Les vins orange sont à la mode: on en parle dans toutes les revues spécialisées, nombreux sont les vignerons qui en proposent au moins un dans leur gamme. Sans surprise, le pire côtoie le meilleur. L’opportunisme ouvre trop souvent le chemin à la caricature. L’imitation mal digérée de modèles couronnés de succès se termine en eau de boudin. Heureusement, lorsque le vigneron fait dans la nuance et la subtilité, des vins orange originaux et complexes secouent les préjugés et offrent de belles expérience de dégustation.

« Oui, mais, c’est quoi un vin orange ? »
Historiquement, c’est le vin blanc sec antique. En Géorgie, on fait le vin ainsi depuis des milliers d’années. Cette petite république du Caucase est souvent considérée comme le berceau du vin: les archéologues y ont sorti de terre bien des traces d’une transformation du raisin par la main de l’homme en un liquide fermenté. Et comment les Vieux Géorgiens s’y prenaient-ils ? En laissant macérer les raisins blancs, exactement comme le monde entier s’y prend aujourd’hui pour élaborer les vins rouges. Les peaux, les pépins et parfois les rafles restent au contact du jus pendant quelques jours, quelques semaines voire quelques mois. Pendant ce temps, les substances colorantes et structurantes se dissolvent dans le jus. Bref, le vin orange se reconnaît à sa couleur et à la présence de (petits) tannins.
On associe régulièrement vin orange et élevage dans la terre cuite (amphores, jarres, qvevri, tinajas, etc…). Il est vrai qu’il y a une solide corrélation positive. Mais pas la moindre obligation: on peut faire du vin orange sans l’élever à façon géorgienne.
D’aucuns affirment que cette méthode conduit à élaborer des vins plus légers en alcool, plus intenses et plus complexes. L’équilibre entre acidité et amertume penche plutôt vers cette dernière. D’autre diront que les vins ont une fâcheuse tendance à se rassembler qu’ils proviennent de Géorgie, de Slovénie, du Frioul italien ou d’ailleurs. La question du terroir reste entière: le vin orange révèle-t-il le terroir ou le vin blanc classique y réussit-il bien mieux ?
NB: en italien, on parle plutôt de vins cuivrés (ramato). En anglais, on lira souvent skin contact ou amber wines.
En dégustation
La dégustation « à l’aveugle » du 07 juin mettait en concurrence deux vins orange géorgiens, un grec et sept français, chacun représentant l’un des sept coins de l’hexagone. Je sais, le compte n’y est pas, mais qui connaît l’heptagone ?




Ont participé vaillamment: Jasse de Gauby représentant le Roussillon, Artisan de Mathieu Deiss (Vignoble du Rêveur) représentant l’Alsace, Figuière représentant la Provence, Plageoles représentant le Sud-Ouest, Thierry Germain (Les Roches Neuves) représentant la Loire, Le Conte des Floris représentant le Languedoc et Guillaume Quenard représentant la Savoie (Chignin-Bergeron). Ce dernier n’a vraiment pas convaincu, archétype du vin nature, plus proche du cidre et de la bière blanche que du vin blanc fût-il orange.
Terres de Thierry Germain s’en sort avec les félicitations du jury grâce à un nez complexe (caillou, abricot, poivre, zeste d’orange) et à la finesse de ses tannins.
Mais (et sans doute à la surprise générale), c’est le vin grec qui remporte la victoire avec une moyenne de 16,1/20 ! Domaine Thymiopoulos, cuvée « Blanc des Côteaux » (en français dans le texte), millésime 2021.
C’est donc avec plaisir que ce vin se retrouve dès à présent dans la gamme d’Anthocyane.



