Compte-rendu

Très content d’avoir reçu ce samedi 24 août une belle brochette d’amateurs pour une dégustation germanique, moins évidente a priori qu’une dégustation franco-italienne. Du riesling évidemment, mais aussi du chardonnay, du sauvignon, du grüner veltliner, du pinot noir, du zweigelt et du blaufränkisch. Et une pincée de syrah.

Je suis pleinement satisfait de l’impact des deux blancs « vin de tous les jours, sans prise de tête », tant le chardonnay de Huff (€ 10,50) que le riesling de Wittmann (€ 11,00) ont parfaitement joué leur rôle. Le charme enjôleur du chardonnay et la pureté citronnée du riesling. Ces deux vins sont destinés à une consommation endéans l’année et conviennent très bien à l’apéro ou à un repas simple. Ne pas servir sur un turbot beurre blanc…

Le grüner veltliner de Fritsch (€ 13,00) constitue, millésime après millésime, une très belle approche de ce cépage typiquement autrichien. La cuvée Ried Steinberg conjugue avec brio les arômes du cépage et une belle dose de minéralité. En Autriche, le terme Ried correspond au français (premier) cru.

Le sauvignon de Wohlmuth (€ 15,50) prouve qu’il y a bien deux régions capables de tenir le meilleur de ce cépage : la Loire (Sancerre/Pouilly Fumé) et la Styrie (Autriche méridionale, tout près de la frontière slovène). On reçoit l’aromatique extravertie du cépage sauvignon et une vraie structure, équilibrée entre fraîcheur et volume.

Surprenant riesling du Domaine Am Stein (€ 14,50) en Franconie (centre de l’Allemagne), élevé longuement sur lies fines. Autrement, le vin est resté longtemps en cuve en présence des levures qui ont transformé le sucre en alcool. Ces levures continuent à nourrir le vin avant sa mise en bouteilles. On bénéficie à la fois de la vivacité du cépage riesling, mais aussi d’une rondeur qui enrobe et donne du confort de bouche. Excellent rapport Q/P.

Et puis … les deux rieslings d’Eva Fricke (€ 31,00). On change clairement de catégorie : intensité des saveurs, longueur en bouche, complexité naissante des arômes. Je suis heureux d’avoir enfin pu proposer cette comparaison entre deux terroirs : rien ne change (même région du Rheingau, même vigneronne, même cépage et même millésime) et pourtant tout change. Autant le Kiedrich joue la carte du fruit et de la fleur, autant le Lorch joue la carte de la géologie caillouteuse (schiste/ardoise). Fascinant. J’ai goûté à nouveau ce dimanche midi et c’est encore meilleur. Je conseille d’ouvrir les bouteilles à partir de 2025. Ces deux vins sont susceptibles d’une longue garde en cave. Quantités disponibles très limitées.

Nous avons clôturé les blancs avec une bulle : 100% riesling, brut nature (aucun dosage en sucre) et bio. Les raisins sont cueillis chez Madame (Eva Clüsserath), la vinification a lieu chez Monsieur (Philipp Wittmann). Ce couple élabore en Moselle et en Hesse Rhénane une série de magnifiques vins tranquilles, mais s’amusent énormément avec un effervescent à la forte personnalité. C’est vif et fruité, comme il sied à un riesling. Ne ressemble en rien ni à un Champagne, ni à un Crémant. Exclusivement pour amateurs de riesling qui pétille (€ 22,50).

Comment mieux faire le passage entre blancs et rouges qu’avec un rosé de pinot noir du Domaine Shelter (€ 14,00) ? 2024 ne sera pas l’année du rosé, alors autant choisir un rosé qui est d’abord un bon vin qui présente la caractéristique secondaire d’être de couleur rosée. Un peu de fumée, du fruit rouge et des nuances minérales : pas mal, non ?

En rouge, je fais déguster un 2019 du Domaine Umathum (Autriche orientale ; € 13,00) avec plus de quatre ans de bouteille et un 2020 du Domaine Dorli Muhr (Autriche orientale itou ; € 16,00) avec plus de trois ans de bouteille. Ces vins ont eu le temps de fondre leurs différents composants : fruit, tannins, acidité. Résultat ? des rouges originaux, à parfaite maturité. Avec 20% de syrah dans le blaufränkisch de Dorli (c’est un prénom féminin et c’est donc une vigneronne).

Et puis la série des pinots noirs allemands : tout qui connaît mes goûts personnels ne peut ignorer mon appétit vorace pour ces pinots noirs qui m’ont réconcilié avec le cépage, après quelques désillusions bourguignonnes. J’affirme, qu’à qualité égale, le pinot noir allemand est meilleur marché que le pinot noir bourguignon. Présenté autrement, cela revient à affirmer que € 25 apportent plus de joie en Baden ou en Palatinat qu’en Côte d’Or. Vous pouvez ne pas être d’accord, mais il faut goûter avant de parler !

On commence avec deux vins du Domaine Holger Koch, situé sur le Kaiserstuhl : ce trône de l’empereur est un volcan éteint. C’est aussi la zone la plus chaude d’Allemagne, à quelques kilomètres de Colmar. La cuvée gT (€ 18,00) est toute en fruit, avec des tannins très discrets et une belle fluidité (« glou-glou »). La cuvée Herrenstück (€ 23,00), issue de la parcelle éponyme, a tout un peu plus : plus de concentration, plus d’intensité, plus de tannins (ceux-ci sont d’une exemplaire finesse).

On se déplace de quelques kilomètres vers l’est pour déguster la cuvée Biene und Hase du Domaine Shelter (€ 25,00). La région bénéficie d’un climat plus frais, en particulier la nuit, ce qui préserve la fraîcheur des vins. Il y a tout ce que j’aime dans les meilleurs pinots noirs allemands : finesse, bouquet, concentration élégante, bois totalement maîtrisé.

Et on finit avec tout autre chose : un pinot noir du Palatinat élaboré par le Domaine Rings (€ 23,00), bien installé parmi l’élite des domaines allemands. Si on était en France et dans le guide de la RVF, ce serait un domaine ***. Son « simple » spätburgunder est une merveille. Le style est plus puissant que celui des vins précédents. Une pointe de réduction, un nez de viande fumée, du jus et une forte concentration. Si je le goûtais à l’aveugle, je pense que je l’aurais sans doute placé en Rhône nord, 100% syrah, tendance Côte Rôtie. Eh oui. En tous cas, une très belle façon de terminer cette dégustation !

Commandes au plus tard ce mardi 27 août, de préférence via le magasin ou par réponse à cet-email.

Chablis – Denis Pommier*

Agréable surprise à la lecture de l’édition 2025 (digitale) du Guide Vert de la Revue du Vin de France: le Domaine Pommier reçoit sa première étoile *.

Celle-ci s’explique en particulier par la réussite exceptionnelle du millésime 2022, une année solaire magistralement gérée par le couple Denis et Isabelle Pommier. Les notes obtenues par les différentes cuvées varient entre 90 et 94. Plus de précisions dans le magasin.

Anthocyane propose pas moins de cinq cuvées: le Petit-Chablis Hautérivien, le Chablis Croix aux Moines et 3 premiers crus: Côte de Léchet, Fourchaume et Troesmes.

Vous les retrouvez toutes les cinq dans le magasin.

Allemagne et Autriche

Le samedi 24 août, de 10 à 18 heures, dégustation autour du bar d’une quinzaine de vins allemands et autrichiens. Adresse habituelle, rue des Chats 171 à 1082 Berchem-Ste-Agathe. Commandes à me transmettre au plus tard le mardi 27 août.

Le programme est finalisé et peut être consulté ici.

Du riesling évidemment, mais aussi du chardonnay, du sauvignon, du grüner veltliner, du pinot noir, du zweigelt et du blaufränkisch. Et une pincée de syrah.

Plus d’information au sujet du pinot noir allemand ? Voici !

Six régions d’Allemagne sont représentées ainsi que quatre régions autrichiennes. Prix à partir de € 10,50. Vins secs, légers en alcool (maximum 13%).

Des domaines prestigieux: Wittmann, Rings, Am Stein et des domaines d’un excellent rapport qualité/prix: Holger Koch, Fritsch, Georg Gustav Huff.

Note complémentaire pour ceux et celles qui ne sont jamais venus à une dégustation d’Anthocyane (ou qui ont oublié comment ça se passe).

La dégustation a lieu au rez-de-chaussée, chez moi. Le parking est facile, très proche de la maison. Il faut juste penser à placer son disque de stationnement.

De l’extérieur, rien ne permet d’anticiper ce qui se passe à l’intérieur: ni vitrine, ni logo, ni tonneau vide. Vous sonnez au 171: je vous ouvre (et si ce n’est moi, c’est Catherine, mon épouse). Il est inutile de s’inscrire au préalable et vous pouvez passer à n’importe quel moment entre 10 et 18 heures.

Vous recevez un verre, une liste des vins en dégustation qui sert de bon de commande et de quoi écrire.

On goûte autour du bar, comme on le souhaite: en silence et concentré, en échangeant avec les autres personnes présentes, en sélectionnant avec précision ce que l’on souhaite goûter ou en dégustant la série complète (il y a des crachoirs sur le bar).

Les vins que je propose correspondent à mes goûts et s’inscrivent dans mon expérience personnelle. Ces vins racontent une histoire: certains crient, d’autres murmurent et c’est très bien comme ça. Sur ce site, vous trouverez un onglet « concept » où tout ça est expliqué en détail. Vos goûts sont forcément différents des miens. Personne n’a tort, personne n’a raison. Chacun traduit la langue du vin à sa façon. Nous nous confrontons ensemble à la petite musique qui s’échappe du verre et nous profitons de l’instant.

Quand la météo le permet, on peut déguster assis, en terrasse. Samedi, on verra si la pluie est allée jouer ailleurs…

Vous passez commande à l’issue de la dégustation ou vous prenez votre temps pour décider et me transmettre votre commande (par e-mail ou via magasin en ligne), au plus tard le mardi qui suit la dégustation (en l’occurrence: le mardi 27 août).

Il n’est pas possible de repartir directement avec les vins commandés puisque j’achète chez les importateurs en fonction des achats de mes clients. Je travaille donc (quasiment) sans stock.

Je livre moi-même les belles commandes à Bruxelles et périphérie. Je livre moi-même les autres commandes lorsqu’elles s’inscrivent dans une tournée logistique qui fait sens. En général, cela se passe le samedi. Il m’arrive de livrer à Court-St-Etienne, à Jodoigne, à Limal, etc… C’est gratuit, parce que je n’ai aucune idée du prix que je devrais demander.

Toutes les commandes donnent lieu à une facture en bonne et due forme, il suffit de me communiquer vos desiderata ainsi que les coordonnées de facturation complètes.

S’il vous manque une réponse, posez-moi votre question par e-mail ou par WhatsApp (voir page « Contact »).

Bourgueil …blanc ?

Les appellations Chinon, Saumur et Anjou proposent des vins blancs, élaborés avec le cépage chenin. Rien de surprenant, c’est comme ça depuis la nuit des temps. Par contre, Bourgueil …c’est non: le décret de l’appellation en 1937 n’a autorisé que le rouge.

Or, au 19ème siècle, Bourgueil proposait des vins blancs de chenin. Cela a titillé quelques vignerons à la recherche d’une nouveauté. Le processus a commencé il y a plus de 10 ans, sous la forme de vins blancs portant simplement l’IGP « Val de Loire ». Un exemple parmi d’autres: la cuvée Bâtard-Princesse du Domaine du Domaine Yannick Amirault. Les premières vignes de chenin ont été plantées en 2017 sur le coteau mythique du « Grand Clos », en haut du village de Bourgueil, exposé plein sud. 2.000 bouteilles en millésime 2023.

On estime que 2% du vignoble de Bourgueil est planté en chenin et commercialisé en IGP « Val de Loire ».

Je me souviens d’une visite au Domaine de la Chevalerie, en septembre 2012, pendant laquelle Pierre Caslot, après m’avoir fait goûter une longue série de rouges, m’a emmené dans un petit coin sombre de la cave. Deux petits tonneaux, une pipette, un sourire mystérieux … Eh oui, un chenin sec et un chenin moelleux ! Ce n’était pas proposé à la vente, c’était juste pour le plaisir de partager. 15 ares de chenin, un grand jardin, pas plus.

Il y a quelques jours, les vignerons et vigneronnes de Bourgueil ont voté les contours du vin blanc qu’ils espèrent produire sous leur appellation : un chenin sec à 6 g/l maximum de sucres résiduels, avec interdiction de chaptalisation, au rendement de 55 hl/ha (comme les rouges et rosés), embouteillé après le 15 mars et récolté en vendanges manuelles.

C’est un premier pas. La route est encore longue et semée d’embûches. Mais un Bourgueil blanc 2030 est possible !

Zinfandel !

Je me suis toujours abstenu de commercialiser des vins issus de ce que l’on a l’habitude d’appeler le « Nouveau Monde », comme si la viticulture était évidemment européenne et que les tentatives américaines (océaniennes, africaines) relevaient de l’imitation récente. Or, pourtant…

vigne centenaire, en Californie (Domaine Bedrock)

Nos vignes européennes sont à plus de 99% greffées sur des ceps américains. Sans cette habile manœuvre, le vilain petit phylloxéra aurait tôt fait de détruire la plante et de ruiner le vigneron. Pendant la deuxième moitié du 19ème siècle, le massacre du vignoble européen ne prit fin qu’au moment où un génie dont le nom m’échappe décida de surgreffer les vignes européennes. Attention, la bestiole n’a pas été éradiquée, elle s’est installée en Europe et guette tout relâchement.

En regardant la réalité dans l’autre sens, les vignes américaines ne sont elles greffées sur rien du tout, c’est-à-dire qu’elles sont franches de pied, puisqu’elles résistent naturellement aux attaques du vilain petit phylloxéra dont mention ci-dessus. Le dégustateur a en quelque sorte accès à la vérité du cépage, puisque le filtre du surgreffage n’existe pas.

Venons-en au fait.

Le vin pour lequel je fais exception est un zinfandel élaboré grâce à un vignoble de 4,05 hectares, planté en 1915. Vignes plus que centenaires donc. Terroir majoritairement sableux.

Ce vignoble se situe dans la Mokelumne River, une AVA au sud de Sacramento et donc pas bien loin de San Francisco. AVA ? American Viticultural Area, ce qui correspond à notre IGP (indication géographique protégée). La notion d’appellation d’origine protégée n’existe pas aux Etats-Unis, terre de la liberté d’entreprendre sans paperasserie administrative, ni contraintes possiblement insensées.

Comme le malbec en Argentine, le carménère au Chili et le pinotage en Afrique du Sud, le zinfandel (que l’on trouve en Europe sous le nom primitivo dans le sud de l’Italie et de tribidrag en Croatie), c’est la Californie, c’est le cépage emblématique de la région même s’il y a au moins autant de cabernet sauvignon planté. Pour des raisons purement économiques, on arrache de vieux ceps de zinfandel pour replanter du cabernet sauvignon, plus facile à « valoriser ». Les sous quoi.

Je me souviens de zinfandels californiens d’il y a 20 ans et plus, terriblement chargés en alcool, avec une suavité qui pouvait aller jusqu’à l’écœurement. Pas trop mon truc. Un verre, ça va, deux verres …

Et voici, un peu par hasard, que je plonge le nez et les lèvres dans une cuvée du Domaine Bedrock, à savoir ce Katusha’s Vineyard 2022, 90+ % zinfandel qui se signale par un équilibre sudiste de haut vol: c’est riche bien entendu, mais c’est surtout équilibré, suave et frais, doté d’un grand fruit juteux et de tannins discrets. Cela m’évoque l’élégance des meilleurs Châteauneufs-du-Pape. Si, si, j’ai écrit « élégance ». L’élevage se fait en foudre et en fûts de grande dimension. Très peu de bois neuf.

A l’époque de la plantation de ce vignoble (1915 donc), il n’était pas rare de complanter: il se pourrait que quelques ceps de petite syrah, de carignan, de mourvèdre, de cabernet sauvignon, voire de cépages blancs se soient glissés entre une très large majorité de ceps de zinfandel. D’où ce 90+%.

à droite, Morgan Twain-Peterson; à gauche, Chris Cottrell, son associé

Bedrock, c’est aujourd’hui Morgan Twain Peterson, le vigneron passionné par les vieilles parcelles qu’il souhaite ajouter à son impressionnant trésor de guerre : sa parcelle la plus ancienne date de …1888 ! Morgan est préoccupé par la disparition progressive de ces vielles parcelles qui ont le « défaut » de produire des rendements faibles, voire très faibles. L’éternel conflit entre qualité et quantité. Il a créé, avec quelques autres passionnés, la Historic Vineyard Society qui milite pour la préservation d’un précieux patrimoine. L’association HVS a déjà répertorié des dizaines de parcelles, dont quelques unes datant des années 1870 et 1880. Cerises sur le gâteau, Morgan est Master of Wine depuis 2017 (la distinction suprême dans le monde du vin) et il s’exprime en français.

Ah oui, avant que je n’oublie, je peux vous en fournir quelques bouteilles:

Surréaliste

Anthocyane a le plaisir de proposer les vins du Domaine Joan d’Anguera (Espagne, Catalogne, appellation Montsant) et en particulier la cuvée Altaroses, un pur grenache peu extrait, construit sur la finesse. Le millésime 2021 est actuellement disponible.

Quant au 2022, il vient de passer son examen d’agrément devant les juges de la denominacion de origen.

Patatras ! Ajourné, busé, recalé, renvoyé à ses études. Les juges refusent d’octroyer l’appellation Montsant à ce millésime.

« Ah, dois-je en déduire que ce millésime est un mauvais vin ? »

Question judicieuse, à laquelle la réponse est NON. Que reprochent les juges à cet Altaroses 2022 ? Sa couleur n’est pas assez dense, le vin est trop clair. Vous lisez bien, le seul reproche porte sur la densité de la couleur du vin ! Et la recommandation des juges est si simple (comment les vignerons n’y ont-ils pas pensé…): il suffit d’ajouter une bonne dose de colorant pour que le problème disparaisse !

La situation est donc très claire: soit les frères d’Anguera jouent au petit chimiste à coups de E120 et plus si affinités, soit ils quittent l’appellation. Et cette dernière option est d’autant plus triste que les frères d’Anguera ont été à l’origine de la création de l’appellation.

Il se dit que la réponse aurait été fournie sous la forme succincte (mais très claire) d’un doigt majeur pointé verticalement. Anthocyane goûtera le millésime 2022 lorsqu’il sera prêt. Je parie que le vin sera bon, ce sera une ode à la finesse et au cépage grenache. Mais lorsque votre œil attentif cherchera sur l’étiquette la mention « D.O. Montsant », il rentrera bredouille.

La couleur d’Altaroses est constitutive de son identité. Elle sera ce que les raisins voudront.

La Catalogne ne serait-elle pas la patrie d’un certain Dali ?

Lectures

Quelques extraits de la Revue du Vin de France de ce mois de juillet 2024.

Enfin une autrice francophone pour affirmer les qualités du pinot noir allemand. Oui, l’Allemagne est le pays du riesling, mais les meilleurs vignerons maîtrisent également le capricieux et subtil pinot noir.

Anthocyane propose les Chablis du Domaine Pommier.

Anthocyane propose régulièrement des vins du Domaine Meyer-Fonné.

Cépages bordelais

Les cépages bordelais ne sont pas à la mode: tout ce qui évoque Bordeaux paraît suranné, poussiéreux, trop boisé. Et pourtant, les cabernets (franc et sauvignon), le merlot, le malbec et autre petit verdot sont plantés avec succès dans le monde entier. Inutile d’ailleurs de quitter la France, il suffit de passer par la Loire et/ou par le Sud-Ouest.
Quand on confronte un Californien chic et cher, un cru classé du Médoc avec plus de 30 ans au compteur, un Cahors de style traditionnel, des Ligériens de bonne origine et quelques outsiders, qui c’est qui gagne à la fin ? Hmmm ?

Eh bien, pour le plus grand plaisir de l’auteur de ces lignes, le vainqueur s’appelle Le Clos Galerne, plus précisément la cuvée Anjou Noir. Ce vin s’est distingué par son profil vertical et son fruit pur. Cet assemblage de 80% de cabernet franc et de 20% de cabernet sauvignon évolue bien en prenant un peu d’âge (millésime 2019). Ce n’est pas un grand rigolo, d’aucuns diraient qu’il fait même preuve de cérébralité. Mais quelle intensité, soulignée par des tannins précis. Vin de garde assurément, mais qui réussit dès à présent à faire la quasi-unanimité des dégustateurs.

Vin orange

Les vins orange sont à la mode: on en parle dans toutes les revues spécialisées, nombreux sont les vignerons qui en proposent au moins un dans leur gamme. Sans surprise, le pire côtoie le meilleur. L’opportunisme ouvre trop souvent le chemin à la caricature. L’imitation mal digérée de modèles couronnés de succès se termine en eau de boudin. Heureusement, lorsque le vigneron fait dans la nuance et la subtilité, des vins orange originaux et complexes secouent les préjugés et offrent de belles expérience de dégustation.

« Oui, mais, c’est quoi un vin orange ? »

Historiquement, c’est le vin blanc sec antique. En Géorgie, on fait le vin ainsi depuis des milliers d’années. Cette petite république du Caucase est souvent considérée comme le berceau du vin: les archéologues y ont sorti de terre bien des traces d’une transformation du raisin par la main de l’homme en un liquide fermenté. Et comment les Vieux Géorgiens s’y prenaient-ils ? En laissant macérer les raisins blancs, exactement comme le monde entier s’y prend aujourd’hui pour élaborer les vins rouges. Les peaux, les pépins et parfois les rafles restent au contact du jus pendant quelques jours, quelques semaines voire quelques mois. Pendant ce temps, les substances colorantes et structurantes se dissolvent dans le jus. Bref, le vin orange se reconnaît à sa couleur et à la présence de (petits) tannins.

On associe régulièrement vin orange et élevage dans la terre cuite (amphores, jarres, qvevri, tinajas, etc…). Il est vrai qu’il y a une solide corrélation positive. Mais pas la moindre obligation: on peut faire du vin orange sans l’élever à façon géorgienne.

D’aucuns affirment que cette méthode conduit à élaborer des vins plus légers en alcool, plus intenses et plus complexes. L’équilibre entre acidité et amertume penche plutôt vers cette dernière. D’autre diront que les vins ont une fâcheuse tendance à se rassembler qu’ils proviennent de Géorgie, de Slovénie, du Frioul italien ou d’ailleurs. La question du terroir reste entière: le vin orange révèle-t-il le terroir ou le vin blanc classique y réussit-il bien mieux ?

NB: en italien, on parle plutôt de vins cuivrés (ramato). En anglais, on lira souvent skin contact ou amber wines.

En dégustation

La dégustation « à l’aveugle » du 07 juin mettait en concurrence deux vins orange géorgiens, un grec et sept français, chacun représentant l’un des sept coins de l’hexagone. Je sais, le compte n’y est pas, mais qui connaît l’heptagone ?

Ont participé vaillamment: Jasse de Gauby représentant le Roussillon, Artisan de Mathieu Deiss (Vignoble du Rêveur) représentant l’Alsace, Figuière représentant la Provence, Plageoles représentant le Sud-Ouest, Thierry Germain (Les Roches Neuves) représentant la Loire, Le Conte des Floris représentant le Languedoc et Guillaume Quenard représentant la Savoie (Chignin-Bergeron). Ce dernier n’a vraiment pas convaincu, archétype du vin nature, plus proche du cidre et de la bière blanche que du vin blanc fût-il orange.

Terres de Thierry Germain s’en sort avec les félicitations du jury grâce à un nez complexe (caillou, abricot, poivre, zeste d’orange) et à la finesse de ses tannins.

Mais (et sans doute à la surprise générale), c’est le vin grec qui remporte la victoire avec une moyenne de 16,1/20 ! Domaine Thymiopoulos, cuvée « Blanc des Côteaux » (en français dans le texte), millésime 2021.

C’est donc avec plaisir que ce vin se retrouve dès à présent dans la gamme d’Anthocyane.

Et …cette dégustation ?

La dégustation de ce samedi 25 mai a permis aux participants de découvrir des vins étonnants et de faire quelques comparaisons pertinentes.

Nous avons en particulier comparé :

  • le Chablis « Croix-aux-Moines » 2022 de Denis Pommier (légèrement boisé) avec le Mâcon-Verzé « Le Chemin blanc » 2022 de Nicolas Maillet (100% cuve),
  • le rosé corse de Sant’Armettu « Mino » 2023 (en rondeur confortable) avec le rosé provençal du Clos de l’Ours « L’Accent » 2023 (tout en énergie)

Les fans du cépage nebbiolo ont manifestement apprécié les deux vins en provenance de la Valtellina (Lombardie, près de la frontière suisse): le classique Botonero 2023 et la nouveauté Convento San Lorenzo 2021 (intense, raffiné, élégant).

Le Domaine de La Madone a élaboré en 2023 un « Mi-Noir Mi-Bouze » de derrière les fagots : intensément coloré, fortement fruité, savoureux et « civilisé » (le millésime 2022 était « sauvage et rebelle »).

Le Priorat blanc “Coma Calcari” confirme son statut de vin d’une grande complexité : donnez-lui quelques minutes dans le verre, laissez-le légèrement réchauffer, revenez-y encore, le vin ne cesse de se transformer ! C’est un Priorat blanc atypique, qui conjugue le sud d’où il est originaire avec le nord (quelques réminiscences de riesling !).

Vous voulez changer d’avis au sujet du cépage aligoté ? Plongez sur le 2023 « pure cuve » de Nicolas Maillet : au-delà de la fraîcheur qui caractérise ce cépage, une belle matière mûre et fruitée.

Enfin, comment résister à la texture soyeuse d’Altaroses (Catalogne, 100% grenache) ? Une formidable interprétation d’un cépage trop souvent malmené par des alcools brûlants.

NB : le Gentil d’Alsace (riesling, muscat, pinot blanc) est décidément un bien joli vin, proposé à un tarif très attractif. Bon à savoir : il n’est pas parfaitement sec, une petite pointe de sucre résiduel lui donne du charme mais le destine en priorité à l’apéritif et aux cuisines exotiques/piquantes.

Tous ces vins peuvent être commandés en cliquant sur le bouton ci-dessous:

Sont également disponibles les deux classiques suivants:

Ah oui, il y a de nouveau du stock en Richeaume Carignan 2021.

Commandes au plus tard ce mardi 28 mai. Les vins seront mis à disposition pendant la première quinzaine de juin.

Juste comme ça

Lecchi est un hameau de Gaiole

Ce soir, restaurant qui met de la joie dans les assiettes et du sourire sur les lèvres ! La cuisine est simple sans aucune sophistication mais elle est goûteuse et servie par une équipe qui aime son métier. Ajoutez-y une belle carte des vins, pas très longue mais sacrément tentante, une absence complète de difficulté à se garer, un décor brol vintage charmant et une addition sans mauvaise surprise (entrée plat dessert café eau et vin = € 147), c’est un ticket gagnant !

À propos de vin, je n’ai pas résisté au Riserva du Domaine Monsanto en millésime 2020 (€ 50 sur table), une cuvée presque culte qui me semble difficile à trouver en Belgique. Cette bouteille porte un nom catastrophique (remember glyphosate/Round’Up) et une étiquette assez affligeante. Mais Monsanto est un temple de la tradition et il me semble très improbable que quelque chose ne change.

Le style du vin est très en rondeur dodue avec peu de tannins et relativement peu d’acidité. Mais quelle belle matière apaisée ! Quelle suavité sans mollesse ! Prune, épices et cuir. Content d’avoir pu goûter cela.

Vintage ?!

Techniquement: 90% sangiovese, 10% colorino & canaiolo. La cuvée existe depuis 1962.

On peut visiter la cave historique datant du 18ème siècle. Le Domaine se situe à Barberino Tavarnelle, à l’ouest de l’appellation Chianti Classico.

Riecine

Sans grande surprise pour ceux et celles qui connaissent la gamme d’Anthocyane, me voici donc au Domaine Riecine à Gaiole in Chianti. Les deux derniers kilomètres avant d’arriver nécessitent un conducteur attentif. Une fois le portail franchi, nous sommes reçus par Lorenzo qui nous propose une visite très complète dans un anglais parfait.

La maison des propriétaires

En particulier, il nous montre le trésor, c’est-à-dire la bibliothèque des flacons historiques où sont conservés dans des conditions idéales les millésimes anciens: on remonte allègrement aux années ‘90, voire plus loin pour certains crus.

Le Domaine a été fondé en 1971 et n’a pas changé de philosophie depuis, malgré deux changements de propriétaires. On ne vise en aucun cas à en mettre plein les yeux, plein le nez et plein le palais. On veut faire mieux, plus équilibré, plus subtil. Pas question de tomber dans le piège d’un modernisme avide du toujours plus. Le bois fait partie de la panoplie de l’équipe qui vinifie, mais le bois neuf est proscrit (sauf pour La Gioia, j’y reviens plus loin) et les contenants sont des 300 litres, voire des 500 litres, qui marquent peu. Les fermentations ont lieu pour l’essentiel en cuves béton, matériau poreux qui permet une micro-oxydation des vins.

On remarque aussi plusieurs œufs en béton (Nomblot) utilisés pour la cuvée Riecine di Riecine (ma préférée).

Un coup d’œil sur le vignoble qui entoure la propriété permet d’observer des vignes cultivées en albarello, c’est-à-dire en bush vines: il n’y a pas de rangs, ce qui implique des vendanges manuelles. Pas de souci puisque tous les raisins sont récoltés à la main. Lorenzo nous indique que le nom du Domaine est d’origine étrusque et signifie entre deux rivières. Entre nous, les deux rivières dont question sont très peu visibles.

Pendant la conversation, le sujet du bouleversement climatique ne peut être évité. Le gel frappe peu le Domaine, mais la grêle peut être dangereuse: en 2024, Riecine n’en a pas souffert, mais des domaines voisins ont eu moins de chance. Les parcelles se situent essentiellement en altitude et l’humidité est maîtrisée grâce aux vents qui sèchent les grappes. On travaille en bio dans le vignoble depuis de longues années et depuis trois ans le travail en cave est également bio grâce à quoi la certification a été obtenue depuis le millésime 2021.

Un artiste s’est chargé de décorer les différents bâtiments

On produit ici à peu près 60.000 bouteilles dont une moitié de Chianti Classico. Le reste se partage entre le rosé, le Chianti Classico Riserva, les quatre cuvées de prestige et le blanc.

La dégustation commence avec le rosé Palmina 2022 (igt Toscana): c’est croquant, fruité et léger (12,50%) avec de la couleur. Un complément pertinent à la gamme des vins rouges, qui commence par le simple Chianti Classico 2021 (le 2022 est déjà disponible, mais le Domaine préfère faire goûter son aîné qui se goûte mieux en ce moment). Tout ici est question d’équilibre: surtout ne pas extraire trop pour garder une grande buvabilité et des arômes de cerise fort appétissants. Une note de poivre noir qui est une signature de la gamme de Riecine. On en boirait jusqu’au bout de la nuit !

Intéressant, nous goûtons ensuite le Chianti Classico Riserva dans le même millésime 2021. Lorenzo me confirme que les raisins sélectionnés pour ce Riserva ne proviennent pas systématiquement des mêmes parcelles: le choix se fait sur base d’une dégustation qui permet de faire le tri. Donc forcément plus de concentration, plus de corps (14,50%) et plus de tannins dans la version Riserva, laquelle est destinée à une garde en cave qui peut certainement franchir le cap des dix ans. Cela étant cela se goûte déjà fort bien, avec cette nuance poivrée très énergique.

Et voilà que nous est présentée une cuvée de prestige parcellaire: Vigna Gittori 2020. Cette parcelle qui se situe en altitude le long de la route qui mène au Domaine, a été acquise récemment: premier millésime en 2018. Secouons vigoureusement nos verres pour oxygéner l’animal ! C’est intense et concentré, mais je note surtout la qualité des tannins et la parfaite maîtrise de l’alcool (13,50%). Puis viennent la salinité et la finale longue et précise. Il y a une belle cohérence avec ses deux prédécesseurs.

Lorsque l’on passe à la cuvée La Gioia 2020, le cap change: il y a du merlot dans l’assemblage et cela donne rondeur et confort en bouche. C’est succulent et aromatique, mais cela correspond moins à mon goût personnel. Si ce n’était la barrière du prix, ce serait sans nul doute un grand succès commercial !

Restez attentifs, ce n’est pas fini ! Voici Tresette (littéralement trois sept) qui tire son nom des trois barriques de 700 litres qui l’élèvent. Il s’agit d’un 100% merlot: autant dire d’emblée que je me méfie. D’où la surprise de goûter un merlot d’altitude qui m’oblige à remettre en question mon opinion aussi préconçue qu’erronée au sujet de ce cépage qui a souvent tendance à faire preuve de lourdeur et d’une suavité excessive. Ravi de goûter un merlot énergique et bien équilibré malgré 15% d’alcool.

Avant de reprendre la route vers Gaiole, nous profitons de la terrasse du Domaine avec vues du type cliché toscan, moult oliviers, cyprès, bois de feuillus et de conifères, vignes et maisons au charme dévastateur.

Sur la terrasse

Un Domaine toscan sous la loupe: Badia a Coltibuono

Badia a Coltibuono, domaine bio au sein d’une très ancienne abbaye

Badia a Coltibuono est un exemple parmi tant d’autres en Toscane qu’il est possible de transformer un Domaine viticole en projet d’oenotourisme attractif: des chambres, des cours de cuisine, un restaurant, le tout dans le cadre assez idyllique d’une abbaye du 12ème siècle, perchée au sommet d’une colline avec vue imprenable.

Élément qui m’a fait craquer: le menu dégustation en cinq étapes, chacune accompagnée par un verre de la production du Domaine (€ 85). Ce n’est pas de la haute gastronomie mais c’est honnête et relativement original.

Après un vermentino techniquement irréprochable mais manquant de personnalité, le Chianti Classico Riserva 2019 est une déception: je le trouve terne, fatigué, douceâtre, peu concentré et dépourvu de structure tannique. C’est un vin gentil mais il ne me semble pas digne du statut Riserva. À € 30 (prix au Domaine), je ne suis pas preneur. Une bouteille qui aurait mal évolué ?

Heureusement, le vin suivant est d’un tout autre tonneau: Sangioveto 2020 (igt Toscana), 100% sangiovese, super-toscan élevé en barriques (10% neuves), d’un degré alcoolique élevé (15%) se montre énergique et précis. Le fruit est frais et croquant, l’élevage discret, l’alcool équilibré par la fraîcheur. Servi à bonne température (ce n’est malheureusement pas courant, les rouges étant régulièrement servis tièdes/chauds), ce vin est équilibré et doté de tannins de belle qualité. Seul bémol: à € 46 (prix au Domaine), je suis hésitant.

Ensuite vient Montebello 2018, un autre super-toscan (igt Toscana), assemblage de neuf (sic) cépages différents: sangiovese, colorino, mammolo, canaiolo, malvasia nera, etc… Degré alcoolique à 15,50%, style extraverti, boisé, typé pour le marché américain. C’est sans doute fort bon, mais cela ne correspond pas à mes goûts personnels. Ce vin me semble, malgré ses grands airs, manquer de substance et (allez, j’ose) de spiritualité. Bien sûr il est possible que je sois passé à côté. À € 52 (prix au Domaine), cela DOIT être bon. Un pas en arrière par rapport au vin précédent.

Pour finir, le vinsanto 2014, vin blanc doux de malvasia et de trebbiano. C’est une friandise qui tient la route: il y a de la fraîcheur pour contrebalancer 15% d’alcool et un sucre résiduel de type moelleux. Le prix est malheureusement dissuasif: € 44 pour une demi-bouteille.

Voici les détails du menu

Un Domaine intéressant ? Oui. Un Domaine qui me pousse à faire une folie en puisant profondément dans ma besace sonnante et trébuchante ? Non. Du moins sur base de mon impression de ce jour. Néanmoins si quelqu’un souhaitait m’offrir une bouteille de Sangiovete, j’accepterais ce présent avec le sourire et avec reconnaissance…

Demain, visite d’un Domaine. À suivre !

Sommes arrivés en Toscane !

Après un intermède culturel à Ravenne (mosaïques paléo chrétiennes de toute beauté, vins blancs régionaux de Romagne qui m’ont bien plu, mais qui ne résisteraient sans doute pas à une nouvelle dégustation à Bruxelles), nous voici en Toscane, via Arezzo. Dans le village de Gaiole in Chianti, nous dînons à l’Osteria al Ponte.

Ce restaurant propose le chant des grenouilles dans la rivière, le blues le plus authentique dans les haut-parleurs (Albert King, Rory Gallagher, etc…) et la viande la plus florentine. Ici, on ne se bat pas pour une inaccessible étoile, mais pour un concept à la fois simple et exceptionnel: la meilleure viande de bœuf de la planète. Service en salle (en l’occurrence en terrasse) de haut niveau, c’est-à-dire qui maîtrise tant les aspects techniques (découpe et assaisonnement de la viande à table) que le contact avec le client. Cette équipe pluri linguistique sait comment interagir avec le client et donner une irrésistible envie de revenir.

Boisson: un vin du Chianti Classico, mais hors appellation puisque 100% colorino (IGT Toscane), un cépage qui est souvent présent en petite quantité aux côtés du sangiovese dans les vins en appellation Chianti Classico, mais qui doit ici se défendre tout seul. C’est raisonnable en alcool (13,5%), charnu et sensuel avec une finale assez précise. Peu tannique. Cela tient la route avec les plats carnassiers.

Domaine Rocca di Castagnoli, cuvée Pratola dans l’excellent millésime 2019. 100% colorino, vignes de 20 ans, parcelles exposées nord et sud, altitude 400 mètres, 18 mois en barriques usagées, 6 mois cuve inox et 12 mois en bouteilles.

Sur table € 58. Au domaine € 38: coefficient raisonnable.

Le Domaine Rocca di Castagnoli est bio

Ce Domaine se situe à exactement 5 kilomètres du restaurant: on suppose que le voyage n’a pas été trop fatiguant !

Bonne nuit !

Exploration en Valpolicella

Ce mercredi 08 mai, c’est cap sur le Domaine Stefano Accordini à Cavalo. Stefano est le créateur du Domaine, en 1970. Il est décédé récemment. Aujourd’hui, c’est la troisième génération qui aux commandes de ce domaine …familial.: Giacomo, Paolo et Marco.

Trois générations d’Accordini

La gamme est large et commence par des vins de consommation courante sur lesquels il n’est pas nécessaire de disserter.

Le Valpolicella Superiore me semble marqué par un boisé excessif du moins par rapport à la matière du vin. Ce boisé lui donne un style un peu sec qui n’est pas représentatif du style de la maison.

On passe ensuite à une paire de vins « ripasso », c’est-à-dire qui ont subi une deuxième fermentation en « repassant » sur les peaux des raisins qui ont servi à élaborer l’Amarone. Cette repasse enrichit le vin en couleur, en tannins et en alcool. Le Ripasso 2021 est fort bon, avec une certaine suavité qui me semble caractériser la plupart des vins. Mais le lui préfère clairement le Ripasso 2019 dans sa version bio: fondu, harmonieux, savoureux et précis, il a tout pour plaire.

Parenthèse: le Domaine est 100% bio, mais ses voisins ne le sont pas. Lorsque ceux-ci aspergent leurs vignes avec des produits interdits en bio, le vent se charge de les transporter dans toutes les directions. Conclusion: Accordini ne labellise « bio » que les vins issus de parcelles « sans voisins ». Il ne reste qu’à convaincre les voisins conventionnels de changer leurs pratiques …

La dégustation, du premier au huitième vin

On passe à Paxxo, un vin hors appellation puisqu’il conjugue des cépages locaux ( corvina et rondinella) avec du cabernet sauvignon et du merlot. Pour l’anecdote, ce vin s’appelait initialement Passo. Mais les risques de confusion avec les vins de type « ripasso » ont poussé les vignerons à remplacer deux « s » par deux « x ».

C’est un grand charmeur, sensuel en diable, rempli de bons fruits, avec de gros de morceaux de plaisir dedans. Ce vin est le premier de la gamme goûtée à bénéficier de l’opération concentration par séchage des raisins. Cette méthode est en quelque sorte la signature de la région et est pratiquée depuis de longs siècles : une fois les raisins cueillis, on les dépose délicatement dans des paniers peu profonds et on empile ces paniers dans un local bien aéré et peu humide. Il s’agit d’empêcher l’apparition de champignons et moisissures qui peuvent détruire la récolte: les raisins en phase de séchage sont contrôlés deux fois par jour pendant les trois mois que dure le processus. Pour compenser les jours sans vent et les jours pluvieux, un système d’air conditionné est prêt à prendre le relais.

Mais quel est le but du jeu ? Simple, pendant le séchage, les raisins évaporent de l’eau, beaucoup d’eau. Les grappes se ratatinent et concentrent leurs sucres. À l’issue du processus, on passe à la macération, fermentation et élevage classiques. Bien sûr, le talent se reconnaît à l’équilibre du résultat. Paxxo est un bon exemple du potentiel de cette technique, parce que le degré alcoolique élevé (14,50%) est compensé par une acidité élevée.

Petit foudre en bois de Slavonie. Tonnelier Garnellotto, le choix des meilleurs Domaines du nord de l’Italie.

Et maintenant les choses vraiment sérieuses, à savoir deux parmi les trois Amarone produits par le Domaine: la version classique en millésime 2020 et le sommet absolu: Il Fornetto Riserva 2016. Passionnante comparaison entre un Amarone jeune et une bouteille ayant bénéficié d’un long élevage en bois neuf. Le 2016 se goûte en réalité plus jeune que le 2020 ! Mes craintes relative à la fameuse grande cuvée qui serait trop boisée, trop tannique, trop alcoolisée, trop tout sont dissipées par la dégustation de ce géant issu de raisins vendangés sur la parcelle Il Fornetto, là où tout a commencé en 1970: les vignes de 46 ans se montrent à la hauteur des attentes !

On termine par la dégustation de deux vins doux: le Recioto traditionnel 2019 (équilibre avec peu d’alcool et beaucoup de sucre: 13,50% et +/- 125 grammes) et Amandorlato 2015, une invention du Domaine Accordini, avec moins de sucre et plus d’alcool (70 grammes et 16%). Ce dernier vin n’a pas le droit à l’appellation Recioto et c’est très bien ainsi puisque cela lui permet d’affirmer sa différence. Élevage en bois de cerisier, raisins issus de Il Fornetto. On se rapproche du style Porto Vintage, mais sans le moindre mutage. Aujourd’hui ma préférence va au Recioto pour sa capacité à donner le sourire aux dégustateurs les plus blasés. Riche certes, mais sans lourdeur.

Vignes typiques de la région, taillées en « pergoletta »

Merci à Elena pour nous avoir guidés pendant cette longue et belle dégustation et pour nous avoir permis de goûter plusieurs cuvées Il Forletto (ce qui n’est prévu vu la rareté et le prix des bouteilles.

Atterrissage en Valpolicella

Imaginons. Vous partez en vacances et choisissez une formule Bed & Breakfast au sein d’une ferme spécialisée dans l’élevage de chèvres. Que recevez-vous pour le pic-nic ? Du lait de chèvre, pardi ! Alternative: la ferme est spécialisée dans la culture de la vigne. Que recevez-vous pour le pic-nic ? Des bulles rosées élaborées avec le cépage corvina ! Nous sommes au Domaine Stefano Accordini qui, outre la production d’une large gamme de Valpolicella, gère un agriturismo de cinq chambres tout-à-fait charmant. Nous avons prévu une visite au Domaine et la dégustation consécutive pour mercredi à midi.

Nous sommes sur les hauteurs de Vérone, pas bien loin du lac de Garde, dans un pays de collines et de terrasses, couvert de vignes, à 500 mètres d’altitude.

Speri, les traditions en Valpolicella

Aujourd’hui lundi 06 mai on commence chez Viticoltori Speri, un Domaine très traditionnel qui se concentre sur une gamme de cinq vins rouges … e basta. Le rendez-vous est fixé dans la vallée (village de Pedemonte). Après la visite des caves, pleines à ras bord de tonneaux de toutes contenances (du foudre en bois de Slavonie de 4.000 litres jusqu’à la barrique bordelaise de 225 litres), on déguste dans l’ordre tel que conseillé par la jeune femme qui nous a guidés avec compétence et sympathie. Le Valpolicella Classico 2023 est très parfumé, aguicheur, facile à boire et assez différent du millésime précédent qui présentait un profil plus sérieux. Ce 2023 est très polyvalent: l’absence de tannins permet de le servir également frais et de le substituer alors à un vin blanc.

Le Valpolicella Ripasso 2021 est un vin plus concentré grâce à une deuxième fermentation, laquelle a lieu en faisant passer le vin sur les peaux des raisins ayant servi à élaborer Amarone. Ces peaux contiennent encore du jus sucré, de la couleur et de l’extrait sec. D’une certaine façon, on retire de l’Amarone ce qui serait top much pour le transmettre au Ripasso qui bénéficie ainsi d’un supplément d’âme. C’est assurément bon, mais ce n’est, à mes yeux, pas spectaculaire. À noter néanmoins une caractéristique qui traverse toute la gamme: le vin est construit sur la fraîcheur et la finesse. Le style Ripasso est maîtrisé avec élégance (j’en connais d’autres qui font dans l’ostentation démonstrative et qui finissent par incarner une certaine vulgarité).

Aucun bois neuf: les tonneaux sont achetés en deuxième main

Voici le Valpolicella Sant’Urbano 2020: ce vin peut revendiquer le titre de « petit Amarone » puisqu’il bénéficie pour partie de l’appassimento, technique qui consiste à sécher le raisin après vendange sur des claies et à attendre que l’eau contenue dans les grains s’évapore, en concentrant ainsi les sucres. Ce vin bénéficie aussi de son terroir d’altitude, vignetto Sant’Urbano: 280 jusque 350 mètres. Ce terroir est argilo-calcaire, sur un substrat d’origine volcanique. Cela me semble très supérieur au Ripasso : le gain en profondeur et en précision est clairement perceptible. Formidable rapport QP !

Nous y voici: nous goûtons l’Amarone della Valpolicella, au sommet de la gamme, en millésime 2019.

D’abord, un fun fact: si vous tombez sur une très très vieille bouteille, c’est un faux ! Le style Amarone n’a pris son envol qu’après la deuxième guerre mondiale. Comme quoi toutes les traditions ne sont pas séculaires.

Ce 2019 se goûte très bien dès maintenant: on peut le mettre en cave pour trente ou quarante années, mais rien n’empêche sa dégustation en vin jeune: la finesse et la qualité des tannins sont à couper le souffle, à mille lieues des Amarone « modernes » qui misent avant tout sur la puissance, le fruité exubérant et la densité des tannins. Chez Speri, on vise 15% d’alcool, alors que beaucoup de Domaines en sont à 16%, voire 16,50% !

quelques flacons très anciens

La définition même de l’Amarone implique l’utilisation de 100% de raisins séchés sur claies (le processus dure jusqu’en janvier) et un élevage d’au moins 24 mois. C’est un vin exceptionnel pour les moments exceptionnels. Le 2019 de Speri est une démonstration probante du style de la maison. De mon point de vue, supérieur à 2018 qui est pourtant remarquable.

Le moment venu -et en fonction des décisions prises par l’importateur-, je me dois de faire goûter ces perles !

La dégustation avant de passer au Recioto

On s’arrête ici ? Ah que non, car voici venir l’Amarone della Valpolicella en millésime 2012. Style fort différent du 2019: celui-ci est plus rond, plus confortable que le 2019. Ce style se traduit également par un léger déficit d’énergie, par une finale moins précise, par une moindre tension: avantage 2019 !

Et puis, le dessert: le Recioto della Valpolicella Classico 2021. C’est ce vin rouge doux qui est à l’origine de l’invention de l’Amarone (sec) vers 1950. Un tonneau de Recioto longtemps abandonné dans un coin sombre tout au fond d’une cave, un vigneron qui se dit que le vin a perdu tout intérêt et qu’il faudra s’en débarrasser. Pour en avoir le cœur net, il goûte …et tombe de sa chaise: le vin est devenu amer (le contraire de sucré). En italien, le vin est donc amaro et voilà que naît l’Amarone ! Il ne faudra que quelques années pour conquérir le monde entier.

Mais revenons-en à notre Recioto: le style est celui du Porto Vintage, mais sans l’alcool de celui-ci. Là où le Portugais titre 20%, le Recioto Speri se contente de 13,5%. Il n’y a évidemment pas de mutage à l’alcool. Beaucoup de sucre résiduel (+/- 120 grammes par litre) mais beaucoup moins que les Domaines qui choisissent le maximalisme: toujours plus de sucre (parfois plus de 200 grammes par litre) finit en pas assez d’acidité pour équilibrer la douceur. Le risque ? Des Recioto plutôt lourds et collants… Vivement le style Speri.

Anthocyane vend en ce moment le Valpolicella Classico 2022 et le Valpolicella Sant’Urbano 2020. L’Amarone Monte Sant’Urbano 2018 est disponible sur commande.

Tous les formats, tous les millésimes

Deiss et Kientzler: une journée en Alsace

En Alsace certes, mais à Bruxelles – premier acte

D’abord un regard en profondeur sur le 1er cru (officieux) Gruenspiel du Domaine Marcel Deiss. En blanc, nous goûtons 2015, 2016, 2018, 2022. Les deux premiers vins ont été vinifiés par le père (Jean-Michel), les deux vins les plus récents sont de la main du fils (Mathieu). Il ne manque que le Saint-Esprit: d’une certaine façon, il planait au-dessus de nos têtes pendant la dégustation…

On commence par une mise en bouche: La Vigne en Rose du Domaine du Rêveur (qui est la création de Mathieu Deiss et de son épouse, grâce aux vignes maternelles): issu d’une complantation avec 85% de gewürztraminer et 15% de riesling, il présente un nez assez complexe: fruits jaunes, menthe, puis agrumes, puis …rose. La bouche est intense, avec un profil presque sec, une concentration moyenne, de la suavité et une finale très légèrement tannique. Ce dernier mot mérite notre attention, nous y reviendrons.

Gruenspiel, terroir et complantation

Amphithéâtre exposé sud, surplombant les grands crus de Ribeauvillé, ce terroir se situe sur la commune de Bergheim. Je laisse le vigneron exprimer la géologie: nature hétérogène du sol superficiel constitué de dépôts torrentiels gréseux, granitiques parfois gneissiques, posés sur une matrice profonde de marnes lacustres du Keuper. Le vignoble est complanté en riesling, gewürztraminer et pinot. Pas d’information fiable quant aux proportions respectives. J’ignore de quel pinot il s’agit.

Gruenspiel 2015

Vinification classique par Jean-Michel, millésime riche et solaire. Le nez est plutôt lourd, avec des agrumes et de la pâtisserie. Le vin est construit en rondeur. La présence du riesling est loin d’être évidente, mais la famille Deiss insiste depuis longtemps sur le rôle mineur joué par les cépages: tout ici tourne autour du terroir, le cépage étant un simple accessoire (j’exagère à peine). Il y a du sucre, je me sens dans l’univers des vins moelleux. La finale est légèrement collante. Mais (et c’est l’un des enseignements de cette dégustation), le vin ne cesse d’évoluer dans les verres, il s’affine progressivement, joue sur le fondu de sa structure et quitte sa gangue sucrée. Si nous l’avions goûté vite fait, mal fait, nous l’aurions méjugé. Rappel de circonstance: évaluer un vin artisanal en quelques instants relève de la sottise. Goûter, regoûter après 15 minutes, après 2 heures, après 24 heures. Eh oui, il faut y mettre une bonne dose d’huile de coude !

Alcool: 14%

NB: jetez un coup d’œil à la photo: on peut y lire discrètement « Le jeu des verts« , une traduction presque littérale de Gruenspiel. On y reviendra. On y lit également « Cru d’Alsace », une façon légale de faire passer le message: Gruenspiel est un premier cru et n’attend qu’une confirmation officielle pour le faire savoir.

Gruenspiel 2016

Vinification classique par Jean-Michel, millésime plus frais. La robe est moins dense que celle du 2015, le nez est léger, pierreux, une pointe de citron apparaît. Le profil est une antithèse du 2015: la bouche est fine, racée, intense, scintillante. Verticalité, minéralité, énergie. La finale est magnifique, très peu marquée par le sucre, nette et presque tranchante. C’est un grand vin qui, lui aussi, évolue dans le verre jusqu’à se présenter comme un 100% riesling (qu’il n’est pourtant pas). Ce qui me frappe lorsque l’on compare 2015 et 2016, c’est le fort impact du …millésime. On a le sentiment que le terroir accueille les caractéristiques de chaque millésime et les restitue pendant la dégustation. Difficile alors de percevoir les caractéristiques du terroir lui-même.

Gruenspiel 2018

Vinification géorgienne par Mathieu. Géorgienne, parce que le vin est légèrement macéré (contact entre peaux et jus): 10% du volume total de vin, pendant 6 jours. On sent une approche prudente, pas-à-pas. Néanmoins, l’impact de cette macération limitée est très visible: la couleur dans le verre est franchement orangée. Le nez est intense et minéral, avec du zeste d’orange. En bouche …

attention, ceci est un moment-clé

Donc, en bouche, je suis frappé par la présence d’un peu de sucre résiduel et d’une note oxydative. Finale tannique. Le profil est plus proche du 2015 que du 2016. Où sommes-nous ? En Alsace ? Euh…Nous sommes sur le Gruenspiel et nulle part ailleurs: les cépages ne comptent pas, la région Alsace ne compte pas.

On remarquera la cure de jouvence dont bénéficie l’étiquette. Le « jeu des verts » se situe à présent juste au-dessous de Gruenspiel.

Gruenspiel 2022

Mathieu va jusqu’au bout de ses idées: 100% du volume est macéré, pendant plusieurs mois. Vin nature, sans soufre ajouté. Le vigneron suggère d’ouvrir la bouteille la veille (ce que nous n’avons pas fait, mais qui le fera ?). Couleur de clairet, rose foncé ou rouge clair, au choix du dégustateur. Mais en tous cas la couleur orange est absente. Le nez m’évoque la cerise (influence sournoise de la robe ?), puis la rose. Un petit air guilleret et sympathique. La bouche est tendue sur son acidité. Le vin est sec, fin et aérien. Il n’y a aucune déviation aromatique. On est plus proche du profil du 2016 que de celui du 2015. Je trouve le vin agréable et j’ose (sous le regard ébahi et courroucé du Saint-Esprit) me risquer à une comparaison avec un grolleau de la Loire. Bon, je reconnais une part de provocation dans ce commentaire, mais le vin me paraît assez simple, trop simple. Le problème est-il dans la bouteille ou faut-il plutôt le chercher dans le nez, la bouche et le cerveau du dégustateur ?

Je me suis progressivement construit un dictionnaire et une approche qui fonctionne de façon satisfaisante avec les vins classiques. Mais ce Gruenspiel 2022 est tout sauf un vin classique ! Ma grille d’analyse repose sur cinq axes: équilibre, complexité, intensité, persistance, spécificité. J’ai l’impression de me confronter à un vin qui refuse d’entrer dans ce cadre. Et qui m’oblige donc à réfléchir autrement, quitte à arriver aux mêmes conclusions, qui sait ? En fait, ce vin ne veut pas de moi: en marketing, on dira que je ne fais pas partie de sa cible. Trop vieux.

A la réflexion, je ne me sens pas capable de définir ce qui ferait la spécificité du terroir Gruenspiel, au travers de quatre vins très différents les uns des autres. Mais autant le 2016 est lisible, autant le 2022 est illisible: le 2016 est écrit en français du vingtième siècle et le 2022 en hongrois (ou en bulgare ou en japonais, selon votre bon plaisir): je ne pratique malheureusement pas ces langues exotiques. Je souhaite converser mais il y a de la friture sur la ligne. J’écoute la voix du Saint-Esprit mais je n’entends pas son message.

NB: la métamorphose esthétique est arrivée à son terme: Gruenspiel a disparu, le « jeu des verts » prend toute la place. Cela colle sans doute mieux à l’univers des vins nature, c’est une communication dépoussiérée, plus jeune. Mais, ô paradoxe, Jean-Michel Deiss se bat avec énergie et détermination pour imposer le Gruenspiel comme un lieu d’exception et on finit par le supprimer de l’étiquette au profit d’une traduction sans charme et sans mémoire.

La contre-étiquette indique un taux d’alcool de 14,5% et affiche le texte suivant: « Vin de macération sur terroir de marne. Vin sec, sans soufre ajouté et sans filtration ».

Gruenspiel 2017 (rouge de pinot noir)

Ce n’est pas fini ! On fait du rouge sur le Gruenspiel. La question de la macération ne se pose évidemment pas, puisque tous les vins rouges passent par cette étape pour extraire la couleur, les tannins, etc…

A ma relative surprise, c’est un vin classique, j’oserais dire bourguignon, avec un nez légèrement sauvage et une bouche mûre, tendue, avec pas mal de matière. Vin juteux se terminant par une finale pleine de bons tannins. L’alcool joue son rôle à l’arrière-plan, l’élevage itou.

Cela me plaît beaucoup ! C’est ma médaille d’argent, après le blanc 2016. Mais j’ignore sur quelle base faire le lien avec le terroir Gruenspiel.

Bilan: j’ai passé un excellent moment (malgré le courroux du Saint-Esprit) et le sujet mérite assurément de s’y intéresser de près. Je reconnais volontiers manquer d’expérience pour évaluer les vins blancs de macération à leur juste valeur. Mais je ne peux cacher une profonde perplexité: pourquoi cette radicalité qui consiste à faire table rase du passé et de l’histoire ? Pourquoi glorifier Gruenspiel (au détriment de la région Alsace et des cépages) avant de le supprimer de l’étiquette: Gruenspiel, le grand perdant de la communication moderne ?

En Alsace certes, mais à Bruxelles – deuxième acte

En soirée, dégustation à l’aveugle qui commence par nous balader en terrain inconnu: l’un de nous risque silvaner, l’autre muscat. On note des amertumes non négligeables. Ensuite, une paire de vins nous déconcerte: cela pourrait être du pinot gris, mais qui fait aussi sec ? Ostertag ? Trimbach ? Et voici une paire largement aussi étonnante: il y a l’aromatique du gewürztraminer, mais pas la structure à laquelle on s’attend: en particulier le premier vin (nous saurons plus tard que c’est un 2016) est d’une grande finesse et d’une aromatique noble.

C’est compliqué. Les visages sont livides, les respirations haletantes. Certains d’entre nous font silence. C’est compliqué. Heureusement, le septième vin éclaire notre lanterne: c’est du riesling ! Au vu de tout ce qui précède, nous sommes bien en Alsace (après les 6 premiers vins, je n’aurais pas mis ma main au feu). A partir d’ici, le feu d’artifice est déclenché: les notes très élevées vont pleuvoir sur les rieslings secs qui s’enchaînent. J’évoque le Rheingau et les vins de Georg Breuer (c’est un compliment).

Et puis, la vérité nous fend les oreilles: tous les vins proviennent du même domaine: André Kientzler à Ribeauvillé. De mon point de vue, Kirchberg 2017 et Geisberg 2016 se partagent la médaille d’or. Une mention spéciale pour l’Osterberg (gewürztraminer) 2016.

Nous concluons avec François-Alphonse 2008, une cuvée rarement produite qui assemble, je crois, des raisins qui proviennent de différents grands crus. C’est un 2008, mais il paraît notablement plus âgé, avec ses notes terreuses, champignons, ail, humus, … Note oxydative également. C’est le vieux vin qui finit par rapprocher un grand Sancerre, un grand Chablis et un grand riesling. Mon 17/20 est sans goute généreux d’un point de vue analytique, mais c’était si bon !

Demain matin, cap sur l’Italie pour d’autres aventures !

prochaine dégustation: samedi 25 mai

Le programme est en cours d’élaboration, voici déjà un preview :

Il y aura, saison oblige, deux rosés, l’un corse et l’autre provençal, respectivement Domaine Sant’Armettu et Clos de l’Ours. Des rosés consistants qui ne sont pas destinés au barbecue en bord de piscine. Ils accompagneront par contre avec brio la cuisine de l’été. Ils ont pas mal de points en commun, seule une dégustation comparative permet de faire son choix. NB: Miraflors 2023 sera disponible à partir du samedi 25 mai.

En blanc sec, un focus sur la Bourgogne par l’intermédiaire de Chablis avec le Domaine Pommier (nouveau chez Anthocyane) et du Mâconnais avec le Domaine Nicolas Maillet: tant le Bourgogne-Aligoté que le Mâcon-Verzé valent le détour (voire le voyage). On commencera la dégustation par le Gentil du Domaine Meyer-Fonné (Alsace), assemblage de pinot blanc, de riesling et de muscat.

En rouge, ce sera surtout italo-espagnol, avec deux belles paires de …vins. On sera dans la Valtellina, tout près de la frontière suisse pour le le nouveau millésime de Botonero et pour la cuvée Vesper du Convento San Lorenzo (nouveau chez Anthocyane), un nebbiolo traditionnel. En Espagne, ce sera catalan (Altaroses 2021 du Domaine Joan d’Anguera, vin d’une exceptionnelle finesse) et riojan (Sela 2021 du Domaine Roda, vin puissant et équilibré).

Plus d’information ici: dégustation du 25 mai.