Archives de catégorie : information

Minéral

Aborder une notion globale comme la minéralité doit nous inviter à interroger quelle(s) modalité(s) sensorielle(s) nous amènent sur ce ressenti global: si un vin est minéral, est-ce à cause de son arôme de pierre à fusil, de sa dimension saline ou bien d’une acidité anguleuse et acérée ?

Pascaline Lepeltier, Mille Vignes, page 282

schistes du Priorat (Catalogne), récoltés en février 2010

Que voilà une bonne question ! En effet, la minéralité semble être un concept légèrement fourre-tout, parfois compris différemment par celui qui l’énonce et par ceux qui l’entendent. En gros, un vin minéral serait évalué positivement en raison même de la présence de cette minéralité.

Donc, plus un vin est minéral, meilleur il est ? Ou recherche-t-on plutôt un équilibre ? Equilibre entre minéral, floral et fruité ? Equilibre entre acide, amer, sucré et salé ? Equilibre entre verticalité et rondeur ?

On distingue parfois les amers minéraux (positifs) des amers liés au passage dans le bois (négatifs) et des amers qui caractériseraient un cépage (la finale légèrement amère associée au vermentino).

Nous essayons, confusément et courageusement, de créer du lien entre ce que nous goûtons dans le verre et le sol (sous-sol) dans lequel poussent les ceps qui sont à l’origine du contenu de ce verre. Cette approche est même au centre de toute dégustation qui se respecte. Nous avons (et moi le premier) le goût du vin volcanique, à la minéralité exacerbée, le goût du caillou après un orage estival, le goût de la coquille d’huître, voire le goût du pétrole et celui de la roche pourrie, …

Mais la géologie, l’hydrologie et la botanique nous regardent faire avec un petit sourire en coin. Humer et goûter le basalte, le granit, tel schiste ou tel calcaire, la dacite (Domaine de la Madone), la serpentinite (Domaine P. Luneau-Papin), la spillite (Le Clos Galerne) et la phyllite (Domaine Wohlmuth), humer et goûter tel sable ou tel grès … Voilà un programme aussi audacieux qu’ambitieux. La science nous invite à la prudence dans la mesure où elle ne met pas en évidence un lien causal clair entre tel sol et telle sensation chez le dégustateur.

L’idée de minéralité s’est imposée en moins de trois décennies comme un concept important de la dégustation autant chez l’amateur que chez un certain nombre de professionnels (plus particulièrement les vignerons, les journalistes et les sommeliers). Pour se répandre de la sorte et rencontrer un tel succès, il est clair qu’elle a une utilité et répond à un besoin.

De manière remarquable, des chercheurs suisses ont justement noté que le premier pic de popularité du terme dans la littérature vinique française avait été atteint en 1994, date du début du déclin de l’usage du mot « terroir« . Ils émettent ainsi l’hypothèse que le premier a peu-à-peu remplacé le second, galvaudé par son usage pour d’autres produits agricoles.

(…)

De même que les termes « buvabilité » et « digestibilité » s’invitent aujourd’hui dans les commentaires, la minéralité est un symptôme d’une prise de conscience: celle de perceptions nouvelles qui n’auraient pu naître sans l’évolution du vin (lien au sol, moindre intervention dans les chais) et celle de notre esthétique, confirmant une fois de plus que le vin transcende la dichotomie nature/culture.

Pascaline Lepeltier, Mille Vignes, page 287

Il ne s’agit en aucun cas de détruite notre jouet préféré, mais plutôt -en faisant preuve d’esprit critique- d’approfondir notre compréhension de ce que nous goûtons. Et d’accepter nos limites.

Mieux tu comprends, mieux ça te goûte (Mademoiselle Beulemans)

Bourgueil …blanc ?

Les appellations Chinon, Saumur et Anjou proposent des vins blancs, élaborés avec le cépage chenin. Rien de surprenant, c’est comme ça depuis la nuit des temps. Par contre, Bourgueil …c’est non: le décret de l’appellation en 1937 n’a autorisé que le rouge.

Or, au 19ème siècle, Bourgueil proposait des vins blancs de chenin. Cela a titillé quelques vignerons à la recherche d’une nouveauté. Le processus a commencé il y a plus de 10 ans, sous la forme de vins blancs portant simplement l’IGP « Val de Loire ». Un exemple parmi d’autres: la cuvée Bâtard-Princesse du Domaine du Domaine Yannick Amirault. Les premières vignes de chenin ont été plantées en 2017 sur le coteau mythique du « Grand Clos », en haut du village de Bourgueil, exposé plein sud. 2.000 bouteilles en millésime 2023.

On estime que 2% du vignoble de Bourgueil est planté en chenin et commercialisé en IGP « Val de Loire ».

Je me souviens d’une visite au Domaine de la Chevalerie, en septembre 2012, pendant laquelle Pierre Caslot, après m’avoir fait goûter une longue série de rouges, m’a emmené dans un petit coin sombre de la cave. Deux petits tonneaux, une pipette, un sourire mystérieux … Eh oui, un chenin sec et un chenin moelleux ! Ce n’était pas proposé à la vente, c’était juste pour le plaisir de partager. 15 ares de chenin, un grand jardin, pas plus.

Il y a quelques jours, les vignerons et vigneronnes de Bourgueil ont voté les contours du vin blanc qu’ils espèrent produire sous leur appellation : un chenin sec à 6 g/l maximum de sucres résiduels, avec interdiction de chaptalisation, au rendement de 55 hl/ha (comme les rouges et rosés), embouteillé après le 15 mars et récolté en vendanges manuelles.

C’est un premier pas. La route est encore longue et semée d’embûches. Mais un Bourgueil blanc 2030 est possible !

Zinfandel !

Je me suis toujours abstenu de commercialiser des vins issus de ce que l’on a l’habitude d’appeler le « Nouveau Monde », comme si la viticulture était évidemment européenne et que les tentatives américaines (océaniennes, africaines) relevaient de l’imitation récente. Or, pourtant…

vigne centenaire, en Californie (Domaine Bedrock)

Nos vignes européennes sont à plus de 99% greffées sur des ceps américains. Sans cette habile manœuvre, le vilain petit phylloxéra aurait tôt fait de détruire la plante et de ruiner le vigneron. Pendant la deuxième moitié du 19ème siècle, le massacre du vignoble européen ne prit fin qu’au moment où un génie dont le nom m’échappe décida de surgreffer les vignes européennes. Attention, la bestiole n’a pas été éradiquée, elle s’est installée en Europe et guette tout relâchement.

En regardant la réalité dans l’autre sens, les vignes américaines ne sont elles greffées sur rien du tout, c’est-à-dire qu’elles sont franches de pied, puisqu’elles résistent naturellement aux attaques du vilain petit phylloxéra dont mention ci-dessus. Le dégustateur a en quelque sorte accès à la vérité du cépage, puisque le filtre du surgreffage n’existe pas.

Venons-en au fait.

Le vin pour lequel je fais exception est un zinfandel élaboré grâce à un vignoble de 4,05 hectares, planté en 1915. Vignes plus que centenaires donc. Terroir majoritairement sableux.

Ce vignoble se situe dans la Mokelumne River, une AVA au sud de Sacramento et donc pas bien loin de San Francisco. AVA ? American Viticultural Area, ce qui correspond à notre IGP (indication géographique protégée). La notion d’appellation d’origine protégée n’existe pas aux Etats-Unis, terre de la liberté d’entreprendre sans paperasserie administrative, ni contraintes possiblement insensées.

Comme le malbec en Argentine, le carménère au Chili et le pinotage en Afrique du Sud, le zinfandel (que l’on trouve en Europe sous le nom primitivo dans le sud de l’Italie et de tribidrag en Croatie), c’est la Californie, c’est le cépage emblématique de la région même s’il y a au moins autant de cabernet sauvignon planté. Pour des raisons purement économiques, on arrache de vieux ceps de zinfandel pour replanter du cabernet sauvignon, plus facile à « valoriser ». Les sous quoi.

Je me souviens de zinfandels californiens d’il y a 20 ans et plus, terriblement chargés en alcool, avec une suavité qui pouvait aller jusqu’à l’écœurement. Pas trop mon truc. Un verre, ça va, deux verres …

Et voici, un peu par hasard, que je plonge le nez et les lèvres dans une cuvée du Domaine Bedrock, à savoir ce Katusha’s Vineyard 2022, 90+ % zinfandel qui se signale par un équilibre sudiste de haut vol: c’est riche bien entendu, mais c’est surtout équilibré, suave et frais, doté d’un grand fruit juteux et de tannins discrets. Cela m’évoque l’élégance des meilleurs Châteauneufs-du-Pape. Si, si, j’ai écrit « élégance ». L’élevage se fait en foudre et en fûts de grande dimension. Très peu de bois neuf.

A l’époque de la plantation de ce vignoble (1915 donc), il n’était pas rare de complanter: il se pourrait que quelques ceps de petite syrah, de carignan, de mourvèdre, de cabernet sauvignon, voire de cépages blancs se soient glissés entre une très large majorité de ceps de zinfandel. D’où ce 90+%.

à droite, Morgan Twain-Peterson; à gauche, Chris Cottrell, son associé

Bedrock, c’est aujourd’hui Morgan Twain Peterson, le vigneron passionné par les vieilles parcelles qu’il souhaite ajouter à son impressionnant trésor de guerre : sa parcelle la plus ancienne date de …1888 ! Morgan est préoccupé par la disparition progressive de ces vielles parcelles qui ont le « défaut » de produire des rendements faibles, voire très faibles. L’éternel conflit entre qualité et quantité. Il a créé, avec quelques autres passionnés, la Historic Vineyard Society qui milite pour la préservation d’un précieux patrimoine. L’association HVS a déjà répertorié des dizaines de parcelles, dont quelques unes datant des années 1870 et 1880. Cerises sur le gâteau, Morgan est Master of Wine depuis 2017 (la distinction suprême dans le monde du vin) et il s’exprime en français.

Ah oui, avant que je n’oublie, je peux vous en fournir quelques bouteilles:

Surréaliste

Anthocyane a le plaisir de proposer les vins du Domaine Joan d’Anguera (Espagne, Catalogne, appellation Montsant) et en particulier la cuvée Altaroses, un pur grenache peu extrait, construit sur la finesse. Le millésime 2021 est actuellement disponible.

Quant au 2022, il vient de passer son examen d’agrément devant les juges de la denominacion de origen.

Patatras ! Ajourné, busé, recalé, renvoyé à ses études. Les juges refusent d’octroyer l’appellation Montsant à ce millésime.

« Ah, dois-je en déduire que ce millésime est un mauvais vin ? »

Question judicieuse, à laquelle la réponse est NON. Que reprochent les juges à cet Altaroses 2022 ? Sa couleur n’est pas assez dense, le vin est trop clair. Vous lisez bien, le seul reproche porte sur la densité de la couleur du vin ! Et la recommandation des juges est si simple (comment les vignerons n’y ont-ils pas pensé…): il suffit d’ajouter une bonne dose de colorant pour que le problème disparaisse !

La situation est donc très claire: soit les frères d’Anguera jouent au petit chimiste à coups de E120 et plus si affinités, soit ils quittent l’appellation. Et cette dernière option est d’autant plus triste que les frères d’Anguera ont été à l’origine de la création de l’appellation.

Il se dit que la réponse aurait été fournie sous la forme succincte (mais très claire) d’un doigt majeur pointé verticalement. Anthocyane goûtera le millésime 2022 lorsqu’il sera prêt. Je parie que le vin sera bon, ce sera une ode à la finesse et au cépage grenache. Mais lorsque votre œil attentif cherchera sur l’étiquette la mention « D.O. Montsant », il rentrera bredouille.

La couleur d’Altaroses est constitutive de son identité. Elle sera ce que les raisins voudront.

La Catalogne ne serait-elle pas la patrie d’un certain Dali ?

Lectures

Quelques extraits de la Revue du Vin de France de ce mois de juillet 2024.

Enfin une autrice francophone pour affirmer les qualités du pinot noir allemand. Oui, l’Allemagne est le pays du riesling, mais les meilleurs vignerons maîtrisent également le capricieux et subtil pinot noir.

Anthocyane propose les Chablis du Domaine Pommier.

Anthocyane propose régulièrement des vins du Domaine Meyer-Fonné.

Les 11 communes du Barolo

La Bourgogne du vin influence les décideurs, dans le monde entier. Voyez l’Allemagne qui se dote d’une pyramide en quatre étages: vin régional (Gutswein), vin de village (Ortswein), 1er cru (Erstes Gewächs) et grand cru (Grosses Gewächs): cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Peut-on être plus bourguignon ?

Et en Italie ? Eh bien, Barolo propose depuis un bon moment …170 mentions géographiques supplémentaires (MGA), à savoir ce que les amateurs qualifient de crus. Il y a de quoi s’y perdre. Alors, nouveauté depuis le millésime 2017, Barolo a créé …11 nouvelles MGA’s. Cela peut paraître absurde d’en rajouter, mais la démarche se fonde, une fois de plus, sur le modèle bourguignon. En effet, il ne s’agit pas de 11 nouveaux crus, mais des 11 communes (en tout ou en partie) qui composent l’appellation.

Cela ressemble à ceci:

Progressivement, les vignerons vont mettre en avant les caractéristiques de leur (partie de) commune, de façon à définir ce qui différencie les unes des autres. On aura le style La Morra et le style Monforte. On comparera et on s’amusera !

Pour certaines de ces communes, je ne suis pas vraiment optimiste parce qu’elles sont fort petites et manquent d’un vigneron-locomotive qui tirerait ses collègues vers la haute qualité: Diano d’Alba, Roddi et Cherasco ont un difficile combat à mener. Grinzane Cavour peut heureusement compter sur La Spinetta et Verduno peut assurément compter sur Fratelli Alessandria.

Vous trouverez encore des Barolos (Baroli ?) sans mention de commune et sans mention de cru. Soit le vigneron ne souhaite pas afficher la commune d’origine (il n’y a aucune obligation de la mentionner), soit il assemble des raisins qui proviennent de plusieurs communes (on ne peut mentionner qu’une seule commune).

Le Barolo, c’est forcément du nebbiolo. Il y a plein de nebbiolos (nebbioli ?) dans le magasin.

Bordeaux 2021 : un millésime qui ne ment pas

Article rédigé par Bernard Arnould, client chez Anthocyane et journaliste-vin depuis 1992.

Flashback : retour aux années ’70 et antérieures

Telle est l’impression que m’a laissée ma dégustation d’une cinquantaine de grands crus de Bordeaux la semaine dernière. Plus de minceur que de rondeur, plus d’amertume tannique que de chair, bref le millésime 2021 est manifestement le vilain petit canard de la dernière décennie.

Depuis 2013, une succession de millésimes cléments, voire chauds à caniculaires avaient laissé croire à un vignoble bordelais virant californien. Que nenni ! Les vignes ont connu une succession de coups durs : gel, mildiou, été frais et peu ensoleillé furent au rendez-vous.  En mars, le soleil très présent a fait éclore les premiers bourgeons plus tôt que prévu, hélas devait survenir ensuite un épisode de gel historique, le thermomètre chutant brutalement les nuits des 7 et 8 avril sur l’ensemble du Bordelais, avec une première perte de récolte à prévoir. Laquelle se vit aggravée par de nouvelles gelées au mois de mai. Bacchus n’était pas Bordelais cette année-là : des précipitations abondantes fin juin et en juillet favorisèrent quant à elles des attaques de mildiou.

Si, au contraire des années 70 et antérieures évoquées, il n’y a pas de réelle verdeur dans les vins, les tannins sont néanmoins souvent fermes, voire renforcés par une acidité bien présente. Cette absence de verdeur, les domaines la doivent d’une part au progrès technologique, d’autre part à un cycle végétatif particulièrement long. Il a commencé avec un débourrement dès début avril pour se poursuivre jusqu’à une maturité autorisant des vendanges étalées jusqu’à la mi-octobre : merci l’été indien, qui a offert un ensoleillement partiellement salvateur. Octobre aurait été le mois le plus ensoleillé depuis 1991, dixit certains vignerons. Cette météo inattendue a partiellement contrebalancé les retards de maturité des baies causés par ces printemps et été relativement froids et peu ensoleillés.

Toutefois l’hétérogénéité est de mise dans ce millésime où les meilleurs vinificateurs ont misé sur une extraction douce, quitte à ajouter du vin de presse pour éviter un creux en milieu de bouche. Et ne se raconte-t-il pas dans les travées que la chaptalisation a ici et là repris du service pour la première fois depuis 2013 ?

Au final, retenez ceci si vous souhaitez acheter des Bordeaux 2021 : les rouges sont plus frais mais aussi clairement plus légers que dans les millésimes précédents ; l’acidité élevée donne un nerf peu courant ici aux blancs, tout comme aux rares liquoreux qui ont survécu aux mortels épisodes de gel.

Mes coups de cœur dans le désordre :

  • Fieuzal pour son équilibre
  • Haut-Bailly avec son inattendue densité
  • Pavie-Macquin pour son expression de terroir calcaire
  • Clinet et sa texture veloutée
  • L’Evangile, svelte et salin
  • Larcis Ducasse à la vibrante matière
  • Domaine de Chevalier (blanc), agrumes et herbe fraîche

Bernard Arnould

La contre-étiquette

Beaucoup de vignerons européens ont la fâcheuse habitude d’utiliser la contre-étiquette pour, au choix, communiquer:

  • des accords bizarres entre leur vin et des mets variés (plus il y en a, mieux c’est)
  • des calembredaines au lyrisme grossier, en citant de préférence le terroir et la tradition
  • des éléments plus ou moins rigolos, pour confirmer qu’on se situe bien dans l’idéologie « nature »
  • des logos dont la plupart ne signifient pas grand’chose si ce n’est la croyance qu’ils font vendre lorsqu’on n’a pas de (grande) médaille d’or à afficher
  • nada/nothing/niets si ce n’est ce qui est obligatoire.

Je suis tombé récemment sur une bouteille australienne (Domaine Cullen en Australie occidentale) qui s’y prend autrement:

  • le millésime, le nom du vignoble, la position de la parcelle dans ce vignoble, le village et l’appellation: 2021 Mangan East Block Wilyabrup Margaret River
  • un texte explicatif: Cullen Wines respectfully acknowledges the Wadandi people, past and present, traditional custodians of the land on which this wine was grown. Cullen Wines is a naturally powered carbon positive and certified biodynamic Estate in Wilyabrup, Margaret River. 2021 marks 50 years of sustainable winegrowing at Cullen Wines. Hand harvested grapes from the best blocks of the Mangan Vineyard were naturally fermented, basket pressed and then matured in 40% new oak for 7 months. The resulting blend is 59% malbec and 41% petit verdot and displays the unique fruit driven terroir of the site.
  • Suivent encore la contenance: 750 ml contains approximately 8 standard drinks (un verre = 9,375 cl), le numéro du lot, les coordonnées complètes de l’importateur, le taux d’alcool, la présence de sulfites, le logo européen de l’agriculture biologique suivi par le numéro du certificat, le code-barres et les coordonnées complètes du Domaine.

On me rétorqua qu’il manque des éléments importants, que les étiquettes californiennes sont encore plus explicites, que la plupart des consommateurs s’en fichent et que les caractères sont si petits que des lunettes de lecture n’y suffisent pas. Certes -répondis-je avec le sourire- mais je me sens néanmoins mieux traité par cette prose kangourou que par le talent surnaturel de certains vins européens qui assurent qu’ils s’associent divinement à la viande blanche, aux entrées, à la viande rouge et aux fromages (et à la galette des rois ???).

Bref, la contre-étiquette est un lieu qui mérite d’être exploité avec pertinence et précision. En particulier, elle permet de contextualiser et de raconter une histoire !

Oscars 2023

Le moment est venu de jeter un coup d’œil derrière moi et de procéder à la désignation des Oscars 2023: 105 vins ont été dégustés, en 8 dégustations (dont une spéciale « Rhône » autour de la table, en janvier); 40 vins en bio et biodynamie (ce nombre est sous-évalué parce que certains vignerons ne communiquent pas sur ce sujet via l’étiquette de leurs bouteilles).

Quelques chiffres…

Comme dans toute bonne cérémonie qui se respecte, on commence par les statistiques. Un peu chiant, certes mais pas dénué d’intérêt. Jugez plutôt:

Sur le bar, 45% de français, 18% d’espagnols, 13% d’allemands et 11% d’italiens. Quelques autrichiens, portugais, grecs, chypriotes et libanais pour compléter ce regard paneuropéen.

Une bonne moitié de vins rouges et un peu plus de 40% de vins blancs secs. Plus 2 rosés et 2 bulles pour faire joli.

Etonnante victoire du grenache lorsque l’on regarde les vins par le biais du cépage. Syrah et gamay complètent le podium.

40 cépages différents, dont les découvertes xynisteri (Chypre), schiava (nord-est de l’Italie), tressallier (sources de la Loire) et godello (nord-ouest de l’Espagne).

NB: si un vin est un assemblage avec une forte dominante d’un cépage, il est assimilé à un monocépage. Restent 14 vins d’assemblage pour lesquels il m’est impossible de déterminer un cépage franchement dominant.

Forcément beaucoup de vins issus du millésime 2022; néanmoins le total 2020+2021 est supérieur à 2022. Quelques vins « avec de la bouteille » (en remontant jusqu’en 2016).

Particulièrement mises dans la lumière les régions suivantes: Rhône, Loire, Catalogne, Corse, Baden, Vénétie, Galice, Roussillon et Beaujolais.

Tambours et trompettes

J’ai repris la liste des vins dégustés, j’ai relu mes notes et j’ai interrogé mes souvenirs. J’ai hésité. Mais trancher il me faut.

Monte sur la troisième marche du podium, médaille de bronze, avec les félicitations du Grand Jury (c’est-à-dire moi), représentant la Corse: Rosumarinu rouge du Domaine Sant’Armettu, appellation Sartène, millésime 2022: bravo ! Grand charme sudiste, finesse, aromatique raffinée, délicatesse des tannins, aucun soupçon alcooleux. S’inscrit dans une gamme irréprochable (Mino, Myrtus, Rosumarinu en blanc, etc…).

Grimpe sur la deuxième marche, médaille d’argent, prix spécial accordé au meilleur blanc sec, prix spécial accordé à un jeune Domaine pour son quatrième millésime, représentant la Loire: Ronceray du Clos Galerne, en appellation Anjou, millésime 2021: bravo ! Bravo ! Un millésime peu ensoleillé en conjonction avec un terroir d’exception capable d’engendrer de très hautes maturités. D’ailleurs le Quart-de-Chaume Grand Cru du même Domaine, sur le même terroir, mérite les mêmes éloges. Je prends les paris: un jour les vins du Clos Galerne seront totalement hors de prix.

Bondit sur la première marche, médaille d’or, prix spécial pour l’originalité du vin, hommage rendu au dynamisme ébouriffant de son appellation d’origine, représentant …La Rioja: Labastida du Domaine Jose Gil, en appellation Rioja, millésime 2021: bravo ! Bravo ! BRAVO ! Une découverte qui m’a laissé pantois: le soyeux d’un grand pinot noir, floral, épicé et fumé. Longueur interminable. Style personnel. Un concurrent pour ce vin ? Oui, San Vicente de la Sonsierra 2021, un autre vin du Domaine Jose Gil (celui-ci n’a pas été dégusté, parce qu’il a bien fallu choisir et renoncer).

Aurais-je pu en choisir d’autres ? Evidemment. Ce podium est un instantané subjectif, un condensé de souvenirs et d’instants précieux: le verre se remplit d’une petite quantité de liquide et, soudain, le nez se parfume, les papilles claquent de joie, une légère humidité voile les yeux, l’intuition crie que c’est vraiment très très bon et les mots manquent.

Bien sûr, j’ai également proposé des vins sur le tarif d’Anthocyane sans qu’ils ne soient dégustés. Parmi eux, je retiens quelques moments d’exception: Riecine di Riecine 2019 (toscan magique et émouvant), Castro Candaz A Boca do Demo 2019 (encore plus fin que Finca El Curvado), Amontillado Poley solera 35 años Toro Albala (oxydatif de grande classe, non-muté), Clos des Grives Combier 2020 (ce fruit !), Steinhalde*** pinot gris Knab 2021 (le plus beau pinot gris sec que je connaisse, volcanique et profond), La Croix Boissée 2019 Bernard Baudry (donner encore un peu de temps en cave pour qu’il donne tout ce qu’il porte en lui), Mas Rousseau 2020 Pas de l’Escalette (vieux ceps de carignan blanc), …

Les sœurs Tessari qui gèrent ensemble le Domaine Suavia (Vénétie)

Et pour clore ce retour sur 2023, un prix spécial pour l’ensemble de son oeuvre, attribué à un Domaine que je suis depuis le millésime 2010: Suavia en Vénétie. Les vins ont toujours été bons, mais ils sont de plus en plus impressionnants: Monte Carbonare 2020 et 2021, Massifitti 2020, Soave Classico 2021 sont tous au top dans leurs catégories de prix respectives.

Cela ne s’appelle pas « Carbonare » par hasard…

Ajoutons que j’ai eu le privilège de goûter “I LUOGHI” (ce qui signifie: les lieux), trois vins issus de petites parcelles de garganega, vinifiées séparément. Tous les paramètres sont identiques SAUF …le terroir. Fittà, Castellaro et Tremenalto sont pourtant très différents l’un de l’autre. Comparaison passionnante, nuances subtiles ! Noi di Suavia siamo felici di portarti in questo viaggio. Ce n’est -à ma connaissance- pas commercialisé en Belgique en 2023. Mais, qui sait, en 2024, quelques bouteilles …

Merci pour votre soutien et …

Nouveautés en pagaille !

Novembre 2023. Ça y est. Des nouveautés et encore des nouveautés. Petits prix, grands prix. En France et ailleurs. Mes dégustations chez les importateurs ont été fructueuses. Choisir, c’est renoncer. Comment s’y retrouver ?

Voici les six vins blancs qui participent à la dégustation de ce samedi 25 novembre.

C’est simple: voici les 45 nouveaux vins.

« 45 nouveaux vins ? Mais Philippe, allo quoi, tu déconnes ?! »

Lecteurs, ne soyez pas trop durs avec moi. Je goûte, je compare, je regoûte, j’hésite, je regoûte encore, je tranche. Est-ce de ma faute si les vins sont (très) bons ? Ai-je perdu mon sens critique quelque part entre une carafe et un crachoir ? Meuh non.

Donc, ça commence avec un vin de Calabre: Nettare di Abramo est un petit calibre, mais il est frais et énergique. Et puis comment ne pas goûter au cépage gaglioppo ?

Le millésime 2022 du Domaine des Corbillières: de mon point de vue, plus équilibré que 2020 (trop de soleil) et que 2021 (pas assez de soleil). Si c’est pour tire-bouchonner maintenant, le « petit » Sauvignon fera parfaitement l’affaire. Donnez quelques mois à Fabel Barbou.

La Cabotte: un Côtes-du-Rhône biodynamique qui vaut très allègrement son prix. Beau jus, sans chaleur ni mollesse.

Le millésime 2022 du Centenaire de Lafage vaut le millésime 2020. Les plus attentifs auront remarqué que je n’ai pas présenté le 2021 qui n’a pas réussi son examen, ni en première, ni en seconde session. Je continue à penser que le seul défaut de ce vin, c’est son prix: il n’est pas assez cher !

Le Valpolicella Classico 2022 a participé à la dégustation d’octobre: certes peu de couleur, mais beaucoup de fruit et de suavité.

Amigos est un espagnol qui adore la viande rouge: sa nature un peu sauvage et ses tannins trouvent leur terrain de prédilection lorsque le steak s’avance (NB: est-ce qu’un steak peut s’avancer ? Mmmmh)

…et je pourrais poursuivre de la sorte jusqu’à tard ce soir.

Voici les six vins rouges qui participent à la dégustation de ce samedi 25 novembre.

Mes coups de cœur personnels ? Le Domaine Alegre Valgañon en Rioja (tant le blanc que le rouge), la Cuvée Tardive du Clos de la Roilette à Fleurie, la bulle 100% riesling de Clüsserath et Wittmann, le pinot blanc d’Holger Koch et le nouveau millésime de Gricos (Domaine Grifalco).

Mais…

…ce n’est pas fini.

Il y a comme une cave(rne) d’Ali Baba, cachée au fond du magasin. Des trésors à portée de clic. Du tout bon, à déguster, à encaver ou à offrir.

Voici les vins de fête et d’exception. Vous trouverez ici en particulier les grandes cuvées des Domaines que je propose régulièrement ainsi que quelques surprises plutôt originales.

Deux dégustations pour la fin d’année

Après avoir arpenté les dégustations proposées par les importateurs en septembre et en octobre, à moi d’en distiller la quintessence et de vous faire profiter du fruit de mes recherches. Bon, « distiller », c’est à prendre au sens figuré: je n’ai pas viré cognac !

Notez déjà les deux dates: samedi 25 novembre, puis samedi 09 décembre, chaque fois de 10 à 18 heures.. Le programme des deux dégustations sera différent: vous pouvez déjà jeter un œil au programme incomplet de la première. Je rajouterai certainement une bulle, mais je n’ai pas encore choisi laquelle.

Le 25, ce sera un véritable tour d’Europe: France, Espagne, Portugal, Grèce, Italie, Allemagne, etc… Vous pouvez compter sur une quinzaine de flacons sur le bar.

Il n’est pas indispensable de s’inscrire, mais c’est plus facile pour moi si vous envoyez un bref « je viens samedi » à l’adresse anthocyane.philippe@gmail.com

Tous les vins commandés (hors rupture de stock chez l’importateur) seront mis à disposition dans le courant du mois de décembre.

Préparez les huîtres, les dindes et les tripes de sanglier frites dans la graisse d’urus, je m’occupe des boissons !

Cela me glace le sang…

Deux degrés trop froid, deux degrés trop chaud et la magie disparaît. Oh, le vin ne devient pas mauvais, mais ce qui le rend plus intéressant que ses confrères moins doués, ce qui explique son prix, ce qui en fait un grand vin se cache, se camoufle, se dissimule. Le dégustateur se dit c’est bon, mais… Or le vin est excellent, il vaut bien mieux que ce mais qui signe la déception.

La presse est pleine de recommendations judicieuses quant à la meilleure façon de conserver ses précieux flacons, à l’abri de la chaleur, de la sécheresse, des vibrations et de la lumière. Oui, si vous avez l’intention de conserver une bouteille pendant cinq ou dix ans, mieux vaut accorder de l’importance au « comment ». Si la bouteille est bouchée par du liège traditionnel, couchez-la, cela évitera l’assèchement du bouchon et possible oxydation. Une bouteille

Mais …à quoi sert-il de conserver une bouteille dans des conditions idéales pendant longtemps pour la …massacrer à cause d’une température de service inadéquate ? Hier encore, j’ai évité de justesse un crime contre la bulle champenoise: le sommelier nous sert un (magnifique) Bérêche Brut Réserve Vieilles Vignes à parfaite température, c’est-à-dire PAS TROP FROID. Il me propose un seau à glace -que je refuse sans hésiter- avant de me dire que beaucoup de clients préfèrent leurs bulles glacées…

Ah oui, si la bulle est de peu d’intérêt, le froid intense peut faire passer la banalité sucraillonne et molle du produit: c’est glacé, ça picote sur la langue et hop, c’est avalé. Mais la noble bulle mérite un traitement moins brutal pour révéler ce qui en fait le charme et, en particulier, pour amener sur le devant de la scène le VIN un peu timide qui se tapit derrière l’effervescence.

A propos, ce Bérêche …waouw ! D’abord la vivacité, la fraîcheur et la tension; ensuite, l’apaisement, la vinosité et tous les parfums de l’automne.

Dans le même ordre d’idées, mais en sens inverse: le froid n’est pas l’ennemi du vin rouge ! Que faire d’une bouteille entamée d’un excellent rouge pour en profiter au mieux le lendemain ? La reboucher et la mettre au réfrigérateur ! Rien de plus, rien de moins. Personnellement, j’ai l’habitude de reboucher avec un bouchon en verre ou en matériau synthétique bien propre. Le bouchon d’origine …poubelle.

Puis vient le moment fatidique: sortir la bouteille du réfrigérateur au moment opportun, c’est-à-dire +/- 1 heure avant dégustation. Et enfin profiter du vin qui se réchauffe lentement dans le verre.

Riesling, sucre et colère

Les petits sucres mollassons qui trainent dans un riesling alsacien que l’on voudrait sec: un thème récurrent dont voici une concrétisation.

Le vignoble alsacien entrerait en ébullition parce que le Journal Officiel (l’équivalent de notre Moniteur) publie en date du 1er août, une modification du cahier des charges de l’appellation d’origine contrôlée « Alsace » ou « Vin d’Alsace ». Vous pouvez lire le texte ci-dessus. C’est à la page 14 du cahier des charges.

Pierre Gassmann (Domaine Rolly-Gassmann) s’insurge et demande à tous (vignerons et « grand public ») de signer une pétition pour s’opposer au changement. Car le nouveau décret doit encore être validé par l’INAO, (Institut national de l’origine et de la qualité), pour être effectif. Les opposants ont deux mois pour se faire entendre.

« Nous appelons à l’aide pour défendre notre Histoire et notre culture plurielle du Riesling alsacien. En effet, le 1er août 2023, a été publié au Journal Officiel un nouveau décret interdisant le droit d’utiliser le mot Riesling dès lors qu’il contient plus de 4 grammes de sucre. »

Pierre Gassmann

Voici le texte de la pétition:

Querelle stérile aux relents purement économiques, goût pervers pour les subtilités administratives ou défense légitime de la spécificité des vins artisanaux ? Pas facile pour le profane de s’y retrouver.

Néanmoins, je constate à la lecture du texte paru dans le Journal Officiel que:

  • la mesure n’est pas nouvelle: il s’agit d’une adaptation pour passer d’une limite de 6 grammes par litre à une limite de 4 grammes par litre.
  • cette limite est fixée à 9 grammes pour autant que le vin soit suffisamment bien doté d’acidité qui « cache » tout ou partie du sucre résiduel.
  • les vendanges tardives et les sélections de grains nobles ne sont pas concernées.

A noter qu’en Allemagne, un vin de riesling est considéré comme « trocken » (sec) s’il contient au maximum 9 grammes de sucre.

Je comprends la volonté du législateur de faciliter la vie du consommateur qui souhaite acheter un riesling sec et qui hésite, hésite, hésite encore parce qu’il ne sait pas si la bouteille qu’il s’apprête à acheter contient un vin sec ou un vin demi-sec. Cela dit, bien des vignerons proposent déjà sur la contre-étiquette une information, souvent sous la forme d’une échelle allant de sec à moelleux, avec des étapes intermédiaires. Mais chaque vigneron crée son propre système …

Il me semble que Pierre Gassmann, par volonté sans doute de simplifier ce qui peut l’être, manque de précision et cela risque de se retourner contre lui. Je lis aussi sous sa plume une impossibilité à produire des vins secs que je me permets (humblement) de mettre en doute.

Il y a par ailleurs quelque chose de profondément rigolo à l’idée d’interdire la mention du cépage riesling sur certaines bouteilles quand c’est l’inverse qui règne dans le vignoble français: hors de question de mentionner le pinot noir sur une bouteille de Nuits-St-Georges. Hors de question d’indiquer merlot sur Petrus. Comme quoi…

Merci aux « 5 du Vin » de m’avoir alerté.

Les Crus de l’Anjou blanc : ne pas perdre le chenin

Article rédigé par Bernard Arnould, client chez Anthocyane et journaliste-vin depuis 1992.

Le chenin est l’un des plus grands cépages blancs du monde. Véritable révélateur de terroir, il permet aux vignerons travaillant dans ce sens de nous faire goûter aux différents terroirs ligériens dans leur spécificité de structure et de profil car il transmet à ses raisins les sols dont il est issu. Cépage plastique par excellence, il laisse d’abord s’exprimer son lieu de naissance.

Co-président du syndicat Anjou Blanc, Patrick Baudouin, vigneron à Chaudefonds sur Layon, dessine la situation présente de ce cépage en Anjou : 

les surfaces plantées de chenin blanc ont diminué de moitié depuis les années 1950, et les blancs secs d’appellation  représentent aujourd’hui moins de 20 % de la zone. La production d’Anjou est pour moitié une production de rosé. A leur création, dans les années ’50, les appellations de chenin en Anjou parlaient terroir, vignerons, amateurs de vins et n’enfermaient pas le chenin dans des vins moelleux et liquoreux. A partir des années ’90, ceux-ci se sont imposés. Or le modèle économique de ces vins avec sucre important est désormais à bout de souffle.

D’où la naissance d’un projet de Crus en blancs secs pour éviter de marginaliser, voire de perdre ce merveilleux cépage.

Le projet des Crus d’Anjou blanc sec

Son étude a été lancée il y a 20 ans par une réflexion d’ensemble sur la problématique menée sous la férule de la tête pensante du projet, Patrick Baudouin. Il s’agissait de redonner ses lettres de noblesse à l’expression mixte du chenin sur des terroirs qui sont capables de produire à la fois des secs, des demi-secs et des liquoreux même si la zone du Layon a connu une première renaissance à partir de 1988 grâce à la production de liquoreux de terroirs, sans chaptalisation.

Les vignerons se sont appliqués, ils ont étudié et ont ainsi redécouvert la capacité du chenin à produire aussi de grands blancs secs différents les uns des autres en fonction des millésimes et des lieux-dits. A l’aboutissement de ce long travail, un cahier des charges spécifiquement Crus a été élaboré et voté par des vignerons établis sur 5 terroirs :  encépagement 100% chenin, degré minimum plus élevé en l’absence de toute chaptalisation, vendange manuelle, élevage prolongé et sélection des parcelles.

Cinq terroirs en Crus

le vignoble des Treilles

Ce travail de réflexion approfondie a donc conduit des vignerons à définir des crus autour de lieux-dits qualitatifs, qui reprennent à la fois le patrimoine historique de connaissances des parcelles et les acquis plus récents de la cellule terroir de l’INRA d’Angers. Un dossier a été déposé auprès de l’INAO en vue de la reconnaissance de 5 Crus. Le plus vaste, Montchenin s’étend sur 63 ha et regroupe 8 vignerons. Le plus petit est La Tuffière, une sorte d’exception viticole de 2,43 ha implantée sur la rive nord de la Loire dans le Baugeois, et exploitée par un seul vigneron. Les Bonnes Blanches, couvre une surface de 11 ha travaillés par 5 producteurs. Quatrième territoire Ardenay recouvre un lieu-dit de 13 ha que se partagent 3 vignerons. Enfin le projet inclut aussi Les Treilles 2,7 ha à Beaulieu sur Layon, rendu célèbre par l’œuvre de Jo Pithon mais aujourd’hui en d’autres mains.

Dans un avenir plus ou moins proches d’autres zones devraient également entrer dans ce projet en introduisant leurs dossiers de reconnaissance Crus auprès de l’INAO. On attend ainsi avec impatience une appellation de chenin sec qui serait sur Chaume et Quarts-de-Chaume.

Philippe reprend la plume à partir d’ici pour suggérer de mettre en parallèle l’article ci-dessus avec le Ronceray du Clos Galerne:

Le voyage en Rioja (intro)

C’est pour mercredi. Aéroport, arrivée à Bilbao. Météo lumineuse et sèche. Direction Haro, la petite capitale de la Rioja occidentale. Installation des huit voyageurs dans leur logement à Villalba de Rioja. Apéritif: non peut-être.

Le défi ? Un reportage en forme de journal de bord. Dès mercredi soir et jusqu’au retour en Belgique, dimanche prochain. Pas forcément réaliste mais amusant. Le lien entre le vignoble, le vigneron et la bouteille. Cette bouteille qui pourrait bientôt trouver sa place sur la table du lecteur de ce récit en forme de feuilleton. Anthocyane: ce vin est une histoire. CQFD.

Stage de préparation au voyage…

Pour commencer, la théorie. La Rioja se divise en trois sous-régions : Rioja Alta, Rioja Alavesa (en Pays Basque) et Rioja Oriental (anciennement Rioja Baja). Notre voyage explore la Rioja Alta et la Rioja Alavesa.

La Rioja se situe entre deux chaînes de montagnes : la Sierra de Cantabria au nord et la Sierra de la Demanda au sud. Entre ces deux chaînes de montagnes coule l’Ebre. L’Ebre reçoit les eaux de sept rivières dont le rio Oja qui a donné son nom à la région. Il arrive que les vignerons divisent la Rioja entre vignobles situés au nord de l’Ebre (qui seraient les plus prestigieux) et ceux situés au sud du fleuve (qui sont les plus nombreux). Les vignes sont généralement plantées à une altitude comprise entre 300 et 700 mètres.

Selon les données les plus récentes, le vignoble couvre +/- 67.000 hectares (c’est-à-dire 7% du gigantesque vignoble espagnol). A titre de comparaison, la Bourgogne c’est 25.000 hectares en AOP. La taille du vignoble est en croissance continue, de plusieurs centaines d’hectares par an. En 1990, il n’y avait « que » +/- 43.000 hectares de vignes.

Traditionnellement, l’élevage en barriques de 225 litres (bois américain) joue un rôle essentiel. On classe les vins en Crianza, Reserva et Gran Reserva en fonction de la durée de cet élevage (en barriques et en bouteilles). Aujourd’hui bien des Domaines ont renoncé à ce système: leurs vins sont des genericos (ce qui n’est en aucun cas un jugement de valeur).

Pour les vins rouges, il faut au moins deux ans d’élevage dont au moins un an en barriques pour être Crianza. Au moins trois ans d’élevage dont au moins un an en barriques et au moins six mois en bouteilles pour être Reserva. Au moins cinq ans d’élevage dont au moins deux ans en barriques et au moins deux ans en bouteilles pour être Gran Reserva. Beaucoup de vins sont à présent élevés plus brièvement et/ou élevés dans d’autres contenants (inoxydable, béton, terre cuite) et sont donc des genericos.

Les sceaux officiels qui précisent le type du vin

Le tempranillo est de loin le cépage le plus populaire avec 80% des surfaces plantées. Le reste se partage entre grenache, viura (cépage blanc), graciano, mazuelo (carignan), etc… Cette domination du tempranillo est récente et pas forcément idéale dans un contexte de bouleversement climatique. La plupart des vins sont élaborés avec une pincée de cépages complémentaires.

En pratique, il y a mille styles différents et un même Domaine élabore parfois des vins anciens et des vins modernes. Les vignerons cherchent et tentent. Des vins en macération carbonique, des raisins blancs pour contribuer à faire des vins rouges nuancés, des 100% grenache ou 100% graciano, des cuvées parcellaires, …

Comme en Piémont, la Rioja a connu sa querelle des Anciens et des Modernes. Les premiers ne jurent que par les élevages (très) longs en bois américain usagé. Leurs vins sont en général prêts à boire lorsqu’ils arrivent sur le marché. Ils sont oxygénés grâce à leur élevage et sont susceptibles d’être encavés pendant de longues années. Ils ont relativement peu de couleur et des tannins fondus. Les Modernes font à peu près l’inverse: élevages assez courts en bois français partiellement neuf. Extraction plus poussée, ce qui conduit à des vins plus colorés et plus tanniques; ils sont rapidement mis sur le marché, à charge pour le consommateur de les encaver plusieurs années avant dégustation.

Comme les chiffres ci-dessus l’attestent, beaucoup de viticulteurs vendent leurs raisins à une coopérative ou à une grande maison, sur le modèle champenois.

A propos de cuvées parcellaires, la mise en valeur des terroirs est une tendance récente (ou un retour à une tradition oubliée pendant des dizaines d’années). On voit apparaître des vins portant le nom du village dont ils proviennent, voire portant le nom d’une parcelle précise (viñedo singular). Cela se cherche encore, c’est imparfait mais constitue une avancée dans le monde fort conservateur des instances professionnelles de la Rioja.

Nos rendez-vous avec les vignerons sont confirmés, la météo semble favorable, reste à préparer la petite valise.

Les trois sous-régions de la Rioja et leurs superficies respectives

Sulfité or not sulfité, that is the question

Voilà, vendredi 20h30, les quatre jurés (dont votre serviteur) s’apprêtent à comparer deux vins rouges de Loire. Pour une fois, il ne s’agit pas d’essayer de reconnaître ce qu’il y a dans les verres, mais simplement de décrire les différences et les ressemblances entre le vin classique (donc sulfité) et le même vin, en version « sans sulfites ajoutés » (ssaj).

Apprécions la subtile différence entre les couleurs de la charrette…

En l’occurrence, il s’agit d’un Chinon de chez Couly-Dutheil, en millésime 2020, portant le joli nom de « Les Chatelières ». La version classique est vendue € 11 alors que la version ssaj est proposée à € 13.

Nous goûtons, les commentaires fusent assez vite. J’ai résumé ci-dessous.

Q1: ces deux vins sont-ils vraiment identiques, à l’exception de l’ajout de sulfites dans l’un ?

R1: sans doute non et c’est dommage parce que cela rend la comparaison moins pertinente. La contre-étiquette indique un taux d’alcool de 13,5% pour le vin ssaj et de 14% pour le vin classique. Comme il s’agit d’une cuvée destinée à un distributeur en particulier (à savoir Le Lion – oui, celui qui rugit bizarrement depuis quelques jours), aucune information n’est disponible sur le site Internet du producteur. Le site Internet du Lion est ce qu’il est, un foutoir où il est impossible de trouver de l’information de qualité. Les deux bouteilles affichant le même nom de cuvée, on souhaite, par respect du consommateur, que ce soit le même vin, mais rien n’est certain.

Les bouchons sont eux aussi différents: un liège classique pour le vin …classique, un bouchon Nomacorc Select Green 300, fabriqué à partir de biopolymères végétaux dérivés de la canne à sucre pour le vin ssaj. Le bouchon comme élément du marketing vert.

Q2: la dégustation met-elle plutôt des ressemblances en évidence ou plutôt des différences ?

R2: ces deux vins nous ont paru fort différents l’un de l’autre. Le vin ssaj présente un nez assez éteint, avec des nuances cartonnées. En bouche, il se caractérise par son imprécision et par une faible énergie. Il semble avoir franchi son apogée et avoir commencé sa descente vers je ne sais où. Ce qui peut être agréable dans un vin ssaj, un fruit éclatant et joyeux, est absent. Par contre, le vin classique est équilibré et sympathique, si l’on accepte d’avoir affaire à un « petit calibre ». Il y a du fruit et de la structure, c’est un vin honnête à défaut d’être particulièrement intéressant.

Q3: la différence de prix est -elle justifiée ?

R3: de ce qui précède, le lecteur attentif aura déduit que ma réponse est négative. En mars 2023 et en l’état, le vin ssaj ne vaut à peu près rien (et certainement pas € 13) alors que le vin classique peut valoir les € 11 demandés par le distributeur.

Q4: à quoi joue-t-on ?

R4: excellente question, Philippe. Merci de l’avoir posée. On surfe sur la vague de la « naturalité », avec un cynisme qui peut laisser le dégustateur perplexe. Ce vin ssaj était peut-être vivant et amusant à l’été 2021, mais aujourd’hui (vendredi) il est aussi mort qu’il est possible de l’être. Je me demande comment un amateur néophyte, attiré par la « verdure » de l’étiquette, aura évalué son achat. A mon avis, le taux de réachat sera invisible sans l’aide du microscope.

Q5: peut-on se fier à cette dégustation comparative pour faire une croix sur les vins ssaj ?

R5: non. Ce serait incorrect de condamner avec autant de légèreté. D’aucuns me diront peut-être que la crédibilité de Couly-Dutheil en matière de vins ssaj est aussi microscopique que le taux de réachat ci-dessus.

Q6: qu’est-ce qui se passe le lendemain de la veille ?

R6: encore une excellente question ! Quel feu d’artifice ! Le jeu s’est en effet poursuivi, avec d’autres participants, le samedi après-midi vers 15h00. Je m’attendais à ce que le vin ssaj s’effondre complètement. Ô surprise, il paraît meilleur maintenant ! Le nez reste de mon point de vue peu sexy, avec des nuances de carton et de croûte de fromage, mais le fruit est de retour ! Une acidité un peu croassante mais pas de déviation aromatique. C’est une résurrection inattendue et déconcertante. Toujours pas le grand fruit, éclatant et joyeux, mais traiter cette version ssaj de cadavre paraît à présent excessif.

Conclusion (provisoire):

Faut-il en déduire que les vins ssaj doivent être ouverts 12 ou 24 heures avant consommation ? Si c’est oui, quel consommateur va le faire dans la pratique ?

Faut-il en déduire que les vins ssaj sont imprévisibles, bons lorsque l’âge du capitaine est un nombre pair et mauvais quand la pleine lune s’absente ?

Quelle justification pour la différence de prix ? Il s’agit manifestement de segmenter la clientèle, en partant du principe que le « naturiste » est prêt à payer son vin plus cher parce qu’il est ssaj. Less is more.

Dans tous les cas, pour € 13, je préfère le Chinon Les Granges de Bernard Baudry.

PS: cet article et cette dégustation trouvent leur source ici: https://les5duvin.wordpress.com/2023/02/01/sans-soufre-cest-plus-cher/

Vin belge, anno 2022

Voici le lien vers le communiqué de presse publié début mars par le SPF économie:

https://news.economie.fgov.be/223561-3-millions-de-litres-de-vin-belge-en-2022-un-record

Mon résumé: 2022 est l’année de tous les records, grâce d’une part à une météo favorable et d’autre part à la croissance soutenue de la surface plantée. Le millésime 2022 a produit l’équivalent de 4 millions de bouteilles.

Tous les types de vin sont en croissance, le pompon étant attribué au vin rouge et aux bulles. Malgré une très forte croissance, le vin rouge ne représente qu’une faible part de la production totale et, de mon point de vue de dégustateur, c’est très bien comme ça !

La répartition régionale est à peu près moitié-moitié entre Flandre et Wallonie. Bruxelles ne joue évidemment aucun rôle dans cette histoire.

La Wallonie produit essentiellement des bulles, la Flandre une majorité de vins blancs tranquilles.

Deux provinces mènent la danse: le Hainaut (grâce aux bulles du Chant d’Eole et des Agaises-Ruffus) et le Limbourg. Ensemble, elles sont responsables de la moitié du volume produit (à quelques cacahuètes près).

Le nombre de vignerons recensés par le SPF s’élève à 259. Il est fort probable que le nombre réel soit supérieur, vu le nombre de vignerons qui viennent de planter leurs premiers ares (et qui passent sous le radar du SPF).

Commentaire personnel: le niveau qualitatif atteint par les bulles, wallonnes et flamandes, est vraiment remarquable (on constate une évolution similaire, à plus grande échelle, en Angleterre). Il y a des blancs tranquilles de grande qualité (Clos d’Opleeuw, La Falize), mais ils sont forts chers, la demande étant de loin supérieure à l’offre. Les vins rouges restent anecdotiques. Quelques projets folklorico-fantasques poussent à gauche et à droite, par exemple vin produit à hauteur de quelques dizaines (sic) de bouteilles.

Et le meilleur sommelier du monde est …

Raimonds Tomsons, de nationalité lettone. Il avait déjà été finaliste lors de l’édition précédente de ce concours en 2019. Déception en France puisque Pascaline Lepeltier a échoué au pied du podium, à la 4ème place.

J’ai eu le plaisir d’assister à la finale: celle-ci est réservée aux trois meilleurs candidats: un sommelier chinois, une sommelière danoise et Raimonds Tomsons, le letton, qui a donc remporté le concours. Oui, j’ai assisté à la finale … via YouTube. Les trois candidats sont littéralement sur scène. Ils exécutent une longue série de tâches diverses, devant un public parisien nombreux, très chic, en tenue de gala avec nœud papillon. Dressing code formel pour une cérémonie très parisienne et un peu vieux jeu. Beaucoup d’applaudissements, pour tout et n’importe quoi. Des longueurs avant que cela ne commence vraiment: tout le monde a eu le temps de se congratuler.

la retransmission intégrale de la finale: le concours commence vraiment à partir de la 90ème minute

Commençons par les fleurs: j’ai énormément de respect et d’admiration pour les participants à ce concours. Ils ont travaillé sans relâche pendant plusieurs années pour maîtriser leur sujet. Leurs connaissances théoriques sont sans nul doute immenses. Ils sont capables de réciter le nom de 17 cépages croates, avec l’accent tonique au bon endroit ! On ne franchit pas les quart et demi-finales sans un bagage impressionnant. Je leur tire mon chapeau !

Après les fleurs, il y a le terreau. NB: on finira évidemment par le pot. Voici:

C’est vraiment un concours de sommellerie, pas un concours de dégustation. Les candidats sont amenés à goûter des boissons très diverses, du très alcoolisé (spiritueux) au très peu alcoolisé/fermenté (kéfir). Ils doivent maîtriser l’art du cocktail. Ils doivent déboucher et décanter selon les règles de l’art. Ils doivent papillonner autour des tables avec élégance. Ils doivent traquer les erreurs dans une carte des vins, reconnaître un vin sur base d’indices visuels -sans le goûter-. Ils doivent être capables de verser et de parler en même temps: une anecdote par-ci, une réponse par-là. Le sommelier est responsable de bien plus que des vins: il gère l’ensemble des boissons servies pendant le repas.

Gérer le stress est essentiel: pour chaque épreuve, le temps disponible est strictement limité. Les épreuves s’enchaînent rapidement. Celui qui est capable de décider vite est clairement avantagé par rapport à celui qui préfèrerait donner du temps au temps. Les candidats sont sous extrême adrénaline et semblent agir dans une bulle de focalisation. Raimonds demande systématiquement à ce que la question à laquelle il doit répondre lui soit répétée. Il utilise le terme wonderful un nombre incommensurable de fois. Perfect et nice sont également de la partie, jusqu’à l’indigestion. Il y a quelque chose de robotique dans sa façon de faire. On sent la transpiration.

Ce vocabulaire positiviste est un piège: lorsque tout est parfait et merveilleux, les mots perdent leur sens et le discours se vide de sa substance. On enferme l’appréciation du vin dans un style suranné et déconnecté. On crée un monde parallèle dans lequel on se livre à un jeu dont les participants sont sensés connaître les codes. Un peu de naturel, que diable !

Si -dans la vraie vie- un sommelier se comportait ainsi à ma table, je serais déçu: la qualité de l’interaction tient à l’authenticité du sommelier, à sa capacité à dépasser sa compétence technique et à entretenir une conversation aussi agréable qu’instructive. Un peu d’humour est évidemment le bienvenu. Tout ce qui est appris par cœur et débité comme un mantra devrait être banni. Le sommelier doit s’adapter à des tablées très différentes, qui ont des attentes et des envies différentes. Les trois premières phrases que j’échange avec un sommelier sont déterminantes: fait-il partie des personnes passionnées avec qui j’ai envie d’échanger ou plutôt des tue-l’amour qui ânonnent un texte prémâché, rempli de banalités et d’imprécisions ?

Il s’agit également d’une épreuve de langue, puisque les candidats s’expriment en anglais. Cela conduit bien entendu à un appauvrissement de leur discours, l’anglais n’étant pas leur langue maternelle. Leur prononciation est, comment dire, perfectible. Cela ne facilite pas l’interaction. Bémol: il faut bien concéder que les convives factices sont fermés et passifs: à chaque question, une réponse fuse, toujours la même: as you wish. Essayez de faire quelque chose avec ça !

Voici venue l’heure du pot: que vaut le meilleur sommelier du monde en dégustation à l’aveugle ? Eh bien, c’est édifiant.

Quatre vins blancs sont présentés à la sagacité de Raimonds. Il répond:

  • un vin autrichien, d’appellation Kamptal, de cépage grüner veltliner et de millésime 2020
  • un vin grec, d’appellation Mantinia, de cépage moschofilero et de millésime 2021 (le vin lui semble « muscaté »)
  • un vin français, de la Côte de Beaune, en appellation « villages », de cépage chardonnay et de millésime 2018
  • un vin français, du Chablisien, en appellation « villages », de cépage chardonnay et de millésime 2020.

Il dispose de quatre minutes pour transmettre son évaluation …et en utilise à peine plus de trois. Sidérante la vitesse avec laquelle il goûte et tranche. Peu de place pour le doute.

Et maintenant, voici les vins qui étaient effectivement présentés au candidat:

  • un vin allemand, d’appellation Moselle, de cépage riesling et de millésime 2021 Nik Weis St. Urbans-Hof Goldtröpchen GG
  • un vin autrichien, d’appellation Wachau, de cépage riesling Domäne Wachau Kellerberg
  • un vin sud-africain, de cépage sémillon Alheit Vineyards Monument Sémillon 2021
  • un vin argentin, de cépage sémillon, en provenance de Patagonie Riccitelli Sémillon Old Vines.

Bilan: rien n’est exact. Rien ne s’approche de la vérité. Ni le riesling, ni le sémillon ne sont identifiés.

Et le vin rouge ? Il s’agissait de goûter deux millésimes du même vin. Notre homme a bien repéré qu’il s’agissait d’un grand Bordeaux, qu’il a placé à Saint-Estèphe (cabernet sauvignon, cabernet franc et merlot). Il a parié sur les millésimes 2005 et 1990.

Suspense insoutenable.

C’était Pétrus (Bordeaux, Pomerol, 100% merlot), en millésimes 2012 et 2003. Etonnant, Raimonds leur attribue respectivement 18 ans d’âge et 33 ans d’âge, alors qu’il s’agit en réalité de vins sensiblement plus jeunes. Pourrions-nous en déduire que Pétrus évolue/vieillit vite ? Aïe. Qu’est-ce que j’ai osé écrire… Cela étant, combien de fois un candidat au titre de meilleur sommelier du monde a-t-il l’opportunité de goûter Pétrus ?

Dernier moment intéressant: jauger un vin rouge « à la volée ». Il ne s’agit pas de le reconnaître, simplement d’évaluer sa qualité. Raimonds lui trouve à peu près toutes les qualités de la terre. Consciemment ou inconsciemment, il veut faire plaisir à son interlocuteur qui lui demande son avis d’expert. Malheureusement, le vin présentait une (très) forte acidité volatile, ce qui constitue un défaut. Défaut non repéré donc.

Conclusion: je suis donc heureux de vous faire savoir que je partage avec le meilleur sommelier du monde au moins deux qualités: une passion sincère pour les multiples facettes du vin et une capacité à ne presque jamais rien reconnaître.

Est-ce qu’un sommelier est dans l’obligation d’être un brillant dégustateur à l’aveugle pour bien faire son boulot ? Ma réponse est non. Mais quand il s’agit d’être désigné comme le meilleur sommelier de la planète, il me semble que l’on peut attendre un certain niveau de performance en dégustation à l’aveugle. Peut-être faudrait-il modifier les questions du concours pour permettre plus de bonnes réponses. Arme à double tranchant.

Dernière anecdote: Raimonds Tomsons a été sommelier à Riga pendant vingt ans. Il ne l’est plus. Il est à présent consultant, commerçant en vins et enseignant. Il ne fréquente plus la salle de restaurant. Pfffffff….