La presse nationale bouillonne à nouveau autour du vin « light » (???), pauvre en alcool, à teneur réduite en alcool, désalcoolisé, etc…et du vocabulaire à imprimer sur l’étiquette.
Après une période « plus c’est riche et puissant, plus il y a de l’alcool, meilleur c’est », le balancier est reparti dans le sens inverse, l’alcool étant perçu comme un mal nécessaire. De nombreux spécialistes de la santé affirment aujourd’hui que ce n’est pas l’abus d’alcool qui nuit à la santé, mais qu’il n’existe pas de seuil de consommation sans risque: le premier verre serait déjà nocif. A noter malgré tout qu’il n’y a pas de consensus à ce sujet.
Je n’ai jamais caché que, toutes choses étant égales, je préfère un vin à 12,50% qu’un vin à 15,00%. Mais je ne rejette pas les vins riches en alcool lorsque cet alcool participe à l’équilibre et à la typicité du vin. J’aime beaucoup les vins doux naturels (vins mutés à l’alcool) qui titrent plus de 15,00% et je ne compte pas m’en priver.
Evidemment, le débat actuel est lié à un tout autre phénomène: l’apparition de boissons élaborées avec du raisin ayant subi une fermentation, mais qui ne contiennent (presque) pas d’alcool ou qui en contiennent en tous cas beaucoup moins que ce à quoi nous sommes habitués.
On peut se demander si c’est l’offre qui a créé la demande ou si c’est la demande qui a suscité l’offre, mais il est indéniable que ces boissons désalcoolisées ont le vent en poupe, malgré des caractéristiques organoleptiques (très) décevantes. Autrement dit, c’est (très) mauvais, mais cela semble répondre à un besoin. Pour rappel, de (très) mauvais vins se vendent, s’achètent et se boivent, à la satisfaction manifeste des buveurs (très) peu exigeants qui s’en contentent et en redemandent.
Vous aurez remarqué que j’utilise le terme « boisson » pour ces produits et non le terme « vin », dans le respect de la législation européenne qui stipule que la teneur minimale en alcool du vin doit être de 8,50%. Les spécialistes me rétorqueront qu’ils ont goûté des vins à 8,00% voire à 7,50% et qu’il y a donc une couille dans le potage (j’utilise cette expression triviale dans le but de prouver que cet article n’a PAS été écrit par une intelligence artificielle).
Oui, mais non. La législation européenne autorise, pour certains zones septentrionales, une teneur minimale de 7,00%. Cela permet en particulier aux vins allemands de type beerenauslese et trockenbeereauslese de faire partie de la famille. Il existe même quelques dérogations spécifiques comme celle accordée au Tokaji Eszencia hongrois qui titre parfois …3,00%. Ce vin, excessivement rare et cher, extraordinairement doux, est issu d’une tradition multiséculaire et mérite bien de ne pas être exclu !
Donc, voilà. Pour faire simple, est vin le produit obtenu exclusivement par la fermentation alcoolique du raisin frais (le raisin sec, type Corinthe, est prié d’aller voir ailleurs si j’y suis – deuxième expression triviale dans le but de prouver …blabla … voir plus haut) et sa teneur minimale en alcool doit être de 8,50%. Certains vignerons (par exemple dans la Loire) renoncent parfois au terme « vin », remplaçant celui-ci par la périphrase « moût de raisins partiellement fermenté, issu de raisins passerillés » lorsque la teneur minimale en alcool n’est pas atteinte.
Philippe, vas-tu enfin te décider à aborder le véritable sujet de cet article ?
OK, je m’égare. Voici ma question: puisque les boissons désalcoolisées ne répondent pas à la définition du vin, pourquoi s’obstine-t-on à trouver des périphrases biscornues pour les intégrer, par la fenêtre, à la famille des vins ?
La réponse est simple: parce que certains lobbies y ont intérêt. « Vin », c’est commercial, c’est clair pour 99% des consommateurs alors que tout autre terme serait forcément moins bien compris. Réponse certes simple, mais à mon sens très mauvaise.
Pour l’instant, les parties prenantes au débat discutent pour savoir si « vin à teneur réduite en alcool » est une bonne façon de communiquer. Le SPF Santé Publique bloque parce que « qualifier ainsi un vin à 6,00% revient à tromper les consommateurs et à fragiliser les politique de santé publique. » (Le Soir, Anne-Sophie Leurquin, 03 09 2025). Argument: dans le monde de la bière, 6,00% ce n’est pas du tout une teneur réduite en alcool. Les lobbies du vin affirment au contraire que tout consommateur sait que le vin titre en général entre 11,00% et 15,00% et que, en conséquence, un produit à 6,00% serait reconnu sans aucun doute comme ayant une teneur réduite en alcool.
Le débat est bien entendu beaucoup plus complexe que ce qui est mentionné ici. Par exemple, si on se met d’accord sur une terminologie dans une langue, comment s’assurer que la traduction soit « parfaite » dans toutes les langues de l’Union ? Que pensez-vous de alcoholarme wijn en néerlandais ? De low-alcohol wine en anglais ?
Bonne chance aux négociateurs. Quant à moi, je maintiens et persévère: ces boissons ne sont pas des vins, donnez leur donc un autre nom: par exemple, jus de raisin fermenté et désalcoolisé. Moins sexy que « vin », mais bien plus proche de la réalité.
NB: Sur un terrain connexe de ce qui précède et pour vous payer une bonne tranche de franche rigolade, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil au site Internet de Pure The Winery, une entreprise qui vend des vins à 10,50% dont toute la communication est basée sur … »chez nous, zéro sucre ».
Voici un exemple croquignolet. Question: quelle quantité de sucre y a-t-il normalement dans un verre de vin ? Réponse: selon le centre néerlandais de nutrition, il y a en moyenne 8,9 grammes de sucre dans un verre de vin de 150g/ml. Cela représente plus de deux morceaux de sucre par verre. Hallucinant…
Vous trouverez sur ce même site d’autres affirmations farfelues -voire mensongères- qui ne peuvent que susciter le rire. N’empêche, pauvre consommateur …