Catégories
histoire information

Le Soir goûte le vin wallon

Raymond Leroy, Vignoble des Agaises à Haulchin (au sud-est de Mons)

Intéressante initiative du quotidien Le Soir: faire le point sur l’évolution du vignoble wallon. 5 pages, publiées consécutivement pendant la semaine qui commence le 06 juillet.

On y aborde les plus célèbres (en tous cas de ce côté-ci du Quiévrain) et quelques plus obscurs. Une bonne lecture pour percevoir à quel point le vin belge n’est plus une note en bas de page, mais un véritable chapitre. D’autant plus un jour de Fête Nationale !

Un jour, un deuxième volet, pour aborder le vignoble flamand ? Qui sait…

Ci-dessous, téléchargement des 5 articles en un seul fichier .pdf.

Le succès grandissant des vins belges

Dans une Belgique réputée pour ses bières, le vin est en train de trouver sa place. Le boom viticole est palpable : les surfaces et la production ont quintuplé ces dix dernières années. Mais ça reste pour l’heure un produit de niche.
Disciples de Bacchus et du roi Gambrinus, les Belges cultivent aujourd’hui davantage la vigne que le houblon. Sans pouvoir parler de tradition, l’histoire viticole belge s’est surtout écrite ces dernières années.
Elle ne date pourtant pas d’hier. Au Moyen Age, chaque grande ville ou quasi possédait son vignoble. Le petit âge glaciaire à partir du XVème siècle mais aussi la succession de guerres et de conquêtes de notre territoire ont petit à petit mis fin à l’aventure viticole. Publié en 1850, le premier recensement agricole faisait état de 166 hectares de vignes. Aujourd’hui, la Belgique en compte près de trois fois plus. Certains évoquent à terme une capacité de 10.000 hectares.
Si des petits vignobles amateurs ont refait surface du côté de Huy dans les années 1970, le renouveau s’est amorcé au tournant du siècle, réchauffement climatique aidant. Parmi les pionniers, l’homme d’affaires Pierre Rion (…)

Catégories
histoire

la véraison des mûres

Le moment particulier où le fruit synthétise les anthocyanes et commence à accumuler les sucres.

D’accord, ce ne sont que de simples mûres, devant la maison. Cela n’enlève rien à la valeur de l’instant.

Bonnes vacances à tous ceux et toutes celles qui en prennent. Quant à moi, ce sera Bruxelles en juillet et en août. Pas une folle envie de voyager maintenant.

Catégories
histoire

compagnon du vin

Il compare sans sourciller tel millésime de tel cru bordelais à tel autre millésime de tel autre cru bordelais. Il dispose d’un vocabulaire étendu pour décrire et nuancer (« plus griotte que bigarreau »). Il se souvient de la texture et de la finesse des tannins du Chianti Colli Senesi dégusté le premier soir d’italiennes vacances, en juin 1997. Il connaît le nom -et le surnom- du chien de ce vigneron tourangeau à qui il rend visite dès que le nouveau millésime pointe le bout du nez.

Il existe. Rarement certes, mais il existe. Hommage lui soit rendu, chapeau lui soit tiré, statue lui soit érigée.

Cher lecteur, chère lectrice, misère et déconfiture, nous ne faisons pas partie de ce brillant groupuscule. Pour ce qui me concerne, j’en suis absolument certain; pour ce qui te concerne, c’est un pari statistique que j’accepte de perdre, si tel est ton talent.

L’art de la dégustation à l’aveugle m’a appris l’humilité et l’auto-dérision. Je sais que je ne sais pas. Je continuerai, le plus longtemps possible, à prendre un Sancerre pour un Chablis et vice-versa. Oui, j’ai confondu, je confonds et je confondrai.

Heureusement, cela n’empêche ni d’aimer, ni de partager, ni de s’esbaudir, ni de faire preuve d’esprit critique, ni de lire, ni de gratter la couche de vernis du dessus, ni de changer d’opinion.

A ce titre, je revendique, cher lecteur, chère lectrice, le titre de compagnon du vin, celui qui t’accompagne dans ta quête du flacon suprême et des flacons un peu moins suprêmes mais -quand même- vachement délicieux.

Le compagnon n’existe que dans l’accompagnement. Le magasin n’existe que par les emplettes. J’ai dit.

Catégories
histoire information

Vin belge

En 2005 (ce n’est pas la préhistoire), le vin belge prenait encore la forme d’une note en bas de page avec une production estimée à 215.000 litres, produits à partir d’un vignoble de 65 hectares.

En moins de 15 ans, le nombre d’hectares a été multiplié par 6, le volume a été multiplié par 9. Notons néanmoins que le volume généré par le millésime 2018 est exceptionnel, grâce à une météo presque parfaite. Il y a nettement moins de volume en 2019.

Pour fixer les idées, le vignoble du Grand-Duché de Luxembourg, en 2018, c’est 1.250 hectares et 13.500.000 litres.

Par simple division des chiffres du tableau ci-dessus, on constate que, en moyenne, chaque vigneron belge dispose d’une parcelle de 3 hectares, ce qui est horriblement peu. Bien sûr cette moyenne recouvre des réalités très diverses: le wijnkasteel Genoels-Elderen (Limbourg) dispose d’un vignoble de 22 hectares et le vignoble des Agaisses (Hainaut), producteur de la cuvée Ruffus, s’étend sur 28 hectares.

La Belgique reste un pays de bulles et de vins blancs, les rouges et rosés ne représentant ensemble qu’un cinquième de la production totale.

En termes de cépages, le chardonnay se taille la part du lion (35%), les pinots (noir, gris, blanc et meunier) suivent (23%). A noter la part importante des cépages dits ‘résistants’ (johanniter, régent, solaris, pinotin, etc…).

Le vignoble du Chant d’Éole (et le pourquoi du nom choisi par le Domaine)

En mai 2019, la cuvée Prestige du Domaine du Chant d’Éole (près de Mons) a remporté la grande médaille d’Or du Concours Mondial de Bruxelles. C’est évidemment surprenant, encore plus lorsque l’on sait que les vignes ont été plantées en 2010 et que la première commercialisation date de 2015.

Oui, un effervescent belge a fait la nique à une longue série de Champagnes. Cela étant, cette médaille n’a de sens que par rapport aux participants, les meilleurs Champagnes ne participant jamais à ce type de compétition. Titrer « la meilleure bulle du monde est montoise » est un peu excessif…

Catégories
histoire information

Rhône Nord : Ogier et Villa redonnent vignes aux coteaux du Pipet

Plus de 3.500 ceps de syrah viennent d’être plantés sur les coteaux du Pipet, à Vienne, par le tandem Stéphane Ogier-Pierre Jean Villa pour faire renaître le vignoble disparu depuis près d’un siècle.

Il y avait des vignes jusque dans les années ’20 sur les coteaux du Pipet, sur les hauteurs de Vienne, juste au-dessus de l’ancien théâtre antique. En témoigne la carte postale un peu jaunie qui trône sur l’un des murs du Grand Café de Vienne où déjeunent les deux vignerons emblématiques du Rhône Nord, Stéphane Ogier et Pierre-Jean Villa.

Quelque peu surpris, les deux amis filent après le repas sur ce belvédère offrant un vue grandiose sur le Rhône et l’agglomération viennoise. À l’emplacement de l’ancienne forteresse des rois de Bourgogne jusqu’au XIe siècle, une chapelle dédiée à Notre-Dame de Salettes a été construite à la fin du XIXe et devenue un lieu de pèlerinage. Mais point de vignes ici, juste quelques robiniers et acacias qui disputent le terrain aux herbes folles.

Renseignements pris, les deux vignerons apprennent que la friche appartient à la municipalité. « Même le maire, Thierry Kowaks, a été surpris d’apprendre qu’il y avait eu des vignes un jour, au-dessus de la future Maison du jazz, raconte Stéphane Ogier. Il faut dire que la végétation avait repris le dessus sur ces pentes raides et difficiles d’accès. On ne voyait même plus les terrasses avec des dénivelés impressionnants et des murs jusqu’à 10 mètres. »

Ensorcelés par l’endroit et par l’histoire, les deux compères n’ont plus qu’une seule envie : y faire renaître la vigne. Un accord est finalement négocié avec la mairie qui met à disposition le terrain avec un bail à long terme de 18 ans… en échange de quelques bouteilles quand la vigne produira des raisins à la 3e feuille. Pas avant 2023. Car il a fallu d’abord défricher le coteau exposé plein sud avant de planter de la syrah, une évidence en Rhône Nord. « Nous n’avions pas assez de surface avec un demi-hectare pour faire deux vins et les schistes sont d’abord un terroir de rouge » explique Stéphane Ogier.

En attendant le cru

Les premiers ceps issus de différentes sélections massales devaient être plantés en mars mais les travaux ont pris un peu de retard avec le confinement. Finalement, cette semaine, plus de 3.500 pieds viennent d’être installés à nouveau sur les coteaux de Pipet, qui donneront naturellement le nom à la cuvée. « Nous avons planté un peu plus de pieds que prévu – on pensait 2500 au départ, car on a choisi de planter à forte densité, à 13 000 pieds. Même si cela représente plus de travail, cette densité permet d’avoir moins de raisins par pieds avec des grappes plus petites et moins de concurrence entre les pieds, et donc de produire un vin plus qualitatif. »

Les 1.500-2.000 bouteilles qui devraient être produites à terme à partir de la parcelle pourraient être étiquetées en IGP Collines Rhodaniennes ou simplement en Vin de France, à moins que l’élargissement de l’appellation Côtes-du-Rhone, en discussion depuis plusieurs années, ne soit enfin adopté par l’INAO. « Passer en Côtes-du-Rhone serait déjà une belle victoire, ne serait-ce que pour protéger le secteur mais notre objectif est de devenir rapidement un cru de la vallée du Rhône. » La parcelle Ogier-Villa est la plus septentrionale de la future appellation dont le nom fait toujours débat (Seyssuel, Coteaux de Seyssuel, Vienne-Seyssuel…).

Le nouveau vignoble s’inscrit dans la continuité de la renaissance des vins de Vienne qui comptent désormais 18 vignerons. Elle avait été initiée, au début des années ’90, par les Vins de Vienne lancés par un quatuor de vignerons du Rhône Nord, Pierre Gaillard, François Villard, Yves Cuilleron et à l’époque un certain …Pierre-Jean Villa.

Article publié aujourd’hui 07 mai 2020 dans la revue « Terre de Vins », sous la plume de Frédérique Hermine. Beau projet sur des pentes vertigineuses. Rendez-vous dans 10 ans. Je prédis que le vin ne sera pas bon marché…

Catégories
histoire information

Hugh Johnson, édition 1981

En faisant un peu de rangement, je tombe sur ce petit livre, traduction en français du guide que Hugh Johnson publie tous les ans, depuis 1977. Il a aujourd’hui 81 ans et continue inlassablement à goûter le vin et à en parler. Il doit sa célébrité en particulier à son Atlas Mondial du Vin. Je ne peux cacher l’admiration que je porte à nombre de ses écrits, souvent pleins d’humour.

176 pages pour résumer la « planète vin », telle qu’elle se présentait aux yeux d’un auteur anglo-saxon il y a une quarantaine d’années. Plus précisément: dépôt légal 4ème trimestre 1981.

Hugh Johnson introduit son ouvrage en proposant un choix personnel pour 1982: c’est une sorte de fourre-tout sympathique qui mélange allègrement appellations, vignerons, marques et cépages, c’est subjectif et pleinement assumé comme tel.

A titre d’exemple, pour l’Espagne, cela donne ceci:

Campo Viejo, Codorniu, La Rioja Alta, Lopez de Heredia, Marqués de Caceres Blanco, Muga, Señorio di Sarria, Torres.

Aujourd’hui, Campo Viejo est une marque, détenue par le groupe Pernod-Ricard, qui propose des vins de la Rioja, essentiellement destinés à la grande distribution. Même topo pour Codorniu, géant du cava et pour Marques de Caceres, largement représenté chez Carrefour Belgique. Torres est un géant catalan, présent dans différentes régions espagnoles et jusqu’au Chili. Señorio di Sarria, propriété de Navarre, est quant à lui passé sous le radar.

Muga, Lopez de Heredia et La Rioja Alta font, aujourd’hui encore, partie de l’élite des vins de la Rioja.

Frappant de constater que les choix pour 1982 se répartissent géographiquement entre Rioja et Catalogne. Tout le reste de l’Espagne n’existait pas (encore).

Pour la France, Hugh Johnson met en exergue une douzaine de châteaux bordelais ainsi que la liste suivante:

Aligoté, Beaumes de Venise, Léon Beyer, Blanquette de Limoux, Bordeaux Côtes de Castillon, Chablis premier cru, Coteaux du Layon, Côtes du Lubéron, Fixin, Gaillac perlé, Alfred Gratien, Louis Jadot, Listel, Prosper Maufoux, Minervois, Morey-St-Denis, Passe-Tout-Grains, Pol Roger, St-Joseph, Seyssel.

Chacun se fera sa propre idée. Une chose est sûre, je ne connais personne qui ferait ce choix en 2020 !

Hugh Johnson

Le livre consacre ensuite quelques pages aux cépages. Voici deux définitions, joliment vintage:

Folle-Blanche: troisième raisin blanc de France, il ne donne jamais de bon vin. Beaucoup d’acidité et peu d’arôme le rendent idéal pour la fabrication du Cognac.

Carignan: de loin le raisin le plus courant de France, où il couvre des milliers d’hectares. Prolifique, il donne un vin sans attrait. Cultivé également en Afrique du Nord, Espagne et Californie.

Et quelques définitions croquignolettes:

Chianti: vin vif de Florence. Frais, mais avec un fruité chaleureux, jeune; vendu dans sa fiasque couverte de paille. Vieillit modérément.

Nebbiolo d’Alba: ressemble à un Barolo léger. Souvent bon. Le Barolo qui n’atteint pas ses 12% est vendu sous ce nom. Il a ses adeptes.

Nature: vin non chaptalisé. En Champagne, vin non champagnisé.

Saint-Péray: blanc plutôt lourd, au sud de Cornas. Une grande partie de la production est transformée en « mousseux ». Ne dépasse pas le stade de la curiosité.

A vrai dire, le plus interpellant est que bien des informations reprises dans cet ouvrage font encore sens 40 ans plus tard. Tout change mais rien ne change…