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Juste comme ça

Lecchi est un hameau de Gaiole

Ce soir, restaurant qui met de la joie dans les assiettes et du sourire sur les lèvres ! La cuisine est simple sans aucune sophistication mais elle est goûteuse et servie par une équipe qui aime son métier. Ajoutez-y une belle carte des vins, pas très longue mais sacrément tentante, une absence complète de difficulté à se garer, un décor brol vintage charmant et une addition sans mauvaise surprise (entrée plat dessert café eau et vin = € 147), c’est un ticket gagnant !

À propos de vin, je n’ai pas résisté au Riserva du Domaine Monsanto en millésime 2020 (€ 50 sur table), une cuvée presque culte qui me semble difficile à trouver en Belgique. Cette bouteille porte un nom catastrophique (remember glyphosate/Round’Up) et une étiquette assez affligeante. Mais Monsanto est un temple de la tradition et il me semble très improbable que quelque chose ne change.

Le style du vin est très en rondeur dodue avec peu de tannins et relativement peu d’acidité. Mais quelle belle matière apaisée ! Quelle suavité sans mollesse ! Prune, épices et cuir. Content d’avoir pu goûter cela.

Vintage ?!

Techniquement: 90% sangiovese, 10% colorino & canaiolo. La cuvée existe depuis 1962.

On peut visiter la cave historique datant du 18ème siècle. Le Domaine se situe à Barberino Tavarnelle, à l’ouest de l’appellation Chianti Classico.

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Riecine

Sans grande surprise pour ceux et celles qui connaissent la gamme d’Anthocyane, me voici donc au Domaine Riecine à Gaiole in Chianti. Les deux derniers kilomètres avant d’arriver nécessitent un conducteur attentif. Une fois le portail franchi, nous sommes reçus par Lorenzo qui nous propose une visite très complète dans un anglais parfait.

La maison des propriétaires

En particulier, il nous montre le trésor, c’est-à-dire la bibliothèque des flacons historiques où sont conservés dans des conditions idéales les millésimes anciens: on remonte allègrement aux années ‘90, voire plus loin pour certains crus.

Le Domaine a été fondé en 1971 et n’a pas changé de philosophie depuis, malgré deux changements de propriétaires. On ne vise en aucun cas à en mettre plein les yeux, plein le nez et plein le palais. On veut faire mieux, plus équilibré, plus subtil. Pas question de tomber dans le piège d’un modernisme avide du toujours plus. Le bois fait partie de la panoplie de l’équipe qui vinifie, mais le bois neuf est proscrit (sauf pour La Gioia, j’y reviens plus loin) et les contenants sont des 300 litres, voire des 500 litres, qui marquent peu. Les fermentations ont lieu pour l’essentiel en cuves béton, matériau poreux qui permet une micro-oxydation des vins.

On remarque aussi plusieurs œufs en béton (Nomblot) utilisés pour la cuvée Riecine di Riecine (ma préférée).

Un coup d’œil sur le vignoble qui entoure la propriété permet d’observer des vignes cultivées en albarello, c’est-à-dire en bush vines: il n’y a pas de rangs, ce qui implique des vendanges manuelles. Pas de souci puisque tous les raisins sont récoltés à la main. Lorenzo nous indique que le nom du Domaine est d’origine étrusque et signifie entre deux rivières. Entre nous, les deux rivières dont question sont très peu visibles.

Pendant la conversation, le sujet du bouleversement climatique ne peut être évité. Le gel frappe peu le Domaine, mais la grêle peut être dangereuse: en 2024, Riecine n’en a pas souffert, mais des domaines voisins ont eu moins de chance. Les parcelles se situent essentiellement en altitude et l’humidité est maîtrisée grâce aux vents qui sèchent les grappes. On travaille en bio dans le vignoble depuis de longues années et depuis trois ans le travail en cave est également bio grâce à quoi la certification a été obtenue depuis le millésime 2021.

Un artiste s’est chargé de décorer les différents bâtiments

On produit ici à peu près 60.000 bouteilles dont une moitié de Chianti Classico. Le reste se partage entre le rosé, le Chianti Classico Riserva, les quatre cuvées de prestige et le blanc.

La dégustation commence avec le rosé Palmina 2022 (igt Toscana): c’est croquant, fruité et léger (12,50%) avec de la couleur. Un complément pertinent à la gamme des vins rouges, qui commence par le simple Chianti Classico 2021 (le 2022 est déjà disponible, mais le Domaine préfère faire goûter son aîné qui se goûte mieux en ce moment). Tout ici est question d’équilibre: surtout ne pas extraire trop pour garder une grande buvabilité et des arômes de cerise fort appétissants. Une note de poivre noir qui est une signature de la gamme de Riecine. On en boirait jusqu’au bout de la nuit !

Intéressant, nous goûtons ensuite le Chianti Classico Riserva dans le même millésime 2021. Lorenzo me confirme que les raisins sélectionnés pour ce Riserva ne proviennent pas systématiquement des mêmes parcelles: le choix se fait sur base d’une dégustation qui permet de faire le tri. Donc forcément plus de concentration, plus de corps (14,50%) et plus de tannins dans la version Riserva, laquelle est destinée à une garde en cave qui peut certainement franchir le cap des dix ans. Cela étant cela se goûte déjà fort bien, avec cette nuance poivrée très énergique.

Et voilà que nous est présentée une cuvée de prestige parcellaire: Vigna Gittori 2020. Cette parcelle qui se situe en altitude le long de la route qui mène au Domaine, a été acquise récemment: premier millésime en 2018. Secouons vigoureusement nos verres pour oxygéner l’animal ! C’est intense et concentré, mais je note surtout la qualité des tannins et la parfaite maîtrise de l’alcool (13,50%). Puis viennent la salinité et la finale longue et précise. Il y a une belle cohérence avec ses deux prédécesseurs.

Lorsque l’on passe à la cuvée La Gioia 2020, le cap change: il y a du merlot dans l’assemblage et cela donne rondeur et confort en bouche. C’est succulent et aromatique, mais cela correspond moins à mon goût personnel. Si ce n’était la barrière du prix, ce serait sans nul doute un grand succès commercial !

Restez attentifs, ce n’est pas fini ! Voici Tresette (littéralement trois sept) qui tire son nom des trois barriques de 700 litres qui l’élèvent. Il s’agit d’un 100% merlot: autant dire d’emblée que je me méfie. D’où la surprise de goûter un merlot d’altitude qui m’oblige à remettre en question mon opinion aussi préconçue qu’erronée au sujet de ce cépage qui a souvent tendance à faire preuve de lourdeur et d’une suavité excessive. Ravi de goûter un merlot énergique et bien équilibré malgré 15% d’alcool.

Avant de reprendre la route vers Gaiole, nous profitons de la terrasse du Domaine avec vues du type cliché toscan, moult oliviers, cyprès, bois de feuillus et de conifères, vignes et maisons au charme dévastateur.

Sur la terrasse
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Chianti Classico: le nouveau sangiovese est arrivé !

La nouvelle organisation du Chianti Classico en 11 zones

C’est une tendance de fond. Les vignerons souhaitent préciser le lieu où naissent leurs vins. Une tentative pour se différencier et pour capitaliser sur la notoriété d’un quelque-part. Quand on prononce le mot Nuits-Saint-Georges, la magie opère. Ce n’est plus un pinot noir bourguignon, c’est un Nuits-Saint-Georges ! Pour le meilleur et pour le pire. Ajoutons-y la mention du premier cru Les Damodes, qui jouxte Vosne-Romanée, et c’est l’orgasme du là-et-pas-ailleurs. Les Damodes, ce sont 8 hectares de géographie sacrée.

A dire vrai, ce n’est qu’exemple parmi tant d’autres. Mais il faut reconnaître que le modèle bourguignon (vins régionaux, vins communaux, vins issus d’une parcelle premier cru, vins issus d’une parcelle grand cru) s’impose progressivement dans toute l’Europe. C’est assurément vrai en Allemagne où les étiquettes des vins secs de noble extraction mentionnent de plus en souvent un nom de commune suivi par un nom de parcelle. La notoriété de ces lieux germaniques n’est aujourd’hui pas bien grande, en tous cas dans nos contrées latino-francophones. Mais le train est lancé et viendra le moment où nous prononcerons avec délectation Bockenauer Felseneck pour désigner un riesling sec du village de Bockenau (en région Nahe) et de la parcelle grand cru Felseneck.

Venons-en à l’Italie et plus précisément à la Toscane puisque c’est le thème de cet article. Chianti Classico. Une zone créée par les dieux du terroir il y a bien longtemps déjà (un Grand-Duc Médicis est passé par là au XVIIIème siécle). Classico c’est le cœur historique du Chianti par opposition à tous les autres Chianti que je qualifierais volontiers de non-Classico. Ce n’est pas que ceux-là sont toujours moins intéressants, mais on y trouve de tout et en particuliers des tonnes d’ersatz qui n’ont de Chianti que le nom. Que voulez-vous, chère Madame, c’est dans la nature humaine de jouer la carte de l’opportunisme et, en quelque sorte, celle du plagiat.

Jusqu’il y a peu, les vins du Chianti Classico se racontaient en particulier par leur élevage: les meilleurs fruits cueillis sur les vignes les plus anciennes se destinaient naturellement, après un long passage en tonneaux à la durée règlementée, à la prestigieuse cuvée Riserva. Fort créatifs, nos vignerons toscans y ont ajouté en 2013 la notion de Gran Selezione. Mieux que Riserva, encore plus prestigieux, comprenez encore plus cher. Une segmentation par le prix, une hiérarchie, le vin dans le sens vertical.

Le sens vertical ? Mais ne pourrait-on pas réfléchir au sens …horizontal ? Alors oui, à l’été 2021, nos vignerons toscans se sont décidés à subdiviser le Chianti Classico en 11 zones de type communal. Elles sont illustrées sur une carte, plus haut, encore plus haut, ça y est vous êtes arrivés.

Pour être précis, la commune de Greve a subi l’ablation de Panzano, Lamole et Montefioralle, chacun de ces hameaux souhaitant sa propre dénomination. Idem pour Vagliagli dont le territoire appartient à la commune de Castelnuovo Berardenga. Dans le même ordre d’idées, San Donato in Poggio n’est pas une commune, mais une partie de la commune de Barberino Tavarnelle. Je m’arrête là avant de me noyer dans les subtilités de la géographie toscane.

Il me semble que la mention Gaiole ou Panzano sur une étiquette va toucher une corde sensible chez l’amateur, va déclencher une petite lueur d’envie. Pour Vagliagli ou San Casciano, les vignerons locaux vont devoir s’armer de patience et investir dans ce qui fait la spécificité et l’intérêt du lieu-de-chez-eux. Je suppose que certains vignerons préfèreront ne pas mentionner ces nouvelles dénominations complémentaires pour éviter d’égarer le consommateur.

Riecine, c’est 100% commune de Gaiole. Sur l’étiquette du millésime actuel, rien ne le revendique avec vigueur et fierté. Nous verrons bien comment se présenteront les étiquettes futures. Mettre l’accent exclusivement sur le nom du Domaine ou compléter le message en affirmant son origine communale ?

A propos, ce Riecine Chianti Classico 2020, en provenance de la commune de Gaiole, se goûte vraiment très bien. C’est un vin subtil, équilibré et expressif. Le fruit est pur et intense. Fine acidité salivante. Ce 100% sangiovese se contente d’un très pertinent 13% d’alcool (le millésime 2019 trouvait son équilibre à 14%). Vin d’altitude (450-500 mètres) issu de vignes qui peuvent commencer à se décrire comme vieilles (25 ans). 14 mois d’élevage en tonneaux usagés et en foudres. La mise en bouteilles est donc très récente.

Je vous invite à en acquérir quelques flacons dans le magasin. Le risque de déception me paraît négligeable, voire minusculissime.