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Domaine Les Bosquets à Gigondas

La grande dégustation du millésime 2023

« A la manière d’un sportif de haut niveau qu’il a été, Julien Bréchet appréhende chaque millésime en mouvement, de la remise en question des procédés aux ajustements des élevages. Tous les vins gagnent en précision et en qualité. Dans son domaine installé sur plusieurs terrasses de Gigondas, il a défini plusieurs cuvées parcellaires qui chacune expriment avec une grande singularité les sols et les cépages des lieux : les vieux grenaches du Lieu-Dit ou de La Colline, les syrahs et serines des Roches et des Routes, les mourvèdres du Plateau, etc… Contrairement à l’idée reçue d’une appellation produisant des vins puissants et généreux, la finesse et le soyeux des tannins sont ici toujours remarquables

Source : le Guide Bettane & Desseauve édition 2026, ****

La troisième séance du Cercle de la Fleur Bleue s’est tenue en ce lundi 15 décembre; elle a été entièrement consacrée à la dégustation du millésime 2023 des vins du Domaine Les Bosquets à Gigondas.

J’ai la chance de connaître ces vins depuis le millésime 2019: je me souviens fort bien du choc ressenti pendant la première dégustation du Gigondas Les Roches. Une émotion, une perception immédiate d’être envahi par un vin qui se positionne au-delà des épithètes enthousiastes habituels, au-delà d’une analyse qui serait purement rationnelle.

Un moment précieux, comme suspendu. Une évidence immobile et silencieuse. L’impression sereine d’être arrivé.

Bon, après cette expérience paranormale, je me suis secoué pour revenir à la réalité et confirmer que l’on peut trouver ici des vins qui cochent toutes les cases: intensité, équilibre, persistance, complexité et spécificité. C’est de la haute couture.

Démonstration en huit vins. Le Petit Vin des Bosquets 2023 (assemblage de jeunes vignes), Hauts Lieux 2023 (assemblage de parcelles calcaires), Le Lieu-Dit 2023 (grenache sur sable), La Colline 2023 (grenache sur calcaire), le Châteauneuf-du-Pape Le Castellas 2023 (grenache sur grès), Les Roches 2023 (syrah sur calcaire), les Routes 2023 (syrah sur argile et sable) et Jasio (rosé) en millésime 2024.

Le Plateau 2023, 85% mourvèdre et très tannique à ce stade de son développement, n’a pas été goûté. Un 2021, goûté très récemment, est déjà plus abordable.

La gamme complète comporte une quinzaine de références: vins blancs, terroirs sur Séguret et sur Beaumes de Venise, etc…

La cuvée Hauts Lieux s’appelait auparavant Réserve, sauf que Hauts Lieux est à 100% issue de 14 parcelles calcaires en altitude, alors qu’il y avait aussi quelques parcelles sur sable dans la version Réserve.

Le Domaine est en bio depuis 2019. Il pratique la biodynamie depuis plusieurs années et se lance dans une conversion biodynamique certifiée avec Biodyvin.

Comment résumer une dégustation en quelques mots pertinents ?

D’abord: les avis étaient partagés. Il y aurait comme un « camp sensuel » qui préfère Le Lieu Dit et Les Routes et un « camp cérébral » qui est plus sensible à La Colline et à Les Roches. Si vous êtes touchés par le soyeux des textures, la finesse et la complexité des arômes, choisissez plutôt l’option Lieu Dit/Routes; si vous êtes plus sensibles à l’énergie du vin, à sa minéralité, optez pour Colline/Roches. Risquons une autre façon de décrire ces vins: Lieu Dit/Routes c’est cap au sud, Colline/Roches c’est cap au nord.

La comparaison a mis en évidence à quel point un lieu peut influencer le contenu d’une bouteille: même cépage, même vigneron, même millésime …et pourtant le sable d’un côté, le calcaire de l’autre, la différence est frappante, presqu’évidente.

Le Gigondas Hauts Lieux et le Châteauneuf du Pape Le Castellas constituent des points d’équilibre: une pincée de sud sensuel et une pincée de nord cérébral.

Alors que Gigondas -et d’autres appellations du Rhône sud- trainent une réputation alcooleuse et trop boisée, les vins des Bosquets, malgré des degrés élevés, ne sont en aucun cas déformés par la chaleur de l’alcool. La finesse des tannins est évidente, quel que soit le terroir. Le boisé souligne, il ne domine jamais.

Ces vins méritent d’être évalués en plusieurs phases: le nez évolue, ce qui semblait simple se complexifie, ce qui semblait acquis s’avère …différent. La bouche évolue, rien n’est définitif, il suffit d’être patient pour que de nouvelles sensations pointent le bout de leur nez.

Ceci n’engage que moi: Les Bosquets proposent aujourd’hui des vins au sommet de leur appellation et au sommet des vins du sud de la France. Je les suis depuis 2019 et ils ne m’ont jamais déçus. Ils ont une histoire à raconter, ils ne suscitent jamais l’indifférence, ils alimentent la conversation.

N’oublions pas que ces 2023 sont des bébés et qu’un peu de temps en cave leur sera très profitable.

Quelques flacons ? On peut commander (y compris Le Plateau) jusqu’à ce vendredi 19 décembre inclus.

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Et voici les Gigondas BLANCS !

Article rédigé par Bernard Arnould, client chez Anthocyane et journaliste-vin depuis 1992.

Tout amateur de vins du Rhône est familier avec l’appellation Gigondas et ses rouges historiquement riches et denses. Le grenache noir occupe une place de choix sur les quelques 1.200 hectares en plantation. Alors qu’elle fête en 2025 les 55 ans de son accession au statut de cru, l’appellation du nord du Vaucluse, se déguste désormais aussi en blanc depuis le millésime 2023.

Le terroir à blancs de Gigondas

Des terrasses alluviales au sol sablo-argileux s’étendent sur un vaste plateau jusqu’aux contreforts des Dentelles de Montmirail. Leur grande perméabilité permet un assèchement aisé du sol en cas de pluie, évènement devenu plutôt rare il est vrai… Au-dessus, sur les pentes et les coteaux grimpant jusqu’à 400 m, les vignobles en terrasses s’étendent sur des sols marno-calcaires. Georges Truc, renommé géologue rhodanien, explique que là-haut, des sols avec éboulis et colluvions calcaires posés sur des marnes conviennent particulièrement bien pour faire du blanc. En particulier grâce à …

La clairette blanche

… un cépage typiquement méridional, probablement originaire de l’Hérault, mentionné dès 1575. C’est une variété rustique très bien adaptée à la sécheresse et aux conditions climatiques méditerranéennes. Elle s’adapte aux sols calcaires, secs et peu fertiles. Ce cépage donne un vin frais salin et acidulé, aux arômes d’amande grillée, de fleurs, de fenouil, de tilleul, d’abricot et de pêche, avec une légère amertume en finale. Le terroir détermine largement le style de la clairette, plus ample et charnue ou plus saline et élancée, sans oublier néanmoins la patte du vigneron. La clairette (je risque le rapprochement !) est le riesling du sud avec sa capacité à exprimer de façon transparente l’identité de son lieu de naissance. Si le cahier de charge de l’AOP autorise d’autres cépages tels les bourboulenc, clairette rose, grenache blanc et gris, marsanne, roussanne et piquepoul blanc à raison de 30% maximum, les cuvées les plus marquées terroirs oscillent entre 100 et 70% de clairette blanche.

Une belle illustration de Gigondas blanc

La Bouïssière est le domaine de Gilles et Thierry Faravel, 2 frères qui ont été rejoints en 2023 par Maéva leur nièce, l’avenir du domaine. 20 ha de superficie produisent 95% de rouges en Gigondas, Vacqueyras et Beaume de Venise. Leur unique hectare de clairette, jeunes et vieilles vignes plantées sur safres, délivre un vin élancé, tout en fraîcheur saline, avec un grain minéral venant chatouiller une matière à la texture onctueuse et aux arômes de fenouil, de fleurs et d’agrumes discrets. Voilà un vin qui associe délicatesse et présence en bouche jusqu’à une finale au noble amer d’amande. Réjouissez-vous, Maéva a l’intention de planter plus de clairette sur « la montagne », comme elle nomme les magnifiques coteaux de 350 à 400 m au sol calcaire sur les contreforts des dentelles de Montmirail. L’adéquation cépage-sol/sous-sol devrait donner à ce futur blanc une énergie peu commune. A suivre donc…

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Julien Bréchet à Gigondas

J’ai pris l’habitude d’écrire. En essayant, avec plus ou moins de bonheur, de raconter ce qui est vrai, sans tomber dans l’explication technique, froide, austère et, pour tout dire, chiante sachant que mon lecteur n’a pas la vocation de devenir un professionnel du vin.

A moi de débroussailler, de ramener le discours à son essence, de repérer l’anecdote pertinente, de faire jaillir l’humain derrière la grappe. A moi de faire la part des choses entre la mode insignifiante et la nouveauté qui mérite d’être connue, voire promue.

Il m’arrive bien souvent de pester face aux sites Internet de vignerons français, manifestement peu concernés par leur image et peu soucieux de partager une information récente qui éclairererait l’amateur curieux.

Alors, soyons beau joueur: il y a des exceptions à ce constat. Des sites Internet qui sentent le réel, le vécu, le ressenti. Des vignerons qui expliquent si bien qu’il serait vain de vouloir les paraphraser.

Je laisse donc très volontiers la parole à Julien Bréchet, vigneron à Gigondas, au Domaine des Bosquets.

J’avais envie d’un site assez personnel, digeste, qui ait du sens. Un site qu’on lit en entier, comme un bouquin.

Ce site est donc pensé comme un propos autour de ce qui fait l’ADN du domaine. Le ton est volontairement intimiste, et sans langue de bois. Il est agrémenté d’anecdotes, de points de vue, de moments marquants, qui ont jalonné notre parcours. Je n’ai pas cherché à rendre les choses différentes de ce qu’elles sont.

J’ai misé sur le fond, pas forcément sur la forme. L’important, ce n’est pas le contenant, c’est ce qu’il y a dedans…

Dans ce bastion rhodanien de l’assemblage, on s’est très vite mis à travailler à la bourguignonne, ce qui peut paraître paradoxal. Le parcellaire est devenu notre vision, l’expression du terroir notre religion. Je n’aime pas l’idée d’une cuvée spéciale. Mélanger les meilleures parcelles pour faire bon n’a aucun intérêt si cela n’a aucun marqueur de terroir, mais ce n’est que mon avis. Faire un vin non reproductible, et unique, là ça m’intéresse…

Mais au début l’idée n’était pas de faire différemment des autres, mais simplement de notre mieux. Et faire de notre mieux, ça nous a conduit à faire différemment. La pierre angulaire des Bosquets, c’est la diversité. Alors on a commencé à tout décortiquer pour comprendre…

On a donc refondu les processus de vinification, avec l’instauration de la vinification parcellaire, la rénovation du chai souterrain pour les élevages, et enfin, en 2016, l’aboutissement de cette pensée avec la création d’un atelier de micro-vinification en plus du chai originel. 7 ans plus tard, on est passé de 1 vin à 6… On explore.

Je reste persuadé que sur une appellation comme Gigondas, on peut faire 1000 vins différents. La diversité est partout. Altitude, orientation, sols, sous-sols, exposition au vent, au soleil, à l’influence des bois, bref… Tout demande d’aborder les choses dans le détail.

On va donc continuer à explorer. Et qui sait, peut être qu’un jour, comme me l’a prédit un immense vigneron des terroirs frais et sablonneux de Châteauneuf-du-pape, quand j’aurai maîtrisé suffisamment tous mes terroirs, je passerai à l’étape de composition, et ne ferai plus qu’un vin…

Au début, mes vins étaient probablement un peu trop extraits, un peu trop mûrs, un peu trop boisés. Un peu trop tout, en fait, mais ils tenaient debout quand même. Ils plaisaient énormément, mais pas pour les bonnes raisons. Ils plaisaient parce qu’ils étaient impressionnants. Ce n’était pas ce que je voulais. Mais à cette époque de mon histoire, ça m’a permis de faire connaitre un peu mieux le domaine, grâce à la presse.

Et puis après 2 ou 3 millésimes, ce qui en ressort, c’est qu’un tout petit geste fait au bon moment peut être extrêmement efficace. Il faut être mesuré et juste. Aux Etats-unis, ils ont un dicton: « Less is more… ». C’est Phil Cotturi, le pape de la viticulture en Sonoma et Napa, qui m’a expliqué ça. Je trouve ça très juste.

C’est un peu comme la musique. Si on l’écoute trop fort, on passe à coté d’énormément de détails. Et quand on baisse un peu le volume, parfois, tout devient plus audible, et on ressent des choses jusque là imperceptibles.

J’espère que ces quelques paragraphes vous donnent envie d’en lire plus. Bonne nouvelle, c’est facile et gratuit. Allez jusque ici et laissez-vous porter par la plume agile et acérée du vigneron. J’ai l’intuition que nous n’avons pas fini d’entendre parler de Julien Bréchet.

Anthocyane vend deux vins élaborés par le Domaine des Bosquets: voir le magasin. De vrais vins du sud (on n’essaye pas de faire passer Gigondas pour la banlieue de Beaune), avec du flair et un équilibre qui ne laisse pas l’alcool jouer au chef d’orchestre. Dans ce coin de France, ce n’est pas si courant.