Archives de catégorie : vins

A la frontière franco-allemande…

Curiosité peu courante: les vignes du Domaine Jülg se situent de part et d’autre de la frontière franco-allemande, entre Wissembourg (extrême nord de l’Alsace) et Schweigen (extrême sud du Palatinat/Pfalz).

Il s’agit donc de vins vinifiés en Allemagne, par une famille allemande, mais élaborés en majorité avec des raisins vendangés en France. La carte ci-dessous le visualise assez bien: la frontière est indiquée par la ligne rouge. Au nord de cette ligne, c’est l’Allemagne; au sud, la France.

Le Domaine s’étend sur 25 hectares: 60% pinots (blanc, gris et noir), 20% riesling, 10% chardonnay, 10% autres cépages. Il y a quelques années, Jülg a rejoint VDP, l’association privée qui regroupe une bonne partie de l’élite des vignerons allemands, ce qui a fait évoluer la gamme du Domaine: le modèle promu par VDP passe entre autres par une hiérarchie à trois niveaux, inspirée par la Bourgogne: les vins régionaux (Gutswein), les vins de village (Ortswein) et les crus (erstes Gewächs et grosses Gewächs). Astuce: on reconnait les Domaines membres de VDP à la présence sur la collerette de l’aigle-grappe ci-dessous. Toutes choses égales, c’est un label crédible qui peut faciliter le choix de l’amateur au sein d’une offre touffue.

Je raconte aujourd’hui un Ortswein, puisque tous les raisins proviennent du même village, à savoir Schweigen, ce qui est mis en avant par l’étiquette. Conséquence de cette origine précise: toutes les parcelles sont calcaires, ce qui est tout aussi mis en avant sur l’étiquette. Le vin allemand serait compliqué ? Eh bien non, pas forcément !

Clin d’œil à la géographie: le Domaine choisit de nomer ce vin « Calcaire Blanc » et non pas weißer Kalkstein.

La même étiquette se montre plutôt discrète quand il s’agit de cépages. Oui, cépages au pluriel, puisque ce Calcaire Blanc est un assemblage de chardonnay, de pinot blanc et de pinot gris. J’ignore les proportions respectives.

Le modèle pour penser et créer ce vin se situe clairement en Bourgogne. Le dégustateur aveugle peut facilement se faire rouler dans la farine et situer son origine quelque part entre Côte de Beaune et Mâconnais. L’élevage est long: d’abord 12 mois en barriques, ensuite 18 mois en cuve inox, enfin quelques mois en bouteilles avant commercialisation.

En dégustation, le boisé apparaît, mais c’est en finesse, une présence plus suggérée qu’affirmée. Bouche cristalline avec une acidité traçante, élevage précis, du volume en bouche, avec -à ce stade de sa vie- une forte présence du chardonnay. Si la présence du pinot gris vous fait immanquablement penser à certains mollassons alsaciens et/ou à certains insipides pinot grigio du nord de l’Italie, celui-ci va vous faire changer d’avis. Je prends les paris !

Tant qu’à faire, la région est très accueillante avec des villages d’autant plus beaux qu’il n’y a quasi pas de monde et en conséquence pas de boutiques à l’assortiment douteux, y compris les terribles cartons de trois flûtes alsaciennes qui terrorisent les touristes naïfs. Je recommande en particulier le village de Hunspach. Et Wissembourg sous le soleil, c’est pas mal non plus !

Du côté allemand, suivez la Route des Vins du Sud-Palatinat à partie de la spectaculaire porte du vignoble, au centre du village de Schweigen. Le Domaine Jülg, c’est aussi un restaurant de belle réputation: Die Weinstube. What else ?

Weingut Jülg, Pfalz, Calcaire Blanc 2022: € 24,00

Je prends vos commandes jusqu’au mardi 24 mars inclus. Disponibilité des vins commandés: avril.

Et voici les Gigondas BLANCS !

Article rédigé par Bernard Arnould, client chez Anthocyane et journaliste-vin depuis 1992.

Tout amateur de vins du Rhône est familier avec l’appellation Gigondas et ses rouges historiquement riches et denses. Le grenache noir occupe une place de choix sur les quelques 1.200 hectares en plantation. Alors qu’elle fête en 2025 les 55 ans de son accession au statut de cru, l’appellation du nord du Vaucluse, se déguste désormais aussi en blanc depuis le millésime 2023.

Le terroir à blancs de Gigondas

Des terrasses alluviales au sol sablo-argileux s’étendent sur un vaste plateau jusqu’aux contreforts des Dentelles de Montmirail. Leur grande perméabilité permet un assèchement aisé du sol en cas de pluie, évènement devenu plutôt rare il est vrai… Au-dessus, sur les pentes et les coteaux grimpant jusqu’à 400 m, les vignobles en terrasses s’étendent sur des sols marno-calcaires. Georges Truc, renommé géologue rhodanien, explique que là-haut, des sols avec éboulis et colluvions calcaires posés sur des marnes conviennent particulièrement bien pour faire du blanc. En particulier grâce à …

La clairette blanche

… un cépage typiquement méridional, probablement originaire de l’Hérault, mentionné dès 1575. C’est une variété rustique très bien adaptée à la sécheresse et aux conditions climatiques méditerranéennes. Elle s’adapte aux sols calcaires, secs et peu fertiles. Ce cépage donne un vin frais salin et acidulé, aux arômes d’amande grillée, de fleurs, de fenouil, de tilleul, d’abricot et de pêche, avec une légère amertume en finale. Le terroir détermine largement le style de la clairette, plus ample et charnue ou plus saline et élancée, sans oublier néanmoins la patte du vigneron. La clairette (je risque le rapprochement !) est le riesling du sud avec sa capacité à exprimer de façon transparente l’identité de son lieu de naissance. Si le cahier de charge de l’AOP autorise d’autres cépages tels les bourboulenc, clairette rose, grenache blanc et gris, marsanne, roussanne et piquepoul blanc à raison de 30% maximum, les cuvées les plus marquées terroirs oscillent entre 100 et 70% de clairette blanche.

Une belle illustration de Gigondas blanc

La Bouïssière est le domaine de Gilles et Thierry Faravel, 2 frères qui ont été rejoints en 2023 par Maéva leur nièce, l’avenir du domaine. 20 ha de superficie produisent 95% de rouges en Gigondas, Vacqueyras et Beaume de Venise. Leur unique hectare de clairette, jeunes et vieilles vignes plantées sur safres, délivre un vin élancé, tout en fraîcheur saline, avec un grain minéral venant chatouiller une matière à la texture onctueuse et aux arômes de fenouil, de fleurs et d’agrumes discrets. Voilà un vin qui associe délicatesse et présence en bouche jusqu’à une finale au noble amer d’amande. Réjouissez-vous, Maéva a l’intention de planter plus de clairette sur « la montagne », comme elle nomme les magnifiques coteaux de 350 à 400 m au sol calcaire sur les contreforts des dentelles de Montmirail. L’adéquation cépage-sol/sous-sol devrait donner à ce futur blanc une énergie peu commune. A suivre donc…

Viognier: cap au nord !

Parcelle de 1,9 hectare, située tout au sud du Beaujolais, près du village de Saint-Vérand (à ne pas confondre avec le village du même nom, plus au nord, en Mâconnais). Ce Saint-Vérand-ci est situé dans le département du …Rhône. C’est l’origine de la Famille Chermette et le Domaine y est toujours installé.

Donc je récapitule: voici un vin blanc en appellation Vin de France, élaboré avec des raisins qui proviennent d’un terroir situé dans le département du Rhône et dans la région viticole du Beaujolais. Ah …la géographie administrative …

C’est du 100% viognier, cépage dont l’aire de prédilection se situe au sud de Lyon. Mais le bouleversement climatique étant ce qu’il est, les vignerons malins préparent l’avenir. Un vigneron alsacien bien connu a planté de la syrah en Alsace, un vigneron allemand a planté du tempranillo et il y a plein d’autre exemples. Se contenter de faire « comme les parents » n’est plus une option. Celui qui ne s’adapte pas est condamné à disparaître, tôt ou tard.

Ce viognier est forcément un vin de jeunes vignes (10 ans), personne n’ayant eu l’idée saugrenue d’en planter avant 2012. Terroir de granite.

L’élevage se fait en cuve inox pendant 6 mois pour 85% du volume. les 15% restants sont élevés dans le bois neuf …d’acacia (le chêne n’est pas en position de monopole). Peu d’alcool (12%), ce qui nous change des viogniers lourdingues du grand sud. Ici, ni mollesse, ni lourdeur. Au contraire: de la vivacité et beaucoup de fruit: pêche, abricot, poire …

Disponible dans le magasin au prix de € 14,00. Commandes jusqu’au mardi 27 mai 2025 inclus.

Spätburgunder

Spätburgunder: synonyme de pinot noir, dès que l’on franchit le Rhin.

Les faits :
  1. Hors France, c’est en Allemagne que l’on trouve les pinots noirs les plus intéressants : styles variés, maîtrise de l’élevage dans le bois, précision des vinifications, recherche de l’élégance
  2. A qualité égale, les pinots noirs allemands sont moins chers que les pinots noirs bourguignons
  3. Les millésimes récents bénéficient paradoxalement du bouleversement climatique : meilleure maturité des raisins
  4. Les meilleurs vignerons allemands proposent un pinot noir d’entrée de gamme au rapport qualité/prix très intéressant, qui met en lumière leurs styles respectifs sans casser sa tirelire
  5. Comparer fait plus de sens lorsque l’on compare des pommes et des pommes ou, dans le cas qui nous occupe, lorsque l’on compare des vins issus d’un même millésime.
La proposition :

Voici donc un colis de six pinots noirs allemands, tous issus du millésime 2022. Six domaines différents, cinq régions différentes. Prix du colis : € 87. Six belles bouteilles pour le prix d’une unique bouteille d’un premier cru de la Côte de Nuits…J’exagère à peine.

Une opportunité de découvrir (ou d’approfondir) le pinot noir allemand à d’excellentes conditions. A noter le taux d’alcool de ces cuvées : en moyenne pas plus de 12,90%.

La plupart des Domaines travaillent selon des protocoles « bio », mais n’ont font pas mention dans leurs communications.

Les vins sélectionnés: Adeneuer Purist 2022 (Ahr), Martin Wassmer Markgräferland 2022 (Baden), Shelter Winery 2022 (Baden), Gutzler 2022 (Rheinhessen), Giegerich Buntsandstein 2022 (Franken), Bernhard Koch S 2022 (Pfalz).

Les vins qui font partie de ce colis ne sont pas disponibles à la pièce. Le nombre de colis est limité.

Commande de préférence via le magasin ou via e-mail. Les colis sont prêts pour enlèvement dès maintenant.

Les Domaines en quelques mots :

Adeneuer: 13 hectares de vignes, dont 85% en pinot noir. La vallée de l’Ahr est la seule région d’Allemagne où l’on élabore plus de vins rouges que de vins blancs. Cette vallée a été terriblement éprouvée par les inondations de l’été 2021, mais le bâtiment principal du Domaine a été épargné.

Martin Wassmer : historiquement, ce Domaine était réputé pour ses asperges et ses fraises. La viticulture a été rajoutée pendant les années ’90. Le succès a été impressionnant au point que les guides spécialisés notent le Domaine avec un nombre maximal d’étoiles.

Shelter Winery : ce petit Domaine ne produit que des vins à base de cépages bourguignons, pinot noir et chardonnay. Les vins sont élaborés par un couple d’œnologues qui se sont installés en 2003. Les premières vinifications ont été réalisées dans un bunker abandonné, d’où le nom du Domaine.

Gutzler : Ce Domaine élabore plus de vins rouges que de vins blancs : c’est avant tout un spécialiste du pinot noir. La génération actuellement aux commandes a affiné et affûté tout le travail des parents, ce qui permet au Domaine de rejoindre l’élite des vignerons allemands.

Giegerich : Domaine géré par deux frères encore fort jeunes, mais manifestement talentueux. Les vignes sont plantées dans un sol/sous-sol sableux de couleur rougeâtre, typique de l’ouest de la Franconie. Les vins proviennent des coteaux du Main, le même rivière que celle qui arrose Francfort.

Bernhard Koch : ne pas confondre avec le Domaine Holger Koch (Baden). Ce Domaine ci se situe dans le Palatinat. La famille est active dans le vin depuis …1610. La spécialité ici : les pinots noirs plutôt puissants, avec un excellent rapport qualité/prix. Les frères Koch ont également une belle réputation pour leurs bulles.

Planella

Première étape: bouteille sur la table: Planella 2017, Domaine Joan d’Anguera, appellation Montsant (Catalogne), village de Darmos (juste au sud du Priorat), 90% carignan + 10% syrah. Bio et biodynamie (Demeter). Hop tire-bouchon et dégustation de la première gorgée une ou deux minutes plus tard. Impression globale: vin massif, plus cubique que sphérique. Il y a quelques angles un peu durs. Une petite crispation. Densité, absence de déséquilibre alcooleux (14,5%).

Deuxième étape: J+1. Restent 40 cl dans la bouteille qui a été conservée, avec un bouchon, au réfrigérateur. Dégustation du lendemain: les aspérités ont disparu, la matière est superbement fluide, la densité s’exprime à présent sous la forme de l’intensité des saveurs. Zéro crispation. Equilibre certes sudiste mais équilibre malgré tout. Grand vin dans sa catégorie de prix (+/- € 17).

Morale: se précipiter pour goûter et finir le flacon dans la foulée n’est pas forcément une bonne idée. Le vin a besoin d’air. Il se livre progressivement. La complexité ne peut s’évaluer que dans la durée. La première gorgée ne raconte pas toute l’histoire, la première gorgée est susceptible de vous mentir. Evaluer un vin (à l’ouverture de la bouteille) en quelques secondes est un non-sens. Alternative positive: évaluer un vin en quelques secondes est un compromis, ni plus ni moins.

Info: les frères d’Anguera considèrent que ce Planella est un vin en transition: progressivement, il s’agit de renoncer à la syrah, de la remplacer par du grenache et de maintenir la part du carignan. La syrah jouait le premier rôle dans les années 2000: voir la cuvée El Bugader (95% syrah + 5% grenache). En son temps, celle-ci était très bien notée; aujourd’hui elle a disparu et elle a fait place à un processus de retour à la tradition: le millésime 2020 de Planella est 50% carignan + 50% grenache. Il m’en reste deux bouteilles à la date d’aujourd’hui.

Le millésime 2022 est en dégustation le samedi 12 octobre 2024.

Chablis – Denis Pommier*

Agréable surprise à la lecture de l’édition 2025 (digitale) du Guide Vert de la Revue du Vin de France: le Domaine Pommier reçoit sa première étoile *.

Celle-ci s’explique en particulier par la réussite exceptionnelle du millésime 2022, une année solaire magistralement gérée par le couple Denis et Isabelle Pommier. Les notes obtenues par les différentes cuvées varient entre 90 et 94. Plus de précisions dans le magasin.

Anthocyane propose pas moins de cinq cuvées: le Petit-Chablis Hautérivien, le Chablis Croix aux Moines et 3 premiers crus: Côte de Léchet, Fourchaume et Troesmes.

Vous les retrouvez toutes les cinq dans le magasin.

Zinfandel !

Je me suis toujours abstenu de commercialiser des vins issus de ce que l’on a l’habitude d’appeler le « Nouveau Monde », comme si la viticulture était évidemment européenne et que les tentatives américaines (océaniennes, africaines) relevaient de l’imitation récente. Or, pourtant…

vigne centenaire, en Californie (Domaine Bedrock)

Nos vignes européennes sont à plus de 99% greffées sur des ceps américains. Sans cette habile manœuvre, le vilain petit phylloxéra aurait tôt fait de détruire la plante et de ruiner le vigneron. Pendant la deuxième moitié du 19ème siècle, le massacre du vignoble européen ne prit fin qu’au moment où un génie dont le nom m’échappe décida de surgreffer les vignes européennes. Attention, la bestiole n’a pas été éradiquée, elle s’est installée en Europe et guette tout relâchement.

En regardant la réalité dans l’autre sens, les vignes américaines ne sont elles greffées sur rien du tout, c’est-à-dire qu’elles sont franches de pied, puisqu’elles résistent naturellement aux attaques du vilain petit phylloxéra dont mention ci-dessus. Le dégustateur a en quelque sorte accès à la vérité du cépage, puisque le filtre du surgreffage n’existe pas.

Venons-en au fait.

Le vin pour lequel je fais exception est un zinfandel élaboré grâce à un vignoble de 4,05 hectares, planté en 1915. Vignes plus que centenaires donc. Terroir majoritairement sableux.

Ce vignoble se situe dans la Mokelumne River, une AVA au sud de Sacramento et donc pas bien loin de San Francisco. AVA ? American Viticultural Area, ce qui correspond à notre IGP (indication géographique protégée). La notion d’appellation d’origine protégée n’existe pas aux Etats-Unis, terre de la liberté d’entreprendre sans paperasserie administrative, ni contraintes possiblement insensées.

Comme le malbec en Argentine, le carménère au Chili et le pinotage en Afrique du Sud, le zinfandel (que l’on trouve en Europe sous le nom primitivo dans le sud de l’Italie et de tribidrag en Croatie), c’est la Californie, c’est le cépage emblématique de la région même s’il y a au moins autant de cabernet sauvignon planté. Pour des raisons purement économiques, on arrache de vieux ceps de zinfandel pour replanter du cabernet sauvignon, plus facile à « valoriser ». Les sous quoi.

Je me souviens de zinfandels californiens d’il y a 20 ans et plus, terriblement chargés en alcool, avec une suavité qui pouvait aller jusqu’à l’écœurement. Pas trop mon truc. Un verre, ça va, deux verres …

Et voici, un peu par hasard, que je plonge le nez et les lèvres dans une cuvée du Domaine Bedrock, à savoir ce Katusha’s Vineyard 2022, 90+ % zinfandel qui se signale par un équilibre sudiste de haut vol: c’est riche bien entendu, mais c’est surtout équilibré, suave et frais, doté d’un grand fruit juteux et de tannins discrets. Cela m’évoque l’élégance des meilleurs Châteauneufs-du-Pape. Si, si, j’ai écrit « élégance ». L’élevage se fait en foudre et en fûts de grande dimension. Très peu de bois neuf.

A l’époque de la plantation de ce vignoble (1915 donc), il n’était pas rare de complanter: il se pourrait que quelques ceps de petite syrah, de carignan, de mourvèdre, de cabernet sauvignon, voire de cépages blancs se soient glissés entre une très large majorité de ceps de zinfandel. D’où ce 90+%.

à droite, Morgan Twain-Peterson; à gauche, Chris Cottrell, son associé

Bedrock, c’est aujourd’hui Morgan Twain Peterson, le vigneron passionné par les vieilles parcelles qu’il souhaite ajouter à son impressionnant trésor de guerre : sa parcelle la plus ancienne date de …1888 ! Morgan est préoccupé par la disparition progressive de ces vielles parcelles qui ont le « défaut » de produire des rendements faibles, voire très faibles. L’éternel conflit entre qualité et quantité. Il a créé, avec quelques autres passionnés, la Historic Vineyard Society qui milite pour la préservation d’un précieux patrimoine. L’association HVS a déjà répertorié des dizaines de parcelles, dont quelques unes datant des années 1870 et 1880. Cerises sur le gâteau, Morgan est Master of Wine depuis 2017 (la distinction suprême dans le monde du vin) et il s’exprime en français.

Ah oui, avant que je n’oublie, je peux vous en fournir quelques bouteilles:

Madame chardonnay et ses trois copines

Pourquoi Madame chardonnay ? Parce que chardonnay c’est féminin, comme la millésime, la cépage et la syrah.

Comme un regard de biais, comme une intimité entre sœurs et cousines, comme une façon de créer du lien (c’est très à la mode) entre vins qui ne se seraient jamais décidés à entamer la conversation si je ne les avais pas gentiment poussés à le faire. Comment faire dialoguer le Mâconnais et le Chablisien ? Comment convaincre le Palatinat de bavarder avec le Massif Central ? Plus fort encore, comment convaincre Madame chardonnay de consentir à partager sa bouteille avec des copines, elle qui préfère depuis toujours la solitude hautaine et mono-cépagesque (sauf qu’en Champagne, la chardonnay fait plutôt dans le plan à trois, mais soit je m’égare).

Donc, cette introduction étant écrite, il s’agit de vous proposer un colis « chardonnay » en 6 bouteilles toutes issues du millésime 2022, pour apprécier la diversité des expressions et le charme de belles découvertes. Prix: € 130.

Et que trouve-t-on dans la boîte ?

Il y a donc un Chablis de belle facture, la Croix-aux-Moines du Domaine Isabelle et Denis Pommier, une nouveauté chez Anthocyane. Vignes de 50 ans sur calcaire argileux, 70% inox et 30% fûts. Boisé perceptible et bien proportionné. De la minéralité pour un vin salivant et droit.

En Mâconnais, c’est Nicolas Maillet qui se présente à nous, avec un somptueux Mâcon-Verzé Le Chemin Blanc: sans aucun doute, ce 2022 est exceptionnel (la presse spécialisée l’encense), avec son nez de fleurs et d’abricot et une bouche concentrée qui réussit (on se demande comment) à combiner rondeur et verticalité. Et quelle longueur ! 0% de bois. Âge moyen des parcelles: 87 ans. Récolté le 31 août, mis en bouteilles le 10 juillet. Le vigneron a la modestie d’annoncer une garde de 3 à 4 ans, mais il me paraît évident que ce vin dispose de toutes les qualités requises pour conserver son apogée jusqu’en 2030.

Tant qu’à faire, profitons-en pour inviter une copine de Madame chardonnay à rejoindre le colis, à savoir le Bourgogne-Aligoté de ce même Nicolas Maillet: assemblage du fruit de deux vignes, l’une à Verzé (ceps de 80 ans), l’autre à Igé (jeunes vignes). L’acidité naturelle du cépage est présente, mais elle participe en douceur à l’équilibre d’un vin joliment gras. Comme toujours chez Maillet, 0% de bois.

En Allemagne, précisément dans le Palatinat (Pfalz), le chardonnay n’est officiellement autorisé que depuis les années ’90 du siècle précédent. Officieusement, il se chuchote que des vignerons curieux ont court-circuité la loi depuis longtemps en « confondant » des ceps de chardonnay avec des ceps de pinot blanc. Aujourd’hui, l’Allemagne est un grand pays de chardonnay. Voici d’abord la version 100% chardonnay avec ce Chardonnay Royale du Domaine von Winning qui démontre avec talent que l’on peut produire en Allemagne des vins de style bourguignon à un prix qui a mystérieusement disparu quelque part entre Dijon et Mercurey. Fermentation et élevage sous bois. De la poire, des épices et un boisé élégant.

Mais il y a également la version « copine », c’est-à-dire un assemblage de 70% de chardonnay avec 30% de pinot blanc dans ce bien nommé Chardonnay & Weißburgunder du Domaine Rings. Le modèle ici est également à chercher en Bourgogne: nez entre agrumes et fin boisé, bouche classique, prix très attractif. Elevage en fûts de 500 litres (75%) et en cuve inox (25%). Comme le von Winning ci-dessus, le vin est parfaitement sec.

Enfin voici notre troisième copine, puisque 30% de tressallier complètent 70% de chardonnay dans la cuvée Aurence du Domaine des Bérioles, en appellation Saint-Pourçain (versant nord du Massif Central). Ceux et celles qui ont participé à la dégustation du 1er juillet connaissent déjà ce vin issu d’un terroir calcaire. Elevage sans bois, léger en alcool (12,5%). Vin bio. Le nez est citronné, la bouche dense, salivante et précise.

Nouveautés en pagaille !

Novembre 2023. Ça y est. Des nouveautés et encore des nouveautés. Petits prix, grands prix. En France et ailleurs. Mes dégustations chez les importateurs ont été fructueuses. Choisir, c’est renoncer. Comment s’y retrouver ?

Voici les six vins blancs qui participent à la dégustation de ce samedi 25 novembre.

C’est simple: voici les 45 nouveaux vins.

« 45 nouveaux vins ? Mais Philippe, allo quoi, tu déconnes ?! »

Lecteurs, ne soyez pas trop durs avec moi. Je goûte, je compare, je regoûte, j’hésite, je regoûte encore, je tranche. Est-ce de ma faute si les vins sont (très) bons ? Ai-je perdu mon sens critique quelque part entre une carafe et un crachoir ? Meuh non.

Donc, ça commence avec un vin de Calabre: Nettare di Abramo est un petit calibre, mais il est frais et énergique. Et puis comment ne pas goûter au cépage gaglioppo ?

Le millésime 2022 du Domaine des Corbillières: de mon point de vue, plus équilibré que 2020 (trop de soleil) et que 2021 (pas assez de soleil). Si c’est pour tire-bouchonner maintenant, le « petit » Sauvignon fera parfaitement l’affaire. Donnez quelques mois à Fabel Barbou.

La Cabotte: un Côtes-du-Rhône biodynamique qui vaut très allègrement son prix. Beau jus, sans chaleur ni mollesse.

Le millésime 2022 du Centenaire de Lafage vaut le millésime 2020. Les plus attentifs auront remarqué que je n’ai pas présenté le 2021 qui n’a pas réussi son examen, ni en première, ni en seconde session. Je continue à penser que le seul défaut de ce vin, c’est son prix: il n’est pas assez cher !

Le Valpolicella Classico 2022 a participé à la dégustation d’octobre: certes peu de couleur, mais beaucoup de fruit et de suavité.

Amigos est un espagnol qui adore la viande rouge: sa nature un peu sauvage et ses tannins trouvent leur terrain de prédilection lorsque le steak s’avance (NB: est-ce qu’un steak peut s’avancer ? Mmmmh)

…et je pourrais poursuivre de la sorte jusqu’à tard ce soir.

Voici les six vins rouges qui participent à la dégustation de ce samedi 25 novembre.

Mes coups de cœur personnels ? Le Domaine Alegre Valgañon en Rioja (tant le blanc que le rouge), la Cuvée Tardive du Clos de la Roilette à Fleurie, la bulle 100% riesling de Clüsserath et Wittmann, le pinot blanc d’Holger Koch et le nouveau millésime de Gricos (Domaine Grifalco).

Mais…

…ce n’est pas fini.

Il y a comme une cave(rne) d’Ali Baba, cachée au fond du magasin. Des trésors à portée de clic. Du tout bon, à déguster, à encaver ou à offrir.

Voici les vins de fête et d’exception. Vous trouverez ici en particulier les grandes cuvées des Domaines que je propose régulièrement ainsi que quelques surprises plutôt originales.

Une verticale de Corton

10 millésimes d’un Grand Cru bourguignon, ce n’est pas tous les jours, loin de là ! Nous nous sommes installés vers 20h00 en ignorant ce que nous allions goûter (dégustation à l’aveugle). Mais l’organisateur avait soulevé un coin du voile en signalant que le budget serait plus élevé que d’habitude et que tous les vins seraient issus d’une même appellation. Il y avait donc quelques attentes…

Les deux premiers vins nous ont permis de décanter la situation: ce serait bien du pinot noir. Et donc, forcément, la Bourgogne se rapproche. Cela étant, ces deux vins ont remporté assez peu de suffrages: un joli nez mais une sécheresse marquée dès le milieu de bouche pour le premier, une bouche imprécise (légèrement liégeuse ?) et un profil assez simple pour le deuxième.

Les choses s’arrangent dès le troisième vin, qui présente plus de volume en bouche, un fruit plus intense et une longueur décente. Mais je mentirais en disant que je suis en extase.

Les vins suivants vont plaire et intéresser: des profils parfois affables, parfois bien plus cérébraux; des profils presque « sudistes » et d’autres qui correspondent mieux à l’image que je me fais de la Bourgogne. Pour moi, deux vins se signalent par leur race, leur précision, leur fraîcheur, leur capacité à révéler bien plus que le cépage dont ils sont issus. Mes estimés compagnons de dégustation sont quant à eux particulièrement charmés par un vin plus ample, plus fruité et plus sensuel que mes préférés.

la colline de Corton, vue depuis le sud-ouest

Vient bien entendu le moment d’essayer de deviner ce que nous avons goûté: Gevrey-Chambertin fut cité. Mais personne n’a pensé à Corton. Et personne n’a imaginé un seul instant qu’il puisse s’agir d’une verticale: 10 fois le même Corton, élaboré par le même vigneron, via des millésimes échelonnés entre 1998 et 2008 (seul 2001 manque à l’appel, remplacé par un amusant « pirate »: le Barolo Broglio Riserva 2004 du Domaine Schiavenza, 100% nebbiolo).

Il s’agit donc d’une belle verticale du Grand Cru Corton Pougets, tel que vinifié par le Domaine Rapet (basé à Pernand-Vergelesses).

Corton Pougets est le nom donné à deux parcelles en exposition sud-sud-ouest, d’une superficie totale de 9 hectares et 82 ares. La parcelle « du haut » monte jusqu’au bois de Corton, lequel surplombe le vignoble et le protège des agressions météorologiques. Les deux seuls propriétaires notables sont Louis Jadot et Rapet, ce qui pourrait expliquer un certain déficit de notoriété. Particularité typiquement bourguignonne: les rouges se commercialisent en Corton Pougets, les blancs en Corton Charlemagne. Ces derniers sont majoritaires.

Un élément qui me semble important: Rapet aurait, en tout ou en partie, replanté en 1994. Donc, le millésime 1998 serait issu de très jeunes vignes, au moins partiellement.

Les meilleurs millésimes selon la moyenne du groupe de dégustateurs: 2003 (16,9/20), 2005 (16,4/20) et 2002 (16,1/20).

Mon tiercé personnel: 2002 (16,5/20), 2005 (16,5/20) et 2007 (15,5/20). Ex-aequo avec le 2003 (15,5/20) et le 2004 (15,5/20).

1998, 2000 et 2008 ont reçu peu d’applaudissements.

Certes, le vin vogue largement au-dessus des mesquines contingences matérielles. Néanmoins, Grand Cru, en combinaison avec Bourgogne, peut constituer une arme de destruction massive pour le portefeuille de l’amateur. Voyons voir. Le 1998 fut acheté en son temps au Domaine pour 177 FRF, l’équivalent de 26 euros. Les millésimes récents se vendent à +/- 65 euros (ou plus cher si vous tombez sur un vendeur sans scrupules). C’est à la fois peu et beaucoup. Disons que c’est un tarif raisonnable dans le contexte de la folie des prix en Bourgogne. Mais le fait est que d’autres régions offrent de bien meilleurs rapports qualité/prix.

Question supplémentaire: faut-il laisser longuement vieillir ces vins ? J’ai tendance à répondre non. 5 à 10 ans, très bien. Au-delà, je ne suis pas sûr que le jeu en vaille la chandelle: de temps à autre, une très belle surprise, mais aussi le risque de goûter un vin qui s’approche de sa pente descendante: on perd du fruit et de la chair, on ne reçoit pas grand-chose pour remplacer ce qui a disparu.

Merci à l’organisateur qui a patiemment rassemblé ces flacons depuis 25 ans.

Le cidre, la bière blanche et le vin désalcoolisé

19h30. Ixelles. Rue Washington. Il fait un froid de dinde (c’est comme un froid de canard, mais plus gros). Je pousse la porte d’un wine-bar à la mode. C’est plein à craquer de jeunes gens comme il faut, ça caquète dans toutes les langues. Je rejoins deux amis qui ont réussi à dégoter un tabouret. Une bouteille de vin blanc est déjà ouverte et entamée. Un bon moment en perspective.

Je suis resté debout parce qu’il n’y avait pas vraiment moyen de faire autrement. Je constituais un obstacle -un peu massif- qui empêchait le personnel du lieu de se mouvoir entre les tables à la vitesse souhaitée. C’est tendance. C’est charmant, c’est informel, c’est cool.

Je ne compte pas faire l’innocent, je sais où je suis: ici, c’est nature. Donc, mes préjugés sont dans les starting blocks. Ce vin blanc n’est ni déviant, ni vinaigré, ni oxydé, ni marqué par d’infâmes remugles. Cela ne sent, ni ne goûte le zoo. Pas de souris, pas d’écurie en plein été, pas de ferme mal entretenue. Bien. Mais est-ce du vin, tel que je le pratique depuis une bonne trentaine d’années ? Avec la meilleure volonté du monde, non. C’est un autre univers pour lequel je ne dispose pas des outils. Je me suis d’abord demandé s’il pouvait s’agir de très jeunes vignes et/ou d’un cépage interspécifique. Puis viennent le cidre, la bière blanche et le vin désalcoolisé. Il n’y a pas de colonne vertébrale, l’acidité se résume à une aromatique acidulée, c’est léger comme une plume sans rachis. C’est inoffensif et impossible à placer sur une carte géographique. Ni vice, ni vertu. Je me demande si je ne préfère pas l’eau pétillante.

Le vigneron n’est pas un bleu. Il élabore sous le nom du Domaine des Vignes du Maynes des vins qui bénéficient d’une bonne réputation. Sur cette bouteille-ci, le nom du Domaine n’est pas visible. C’est un Mâcon-Cruzille 2019, 100% chardonnay. Surprenant: sur le site Internet du Domaine, ce vin brille par son absence. Des raisins achetés ?

Ce n’est par ailleurs pas gratuit, on le trouve sur différents sites commerciaux à +/- € 28. Je n’ai pas noté le prix pratiqué par le wine-bar.

Lorsque nous sommes sortis, l’âge moyen de la clientèle a sévèrement chuté. Nous dénotions, nous, les dinosaures du Crétacé.

Nous avons été manger une pizza. J’ai eu l’idée lumineuse de combiner une pizza blanche aux anchois avec un rouge toscan. C’était très très mauvais. Un archétype de l’accord qui ne fonctionne pas. La pizza était fort bonne et le vin conforme à son étiquette. Mais la combinaison des deux était affreuse. Avec les anchois ? Sherry Fino !

22h30. Nous sortons de la pizzeria. J’apprécie la qualité et la profondeur du silence nocturne. Il fait un froid d’autruche.

Domaine Combier et autres pépites rhodaniennes

Combier, quelle bonne surprise ! Le millésime 2021 dans la vallée du Rhône est jugé moyen par la presse spécialisée. Oui, il y a des vins très légers, un peu dilués, j’en ai goûtés et ne vous les proposerai pas.
Mais voilà que je goûte en décembre quatre vins du millésime 2021 du Domaine Laurent Combier: quel équilibre ! Quel charme ! Impossible de ne pas sourire en dégustant la cuvée L, le Crozes-Hermitage classique et les deux cuvées Cap Nord. Le célèbre Clos des Grives a toujours un an de retard, élevage oblige: c’est donc le très bon millésime 2020 qui est de la fête.

Ces cinq vins (et cinq autres vins rhodaniens) ont été redégustés ce mercredi 18 janvier par un panel de sept fines gâchettes: qu’ils soient remerciés pour la pertinence et la précision de leurs commentaires ! Ces commentaires sont « bruts de décoffrage »: j’ai pris note au vol, sans avoir l’ambition de faire de jolies phrases. Il y a des contradictions parce qu’il y a des avis différents. Eh oui …

La Janasse Côtes du Rhône (blanc) 2021

Fraîcheur, presque comme un pinot blanc allemand. Il y a une certaine longueur, très peu d’amers, pas d’alcool, du pamplemousse, floral, frais, pointe minérale, note végétale, violette, pointe saline, vivacité. Très bon rapport qualité/prix.

Note moyenne du groupe: 14,50. Ma note: 14,50. Faible variance entres les notes.

Les Bosquets CdR-Villages Séguret 2021

Nez épicé, violette, délicat, ouvert. Bouche intense, avec tannins et alcool, chaleureux mais pas brûlant, servi très frais, nez supérieur à bouche ? Il y a de la matière certainement par rapport au millésime, une pointe de rusticité, amertume dans la finale, austère, herbacé, encre, manque de gourmandise, manque de rondeur.

Note moyenne du groupe: 13,70. Ma note: 15,00.

Les Bosquets Gigondas Réserve 2020

Nez agréablement chaud, pur et puissant, un peu chocolaté. Bouche dense, intense, avec un beau grain, tannins bien fondus, persistance fruitée, gourmand, plus Rhône sud que le Séguret qui précède, dominé par le grenache, type Châteauneuf-du-Pape, infanticide, beau jus. Bien géré, équilibre, un peu de fraîcheur, poivre. Style opposé à celui du Séguret: quel est le rôle de l’effet-millésime ?

Note moyenne du groupe: 15,10. Ma note: 15,50. Faible variance entres les notes.

Saladin VdF Haut-Brissan 2019

Nez de rose, la finesse des grenaches espagnols, précision et tannicité énergisante, finesse et floralité, petite sucrosité, dentelle, diffus, manque de densité, fraise, confiture, douceur.

Note moyenne du groupe: 15,40. Ma note: 15,50. Forte variance entre les notes.

Laurent Combier Crozes-Hermitage cuvée L 2021

Syrah embaume le nez, variétal, croquant, énergique, laurier, délicat, fruit précis comme un excellent Beaujolais, facteur glouglou, type Marcel Lapierre, archétype de la syrah. Pointe d’amertume végétale.

Note moyenne du groupe: 14,40. Ma note: 14,50. Forte variance entre les notes.

Laurent Combier Crozes-Hermitage 2021

Nez moins expansif, élégant. Bouche dense et équilibrée, finale nette et tranchante, croquant sur une acidité top, vin ciselé. Haute couture, se goûte déjà très bien. Potentiel.

Note moyenne du groupe: 16,10. Ma note: 16,50. Faible variance entres les notes.

Laurent Combier Crozes-Hermitage Cap Nord 2021

Nez minéral, graphite, cendres, caillou. Bouche avec une allonge phénoménale, qualité des tannins, longueur, encore fermé, infanticide, noblesse et potentiel de garde, le floral arrive progressivement, puis le cassis. Moins friand, brut de vigne, vin salin, cérébral, évoque les mencia de Bierzo, sans concession, vin qui pousse le dégustateur à réfléchir. Polarisant/clivant.

Note moyenne du groupe: 16,10. Ma note: 17,00.

Laurent Combier St-Joseph Cap Nord 2021

Nez légèrement animal (réduction), minéralité de type « caillou pourri », syrah froide. Bouche plus fruitée et plus puissante que Cap Nord Crozes-Hermitage, la puissance rend la délicatesse moins perceptible, tannins plus marqués, vin plus accessible que Cap Nord Crozes-Hermitage, type Cornas. NB: vin carafé pendant 3 heures.

Note moyenne du groupe: 15,50. Ma note: 16,00.

Laurent Combier Crozes-Hermitage Le Clos des Grives 2020

Fruit opulent et joyeux, bouche irrésistible, vive et pleine, pas compliquée, sexy et équilibrée. Boisé intelligent. Vin plaisant, sensuel, charnel. Expressif, généreux, un peu trop de tout, joliment sudiste. Grand potentiel de garde.

Note moyenne du groupe: 16,30. Ma note: 16,00.

Duclaux Côte Rôtie La Germine 2017

Nez épicé, fin, spéculoos, intensité. Bouche dense sans puissance, grand vin classique, moins plaisant que le Clos des Grives, droiture, moins opulent, strict, pourrait rappeler les Cornas de Clape.

Note moyenne du groupe: 16,10. Ma note: 16,50.

Conclusion

Nous avons eu la possibilité de comparer et de mettre en évidence des styles très différents. Celui apprécie une certaine opulence, de la rondeur et du charme devrait prêter attention au Gigondas Réserve et au Clos des Grives. Celui qui préfère la droiture, la précision, la verticalité devrait tenter le Cap Nord Crozes-Hermitage et La Germine.

Le Crozes-Hermitage 2021 est un modèle pour l’appellation et pour le millésime. Excellent rapport qualité-prix.

Tous les vins ci-dessus sont disponibles dans le magasin. Commandes à me transmettre au plus tard le mardi 24 janvier. Mise à disposition des vins en février.

Rioja: la querelle des Anciens et des Modernes

La Rioja abrite d’une part des Domaines qui perpétuent la tradition des longs élevages en barriques de 225 litres (bois américain usagé) et d’autre part des Domaines qui se donnent pour objectif de dépoussiérer le Rioja d’antan en privilégiant un élevage plus court, en barriques de 225 litres (bois français souvent neuf). C’est une querelle des Anciens et des Modernes, comparable à celle qui a divisé en son temps les vignerons de Barolo. Essayons de caractériser les deux camps.

Les vins « Anciens » arrivent tard sur le marché, présentent une couleur peu dense et déjà évoluée, une aromatique à laquelle nos nez contemporains ne sont pas forcément habitués et des tannins fondus. Lorsque ces vins sont commercialisés, ils sont prêts à boire. Ils évoluent peu dans votre cave et se conservent très longtemps. Les termes « reserva » et « gran reserva » figurent régulièrement sur les étiquettes. Les élevages se font toujours dans la barrique bordelaise. Risquons une comparaison osée: on pourrait rapprocher leur élevage de celui des Porto de type tawny/colheita.

Les vins « Modernes » arrivent tôt sur le marché, présentent une couleur dense et peu évoluée, une aromatique plus classique et des tannins solides. Lorsque ces vins sont commercialisés, il se peut que quelques années en cave soient requises pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Ils évoluent dans votre cave et sont susceptibles d’être conservés très longtemps. Le terme « gran reserva » n’est quasiment pas utilisé, le terme « reserva » est parfois utilisé, mais avec une certaine discrétion. La barrique bordelaise est courante mais certains vins sont élevés en inox, en cuve béton, en grands tonneaux, en amphores, etc.. On pourrait rapprocher leur élevage de celui des Porto de type ruby/vintage.

Avant de créer une éventuelle confusion: non, les vins de la Rioja ne ressemblent pas aux vins de Porto ! Les vins de Rioja sont parfaitement secs et ils ne sont pas mutés à l’alcool. Ma comparaison a pour unique objectif de comparer l’élevage des vins: les Anciens élaborent des vins « oxygénés » (micro-oxygénation grâce au long passage en barriques), les Modernes des vins « réducteurs » (peu ou pas de micro-oxygénation).

Il se peut que l’amateur préfère nettement l’un des deux styles à l’autre. Utile donc de savoir quel Domaine incarne les « Anciens » et quel autre Domaine représente les « Modernes ».

C’était l’objectif d’une dégustation à l’aveugle, présentée il y a quelques jours à un groupe d’une douzaine d’amateurs. Ci-dessous un compte-rendu subjectif de cette dégustation. Bien sûr, la pratique a montré que la théorie simplifie à l’excès: certains vins se font une joie de nous perturber en présentant des caractéristiques modernes et des caractéristiques anciennes.

Artevino (Orben) Salbide 2020

Ce vin a été présenté en tant que mise en bouche: 100% tempranillo, peu élevé, de style moderne. Il s’agit de l’entrée de gamme du Domaine Orben. Ce Rioja me semble typique de ce que la région à offrir de meilleur, considérant le prix: € 10,50. Le fruit est franc, pur et direct. La bouche est légèrement chaleureuse, sur la cerise bien mûre. Finale rafraîchissante, bons petits tannins. Tempranillo 100%. € 10,50.

Lopez de Heredia Viña Cubillo Crianza 2014

Voici déjà l’un des Domaines-phares, dans le style traditionnel. Ce vin est vendu comme « crianza », c’est-à-dire que le passage en barriques devrait être court. Pourtant, ce 2014 est le millésime actuellement commercialisé ! En réalité, passage en barriques pendant trois ans. Le vendre comme « crianza » est donc une décision politique du Domaine.

La robe est légèrement évoluée. Le nez s’annonce par un boisé légèrement sucré « à l’américaine ». La bouche est plus stricte que le nez, construite sur une belle fraîcheur. Bonne longueur. Un air de famille avec les cuvées plus prestigieuses proposées par le même Domaine. Tempranillo 65%, grenache 25%, graciano et mazuelo. € 17,50.

Valenciso Cemento 2018

Un vin qui fait exception à l’élevage sous bois: ce Cemento passe uniquement par la cuve-béton. Si c’était moi, je pense que je changerais l’étiquette: elle dit clairement « béton », ce qui est à la fois transparent par rapport au type d’élevage pratiqué et maladroit: avons-nous vraiment envie d’étiquettes qui imitent la couleur et la texture du ciment ? Voici donc un Domaine moderne. Nez assez discret, plus fruité qu’épicé, qui s’ouvre progressivement. On ne perçoit aucun élevage (…le béton ne marque pas aromatiquement…). Les tannins sont d’une qualité particulière qui m’évoque certains vins passés par l’amphore (terre cuite). Chaleureux mais appétissant ! Tempranillo 100%. € 17,50.

Bodegas Faustino Faustino I Gran Reserva 2010

Ah, si cette étiquette n’est pas franchement « vintage », alors aucune étiquette ne l’est ! Le portrait, le filet métallique, le verre sablé, la police de caractères, … Tout semble communiquer un style ancien. Le nez est intense, marqué par le bois américain. La bouche est fort jeune, moins évoluée que son millésime. C’est fondu, soyeux et assez concentré. Une petite touche d’alcool (ce n’est pourtant que 13,5%).

Tempranillo 100%. € 20,00 (disponible dans les magasins de Delhaize Le Lion).

Abel Mendoza Malvasia 2021 (vin blanc)

Le moment choisi pour faire une pause et déguster un blanc. Les blancs sont très minoritaires en Rioja. Le cépage le plus courant est la viura (macabeu en dans le sud de la France et en Catalogne). Par pur goût pour la contradiction, j’ai donc proposé un vin élaboré avec la malvasia. Le vin m’a surpris par sa complexité: le nez commence sur ce qui pourrait du verdejo voire du sauvignon. La bouche est grasse, comme une impression de chardonnay bâtonné. La fin de bouche est marquée par une petite tannicité dont l’origine m’est inconnue: tannins du bois, macération des raisins ? Malvasia 100%. € 30,50.

Artuke Finca de Los Locos 2020

Voici un Domaine familial qui porte haut le style moderne et même ce que l’on pourrait qualifier de « style rebelle »: beaucoup de couleur, nez poivré et minéral, boisé imperceptible. Quelque chose qui me fait penser aux parfums orientaux. La bouche regorge de fruit frais, elle est concentrée et assez tannique. Boisé discret tout en élégance. Tempranillo majoritaire, avec du graciano et de la viura (cépage blanc). € 25,50.

Remirez de Ganuza Fincas de Ganuza Reserva 2016

Couleur peu évoluée. Nez très précis et intense, beau fruit, impact limité du bois, élégance. En bouche, c’est un jus noble, une sorte de fluidité qui signe un élevage de grande qualité. Rien n’accroche. Quel équilibre ! Mais la finale tannique plaide pour quelques années de garde. Le boire aujourd’hui est un infanticide. Tempranillo 88%, avec du graciano et du mazuelo (c’est le nom local du carignan). 14,5% bien géré ! € 40,00.

La Rioja Alta Viña Ardanza Reserva 2015

Couleur évoluée: nous sommes bien chez une Maison qui pratique le style traditionnel depuis plus d’un siècle. Pointe d’acidité volatile, arômes de boîte à cigares, vin baroque. La bouche est puissante, sensuelle, dirais-je charnelle, avec une longue persistance. Malgré la puissance, il y a de la place pour la délicatesse ! Tempranillo 78%, grenache. NB: le vin se goûtait encore mieux 24 heures après la dégustation. € 35,00.

Lopez de Heredia Viña Tondonia Reserva 2010

Ici je crains de mettre quelques dégustateurs en zone d’inconfort: le nez est typique du style traditionnel, avec un boisé réconfortant et beaucoup de cerise. La bouche est construite sur l’acidité, ce qui lui confère une austérité cérébrale. Ce n’est pas un joyeux, mais c’est d’une grande noblesse de caractère. La verticalité domine les sensations solaires. Vin extrême, à appréhender avec un esprit ouvert et curieux. Tempranillo 70%, grenache 20%, mazuelo, graciano. € 40,00.

La Rioja Alta Viña Arana Gran Reserva 2014

Attention, vin d’exception. Style traditionnel transcendé par un nez d’une formidable pureté. Beaucoup de fruit (cerise). En fait, c’est le « meilleur de deux mondes »: difficile de classer ce vin à gauche ou à droite parce qu’il est au-dessus. Quelle intensité ! Quelle persistance ! On est dans un univers proche de celui des grands Bordeaux d’avant 2000. Ma meilleure note de la soirée (17,5/20). Tempranillo 94%, mazuelo. € 40,00.

Lopez de Heredia Viña Tondonia Reserva 2005

La couleur est évoluée, mais pas plus que celle du millésime 2010. Boîte à cigares et cerise. Le vin est dense, frais et vertical, mais avec plus de chair que le 2010, ce qui le rend plus affable, avec plus de souplesse. Mieux vaut commencer par celui-ci avant de se frotter au 2010 ! Tempranillo 70%, grenache 20%, mazuelo, graciano. Indisponible.

Que retenir ?

D’abord et avant tout: belle promenade variée, sans déception. Les vins sont peu ou pas marqués par l’alcool: profil plus atlantique que méditerranéen. On reconnaît sans peine les deux styles pratiqués dans la région. Mais le plus grand vin (Viña Arana) se moque des catégories ! Le boisé américain des vins traditionnels peut décontenancer, voire déplaire. Et pourtant ces vins peuvent offrir des bouches très harmonieuses, avec une texture soyeuse et douce. Ce sont des vins apaisés. Les vins modernes m’ont semblé ne pas tomber dans le piège du « goût international »: ils ont de la personnalité, de l’énergie et de la nuance !

Ma conclusion: il n’y a pas de querelle entre les Anciens et les Modernes, je suis ravi que les deux styles coexistent, en harmonie. Cela rend la région particulièrement intéressante !

Quelques bouteilles ? La plupart de ces vins peuvent être achetés via Anthocyane (sous réserve de stock chez leurs importateurs respectifs). Faites-moi part de vos envies et autres souhaits !

Allemagne – riesling – cinq vignerons

Une dégustation que j’ai eu le plaisir de proposer aux membres éminents du « groupe du mercredi », lequel s’est réuni, avec une pointe de surréalisme, lors de ce premier …vendredi du mois de novembre.

Un thème qui me tient à cœur: sortir des sentiers battus franco-français et explorer comment s’expriment d’autres cultures du vin. C’est particulièrement délicat lorsque l’on quitte l’univers latin pour rejoindre les rives du Rhin et de ses affluents, la germanité étant souvent perçue comme particulièrement complexe et résolument différente. Une sorte de zone d’inconfort du dégustateur francophone.

Or, les vingt dernières années marquent l’émergence progressive de vins allemands qui reprennent à leur compte le « modèle bourguignon » à quatre niveaux: vin régional, vin de village, premier cru, grand cru. Le modèle allemand traditionnel basé sur la richesse en sucres des raisins perd du terrain, année après année, en tous cas pour ce qui concerne les vins secs ou d’esprit sec.

Les vins secs sont dits « trocken » (ce mot figure toujours sur l’étiquette: pratique !): ils peuvent contenir jusqu’à 9 grammes/litre de sucre résiduel (à la condition de présenter une acidité élevée). Autrement dit, les vins allemands « trocken » ne sont pas si compliqués à comprendre pour un amateur habitué aux vins français. Et ça, c’est une bonne nouvelle !

Pour mettre en pratique, j’ai choisi cinq vignerons très réputés, chacun représentant sa région: Knipser pour le Palatinat (Pfalz), Dönnhoff pour la Nahe, Wittmann pour le Rheinhessen, Georg Breuer pour le Rheingau et Peter Lauer pour la Moselle.

Les vins sont servis par paire, une paire par vigneron.

Précision: la double majuscule GG sur une étiquette -ou gravée dans le verre de la bouteille- signifie Grosses Gewächs, c’est-à-dire grand cru: raisins provenant d’une parcelle précisément délimitée qui a démontré sur le long terme sa capacité à produire des vins complexes, originaux et susceptibles de s’améliorer en bouteille, après une garde de plusieurs années.

GG s’applique exclusivement à des vins « trocken ». Elle est attribuée par une association privée: VDP. En savoir plus ? C’est ici.

*****

Mise en bouche: Eva Fricke (Rheingau), Rheingau 2016

On commence par une mise en bouche, destinée à permettre l’identification du thème: à l’aveugle, mes excellents compagnons ont vite reconnu le cépage riesling et l’origine allemande. Bien joué !

Nez citronné intense, très pur: c’est en effet un riesling typique. Peu de complexité. Bouche franchement fruitée, dominée par une grande fraîcheur. Vin jeune, ne présentant pas de notes d’évolution. Equilibre magistral et jolie persistance. Il y a sans doute un petit peu de sucre résiduel, qui arrondit sans sucrer. Très réussi pour un vin simple ! Ma note: 15/20, note moyenne du groupe: 15,6/20.

Cette jeune vigneronne était déjà très au point lors de la vinification du millésime 2016. Depuis, elle est passée au stade « culte ». De plus en plus difficile de mettre la main sur quelques flacons.

Le palais est étalonné. Nous voici à présent équipés pour entamer avec détermination une ascension du Mont Germania par la face nord. Dix étapes, cinq paires de vins.

1. Knipser (Pfalz), GG Steinbuckel 2016

Nez plus discret que celui de la mise en bouche. Un peu de citron et quelques épices. Introverti mais intéressant. Progressivement vient le caillou. En bouche, minéralité un peu terreuse, plutôt austère. Zeste de citron vert. Belle longueur. Vin cérébral, avec du potentiel de garde. Racé, mais pas pour toutes les bouches. Ma note: 16,5/20, note moyenne du groupe: 15,1/20.

2. Knipser (Pfalz), GG Steinbuckel 2017

Nez plus ouvert, agrumes, un peu de floral. Assez joyeux, avec quelques morceaux de soleil dedans. Bouche superbement équilibrée ! Ce vin conjugue plaisir et cérébralité. La minéralité est en retrait par rapport au millésime 2016. Classique. La version plus affable de ce cru. Ma note: 16/20, note moyenne du groupe: 16,1/20.

3. Dönnhoff (Nahe), Tonschiefer 2013

Nez bien ouvert, typique du cépage. Citron épicé. Très léger pétrole. Bouche confortable, d’accès facile, comme une version apaisée de la mise en bouche. Bonbon violette. Pas très long. A boire dans les deux ans. Ma note: 15/20, note moyenne du groupe: 15,9/20.

4. Dönnhoff (Nahe), GG Hermannshöhle 2013

Surprenant: le premier nez m’amène chez Guffens-Heynen (chardonnay bourguignon)! Des notes de cognac. Puis vient le citron confit. L’ananas. La poire qui évoque le …chenin. Un peu de miel également. Le terroir domine le cépage. Difficile de reconnaître le cépage. Grande complexité. Bouche puissante, volumineuse et salivante: ce n’est pas de l’alcool, c’est de la matière (extrait sec). Pas pour qui recherche un vin aérien et délicat. Vin prêt à boire, pour les dix ans qui viennent. Ma note: 17/20, note moyenne du groupe: 15,4/20.

5. Wittmann (Rheinhessen), GG Aulerde 2011

Nez sur l’orange et la mandarine. Arrière-plan en forme de poire. En bouche, formidable colonne acide ! Belle verticalité, la structure domine l’aromatique. Puis vient l’abricot et l’amande. Notes d’évolution. Un profil tel que l’on peut s’y attendre. Ma note: 16,5/20, note moyenne du groupe: 16,3/20.

6. Wittmann (Rheinhessen), GG Morstein 2011

Couleur intense, presque dorée. Nez de poire Williams, avec une note oxydative. Quelque chose de sudiste. Un nez pour accompagner un dessert. Ici encore, le terroir invisibilise le cépage. La bouche est parfaitement sèche (ce qui surprend), salivante, pomme et poire, la note oxydative finit par disparaître ! Vin évolué, très original. Beaucoup de personnalité. Ma note: 17,5/20, note moyenne du groupe: 16,4/20.

7. Georg Breuer (Rheingau), Berg Rottland 2016

Nez fermé, puis vient un citron vert salé très dominateur. Une touche de romarin. Bouche qui communique tant le cépage que le terroir. Formidable tension acide. Grande longueur. Aucune concession. Difficile pour tout qui n’est pas amoureux de l’acidité. Finale très nette, tranchante et saline. Ma note: 17/20, note moyenne du groupe: 16,2/20.

8. Georg Breuer (Rheingau), Nonnenberg 2017

Nez intensément caillouteux; le citron se cache en coulisses. Ce vin pourrait être volcanique (ce n’est géologiquement pas le cas). Nez impérieux, dominateur et sans concessions. Bouche monstrueuse, parce que tous les éléments y sont présents au maximum ! Pamplemousse d’anthologie. Finale exceptionnelle, avec tension et salinité. Infanticide, potentiel considérable. Attendre au moins cinq ans. Peut-on faire meilleur que Berg Rottland, oui, c’est Nonnenberg ! Ma note: 18/20, note moyenne du groupe: 16,5/20.

9. Peter Lauer (Mosel), Neuenberg 2014

Nez qui combine la pierre (silex) et le citron, avec des notes fumées et miellées. Progressivement, toute la gamme des fruits: abricot, poire, ananas, agrumes, etc… Enfin, la cire. Quelle complexité ! Bien sûr, il y a un peu de sucre en bouche, mais l’équilibre est parfait grâce à une acidité très élevée. Vin cristallin qui finit absolument sec. Ma note: 17/20, note moyenne du groupe: 16,9/20.

10. Peter Lauer (Mosel), Neuenberg 2015

Un petit soleil atténue légèrement l’emprise caillouteuse. En bouche, le sucre est plus présent que sur le 2014. Néanmoins, la finale reste parfaitement sèche. Beaucoup de tension. La fameuse intensité légère qui signe les meilleurs vins de Moselle. Le plaisir à l’attaque et la droiture dans la finale. Très grand vin. Ma note: 18/20, note moyenne du groupe: 17,1/20.

*****

Ce que je retiens ? Les grands rieslings allemands ont une personnalité profonde, marquée par le terroir. Le cépage joue son rôle soit à l’avant-plan, soit à l’arrière-plan. Certains vins camouflent le cépage derrière un terroir dominateur. Celui qui craindrait de goûter dix fois la même chose est rassuré: les expressions sont pour le moins variées et diverses.

La colonne vertébrale acide est l’élément qui structure la plupart des vins. Ce n’est certes pas une surprise, mais un rappel utile: pour les vins secs, les acidités peuvent monter jusqu’à 8 voire 9 grammes/litre. Quelques grammes de sucre résiduel se chargent d’arrondir les angles de façon à proposer un équilibre du type: assez peu d’alcool (12% ou 13%), beaucoup d’acidité, un peu de sucre. Les finales sont sèches. Autrement dit, le sucre, lorsqu’il est perceptible, marque l’attaque du vin, pas sa finale. Cela facilite les accords gastronomiques.

Pour l’anecdote, les six derniers vins servis se retrouvent aux six premières places du classement. Il n’y avait pourtant aucune volonté de crescendo. L’ordre de présentation des paires était aléatoire. Disons que l’enthousiasme est venu progressivement.

Colis promo, 6 vins et 6 pays

Tour d’Europe express. Cela se commande dans le magasin.

Grèce, Allemagne, Portugal, Italie, France, Autriche

Cairanne, Domaine Roche, cuvée Marcel Roche

Je m’étonne moi-même. Serais-je en train de retourner ma veste ? Moi, le chantre reconnu des vins préservant notre foie grâce à un taux d’alcool mesuré. Moi, le guerrier déterminé à vaincre le syndrome du sud: 100% soleil et 100% (trop) chaleureux. Moi, l’oracle de Berchem-Ste-Agathe qui voue un culte aux soi-disant petits millésimes où tout se joue sur le fil de la juste maturité. Que se passe-t-il ?

Je vous présente donc un Cairanne, bien sud-sudiste, 100% grenache et 15% alcool. Voilà. C’est un vin chaleureux. On ne pourra pas dire que je cache quoi que ce soit.

MAIS…

Cette cuvée Marcel Roche 2020 du Domaine Roche, en appellation Cairanne mérite le détour et propose surtout à l’amateur de ne pas s’arrêter après une première gorgée qui ne peut nier son poids alcooleux.

Ceci est un Châteauneuf-du-Pape camouflé en Cairanne. La bouche est autant velours que soie. Le fruit est intense, avec une complexité entre chocolat, cendres, tomate et fruits compotés. Vin sec, mais d’une grande douceur, laquelle est équilibrée par de la fraîcheur et par une noble amertume (j’écris noble amertume pour rappeler que, oui, l’amertume fait décidément partie de l’équilibre du vin et que ce n’est en aucun cas une façon de dénigrer ce breuvage). Peu de tannins, c’est un grenache 100%, issu de très vieilles vignes (majoritairement plus de 70 ans), plantées dans les galets roulés (tiens, Châteauneuf-du-Pape). Matière dense, concentrée: il y a de l’extrait en quantité dans cet animal sud-rhodanien !

Cairanne, au centre de la carte, en couleur turquoise

Pendant la dégustation, j’ai qualifié ce vin de joyeux, puis d’austère. A la réflexion, je pense qu’il est autant l’un que l’autre. Mon imagination m’a emmené du côté d’une belle flambée dans l’âtre de la maison de campagne, du côté de Porto (mais sans le sucre) et je me suis même demandé si un volcan se terrait sous certains secteurs de Cairanne (la réponse est non).

Après ces égarements para-poétiques, voici deux choses qui me paraissent essentielles: primo, servir frais pour dompter l’alcool; secundo, c’est fait pour accompagner une cuisine généreuse, moins pour glaner des notes pharamineuses pendant une dégustation à l’aveugle. Autant savoir.

Enfin, le rapport qualité-prix est convainquant.

Je vous invite à faire preuve de curiosité et à vous faire votre propre idée quant aux qualités de ce Cairanne 2020, Domaine Roche, cuvée Marcel Roche.

Digression: jusqu’en 2014, c’était Côtes-du-Rhône-Villages Cairanne. Depuis, comme Vinsobres, Rasteau, Châteauneuf-du-Pape, Vacqueyras, Gigondas, Beaumes de Venise, Tavel et Lirac, Cairanne est devenu un cru, ce qui lui donne l’immense privilège de ne plus accoler Côtes-du-Rhône à Cairanne. C’est une façon d’affirmer une différence et une hiérarchie.

Chianti Classico: le nouveau sangiovese est arrivé !

La nouvelle organisation du Chianti Classico en 11 zones

C’est une tendance de fond. Les vignerons souhaitent préciser le lieu où naissent leurs vins. Une tentative pour se différencier et pour capitaliser sur la notoriété d’un quelque-part. Quand on prononce le mot Nuits-Saint-Georges, la magie opère. Ce n’est plus un pinot noir bourguignon, c’est un Nuits-Saint-Georges ! Pour le meilleur et pour le pire. Ajoutons-y la mention du premier cru Les Damodes, qui jouxte Vosne-Romanée, et c’est l’orgasme du là-et-pas-ailleurs. Les Damodes, ce sont 8 hectares de géographie sacrée.

A dire vrai, ce n’est qu’exemple parmi tant d’autres. Mais il faut reconnaître que le modèle bourguignon (vins régionaux, vins communaux, vins issus d’une parcelle premier cru, vins issus d’une parcelle grand cru) s’impose progressivement dans toute l’Europe. C’est assurément vrai en Allemagne où les étiquettes des vins secs de noble extraction mentionnent de plus en souvent un nom de commune suivi par un nom de parcelle. La notoriété de ces lieux germaniques n’est aujourd’hui pas bien grande, en tous cas dans nos contrées latino-francophones. Mais le train est lancé et viendra le moment où nous prononcerons avec délectation Bockenauer Felseneck pour désigner un riesling sec du village de Bockenau (en région Nahe) et de la parcelle grand cru Felseneck.

Venons-en à l’Italie et plus précisément à la Toscane puisque c’est le thème de cet article. Chianti Classico. Une zone créée par les dieux du terroir il y a bien longtemps déjà (un Grand-Duc Médicis est passé par là au XVIIIème siécle). Classico c’est le cœur historique du Chianti par opposition à tous les autres Chianti que je qualifierais volontiers de non-Classico. Ce n’est pas que ceux-là sont toujours moins intéressants, mais on y trouve de tout et en particuliers des tonnes d’ersatz qui n’ont de Chianti que le nom. Que voulez-vous, chère Madame, c’est dans la nature humaine de jouer la carte de l’opportunisme et, en quelque sorte, celle du plagiat.

Jusqu’il y a peu, les vins du Chianti Classico se racontaient en particulier par leur élevage: les meilleurs fruits cueillis sur les vignes les plus anciennes se destinaient naturellement, après un long passage en tonneaux à la durée règlementée, à la prestigieuse cuvée Riserva. Fort créatifs, nos vignerons toscans y ont ajouté en 2013 la notion de Gran Selezione. Mieux que Riserva, encore plus prestigieux, comprenez encore plus cher. Une segmentation par le prix, une hiérarchie, le vin dans le sens vertical.

Le sens vertical ? Mais ne pourrait-on pas réfléchir au sens …horizontal ? Alors oui, à l’été 2021, nos vignerons toscans se sont décidés à subdiviser le Chianti Classico en 11 zones de type communal. Elles sont illustrées sur une carte, plus haut, encore plus haut, ça y est vous êtes arrivés.

Pour être précis, la commune de Greve a subi l’ablation de Panzano, Lamole et Montefioralle, chacun de ces hameaux souhaitant sa propre dénomination. Idem pour Vagliagli dont le territoire appartient à la commune de Castelnuovo Berardenga. Dans le même ordre d’idées, San Donato in Poggio n’est pas une commune, mais une partie de la commune de Barberino Tavarnelle. Je m’arrête là avant de me noyer dans les subtilités de la géographie toscane.

Il me semble que la mention Gaiole ou Panzano sur une étiquette va toucher une corde sensible chez l’amateur, va déclencher une petite lueur d’envie. Pour Vagliagli ou San Casciano, les vignerons locaux vont devoir s’armer de patience et investir dans ce qui fait la spécificité et l’intérêt du lieu-de-chez-eux. Je suppose que certains vignerons préfèreront ne pas mentionner ces nouvelles dénominations complémentaires pour éviter d’égarer le consommateur.

Riecine, c’est 100% commune de Gaiole. Sur l’étiquette du millésime actuel, rien ne le revendique avec vigueur et fierté. Nous verrons bien comment se présenteront les étiquettes futures. Mettre l’accent exclusivement sur le nom du Domaine ou compléter le message en affirmant son origine communale ?

A propos, ce Riecine Chianti Classico 2020, en provenance de la commune de Gaiole, se goûte vraiment très bien. C’est un vin subtil, équilibré et expressif. Le fruit est pur et intense. Fine acidité salivante. Ce 100% sangiovese se contente d’un très pertinent 13% d’alcool (le millésime 2019 trouvait son équilibre à 14%). Vin d’altitude (450-500 mètres) issu de vignes qui peuvent commencer à se décrire comme vieilles (25 ans). 14 mois d’élevage en tonneaux usagés et en foudres. La mise en bouteilles est donc très récente.

Je vous invite à en acquérir quelques flacons dans le magasin. Le risque de déception me paraît négligeable, voire minusculissime.

Comment déguster un bon Barolo sans casser sa tirelire

Vous aimez le Barolo « à l’ancienne », mais le prix de la bouteille vous crispe, vous repousse ? Une bonne solution pourrait être de se tourner vers ce que j’appellerais les seconds vins de Barolo, commercialisés sous le nom Langhe Nebbiolo. Comme d’habitude, ce conseil n’a de sens que si le vigneron est de qualité. Un Langhe Nebbiolo élaboré avec de piètres raisins et vinifié par un maladroit sera toujours trop cher, même si le prix affiché est attirant.

Autre qualité du Langhe Nebbiolo: il est accessible au moment de sa mise sur le marché, inutile de passer par 10 ans de cave avant de déboucher.

Rivetto est un Domaine basé dans le village de Serralunga (c’est l’est du Barolo) qui combine une approche « à l’ancienne » avec la modernité du bio. Ne pas s’étonner de la couleur du vin, assez pâle et légèrement tuilée, c’est une conséquence prévisible du raisin nebbiolo en combinaison avec une vinification qui extrait modérément.

Le nez est subtil, épicé, « oxygéné » par un séjour en botti (foudres en bois). La bouche est dense, puissante et nette. A l’aveugle, ce Langhe se ferait facilement passer pour un Barolo, toujours bien plus cher.

A noter que, dans le respect de la législation, le vigneron a choisi d’assembler 97% de nebbiolo avec 3% de barbera. Les raisins proviennent d’un vignoble situé à quelques pas à l’extérieur de la zone du Barolo, ce qui fait toute la différence dans le prix et finalement assez peu de différence dans le verre. Altitude: 340 à 400 mètres.

La biodynamie, certifiée par Demeter, est revendiquée sur le site Internet du vigneron, mais n’est pas affichée sur l’étiquette.

Enrico, en version champêtre…

Je vous parie que le vigneron, Enrico Rivetto, va faire parler de lui, de plus en plus fort. Il est déjà suffisamment reconnu aujourd’hui pour être en mesure de vendre son Barolo cru Briccolina à …€ 135. Gloups !

Rivetto Langhe Nebbiolo 2019 est disponible dans le magasin. En dégustation ce samedi 23 octobre.