Les circonstances sont ce qu’elles sont. Aucune intention de vous imposer une promiscuité dégustatoire que la virologie réprouverait. Déguster serait-il en passe de devenir dégoûtant ?
Je ne me vois ni installer un mur en plexiglas sur le bar, ni rincer mes verres au gel hydroalcoolique, ni enfoncer un écouvillon dans votre nez en guise d’accueil. Et je danse trop mal pour le bal masqué…
L’alternative ? Des petits flacons de 30 ml, remplis à ras bord, à déguster tranquillement chacun chez soi. A la réflexion, c’est potentiellement rigolo, mais ça ressemble surtout à une fausse bonne idée. J’écouterais néanmoins tout lecteur-pharmacien qui tenterait de me convaincre de la faisabilité.
Alors et en attendant mieux, privilégions la simplicité: 18 vins en stock qui n’attendent que votre passage par la rue des Chats. Comme je suis (très) souvent à la maison, un simple SMS/e-mail pour m’indiquer quand vous souhaitez passer et je prépare illico votre commande. Je vous la transmets en respectant une distanciation sociale de bon aloi, avec le sourire.
La liste des stocks est à jour: France, Italie, Allemagne, Autriche. Des nouveaux vins, des nouveaux millésimes et des classiques. Blanc-rouge-rosé. Entre € 10 et € 15.
Difficile de départager les duellistes. Ce Roussillon-Languedoc restera dans les annales mais il se conclut par un match nul. Le carignan n’a pas terrassé le cinsault. Et vice-versa.
A priori, deux cépages aux caractéristiques si différentes. L’énergie brutale du carignan, comme un cheval qui refuse le dresseur. La finesse, voire la délicatesse du cinsault, comme un cousin méridional du pinot noir.
cinsault à gauche, carignan à droite
Et pourtant, les cépages ne sont ici que des outils pour transmettre à l’heureux dégustateur les caractéristiques d’un lieu, les caprices d’un millésime et la vision de deux couples de vignerons inspirés.
Quand on compare, on a tendance à mettre en évidence les différences. Parfois, ce sont les ressemblances qui m’interpellent. Ces deux vins ont en commun une texture hautement civilisée, polie et soyeuse. Ce sont, l’un comme l’autre, les Nouveaux Classiques. Des vins du Sud qui s’assument comme tels sans que ni alcool ni élevage ne perturbent leurs équilibres hauts.
Reliefs 2015 du Roc des Anges est concentré, sérieux et séveux. Intense ? Yes ! Équilibré ? Yes ! Persistant ? Yes ! La démonstration du formidable potentiel des vieux carignans. En l’occurrence, les vignes ont été plantées entre 1911 et 1944…
Ze Cinsault 2018 du Pas de l’Escalette est zouple, zéduisant, zouriant, zensuel et zavoureux. Oui, on perçoit une certaine chaleur, elle enveloppe le palais dans une douceur harmonieuse, veloutée, sans fatigue. La dégustation est décidément un voyage…
Je voudrais vraiment partager ces deux belles bouteilles autour du bar, à la maison. Les commentaires des uns enrichiraient les perceptions des autres. On se battrait gentiment pour savoir si l’une ne mérite pas un demi-point de plus que l’autre. Puis on changerait d’avis à la seconde gorgée. Les circonstances décident que cela n’aura pas lieu.
Le Roc des Anges, Reliefs 2015, IGP Côtes Catalanes, 13.0%, bio et biodynamique (Biodyvin) – € 22,50
Le Pas de l’Escalette, Ze Cinsault 2018, IGP Hérault, 14.5%, bio et biodynamique (Biodyvin) – € 23,50
Marjorie Gallet, Le Roc des Anges
PS: je connais les commentaires d’experts qui évoquent la radicalité stylistique du Roc des Anges et qui se demandent si la beauté diaphane ne tourne pas à la maigreur rachitique. Je concède volontiers que les vins blancs du Domaine peuvent surprendre, voire ne pas plaire, vu leur étonnante septentrionalité. Par contre, ce Reliefs 2015 est radicalement impossible à cataloguer sous la rubrique « tannins pas mûrs », sauf à faire preuve d’une solide dose de mauvaise foi.
deux personnages masqués: serait-ce prémonitoire ?
N’est-il point trop tard ? Aurais-je dû boire ceci il y a un lustre ? Suis-je condamné à sucer un squelette que la chair a fui ? Cette cuvée est-elle capable de mystifier le temps qui passe (inexorablement) ?
« Les Rouillères » ont balayé en quelques instants mes doutes existentiels. C’est du cabernet franc, c’est vinifié proprement, ça a été conservé à l’abri des canicules, des sécheresses, des tremblements et des méchants …ça résiste !
Bien sûr, je n’escomptais ni la queue du paon, ni l’explosion psychédélique des goûts et des couleurs. Attentes irréalistes, dégustation désillusionniste, selon le vieil adage ligérien que je viens d’inventer. Sachant qu’il s’agit d’une cuvée plutôt simple, on ne peut être que charmé par l’équilibre dans la verre et par la framboise très pure dans le nez. C’est élégant avec quelques petits tannins mignons et bien fondus pour finir sur une sensation énergique.
Frédéric Mabileau
Je suis d’autant plus touché que Le Domaine Mabileau produit -bon an mal an- 100.000 bouteilles de Rouillères. On est loin de la mini-parcelle hyper-bichonnée qui finit par accoucher d’une seule barrique. Les Rouillères, c’est la démonstration que l’on peut faire bon et beaucoup. Attention, rendements maîtrisés, il ne s’agit pas de faire pisser la vigne !
Et puis, ce flacon fait remonter les souvenirs à la surface: ce 2011, je l’ai reçu au Domaine, au printemps 2013, lors d’un « voyage d’étude » en Touraine. Après avoir goûté 2011, j’ai décidé d’importer 2012, puis 2013…
Domaine Frédéric Mabileau, à St-Nicolas-de-Bourgueil, Les Rouillères 2011. Vignes de 25 à 40 ans, vendange manuelle, vin issu de raisins de l’agriculture biologique, 12,5% et élevage en cuve inox.
Le Domaine est récemment passé à la biodynamie (Biodyvin).
Julien Zernott et Delphine Rousseau, les vignerons: ils sont installés depuis 2003.
On associe spontanément le Languedoc au vin rouge. C’est d’autant plus légitime que les cépages blancs ne représentent que 9% des surfaces plantées dans la région. Parmi ces cépages blancs, qui mène la danse ? L’ubiquiste chardonnay qui a envahi 14.000 hectares qui n’avaient pourtant fait de mal à personne. J’ai beaucoup de respect pour le chardonnay, mais j’avoue ne pas bien comprendre l’intérêt de vouloir l’acclimater partout et n’importe où. On me rétorquera que c’est ce qui se vend…
Il est vrai que la notoriété du terret bourret laisse à désirer, que le carignan blanc n’est jamais qu’une mutation de la version noire (et ce qui mute n’a pas forcément bonne presse en ce moment) et que le grenache blanc, encore une mutation, a une sacrée tendance à s’oxyder quand le vigneron regarde ailleurs…
Que voulez-vous que l’on fasse avec des zèbres pareils ? Eh bien, on peut en faire, avec du talent et du travail, des vins qui ont la gueule du lieu dont ils proviennent. Le terret a au moins deux qualités précieuses dans le sud: les vins à base de ce cépage gardent de la fraîcheur (acidité plutôt élevée) et leur degré en alcool n’est pas excessif. Le carignan blanc joue sur cette même gamme, en conférant également des arômes citronnés aux vins qui en contiennent.
Cette introduction n’est pas tout-à-fait innocente, puisque, grâce à la grande générosité de l’importateur, j’ai eu l’occasion de goûter très récemment les deux cuvées blanches du Domaine du Pas de l’Escalette: les Clapas 2018 et le Mas Rousseau 2018.
Les Clapas est un assemblage de grenache blanc (50%), de carignan blanc (40%) et de terret (10%); Le Mas Rousseau est un pur carignan blanc, vieilles vignes, issu d’une parcelle de 30 ares. Pour visualiser, 30 ares c’est l’équivalent d’un carré de 55 mètres de côté.
Les comparer est une très agréable et instructive expérience. C’est d’autant mieux d’ailleurs quand on ne s’y attend pas et qu’on tente un accord mets-vin qui doit tout au hasard. Bref, nous mangeons ce soir-là nos premières asperges blanches (servies froides), accompagnées d’un cœur de saumon fumé. Honnêtement, je n’aurais pas tenté cette association, mais l’occasion fait le larron !
Les deux vins sont très différents l’un de l’autre: Les Clapas, de couleur très pâle, évoque le zeste d’orange épicé, avec une structure plutôt nordiste: assez peu de gras, beaucoup de verticalité, de tension crayeuse. Une fine amertume qui va s’avérer précieuse lorsque le plat …j’y reviens plus loin. Vin d’une d’une grande classe, frais (alcool: 13,5%), complexe (nuances anisées et iodées) et long. Nous sommes dans les Terrasses du Larzac, en altitude (350 à 400 mètres), sur des sols calcaires. Un lieu qui permet de réconcilier le Nord et le Sud: le meilleur des deux mondes.
Mas Rousseau, d’une couleur légèrement plus soutenue, a le nez relativement peu loquace. Par contre, la bouche est -déjà- splendide: beaucoup de gras, avec des nuancées fumées qui pourraient évoquer un très beau pinot gris sec. Cette richesse n’a rien à voir avec la pesanteur de l’alcool (13%) mais tout à voir avec la concentration de la matière. Et cela sans nuire à l’équilibre du vin. Finale éclatante et finement amère. On est clairement dans le Sud, mais un Sud épuré, oserais-je …sublimé.
Sans surprise après ce qui précède, l’asperge et Les Clapas, c’est magnifique: on est dans le ton sur ton, vin et légume se répondent et se renforcent l’un l’autre, les fines amertumes collaborent avec un naturel confondant. Très bel accord. Avec le saumon fumé, …bof…, le vin paraît soudain moins précis: ces deux là n’ont pas grand-chose à se raconter, du moins ce soir.
Et Mas Rousseau ? C’est tout à fait bien avec l’asperge, sans toute la magie de l’accord avec Les Clapas. Avec le saumon, c’est encore mieux: un ton sur ton qui joue cette fois sur le gras et le fumé, un accord confortable et savoureux, sans mollesse.
Le Domaine du Pas de l’Escalette est en bio et en biodynamie certifiée par Biodyvin. Le Guide Vert de la RVF attribue deux étoiles au Domaine. Les rouges sont tout aussi intéressants, j’y reviendrai certainement le moment venu.
Les Clapas 2018 peut être réservé (€ 25)jusqu’au dimanche 03 mai 2020 inclus; pour Mas Rousseau, je crains que les volumes disponibles en Belgique ne soient microscopiques…
Javier Sanz est un spécialiste reconnu du vin blanc castillan, en particulier celui qui est élaboré avec les cépages viura, sauvignon et verdejo, sous appellation Rueda. Il est propriétaire d’une parcelle (2,27 hectares) de verdejo pré-phylloxérique, la cuvée portant le nom révélateur de « 1863 », vignes de plus de 150 ans !
Cela ne le prédestine pas à se muer en sauveur d’un cépage rouge, en voie d’extinction en Espagne, le bruñal. Et pourtant !
Quelques recherches ampélographiques plus tard (en période de confinement, qu’il est agréable de fourrer son nez dans de précieux grimoires, fussent-ils digitaux), la lumière m’apparaît soudain: certes, le bruñal a presque disparu du territoire espagnol, mais il est bien connu de l’autre côté de la frontière portugaise, sous le petit nom d’alfrocheiro. Çà nous fait une belle jambe !
Javier Sanz
Dans le verre, le vin est riche en couleurs et en parfums: c’est bourré de fruits rouges et appétissant en diable. La bouche pourrait évoquer un beau et bon gamay croquant, dans un style peu habituel dans cette région d’Espagne, au climat féroce. C’est tout sauf un monstre de puissance et l’alcool est joliment maîtrisé (12,5%). Milieu de bouche énergique et savoureux, finale légèrement tannique. Autant dire que la bouteille y passe en moins de minutes qu’il ne faut pour l’écrire.
C’est à la fois original et susceptible de surprendre ceux et celles qui ont a priori peu d’affinités avec l’Hispanie. Le vin passe dans le chêne pendant 4 mois, mais c’est très judicieusement dosé pour oxygéner le jus sans boiser la bouche. Cela peut se garder encore quelques années, mais franchement pourquoi attendre ?
Acheté à l’automne 2018, pour un peu plus que € 12. Ravi d’en avoir encore en cave !
Contre-étiquette d’une rare précision, la traduction étant de mon cru:
Elaboré avec le cépage barbera, provenant à 100% du vignoble Cuculo, propriété de la famille Cavallotto, situé dans la commune de Castiglione Falletto, au lieu-dit Bricco Boschis. Vignoble d’une superficie de 1,86 hectare, 8.928 ceps, les vignes étant en moyenne âgées de 45 ans. Coteaux d’exposition Ouest et Sud-Ouest. Altitude comprise entre 250 et 310 mètres. Production de 12.400 bouteilles, en moyenne annuelle.
J’ai servi ce Barbera d’Alba 2008 légèrement rafraîchi pour prendre en compte un degré d’alcool de 14%. Quel beau vin ! La robe est jeune, sans nuances orangées. Au nez, je perçois en particulier des parfums qui évoquent le jambon fumé: à l’aveugle, j’aurais peut-être parié sur une syrah. Les différents éléments constitutifs de ce vin sont en harmonie, fondus, intégrés les uns aux autres. Difficile alors d’analyser séparément les tannins, la fraîcheur acide, la douceur de l’alcool. Ce qui me frappe, c’est une « union qui fait la force ».
L’élevage de ce vin a été effectué, pendant +/- 24 mois, en « botti di rovere », foudres de grande contenance: pas de barriques !
Le site Internet du Domaine affiche une carte du vignoble: le vignoble del Cuculo s’y colore de vert prairie. Cette carte me rappelle le voyage pendant lequel cette bouteille a été achetée. Je me souviens en particulier de la vue extraordinaire, depuis la terrasse de la cantina, sur le vignoble du Domaine Cavallotto: un magnifique amphithéâtre de vignes, à l’esthétique émouvante.
village de Castiglione Falletto
Bouteille achetée au Domaine, au printemps 2012, pour € 16. Cela vaut largement son prix.
Hier soir s’écoule dans nos verres un liquide sombre, une écume presque violacée se chargeant d’accroître mon étonnement: presque 20 ans de bouteille, mais une robe d’une jeunesse affirmée.
Le nez confirme: du fruit intense, de la mûre, très peu d’arômes d’évolution. En bouche, équilibre de haut vol, avec des tannins fondus et toujours ce fruit puissant. Élevage implicite, profil digne des meilleurs Bordeaux classiques. Un malbec d’anthologie. Des anthocyanes partout, en particulier au fond du dernier verre, une langue chargée de nuances pourpres en faisant la démonstration.
Je m’attendais à ce que ce soit bon, mais c’est très largement mieux que bon ! Bouteille achetée en primeur, à l’été 2001, pour € 21. Alcool: 13,5%.
Hier soir, la main de fer dans le gant de velours. La délicatesse qui cache en son sein une force redoutable.
Détour par le Jura mystérieux, celui qui brille à L’Etoile. Cette petite appellation ne bénéficie pas de la notoriété d’Arbois, ni de celle de Château-Chalon, mais ces 52 hectares de chardonnay et de savagnin méritent toute notre attention, en particulier au Domaine de Montbourgeau.
Un chardonnay 2010 aux caractéristiques oxydatives discrètes, nuancées, intégrées dans une aromatique complexe d’agrumes, de noisette et d’épices. Quelle élégance ! Quelle longueur !
13% d’alcool mais une silhouette de poids-plume. Je suis fasciné par les vins qui sont à la fois légers et intenses. Ce flacon m’évoque d’ailleurs une manzanilla de Jerez par son équilibre et sa jolie salinité.
Bouteille achetée au Domaine en 2013, pour une dizaine d’euros. Sincèrement, ce n’est pas assez cher.
Hier soir, pinot noir à tendance résolument germanique. Millésime 2006 ? Même pas grand cru ? Mais, mon pauvre ami, ce vin est passé depuis longtemps !
Que nenni. En pleine forme, ce spätburgunder rhénan: pur, net, fruité, sans arômes tertiaires, il ressemble à un éternel adolescent. La complexité n’est certes pas son point fort, mais il tire le maximum de ses parents de raisins, sans maquillage boisé qui tenterait vulgairement de le survendre.
Si vous m’excusez cette petite grossièreté, il pète exactement à la hauteur de son cul.
Équilibre magique, comme un funambule sur sa corde par dessus le Rhin. Jolie persistance, saveurs profondes, matière patinée.
Le dernier verre est le meilleur: c’est typique d’une petite bouteille de 75 cl. Les grandes bouteilles de 75cl sont celles qui ne se vident pas, faute de plaire assez.
August Kesseler est considéré comme l’un des grands spécialistes allemands du pinot noir. Cette cuvée simple a été achetée € 15 en 2009. Le prix a beaucoup changé depuis lors. Le design de l’étiquette itou. C’était ma dernière bouteille, dommage.
Le site Internet du Domaine affiche en particulier une carte géographique des meilleures parcelles de la vallée du Rhin, avec une précision toute bourguignonne.
Sous l’influence de la nostalgie, il m’arrive périodiquement de vouloir tirer des conclusions ou forger un bilan. 30 ans à fourrer mon nez dans chaque verre de passage. 30 ans, surtout, à mastiquer, oxygéner, mélanger des breuvages fermentés entre langue et palais.
Quelque chose qui ressemblerait à un podium olympique, au top 100 des classiques du rock ? Bref, quels vins ont eu de l’importance ? Quels sont ceux qui me restent en mémoire, spontanément ou en parcourant tel document que le hasard ferait se déposer sur mon bureau ?
Voici la tentative du jour.
Cims de Porrera (trois millésimes: 1996, 1997 et 1998). Ces trois vins ont été goûtés par un petit panel de dégustateurs, réunis le 14 mars 2001 sur le thème des vins du Priorat. Ce petit panel, un peu étendu, se réunit d’ailleurs encore en 2020, une fois par mois.
Le Priorat (Catalogne, pas bien loin de Tarragone) commençait à être sérieusement à la mode, après une bien longue éclipse. Sous l’impulsion de René Barbier Ferrer, une bande de vignerons de l’impossible ont le nez creux, s’installent dans cette zone en altitude, plutôt inhospitalière et se mettent à reproduire les nobles vins d’un passé lointain.
Cims de Porrera est un projet de deuxième génération, né au début des années ’90, pour tirer la quintessence de vieilles vignes de carignan et de grenache, à peine saupoudrées d’un soupçon de cabernet sauvignon. Le 1996 pesait 14%, le 1998 …14,9%. Des vins « hénaurmes », formidablement fruités, musclés et intenses. Le petit panel en sort complètement bluffé: les notes fusent à 17, 18, 19…
Par la suite, ce type de vins perdra de sa superbe selon l’adage « trop is te veel« . Cette richesse insolente finira par être assimilée à un déséquilibre alcoolique. A ma surprise, l’importateur propose encore à son tarif le millésime 1996: ce serait amusant de comparer la réalité d’aujourd’hui au souvenir de 2001…
Très bel article consacré à tout ce qui se passe dans le Priorat en 2020: cela s’appelle Els Noms de la Terraet cela vaut la peine d’être lu, à condition de disposer d’un peu de temps.
Château Sociando-Mallet (différents millésimes des années ’80 et ’90): les vins de ce Domaine médocain, acheté en 1969 par Jean Gautreau (malheureusement décédé il y a quelques mois), incarnent pour moi la grande période des Foires aux Vins dans la grande distribution et en particulier chez ce qui s’appelait alors Maxi-GB. J’ai par exemple acheté 1988 et 1989 pour l’équivalent d’une bonne douzaines d’euros. 1994 n’était pas plus cher. Après, la notoriété sans cesse croissante du Château a bien entendu changé la donne.
Ce Château représentait à mes yeux le bon compromis entre un fruit séduisant et une pointe de sévérité, d’austérité tannique qui le rendait moins facile d’accès et impliquait de le confier à sa cave pendant quelques années. J’ai encore quelques 1996 et il doit me rester une bouteille de 1990. Plus besoin d’attendre !
Aujourd’hui, la propriété est devenue beaucoup plus grande (par rachat progressif de parcelles proches et contiguës, en tout 82 hectares à comparer aux 58 hectares historiques), l’encépagement a évolué vers plus de merlot et je suis moins tenté.
Je me souviens aussi de 2 bouteilles du millésime 1982, achetées au Château en 1993 (année troublée s’il en fût), en la compagnie d’un ami qui lit peut-être cet amoncellement de souvenirs disparates.
Jean Gautreau (1927-2019)
Oberhaüser Brücke, riesling spätlese 1997 (Hermann Dönnhoff): ce vin nous avait été conseillé par le sommelier du restaurant Les Gourmands à Blaregnies en décembre 2006 pour accompagner une poule faisane & foie gras, vinaigrette à l’arachide grillée. Je m’étais déjà passablement entiché des rieslings d’Outre-Rhin, mais ce jour-là, j’en ai eu les larmes aux yeux: un vin qui combine extrême légèreté, transparence de saveurs, intensité magistrale et longueur kilométrique. C’est un moment fondateur parce qu’il m’a poussé à explorer l’Allemagne du vin, via la Flandre, les importateurs francophones brillant par leur absence.
Et, de fil en aiguille, je me suis mis à passer une partie de mes vacances en Allemagne: Franconie, Moselle, Nahe, Pfalz, Baden, etc… Puis vinrent les pinots noirs, substituts de grande qualité aux Bourgognes impayables.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là, puisqu’en septembre 2019, je franchis nonchalamment le pont sur la rivière Nahe -qui sépare la Prusse historique de la Bavière tout aussi historique- lorsque je me fais dépasser par une Porsche Cayenne qui tourne immédiatement à gauche dès le pont franchi, droit dans le vignoble Oberhaüser Brücke. Et qui sort de la voiture ? Hermann Dönnhoff himself, venu vérifier la maturité de ses grappes. Je ne lui ai pas demandé d’autographe, mais il ne s’en est pas fallu de grand-chose…
On aperçoit le vignoble Oberhäuser Brücke, juste en face du pont.
Je me souviens aussi du Montrachet Marquis de Laguiche 1974 de Joseph Drouhin, la bouteille qui m’a amené à m’intéresser au vin, un triste soir de Noël 198? (le flacon vide trône en face de moi pendant que j’écris), du Vouvray Bonnet Rouge 1947 du père Foreau, partagé par un groupe de dégustateurs, grâce aux entrées de l’un de nous au Domaine, du Jurançon VT 2007 du Domaine Vignau-La Juscle à qui j’ai attribué en 2010 la rare note de 18,5/20, du Champagne Reflet d’Antan (Bérèche et fils), dégusté avec un ami dans un restaurant d’Epernay en janvier 2012, …
Il y en a d’autres …je les garde pour une prochaine fois…
Il y avait pas mal de dégustations à mon programme de ce weekend et des suivants. Toutes celles-ci ont bien entendu été annulées. Je me mets à la place de mes fournisseurs, cela va profondément impacter la santé de leur entreprise. Le stock est là et il ne bouge plus d’un millimètre.
On peut faire le gros dos, fermer les yeux, espérer des temps meilleurs et considérer que ce n’est vraiment pas le moment de se préoccuper de la suprême futilité …le vin. On peut temporairement préférer l’eau pétillante au Bourgogne et l’écran de télévision au débouchage d’une bonne bouteille. On peut considérer que toute démarche commerciale est aujourd’hui déplacée.
J’assume. Je résiste. Je lutte contre la négativité.
N’est-il pas vrai que dans ce monde, plus les êtres vous sont chers et aimés, plus évanescente aussi est l’image qu’ils vous laissent, tandis que tout ce qui est détestable ou répugnant se grave d’autant plus profondément dans le souvenir ?
Nuée d’oiseaux blancs, roman publié en 1952 par l’écrivain japonais Kawabata Yasunari, prix Nobel de littérature.
Anthocyane vous propose donc une longue liste de vins (bouton TELECHARGER, ci-dessous) qu’il est possible de réserver dès ce dimanche 22 mars et jusqu’au dimanche 05 avril inclus. Je n’ai pas tout goûté, loin de là. D’où ma décision de me concentrer sur des vins français, de type « valeur sûre ». Des vignerons que je connais, dont j’apprécie la démarche. Il sera temps de vous proposer à nouveau des découvertes quand les circonstances s’y prêteront mieux.
Pas de prose cette fois. Mais je réponds très volontiers aux questions !
Un peu de prose malgré tout. Notez en particulier:
la première apparition chez Anthocyane des vins de François Carillon (Puligny-Montrachet) et de ceux d’Yves Leccia (Corse).
les nouveaux millésimes 2018/2019 du Pas de l’Escalette (Languedoc/Terrasses du Larzac)
le rosé Miraflors 2019 du Domaine Lafage (Roussillon)
une large gamme de chez Pignier (Jura)
les deux cuvées du Domaine M. Lapierre (Beaujolais)
Je ne m’engage pas sur une date de disponibilité, pour d’évidentes raisons pratiques. Certains vins ne sont disponibles qu’en très petites quantités, « premier arrivé, premier servi », commandes exclusivement par e-mail, indiquez svp la référence du vin commandé de façon à éviter tout éventuel malentendu.
Celler de Capçanes est une coopérative. Sans surprise, celle du village catalan de …Capçanes. 28 vignerons en sont membres. Petite structure créée vers 1930.
On se trouve au cœur de l’appellation Montsant, à savoir une zone contiguë au Priorat. Paysages tourmentés, âpres, presque désertiques. Les vignes de grenache et de carignan constituent l’essentiel de la population…
La coopérative élabore une série de vins fort sympathiques, au très bon rapport plaisir/prix. Mais (bien sûr, il y a un ‘mais’), les viticulteurs et les œnologues adorent expérimentent, tentent, innovent…
En voici un exemple étonnant : 2/vb, à savoir la deuxième élaboration de ce ‘vim blanc’.
Il s’agit d’un 100% grenache noir, vinifié en blanc. Vendange 2009 avec mise en bouteille mi-2013, après plus de 3 ans en fûts. 15% sans mutage, équilibré par une grande vivacité. ‘Sec de chez sec’. Le long passage en fûts génère des arômes oxydatifs. Zeste d’agrumes, salinité, persistance.
(Très) vieilles vignes, de 50 ans à 100 ans, plantées en altitude (entre 350 et 500 mètres).
Production limitée de 2.000 bouteilles.
Le résultat est surprenant et s’adresse autant aux sens qu’à l’intellect. En tous cas, indifférence impossible. Pendant une dégustation à l’aveugle, feu d’artifice garanti !
Celler de Capçanes, Montsant, 2/vb 2009 : € 24,90
Ce vin n’est pas repris dans le magasin en-ligne. Si vous souhaitez réserver l’une ou l’autre bouteille, prenez contact avec moi.
Date limite pour la commande : vendredi 05 décembre. Bouteilles disponibles à partir du 13 décembre.
Qu’est ce que la Nouvelle-Zélande partage avec la Styrie autrichienne ? Qu’ont en commun le Saint-Bris bourguignon et le Pessac-Léognan bordelais ? En effet, le cépage sauvignon.
C’est néanmoins dans les vignobles du Centre-Loire qu’il donne sans doute le meilleur de lui-même. Les appellations Sancerre et Pouilly-Fumé lui doivent beaucoup.
Sancerre sur la rive gauche de la Loire, Pouilly-Fumé sur la rive droite. Menetou-Salon à quelques kilomètres au sud-ouest de Sancerre. Enfin, Oisly, plein ouest, en Sologne. Voilà le programme pour la dégustation du samedi 23 août.
A l’occasion du festival du pinot noir, fin avril , j’avais eu l’occasion de vous présenter les rouges de pinot noir élaborés à Sancerre et à Menetou-Salon par trois domaines différents. Place cette fois aux blancs des Domaines du Carrou, Serge Laloue et Pellé.
J’y rajoute deux vins de Touraine du Domaine des Corbillières et un Pouilly-Fumé ‘très chic’ de la Maison Henri Bourgeois.
Nous goûtons d’abord les cuvées ‘simples’ (tout est relatif): le Sancerre 2012 du Carrou, le Sancerre 2013 de Serge Laloue et le Morogues 2012 de Pellé. Les prix de ces trois cuvées sont très similaires…ce sera selon le goût de chacun !
Au XIXe siècle, les garçons du village de Bué se mariaient avec les filles du village. Mais un ancêtre de Dominique Roger fit preuve d’originalité en allant épouser une fille du hameau voisin, nommée Joulin. Elle fut affectueusement surnommée La Jouline et ce surnom fut transmis à leur fils, Baptiste Roger. Aujourd’hui, en hommage à cet arrière grand-père vigneron, Dominique Roger nomme sa cuvée de vieilles vignes …La Jouline.
Terroir calcaire, appelé localement caillottes en raison de son aspect pierreux -ce sont typiquement les sols que l’on trouve vers 250 mètres d’altitude-.
Deux parcelles de vignes de 50 ans, en légers coteaux, exposées ouest, sur le village de Bué.
Vendanges manuelles et levures indigènes. Elevage pour 70% en cuve et pour 30% en fûts de chêne.
A propos de premiers crus, voici un autre excellent candidat. L’un des deux grands terroirs qui surplombent le village de Chavignol (l’autre étant la Côte des Monts Damnés).
On change de village et on change de terroir: voici des terres blanches, argilo-calcaires, proches de celles que l’on retrouve à Chablis. Typique des altitudes comprises entre 300 et 350 mètres d’altitude. Les vins ont, en règle générale, besoin d’un peu plus de temps pour s’épanouir.
L’an de grâce 1166. En Irlande, Dermot MacMurrough, roi de Leinster est chassé par le roi de Breffni, O’Rourke dont il avait enlevé la femme. Dermot demande appui à Henri II d’Angleterre et lève une armée de Normands, conduite par Richard Strongbow, comte de Pembroke. Après deux échecs, ils débarquent victorieusement en Irlande et prennent Waterford et Dublin.
Avec mes remerciements sincères à Wikipedia. Mais, fausse piste (à quoi je m’amuse…), le nom de la cuvée n’a strictement rien à voir avec le Moyen-Âge. De fait, il s’agit plus simplement d’une minuscule parcelle plantée de 1.166 ceps.
Troisième village (Sancerre himself en l’occurrence) et troisième terroir, à savoir les silex, encore appelés chailloux. Typique de la zone située au plus près de la Loire.
Un vin profondément original, incontestablement différent et difficile à placer à Sancerre. Grande concentration et taux d’alcool très mesuré (12,5%).
€ 35 pour une bouteille de vin, est-ce que c’est cher ? Ma réponse est clairement oui. On atteint les limites de la rationalité.
Ce bref propos liminaire pour contextualiser ce que je lis aujourd’hui dans un article de la Revue du Vin de France. Cela concerne le prix des St-Emilion « prestigieux » du millésime 2010. Accrochez-vous:
Château Ausone: € 1.300
Château Pavie: € 325
Château Le Tertre Roteboeuf: € 280
Château La Mondotte: € 320
Château Cheval Blanc: € 1.150
…Château Troplong-Mondot: € 160
Il y a 20 ans, en août 1993, j’ai eu l’occasion d’acheter quelques bouteilles de Château Troplong-Mondot du millésime 1990. C’était assez cher, puisque cela coûtait 520…francs belges. Soit € 13. Gloups.
Pourquoi Cheval-Blanc se vend-il à ce prix stratosphérique ? La réponse est d’une simplicité confondante, cela s’appelle l’offre et la demande.
La propriété produit bon an mal an 150.000 bouteilles. Dont une partie est « déclassée » vers un second vin (Le Petit Cheval). Ça, c’est l’offre et il n’y a pas grand-chose à faire pour la faire croître.
Jean Faure se situe entre Cheval-Blanc et Figeac
Selon le magazine Forbes, notre planète héberge aujourd’hui 1.426 milliardaires. C’est 200 de plus que l’année passée. Ça, c’est la demande et il n’y a pas grand-chose à faire pour la faire diminuer.
Cela dit, je suppose que Cheval-Blanc, c’est très bon. Très bon, au même titre que quelques centaines d’autres vins qui ne bénéficient pas de la même médiatisation. Par exemple, le Château Jean Faure. 18 hectares de cabernet franc (majoritaire), de merlot et de malbec. A un jet de pierre des vignes de Cheval-Blanc. De fait, les vignobles sont quasiment contigus.
Château Jean Faure a connu une existence troublée: très bien considéré au XIXe siècle, faisant partie de l’élite des St-Emilion lors de leur premier classement en 1958 (« St Emilion Grand Cru Classé »), il s’endort ensuite sur ses lauriers. En raison d’une gestion malhabile et inconséquente, il se fait rétrograder en 1985 (« St-Emilion Grand Cru »).
Les choses ne s’arrangeront qu’à partir de la vente du château à Olivier Decelle, un homme d’affaires qui, après avoir racheté le Mas Amiel en Roussillon, acquiert Jean Faure en 2004. Beaucoup de travail pour remettre le vignoble et les vinifications en ordre. Le millésime 2009 séduit beaucoup de dégustateurs et de journalistes. 2010 itou.
La consécration tombe l’année passée: Château Jean Faure rejoint à nouveau le club plutôt fermé des « St-Emilion Grand Cru Classé ». Heureusement, cela ne se sait pas encore. La médiatisation n’a pas encore transformé Jean Faure en vin virtuel, exclusivement destiné aux gros portefeuilles.
€ 35 pour une bouteille de vin, est-ce que c’est cher ? Ma réponse est encore oui. Mais dans le contexte bordelais tel qu’il est aujourd’hui, il me semble qu’il s’agit d’une très bonne affaire. Cela n’engage évidemment que moi, mais il ne faudra pas longtemps pour que la barre des € 100 soit franchie. A bon entendeur…
Cela peut se boire dès maintenant et se conserver au moins 10 ans. Disponible à partir du 06 décembre.
souvenir des vendanges 2013: Engelberg, 13 novembre, 09h30 du matin.
souvenir des vendanges 2013: Engelberg, 13 novembre, 09h30 du matin.
Merci à tous ceux et celles dont la présence a permis le succès de cette dégustation !
J’ai donc eu l’opportunité de goûter ces vins une première fois avec les vignerons, Mélanie Pfister et Guillaume Mochel (mercredi) et une seconde fois avec les participants à la dégustation de ce samedi.
Voici quelques commentaires pour faciliter votre choix:
Première série : les vins secs, cépage par cépage
Le pinot blanc 2012 de Pfister est parfumé, vif, joyeux et parfaitement sec. Il plaira au novice curieux comme à l’amateur éclairé.
Le riesling Tradition 2012 de Pfister est destiné aux amateurs de vins très vifs et frais. Citronné et intense. Si vous le dégustez aujourd’hui, je recommande de le passer en carafe. Longue garde en cave possible.
Le muscat « Les 3 Demoiselles » 2012 de Pfister est un apéritif original et raffiné. Délicatement parfumé, sec et élégant.
Le sylvaner « Peau Rouge » 2012 de Josmeyer se montre discret au nez, mais concentré, minéral et énergique en bouche.
Deuxième série : les vins secs d’assemblage
Le Traenheim 2012 est une création récente (premier millésime) de Guillaume Mochel. Vin très original: assemblage de deux pinots, élevage en demi-muids (tonneaux de 600 litres), pas de fermentation malo-lactique.
Traenheim est un village, c’est un vin mais c’est aussi un projet, présenté à la presse et aux autorités jeudi passé. Voici le dossier de presse: Traenheim
La « Cuvée 8 » 2011 représente parfaitement la vision de Mélanie Pfister: assemblage de quatre cépages, il combine la vivacité du riesling, la puissance du pinot gris et les parfums du gewürztraminer et du muscat. Toute l’Alsace dans votre verre !
Troisième série : les vins tendres
Le Klevner 2012 de Mochel est un pinot original, intense, très légèrement marqué par une pointe de douceur qui lui confère un bel équilibre.
Le gewürztraminer 2011 de Mochel est pur, frais et digeste. Les arômes typiques du cépage sont bien présents, agréablement soutenus par une touche de douceur.
Quatrième série : les vins liquoreux
Le riesling Sélection de Grains Nobles 2007 de Mochel offre exactement ce que l’on peut en attendre : très alsacien, très équilibré, très net, d’une grande complexité aromatique. A boire pour lui-même, après un bon repas. Ou en la compagnie d’un bon livre…
Le riesling Sélection de Grains Nobles 2007 de Pfister est profondément original. Malgré des sucres résiduels très importants, l’équilibre est dominé par la fraîcheur. Une exceptionnelle finesse, d’une distinction cristalline.
Les vins d’Alsace peuvent être commandés, jusqu’à ce mardi 19 novembre inclus, via le tarif & bon de commande. Les commandes seront disponibles à partir du 07 décembre.
En plus de ce qui a été dégusté ce samedi, sont également proposés: Grand Cru Engelberg, Grand Cru Altenberg de Bergbieten, Crémant d’Alsace, plusieurs pinots noirs, …
A l’occasion d’une dégustation organisée par un grand amateur, j’ai eu l’occasion de goûter récemment des blancs roumains et en particulier des vins issus de l’appellation Cotnari, élaborés avec le cépage grasa: le 2009 m’a semblé sans grand intérêt (et c’est un euphémisme), le 1979 m’a impressionné.
Le grand écart dans toute sa splendeur. De quoi piquer la curiosité.
Cotnari, c’est le nord-est de la Roumanie, plus précisément la Moldavie. La Moldavie historique est actuellement partagée entre l’Ukraine, la république de Moldavie et la province roumaine de Moldavie. C’est cette dernière qui nous occupe (zone rose sur la carte ci-contre).
« Le grasa est un cépage typiquement roumain, probablement parent du furmint hongrois. C’est l’un des quatre cépages de Cotnari, à côté de la feteasca alba, de la francusa et de la tamaioasa. On peut faire du vin de Cotnari avec chacun de ces cépages individuellement ou en les assemblant. La francusa donne des vins en principe secs. Les trois autres donnent plutôt des vins demi-doux ou doux. Les bouteilles avec la mention grasa de Cotnari devraient ne contenir que du grasa. En principe, le grasa de Cotnari est un vin doux, mais dont le degré de douceur est très variable selon les cuvées, les années et les producteurs. Il s’agit d’un raisin qui a une certaine capacité à accumuler beaucoup de sucre en surmaturité, donc à devenir gras… d’autant plus que son acidité est peu marquée.
Le vignoble, situé à une cinquantaine de km au nord-ouest de la grande ville de Iasi, s’étend sur une quarantaine de km entre Târgu Frumos et Hârlau. La région n’est pas atteinte chaque année par le botrytis, probablement deux à quatre fois par décennie et même dans ces années, les raisins atteints de pourriture noble ne sont de manière générale guère triés… On produit néanmoins du grasa de Cotnari chaque année. Il n’est donc le plus souvent que passerillé et encore pas toujours longuement.
La région est dominée économiquement par les deux entreprises héritières de la période communiste, SC Cotnari et Vinia Iasi SA. La première est issue de l’ancien combinat de Cotnari. La seconde vinifie et commercialise du vin issu de toute la Moldavie. Un troisième acteur semble faire lentement son apparition dans la région, Vinarte.
SC Cotnari et Vinia Iasi SA sont de grandes entreprises qui vinifient et commercialisent des masses de vins de qualité très variable. La qualité moyenne du Cotnari produit par ces deux mastodontes est plutôt faible. Certaines cuvées sortent parfois du lot. J’ai goûté des anciens millésimes parfois remarquables, parfois exécrables.
L’embouteillage était jusqu’ici assez aléatoire: bouteilles bon marché, bouchons très courts. En outre, le goût roumain est assez porté sur un style un peu oxydatif… Les conditions d’embouteillage se sont améliorées au cours des dix dernières années. Le niveau de qualité reste, à mon avis, plutôt bas. Le Cotnari se vend bien au nord de l’Europe, en Russie et en Ukraine, à destination d’un public qui n’est pas toujours très exigeant, pourvu qu’il y ait du sucre…
Quelques petits propriétaires vignerons font des quantités confidentielles de vins, mais dans des conditions très artisanales. La qualité s’y améliore lentement. Ces vins ne se trouvent bien évidemment pas en dehors de la région. » (Cornalin, LPV, printemps 2008).
Parenthèse tintinophilique, la Syldavie du Sceptre d’Ottokar est une combinaison créative de TranSYLvanie et de MolDAVIE.
Le Cotnari Grasa 1979 offre un nez complexe, avec des touches florales et pâtissières. La bouche est dense, fortement aromatique (herbes amères, calvados) et bien structurée, grâce à un équilibre sucre/acidité de haut vol. C’est très original, passablement déstabilisant et pourtant compatible avec nos repères franco-français.
Le Cotnari Grasa 2009 est très différent du précédent. 30 ans les séparent, mais il me semble que ce 2009 aura beaucoup de mal à rejoindre le niveau du 1979. Aujourd’hui, la robe est pâle, le nez discret et la bouche acidulée, un peu artificielle, enrobée par un sucre bizarroïde. Aurait-on essayé de « fabriquer » le vin dans le chai ?
Je ne peux pas m’empêcher de partager un article paru dans le numéro d’octobre de la Revue du Vin de France:
« Sur le petit vignoble de Cour-Cheverny (54 ha), seuls les blancs à base de romorantin voient le jour. Au domaine des Huards, la famille Gendrier produit une cuvée François Ier extraordinaire. Issue de vieilles vignes de romorantin (70 ans en moyenne), elle déroule un nez profond nourri par l’élevage de six mois sur lies, une bouche savoureuse et longue.
Après quelques années de garde en cave par les vignerons, ce 2007 est le millésime aujourd’hui à la vente. Il commence à se dévoiler cet automne et vieillira plusieurs années à merveille. Un blanc bien typé qui surprendra les amateurs par son originalité et on potentiel de garde. Digne d’un roi ! ».