Spicilège: nom masculin. Recueil de morceaux choisis, de documents variés, d’observations.
Spicilège: mot compliqué et désuet dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce matin. Utilisation en titre de cet article pour faire mon intéressant et promouvoir ainsi le taux de lecture du susnommé article.
Le phylloxéra s’attaque aux Îles Canaries
Vous connaissez le phylloxéra, ce puceron d’origine américaine qui s’attaque avec férocité aux vignes européennes et les tue ? Il a ravagé le vignoble pendant la deuxième moitié du XIXème siècle. On a fini par le contrer en greffant les vignes européennes sur des vignes américaines, résistantes. Le porte-greffe constitue la partie racinaire de la vigne, tandis que le greffon est le cépage européen souhaité qui conserve les qualités organoleptiques du vin.
Quelques rares lieux ont échappé à l’animal, en particulier les terroirs sableux (exemple: Camargue, Listel gris) parce qu’il n’arrive pas à s’y mouvoir. Des lieux isolés également, comme Chypre: La majorité des vignes chypriotes sont donc « franches de pieds » (pas de greffe sur vigne américaine). Idem pour Madère et pour Santorin.
Idem pour les Îles Canaries. Sauf que … le phylloxéra vient d’y être observé pour la première fois, sur Tenerife (en particulier à Valle de Guerra et La Matanza de Acentejo). Toute l’île est en effervescence, les vignerons se préparent au combat, des mesures drastiques ont été prises pour contrôler la propagation.
Les Îles Canaries sont un précieux conservatoire de cépages qui n’existent qu’ici. Si le phylloxéra s’installe, le vignoble canarien en sortira profondément modifié. Et les conséquences économiques seront très importantes. Chef d’oeuvre en péril ?
Madère Bual 1966: la perfection
En conclusion d’une dégustation qui avait très bien commencé, j’ai vu apparaître avec stupéfaction un flacon de Madère Bual 1966 élaboré par la Maison Blandy’s. Pour être précis il s’agissait de la bouteille n°616, sur un total produit de 708 bouteilles. La mise en bouteilles a eu lieu en 2015, ce qui signifie que ce 1966 a d’abord passé 49 ans en fûts (chêne américain). Ce très long élevage commence dans le Sotão de Amendoa (le Grenier aux Amandiers, le lieu le plus chaud de la propriété) où les fûts restent pendant dix ans. Puis vingt ans au deuxième étage et enfin dix-neuf ans au premier étage (plus frais). C’est la responsabilité du chef de cave de déterminer à quel moment exact les fûts déménagent.
Gustativement: un chef d’oeuvre qui coche toutes les cases: complexité, persistance, intensité, équilibre, spécificité. Extraordinaire. 19/20 ou 98/100 comme vous préférez. Et franchement, je me demande pourquoi j’hésite à le noter 20/20. Un moment rare, en lévitation, pendant lequel les émotions sont très intenses.
NB: si vous souhaitez en savoir plus sur ma méthode d’évaluation, rendez-vous ici: Evaluer un vin (au bas de l’article).
Tant qu’on en est aux très grands vins, en voici un que je suis en mesure de vous proposer. Ce Condrieu (100% viognier, forcément) m’a fait une très forte impression parce qu’il outrepasse tout ce que l’on peut en attendre. Densité et finesse, vibration intense, minéralité dominatrice. Un concentré de la parcelle Poncins.
Rendement: 13 hectolitres/hectare (sic), sol: granite, âge des vignes: 25 ans, élevage de 18 mois: 12 mois en fûtes et 6 mois en cuve inox. Mise en bouteilles: mars 2025. Potentiel de garde: 15 ans. Je parie qu’il sera assez rapidement à son apogée, dès 2027.
Guide de la RVF édition 2026: François Villard est l’un des meilleurs vinificateurs de Condrieu, dont il révèle avec beaucoup de précision différentes facettes (…) plus serré, mais avec une énorme densité et un formidable potentiel, DePoncins est une référence pour l’appellation. 97/100.
Disponible chez Anthocyane au prix de € 55. Commande par e-mail (le vin n’est pas disponible dans le magasin).
Il m’arrive de plonger dans ma cave personnelle et d’y pêcher un flacon dont la date de péremption est largement dépassée. Enfin, du moins selon la théorie du vieillissement en cave qui affirme que point trop n’en faut, en particulier pour les « petites » appellations.
Voici deux contre-exemples qui m’ont enchanté. D’abord un Irancy 2006 du Domaine Colinot. Plus précisément la cuvée issue du lieu-dit Palotte. Irancy, vous voyez ? Une petite tache de vin rouge au milieu de l’océan des vins blancs du Chablisien. Village-rue entouré par des coteaux de vignes « en fer à cheval » (pas de vignes au sud-ouest). Le village se situe au sud-ouest de Chablis et au sud-est d’Auxerre. L’Yonne y coule. On est en Bourgogne.
A propos de l’Yonne, le lieu-dit Palotte est le seul dont les coteaux descendent vers la rivière, en exposition sud. Terroir de type calcaire kimméridgien, comme à Chablis. Assemblage de 95+% pinot noir et d’une pincée de césar, le cépage hyper-local, en complantation.
On recommande en général de boire les meilleurs Irancy avant qu’ils n’aient atteint l’âge vénérable de 10 ans. Et la plupart des Irancy sont en fait destinés à une consommation rapide, sur leur fruit.
Palotte 2006 devrait donc glisser sur la pente (vachement) descendante et ne réserver que tristesse et déception à l’amateur qui a « oublié » cette bouteille dans sa cave. Erreur ! Grossière Erreur !
Ce vin est en pleine forme: un pinot traditionnel avec un fruit succulent et un équilibre d’anthologie. Une robe légère, avec un peu d’évolution. Je craignais une possible amertume excessive, mais celle-ci brille par son absence. Il y a de l’énergie et de la précision. De la cerise et de la fumée. Un régal ! A noter que ce vin n’est PAS passé par le fût. Comme la plupart des pinots noirs, ce vin est meilleur endéans les 24 heures qui suivent l’ouverture du flacon. Après, cela se dégrade, avec un peu de rusticité et une petite crispation sur les tannins.
Bouteille achetée en 2008 au Domaine au prix de € 14.
Anthocyane a vendu les millésimes 2011 et 2012 du Domaine Colinot, en importation directe. Cuvées Palotte, Les Mazelots, Côte de Moutier, Très Vieilles Vignes, etc… Le Domaine vend aujourd’hui € 30 les millésimes récents.
Enchantement, chapitre 2. Cette fois-ci, c’est l’Alsace qui s’y colle, avec un vin « hors piste » à savoir Trovium 2010 du Domaine F. Mochel. L’Alsace s’organise autour de mono-cépages, riesling, pinot gris, gewürztraminer, etc… Celui-ci fait exception. L’Alsace n’utilise en général pas de contenants en bois. Celui-ci fait exception.
Le Domaine Mochel se situe à Traenheim, pas bien loin de Strasbourg. Il est entre les mains de Guillaume depuis une quinzaine d’années. Trovium, c’est le nom latin du village.
J’ai goûté ce vin et ce millésime en décembre 2013. Voici ce que j’avais noté à l’époque: pinot blanc 50%, pinot gris 50%, fermentation et élevage en barriques. Nez boisé, presque bourguignon. Aromatique de pinot gris beurré, avec de l’orange. Bouche de chardonnay boisé, pas de sensation alcooleuse. Sec et gras.
Dans la foulée, Anthocyane a vendu cette cuvée avec un succès qui s’est limité à l’estime (€ 19,90). Sans doute trop déstabilisant par rapport à l’image que l’on se fait de l’Alsace.
Je craignais que, 15 ans plus tard, ce vin ait conservé l’impact du bois et perdu son fruit. Erreur ! Grossière Erreur ! Après avoir été subjugué par une robe dorée lumineuse et intense (qui pourrait annoncer un vin liquoreux ou un vin oxydé ou un vin fortement boisé), le nez m’affriole: beaucoup de fruit (zeste d’orange). Une évolution vers les parfums de la forêt en automne trahit son âge. Il y a de la joie dans cette bouteille ! La bouche est parfaitement sèche et elle a absorbé le boisé. Riche sans la moindre mollesse. Très belle finale, nette, ciselée. Et il y a de la fraîcheur ! Grand vin de gastronomie.
A ma connaissance, cette cuvée a cessé d’exister: pas de millésimes jeunes.
Comme quoi, ne pas attendre grand-chose d’une bouteille ancienne que l’on tire-bouchonne lorsqu’il est, soi-disant, trop tard offre une vraie carte blanche aux bonnes surprises. Le repas s’éclaire, la conversation gagne en esprit, le temps est remonté et on se souvient…
Connaissez-vous FLANQ* ? Cette entreprise allemande, active également aux Pays-Bas, promet de vous livrer vos courses alimentaires endéans les quelques …minutes.
Est-ce crédible ? Est-ce pertinent ? Je peux en tous cas confirmer que les cyclistes livreurs ne respectent rien ni personne. Manifestement, le code de la route ne s’applique pas à eux, au grand dam de leurs victimes.
Par ailleurs, je suppose que, de temps à autre, l’un d’entre eux finit sur l’asphalte et sous les roues de la voiture qui le suivait. J’imagine le client, chronomètre à la main et la bave aux lèvres, guettant l’éventuelle arrivée tardive de ses courses de façon à bénéficier de la réduction offerte par l’entreprise lorsque sa promesse n’est pas tenue.
Donc: un jeune cycliste, mal rémunéré et hors d’haleine, terrorise le quartier pour satisfaire un client pervers, tout en jouant avec sa propre vie, trajet après trajet, pour le profit d’une entreprise dont la contribution à l’espace public se limite à construire ce que l’on qualifie de « dark stores« , à savoir des entrepôts aveugles où des robots et quelques humains robotisés préparent les commandes, 24/7.
Cela s’appelle un « business model », mais ce n’est pas le mien.
Connaissez-vous le « slow food » ? Eh bien, Anthocyane vous propose la « slow delivery« …
Je ne plaisante qu’à moitié. Si vous avez besoin de deux bouteilles d’un rouge bien précis pour le dîner avec belle-maman qui commence dans trois heures, je ne suis sans doute pas votre caviste idéal. J’ai peu de stock sur place et mes heures d’ouverture sont aléatoires. Si la rapidité est essentielle à vos yeux, tant pis pour moi. Je ne livre pas endéans les quelques minutes et pour tout dire, je ne m’engage jamais à livrer au plus vite.
Le principe de base s’énonce ainsi: Anthocyane achète les vins chez leurs importateurs sur la base des commandes passées par les clients.
Comme je tiens à effectuer les livraisons moi-même, je suis tenu, pour ne pas sombrer dans la folie vu les embouteillages dans et autour de Bruxelles, d’optimiser ma logistique, ce qui me conduit à organiser des tournées de livraisons, souvent le samedi matin. Je livre volontiers même les petites commandes à condition que l’adresse de livraison soit située sur le parcours d’une tournée. En toute transparence: c’est plus confortable pour moi de livrer à Woluwé, à Wemmel ou à Uccle qu’à Gembloux. Néanmoins, je trouve (presque) toujours une solution, si l’on m’accorde du temps pour la proposer.
Tant qu’à faire, je propose également la « slow invoicing« : la facture ne vous parvient qu’au moment où votre commande est prête pour enlèvement/livraison. Ne craignez rien, je n’ai jamais oublié de facturer. Corollaire: ne versez rien sur le compte bancaire d’Anthocyane avant d’avoir reçu votre facture.
Et pour clore sur une note moins ennuyeuse, je pratique également le « slow tasting« qui consiste à ne pas évaluer trop rapidement le vin qui vient de couler dans mon verre. La complexité du vin se révèle lentement, autant ne pas passer à côté par … excès de vitesse.
Ce qui frappe en entrant, c’est le grondement, le bourdonnement, la foule.
La densité au mètre carré des êtres humains serait suffocante si le bâtiment avait été bas de plafond. Mais c’est une énorme centrale électrique, construite en 1924. Architecture industrielle en briques rouges, comme un vaisseau posé sur la plaine du Limbourg minier.
L’œil peine à se concentrer tant il est stimulé de toutes parts. Bref échange avec la jeune femme qui encaisse mon dû. Chercher la table où déposer mon sac à dos, en extraire la matériel requis. Se préparer mentalement pour ne pas dévier, ne pas être submergé, ne pas me perdre.
Faire selon le plan. Un jeune papa avec un bébé dans ses bras. Se diriger vers une première table. Une jeune femme en jupe léopard. Se frayer un chemin. Repérer le numéro de la table. Longchamp, Delvaux, Dior. Tendre le bras, capter le regard. Anglais, italien, flamand, français ? Des bribes de conversations. Une jeune femme en chemisier léopard. Le liquide coule enfin. Sourire et remercier. Reculer. Me retirer. M’extraire. Coup d’œil panoramique. Enfin une table à portée. Faire ce pourquoi je suis là. Prendre note. Chercher le mot qui fait sens. Me méfier de moi-même. Prendre le temps et aller le plus vite possible. Et gérer la contradiction. Une jeune femme en chaussures léopard.
Trouver le rythme, recommencer et recommencer encore. Connaître les limites de l’exercice. Confirmations et surprises. Soudain, une émotion, l’intuition d’être en face d’une perle, la sensation pour laquelle …
Le brouhaha, le vacarme. Faire selon le plan. Croiser un visage connu. Bref échange. Adapter le plan en fonction. Un enfant de 3 ans qui court entre les tables, sous les tables, autour des tables. La bouche pleine, chercher un crachoir, accessoire indispensable plus que tout autre. Sentir la première fatigue. La bouche pleine, ne pas trouver de crachoir à portée. Se résoudre à cracher dans un verre vide qui semble abandonné. Sentir le regard ébahi -aïe- de l’utilisateur du verre en question. Se confondre en excuses, les joues rougissantes. Reprendre le fil. Faire selon le plan.
J’ai goûté une trentaine de vins. Quelques déceptions, quelques bonnes surprises et quelques moments magiques entre Sicile et Piémont. Vernaccia, nerello, verdicchio, nebbiolo, carignano, sangiovese et beaucoup d’autres.
La centrale électrique a cessé ses activités quand les mines ont fermé. Aujourd’hui c’est un lieu événementiel, dans un style « Tour & Taxis« . Cela s’appelle Watt 17.
Reprendre le chemin du parking. Le soir tombe, faire 90 kilomètres. Tutti bene.
Cela se passe en 2002. Ou en 2003. A peu de temps près. Le comité de direction d’une entreprise -que je ne nommerai pas- se réunit dans un restaurant étoilé. J’ignore encore que nous finirons notre dîner dans le fumoir où chacun -sauf moi- allumera un cigare bien bourgeois. La fumée bleue des cigares se mêle aux vapeurs de l’alcool. Les ventres sont repus et les conversations sont aussi dispensables que bruyantes. On jase, on pérore, on vocifère, on monte le son …et on n’écoute pas. Je m’emmerde. Je n’attends que le moment de reprendre ma voiture. Je veux m’échapper et fuir ce bruit blanc.
Deux heures plus tôt, à peine assis autour de la table nappée de blanc, dans la lumière des verres en cristal et des couverts en argent, le directeur général me tend la carte des vins d’un geste un peu condescendant: « puisqu’il parait que tu t’y connais ».
Hum. Pas simple ça. Mais impossible à refuser. Quel budget ? Comment faire quand chacun choisit des plats différents ? Privilégier des vins consensuels qui ne déplaisent à personne mais qui peinent à raconter une histoire singulière ? Le temps qui m’est imparti est limité. Légère transpiration. Rythme cardiaque rapide.
Je me penche vers le directeur général, assis à côté de moi, et pointe sur la carte -d’un doigt hésitant- un flacon original, un peu hors des sentiers battus mais pas trop. Mon voisin jette un très bref regard à ma suggestion et, d’une voix puissante et péremptoire, s’exclame « non, non, pour l’entrée, un Bourgogne blanc et pour le plat un Bordeaux rouge ». Je me paralyse, je m’oxyde, je m’évapore, je me bouchonne.
Je n’ai de haine ni pour le Bourgogne blanc, ni pour le Bordeaux rouge. Mais il y a tant d’autres trésors à découvrir. Un peu de curiosité, un peu d’audace. Voilà, c’est çà Anthocyane. Bonne chasse !
Anthocyane a le plaisir de proposer les vins du Domaine Joan d’Anguera (Espagne, Catalogne, appellation Montsant) et en particulier la cuvée Altaroses, un pur grenache peu extrait, construit sur la finesse. Le millésime 2021 est actuellement disponible.
Quant au 2022, il vient de passer son examen d’agrément devant les juges de la denominacion de origen.
Patatras ! Ajourné, busé, recalé, renvoyé à ses études. Les juges refusent d’octroyer l’appellation Montsant à ce millésime.
« Ah, dois-je en déduire que ce millésime est un mauvais vin ? »
Question judicieuse, à laquelle la réponse est NON. Que reprochent les juges à cet Altaroses 2022 ? Sa couleur n’est pas assez dense, le vin est trop clair. Vous lisez bien, le seul reproche porte sur la densité de la couleur du vin ! Et la recommandation des juges est si simple (comment les vignerons n’y ont-ils pas pensé…): il suffit d’ajouter une bonne dose de colorant pour que le problème disparaisse !
La situation est donc très claire: soit les frères d’Anguera jouent au petit chimiste à coups de E120 et plus si affinités, soit ils quittent l’appellation. Et cette dernière option est d’autant plus triste que les frères d’Anguera ont été à l’origine de la création de l’appellation.
Il se dit que la réponse aurait été fournie sous la forme succincte (mais très claire) d’un doigt majeur pointé verticalement. Anthocyane goûtera le millésime 2022 lorsqu’il sera prêt. Je parie que le vin sera bon, ce sera une ode à la finesse et au cépage grenache. Mais lorsque votre œil attentif cherchera sur l’étiquette la mention « D.O. Montsant », il rentrera bredouille.
La couleur d’Altaroses est constitutive de son identité. Elle sera ce que les raisins voudront.
La Catalogne ne serait-elle pas la patrie d’un certain Dali ?
Les statistiques fournies par WordPress montrent que l’article ci-dessous est toujours lu en 2024 (305 vues en sept mois) Après relecture, il me semble que l’information est toujours actuelle. Bien sûr, l’article est incomplet et ne prend pas en compte toutes les nuances.
Une nouveauté semble néanmoins apparaître: la qualité « aus den Lagen », littéralement « en provenance des parcelles ». Je comprends qu’il s’agit de vins qui assemblent les raisins de plusieurs parcelles classées 1er cru et/ou grand cru. Un cinquième degré dans la pyramide, à intercaler entre Ortswein et Erste Lage ?
N’oubliez pas: les étiquettes allemandes regorgent d’information, à condition de prendre la peine de tout lire, même les petits caractères.
Philippe, août 2024
Le monde du vin allemand est complexe et il est en ébullition. Tout change depuis une bonne vingtaine d’années, en opposition avec la tradition germanique qui classe les vins en fonction de la quantité de sucre présente dans les raisins lors de la vendange. C’est cette richesse en sucre qui est à la base du classement traditionnel des vins : kabinett, spätlese, auslese, beerenauslese, trockenbeerenauslese.[1]
Avec des raisins de type kabinett et spätlese, il est possible d’élaborer soit des vins secs ou du moins d’esprit sec (la législation allemande affirme qu’un vin est sec trocken s’il contient moins de 9 grammes de sucre résiduel[2]), soit des vins demi-secs, voire moelleux. Le type auslese correspond le plus souvent à des vins moelleux, mais il n’est pas exclu de trouver un auslese trocken avec 14% d’alcool, voire un peu plus.
Les types beerenauslese et trockenbeerenauslese sont toujours moelleux ou liquoreux. Ces vins botrytisés sont rares et chers, voire extrêmement chers. On peut se risquer à comparer beerenauslese à la Sélection de Grains Nobles alsacienne. Et trockenbeerenauslese à l’Eszencia hongroise (Tokaji). Ils sont très peu alcoolisés (6%), avec plusieurs centaines de grammes de sucre résiduel par litre et une acidité incroyablement élevée, qui équilibre le sucre.
Si le mot trockenne figure pas sur l’étiquette, vous pouvez être certain qu’il s’agit d’un vin avec une certaine douceur.
Ce qui précède, c’est déjà le passé. Le regard des meilleurs vignerons allemands s’est aujourd’hui tourné vers l’ouest, en direction de l’Alsace et de la Bourgogne. C’est une autre façon de classer qui s’impose progressivement, basée sur le lieu dont le vin est issu et de la qualité associée à ce lieu : vin régional (Gutswein), vin communal (Ortswein), vin issu d’une parcelle premier cru (Erste Lage), vin issu d’une parcelle grand cru (Grosse Lage). C’est la pyramide de la qualité.
Une association privée est à l’origine de ce nouveau regard : VDP. On reconnait les vignerons membres de cette association à la présence d’un aigle stylisé sur la collerette des bouteilles.
VDP n’a, à ma connaissance, pas d’équivalent dans les autres pays européens. Les membres sont choisis par cooptation. Il y a +/- 200 membres. L’aigle VDP est un indicateur de qualité fiable.
Comme souvent pendant une phase de transition, différents classements coexistent, suscitant sans doute une certaine confusion. Certains domaines traditionnalistes ne s’inscrivent pas dans la nouvelle démarche, certaines régions utilisent des systèmes légèrement différents, certains vignerons contestent le classement (ou l’absence de classement) de telle parcelle[3], certains éléments de la charte VDP sont repris dans la nouvelle loi allemande de 2021, d’autres ne s’appliquent qu’aux membres de l’association. Le consommateur peut légitimement se sentir un peu largué…
La région est l’entité géographique de base. Au sens strict, la notion d’appellation n’existe pas pour le vin en Allemagne.
La plupart des vignobles réputés se situent dans les parages du Rhin ou de l’un de ses affluents (Moselle, Main, Ahr, Neckar).
Il y a 13 régions, d’importance fort différente : Ahr, Baden, Franken(en français : Franconie), Hessische Bergstrasse, Mittelrhein, Mosel, Nahe, Pfalz(en français : Palatinat), Rheingau, Rheinhessen, Saale-Unstrut, Sachsen, Württemberg.
Les vins issus de parcelles spécifiques sont généralement décrits sur l’étiquette par <nom du village>< ‘er’ facultatif> <nom de la parcelle>.
Par exemple : un Westhofener Morstein est un vin issu de la parcelle Morstein, située sur le village de Westhofen. Par exemple : un Volkacher Karthäuser est un vin issu de la parcelle Karthäuser, située sur le village de Volkach.
Lorsque le nom de la parcelle possède une grande notoriété, certains vignerons omettent le nom du village. Exemple : au Domaine Knipser (région Pfalz), on mentionne simplement la parcelle Steinbuckel, en oubliant de lui accoler le village Laumersheim[4].
Les vins issus d’une parcelle Grosse Lage portent souvent[5] les lettres « GG », imprimées sur l’étiquette et gravées dans le verre de la bouteille : il s’agit alors d’un vin Grosses Gewächs, un vin grand cru issu d’une parcelle grand cru. Un vin Grosses Gewächs est toujours sec.
Le cépage est toujours mentionné sur l’étiquette. A noter que l’Allemagne produit presque uniquement des vins monocépages. L’assemblage est très peu pratiqué ; un vin d’assemblage s’appelle Cuvée.
Le pinot noir est en général appelé spätburgunder[6], ce qui se traduit littéralement par bourguignon tardif. Cela permet de mieux comprendre le rare cépage frühburgunder, le bourguignon précoce, qui est apparenté au pinot noir mais qui mûrit plus rapidement. Le cépage lemberger est parfois mieux connu sous son nom autrichien : blaufränkisch.
La région est toujours mentionnée sur l’étiquette, mais cela peut être discret.
Certaines régions sont prestigieuses mais très peu étendues (Ahr, Rheingau), deux parmi elles sont situées en ex-RDA et leurs vins ne sont presque pas exportés (Saale-Unstrut, Sachsen), d’autres n’ont pas vraiment de notoriété (Hessische Bergstrasse, Mittelrhein), une autre élabore essentiellement des blancs demi-secs, moelleux et liquoreux (Mosel).
Les définitions géographiques des régions sont parfois surprenantes. Par exemple, Baden regroupe des vins élaborés à la frontière suisse (Basel, Bodensee) et d’autres vins, élaborés dans le centre du pays, aux portes de la Franconie (Tauberfranken) : comptez +/- 400 kilomètres entre le sud et le nord de la région !
On a l’habitude de considérer l’Allemagne comme un pays de vins blancs. C’est vrai, dans la proportion des deux-tiers : 69.000 hectares de raisins blancs, 34.000 hectares de raisins noirs.
En termes de cépages, c’est le riesling[7] qui fait la course en tête (23%) devant le pinot noir (11%) et le müller-thurgau[8] (11%).
On trouve également des vignobles consacrés au pinot gris, pinot blanc, silvaner[9], chardonnay, sauvignon.
Et quelques spécialités, en rouge, à la réputation mitigée : dornfelder, portugieser, trollinger, schwarzriesling (en français : pinot meunier)…
Le terme Alte Reben correspond aux « vieilles vignes » en France. La définition de l’âge qui donnerait droit de mentionner « vieilles vignes » sur une étiquette est aussi inexistante en Allemagne qu’elle ne l’est en France.
Le bouleversement climatique pousse à présent certains vignerons à faire des essais avec des cépages plus sudistes, comme la syrah, le merlot et le tempranillo. Dans certaines parties de la région Baden, le climat est trop chaud pour y cultiver du riesling.
Il fût un temps où les blancs contenaient presque toujours une certaine quantité de sucre résiduel, peu d’alcool et beaucoup d’acidité. Le vin pouvait être excellent, mais le consommateur francophone/latin se demandait toujours ce qu’il allait faire de la bouteille.
Il fût un temps où les rouges étaient souvent défigurés par un élevage en barriques surdosé, exhibitionniste et asséchant.
Les choses ont radicalement changé ! Et voilà donc un excellent prétexte pour proposer la dégustation de 12 vins allemands contemporains.
Notes:
[1] Il faut 17 grammes de sucre par litre pour générer 1% d’alcool. Un vin tout-à-fait sec qui titre 13% provient de raisins qui contenaient 221 grammes de sucre.
[2] La règle exacte est plus complexe, elle prend en compte l’acidité du vin : plus le vin est riche en acidité, plus il peut contenir de sucre résiduel tout en étant considéré comme trocken. C’est plutôt logique puisque l’acidité masque le sucre.
[3] C’est le cas du Domaine Georg Breuer dans le Rheingau. Il fait incontestablement partie de l’élite des meilleurs domaines allemands mais a très mal pris l’absence de classement VDP de la parcelle du Nonnenberg, dont Breuer est le seul propriétaire (monopole). Breuer a donc claqué la porte de VDP derrière lui. Lorsque j’ai eu la chance de goûter Nonnenberg, j’ai compris la frustration du Domaine…
[4] Bon, en fait, en tous petits caractères, il est bien indiqué Laumersheimer Steinbuckel ». Ouf !
[5] Pas toujours. Mais cela nous entrainerait trop loin. Disons que certains vignerons ne déclarent pas en GG un vin issu de jeunes vignes de façon à ne pas dévaloriser le terme GG.
[6] Certains vignerons utilisent spätburgunder pour leurs vins d’entrée de gamme et pinot noir pour leurs vins les plus chers/prestigieux. L’inverse ne se fait, à ma connaissance, jamais.
[7] 44% du riesling dans le monde est planté en Allemagne. En France ? 6%. Eh oui…
[9] Avec un ‘i’ et non un ‘y’. L’Allemagne est de loin le plus grand producteur au monde de silvaner (régions Rheinhessen et Franken). Les meilleurs silvaners sont allemands.
Une sélection de vins allemands a été dégustée le vendredi 25 février 2022. Un article, intitulé à table ! a été consacré à cette dégustation. Les vins ont été regroupés dans un rayon du magasin.
Puis-je, pour une fois, vous emmener dans l’enfer des vins que je ne sélectionne pas ? Vous indiquer ce qui condamne un vin à ne pas apparaître dans le magasin ? Vous expliquer les invariants qui forment ma grille de lecture ?
Je suis un terroir. C’est-à-dire que je suis unique, typique, spécifique, subjectif, défini par mes gènes et mes croyances, par les limites de mes papilles, par mon goût immodéré pour le fromage qui pue et le chocolat noir et, enfin, par ma relation distante avec la salade: quand elle et moi nous croisons, on ne s’engueule pas, mais on n’a rien à se raconter; et ce n’est pas ce salaud de vinaigre qui va arranger les bidons.
L’alcool ne me plait guère. Il y en a beaucoup dans le cointreau et cela ne m’a pas toujours réussi. J’ai renoncé à comprendre quoi que ce soit au whisky. Le gin me donne la nausée. L’alcool me fatigue et il insiste systématiquement pour me refiler ses nombreuses calories, alors que je suis déjà si bien servi. Bien sûr, sans alcool, le vin n’est plus vin. Une part du subtil équilibre est retirée et tout le mikado s’effondre. Le meilleur alcool est celui qui ne se perçoit pas comme tel. J’aime la rondeur qui adoucit, l’onctuosité qui ensorcelle, la chaleur qui réconforte, le gras qui enrobe. J’aime également l’eau ferrugineuse.
Ce n’est d’ailleurs pas forcément une question de degré. J’avoue être favorablement disposé lorsqu’une étiquette annonce 12,5% et dubitatif lorsque c’est 15%. Une manzanilla andalouse titre à tous les coups 15% et fait pourtant preuve d’une insoutenable légèreté. Comme quoi.
Le boisé ne me plait guère. Je n’arrive toujours pas à comprendre l’intérêt qu’il y aurait à ingurgiter de la tisane de chêne. Celui qui a inventé les copeaux à faire macérer dans le jus doit être écartelé.
Le pire crime est d’élever les cuvées d’entrée de gamme sans passage par la barrique et de matraquer les plus beaux raisins, ceux qui sont vendangés sur les plus belles parcelles, avec un emballage en forme de tonneau plus ou moins brûlé.
Serait-ce en fait le goût supposé du luxe ? Comme une obligation pour justifier un prix élevé ? Si le vigneron utilise une barrique de 225 litres pour élever 3 millésimes successifs, l’impact sur ses coûts est de l’ordre de 90 centimes par bouteille. Pas de quoi justifier grand-chose. On me dira que c’est une tradition séculaire et que cela se fond au vieillissement. Ouais. Parfois.
Le meilleur boisé est celui qui ne se perçoit pas comme tel. J’aime les aromatiques complexes qui ont bénéficié de la micro-oxygénation au travers des douelles du susmentionné tonneau. J’aime les élevages longs qui créent des vins qui n’existeraient pas sans eux.
La banalité ne me plait guère. Qu’ai-je fait de mal pour mériter un triste jus de fruit vaguement fermenté, prévisible, ennuyeux et incapable de susciter la moindre conversation ? Ce vin, anonyme et silencieux, dont on ne saura jamais rien. Donnez-moi plutôt un chouette petit défaut. Une imperfection, une différence, une audace, une intention.
L’exubérance ne me plait guère. A la cour de récréation, des gamins couraient dans tous les sens, hurlaient à faire trembler les vitres de l’école et avaient manifestement un besoin viscéral d’attirer l’attention de tous. On fabrique des vins qui leur ressemblent, des vins si parfumés qu’ils ont forcément quelque chose à cacher, si extravertis qu’ils en deviennent envahissants, si chimico-superficiels qu’ils ne passent pas le test du deuxième verre. Je préfère découvrir petit à petit, en prenant le temps qu’il faut, en cherchant. Je suis un dégustateur lent.
Il m’arrive régulièrement de déguster des vins issus d’appellations prestigieuses, bien notés par la presse spécialisée, rendus accessibles par des importateurs compétents et mis en valeur par des flacons au design impeccable. Et, patatras, pour l’une ou l’autre des raisons citées ci-dessus, ils finissent vite fait au crachoir et se voient affublés d’un NON majuscule sur ce qui me tient lieu de fiche de dégustation.
Ai-je raison d’agir ainsi ? Eh bien, je suis un terroir. Voir ci-dessus.
Raymond Leroy, Vignoble des Agaises à Haulchin (au sud-est de Mons)
Intéressante initiative du quotidien Le Soir: faire le point sur l’évolution du vignoble wallon. 5 pages, publiées consécutivement pendant la semaine qui commence le 06 juillet.
On y aborde les plus célèbres (en tous cas de ce côté-ci du Quiévrain) et quelques plus obscurs. Une bonne lecture pour percevoir à quel point le vin belge n’est plus une note en bas de page, mais un véritable chapitre. D’autant plus un jour de Fête Nationale !
Un jour, un deuxième volet, pour aborder le vignoble flamand ? Qui sait…
Ci-dessous, téléchargement des 5 articles en un seul fichier .pdf.
Dans une Belgique réputée pour ses bières, le vin est en train de trouver sa place. Le boom viticole est palpable : les surfaces et la production ont quintuplé ces dix dernières années. Mais ça reste pour l’heure un produit de niche. Disciples de Bacchus et du roi Gambrinus, les Belges cultivent aujourd’hui davantage la vigne que le houblon. Sans pouvoir parler de tradition, l’histoire viticole belge s’est surtout écrite ces dernières années. Elle ne date pourtant pas d’hier. Au Moyen Age, chaque grande ville ou quasi possédait son vignoble. Le petit âge glaciaire à partir du XVème siècle mais aussi la succession de guerres et de conquêtes de notre territoire ont petit à petit mis fin à l’aventure viticole. Publié en 1850, le premier recensement agricole faisait état de 166 hectares de vignes. Aujourd’hui, la Belgique en compte près de trois fois plus. Certains évoquent à terme une capacité de 10.000 hectares. Si des petits vignobles amateurs ont refait surface du côté de Huy dans les années 1970, le renouveau s’est amorcé au tournant du siècle, réchauffement climatique aidant. Parmi les pionniers, l’homme d’affaires Pierre Rion (…)
Le moment particulier où le fruit synthétise les anthocyanes et commence à accumuler les sucres.
D’accord, ce ne sont que de simples mûres, devant la maison. Cela n’enlève rien à la valeur de l’instant.
Bonnes vacances à tous ceux et toutes celles qui en prennent. Quant à moi, ce sera Bruxelles en juillet et en août. Pas une folle envie de voyager maintenant.
Il compare sans sourciller tel millésime de tel cru bordelais à tel autre millésime de tel autre cru bordelais. Il dispose d’un vocabulaire étendu pour décrire et nuancer (« plus griotte que bigarreau »). Il se souvient de la texture et de la finesse des tannins du Chianti Colli Senesi dégusté le premier soir d’italiennes vacances, en juin 1997. Il connaît le nom -et le surnom- du chien de ce vigneron tourangeau à qui il rend visite dès que le nouveau millésime pointe le bout du nez.
Il existe. Rarement certes, mais il existe. Hommage lui soit rendu, chapeau lui soit tiré, statue lui soit érigée.
Cher lecteur, chère lectrice, misère et déconfiture, nous ne faisons pas partie de ce brillant groupuscule. Pour ce qui me concerne, j’en suis absolument certain; pour ce qui te concerne, c’est un pari statistique que j’accepte de perdre, si tel est ton talent.
L’art de la dégustation à l’aveugle m’a appris l’humilité et l’auto-dérision. Je sais que je ne sais pas. Je continuerai, le plus longtemps possible, à prendre un Sancerre pour un Chablis et vice-versa. Oui, j’ai confondu, je confonds et je confondrai.
Heureusement, cela n’empêche ni d’aimer, ni de partager, ni de s’esbaudir, ni de faire preuve d’esprit critique, ni de lire, ni de gratter la couche de vernis du dessus, ni de changer d’opinion.
A ce titre, je revendique, cher lecteur, chère lectrice, le titre de compagnon du vin, celui qui t’accompagne dans ta quête du flacon suprême et des flacons un peu moins suprêmes mais -quand même- vachement délicieux.
Le compagnon n’existe que dans l’accompagnement. Le magasin n’existe que par les emplettes. J’ai dit.
En 2005 (ce n’est pas la préhistoire), le vin belge prenait encore la forme d’une note en bas de page avec une production estimée à 215.000 litres, produits à partir d’un vignoble de 65 hectares.
En moins de 15 ans, le nombre d’hectares a été multiplié par 6, le volume a été multiplié par 9. Notons néanmoins que le volume généré par le millésime 2018 est exceptionnel, grâce à une météo presque parfaite. Il y a nettement moins de volume en 2019.
Pour fixer les idées, le vignoble du Grand-Duché de Luxembourg, en 2018, c’est 1.250 hectares et 13.500.000 litres.
Par simple division des chiffres du tableau ci-dessus, on constate que, en moyenne, chaque vigneron belge dispose d’une parcelle de 3 hectares, ce qui est horriblement peu. Bien sûr cette moyenne recouvre des réalités très diverses: le wijnkasteel Genoels-Elderen (Limbourg) dispose d’un vignoble de 22 hectares et le vignoble des Agaisses (Hainaut), producteur de la cuvée Ruffus, s’étend sur 28 hectares.
La Belgique reste un pays de bulles et de vins blancs, les rouges et rosés ne représentant ensemble qu’un cinquième de la production totale.
En termes de cépages, le chardonnay se taille la part du lion (35%), les pinots (noir, gris, blanc et meunier) suivent (23%). A noter la part importante des cépages dits ‘résistants’ (johanniter, régent, solaris, pinotin, etc…).
Le vignoble du Chant d’Éole (et le pourquoi du nom choisi par le Domaine)
En mai 2019, la cuvée Prestige du Domaine du Chant d’Éole (près de Mons) a remporté la grande médaille d’Or du Concours Mondial de Bruxelles. C’est évidemment surprenant, encore plus lorsque l’on sait que les vignes ont été plantées en 2010 et que la première commercialisation date de 2015.
Oui, un effervescent belge a fait la nique à une longue série de Champagnes. Cela étant, cette médaille n’a de sens que par rapport aux participants, les meilleurs Champagnes ne participant jamais à ce type de compétition. Titrer « la meilleure bulle du monde est montoise » est un peu excessif…
Plus de 3.500 ceps de syrah viennent d’être plantés sur les coteaux du Pipet, à Vienne, par le tandem Stéphane Ogier-Pierre Jean Villa pour faire renaître le vignoble disparu depuis près d’un siècle.
Il y avait des vignes jusque dans les années ’20 sur les coteaux du Pipet, sur les hauteurs de Vienne, juste au-dessus de l’ancien théâtre antique. En témoigne la carte postale un peu jaunie qui trône sur l’un des murs du Grand Café de Vienne où déjeunent les deux vignerons emblématiques du Rhône Nord, Stéphane Ogier et Pierre-Jean Villa.
Quelque peu surpris, les deux amis filent après le repas sur ce belvédère offrant un vue grandiose sur le Rhône et l’agglomération viennoise. À l’emplacement de l’ancienne forteresse des rois de Bourgogne jusqu’au XIe siècle, une chapelle dédiée à Notre-Dame de Salettes a été construite à la fin du XIXe et devenue un lieu de pèlerinage. Mais point de vignes ici, juste quelques robiniers et acacias qui disputent le terrain aux herbes folles.
Renseignements pris, les deux vignerons apprennent que la friche appartient à la municipalité. « Même le maire, Thierry Kowaks, a été surpris d’apprendre qu’il y avait eu des vignes un jour, au-dessus de la future Maison du jazz, raconte Stéphane Ogier. Il faut dire que la végétation avait repris le dessus sur ces pentes raides et difficiles d’accès. On ne voyait même plus les terrasses avec des dénivelés impressionnants et des murs jusqu’à 10 mètres. »
Ensorcelés par l’endroit et par l’histoire, les deux compères n’ont plus qu’une seule envie : y faire renaître la vigne. Un accord est finalement négocié avec la mairie qui met à disposition le terrain avec un bail à long terme de 18 ans… en échange de quelques bouteilles quand la vigne produira des raisins à la 3e feuille. Pas avant 2023. Car il a fallu d’abord défricher le coteau exposé plein sud avant de planter de la syrah, une évidence en Rhône Nord. « Nous n’avions pas assez de surface avec un demi-hectare pour faire deux vins et les schistes sont d’abord un terroir de rouge » explique Stéphane Ogier.
En attendant le cru
Les premiers ceps issus de différentes sélections massales devaient être plantés en mars mais les travaux ont pris un peu de retard avec le confinement. Finalement, cette semaine, plus de 3.500 pieds viennent d’être installés à nouveau sur les coteaux de Pipet, qui donneront naturellement le nom à la cuvée. « Nous avons planté un peu plus de pieds que prévu – on pensait 2500 au départ, car on a choisi de planter à forte densité, à 13 000 pieds. Même si cela représente plus de travail, cette densité permet d’avoir moins de raisins par pieds avec des grappes plus petites et moins de concurrence entre les pieds, et donc de produire un vin plus qualitatif. »
Les 1.500-2.000 bouteilles qui devraient être produites à terme à partir de la parcelle pourraient être étiquetées en IGP Collines Rhodaniennes ou simplement en Vin de France, à moins que l’élargissement de l’appellation Côtes-du-Rhone, en discussion depuis plusieurs années, ne soit enfin adopté par l’INAO. « Passer en Côtes-du-Rhone serait déjà une belle victoire, ne serait-ce que pour protéger le secteur mais notre objectif est de devenir rapidement un cru de la vallée du Rhône. » La parcelle Ogier-Villa est la plus septentrionale de la future appellation dont le nom fait toujours débat (Seyssuel, Coteaux de Seyssuel, Vienne-Seyssuel…).
Le nouveau vignoble s’inscrit dans la continuité de la renaissance des vins de Vienne qui comptent désormais 18 vignerons. Elle avait été initiée, au début des années ’90, par les Vins de Vienne lancés par un quatuor de vignerons du Rhône Nord, Pierre Gaillard, François Villard, Yves Cuilleron et à l’époque un certain …Pierre-Jean Villa.
Article publié aujourd’hui 07 mai 2020 dans la revue « Terre de Vins », sous la plume de Frédérique Hermine. Beau projet sur des pentes vertigineuses. Rendez-vous dans 10 ans. Je prédis que le vin ne sera pas bon marché…
En faisant un peu de rangement, je tombe sur ce petit livre, traduction en français du guide que Hugh Johnson publie tous les ans, depuis 1977. Il a aujourd’hui 81 ans et continue inlassablement à goûter le vin et à en parler. Il doit sa célébrité en particulier à son Atlas Mondial du Vin. Je ne peux cacher l’admiration que je porte à nombre de ses écrits, souvent pleins d’humour.
176 pages pour résumer la « planète vin », telle qu’elle se présentait aux yeux d’un auteur anglo-saxon il y a une quarantaine d’années. Plus précisément: dépôt légal 4ème trimestre 1981.
Hugh Johnson introduit son ouvrage en proposant un choix personnel pour 1982: c’est une sorte de fourre-tout sympathique qui mélange allègrement appellations, vignerons, marques et cépages, c’est subjectif et pleinement assumé comme tel.
A titre d’exemple, pour l’Espagne, cela donne ceci:
Campo Viejo, Codorniu, La Rioja Alta, Lopez de Heredia, Marqués de Caceres Blanco, Muga, Señorio di Sarria, Torres.
Aujourd’hui, Campo Viejo est une marque, détenue par le groupe Pernod-Ricard, qui propose des vins de la Rioja, essentiellement destinés à la grande distribution. Même topo pour Codorniu, géant du cava et pour Marques de Caceres, largement représenté chez Carrefour Belgique. Torres est un géant catalan, présent dans différentes régions espagnoles et jusqu’au Chili. Señorio di Sarria, propriété de Navarre, est quant à lui passé sous le radar.
Muga, Lopez de Heredia et La Rioja Alta font, aujourd’hui encore, partie de l’élite des vins de la Rioja.
Frappant de constater que les choix pour 1982 se répartissent géographiquement entre Rioja et Catalogne. Tout le reste de l’Espagne n’existait pas (encore).
Pour la France, Hugh Johnson met en exergue une douzaine de châteaux bordelais ainsi que la liste suivante:
Aligoté, Beaumes de Venise, Léon Beyer, Blanquette de Limoux, Bordeaux Côtes de Castillon, Chablis premier cru, Coteaux du Layon, Côtes du Lubéron, Fixin, Gaillac perlé, Alfred Gratien, Louis Jadot, Listel, Prosper Maufoux, Minervois, Morey-St-Denis, Passe-Tout-Grains, Pol Roger, St-Joseph, Seyssel.
Chacun se fera sa propre idée. Une chose est sûre, je ne connais personne qui ferait ce choix en 2020 !
Hugh Johnson
Le livre consacre ensuite quelques pages aux cépages. Voici deux définitions, joliment vintage:
Folle-Blanche: troisième raisin blanc de France, il ne donne jamais de bon vin. Beaucoup d’acidité et peu d’arôme le rendent idéal pour la fabrication du Cognac.
Carignan: de loin le raisin le plus courant de France, où il couvre des milliers d’hectares. Prolifique, il donne un vin sans attrait. Cultivé également en Afrique du Nord, Espagne et Californie.
Et quelques définitions croquignolettes:
Chianti: vin vif de Florence. Frais, mais avec un fruité chaleureux, jeune; vendu dans sa fiasque couverte de paille. Vieillit modérément.
Nebbiolo d’Alba: ressemble à un Barolo léger.Souvent bon. Le Barolo qui n’atteint pas ses 12% est vendu sous ce nom. Il a ses adeptes.
Nature: vin non chaptalisé. En Champagne, vin non champagnisé.
Saint-Péray: blanc plutôt lourd, au sud de Cornas. Une grande partie de la production est transformée en « mousseux ». Ne dépasse pas le stade de la curiosité.
A vrai dire, le plus interpellant est que bien des informations reprises dans cet ouvrage font encore sens 40 ans plus tard. Tout change mais rien ne change…