification. Il n’y a aucun achat de raisins. Le nom des différentes cuvées correspond au nom des vignobles (en espagnol « viña »). La famille Lopez de Heredia (deux sœurs et un frère) est toujours aux commandes. Nous avons d’ailleurs eu le plaisir de rencontrer Mercedes Lopez de Heredia pour un intermède philosophique. La génération suivante sera exclusivement féminine.

Voici le lieu où l’on goûte.
Luis ouvrant une bouteille de Viña Tondonia dans les règles: il s’agit de retirer le filet métallique avec élégance…
Côte à côte, les vins dégustés. 2011. C’est bien le millésimes actuellement vendu par le Domaine, après un très long élevage.

Viña Bosconia est un vin fondu, à la structure tannique très douce. Il est embouteillé dans une bourguignonne et ce n’est pas par hasard. Selon Luis, il se pourrait même que le nom du vignoble s’inspire du mot Borgoña. Il y a longtemps, bien avant le temps des appellations d’origine, il était courant de décrire un vin en le comparant à celui élaboré dans une région célèbre: Bosconia = Rioja dans le style bourguignon…

Pour poursuivre la comparaison, Viña Tondonia présente un profil plus strict, très harmonieux et très long, comme un Bordeaux classique. Si vous aimez Château Le Puy, les Bordeaux pré-Parker ou Château Musar (Liban), Tondonia est pour vous ! La dégustation de ce vin est une fascinante plongée dans le 19ième siècle.

Les différents vignobles qui composent le Domaine, avec Viña Tondonia à droite, dans un méandre de l’Ebre.
Zoom sur les parcelles de Viña Tondonia (rouge, blanc, rosé).
Vue sur le Domaine Lopez de Heredia depuis le Domaine de La Rioja Alta !

Anthocyane vous propose 3 cuvées du Domaine Lopez de Heredia: Viña Cubillo Crianza 2015 (€ 18), Viña Bosconia Reserva 2011 (€ 29) et Viña Tondonia Reserva 2010 (€ 40).

On enchaîne immédiatement avec notre deuxième visite. Même une tortue grabataire est capable de franchir la distance entre Lopez de Heredia et La Rioja Alta en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. On traverse l’avenue de Vizcaya et nous y voilà !

Vue sur le Domaine de La Rioja Alta depuis Lopez de Heredia !

Lorena Alves nous attend. Après un apéro en provenance de Galice (La Rioja Alta y possède deux domaines), nous entamons une visite qui mettra en évidence des objectifs très similaires à ceux poursuivis par Lopez de Heredia, mais des méthodes fort différentes. Ici on accueille volontiers les technologies contemporaines, mais on élabore également des vins traditionnels, avec de longs élevages en bois américain.

C’est par ici !
On voit mieux comme ceci.
Après être passé sous l’arche végétalisée, on découvre des bâtiments et jardins d’une grande élégance.
Cave à barriques d’une propreté immaculée: pas la moindre araignée !

Pour varier les plaisirs, les vins seront dégustés à table, pendant un déjeuner dans un salon du Domaine. Viña Ardanza ne peut cacher un fort tempérament méditerranéen (78% tempranillo et 22% de grenache) qui m’évoque Châteauneuf-du-Pape. Le vin est puissant, riche et confortable.

Puissance méditerranéenne

Changement de style avec Viña Arana: on se retrouve de l’autre côté de la route, un vin qui pourrait être un cousin de Viña Tondonia ! Grande intensité aromatique, précision et concentration. Si vous préférez un millésime plus frais et un vin tout en verticalité, laissez vous tenter par le millésime précédent, 2014.

2015, le nouveau millésime de la cuvée Arana. À mon avis ? Fabuleux !

Nous n’avons pas goûté la cuvée « 904 » au Domaine, mais y avons acheté une bouteille pour un repas à prendre dans notre logement. Mais d’abord: pourquoi « 904 » ? Simple, la cuvée a été produite pour la première fois avec le millésime 1904. De la même façon, la cuvée très haut de gamme s’appelle « 890 ». Quand pensez-vous qu’elle a été produite pour la première fois ? Eh oui, le Domaine a été fondé à la fin du 19ième siècle, quelques années après Lopez de Heredia.

Quelle surprise, des barriques empilées…
C’est ainsi que l’on goûte à La Rioja Alta lorsque l’on souhaite ne pas être influencé par les mimiques et les éventuels commentaires des autres dégustateurs.

Et la dégustation ultérieure de « 904 » ? Vin d’une grande profondeur et d’une grande densité. Malgré un élevage long, ce vin a encore besoin de temps en cave. Pour le goûter aujourd’hui, la carafe me semble impérative. Autre conseil: ne le jugez pas après une première gorgée. Laissez le vin s’oxygéner dans le verre: la complexité apparaît progressivement…

Si vous préférez un vin prêt à boire, privilégiez le millésime 2011 (NB: « 904 » n’a pas été produit en 2012, ni en 2013, ni en 2014).

Anthocyane vous propose 3 cuvées du Domaine de la Rioja Alta: Viña Ardanza Reserva 2015 (€ 35), Viña Arana Gran Reserva 2014 (€ 40) et « 904 » Gran Reserva 2011 (€ 60).

En soirée, nous nous offrons un restaurant réputé: Nublo à Haro. Ici, tout est cuit à la braise (avec du bois de vigne, récolté au moment de la taille). Michelin consacre ce lieu en lui prêtant une étoile (Michelin ne donne pas d’étoiles, puisqu’il lui arrive de les reprendre…).

Derrière cette porte, une aventure gastronomique particulièrement audacieuse.

Nubio ne fait rien de façon classique: l’audace et la prise de risques font partie de l’ADN de la maison. Dès notre arrivée, nous rendons une brève visite à la cuisine pour y apercevoir les modes de cuisson qui seront utilisés pour l’ensemble des plats: four à bois, poêle à bois, flamme. Conséquence: la fumée joue un rôle majeur dans les préparations. La salle est une cour intérieure couverte, avec un très haut plafond, le tout dans un palais du 16ième siècle qui a servi pendant sa longue histoire de bureau de police et de prison. Il ne manque que le bordel et le monastère…

Le menu se compose de 15 services. Nous choisissons de l’accompagner exclusivement par des vins de la Rioja. Je ne me risque pas à détailler tout ce qui est apparu devant nos yeux ébahis, il y en aurait pour plus de temps que celui dont je dispose.

Plusieurs vins m’ont semblé d’une qualité exceptionnelle: en blanc, la cuvée Olagar Gran Reserva du Domaine Remirez de Ganuza 2014 (100% viura), d’une précision diabolique. Le rosé Gran Reserva Classica du millésime 2009 (sic) produit par le Domaine Lopez de Haro: waouw ! Seule étape hors Rioja: une très bonne Manzanilla de Jerez.

Le sixième plat d’une série de quinze…
Les petits fours qui clôturent un repas étonnant.
Un blanc d’une finesse et d’une élégance rares. Amusant: nous rendons visite au Domaine Remirez de Ganuza le lendemain.
Un -grand- rosé 2009: ils ne font décidément rien comme les autres !

Evaluation du restaurant ? De mon point de vue, une expérience qui mérite incontestablement le détour. Mais je n’en ferais pas ma cantine.

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Une verticale de Corton

10 millésimes d’un Grand Cru bourguignon, ce n’est pas tous les jours, loin de là ! Nous nous sommes installés vers 20h00 en ignorant ce que nous allions goûter (dégustation à l’aveugle). Mais l’organisateur avait soulevé un coin du voile en signalant que le budget serait plus élevé que d’habitude et que tous les vins seraient issus d’une même appellation. Il y avait donc quelques attentes…

Les deux premiers vins nous ont permis de décanter la situation: ce serait bien du pinot noir. Et donc, forcément, la Bourgogne se rapproche. Cela étant, ces deux vins ont remporté assez peu de suffrages: un joli nez mais une sécheresse marquée dès le milieu de bouche pour le premier, une bouche imprécise (légèrement liégeuse ?) et un profil assez simple pour le deuxième.

Les choses s’arrangent dès le troisième vin, qui présente plus de volume en bouche, un fruit plus intense et une longueur décente. Mais je mentirais en disant que je suis en extase.

Les vins suivants vont plaire et intéresser: des profils parfois affables, parfois bien plus cérébraux; des profils presque « sudistes » et d’autres qui correspondent mieux à l’image que je me fais de la Bourgogne. Pour moi, deux vins se signalent par leur race, leur précision, leur fraîcheur, leur capacité à révéler bien plus que le cépage dont ils sont issus. Mes estimés compagnons de dégustation sont quant à eux particulièrement charmés par un vin plus ample, plus fruité et plus sensuel que mes préférés.

la colline de Corton, vue depuis le sud-ouest

Vient bien entendu le moment d’essayer de deviner ce que nous avons goûté: Gevrey-Chambertin fut cité. Mais personne n’a pensé à Corton. Et personne n’a imaginé un seul instant qu’il puisse s’agir d’une verticale: 10 fois le même Corton, élaboré par le même vigneron, via des millésimes échelonnés entre 1998 et 2008 (seul 2001 manque à l’appel, remplacé par un amusant « pirate »: le Barolo Broglio Riserva 2004 du Domaine Schiavenza, 100% nebbiolo).

Il s’agit donc d’une belle verticale du Grand Cru Corton Pougets, tel que vinifié par le Domaine Rapet (basé à Pernand-Vergelesses).

Corton Pougets est le nom donné à deux parcelles en exposition sud-sud-ouest, d’une superficie totale de 9 hectares et 82 ares. La parcelle « du haut » monte jusqu’au bois de Corton, lequel surplombe le vignoble et le protège des agressions météorologiques. Les deux seuls propriétaires notables sont Louis Jadot et Rapet, ce qui pourrait expliquer un certain déficit de notoriété. Particularité typiquement bourguignonne: les rouges se commercialisent en Corton Pougets, les blancs en Corton Charlemagne. Ces derniers sont majoritaires.

Un élément qui me semble important: Rapet aurait, en tout ou en partie, replanté en 1994. Donc, le millésime 1998 serait issu de très jeunes vignes, au moins partiellement.

Les meilleurs millésimes selon la moyenne du groupe de dégustateurs: 2003 (16,9/20), 2005 (16,4/20) et 2002 (16,1/20).

Mon tiercé personnel: 2002 (16,5/20), 2005 (16,5/20) et 2007 (15,5/20). Ex-aequo avec le 2003 (15,5/20) et le 2004 (15,5/20).

1998, 2000 et 2008 ont reçu peu d’applaudissements.

Certes, le vin vogue largement au-dessus des mesquines contingences matérielles. Néanmoins, Grand Cru, en combinaison avec Bourgogne, peut constituer une arme de destruction massive pour le portefeuille de l’amateur. Voyons voir. Le 1998 fut acheté en son temps au Domaine pour 177 FRF, l’équivalent de 26 euros. Les millésimes récents se vendent à +/- 65 euros (ou plus cher si vous tombez sur un vendeur sans scrupules). C’est à la fois peu et beaucoup. Disons que c’est un tarif raisonnable dans le contexte de la folie des prix en Bourgogne. Mais le fait est que d’autres régions offrent de bien meilleurs rapports qualité/prix.

Question supplémentaire: faut-il laisser longuement vieillir ces vins ? J’ai tendance à répondre non. 5 à 10 ans, très bien. Au-delà, je ne suis pas sûr que le jeu en vaille la chandelle: de temps à autre, une très belle surprise, mais aussi le risque de goûter un vin qui s’approche de sa pente descendante: on perd du fruit et de la chair, on ne reçoit pas grand-chose pour remplacer ce qui a disparu.

Merci à l’organisateur qui a patiemment rassemblé ces flacons depuis 25 ans.

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Domaine Combier et autres pépites rhodaniennes

Combier, quelle bonne surprise ! Le millésime 2021 dans la vallée du Rhône est jugé moyen par la presse spécialisée. Oui, il y a des vins très légers, un peu dilués, j’en ai goûtés et ne vous les proposerai pas.
Mais voilà que je goûte en décembre quatre vins du millésime 2021 du Domaine Laurent Combier: quel équilibre ! Quel charme ! Impossible de ne pas sourire en dégustant la cuvée L, le Crozes-Hermitage classique et les deux cuvées Cap Nord. Le célèbre Clos des Grives a toujours un an de retard, élevage oblige: c’est donc le très bon millésime 2020 qui est de la fête.

Ces cinq vins (et cinq autres vins rhodaniens) ont été redégustés ce mercredi 18 janvier par un panel de sept fines gâchettes: qu’ils soient remerciés pour la pertinence et la précision de leurs commentaires ! Ces commentaires sont « bruts de décoffrage »: j’ai pris note au vol, sans avoir l’ambition de faire de jolies phrases. Il y a des contradictions parce qu’il y a des avis différents. Eh oui …

La Janasse Côtes du Rhône (blanc) 2021

Fraîcheur, presque comme un pinot blanc allemand. Il y a une certaine longueur, très peu d’amers, pas d’alcool, du pamplemousse, floral, frais, pointe minérale, note végétale, violette, pointe saline, vivacité. Très bon rapport qualité/prix.

Note moyenne du groupe: 14,50. Ma note: 14,50. Faible variance entres les notes.

Les Bosquets CdR-Villages Séguret 2021

Nez épicé, violette, délicat, ouvert. Bouche intense, avec tannins et alcool, chaleureux mais pas brûlant, servi très frais, nez supérieur à bouche ? Il y a de la matière certainement par rapport au millésime, une pointe de rusticité, amertume dans la finale, austère, herbacé, encre, manque de gourmandise, manque de rondeur.

Note moyenne du groupe: 13,70. Ma note: 15,00.

Les Bosquets Gigondas Réserve 2020

Nez agréablement chaud, pur et puissant, un peu chocolaté. Bouche dense, intense, avec un beau grain, tannins bien fondus, persistance fruitée, gourmand, plus Rhône sud que le Séguret qui précède, dominé par le grenache, type Châteauneuf-du-Pape, infanticide, beau jus. Bien géré, équilibre, un peu de fraîcheur, poivre. Style opposé à celui du Séguret: quel est le rôle de l’effet-millésime ?

Note moyenne du groupe: 15,10. Ma note: 15,50. Faible variance entres les notes.

Saladin VdF Haut-Brissan 2019

Nez de rose, la finesse des grenaches espagnols, précision et tannicité énergisante, finesse et floralité, petite sucrosité, dentelle, diffus, manque de densité, fraise, confiture, douceur.

Note moyenne du groupe: 15,40. Ma note: 15,50. Forte variance entre les notes.

Laurent Combier Crozes-Hermitage cuvée L 2021

Syrah embaume le nez, variétal, croquant, énergique, laurier, délicat, fruit précis comme un excellent Beaujolais, facteur glouglou, type Marcel Lapierre, archétype de la syrah. Pointe d’amertume végétale.

Note moyenne du groupe: 14,40. Ma note: 14,50. Forte variance entre les notes.

Laurent Combier Crozes-Hermitage 2021

Nez moins expansif, élégant. Bouche dense et équilibrée, finale nette et tranchante, croquant sur une acidité top, vin ciselé. Haute couture, se goûte déjà très bien. Potentiel.

Note moyenne du groupe: 16,10. Ma note: 16,50. Faible variance entres les notes.

Laurent Combier Crozes-Hermitage Cap Nord 2021

Nez minéral, graphite, cendres, caillou. Bouche avec une allonge phénoménale, qualité des tannins, longueur, encore fermé, infanticide, noblesse et potentiel de garde, le floral arrive progressivement, puis le cassis. Moins friand, brut de vigne, vin salin, cérébral, évoque les mencia de Bierzo, sans concession, vin qui pousse le dégustateur à réfléchir. Polarisant/clivant.

Note moyenne du groupe: 16,10. Ma note: 17,00.

Laurent Combier St-Joseph Cap Nord 2021

Nez légèrement animal (réduction), minéralité de type « caillou pourri », syrah froide. Bouche plus fruitée et plus puissante que Cap Nord Crozes-Hermitage, la puissance rend la délicatesse moins perceptible, tannins plus marqués, vin plus accessible que Cap Nord Crozes-Hermitage, type Cornas. NB: vin carafé pendant 3 heures.

Note moyenne du groupe: 15,50. Ma note: 16,00.

Laurent Combier Crozes-Hermitage Le Clos des Grives 2020

Fruit opulent et joyeux, bouche irrésistible, vive et pleine, pas compliquée, sexy et équilibrée. Boisé intelligent. Vin plaisant, sensuel, charnel. Expressif, généreux, un peu trop de tout, joliment sudiste. Grand potentiel de garde.

Note moyenne du groupe: 16,30. Ma note: 16,00.

Duclaux Côte Rôtie La Germine 2017

Nez épicé, fin, spéculoos, intensité. Bouche dense sans puissance, grand vin classique, moins plaisant que le Clos des Grives, droiture, moins opulent, strict, pourrait rappeler les Cornas de Clape.

Note moyenne du groupe: 16,10. Ma note: 16,50.

Conclusion

Nous avons eu la possibilité de comparer et de mettre en évidence des styles très différents. Celui apprécie une certaine opulence, de la rondeur et du charme devrait prêter attention au Gigondas Réserve et au Clos des Grives. Celui qui préfère la droiture, la précision, la verticalité devrait tenter le Cap Nord Crozes-Hermitage et La Germine.

Le Crozes-Hermitage 2021 est un modèle pour l’appellation et pour le millésime. Excellent rapport qualité-prix.

Tous les vins ci-dessus sont disponibles dans le magasin. Commandes à me transmettre au plus tard le mardi 24 janvier. Mise à disposition des vins en février.

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Champagne: la sélection de la RVF

On a beau dire. Cela fait plaisir de lire la sélection des 21 beaux champagnes à prix accessibles réalisée par la Revue du Vin de France, numéro de décembre que je viens de recevoir.

Fleury tout en haut du classement. Drappier très bien classé.

Cliquer sur le lien ci-dessus « RVF Champagne » pour avoir accès à l’article. Ou télécharger l’article de la RVF en cliquant sur le bouton ci-dessus.

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A la vida s’han de tenir somnis, i s’hi ha de creure

Traduction depuis le catalan: Dans la vie, il faut avoir des rêves et y croire. C’est la devise du Mas d’En Gil, Domaine-phare en Priorat.

Allez, on commence avec un peu de nostalgie. Il y a 20 ans, voire un peu plus, je découvrais avec stupéfaction les vins issus du Priorat, petite région catalane isolée, battue par les vents et dominée géologiquement par un schiste local appelé llicorella. Une dégustation en mars 2001 me donnait l’occasion de partager les millésimes 1996, 1997 et 1998 de Cims de Porrera. Des vins extrêmement puissants, concentrés, portés par le souffle du Priorat mais aussi par un boisé qui ne se cachait pas. Les notes attribuées à ces trois vins furent dithyrambiques, respectivement 17,9 17,3 et 17,8.

Les choses ont bien changé depuis. Enfin, le Priorat a changé et mon goût a changé. Les vins qui tentent de s’imposer en jouant des coudes à coup d’extraction, de boisé, d’alcool, non merci. Cette performance me paraît vaine. C’est une course vers toujours plus qui ne débouche sur pas grand-chose parce que demain, un autre vin sera encore plus extrait, encore plus boisé et encore plus en riche en alcool.

Vall del Bellmunt

L’équilibre parfait. Voilà qui est plus difficile à atteindre, plus subtil et sans doute plus subjectif. L’équilibre parfait est par nature très fragile: le funambule en sait quelque chose. C’est le reflet d’un instant magique. Les mots ne suffisent pas. Parfois, une petite larme s’invite et le temps s’arrête. L’agitation et le vacarme s’estompent, on perd légèrement le nord. Cela n’arrive pas souvent.

Mais cela m’est incontestablement arrivé pendant une dégustation des vins du Mas d’En Gil début octobre. A commencer par deux blancs atypiques: Bellmunt 2021 et Coma Alta 2017: les deux vins sont construits sur la verticalité et un usage anecdotique de la puissance alcoolique. Bellmunt pousse sur du buntsandstein et Coma Alta sur du calcaire. Non, pas de schiste ici. Le style des vins pourrait évoquer Le Roc des Anges de Marjorie Gallet (je connais la polémique, mais c’est une autre histoire). Cela commence donc fort avec deux blancs qui rompent complètement avec la tradition locale. La minéralité de Coma Alta est magnifique et rare dans un vin élaboré avec 100% de grenache blanc.

Voici venu le temps de la gamme des vins rouges. Bellmunt 2018 (grenache 65%, carignan 30%, cabernet sauvignon), vignes de 25 ans sur llicorella est irrésistible. Oui, cela pèse 14,5% d’alcool; oui, c’est élevé sous bois pendant 10 mois (contenants de 1.500 litres et de 3.000 litres). Et pourtant, c’est frais et très peu marqué par l’élevage. Succulent, structuré, superbe.

Marta Rovira

On passe ensuite à Coma Vella 2016, qui pourrait être le premier cru du Domaine: grenache 70%, carignan 20%, syrah, sur llicorella. Elevage sous bois (1.500 litres et 225 litres), avec 20% de neuf. Deux ans d’élevage en bouteilles. Vignes d’âge variable entre 25 et 60 ans. Il est probable que la syrah finisse par disparaître de l’assemblage, le processus est en cours pour se concentrer exclusivement sur le duo grenache/carignan. Ce vin m’a ébouriffé, ému, étonné. Fruit et minéralité. Passionnant de le déguster en compagnie de Marta Rovira (la vigneronne) et d’Olivier Fonteyne, sommelier belge, mari de Marta. La conversation se déroule dans un mélange inédit de langues, entre néerlandais et catalan, entre français et anglais.

On finit par Clos Fontà 2016, qui pourrait être le grand cru du Domaine. Grenache et carignan. Vignes d’âge variable entre 45 et 85 ans, sur llicorella. Elevage en barriques de 225 litres (30% bois neuf). On pourrait craindre la grande cuvée qui cumule toutes les ambitions de faire encore et encore plus. Remember Cims de Porrera. Eh bien non. Le boisé ne joue aromatiquement aucun rôle. Le liquide est d’une grande fluidité, d’un naturel confondant. C’est très concentré et pourtant très élégant. Quelle qualité de tannins ! Ô toi lecteur qui connaît un peu mes goûts, on arrive au paradis, le paradis où l’intensité rejoint la délicatesse. le paradis où le lieu transcende les cépages. L’équilibre parfait, le funambule.

PS: 15% d’alcool pour Coma Vella comme pour Clos Fontà. Je ne retire rien à mes commentaires mettant en exergue élégance et délicatesse.

Coma Vella 2016 est en dégustation le samedi 03 décembre.

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Le Clos Galerne, le chenin et la spilite

Parfois les choses peuvent être simples; du moins elles se laissent simplifier. Chenin sur sol noir, chenin sur sol blanc. Noir ou blanc. Schiste ou calcaire. En Anjou noir, c’est le schiste. Plus on se dirige vers l’est, plus c’est le calcaire (Vouvray, Montlouis).

La famille Bourez, au pied du moulin brûlé

Le schiste plaide pour un rapide exercice de vulgarisation que les experts en géologie me pardonneront: il y a toutes sortes de variantes et autant de termes pour les désigner: ardoise, slate (en anglais), schiefer (en allemand). Le gneiss en Muscadet est en quelque sorte le stade ultime du schiste. Le schiste, c’est par exemple la Moselle allemande et le Priorat espagnol.

L’Anjou noir a historiquement basé sa réputation sur un trio magique: chenin, schiste et botrytis. Traduction: Coteaux du Layon, Bonnezeaux, Quarts de Chaume. Des vins moelleux, voire liquoreux. Mais, au XXIème siècle, la douceur se vend mal, très mal. Loi fondamentale de l’économie: lorsque le vin se vend mal, la valeur du vignoble chute. Paradoxe: cette situation attire de jeunes vignerons ambitieux, à la recherche d’hectares mis sur le marché à un tarif abordable. Changement de paradigme. Acheter du vignoble destiné de tous temps à produire des vins moelleux et décider de le convertir en un vignoble pour élaborer des vins secs. Couper le cordon ombilical avec le passé doux. Assumer et chercher un nouveau chemin pour le chenin angevin.

Cette aventure-là est jalonnée de pièges: expliquer le changement de paradigme et surtout convaincre experts, journalistes, importateurs, restaurants et cavistes; vivre avec une météo capricieuse qui peut réduire à presque rien les efforts de toute une année. Quand on vient de commencer et que la banque n’attend pas, un mental d’acier s’impose. Deux années de gel successives et c’est la catastrophe.

Je tire mon chapeau à Cédric Bourez, monsieur Clos Galerne. Œnologue dans un domaine provençal, il souhaite devenir vigneron. Calculette à la main, il arpente l’Hexagone et se dit que l’Anjou noir est la destination que l’épaisseur de son portefeuille rend plus ou moins raisonnable. Coup d’oeil précis pour mettre la main sur des parcelles principalement situées dans le hameau de Pierre Bise, village de Beaulieu-sur-Layon, à quelques kilomètres au sud d’Angers. Pierre Bise, lieu exceptionnel. Flore méditerranéenne, vent pour rafraîchir et ventiler, sous-sol très particulier: schiste, mais aussi spilite, roche d’origine volcanique. La minéralité du schiste et la minéralité du volcan. Le vent du nord-ouest est appelé …Galerne. Combinaison gagnante, dans l’ordre ou le désordre.

La plupart des parcelles du Clos Galerne se nourrissent de spilite. Exception notable: une parcelle en Savennières (mais c’est une autre histoire). Chenin sur spilite et cabernets sur spilite. Un tel matériau mérite les mains de l’artiste: Cédric Bourez se charge des petits rendements, d’une vinification et d’un élevage sous bois bien dosé (peu de bois neuf) et d’une fermentation malolactique complète. La conversion en bio est engagée.

L’entrée de gamme, Balade en chenin, permet d’apprivoiser le style du Domaine. S’attaquer à Exspecto et à Moulin Brûlé sans gants …à vos risques et périls ! Ce sont deux chenins secs de grande puissance, traversés par un souffle intense et dominateur. Exspecto trace en verticalité, Moulin Brûlé équilibre rondeur et fraîcheur.

Exspecto 2020 (100% chenin), Moulin Brûlé 2020 (100% chenin) et Anjou Noir issu de la vendange 2019 (cabernet franc 80%, cabernet sauvignon) sont en dégustation le samedi 03 décembre 2022.

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Knab sur volcan

Thomas et Regina Rinker ont repris le Domaine Knab à Endingen en 1994. Ils ont patiemment œuvré pour transformer cette acquisition en une véritable success story et devenir l’un des meilleurs domaines du Kaiserstuhl, encore plus si l’on prend en compte l’excellent rapport qualité-prix de toute la gamme. Johannes, le fils de Thomas et Regina, est à bord depuis plusieurs années et, grâce à son apport, les vins ont encore gagné en finesse.

Le Kaiserstuhl est un lieu magique: un grand volcan éteint, comme posé dans la plaine du Rhin, à quelques kilomètres de la frontière française. Un paradis pour les pinots: rouge, blanc et gris. Paradis qui est également la région la plus chaude d’Allemagne (peu de riesling ici, ce cépage n’appréciant pas ce méso-climat: il ne « fonctionne » dans le Kaiserstuhl que sur des parcelles orientées au nord).

Colmar n’est qu’à quelques kilomètres…

Les imposantes terrasses du Kaiserstuhl constituent un biotope exceptionnel pour la faune et la flore, pour la vigne en particulier. Mais le lieu est aussi un défi lancé au vigneron: celui qui manquerait d’attention se retrouverait rapidement avec des raisins très/trop chargés en sucre sur les bras et, en conséquence, avec des vins très/trop chargés en alcool. Choisir le jour idéal pour vendanger est un art que les Rinker maîtrisent à la perfection. Les vins conjuguent l’intensité volcanique avec une fraîcheur désaltérante.

Le Domaine Knab, c’est 21 hectares de vignes, à peu près exclusivement plantées en cépages bourguignons: pinot noir, pinot blanc, pinot gris, chardonnay et auxerrois. Le Domaine n’est pas certifié bio, mais ses pratiques s’approchent très fort de ce qui exigé pour bénéficier du logo bien connu. Sans surprise, rendements faibles et vendanges manuelles.

J’ai découvert les vins avec le millésime 2017 et les propose depuis lors, chaque fois que c’est possible. Je suis conscient du potentiel relativement limité des vins allemands pour une clientèle francophone, mais je m’obstine. D’autant plus pour le Domaine Knab, vu que les équilibres de leurs vins ne sont pas si éloignés des équilibres français. Bénéfice collatéral: les prix sont vraiment intéressants. Tentez le coup !

Je ne suis évidemment pas le seul à être impressionné: le guide Eichelmann 2022 accorde 4 étoiles au Domaine (sur un maximum de 5). Idem pour le guide Gault-Millau du même millésime.

Trois vins du Domaine Knab sont en dégustation le samedi 19 novembre 2022. Les voici:

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Ostertag, Muenchberg: les années fastes

Remontée dans le temps jusqu’en 1996

Dégustation à l’aveugle passionnante, pour un groupe d’une douzaine d’amateurs. Vous avez lu le titre de cet article, mais nous, pauvres dégustateurs privés de l’étiquette, nous ne savions rien. Rien de rien.

Voici la première carafe. Bien sûr, ce sont donc les tâtonnements habituels. Je vous épargne certains parmi mes commentaires, j’ai déjà assez de mal à les gérer moi-même…

Mais ce premier vin a en tous cas beaucoup de choses à raconter: il y a du caillou, une touche de sucre résiduel, de la finesse, de la complexité aromatique (tilleul, miel) et ce je ne sais quoi qui évoque le volcan. 16/20. Millésime 2005. Démarrage en trombe donc. Le deuxième vin évoque avant tout l’automne: les feuilles mortes et le champignon. Vin évolué, avec des notes lactiques, sec, salin. Il porte son âge avec charme, mais me paraît un peu monotone. 15/20. Millésime 1996.

Le troisième est un vin patiné, avec du miel et de la cire, intense, délicat, avec une touche d’alcool et une légère oxydation (comme un sherry fruité), des épices également. 15/20. Millésime 1999. Le quatrième vin est important parce que celui-ci va me permettre de mettre un nom sur le cépage: autant les trois premiers ont été cachottiers, autant celui-ci crie: riesling ! Le citron confit joue le premier rôle. Vin puissant, encore un peu massif, léger tannin, touche de sucre, de la jeunesse. Un classique. 16/20. Millésime 2000.

Bon, à partir d’ici, on commence à se dire que l’on tient le bon bout: riesling, Alsace, avec des vins d’un certain âge, voire d’un âge certain. Voici la cinquième carafe: jus de citron parfumé, abricot voire pêche. Par contre, la bouche part vers une minéralité un peu austère. Progressivement la verticalité, l’élégance, la pureté, la longueur. Un vin spirituel. 16,5/20. Millésime 2003. Sixième carafe: attention, jeu de mots facile. Autant le précédent était spirituel, autant celui-ci me paraît …spiritueux ! Je m’explique: une aromatique en forme de Cointreau ou de Grand Marnier. Le nez légèrement écrasé, solaire voire sudiste. Comme un moelleux qui aurait mangé ses sucres. C’est riche et gras, mais manque d’énergie. 14,5/20. Millésime 2004.

Carafe sept. Ici on touche au sublime. Total respect. Le fruit laisse la place à une expression intense de la géologie: formidable colonne vertébrale acide, longueur impressionnante. Du souffle, de l’énergie, de la densité. On pourrait se rapprocher d’un riesling que l’on trouve plus facilement outre-Rhin. Sommes-nous bien en Alsace ? 17,5/20. Millésime 2008. Voici déjà une huitième carafe qui révèle un nez presque pâtissier, avec de l’orange et de la cannelle, du miel, de la fumée. Vin que l’on pourrait qualifier de baroque. Puissance maîtrisée, belle fraîcheur. Est-ce bien du riesling ? Pinot gris ou complantation ? 16,5/20. Millésime 2009

Changement d’étiquette

Retour vers le riesling alsacien avec ce neuvième vin: agrumes, épices, orange et clou de girofle, bouche harmonieuse avec de jolis amers, fraîcheur énergique. Vin sec et plutôt délicat, belle réussite qui tranche avec le vin précédent en termes de style. 16,5/20. Millésime 2010.

Des noms de vignerons et de Domaines fusent. Parmi les Deiss et les Zind-Humbrecht, on entend l’un ou l’autre Ostertag. Quel vin « colle » avec quel vigneron ? Des avis en pagaille. Dixième carafe: j’adore (tout le monde ne partage pas mon enthousiasme). Citron intense, floral. Bouche jeune, serrée, salivante, longue. Equilibre parfait. Un vin dominateur comme un mâle alpha. 17/20. Millésime 2014

Encore un petit effort de concentration: voici le onzième vin. Archétype d’un grand nez de riesling, bouche jeune, massive, fraîche, plus solaire que le vin précédent. Finale un peu en retrait. 16/20. Millésime 2015.

Et enfin, voici le douzième: citron vert épicé, bouche encore fermée, comme repliée sur elle-même. Nous évaluerons son potentiel plus que le vin tel qu’il se présente aujourd’hui. Quelqu’un dit: brut de terroir. Joli résumé tout en concision. La verticalité est impressionnante. 17/20. Millésime 2019.

Nouvelle livrée

Voici la révélation, avec un grand sourire sur le visage de l’organisateur: nous avons goûté 12 millésimes de la même cuvée. A l’exception du dernier, tous ces vins ont été élaborés par André Ostertag. Son fils Arthur prend maintenant la relève. Est-ce j’ai pensé qu’il pourrait s’agir d’une verticale ? Non, douze fois non. Sur base du deuxième et du troisième vin, je voyageais du côté de la Loire. Le huitième m’a emmené vers le pinot gris et le septième aurait pu être allemand (Pfalz). Quel leçon sur l’importance du millésime !

Le Grand Cru Muenchberg, entre les mains d’un expert, est capable de distiller des expressions extrêmement diverses, en fonction de l’ensoleillement, du volume pluviométrique, de la date des vendanges, de subtiles décisions de l’homme pour guider, orienter le résultat final.

Nous avons goûté les vins du plus ancien vers le plus récent, avec une exception déroutante pour commencer.

En relisant mes notes, je me dis que mes commentaires relatifs aux millésimes 2003 et 2004 sont étranges: à priori, j’aurais inversé l’un et l’autre. Mais non, 2003 se révèle bien plus intéressant que prévu. J’ai d’ailleurs eu en son temps une expérience similaire avec l’Altenberg de Bergbieten de Mochel.

Un grand merci à la générosité de l’organisateur. He made my day !

L’esprit du vin circule inlassablement et se répand en flux circulaire, coule de haut en bas, du ciel vers la terre, de la lumière à l’ombre, de la vigne à la cave, va de jus en vin, de cuve en bouteille, d’ici à ailleurs, d’orient en occident, au bout des mers, de l’autre côté des nuits, là où les saisons se confondent, au cœur de villes sans arbres, au cœur des hommes déracinés, entre mur et poussière.
Il est le caillou du rire, le renouveau du soleil, l’ivre livre, le verre libre, le rêve retrouvé.
Il est le vin, le chant de l’univers.
Site Internet du Domaine.

En savoir plus ? https://viamo.fr/vignerons/domaine-ostertag/

Anthocyane ne commercialise pas les vins de ce Domaine.

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Champagne !

Anthocyane n’a plus proposé le moindre Champagne depuis 2016. L’un d’entre vous m’a rappelé récemment que la période des fêtes de fin d’année est pourtant fort propice aux bulles champenoises. Et que je ferais bien d’y remettre le nez. Et que le plus vite serait le mieux. Et que je devrais arrêter de dire « oui, mais… ». Et que c’est le 10ème anniversaire d’Anthocyane !

Donc, sous cette amicale pression, j’ai agi: huit Champagnes viennent enrichir la gamme.

Cette sélection se veut une ode à la diversité: des Champagnes de l’ouest (Vallée de la Marne), du sud (Côte des Bar) et du centre (Côte des Blancs); des blancs et un rosé; des vins à dominante de pinot, d’autres à dominante de chardonnay; de l’Extra-Brut (donc peu dosé) et du dosage zéro (donc pas dosé du tout).

En rouge, les vignobles; en orange, les villages où l’on peut élaborer le Champagne.

J’ai privilégié les Champagnes « de vigneron », avec une personnalité marquée et une capacité à traduire le millésime dont ils sont issus. Respect pour les grandes marques dont le but est de proposer, année après année, le même goût (« zéro surprise »), mais ce n’est pas le terrain de jeux d’Anthocyane.

Pour vos cadeaux: sachet individuel (en papier kraft brun) offert.

Les huit Champagnes sont ici !

Tant qu’à écrire sur le et la Champagne, voici quelques définitions qui peuvent faciliter la lecture d’une étiquette:

Grand Cru

L’étiquette d’un Champagne peut porter la mention « Grand Cru » ou la mention « Premier Cru ». Bon à savoir, le système champenois attribue ces deux mentions à un village dans son ensemble. C’est commode, en particulier pour calculer le prix du kilo de raisins, mais ce n’est pas très précis: jusqu’à preuve du contraire, toutes les parcelles situées sur le territoire du village de Puligny-Montrachet ne se valent pas. Les Champenois rétorqueront que le système bordelais est encore moins précis (et ils ont plutôt raison, mais c’est un autre sujet).

Voici les 17 villages classés « Grand Cru » :

Tours-sur-Marne , Verzenay , Verzy , Ambonnay , Aÿ , Bouzy , Louvois , Beaumont-sur-Vesle , Mailly-Champagne , Puisieulx , Sillery (dans La Montagne de Reims)

Avize , Chouilly , Cramant , Le Mesnil-sur-Oger , Oger , Oiry (dans la Côtes des Blancs).

Il y a par ailleurs une bonne quarantaine de villages classés « Premiers Crus ».

Deux fermentations alcooliques successives

Le Champagne commence sa vie comme un vin tranquille: une première fermentation alcoolique des sucres naturellement présents dans les raisins. Cela se passe dans une cuve-inox ou dans un contenant-bois. Au moment opportun, le vigneron va embouteiller le vin tranquille en y rajoutant une liqueur de tirage: sucres de canne sous forme liquide et levures. Ainsi commence la deuxième fermentation alcoolique, dans la bouteille. Cette deuxième fermentation est appelée prise de mousse.

Dégorgement

Le dégorgement consiste à expulser du flacon les levures mortes (appelées « lies ») et autres turbidités. Ces levures, avant leur décès, se sont chargées de la prise de mousse: transformer le sucre de canne en alcool et en CO². Ce CO², c’est la bulle qui signe le Champagne !

Pour dégorger, on procède en général par congélation. On en profite pour rajouter la liqueur de dosage.

Une fois ces opérations exécutées, le Champagne commence sa vie d’adulte. La date de dégorgement vous indique quand cette manœuvre technique a eu lieu. Qui apprécient les vins récemment dégorgés et qui leur préfèrent des vins évolués, il n’y a pas de règle absolue. NB: néanmoins, si vous tombez sur une bouteille dégorgée il y a 10 ans voire plus, le contenu du flacon pourrait décevoir. Le Champagne n’est pas éternel.

Certaines grandes marques de Champagne sont réticentes à indiquer la date de dégorgement sur leurs étiquettes parce que celle-ci pourrait être confondue avec une date de péremption. Considérant que l’essentiel du volume de ces grandes marques est commercialisé par la grande distribution, je peux comprendre leur prudence.

J’imagine déjà la scène: le client ramène sa bouteille dans son supermarché préféré parce qu’elle serait …périmée.

Liqueur de dosage (synonyme: liqueur d’expédition)

Il s’agit de rajouter un liquide sucré au Champagne au moment du dégorgement. La quantité de sucre détermine le type du Champagne: Extra-Brut, Brut, Sec, etc… Pour le plaisir de faire compliqué, un Champagne Sec est un vin assez doux (entre 17 et 32 grammes de sucre par litre). On élaborait au XVIIIe et au XIXe siècle des Champagnes vraiment doux, avec plus de 50 grammes de sucre/litre.

Les Champagnes « zéro dosage » ne rajoutent pas de liqueur de dosage. C’est une tendance contemporaine qui fait sens lorsque le vin est capable de supporter cette absence de dosage. Beaucoup de Champagnes gagnent à bénéficier d’un léger dosage. Il ne s’agit en aucun cas d’en faire des vins doucereux, mais d’arrondir quelques angles.

Le dégorgement tardif consiste à élever le vin longtemps sur ses lies. Les champagnes du type « dégorgement tardif » sont très prisés des amateurs et par conséquent très chers. Ou serait-ce l’inverse ? Vaste débat…

Placomusophilie

Celui qui collectionne les capsules de Champagne est un placomusophile. Je crains de faire partie de cette confrérie un peu bizarre…

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Allemagne, Württemberg, Stuttgart bis, jour 7

Ce soir, direction la Weinhaus Stetter pour une cuisine de type bistrot très bien tournée. Service efficace et sympathique, carte des vins qui donne envie et fait pétiller instantanément l’oeil de l’amateur.

vaut ses trois étoiles !

J’ai fait une infidélité à la région du Württemberg pour me ruer (calmement) sur un chardonnay du Domaine Knab, en pays de Bade, dans le coin du Kaiserstuhl. Ce vigneron est encore assez peu reconnu, mais chaque vin goûté tape en plein dans le mille !

Eckkinzig *** n’est pas à proprement parler un terroir mais une sélection de vieilles vignes plantées dans le sud du terroir Endinger Engelsberg. À partir d’ici, rien n’est simple, accrochez-vous ! Ce terroir n’est pas reconnu, ni comme premier cru, ni comme grand cru, parce qu’aucun vigneron membre de l’association privée VDP n’y est propriétaire de vignes. De plus, le cépage chardonnay n’est pas accepté dans le cahier des charges.

Une injustice …et une opportunité: le flacon coûte € 20 au Domaine et c’est franchement bon marché par rapport à la bouteille dégustée (et vidée dans les règles de l’art). C’est crémeux (élevage bois très précis) et doté d’une colonne vertébrale acide d’anthologie. Ouvert, causant et plein de goût !

Weinhaus Stetter de l’intérieur et …
…de l’extérieur