Catégories
dégustation

Compte-rendu 100% italien

Je prends vos commandes jusqu’au mardi 01 septembre inclus, de préférence via le magasin.

Anthocyane on the road a rencontré ce 29 août un joli succès de foule. Enfin, « foule » est légèrement exagéré, mais il y avait du monde et j’ai vu beaucoup de sourires, un assemblage d’habitués et de « locaux », ceux-ci séduits par une proximité géographique. Notre hôte d’un jour a joué un rôle essentiel dans cette réussite et je l’en remercie vivement.

Nous avons donc exploré en profondeur l’Italie septentrionale (Piémont, Lombardie et Vénétie): 15 vins, 2 couleurs, 7 cépages et 8 domaines.

Les commentaires ci-dessous sont un condensé de ma dégustation « solo » à l’ouverture des bouteilles samedi matin et des conversations pendant la dégustation. Bien sûr, ils n’engagent que moi. Je tente d’objectiver, mais je suis conscient de la difficulté de cette tâche: ma subjectivité, mes goûts et mon histoire personnelle influencent forcément ce qui suit.

Les vins sont commentés ci-dessous dans l’ordre où ils ont été proposés à la dégustation.

Je pense que vous ferez de meilleurs achats si vous combinez les fiches individuelles de chaque vin dégusté avec les commentaires ci-dessous. Bonne lecture !

Les vins blancs
  • Suavia, Massifitti 2022: démarrage sur les chapeaux de roue, avec ce vin appétissant, ouvert, exubérant, fruité et floral. Le terroir volcanique s’exprime d’abord dans un registre souriant et direct. Progressivement la minéralité apparaît: un vin avec plusieurs couches, à découvrir successivement, sans hâte. Lui donner du temps dans le verre récompense le dégustateur.
  • Suavia, Monte Carbonare 2023: comparaison très instructive avec Massifitti, élaboré par le même Domaine. Quelques kilomètres séparent les parcelles. Ici, le nez est plus réservé, presque introverti. Mais la bouche exprime la minéralité du terroir volcanique avec intensité et détermination. Des agrumes type orange complètent le panorama. Pas de préférence nette exprimée par les participants entre les deux premiers vins.
  • Vietti, Derthona 2023: vin « extraterrestre » si on le compare aux autres blancs piémontais. Plein et dense. Elevage discret. Ensemble le cépage timorasso et le terroir calcaire du village de Monleale font des miracles. Forte minéralité caillouteuse. Légère tannicité en finale. Il prouve sa valeur en l’évaluant après plusieurs gorgées. Ne pas se précipiter, en garder l’une ou l’autre bouteille pour plus tard, dans 5 ans par exemple.
Les vins rouges, LA transition
  • Speri, Valpolicella Classico 2025: d’expérience, le passage du blanc au rouge mérite d’être organisé avec discernement pour éviter le choc de l’effet de séquence. Ce vin léger, aérien, charmant, pouvant se servir frais cumule les qualités du vin blanc et du vin rouge: désaltérant, polyvalent, sans tannins. Couleur peu dense, infusion délicate et pourtant … du goût ! Les rendements sont maîtrisés, la vinification est effectuée par l’équipe qui crée l’Amarone (voir ci-dessous).
Les vins rouges, cepage barbera
  • Accornero Giulin 2023: ma petite déception du jour. Peut-être une bouteille légèrement défectueuse. J’aurais dû en emmener une autre. Vin voluptueux, rond et confortable. Malheureusement la bouteille dégustée m’a semblé également un peu rustique et dominée par son alcool. A revoir.
  • La Cà Növa di Rocca 2024: champion du nebbiolo (voir ci-dessous), ce domaine brille également avec le cépage barbera. Beaucoup d’élégance, de finesse et de fraîcheur. C’est la version « cérébrale » du cépage combinée à la patte typique du domaine. Le plaisir offert par un équilibre de haute volée jusqu’à la finale nette et longue qui signe un vin digne d’éloges. Si vous préférez la version « sensuelle » du cépage, optez pour le suivant.
  • Francesco Rinaldi 2023: un grand classique dans la gamme d’Anthocyane, depuis de longues années. L’empire du fruit et de la rondeur succulente. Le plaisir qui génère instantanément le sourire et l’envie du verre suivant. Et cette vivacité qui protège le dégustateur de toute fatigue. Stock disponible presqu’épuisé !
Les vins rouges, cepage Nebbiolo
  • Mamete Prevostini Botonero 2024: comme une transition entre la barbera et le nebbiolo. Ce vin de couleur très pâle, présente un nez ouvert et fin, plus floral que fruité. Bouche en dentelle qui se clôt sur les premiers tannins rencontrés pendant cette dégustation. Tannins inhérents au cépage, mais extraits ici avec beaucoup de retenue. C’est délicieux et original.
  • La Cà Növa di Rocca, Langhe Nebbiolo 2024: on attaque « l’escalier de la qualité » via le vin de jeunes vignes. Couleur pâle (sans surprise), nez ouvert, appétissant et profond. Bouche savoureuse qui arrive en finale aux tannins qui demandent à se fondre. Ce vin est très bon, mais il subit de plein fouet la concurrence des deux suivants: c’est le principe de l’escalier !
  • La Cà Növa di Rocca, Barbaresco 2023: appellation prestigieuse, vin à la hauteur de son appellation. La marche suivante sur l’escalier. Nez d’anthologie, avec de la rose et du goudron. A la fois aérien et terrien. Jus intense et savoureux, avec des tannins déjà très bien intégrés. Barbaresco plus facile à goûter en vin jeune que Barolo, l’appellation-sœur. Excellent rapport Q/P.
  • La Cà Növa di Rocca, Montefico 2023: un cru célèbre au sein de l’appellation Barbaresco. La marche suivante sur l’escalier. Quintessence de nebbiolo. Extrême finesse et transparence: élevage imperceptible, le vin sonne comme s’il s’était fait tout seul. Salivant et salin. Tannins de grande qualité. Peut s’apprécier maintenant, demain, dans 10 ans et plus. Excellent rapport Q/P.
  • Convento San Lorenzo, De Le Mur 2022: toujours le cépage nebbiolo, mais très différent des trois vins précédents. Le style alpin ? Le style lombard ? Couleur assez pâle. Nez voluptueux, bouche riche avec de la chair, texture soyeuse, moins de tannins perçus, un peu plus d’alcool perçu. Les angles sont finement limés et arrondis. Plaira (beaucoup) à ceux qui craignent les tannins du nebbiolo piémontais.
  • Convento San Lorenzo, Le Clos 2021: la version ultimate du précédent. Très floral. Bouche salivante, intense et longue. Beaucoup de matière, puissant. Tannins parfaitement intégrés, faciles d’approche. Le luxe dans ce qu’il a de plus positif.
Les vins rouges, cepages Corvina & Rondinella
  • Speri, Sant’ Urbano 2022: couleur assez pâle (sans les nuances orangées du nebbiolo). Nez puissamment fruité, comme le raisin qui vous explose au visage. Bouche intense, sensuelle et équilibrée, en ligne avec le style habituel du Domaine qui se refuse à faire du « encore plus, encore plus ». Tout excès est banni, ce qui garantit la « buvabilité du vin », malgré le processus d’élaboration, à base de raisins séchés pendant un mois, avant fermentation.
  • Speri, Amarone della Valpolicella 2020: couleur plus soutenue, nez en délicatesse, réservé (rare et précieux pour un Amarone). Alcool maîtrisé à 15%, malgré la concentration offerte par les raisins séchés pendant plus de trois mois. Quelques tannins intégrés dans la chair de ce monument. Fraîcheur magistrale de la finale. Speri séduit encore une fois par sa capacité à exprimer pleinement l’Amarone sans les excès qui conduisent bien des domaines à proposer des vins à 16%, voire 16,5% (qui sait 17%). Cela fait une sacrée différence !
MA CONCLUSION

Montrer la grande diversité offerte par les vins du nord de l’Italie: pari gagné ! Un dégustateur a affirmé que « c’est la plus belle dégustation de vins italiens à laquelle j’ai participé »: très touché par ce commentaire très sympathique !

Regrouper les vins par cépage était judicieux pour mettre en évidence les nuances subtiles et les franches différences.

La température de service des vins aurait mérité deux degrés de moins, ce qui aurait conféré un surcroît d’énergie à tous les vins rouges, en particulier les barbera et les vins de Vénétie.

PS: pas un seul bout de phrase de ce compte-rendu n’a été rédigé via l’IA. Chaque mot a été pondu par moi-même ce dimanche matin. Les éventuelles omissions, erreurs et bêtises sont donc de mon cru.

Je prends vos commandes jusqu’au mardi 01 septembre inclus, de préférence via le magasin.

Si vous préférez me transmettre un e-mail avec votre commande, c’est bon ôssi. Soyez précis dans la description des vins qui vous intéressent.

Catégories
dégustation offre

Alors, et cette dégustation ?

Dégustation du 23 novembre: le compte-rendu

Paires, duels et binômes, ce thème avait pour objectif de proposer une série de comparaisons: deux cuvées d’un même Domaine, deux cuvées d’une appellation identique, deux vins originaires de la même région, deux vins partageant le même cépage, etc…

15 vins sur le bar …et une surprise pour clore la fête (j’y reviens en fin d’article).

Je prends vos commandes jusqu’à ce mardi soir, 25 novembre. Accès direct aux vins de cette dégustation. Les bouteilles seront mises à votre disposition pendant la première quinzaine de décembre.

Ci-dessous ce qui m’a particulièrement frappé pendant la dégustation: les fiches individuelles consacrées à chaque vin fournissent encore beaucoup plus d’information.

On y va:

Vins blancs: domaine Barbadillo, Andalousie, deux vins du cépage palomino (mais ce ne sont pas des sherries !).

Sabalo est la version épurée, sans trace d’élevage, tout en délicatesse de ce cépage méconnu (c’est avec le palomino que l’on élabore la plupart des sherries, mais qui le sait ?). C’est original mais civilisé. Aucune trace oxydative (ce n’est vraiment pas un sherry !). Prix très sympathique.

On compare avec Patinegro, une version plus concentrée et plus profonde de ce cépage, avec cette fois un élevage en tonneaux ayant contenu précédemment un sherry de type manzanilla. Cela contribue à rendre ce vin plus complexe, très légèrement marqué par cet élevage spécial. Comme si on avait ajouté trois gouttes de sherry dans votre verre.

L’Andalousie connaît un renouveau de son offre grâce au dynamisme de ses vignerons qui continuent à élaborer de magnifiques sherries (Jerez en espagnol), mais qui proposent maintenait des vins rouges secs et des vins blancs secs comme les deux exemples ci-dessus.

Vins blancs: le sauvignon, la version autrichienne et la version sancerroise

Le sauvignon autrichien vient de Styrie, au sud du pays, tout près de la frontière slovène. Le Domaine, c’est Wohlmuth, ce qui se fait de mieux dans la région. On l’ignore allègrement, mais cette Styrie est le deuxième paradis du sauvignon: ici ce cépage est roi ! La cuvée s’appelle Phyllit (c’est un petit nom géologique). C’est un magnifique exemple des caractéristiques du cépage. C’est un archétype pour apprendre et comprendre ce cépage.

En face de lui, la cuvée Tradition du Domaine Gérard Boulay à Chavignol, un grand nom du Sancerre. Le vin est jeune, encore sur la réserve, moins marqué par le cépage, comme toujours chez Boulay. Néanmoins, ça se goûte déjà fort bien, avec de l’élégance et de la profondeur. Idéalement, donnez-lui deux ans avant tire-bouchonnage, votre patience sera récompensée !

Vins blancs: l’Espagne atlantique, albariño de Galice en deux versions

Comparaison très intéressante entre deux Domaines de haute réputation: Forjas del Salnès (Leirana) et Pazo Señorans. Il doit y avoir 5 ou 10 kilomètres entre les deux Domaines et les deux vins sont élaborés avec 100% d’albarino. Les sucres du jus de raisin se fermentent en alcool, mais une autre transformation peut influencer fortement le résultat: la conversion malolactique, autrement la dégradation de l’acide malique (c’est celui de la pomme) en acide lactique, plus faible. Cette conversion est réalisée (Pazo Señorans) ou pas (Leirana). Conséquence: Leirana propose un profil vertical, minéral et acidulé; Pazo Señorans propose par contre de la rondeur, du gras et une acidité plus discrète. A vous de choisir !

Vin blanc: du volcan en bouteille, première étape

Direction les Îles Canaries pour se frotter à un vin qui ne peut cacher son origine, océanique et profondément volcanique: Ce Benje créé par le quatuor Envinate est typique, il sent la mer, il goûte la mer. Une expérience ! C’est évidemment un vin hors sentiers battus, mais il conserve un côté relativement civilisé: je connais des vins canariens plus extrêmes…

Vins rouges: deux profils originaux à petit prix

Bon, d’accord, le duo est un peu tiré par les cheveux. Le Ermita de San Lorenzo est une curiosité en provenance de l’Aragon, province espagnole coincée entre Navarre, Catalogne, Castille et Pyrénées. Très long élevage en tonneaux (c’est un millésime 2020) qui adoucit les tannins jusqu’à leur donner une expression soyeuse. On se rapproche du style « à l’ancienne » pratiqué par exemple en appellation Rioja (Lopez de Heredia). Assemblage peu fréquent: grenache et cabernet sauvignon.

En face, c’est la Calabre, dans le sud de la botte italienne. L’appellation Ciro et le cépage gaglioppo sont emblématiques de la région. Ce Liber Pater du Domaine Ippolito affiche peu de couleur et un nez friand de cerise. Si vous craignez un alcool dominant, …c’est que vous ne me connaissez pas bien ! Ce vin est construit sur son fruit, sa fraîcheur et ses tannins.

Vins rouges: Raul Perez, le magicien de Bierzo (et de la mencia)

Nous avons goûté la cuvée d’entrée de gamme (El Castro de Valtuille) ainsi que la cuvée « village » (Valtuille) du même Domaine, chez Raul Perez, œnologue à forte notoriété (et à longue barbe). Nous avons négligé les cuvées parcellaires, certes célèbres mais facturées allègrement au-delà des € 100 par bouteille de 75 cl. Gloups. El Castro est un vin robuste, puissant, fruité que l’on pourrait résumer en le qualifiant de « deuxième vin » de Valtuille. Le tri se fait à la vendange entre ce qui va aller dans Valtuille et ce qui se retrouve dans ce El Castro, proposé à un prix qui défie toute concurrence !

On se dit peut-être que la cuvée « village » sera encore plus puissante, …mais pas du tout ! Cette cuvée se caractérise par son raffinement, son velouté et sa finesse. Valtuille est un très bel exemple de ce que le cépage mencia peut donner. La différence de prix avec El Castro me semble tout-à-fait justifiée.

Vins rouges: le Rhône Sud, de Cairanne jusqu’à Lirac

Deux nouveaux Domaines dans la gamme d’Anthocyane: Brusset à Gigondas et Marcoux à Châteauneuf-du-Pape. J’ai retenu le Cairanne Vieilles Vignes de Brusset pour sa capacité à conjuguer la volupté de la matière et l’absence d’un alcool excessif. C’est un vin souple, riche, avec une finale qui se tient très bien et des tannins fondus. On est en plein dans le Sud mais sans la fatigue qui peut caractériser les vins avec un alcool important.

Le Lirac de Marcoux propose un tout autre regard sur la même région: ici tout est élégance et concentration. Moins voluptueux et plus concentré. Moins riche et plus tannique. Je suggère soit l’usage de la carafe soit de faire preuve de deux ans de patience. A l’aveugle, m’aurait on annoncé qu’il s’agit d’un Châteauneuf du Pape, je l’aurais cru. Vin noble, sérieux, qui vole très haut.

Vin rouge: Le sourire de la barbera de chez Rinaldi

Tout qui suit les activités d’Anthocyane connait la Barbera d’Alba de Francesco Rinaldi (aujourd’hui remplacé par ses filles). Franchement, je ne connais personne qui n’aime pas ce vin, millésime après millésime. Beaucoup de fruit, une belle fraîcheur « à l’italienne », peu de tannins et un alcool très bien maîtrisé. Potion quasi magique qui garantit le sourire sur le visage du dégustateur, l’expert comme le profane.

Vin rouge: du volcan en bouteille, seconde étape

La paire enfin constituée: nous avons goûté le blanc, voici le rouge. Peu de couleur (c’est absolument normal), nez ouvert et affriolant, notes fumées et minérales. Avant de goûter, on se dit que la bouche sera riche et puissante. Or non: élégance, intensité, salinité salivante. Peu de tannins, ce vin passe en subtilité.

Comme annoncé, une surprise …

J’étais intéressé de connaître l’opinion des dégustateurs par rapport à un Porto de la Quinta Romaneira. Arômes de framboise, douceur joyeuse, pas de lourdeur alcoolique (malgré le mutage à 19,50%). C’est un Porto fruité, direct, destiné à une dégustation maintenant et dans l’année qui vient. Bien sûr, c’est un vin doux. La bouteille ouverte, si elle est refermée avec son bouchon et conservée au réfrigérateur, peut tenir pendant une ou deux semaines. Peut se servir à l’apéro (ce que je déconseille en général avec le Porto), très bien adapté aux desserts aux fruits rouges et noirs. Ou un dessert en soi. Prix très intéressant.

Vu l’enthousiasme du public présent, c’est décidé, ce vin rejoint la gamme ! Il est disponible ici.

Je prends vos commandes jusqu’à ce mardi soir, 25 novembre. Accès direct aux vins de cette dégustation. Les bouteilles seront mises à votre disposition pendant la première quinzaine de décembre.

Catégories
dégustation

Le caprice des deux

« Mais, Philippe, quel thème original et pertinent et joli et appétissant pour ta dégustation de septembre ! Comment résister à l’appel de ton caprice des deux ? »

Merci, merci, c’est trop d’honneur. Ce sont juste quelques bouteilles de vin, proposées par paires: deux fois le même vigneron ou deux fois le même village ou deux fois le même cépage. On ira du sud de la Bourgogne jusqu’au nord de l’Italie, en passant par une vallée d’Autriche, par le Jura, le Beaujolais et le Rhône. Sept étapes. Syrah, riesling, barbera, gamay, nebbiolo, chardonnay, aligoté et un intriguant assemblage …inédit !

La dégustation a lieu le samedi 24 septembre, entre 10 et 18 heures, à l’adresse habituelle. S’il fait beau, la terrasse sera prête à vous accueillir.

Vos commandes doivent me parvenir, de préférence via le magasin, au plus tard le mardi 27 septembre. Les vins seront mis à votre disposition pendant la première quinzaine d’octobre.

Nicolas Maillet: deux vins du millésime 2020

L’aligoté a longtemps été vilipendé: trop acide, trop fluet, un cépage qui gagnerait à être amélioré par une larme de crème de cassis. Les choses ont bien changé. La Bourgogne compte aujourd’hui une appellation entièrement dédiée à ce cépage (Bouzeron, en Côte chalonnaise). Plusieurs vignerons de la Côte d’Or proposent différents aligotés, parfois parcellaires (exemple: Sylvain Pataille à Marsannay). Ce cépage connait un renouveau assez spectaculaire.

Rendez-vous avec Nicolas Maillet, un vigneron qui a décidé de se passer de bois pour ses vins blancs. En Bourgogne, voilà une décision aussi rare que courageuse. C’est une façon de remettre en cause les habitudes et les évidences qui conduit à élaborer des vins au profil marqué: tension, verticalité et minéralité, sans l’arrondissement apporté par le fût.

Autriche: deux rieslings du Kamptal

650 mètres. Voilà la distance qui sépare le Domaine Hiedler du Domaine Jurtschitsch. Une promenade de 9 minutes pour passer d’un riesling 2021 Langenlois à …un autre riesling 2021 Langenlois. Ces deux vins sont élaborés avec des raisins provenant de diverses parcelles, toutes situées dans le village de Langenlois. Ce village constitue le cœur de la région nommée Kamptal (« vallée du Kamp »): le Kamp est un affluent du Danube dans lequel il se jette en amont de Vienne. Le Kamptal est devenu célèbre grâce à Willi Bründlmayer, vigneron iconique (…ça y est, j’emploie du vocabulaire pour Instagram…) et spécialiste tant du riesling que du grüner veltliner.

Une comparaison fascinante entre citron, pamplemousse, pêche et abricot.

Pignier: deux Côtes du Jura « ouillés »

Pour éviter tout éventuel malentendu: ces deux vins sont profondément jurassiens, mais pas de style oxydatif: il s’agit de vinifications classiques, à la bourguignonne. Les vins sont décrits par le qualificatif « ouillé » (le vinificateur protège le vin de l’action de l’oxygène pendant son élevage). Donc, ni curry, ni noix.

Par coïncidence, j’ai ouvert très récemment une bouteille de la cuvée « A la Percenette » en millésime 2012 (NB: cette cuvée a cessé d’exister avec le millésime 2018: les raisins font aujourd’hui partie de La Reculée). Eh bien, ce 2012 était en pleine forme ! Et il était encore franchement meilleur 24 heures après avoir été ouvert.

La cuvée GPS est habituellement un assemblage de trois cépages. Cette fois, un quatrième cépage participe à la fête: du trousseau, vinifié en blanc. Ce vin est 100% sans sulfites ajoutés, ce qui le qualifie pour faire partie de la catégorie des vins dit nature. En dégustation, il est impossible de se rendre compte de cette caractéristique …et c’est très bien comme ça !

Deux Crus du Beaujolais: Fleurie face à Morgon

Lorsqu’on quitte le village de Fleurie par le sud, on arrive rapidement sur le territoire du Morgon (directement ou via Chiroubles): cinq kilomètres pour passer du Clos de la Roilette au Domaine Marcel Lapierre. Les crus du Beaujolais, c’est gamay, gamay et encore gamay. Voici pourtant deux expressions très différentes de ce cépage: structure et densité à La Roilette, fruit et sensualité chez Lapierre. La comparaison est franche puisqu’il s’agit du même millésime.

Prevostini: deux nebbiolo des Alpes

La Valtellina: paysage alpin et enchanteur, entre le lac de Côme et la frontière suisse. C’est la Lombardie d’altitude, la deuxième patrie du cépage nebbiolo. Je vous propose de comparer la cuvée d’entrée de gamme Botonero (assemblages de diverses parcelles) avec un cru, à savoir le cru Grumello.

Comme nous sommes en terrain peu connu, précisons le vocabulaire: Grumello est donc un lieu-dit, comme le cru Inferno et le cru Sassella. Plusieurs vignerons proposent des vins issus de ces différents crus. Par contre, Garof est le nom de la cuvée proposée uniquement par le vigneron Mamete Prevostini, élaborée avec des raisins en provenance du cru Grumello.

Mamete Prevostini: la nouvelle cave de vinification et d’élevage

Beaucoup d’attention est portée aux aspects environnementaux: la nouvelle cave de vinification (construite en 2014) est certifiée en tant que bâtiment extrêmement peu consommateur d’énergie. Les raisins vendangés arrivent par le haut, la vinification se fait au premier étage et l’élevage au rez-de-chaussée: aucun pompage, tout se passe par gravitation.

Piémont: deux barbera sensuelles

On voyage entre appellations, de Barbera del Monferrato jusqu’en Barbera d’Alba. Balade en Piémont, sans passer par la case Turin.

Le meilleur trajet ? Via Asti et Alba. Nous sommes gâtés.

D’une certaine façon, le cépage barbera pourrait jouer le rôle de l’antithèse du cépage nebbiolo. Place ici à la volupté, à la sensualité et au réconfort. Attention, on ne tombe pas dans la décadence rococo, ni dans la débauche alcoolique ! A côté d’un fruit rond, joufflu, charnu, savoureux, nos amis vignerons ont conservé une acidité rafraîchissante et tonique qui assure l’équilibre de ces deux vins.

Matthieu Barret: deux expressions du millésime 2020

Nous comparons l’étonnant Côtes du Rhône No Wine’s Land au prestigieux Cornas. Ce No Wine’s Land porte bien son nom puisqu’il provient d’une parcelle en appellation Côtes du Rhône, coincée entre Cornas et St-Joseph. Ni Cornas, ni St-Joseph, cette parcelle est d’autant plus spéciale que sa géologie est inhabituelle: calcaire et non granitique, comme c’est l’habitude à peu près partout en Rhône nord.

le village de Cornas

Matthieu fait partie d’un petit groupe de vignerons qui ont dépoussiéré l’appellation Cornas. La version de Matthieu est beaucoup plus fruitée, susceptible d’être appréciée assez jeune et dénuée de toute forme de rusticité. C’est un Cornas souriant et enjôleur ! Cette bonne humeur communicative ne remet en cause ni sa capacité à vieillir avec grâce, ni l’intensité de sa matière.

Conclusion subjective: ce caprice des deux me semble de nature à réjouir l’amateur. Je l’ai en tous cas conçu comme cela.

La plupart d’entre nous aiment comparer. On compare -consciemment ou inconsciemment-, avec un vin goûté autrefois. Avec le souvenir idéalisé d’un vin d’autrefois. Avec notre mémoire qui s’amuse comme une folle à nous faire croire qu’elle est fidèle.

Venez comparer, échanger, partager.

Catégories
dégustation

Moments magiques

J’ai goûté à quelques minutes d’intervalle les deux doublettes ci-dessous. Le Piémont d’abord, la Corse ensuite.

Moments magiques.

Vietti est un célèbre producteur de Barolo (100% nebbiolo), mais il se débrouille aussi bien avec l’autre grand cépage rouge du Piémont, la barbera. Les 2019 volent vraiment très haut. La version classique de Vigna Scarrone (c’est-à-dire jeunes vignes, enfin, tout est relatif, elles ont été plantées il y a 30 ans) donne instantanément le sourire, la bouche est charmeuse, aussi pleine que précise, équipée de gentils petits tannins. Pas la moindre sensation d’un alcool excessivement chaleureux (malgré 15%). La parfaite incarnation du cépage.

Le village de Castiglione Falletto: c’est chez Vietti.

La version issue des vignes âgées de 90 ans, Vigna Vecchia Scarrone, est extraordinaire. Nez ensorcelant, floral et encens. Enorme finesse (ce n’est ni plus riche, ni plus puissant que la version classique), tannins plus présents. On a quitté le cépage pour arriver dans le terroir de Barolo. Les vieilles vignes transmettent le sol. Fermons les yeux, est-ce vraiment de la barbera ou serait-ce plutôt du nebbiolo camouflé ?

Fascinant !

Vaccelli est un domaine de l’ouest de la Corse qui brûle les étapes: créé en 1961, encore peu connu il y a dix ans, il porte aujourd’hui vaillamment ses deux étoiles dans le guide de la RVF. Pour ce millésime 2018, les vins sont vendus sous appellation Ajaccio.

La cuvée Unu, considérée comme une entrée de gamme, est néanmoins impressionnante par sa capacité à conjuguer puissance et finesse, typicité sudiste et fraîcheur. Très peu de couleur (sans doute 100% sciaccarellu, mais je n’en suis pas certain), très peu de tannins, finale serrée et tendue. Quelque chose d’aérien.

Cognocoli-Monticchi: c’est chez Vaccelli.

Que dire alors de la cuvée Granit ? Couleur très pâle (vraiment très pâle), nez d’un autre monde, hors du champ habituel du vin rouge. Extrême finesse et grande longueur, épicé, pas fruité. Intense et aérien (en néerlandais, je dirais gewichtloos). Fines nuances oxydatives qui pourraient évoquer le Porto Tawny (mais où va-t-il le chercher ?).

Fascinant !

Catégories
domaine rouge

Cavallotto, Barbera d’Alba, 2008

Contre-étiquette d’une rare précision, la traduction étant de mon cru:

Elaboré avec le cépage barbera, provenant à 100% du vignoble Cuculo, propriété de la famille Cavallotto, situé dans la commune de Castiglione Falletto, au lieu-dit Bricco Boschis. Vignoble d’une superficie de 1,86 hectare, 8.928 ceps, les vignes étant en moyenne âgées de 45 ans. Coteaux d’exposition Ouest et Sud-Ouest. Altitude comprise entre 250 et 310 mètres. Production de 12.400 bouteilles, en moyenne annuelle.

J’ai servi ce Barbera d’Alba 2008 légèrement rafraîchi pour prendre en compte un degré d’alcool de 14%. Quel beau vin ! La robe est jeune, sans nuances orangées. Au nez, je perçois en particulier des parfums qui évoquent le jambon fumé: à l’aveugle, j’aurais peut-être parié sur une syrah. Les différents éléments constitutifs de ce vin sont en harmonie, fondus, intégrés les uns aux autres. Difficile alors d’analyser séparément les tannins, la fraîcheur acide, la douceur de l’alcool. Ce qui me frappe, c’est une « union qui fait la force ».

L’élevage de ce vin a été effectué, pendant +/- 24 mois, en « botti di rovere », foudres de grande contenance: pas de barriques !

Le site Internet du Domaine affiche une carte du vignoble: le vignoble del Cuculo s’y colore de vert prairie. Cette carte me rappelle le voyage pendant lequel cette bouteille a été achetée. Je me souviens en particulier de la vue extraordinaire, depuis la terrasse de la cantina, sur le vignoble du Domaine Cavallotto: un magnifique amphithéâtre de vignes, à l’esthétique émouvante.

village de Castiglione Falletto

Bouteille achetée au Domaine, au printemps 2012, pour € 16. Cela vaut largement son prix.