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Frédéric Mabileau, St-Nicolas de Bourgueil, 2011

deux personnages masqués: serait-ce prémonitoire ?

N’est-il point trop tard ? Aurais-je dû boire ceci il y a un lustre ? Suis-je condamné à sucer un squelette que la chair a fui ? Cette cuvée est-elle capable de mystifier le temps qui passe (inexorablement) ?

« Les Rouillères » ont balayé en quelques instants mes doutes existentiels. C’est du cabernet franc, c’est vinifié proprement, ça a été conservé à l’abri des canicules, des sécheresses, des tremblements et des méchants …ça résiste !

Bien sûr, je n’escomptais ni la queue du paon, ni l’explosion psychédélique des goûts et des couleurs. Attentes irréalistes, dégustation désillusionniste, selon le vieil adage ligérien que je viens d’inventer. Sachant qu’il s’agit d’une cuvée plutôt simple, on ne peut être que charmé par l’équilibre dans la verre et par la framboise très pure dans le nez. C’est élégant avec quelques petits tannins mignons et bien fondus pour finir sur une sensation énergique.

Frédéric Mabileau

Je suis d’autant plus touché que Le Domaine Mabileau produit -bon an mal an- 100.000 bouteilles de Rouillères. On est loin de la mini-parcelle hyper-bichonnée qui finit par accoucher d’une seule barrique. Les Rouillères, c’est la démonstration que l’on peut faire bon et beaucoup. Attention, rendements maîtrisés, il ne s’agit pas de faire pisser la vigne !

Et puis, ce flacon fait remonter les souvenirs à la surface: ce 2011, je l’ai reçu au Domaine, au printemps 2013, lors d’un « voyage d’étude » en Touraine. Après avoir goûté 2011, j’ai décidé d’importer 2012, puis 2013…

Domaine Frédéric Mabileau, à St-Nicolas-de-Bourgueil, Les Rouillères 2011. Vignes de 25 à 40 ans, vendange manuelle, vin issu de raisins de l’agriculture biologique, 12,5% et élevage en cuve inox.

Le Domaine est récemment passé à la biodynamie (Biodyvin).

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Le stock d’Anthocyane

ce n’est pas le stock, c’est juste pour faire joli…

En théorie, puisque je commande aux importateurs ce que mes clients m’achètent, il n’y a pas de stock chez Anthocyane. Logique. Fin de cet article.

Bon, en pratique c’est un petit peu différent. Il y a parfois un petit peu de stock. Je compte mettre la liste régulièrement à jour et la publier sur le site. Regardez dans le menu, à la page « Offres, stock et dégustations ».

Quelques précisions:

  • les mentions BIO, DEMETER et BIODYVIN correspondent exclusivement à ce qui figure sur l’étiquette de la bouteille. Certains Domaines sont bio(dynamiques), mais ils font le choix de ne pas l’indiquer sur leurs étiquettes.
  • la quantité en stock figure dans l’avant-dernière colonne du tableau, intitulée (subtilement) « stock ».
  • la date à laquelle le tableau a été mis à jour figure dans le pied de page, au centre: plus cette date est récente, plus le stock indiqué est fiable.
  • il y a beaucoup d’information, avec le risque de rendre la liste peu lisible: le format .pdf permet d’agrandir à volonté.

D’autre part, si vous avez acheté un vin chez Anthocyane, que vous l’aimez décidément beaucoup, que vous en achèteriez volontiers quelques bouteilles supplémentaires, c’est simple: il suffit de m’en faire part, je vérifie avec l’importateur et vous informe de la disponibilité. Ma réponse sera souvent positive.

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Le Pas de l’Escalette: des blancs de haute voltige

Julien Zernott et Delphine Rousseau, les vignerons: ils sont installés depuis 2003.

On associe spontanément le Languedoc au vin rouge. C’est d’autant plus légitime que les cépages blancs ne représentent que 9% des surfaces plantées dans la région. Parmi ces cépages blancs, qui mène la danse ? L’ubiquiste chardonnay qui a envahi 14.000 hectares qui n’avaient pourtant fait de mal à personne. J’ai beaucoup de respect pour le chardonnay, mais j’avoue ne pas bien comprendre l’intérêt de vouloir l’acclimater partout et n’importe où. On me rétorquera que c’est ce qui se vend…

Il est vrai que la notoriété du terret bourret laisse à désirer, que le carignan blanc n’est jamais qu’une mutation de la version noire (et ce qui mute n’a pas forcément bonne presse en ce moment) et que le grenache blanc, encore une mutation, a une sacrée tendance à s’oxyder quand le vigneron regarde ailleurs…

Que voulez-vous que l’on fasse avec des zèbres pareils ? Eh bien, on peut en faire, avec du talent et du travail, des vins qui ont la gueule du lieu dont ils proviennent. Le terret a au moins deux qualités précieuses dans le sud: les vins à base de ce cépage gardent de la fraîcheur (acidité plutôt élevée) et leur degré en alcool n’est pas excessif. Le carignan blanc joue sur cette même gamme, en conférant également des arômes citronnés aux vins qui en contiennent.

Cette introduction n’est pas tout-à-fait innocente, puisque, grâce à la grande générosité de l’importateur, j’ai eu l’occasion de goûter très récemment les deux cuvées blanches du Domaine du Pas de l’Escalette: les Clapas 2018 et le Mas Rousseau 2018.

Les Clapas est un assemblage de grenache blanc (50%), de carignan blanc (40%) et de terret (10%); Le Mas Rousseau est un pur carignan blanc, vieilles vignes, issu d’une parcelle de 30 ares. Pour visualiser, 30 ares c’est l’équivalent d’un carré de 55 mètres de côté.

Les comparer est une très agréable et instructive expérience. C’est d’autant mieux d’ailleurs quand on ne s’y attend pas et qu’on tente un accord mets-vin qui doit tout au hasard. Bref, nous mangeons ce soir-là nos premières asperges blanches (servies froides), accompagnées d’un cœur de saumon fumé. Honnêtement, je n’aurais pas tenté cette association, mais l’occasion fait le larron !

Les deux vins sont très différents l’un de l’autre: Les Clapas, de couleur très pâle, évoque le zeste d’orange épicé, avec une structure plutôt nordiste: assez peu de gras, beaucoup de verticalité, de tension crayeuse. Une fine amertume qui va s’avérer précieuse lorsque le plat …j’y reviens plus loin. Vin d’une d’une grande classe, frais (alcool: 13,5%), complexe (nuances anisées et iodées) et long. Nous sommes dans les Terrasses du Larzac, en altitude (350 à 400 mètres), sur des sols calcaires. Un lieu qui permet de réconcilier le Nord et le Sud: le meilleur des deux mondes.

Mas Rousseau, d’une couleur légèrement plus soutenue, a le nez relativement peu loquace. Par contre, la bouche est -déjà- splendide: beaucoup de gras, avec des nuancées fumées qui pourraient évoquer un très beau pinot gris sec. Cette richesse n’a rien à voir avec la pesanteur de l’alcool (13%) mais tout à voir avec la concentration de la matière. Et cela sans nuire à l’équilibre du vin. Finale éclatante et finement amère. On est clairement dans le Sud, mais un Sud épuré, oserais-je …sublimé.

Sans surprise après ce qui précède, l’asperge et Les Clapas, c’est magnifique: on est dans le ton sur ton, vin et légume se répondent et se renforcent l’un l’autre, les fines amertumes collaborent avec un naturel confondant. Très bel accord. Avec le saumon fumé, …bof…, le vin paraît soudain moins précis: ces deux là n’ont pas grand-chose à se raconter, du moins ce soir.

Et Mas Rousseau ? C’est tout à fait bien avec l’asperge, sans toute la magie de l’accord avec Les Clapas. Avec le saumon, c’est encore mieux: un ton sur ton qui joue cette fois sur le gras et le fumé, un accord confortable et savoureux, sans mollesse.

Le Domaine du Pas de l’Escalette est en bio et en biodynamie certifiée par Biodyvin. Le Guide Vert de la RVF attribue deux étoiles au Domaine. Les rouges sont tout aussi intéressants, j’y reviendrai certainement le moment venu.

Les Clapas 2018 peut être réservé (€ 25) jusqu’au dimanche 03 mai 2020 inclus; pour Mas Rousseau, je crains que les volumes disponibles en Belgique ne soient microscopiques…

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domaine rouge

Javier Sanz, Bruñal, 2017

Javier Sanz est un spécialiste reconnu du vin blanc castillan, en particulier celui qui est élaboré avec les cépages viura, sauvignon et verdejo, sous appellation Rueda. Il est propriétaire d’une parcelle (2,27 hectares) de verdejo pré-phylloxérique, la cuvée portant le nom révélateur de « 1863 », vignes de plus de 150 ans !

Cela ne le prédestine pas à se muer en sauveur d’un cépage rouge, en voie d’extinction en Espagne, le bruñal. Et pourtant !

Quelques recherches ampélographiques plus tard (en période de confinement, qu’il est agréable de fourrer son nez dans de précieux grimoires, fussent-ils digitaux), la lumière m’apparaît soudain: certes, le bruñal a presque disparu du territoire espagnol, mais il est bien connu de l’autre côté de la frontière portugaise, sous le petit nom d’alfrocheiro. Çà nous fait une belle jambe !

Javier Sanz

Dans le verre, le vin est riche en couleurs et en parfums: c’est bourré de fruits rouges et appétissant en diable. La bouche pourrait évoquer un beau et bon gamay croquant, dans un style peu habituel dans cette région d’Espagne, au climat féroce. C’est tout sauf un monstre de puissance et l’alcool est joliment maîtrisé (12,5%). Milieu de bouche énergique et savoureux, finale légèrement tannique. Autant dire que la bouteille y passe en moins de minutes qu’il ne faut pour l’écrire.

C’est à la fois original et susceptible de surprendre ceux et celles qui ont a priori peu d’affinités avec l’Hispanie. Le vin passe dans le chêne pendant 4 mois, mais c’est très judicieusement dosé pour oxygéner le jus sans boiser la bouche. Cela peut se garder encore quelques années, mais franchement pourquoi attendre ?

Acheté à l’automne 2018, pour un peu plus que € 12. Ravi d’en avoir encore en cave !

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Hugh Johnson, édition 1981

En faisant un peu de rangement, je tombe sur ce petit livre, traduction en français du guide que Hugh Johnson publie tous les ans, depuis 1977. Il a aujourd’hui 81 ans et continue inlassablement à goûter le vin et à en parler. Il doit sa célébrité en particulier à son Atlas Mondial du Vin. Je ne peux cacher l’admiration que je porte à nombre de ses écrits, souvent pleins d’humour.

176 pages pour résumer la « planète vin », telle qu’elle se présentait aux yeux d’un auteur anglo-saxon il y a une quarantaine d’années. Plus précisément: dépôt légal 4ème trimestre 1981.

Hugh Johnson introduit son ouvrage en proposant un choix personnel pour 1982: c’est une sorte de fourre-tout sympathique qui mélange allègrement appellations, vignerons, marques et cépages, c’est subjectif et pleinement assumé comme tel.

A titre d’exemple, pour l’Espagne, cela donne ceci:

Campo Viejo, Codorniu, La Rioja Alta, Lopez de Heredia, Marqués de Caceres Blanco, Muga, Señorio di Sarria, Torres.

Aujourd’hui, Campo Viejo est une marque, détenue par le groupe Pernod-Ricard, qui propose des vins de la Rioja, essentiellement destinés à la grande distribution. Même topo pour Codorniu, géant du cava et pour Marques de Caceres, largement représenté chez Carrefour Belgique. Torres est un géant catalan, présent dans différentes régions espagnoles et jusqu’au Chili. Señorio di Sarria, propriété de Navarre, est quant à lui passé sous le radar.

Muga, Lopez de Heredia et La Rioja Alta font, aujourd’hui encore, partie de l’élite des vins de la Rioja.

Frappant de constater que les choix pour 1982 se répartissent géographiquement entre Rioja et Catalogne. Tout le reste de l’Espagne n’existait pas (encore).

Pour la France, Hugh Johnson met en exergue une douzaine de châteaux bordelais ainsi que la liste suivante:

Aligoté, Beaumes de Venise, Léon Beyer, Blanquette de Limoux, Bordeaux Côtes de Castillon, Chablis premier cru, Coteaux du Layon, Côtes du Lubéron, Fixin, Gaillac perlé, Alfred Gratien, Louis Jadot, Listel, Prosper Maufoux, Minervois, Morey-St-Denis, Passe-Tout-Grains, Pol Roger, St-Joseph, Seyssel.

Chacun se fera sa propre idée. Une chose est sûre, je ne connais personne qui ferait ce choix en 2020 !

Hugh Johnson

Le livre consacre ensuite quelques pages aux cépages. Voici deux définitions, joliment vintage:

Folle-Blanche: troisième raisin blanc de France, il ne donne jamais de bon vin. Beaucoup d’acidité et peu d’arôme le rendent idéal pour la fabrication du Cognac.

Carignan: de loin le raisin le plus courant de France, où il couvre des milliers d’hectares. Prolifique, il donne un vin sans attrait. Cultivé également en Afrique du Nord, Espagne et Californie.

Et quelques définitions croquignolettes:

Chianti: vin vif de Florence. Frais, mais avec un fruité chaleureux, jeune; vendu dans sa fiasque couverte de paille. Vieillit modérément.

Nebbiolo d’Alba: ressemble à un Barolo léger. Souvent bon. Le Barolo qui n’atteint pas ses 12% est vendu sous ce nom. Il a ses adeptes.

Nature: vin non chaptalisé. En Champagne, vin non champagnisé.

Saint-Péray: blanc plutôt lourd, au sud de Cornas. Une grande partie de la production est transformée en « mousseux ». Ne dépasse pas le stade de la curiosité.

A vrai dire, le plus interpellant est que bien des informations reprises dans cet ouvrage font encore sens 40 ans plus tard. Tout change mais rien ne change…

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Cavallotto, Barbera d’Alba, 2008

Contre-étiquette d’une rare précision, la traduction étant de mon cru:

Elaboré avec le cépage barbera, provenant à 100% du vignoble Cuculo, propriété de la famille Cavallotto, situé dans la commune de Castiglione Falletto, au lieu-dit Bricco Boschis. Vignoble d’une superficie de 1,86 hectare, 8.928 ceps, les vignes étant en moyenne âgées de 45 ans. Coteaux d’exposition Ouest et Sud-Ouest. Altitude comprise entre 250 et 310 mètres. Production de 12.400 bouteilles, en moyenne annuelle.

J’ai servi ce Barbera d’Alba 2008 légèrement rafraîchi pour prendre en compte un degré d’alcool de 14%. Quel beau vin ! La robe est jeune, sans nuances orangées. Au nez, je perçois en particulier des parfums qui évoquent le jambon fumé: à l’aveugle, j’aurais peut-être parié sur une syrah. Les différents éléments constitutifs de ce vin sont en harmonie, fondus, intégrés les uns aux autres. Difficile alors d’analyser séparément les tannins, la fraîcheur acide, la douceur de l’alcool. Ce qui me frappe, c’est une « union qui fait la force ».

L’élevage de ce vin a été effectué, pendant +/- 24 mois, en « botti di rovere », foudres de grande contenance: pas de barriques !

Le site Internet du Domaine affiche une carte du vignoble: le vignoble del Cuculo s’y colore de vert prairie. Cette carte me rappelle le voyage pendant lequel cette bouteille a été achetée. Je me souviens en particulier de la vue extraordinaire, depuis la terrasse de la cantina, sur le vignoble du Domaine Cavallotto: un magnifique amphithéâtre de vignes, à l’esthétique émouvante.

village de Castiglione Falletto

Bouteille achetée au Domaine, au printemps 2012, pour € 16. Cela vaut largement son prix.

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Le Cèdre, Cahors, 2000

Hier soir s’écoule dans nos verres un liquide sombre, une écume presque violacée se chargeant d’accroître mon étonnement: presque 20 ans de bouteille, mais une robe d’une jeunesse affirmée.

Le nez confirme: du fruit intense, de la mûre, très peu d’arômes d’évolution. En bouche, équilibre de haut vol, avec des tannins fondus et toujours ce fruit puissant. Élevage implicite, profil digne des meilleurs Bordeaux classiques. Un malbec d’anthologie. Des anthocyanes partout, en particulier au fond du dernier verre, une langue chargée de nuances pourpres en faisant la démonstration.

Je m’attendais à ce que ce soit bon, mais c’est très largement mieux que bon ! Bouteille achetée en primeur, à l’été 2001, pour € 21. Alcool: 13,5%.

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vin nature: une initiative pour définir

Un groupe de vignerons et d’amateurs a fondé le syndicat de défense des vins naturels à l’automne 2019. Ce syndicat a annoncé récemment qu’il avait obtenu la validation de sa charte par la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes).

Ce n’est à ce jour qu’une initiative privée dont la portée pratique est plutôt limitée. Mais c’est une tentative courageuse pour définir ce qu’est (et ce que n’est pas) un vin « nature ». L’absence de définition légale/réglementaire conduit forcément à des abus et à un marketing douteux. Des bouteilles portent aujourd’hui une étiquette ambiguë -qui surfe sur la vague « nature »- pour générer du chiffre d’affaires en exploitant la crédulité des moins bien informés.

Rien ne dit que la charte « vin méthode nature » arrivera à fédérer tout qui élabore du vin « nature », certains aspects de ce document suscitant un débat entre intégristes du zéro sulfite et partisans d’un usage minimal du soufre. D’où l’existence des deux logos ci-dessus pour permettre aux deux approches de coexister.

A noter que la réglementation de l’Union Européenne interdit l’utilisation de l’expression exacte « vin nature » sur une étiquette (il y a quelques exceptions), ce qui a conduit le syndicat à contourner cette interdiction via l’ajout du mot « méthode ».

Le fait qu’une bouteille porte le logo « vin méthode nature » ne constitue pas en soi une quelconque garantie de qualité: il est possible d’élaborer un vin de piètre qualité tout en respectant les principes énoncé dans la charte.

Voici deux articles sur ce sujet: Terre de Vins, Vitisphère

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Montbourgeau, L’Etoile, 2010

Hier soir, la main de fer dans le gant de velours. La délicatesse qui cache en son sein une force redoutable.

Détour par le Jura mystérieux, celui qui brille à L’Etoile. Cette petite appellation ne bénéficie pas de la notoriété d’Arbois, ni de celle de Château-Chalon, mais ces 52 hectares de chardonnay et de savagnin méritent toute notre attention, en particulier au Domaine de Montbourgeau.

Un chardonnay 2010 aux caractéristiques oxydatives discrètes, nuancées, intégrées dans une aromatique complexe d’agrumes, de noisette et d’épices. Quelle élégance ! Quelle longueur !

13% d’alcool mais une silhouette de poids-plume. Je suis fasciné par les vins qui sont à la fois légers et intenses. Ce flacon m’évoque d’ailleurs une manzanilla de Jerez par son équilibre et sa jolie salinité.

Bouteille achetée au Domaine en 2013, pour une dizaine d’euros. Sincèrement, ce n’est pas assez cher.

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August Kesseler, Rheingau, 2006

Hier soir, pinot noir à tendance résolument germanique. Millésime 2006 ? Même pas grand cru ? Mais, mon pauvre ami, ce vin est passé depuis longtemps !

Que nenni. En pleine forme, ce spätburgunder rhénan: pur, net, fruité, sans arômes tertiaires, il ressemble à un éternel adolescent. La complexité n’est certes pas son point fort, mais il tire le maximum de ses parents de raisins, sans maquillage boisé qui tenterait vulgairement de le survendre.

Si vous m’excusez cette petite grossièreté, il pète exactement à la hauteur de son cul.

Équilibre magique, comme un funambule sur sa corde par dessus le Rhin. Jolie persistance, saveurs profondes, matière patinée.

Le dernier verre est le meilleur: c’est typique d’une petite bouteille de 75 cl. Les grandes bouteilles de 75cl sont celles qui ne se vident pas, faute de plaire assez.

August Kesseler est considéré comme l’un des grands spécialistes allemands du pinot noir. Cette cuvée simple a été achetée € 15 en 2009. Le prix a beaucoup changé depuis lors. Le design de l’étiquette itou. C’était ma dernière bouteille, dommage.

Le site Internet du Domaine affiche en particulier une carte géographique des meilleures parcelles de la vallée du Rhin, avec une précision toute bourguignonne.

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Du souvenir…

Sous l’influence de la nostalgie, il m’arrive périodiquement de vouloir tirer des conclusions ou forger un bilan. 30 ans à fourrer mon nez dans chaque verre de passage. 30 ans, surtout, à mastiquer, oxygéner, mélanger des breuvages fermentés entre langue et palais.

Quelque chose qui ressemblerait à un podium olympique, au top 100 des classiques du rock ? Bref, quels vins ont eu de l’importance ? Quels sont ceux qui me restent en mémoire, spontanément ou en parcourant tel document que le hasard ferait se déposer sur mon bureau ?

Voici la tentative du jour.

Cims de Porrera (trois millésimes: 1996, 1997 et 1998). Ces trois vins ont été goûtés par un petit panel de dégustateurs, réunis le 14 mars 2001 sur le thème des vins du Priorat. Ce petit panel, un peu étendu, se réunit d’ailleurs encore en 2020, une fois par mois.

Le Priorat (Catalogne, pas bien loin de Tarragone) commençait à être sérieusement à la mode, après une bien longue éclipse. Sous l’impulsion de René Barbier Ferrer, une bande de vignerons de l’impossible ont le nez creux, s’installent dans cette zone en altitude, plutôt inhospitalière et se mettent à reproduire les nobles vins d’un passé lointain.

Cims de Porrera est un projet de deuxième génération, né au début des années ’90, pour tirer la quintessence de vieilles vignes de carignan et de grenache, à peine saupoudrées d’un soupçon de cabernet sauvignon. Le 1996 pesait 14%, le 1998 …14,9%. Des vins « hénaurmes », formidablement fruités, musclés et intenses. Le petit panel en sort complètement bluffé: les notes fusent à 17, 18, 19…

Par la suite, ce type de vins perdra de sa superbe selon l’adage « trop is te veel« . Cette richesse insolente finira par être assimilée à un déséquilibre alcoolique. A ma surprise, l’importateur propose encore à son tarif le millésime 1996: ce serait amusant de comparer la réalité d’aujourd’hui au souvenir de 2001…

Très bel article consacré à tout ce qui se passe dans le Priorat en 2020: cela s’appelle Els Noms de la Terra et cela vaut la peine d’être lu, à condition de disposer d’un peu de temps.

Château Sociando-Mallet (différents millésimes des années ’80 et ’90): les vins de ce Domaine médocain, acheté en 1969 par Jean Gautreau (malheureusement décédé il y a quelques mois), incarnent pour moi la grande période des Foires aux Vins dans la grande distribution et en particulier chez ce qui s’appelait alors Maxi-GB. J’ai par exemple acheté 1988 et 1989 pour l’équivalent d’une bonne douzaines d’euros. 1994 n’était pas plus cher. Après, la notoriété sans cesse croissante du Château a bien entendu changé la donne.

Ce Château représentait à mes yeux le bon compromis entre un fruit séduisant et une pointe de sévérité, d’austérité tannique qui le rendait moins facile d’accès et impliquait de le confier à sa cave pendant quelques années. J’ai encore quelques 1996 et il doit me rester une bouteille de 1990. Plus besoin d’attendre !

Aujourd’hui, la propriété est devenue beaucoup plus grande (par rachat progressif de parcelles proches et contiguës, en tout 82 hectares à comparer aux 58 hectares historiques), l’encépagement a évolué vers plus de merlot et je suis moins tenté.

Je me souviens aussi de 2 bouteilles du millésime 1982, achetées au Château en 1993 (année troublée s’il en fût), en la compagnie d’un ami qui lit peut-être cet amoncellement de souvenirs disparates.

Jean Gautreau (1927-2019)

Oberhaüser Brücke, riesling spätlese 1997 (Hermann Dönnhoff): ce vin nous avait été conseillé par le sommelier du restaurant Les Gourmands à Blaregnies en décembre 2006 pour accompagner une poule faisane & foie gras, vinaigrette à l’arachide grillée. Je m’étais déjà passablement entiché des rieslings d’Outre-Rhin, mais ce jour-là, j’en ai eu les larmes aux yeux: un vin qui combine extrême légèreté, transparence de saveurs, intensité magistrale et longueur kilométrique. C’est un moment fondateur parce qu’il m’a poussé à explorer l’Allemagne du vin, via la Flandre, les importateurs francophones brillant par leur absence.

Et, de fil en aiguille, je me suis mis à passer une partie de mes vacances en Allemagne: Franconie, Moselle, Nahe, Pfalz, Baden, etc… Puis vinrent les pinots noirs, substituts de grande qualité aux Bourgognes impayables.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, puisqu’en septembre 2019, je franchis nonchalamment le pont sur la rivière Nahe -qui sépare la Prusse historique de la Bavière tout aussi historique- lorsque je me fais dépasser par une Porsche Cayenne qui tourne immédiatement à gauche dès le pont franchi, droit dans le vignoble Oberhaüser Brücke. Et qui sort de la voiture ? Hermann Dönnhoff himself, venu vérifier la maturité de ses grappes. Je ne lui ai pas demandé d’autographe, mais il ne s’en est pas fallu de grand-chose…

On aperçoit le vignoble Oberhäuser Brücke, juste en face du pont.

Je me souviens aussi du Montrachet Marquis de Laguiche 1974 de Joseph Drouhin, la bouteille qui m’a amené à m’intéresser au vin, un triste soir de Noël 198? (le flacon vide trône en face de moi pendant que j’écris), du Vouvray Bonnet Rouge 1947 du père Foreau, partagé par un groupe de dégustateurs, grâce aux entrées de l’un de nous au Domaine, du Jurançon VT 2007 du Domaine Vignau-La Juscle à qui j’ai attribué en 2010 la rare note de 18,5/20, du Champagne Reflet d’Antan (Bérèche et fils), dégusté avec un ami dans un restaurant d’Epernay en janvier 2012, …

Il y en a d’autres …je les garde pour une prochaine fois…

Prenez bien soin de vous.

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oenotourisme voyage

Afrique du Sud: ça bouge !

Au Cap de Bonne-Espérance

Je n’ai jamais consacré beaucoup d’énergie à décortiquer les vins de l’hémisphère sud. Pour moi, en très résumé, Afrique du Sud = Australie = Argentine = beaucoup de couleur, beaucoup de bois, beaucoup d’alcool. On veut impressionner, on montre sa musculature, on crie fort pour être sûr de titiller l’oreille des experts anglo-saxons et d’obtenir dès que possible l’indispensable 90+.

Alternative: on produit beaucoup (rendements pléthoriques) pour fournir les supermarchés du monde entier en vins ni vraiment bons, ni vraiment mauvais mais tristement banals.

Le Domaine Grande Provence (Franschhoek)

Il se fait que je viens de passer quelques jours de vacances du côté de Cape Town et de Stellenbosch, hauts-lieux historiques du vignoble sud-africain. Premier constat, il est aussi difficile d’échapper au vignoble que de refuser les frites dans une brasserie belge: où que l’on pose les yeux, le cep jaillit, en avant-plan d’un paysage montagneux d’une beauté à couper le souffle.

Sans surprise, le cépage définit le vin. Il s’agit très souvent d’un cépage d’origine française (chenin, sauvignon, chardonnay, cabernet sauvignon, merlot, syrah), mais de petits nouveaux pointent le bout du nez: nebbiolo, sangiovese, tempranillo, riesling. Le Domaine Jordan vient de planter de l’assyrtiko.

Présenter un Bordeaux blend est une quasi obligation. On pimente souvent les deux cabernets et le merlot d’une touche de malbec et d’une pincée de petit verdot. Idem en blanc: les assemblages de sauvignon et de sémillon abondent. Le modèle bordelais est omniprésent.

Le degré alcoolique est typiquement proche de 14% (mais pas de 15%). C’est une évidence plus qu’un sujet de conversation: le climat est ce qu’il est.

Une propriété, c’est souvent 100 hectares de vignes et quelques centaines de milliers de bouteilles par an. Cela implique une politique de gamme très structurée: une série de vins de type Estate, une deuxième série de type Reserve ou Premium, une troisième série de type Flagship ou Icon. Tout cela fleure bon son marketing à l’américaine.

La sécheresse du climat est de plus en plus pénalisante et conduit à irriguer les vignobles. Ceux qui poussent des cris d’orfraie à la simple évocation d’un tuyau d’arrosage feraient bien de se méfier de ce que le bouleversement climatique réserve à nos terroirs européens…

Une vieille vigne a 35 ans ou plus: hors de question ici d’utiliser old vines si celles-ci n’ont pas atteint l’âge requis. Pour rappel, en France et en Europe en général, la notion de « vieilles vignes » n’a pas de définition précise, chacun fait ce qui lui plaît.

les Domaines rivalisent de talent pour proposer des expériences oenotouristiques de haut niveau: tasting room très chic, un ou deux restaurants, des chambres de grand confort, un jardin, une oliveraie, une exposition de sculptures et/ou une galerie d’art, des boutiques, des jeux pour les enfants …et j’en oublie. A une exception près, cela ne m’a jamais paru too much.

Manger au Domaine est la norme: beaucoup de très bons restaurants sont situés au sein même des Domaines.

Il y a manifestement de l’argent pour investir dans la brique, l’inox et le bois neuf: les bâtiments anciens ont été soigneusement restaurés, les bâtiments récents ont bénéficié de la patte de l’architecte, les cuveries sont impeccables, les barriques itou. Les propriétaires (hommes d’affaires et grandes fortunes) n’en sont pas à quelques millions de rands (R) près.

La terrasse du restaurant du Domaine Longridge (Stellenbosch)

On rappelle avec insistance au dégustateur européen que l’Afrique du Sud, ce n’est pas vraiment le Nouveau Monde: on plante et on vendange ici depuis le 17ème siècle. La plupart des Domaines exhibent fièrement le millésime de fondation au fronton du bâtiment historique et sur leurs étiquettes.

De nouvelles régions apparaissent sur les cartes des vins, y compris le Karoo où l’on plante à 1.500 mètres d’altitude: la recherche du cool climate est en cours. Voir par exemple le Domaine Mount Sutherland, dont j’ai goûté la très belle syrah Ouberg 2013. Production totale: 492 bouteilles.

L’intérêt pour le terroir (c’est-à-dire la parcelle porteuse de caractéristiques spécifiques) est croissant et se traduit par exemple par de grandes photographies aériennes détaillant quel cépage est planté où. Celle ci-dessous orne le caveau du Domaine Klein Constantia.

Domaine Klein Constantia: beaucoup de sauvignon (blanc)

Le personnel qui accueille l’amateur est jeune et bien formé: souvent des étudiants à la recherche de quelques sous (Stellenbosch est une grande ville universitaire) qui savent raconter et structurer une histoire.

Une anecdote néanmoins: je goûte le Constantia Natural Sweet au Domaine Steenberg. C’est une vendange tardive de sémillon qui affiche 12,5%. A ma question relative au sucre résiduel, mon interlocutrice s’embrouille les pinceaux pour finalement m’affirmer que c’est 15 grammes et que 15 grammes, ça fait vraiment beaucoup. Je veux bien faire un effort pour croire, mais il y a des limites à ne pas dépasser. La dégustation du vin et un coup d’œil au site Internet du Domaine me confirment qu’il y a 138 grammes à bord. Un bien beau vin d’ailleurs qui se vend sur place pour l’équivalent de € 12 la demi-bouteille.

Le même Domaine Steenberg élabore un nebbiolo de belle facture: 2012 est aujourd’hui parfaitement à point. La couleur est légère et tuilée, comme il se doit. Le nez est magnifique, entre fleurs, épices et goudron. La bouche porte ses 14,5% sans effort. C’est savoureux et plein, avec de la patine. Seule la finale m’a semblé un peu diffuse et d’une persistance moyenne (jeunes vignes). Les tannins sont fondus, l’acidité assez consensuelle. L’élevage sous bois de 500 litres (peu de neuf) est plutôt discret. Je n’ai pas de souvenir d’avoir goûté un meilleur rouge sud-africain. R520 (€ 28) au restaurant Tryn.

Au Domaine Tokara, je goûte la gamme Premium. Ces 4 vins sont accessibles, relativement passe-partout mais bien vinifiés. Le sauvignon est rempli de fruits tropicaux (fruits de la passion) avec une chouette fraîcheur. Le chardonnay puise dans le style unoaked et dans le style barrel fermented, mais je ne suis pas sûr qu’il prenne le meilleur des deux mondes. La syrah (avec 12% de mourvèdre dedans) est assez peu extraite et joliment fruitée. Le cabernet sauvignon est assez complexe, peu marqué par le bois et peu tannique.

Au Domaine Klein Constantia, je goûte le sauvignon Estate 2019, exotique, net et précis. Voici la cuvée Metis 2017, un autre sauvignon élaboré en collaboration avec Pascal Jolivet, vigneron à Sancerre. Démarche intéressante dont le résultat n’est ni un Sancerre, ni un sauvignon sud-africain: l’exotisme est absent, la bouche assez riche. Anwilka 2015 est un assemblage de syrah (64%), cabernet sauvignon (29%) et petit verdot violent, très puissant. Malgré quelques heures de carafe, c’est un infanticide incontestable. Difficile à déguster en l’état, mais potentiel majeur. Au restaurant, j’ai goûté le chardonnay: le vin est satisfaisant, mais il y a une pesanteur qui ne m’a pas donné envie de finir la bouteille. A servir frais pour réussir l’équilibre entre alcool et acidité. Ce n’est pourtant pas un gros lourd (13,5%) et la politique du Domaine (exploration du potentiel de la biodynamie) montre leur intérêt certain pour la précision. De mon point de vue, ce chardonnay est trop marqué par l’impact de ce qui a été fermenté en barriques. Ce qui me pose question c’est le crisp and mineral finish que mentionne l’étiquette. Le rich finish du site Internet me paraît en fait plus pertinent. 

Ne manque-t-il pas quelque chose ? Constantia … cela évoque le mythique « Vin de Constance » dont Napoléon se régalait pendant son exil à Ste-Hélène. Un vin doux inimitable, 100% muscat petits grains (appelé ici muscat de Frontignan). J’ai donc goûté le millésime 2015. A ce stade, c’est simplement succulent, plein de miel et d’agrumes. L’équilibre entre sucre, alcool et acidité est magistral (173 grammes – 13,97% – 6,5 grammes). La presse anglo-saxonne compare ceci à Château d’Yquem. Pas d’opinion vu que je n’ai pas goûté Yquem… Au Domaine, la -jolie- bouteille de 50cl se vend R1095 (€ 58).

Au Domaine Morgenster, réputé tant pour ses vins que pour ses huiles d’olive, je goûte en particulier des vins de la gamme Italian Collection et de la gamme Estate Range. Avec des petites verticales sur trois millésimes. Waouw… !!!

Je suis frappé par le fait que les millésimes les plus anciens sont systématiquement les meilleurs. Changement de cap (marché ciblé) ? Changement de génération ? Difficulté à appréhender le potentiel des millésimes jeunes ? Impact de la météo ? En tous cas, le Lourens River Valley 2010 (R300 au Domaine, soit € 16) est magnifique: c’est un Bordeaux blend très équilibré, fin et précis.

Au Domaine Longridge, on ouvre les hostilités avec un chardonnay. Attention, piège, ce n’est pas du tout une entrée de gamme, mais leur cuvée Clos du Ciel (R695 au Domaine, soit € 37): un gros coup de cœur ! Beaucoup de personnalité, de complexité et d’intensité. L’impact de la biodynamie ? Le chenin Ou Steen, le Bordeaux blend Ekliptika sont également excellents. The Emily est une curiosité, assemblage de chardonnay et de quelques gouttes de pinot noir pour un rosé très clair. Cela se boit facilement et c’est un triomphe commercial en Afrique du Sud (R90, soit € 5).

Le Domaine Pella sort du format habituel: on produit ici de toutes petites quantités de vins à forte personnalité. Pas de tralala, un tout petit caveau, un chien, une table et 4 chaises. En particulier, je succombe devant le chenin Kanniedood (traduction littérale: Immortel) 2019. Aromatique de citron vert, tension acide d’anthologie, matière importante très serrée: cela m’a évoqué un vin issu de vignes sur volcan (ce n’est pourtant pas le cas). Production limitée à 1.600 bouteilles, prix ridiculement peu élevé (R160 au Domaine, soit € 8,50). Les autres cuvées sont encore plus confidentielles: le malbec Oukliprant 2017 a été produit à hauteur de 900 bouteilles (R190), le merlot Verlatenkloof 2015 idem (R220).

Le Domaine Groot Constantia mérite une visite touristique. Pour les vins, je suis malheureusement beaucoup plus réservé.

le bâtiment historique du Domaine Groot Constantia. Ma photo est un peu de guingois…

Pour ce qui concerne les restaurants, nous n’avons jamais mal mangé. Et nous avons souvent très bien mangé. Si je devais ne retenir qu’un seul endroit, je choisirais Chefs Warehouse Beau Constantia. Leur proposition « tapas pour 2 à R1000 » (soit € 53) est magnifique: fusion d’influences thaï, japonaise, péruvienne, etc… d’une grande précision de saveurs. Le piquant et l’acide, le crémeux et le craquant, tout y est !

Et parce qu’il est vraiment difficile de n’en retenir qu’un, j’ai également adoré la combinaison huîtres et pièce de bœuf du restaurant du Domaine Longridge et le menu 4-services du restaurant Aubergine, dans le centre-ville de Cape Town.

S’il venait une envie à un lecteur d’aller vérifier sur place tout ce qui précède, je signale qu’on roule à gauche (comme en Angleterre), mais que le réseau routier est d’une qualité au moins aussi bonne qu’en Belgique. Une boîte automatique et un GPS sont plus qu’utiles.

On peut se débrouiller seul, mais un guide peut transformer un chouette moment en un moment inoubliable. Nous avons rencontré John Grant (Wine Escapes) et avons bénéficié pendant plusieurs jours de ses commentaires érudits (il en sait presque autant sur les oiseaux que sur le vin), de son sens de l’organisation, de son humour. Une très belle rencontre.

Difficile de clore cet article sans évoquer ce qui me trouble depuis plusieurs jours: là comme ailleurs, les restaurants et les caveaux de dégustation ferment. La vie se paralyse progressivement, comme chez nous. Il n’y a officiellement pas encore de victimes, mais que va-t-il se passer dans un pays où beaucoup sont porteurs du HIV et vivent dans une grande promiscuité (townships) ? Putain de virus.

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Résistance: 50 vins à réserver

Il y avait pas mal de dégustations à mon programme de ce weekend et des suivants. Toutes celles-ci ont bien entendu été annulées. Je me mets à la place de mes fournisseurs, cela va profondément impacter la santé de leur entreprise. Le stock est là et il ne bouge plus d’un millimètre.

On peut faire le gros dos, fermer les yeux, espérer des temps meilleurs et considérer que ce n’est vraiment pas le moment de se préoccuper de la suprême futilité …le vin. On peut temporairement préférer l’eau pétillante au Bourgogne et l’écran de télévision au débouchage d’une bonne bouteille. On peut considérer que toute démarche commerciale est aujourd’hui déplacée.

J’assume. Je résiste. Je lutte contre la négativité.

N’est-il pas vrai que dans ce monde, plus les êtres vous sont chers et aimés, plus évanescente aussi est l’image qu’ils vous laissent, tandis que tout ce qui est détestable ou répugnant se grave d’autant plus profondément dans le souvenir ?

Nuée d’oiseaux blancs, roman publié en 1952 par l’écrivain japonais Kawabata Yasunari, prix Nobel de littérature.

Anthocyane vous propose donc une longue liste de vins (bouton TELECHARGER, ci-dessous) qu’il est possible de réserver dès ce dimanche 22 mars et jusqu’au dimanche 05 avril inclus. Je n’ai pas tout goûté, loin de là. D’où ma décision de me concentrer sur des vins français, de type « valeur sûre ». Des vignerons que je connais, dont j’apprécie la démarche. Il sera temps de vous proposer à nouveau des découvertes quand les circonstances s’y prêteront mieux.

Pas de prose cette fois. Mais je réponds très volontiers aux questions !

Un peu de prose malgré tout. Notez en particulier:

  • la première apparition chez Anthocyane des vins de François Carillon (Puligny-Montrachet) et de ceux d’Yves Leccia (Corse).
  • les nouveaux millésimes 2018/2019 du Pas de l’Escalette (Languedoc/Terrasses du Larzac)
  • le rosé Miraflors 2019 du Domaine Lafage (Roussillon)
  • une large gamme de chez Pignier (Jura)
  • les deux cuvées du Domaine M. Lapierre (Beaujolais)

Je ne m’engage pas sur une date de disponibilité, pour d’évidentes raisons pratiques. Certains vins ne sont disponibles qu’en très petites quantités, « premier arrivé, premier servi », commandes exclusivement par e-mail, indiquez svp la référence du vin commandé de façon à éviter tout éventuel malentendu.

Prenez bien soin de vous et vos proches.

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Sherry …chéri ?!

Albariza: le sol très blanc (majoritairement calcaire), caractéristique de la région de Jerez

Le sherry traîne une image aussi poussiéreuse qu’imprécise : c’est sec ou c’est doux ? Cela se sert avant le repas, pendant ou après ? C’est pour le verre …ou pour la sauce ? On peut garder une bouteille ouverte ? Si oui, pendant combien de temps ? C’est espagnol ou c’est anglais ?

L’ignorance mène au désamour et, selon la loi de l’offre et de la demande, le désamour fait baisser le prix. Un prix trop bas est une malédiction: « si ce n’est pas cher, c’est que ce n’est pas bon ». Et le cercle vicieux ne s’arrête plus de tourner…

Heureusement, quelques Andalous audacieux secouent sérieusement ce vin et lui rendent ses lettres de noblesse. Equipo Navazos, Luis & Willy Perez, La Callejuela et quelques autres proposent de nouvelles pistes : vins millésimés, accent mis sur le travail à la vigne, mise en avant des meilleures parcelles, absence de solera, absence de fortificacion, etc…

L’étiquette ci-dessus est celle d’un sherry de type « manzanilla », millésimé 2014, élaboré par La Callejuela à partir de raisins en provenance de la parcelle éponyme : c’est d’une grande finesse et d’un très bel équilibre, malgré 16% d’alcool et une acidité analytiquement faible. C’est complexe, persistant et m’a offert un bel accord, en délicatesse, avec un gruyère réserve 12 mois.

Pour en apprendre plus sur le sujet, on peut par exemple consulter Sherry Notes (en anglais) et Jerez-Sherry-Xérès (en anglais).

Je vous propose un moment autour d’une table pour partager quelques sherries et quelques histoires, en les accompagnant des mets idoines: cela se passe le samedi 28 mars 2020, à partir de 12 heures, chez moi.

C’est complet. Néanmoins, ne pas hésiter à me faire part d’un éventuel intérêt, je compte organiser une deuxième séance.

Mise à jour du 21 mars: la séance n’aura pas lieu, virus, confinement et distanciation sociale obligent. Mais ce n’est que partie remise.

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Mestizaje: comment ressusciter un cépage moribond

Notre sujet: le merseguera. Cépage plutôt rare (on ne le trouve que dans la région du Levant espagnol, autour de Valence) et plutôt anonyme.

La grande encyclopédie des cépages Wine Grapes le qualifie de « uninspiring variety » et peine à lui associer la moindre qualité. Il serait terne, avec quelques arômes herbacés et des notes d’amande amère. Cela s’appelle un enterrement de première classe. Pire, il n’est pas facile à cultiver en raison d’une grande sensibilité au vent, qui arrache les fleurs de la vigne. Pas de fleur, pas de fruit.

Il faut bien une personnalité comme celle de Toni Sarrión du Domaine Mustiguillo, pour se dire qu’il y a là une opportunité. Il possède un vignoble d’altitude (900 mètres), la Calvestra, entouré de pins, de chênes et d’oliviers, planté du cépage bobal. Celui-ci mûrit difficilement en raison du froid. Cela dit, le lieu est un amphithéâtre, protégé du vent…

Toni Sarrión décide alors de surgreffer ses vignes de bobal en merseguera avec l’ambition de prouver que ce cépage autochtone mérite bien mieux que sa mauvaise réputation. La technique du surgreffage permet de conserver la qualité des vieilles vignes de bobal (plus de trente ans).

La vendange est fermentée à part et ensuite assemblée à du viognier et à de la malvoisie. L’élevage s’effectue en cuves inox (pas de bois). Pas d’appellation, c’est un simple « Vino de España », avec 65% de merseguera, 25% de viognier et 10% de malvoisie. Alcool: 13,5%. Bio.

Le résultat ? Mestizaje 2018 avec un très joli floral et un profil plutôt élancé, pas si méditerranéen que cela. Incontestablement, de la personnalité !

Le Guia Peñin 2020, guide de référence pour les vins d’Espagne, accorde 92/100 à ce Mestizaje et 5 étoiles, à savoir le maximum possible pour le rapport qualité/prix.

En dégustation le samedi 08 février 2020.

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Silvaner Huff: sec, net, rafraîchissant

En mai 2019, je vous ai présenté un riesling du Domaine Georg Gustav Huff, propriété familiale sise dans le Rheinhessen.

Ce Rheinhessen est la plus vaste région viticole d’Allemagne, au sud-ouest de Francfort, longée tant à l’est qu’au nord par le Rhin.

Au 4ème rang des cépages les plus plantés dans cette région, le silvaner. Contrairement à ce qui se passe avec le sylvaner alsacien, habitué à jouer le rôle de cinquième roue de la carriole, en Rheinhessen, le silvaner a la cote. Il ne viendrait à personne l’idée de l’arracher pour faire place à un cépage considéré comme plus noble.

Le grüner silvaner 2018 du Domaine Huff est un vin d’entrée de gamme, absolument sec, vinifié avec compétence, net et rafraîchissant. Le prototype du vin de tous les jours, sans cérébralisation excessive, positivement passe-partout, plus dynamique et fruité que la plupart des sylvaners alsaciens. Alcool : 12,5%

Très bon rapport qualité prix. La bouteille est un bel objet, ce qui ne gâche rien. À mettre au frais, pour toutes sortes de plats et d’occasions.

En dégustation le samedi 08 février 2020.

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Màquina & Tabla: déroutant, séduisant, énergique

Je me revois en décembre, dégustant une série de vins espagnols en prenant des notes pour déterminer progressivement ma sélection.

Soudain, devant moi, une table un peu isolée derrière laquelle un jeune homme semble se sentir un peu seul. Il représente Màquina & Tabla, propriété de moi jusqu’alors inconnue.

Une fois la conversation entamée, il se révèle volubile et enthousiaste : il titille ma curiosité ! Convenons, pour la facilité, que ce jeune homme s’appelle Pedro.

Nous sommes dans le nord de la Castille. Le projet a démarré en 2013. Les géniteurs de Màquina & Tabla, Oriol et Susana, sont catalans et, à première vue, sains d’esprit. Quoique. Oriol aurait l’habitude de se décrire comme un oenopathe. Curiosité à nouveau titillée.

Je me rends compte que les différents vignobles cultivés par le duo se trouvent fort loin les uns des autres : Toro, Bierzo, Rueda et Sierra de Gredos. Les parcelles sont en fait louées à leurs propriétaires respectifs.

Avec Pedro, nous évoquons, dans le désordre, vignobles complantés, vignes franches de pied et/ou centenaires, élevage sous flor, rendements minuscules, faible dosage du soufre, vinifications nature, appellations ou pas d’appellation du tout, géographie liquide, étiquettes déconcertantes et un goût certain pour les coups de pied dans la fourmilière.

…Pedro, il faut goûter maintenant !

Le blanc Laderas de Leonila 2018 est en appellation Bierzo. Laderas se traduit par « coteaux » et Leonila est un vieux prénom espagnol, inusité aujourd’hui, mais porté par une grand-mère du propriétaire de la parcelle.

Ces « coteaux de mémé » sont issus de palomino (cépage habituellement associé au sherry et à l’Andalousie), de doña blanca (cépage d’origine portugaise) et de godello (que l’on croise surtout en Galice).

C’est la production d’un petit vignoble (2 hectares), complanté de vignes âgées de 20 à 80 ans. La récolte est manuelle, la fermentation et l’élevage se font en barriques françaises. Alcool : 12,5%

Salinité, finesse, délicatesse, nuances oxydatives, j’avoue être aussi dérouté que séduit. J’ai peu de repères, je quitte ma zone de confort, mais il y a une originalité telle que ce serait dommage de passer à côté. Et beaucoup d’énergie, de vitalité.

L’autre blanc, c’est Pàramos de Nicosia, non-millésimé mais provenant néanmoins à 100% de la récolte 2018. Pàramos se traduit par friche ou plateau stérile. Quant à Nicosia, c’est un vieux prénom espagnol etc…voir plus haut.

Après les « coteaux de mémé », voici le « plateau stérile de l’autre mémé ». Mazette.

Ce blanc est un assemblage de verdejo et de malvasia, issu de la parcelle dénommée El Pinar (ça ne s’invente pas !), à 700 mètres d’altitude. On est sur le territoire qui correspond à l’appellation Rueda, mais le vin est commercialisé comme un simple vino de mesa (vin de table).

Vignes de 50 à 60 ans. 12 heures de macération avant fermentation, évoquant le vin orange. Alcool : 13%

Enfin, le rouge Pàramios de Nicosia 2017 est un assemblage de grenache et de tinta del pais (nom local du tempranillo), en appellation vino de la tierra de Castilla y Leon. Il provient du territoire qui correspond à l’appellation Toro, sans ressembler le moins du monde au Toro comme on le connait habituellement (très sombre, très boisé, très puissant, très parkérisé). Alcool : 14,5%

Ce n’est pas un vin nature, mais on s’en rapproche beaucoup ! Vin non-filtré, avec une forte acidité pour équilibrer la puissance alcoolique.

Remarque importante : à dire vrai, je ne suis certain d’à peu près rien de ce qui précède. Entre l’information glanée auprès de Pedro, les étiquettes des différents flacons et les éléments contradictoires que l’on trouve sur le web, … bonne chance !

Si vous aimez les surprises, allez-y les yeux fermés, cela ne laissera personne indifférent. Dans le cas contraire, je conseille vivement la dégustation avant un éventuel achat.

Les étiquettes vous intriguent ? N’hésitez pas à parcourir le site Internet de leur créateur, en cliquant ici.

Deux vins en dégustation le samedi 08 février 2020.

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La Cabotte Colline blanc 2018

J’ai découvert en son temps le Domaine de La Cabotte par l’intermédiaire de ses Côtes-du-Rhône rouges, Colline et Garance. De très bons vins du Rhône sud, en biodynamie, préservant habilement ce qu’il faut de fraîcheur pour équilibrer la richesse solaire.

Cette fois, j’ai été particulièrement touché par Colline blanc 2018, un assemblage de clairette, de grenache blanc et de viognier. Ceux parmi vous qui connaissent bien mes goûts savent que les blancs du Rhône sud ne font pas partie de mes chouchous. Je leur trouve souvent un équilibre quelque peu mollasson qui ne donne guère envie de s’en resservir un verre.

Je salue donc la performance de ce vin sec, fruité (poire, pêche) et épicé. Conjuguer vin blanc, chaud millésime 2018 et Vaucluse pour en faire un vin frais et plutôt tendu est une belle démonstration de compétence, à la vigne comme à la cave.

Biodynamie certifiée Demeter, élevage en cuves inox. Alcool 13,5%

En dégustation le samedi 08 février 2020