Le retour de Miraflors

Suite à la forte demande, j’ai recommandé un stock de Miraflors 2019 du Domaine Lafage. Toujours au prix de € 11.

Ces bouteilles seront chez moi à partir du samedi 30 mai. Si vous en souhaitez, n’hésitez pas à les réserver dès maintenant, via un simple e-mail.

Commentaire paru dans Decanter, revue britannique.

Julie et Jean-Marie

Un de nos restaurants préférés, la Brasserie Julie à Dilbeek, propose à présent une formule à emporter, intitulée le Buffet Juliette.

Samedi, c’était Bouchée à la Reine et son cortège de champignons, ris de veau, volaille, pâte feuilletée et pommes Duchesse. Nous n’avons donc pas résisté. Portion royale et beaux produits. Explication détaillée (en néerlandais) pour bien gérer les temps de réchauffement au four des différents ingrédients.

Un jour, nous retournerons à la Brasserie Julie. Le plus tôt sera le mieux. De toute façon, les tables étaient déjà assez éloignées les unes des autres AVANT. Je me réjouis de revoir l’excellent sommelier, Jori Van Ginderdeuren: il combine compétence, sens de l’accueil et sens de l’humour. What else ?

Le plat appelle le Bourgogne blanc avec conséquentes heures de vol. Je jette mon dévolu sur un flacon mâconnais, à savoir Le Mâcon-Pierreclos Le Chavigne 2002 du Domaine Guffens-Heynen.

A l’attention de ceux et celles qui ne connaitraient pas Jean-Marie Guffens, c’est un Limbourgeois qui s’est installé il y a une quarantaine d’années à Vergisson, au pied de la Roche éponyme. Il parle limbourgeois et bourguignon. Pour ce qui est du néerlandais et du français, c’est moins clair. Il y a quelque chose en lui d’Arno. Humour féroce, humeur imprévisible. Franc-parler qui ne se fait pas que des amis.

Le personnage ne suscite pas forcément la sympathie, mais les vins qu’il élabore sur son petit domaine ne m’ont jamais laissé indifférent. C’est un grand-maître du chardonnay. Il est aussi négociant sous le nom de Verget, ce qui lui permet de proposer des vins de la Côte d’Or et du Chablisien en supplément aux vins locaux.

La robe de ce Mâcon-Pierreclos est franchement dorée. Le nez confesse son âge: le champignon et la forêt humide dominent l’aromatique. La bouche ne peut cacher une légère oxydation. Mais celle-ci accompagne avec élégance un vin riche, intense et savoureux. Les deux premiers verres bus, je me pose néanmoins quelques questions sur la relative absence de complexité du breuvage. Le doute s’installerait-il ?

Indispensable: faire preuve d’un peu de patience, le temps requis pour que ce vin respire après 17 ans de réclusion, pour qu’il se fasse au verre, pour qu’il tiédisse légèrement. C’est magique. Le dernier verre est magistral, avec une tension chablisienne, une touche de coquille d’huître. Quelle persistance ! Un vin vieux, certes mais pas décati.

Respect pour les Anciens !

D’une pierre deux coups: Viré-Clessé

Nous sommes dans le sud de la Bourgogne, dans le département de Saône-et-Loire, dans le Mâconnais, à califourchon entre les villages de Viré et de Clessé. Depuis 1999, ces deux villages, ainsi que les villages voisins de Montbellet et de Laizé, forment ensemble l’appellation Viré-Clessé, sur 400 hectares de vignes. Le chardonnay est le seul cépage admis par l’appellation.

Quand le millésime s’y prête, certains vignerons proposent des vins demi-secs et moelleux, en vendanges tardives, parfois marqués par la pourriture noble (botrytis). Ces derniers sont connus sous le nom de vins levroutés. La teneur en sucres résiduels se situe entre 8 et 18 grammes par litre. Le degré alcoolique est supérieur ou égal à 14%. Unique en Bourgogne !

Bien entendu, l’appellation produit une majorité de vins secs, souvent caractérisés par une confortable rondeur et une aromatique de fruits exotiques. Le pari à gagner par les meilleurs vignerons est d’équilibrer cette richesse par une fraîcheur de bon aloi.

J’ai goûté ce vendredi un vin du Domaine André Bonhomme. Ce domaine, sis à Viré, a été créé en 1956 par le vigneron éponyme. Aujourd’hui, ce sont les petits-fils Aurélien et Johan qui sont aux manettes d’un vignoble de 11 hectares. Ils élaborent un Mâcon-Villages avec les raisins issus des parcelles hors appellation Viré-Clessé, un Mâcon rouge (gamay) et une assez longue séries de cuvées en appellation.

Le vin goûté est le Viré-Clessé Cuvée Spéciale 2017: assemblage de plusieurs parcelles âgées de 45 à 75 ans. Cette Cuvée Spéciale est accessible et polyvalente: rien d’extrême, rien qui soit destiné à surprendre. L’équilibre est excellent entre rondeur (13,5%) et fraîcheur. C’est diantrement gourmand !

L’aromatique est plutôt ensoleillée et fruitée, avec quelques nuances tropicales. Le vin est sec, rien à voir avec une version levroutée ! La finale est longue et nette, une acidité citronnée jouant le rôle du point d’orgue. L’élevage, effectué partiellement en cuve inox et partiellement sous bois, est joliment intégré, au sens où il ne se met pas en avant.

Il y en a en stock en ce moment, au prix de € 15.

Les colis de dégustation…

…sont toujours disponibles !

En deux mots, je vous propose un colis de 6 vins blancs secs différents, tous issus du millésime 2018 (€ 77,50) ainsi qu’un colis de 6 vins rouges différents, tous issus du millésime 2019 (€ 75,50).

Une bonne façon de découvrir mon offre, de comparer différents styles et de vous forger des préférences.

Bernard Baudry, l’incarnation du Chinon

Matthieu et Bernard Baudry

Bernard Baudry recherche la dimension soyeuse et civilisée des chinons, tout en restant au plus près de leur expression de terroir. Cette démarche qu’il poursuit désormais avec son fils Matthieu, se double d’une certification bio. Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. Le Domaine est noté **.

Grande famille de Cravant, les Baudry travaillent en duo: Bernard s’entend à merveille avec son fils Matthieu. Ils ont bâti leur réputation sur des cabernets francs de garde, séveux, denses et longs, dans un domaine qui compte 30 hectares dont deux de blancs. Le Guide des Vins bettane+desseauve, édition 2019. Le Domaine est noté ***.

Cap sur la Loire et les chinons du Domaine Bernard Baudry.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une précision: la cuvée dite « Domaine » n’est pas la cuvée d’entrée de gamme, ce statut étant plutôt l’apanage de la cuvée « Les Granges », vin fruité et gourmand à déguster dans sa jeunesse. « Les Granges » est issu des vignes plantées dans les alluvions constituées par la Vienne, affluent de la Loire.

Traditionnellement, la Loire est une région où l’effet millésime joue un rôle important. En pratique, les derniers millésimes ont tous été chauds: c’est vrai pour 2015, 2016, 2017 et 2018.

Comme d’autres villages ligériens, Chinon a été durement touché par le gel des 26 et 27 avril 2016. Comme l’hiver avait été doux, les bourgeons ont méchamment dégusté, avec comme conséquence une forte réduction des rendements et donc du volume. Par contre, dès la fin juin, les conditions météo ont été franchement favorables, ce qui a contribué à la remarquable qualité de ce millésime.

Dégustation comparative: « Domaine » 2016 et « Les Grézeaux » 2018

Le même vigneron, le même cépage (100% cabernet franc), quelques kilomètres entre les parcelles et pourtant, deux vins aux profils fort différents.

« Les Grézeaux » affichent une couleur dense, franchement violacée. Le nez est riche et met en appétit. La bouche est soyeuse, riche en fruits et surtout pulpeuse, presque comme la pulpe dans un jus d’oranges fraîchement pressé: une densité qui en met plein les papilles. Ce vin issu de vieilles vignes (+/- 60 ans) est élevé en barriques anciennes qui oxygènent sans marquer aromatiquement.

C’est bien mûr (13,5%) avec une structure tannique assez légère et beaucoup d’élégance. Difficile de ne pas sourire pendant la dégustation d’un tel vin, difficile de ne pas s’en resservir. A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des meilleures cuvées du Domaine Frédéric Mabileau (St-Nicolas-de-Bourgueil).

« Domaine » présente une robe d’un beau rouge franc, sans reflets violacés. Le nez est floral, poivré, précis. La bouche est structurée, construite sur le couple tannins/acidité. Le vin est dense et énergique, peu marqué par la douceur de l’alcool (12,5%). On sent qu’il est au début de la phase de maturité: aujourd’hui, je suggère de le carafer. Ce vin est sans doute plus cérébral que « Les Grézeaux », mais je soupçonne une grande capacité à vieillir harmonieusement, en se détendant progressivement. « Domaine » est un vrai vin ligérien, de profil plutôt nordiste, malgré la canicule de l’été 2016. L’équilibre est souverain.

A l’attention spécifique du lecteur qui me suit depuis de longues années, ce vin évoque le style des cuvées du Domaine de La Chevalerie (Bourgueil). Prenez cette comparaison pour ce qu’elle vaut: une simple indication, manquant certes de précision.

Constat: les vins étaient très bons hier soir. Ce midi, ils sont excellents ! Une fois de plus, une bouteille ouverte depuis une bonne douzaine d’heures se révèle supérieure à la bouteille ouverte à l’instant. Le cabernet franc respire et libère tous ses parfums …quand on lui en donne le temps !

« Domaine » 2016 est en stock chez moi au prix de € 13. « Les Grézeaux » 2018 est disponible sur commande au prix de € 17.

« Les Grézeaux » est en dégustation le samedi 13 juin. Attention, dégustation sur inscription préalable.

La ville de Chinon, aux pieds de la forteresse

Sont également disponibles sur commande: « Domaine » 2018 à € 14 et « Le Clos Guillot » 2017 à € 22. Ce dernier vin a obtenu la note de 17/20 dans Le Guide des meilleurs Vins de France, édition 2020. « Le Clos Guillot » est un voisin du Chêne Vert (Charles Joguet) et du Coteau de Noiré (Philippe et Pierre Alliet). Les vignes ont été plantées entre 1993 et 2000. L’élevage est effectué en barriques anciennes. C’est assurément un beau vin de garde, susceptible de vieillir 10 à 15 ans.

Vin belge

En 2005 (ce n’est pas la préhistoire), le vin belge prenait encore la forme d’une note en bas de page avec une production estimée à 215.000 litres, produits à partir d’un vignoble de 65 hectares.

En moins de 15 ans, le nombre d’hectares a été multiplié par 6, le volume a été multiplié par 9. Notons néanmoins que le volume généré par le millésime 2018 est exceptionnel, grâce à une météo presque parfaite. Il y a nettement moins de volume en 2019.

Pour fixer les idées, le vignoble du Grand-Duché de Luxembourg, en 2018, c’est 1.250 hectares et 13.500.000 litres.

Par simple division des chiffres du tableau ci-dessus, on constate que, en moyenne, chaque vigneron belge dispose d’une parcelle de 3 hectares, ce qui est horriblement peu. Bien sûr cette moyenne recouvre des réalités très diverses: le wijnkasteel Genoels-Elderen (Limbourg) dispose d’un vignoble de 22 hectares et le vignoble des Agaisses (Hainaut), producteur de la cuvée Ruffus, s’étend sur 28 hectares.

La Belgique reste un pays de bulles et de vins blancs, les rouges et rosés ne représentant ensemble qu’un cinquième de la production totale.

En termes de cépages, le chardonnay se taille la part du lion (35%), les pinots (noir, gris, blanc et meunier) suivent (23%). A noter la part importante des cépages dits ‘résistants’ (johanniter, régent, solaris, pinotin, etc…).

Le vignoble du Chant d’Éole (et le pourquoi du nom choisi par le Domaine)

En mai 2019, la cuvée Prestige du Domaine du Chant d’Éole (près de Mons) a remporté la grande médaille d’Or du Concours Mondial de Bruxelles. C’est évidemment surprenant, encore plus lorsque l’on sait que les vignes ont été plantées en 2010 et que la première commercialisation date de 2015.

Oui, un effervescent belge a fait la nique à une longue série de Champagnes. Cela étant, cette médaille n’a de sens que par rapport aux participants, les meilleurs Champagnes ne participant jamais à ce type de compétition. Titrer « la meilleure bulle du monde est montoise » est un peu excessif…

Le ciel et la terre

Ce jeudi soir, j’ai applaudi les artistes. Admiration pour le travail de Holger Koch et de Thierry Glantenay.

Le premier est un vigneron allemand (Baden, pas bien loin de Colmar), spécialiste des pinots noir gris et blanc, qui a créé son domaine en 1999 sur 8 hectares. Le second est un vigneron bourguignon qui possède, sur 7 hectares, plusieurs belles parcelles en Volnay 1er cru, Volnay, Pommard et Puligny-Montrachet.

Grâce à la générosité d’un importateur, dialogue entre le pinot noir Réserve 2014 de Koch (13%) et le Volnay 1er cru Les Santenots 2016 de Glantenay (13%).

Réserve est une sélection des meilleurs raisins, issus de différentes parcelles sur le Kaiserstuhl, un volcan éteint. C’est le sommet de la gamme. La fermentation est réalisée pour partie en grappes entières. L’élevage se fait en fûts de 300 et 500 litres, pendant un peu plus d’un an.

Les Santenots ont la particularité de se situer entièrement sur la commune de Meursault: c’est donc un Volnay de Meursault ! Attention, si un vin blanc est élaboré avec des raisins issus de cette même aire, il sera baptisé Meursault. Je m’arrête là, mais la réalité est encore plus complexe que ce qui précède.

Précision supplémentaire, le vin de Glantenay est un Santenots-Dessous, situé en face du Clos des Santenots, monopole du Domaine Prieur. Vignes de 25 ans. La fermentation est réalisée pour partie en grappes entières. Élevage en fûts, dont +/- 20% neufs, pendant 16 mois.

Les présentations sont faites, le spectacle peut commencer. Trois coups, le rideau s’ouvre.

Les robes des actrices sont fort différentes: pâle et un peu évoluée chez Koch, plus dense et moins évoluée chez Glantenay. Je ne pense pas que la petite différence d’âge soit la seule explication.

Holger Koch

La diction du Koch est d’une précision rare, comme une transparence absolue entre ce qui se passe sur la scène et la perception du spectateur-dégustateur. Le jeu est merveilleusement délicat, le boisé très bien intégré. Ce vin est une plume, un souffle. L’intensité volcanique sans le muscle. Les tannins sont virtuels, presque abstraits: on les imagine plus qu’on ne les goûte. Acidité et fine amertume font la paire, évoquant le pamplemousse rose. Esprit de pinot noir. Ce vin fuit le sol, il monte vers le ciel.

Thierry Glantenay

Voici la réplique du Glantenay. Le fruit est intense, juteux. Le boisé est un élément du décor, la musique est épicée, quasi-orientale. De la cerise et de la mûre. Il y a de la densité, de la noirceur, de la puissance et du tannin. Ce n’est pas tout-à-fait le « Chambolle de la Côte de Beaune »: il y a de la force par-delà l’élégance. Là où Koch est à parfaite maturité, Glantenay mériterait assurément un peu de garde, pour une reprise du spectacle durant une saison future. Jus de pinot noir. Ce vin est le sol, il est solidement campé sur la terre.

Bon, avant de tomber dans la béatitude …pas de bémol ? En cherchant bien, une pointe de sécheresse dans les tannins du Volnay et une sorte de fragilité à l’air du Réserve ?

weingut Holger Koch

Bien sûr, les commentaires ci-dessus sont relatifs: l’un est « plus » ceci, l’autre est « moins » cela. Il suffirait de remplacer une actrice par une consœur pour modifier le texte. C’est une description de l’interaction. En cela, elle est unique: la valeur du spectacle vivant – live.

Ces vins sont commercialisés en Belgique juste sous la barre des € 60. Je crains qu’ils soient épuisés chez l’importateur. Par contre, les millésimes suivants (Koch pinot noir Réserve 2015 et Glantenay Volnay 1er cru Santenots 2017) sont disponibles en très petites quantités. Me contacter si intérêt.

Les autres vins de ces vignerons sont tout aussi recommandables, dans leurs catégories respectives. Je pense en particulier au pinot blanc 2018 d’Holger Koch: j’en ai pour le moment en stock au prix de € 13. Le « simple » pinot noir Kaiserstuhl 2018 est vendu à € 13,50 (sur commande).

Le « simple » Bourgogne 2017 de Thierry Glantenay est disponible sur commande (€ 22), ainsi que son Volnay 2017 (sur commande, € 37).

Rhône Nord : Ogier et Villa redonnent vignes aux coteaux du Pipet

Plus de 3.500 ceps de syrah viennent d’être plantés sur les coteaux du Pipet, à Vienne, par le tandem Stéphane Ogier-Pierre Jean Villa pour faire renaître le vignoble disparu depuis près d’un siècle.

Il y avait des vignes jusque dans les années ’20 sur les coteaux du Pipet, sur les hauteurs de Vienne, juste au-dessus de l’ancien théâtre antique. En témoigne la carte postale un peu jaunie qui trône sur l’un des murs du Grand Café de Vienne où déjeunent les deux vignerons emblématiques du Rhône Nord, Stéphane Ogier et Pierre-Jean Villa.

Quelque peu surpris, les deux amis filent après le repas sur ce belvédère offrant un vue grandiose sur le Rhône et l’agglomération viennoise. À l’emplacement de l’ancienne forteresse des rois de Bourgogne jusqu’au XIe siècle, une chapelle dédiée à Notre-Dame de Salettes a été construite à la fin du XIXe et devenue un lieu de pèlerinage. Mais point de vignes ici, juste quelques robiniers et acacias qui disputent le terrain aux herbes folles.

Renseignements pris, les deux vignerons apprennent que la friche appartient à la municipalité. « Même le maire, Thierry Kowaks, a été surpris d’apprendre qu’il y avait eu des vignes un jour, au-dessus de la future Maison du jazz, raconte Stéphane Ogier. Il faut dire que la végétation avait repris le dessus sur ces pentes raides et difficiles d’accès. On ne voyait même plus les terrasses avec des dénivelés impressionnants et des murs jusqu’à 10 mètres. »

Ensorcelés par l’endroit et par l’histoire, les deux compères n’ont plus qu’une seule envie : y faire renaître la vigne. Un accord est finalement négocié avec la mairie qui met à disposition le terrain avec un bail à long terme de 18 ans… en échange de quelques bouteilles quand la vigne produira des raisins à la 3e feuille. Pas avant 2023. Car il a fallu d’abord défricher le coteau exposé plein sud avant de planter de la syrah, une évidence en Rhône Nord. « Nous n’avions pas assez de surface avec un demi-hectare pour faire deux vins et les schistes sont d’abord un terroir de rouge » explique Stéphane Ogier.

En attendant le cru

Les premiers ceps issus de différentes sélections massales devaient être plantés en mars mais les travaux ont pris un peu de retard avec le confinement. Finalement, cette semaine, plus de 3.500 pieds viennent d’être installés à nouveau sur les coteaux de Pipet, qui donneront naturellement le nom à la cuvée. « Nous avons planté un peu plus de pieds que prévu – on pensait 2500 au départ, car on a choisi de planter à forte densité, à 13 000 pieds. Même si cela représente plus de travail, cette densité permet d’avoir moins de raisins par pieds avec des grappes plus petites et moins de concurrence entre les pieds, et donc de produire un vin plus qualitatif. »

Les 1.500-2.000 bouteilles qui devraient être produites à terme à partir de la parcelle pourraient être étiquetées en IGP Collines Rhodaniennes ou simplement en Vin de France, à moins que l’élargissement de l’appellation Côtes-du-Rhone, en discussion depuis plusieurs années, ne soit enfin adopté par l’INAO. « Passer en Côtes-du-Rhone serait déjà une belle victoire, ne serait-ce que pour protéger le secteur mais notre objectif est de devenir rapidement un cru de la vallée du Rhône. » La parcelle Ogier-Villa est la plus septentrionale de la future appellation dont le nom fait toujours débat (Seyssuel, Coteaux de Seyssuel, Vienne-Seyssuel…).

Le nouveau vignoble s’inscrit dans la continuité de la renaissance des vins de Vienne qui comptent désormais 18 vignerons. Elle avait été initiée, au début des années ’90, par les Vins de Vienne lancés par un quatuor de vignerons du Rhône Nord, Pierre Gaillard, François Villard, Yves Cuilleron et à l’époque un certain …Pierre-Jean Villa.

Article publié aujourd’hui 07 mai 2020 dans la revue « Terre de Vins », sous la plume de Frédérique Hermine. Beau projet sur des pentes vertigineuses. Rendez-vous dans 10 ans. Je prédis que le vin ne sera pas bon marché…

Centenaire

Voilà une cuvée diantrement appétissante !

Ce 2018 offre exactement ce que l’on peut attendre d’un blanc du Sud à prix doux: de la rondeur mais pas de surcharge alcooleuse (13%), de la fraîcheur mais pas d’acidité dominante, du nez mais sans exubérance excessive.

Les vignes de grenache blanc/gris (80%) sont VRAIMENT vieilles, d’où le nom de la cuvée: Centenaire. Je soupçonne que la roussanne (20%) provient de vignes plus jeunes.

Élevage dans l’inox pour le grenache, dans le bois pour la roussanne. Le boisé est discret, bien dosé.

L’équilibre repose sur la combinaison entre une acidité plutôt basse et une fine amertume, perceptible en finale. Profil gastronomique large, facile à accorder avec plein de mets différents. Servir bien frais et puis profiter de la température qui grimpe gentiment pendant le repas. Possède le potentiel pour être gardé 2 ou 3 ans.

Domaine Lafage, Côtes du Roussillon, Centenaire 2018. J’en ai en stock en ce moment au prix de € 11.

I heard it through the grapevine

Ma passion pour le vin se double d’une passion pour la musique.

music.apple.com/be/playlist/anthocyane1/pl.u-pMmGaURPl0y

En soi, ce n’est pas particulièrement intéressant pour le lecteur de ce site: Marc Ysaye présente, depuis une éternité et chaque dimanche matin, « Les Classiques » sur Classic 21, émission ô combien musicale. Très bien.

Malheureusement, le dit Marc Ysaye est également passionné par tout ce qui roule et fait bruyamment VROUM-VROUM. Donc, l’amateur de musique se tape régulièrement le Salon de l’Auto et toutes les compétitions de moto de la Belgique francophone.

Vous l’aurez déjà compris, le sujet me laisse indifférent. Rock et Gros Cube, non merci. Corrélation négative. Les méchantes langues diront que je ne tiens déjà pas sur un vélo (ce qui est vrai) et que mon indifférence à la motocyclette n’est qu’une frustration mal gérée. En réalité, je me rêve régulièrement en motard bardé de cuir et …

Je digresse, je digresse, il n’y a donc aucune raison pour que l’œnophile partage mon goût pour la musique et, pire, mes goûts musicaux. D’autant plus que j’ai une certaine addiction à la musique pas trop consensuelle.

Votre Honneur, je plaide non-coupable, tout est de la faute de la technologie: confiné jusque par-dessus la tête, j’ai découvert par hasard qu’il était facile de partager une playlist Apple Music sur ce site. Comment résister ?

I heard it through the grapevine

J’ai emprunté le titre de cet article à une chanson écrite en 1966 et popularisée par Marvin Gaye en 1968. Littéralement: « je l’ai entendu à travers la vigne ». Mais le mot grapevine signifie aussi « rumeur ».

Donc « je l’ai appris par la rumeur » est une bien meilleure traduction que la version littérale !

Ainsi soit-il: voici donc la playlist dont question. Ouvertes soient vos oreilles !

music.apple.com/be/playlist/anthocyane1/pl.u-pMmGaURPl0y

Anecdotes: T° et O²

Castel del Monte, dans les Pouilles: le rouge italien vient de là

Je remonte un rouge italien de la cave. Littéralement deux minutes plus tard, la bouteille est débouchée et les verres sont servis. On goûte. C’est l’envie du plaisir. C’est la récompense de l’attente. Joli nez ! Et puis…

…c’est intéressant (terme classique quand quelque chose cloche).

Deuxième gorgée: il va falloir s’y faire, ce vin n’est pas un chef d’œuvre.

Les tannins sont fort présents, durs et surtout installés à côté de la bouche du vin, empêchant celle-ci de faire preuve d’harmonie. Ces tannins-là, c’est l’invité dont on aurait préférer se passer, l’intrus, le vilain petit canard. On se surprend à se focaliser sur ces foutus tannins et à en oublier tout le reste. Fasciné par le défaut, je suis.

Le temps passe. On pense à autre chose, on mange et on bavarde. La bouteille entamée nous nargue et je la regarde de travers. Le temps continue de passer. Allez, sans rancune, j’en reprends un p’tit verre.

C’est un autre vin ! Les tannins se sont adoucis, ils se sont déplacés. Ce rouge italien est un cygne ! Les pièces du puzzle s’emboîtent comme par magie. Tous les éléments trouvent leur place et se fondent l’un dans l’autre. Il n’y a plus qu’une unique bouche et elle est plus qu’agréable !

L’explication n’a rien de bien sorcier: la température de service. Trop froid ou trop chaud ? On risque de passer radicalement à côté du vin. Le cépage nero di Troia est ce qu’il est: à 14°, ses tannins agressent le palais. A 17°, ses tannins structurent, équilibrent et énergisent.

Bref, j’aurais dû remonter la bouteille une heure avant le repas.

J’ai envie d’un chardonnay pour accompagner une sole meunière. Tiens, voici un vin du Jura, 100% chardonnay ouillé. C’est à dire élevé de façon classique, « à la bourguignonne », sans nuances oxydatives.

C’est un 2010. En le versant dans les verres, sa couleur intensément jaune interpelle. D’autant plus que cette cuvée n’a pas été boisée.

La dégustation confirme que ce qui a été conçu et élaboré comme un vin classique, réducteur, s’est transformé avec le temps en un vin …oxydé. Comme s’il ne lui était pas possible d’échapper à son destin jurassien. Comme si le temps s’était chargé de réveiller quelque chose de profondément enfoui sous le classicisme.

Cela dit, le vin était intense, débordant d’arômes. C’était long et très équilibré. Les nuances de curry et de noix participaient pleinement à sa complexité. L’accord avec la sole était surprenant mais très réussi. Une faute œnologique qui se transforme en bonne surprise !

Alternative: déguster chez soi (épisode 2)

6 vins rouges du millésime 2019

Pas de dégustation autour du bar d’Anthocyane pendant les prochaines semaines. Malheureusement.

Alternative : pourquoi ne pas acheter maintenant une seule bouteille de quelques vins de stock et revenir vers moi pour acheter plus tard quelques bouteilles du vin/des vins qui vous plaisent le plus ?

Exemple : 6 rouges du millésime 2019 pour € 75,50 (cépages: gamay, primitivo, grenache, syrah, carignan, corvina). On se promène (de gauche à droite) des Pouilles vers le Languedoc, du Massif Central à la Vénétie, du Roussillon vers les …Pouilles, pour boucler la boucle).

Composition du colis de 6 bouteilles:

Teres est une nouveauté dans la gamme de la cantina Fatalone, sise dans les Pouilles. Je fis maintes fois l’éloge des cuvées classique et Riserva, en appellation Gioia del Colle: des vins qui combinent un muscle conséquent (15%) avec une étonnante fraîcheur.

Teres est le petit frère que l’on qualifiera de rouge clair ou de rosé foncé, en fonction de l’humeur du dégustateur, de l’incidence de la lumière ou de l’âge du vigneron. Un clairet, peut-être ?

C’est en tous cas la version estivale du primitivo, idéale pour le jardin ou la terrasse, à servir frais.

Vignes de 30 ans, plantées à 350 mètres d’altitude, là où commence le talon de la botte. Rendements très faibles (10 hl/ha). Vin bio. J’en ai en stock en ce moment à € 12 les 75 cl.

Le saumon de Sven Leiner

Flirter avec ce saumon mariné à l’huile de sésame, piment, miel, coriandre, « fish sauce » et ail constituait un bel exercice matrimonial pour ce riesling allemand sec, d’un style assez riche malgré un degré alcoolique sympathiquement limité à 12%.

Ô oui, joli mariage. L’acidité du riesling répond bien au doux-piquant extrême-oriental du plat. Une acidité qui ne fera néanmoins fuir aucun palais peu habitué aux acidités extrêmes de certains vins allemands. Une acidité enrobée. Le style du vin est d’une certaine façon assez proche de ce que produisent les meilleurs vignerons alsaciens. En cela il constitue une bonne introduction au monde fascinant du riesling allemand (un conseil: ne me lancez pas sur ce thème ou soyez sûr de disposer de quelques heures…).

Le Domaine de Sven Leiner est installé à Ilbesheim, village palatin situé à 25 kilomètres de Wissembourg, la porte du vignoble alsacien. C’est un Domaine bio et biodynamique, certifié par Demeter. Il symbolise son attachement à la biodiversité en parsemant ses étiquettes d’insectes locaux, comme cette mignonne guêpe parasitoïde de la famille des Ichneumonidae.

Le riesling Göcklingen 2015 est ce que l’on appelle un « ortswein » (à peu près l’équivalent d’une appellation « villages » en Bourgogne), Göcklingen étant le nom de ce village, voisin d’Ilbesheim. Je l’ai trouvé plus concentré que délicat et plus pêche que citron.

Sur commande chez Anthocyane pour € 18,50.

Alternative: déguster chez soi (épisode 1)

6 vins blancs secs du millésime 2018

Pas de dégustation autour du bar d’Anthocyane pendant les prochaines semaines. Malheureusement.

Alternative : pourquoi ne pas acheter maintenant une seule bouteille de quelques vins de stock et revenir vers moi pour acheter plus tard quelques bouteilles du vin/des vins qui vous plaisent le plus ?

Exemple : 6 blancs secs du millésime 2018 pour € 77,50 (cépages: pinot blanc + riesling + grüner veltliner + sauvignon + grenache blanc/gris + cortese). On se promène (de gauche à droite) du Roussillon à la Moselle, du Piémont au Danube, du Pays de Bade à la Touraine.

Composition du colis de 6 bouteilles:

Coppo La Rocca, Gavi, 2018

Le texte ci-dessous est intégralement pompé d’un e-mail rédigé il y a quelques mois par un commerçant en vin. Circonstance atténuante, le commerçant dont question, c’est moi.

Coppo est un domaine familial créé à la fin du XIXème siècle. Il se situe à Canelli, dans le Piémont, entre Alba et Asti. Il propose une large gamme de vins effervescents, de vins rouges en appellation Barbera d’Asti et un Moscato d’Asti.

Leur cuvée haut de gamme Pomorosso est une habituée des Tre Bicchieri, la récompense suprême délivrée par le guide Gambero Rosso.

La cuvée L’Avvocata les a obtenus pour son millésime 2017. Malheureusement, lors de la dégustation chez l’importateur, L’Avvocata 2018 ne se goûtait pas très bien. Je serai attentif à 2019.

Par ailleurs, Coppo gère depuis fort longtemps, en appellation Gavi, une propriété du nom de Tenuta La Rocca. Gavi est une DOCG (dénomination d’origine contrôlée et garantie …mamma mia !) qui se situe plus à l’est. C’est toujours le Piémont, mais la Ligurie et Gênes font plus que pointer leur nez. Le cépage cortese est ici sur son terrain de prédilection: Gavi et cortese font manifestement très bon ménage. Ailleurs, ce cortese a la réputation d’être à l’origine de vins un peu simples.

La Rocca, ce sont des vignes en altitude (320 mètres), en exposition sud et sud-est, sur terroir marno-calcaire. Vendanges manuelles, pratiques dans l’esprit du bio et de la biodynamie (sans certification), fermentation malolactique non-effectuée pour conserver la fraîcheur, élevage en cuves inox (pas de bois). 13%.

Le vin est floral et minéral. Une p’tite touche de citron et de miel. Souriant et aérien. Délicat, équilibré et tonique. Parfaitement sec. Un très bel apéro !

J’en ai en stock en ce moment. € 13 les 750 grammes. Livré dans une bouteille en verre, avec un bouchon et une collerette.

Miraflors 2019

Comme ça, juste en passant, je lis dans Decanter, revue britannique dédiée au vin, que la cuvée Miraflors 2019 du Domaine Lafage est carrément au sommet de leur sélection de rosés d’un très bon rapport qualité/prix:

It’s always nice to find a delicious, light, juicy rosé outside of Provence. Sourced from Grenache Gris and Noir vines some nearing 80-years-old, together with a portion of younger Mourvèdre, this is made from early-picked grapes to ensure a fresher style and pressed without crushing for an incredibly pale hue. On the palate there’s delicate white peach, orange peel and strawberry flavours underpinned by crisp minerality.

J’en ai en stock en ce moment. € 11 les 75 centilitres.

C’est le printemps, 18 vins en stock !

Les circonstances sont ce qu’elles sont. Aucune intention de vous imposer une promiscuité dégustatoire que la virologie réprouverait. Déguster serait-il en passe de devenir dégoûtant ?

Je ne me vois ni installer un mur en plexiglas sur le bar, ni rincer mes verres au gel hydroalcoolique, ni enfoncer un écouvillon dans votre nez en guise d’accueil. Et je danse trop mal pour le bal masqué…

L’alternative ? Des petits flacons de 30 ml, remplis à ras bord, à déguster tranquillement chacun chez soi. A la réflexion, c’est potentiellement rigolo, mais ça ressemble surtout à une fausse bonne idée. J’écouterais néanmoins tout lecteur-pharmacien qui tenterait de me convaincre de la faisabilité.

Alors et en attendant mieux, privilégions la simplicité: 18 vins en stock qui n’attendent que votre passage par la rue des Chats. Comme je suis (très) souvent à la maison, un simple SMS/e-mail pour m’indiquer quand vous souhaitez passer et je prépare illico votre commande. Je vous la transmets en respectant une distanciation sociale de bon aloi, avec le sourire.

La liste des stocks est à jour: France, Italie, Allemagne, Autriche. Des nouveaux vins, des nouveaux millésimes et des classiques. Blanc-rouge-rosé. Entre € 10 et € 15.

Le Pas des Anges

Difficile de départager les duellistes. Ce Roussillon-Languedoc restera dans les annales mais il se conclut par un match nul. Le carignan n’a pas terrassé le cinsault. Et vice-versa.

A priori, deux cépages aux caractéristiques si différentes. L’énergie brutale du carignan, comme un cheval qui refuse le dresseur. La finesse, voire la délicatesse du cinsault, comme un cousin méridional du pinot noir.

cinsault à gauche, carignan à droite

Et pourtant, les cépages ne sont ici que des outils pour transmettre à l’heureux dégustateur les caractéristiques d’un lieu, les caprices d’un millésime et la vision de deux couples de vignerons inspirés.

Quand on compare, on a tendance à mettre en évidence les différences. Parfois, ce sont les ressemblances qui m’interpellent. Ces deux vins ont en commun une texture hautement civilisée, polie et soyeuse. Ce sont, l’un comme l’autre, les Nouveaux Classiques. Des vins du Sud qui s’assument comme tels sans que ni alcool ni élevage ne perturbent leurs équilibres hauts.

Reliefs 2015 du Roc des Anges est concentré, sérieux et séveux. Intense ? Yes ! Équilibré ? Yes ! Persistant ? Yes ! La démonstration du formidable potentiel des vieux carignans. En l’occurrence, les vignes ont été plantées entre 1911 et 1944…

Ze Cinsault 2018 du Pas de l’Escalette est zouple, zéduisant, zouriant, zensuel et zavoureux. Oui, on perçoit une certaine chaleur, elle enveloppe le palais dans une douceur harmonieuse, veloutée, sans fatigue. La dégustation est décidément un voyage…

Je voudrais vraiment partager ces deux belles bouteilles autour du bar, à la maison. Les commentaires des uns enrichiraient les perceptions des autres. On se battrait gentiment pour savoir si l’une ne mérite pas un demi-point de plus que l’autre. Puis on changerait d’avis à la seconde gorgée. Les circonstances décident que cela n’aura pas lieu.

Le Roc des Anges, Reliefs 2015, IGP Côtes Catalanes, 13.0%, bio et biodynamique (Biodyvin) – € 22,50

Le Pas de l’Escalette, Ze Cinsault 2018, IGP Hérault, 14.5%, bio et biodynamique (Biodyvin) – € 23,50

Marjorie Gallet, Le Roc des Anges

PS: je connais les commentaires d’experts qui évoquent la radicalité stylistique du Roc des Anges et qui se demandent si la beauté diaphane ne tourne pas à la maigreur rachitique. Je concède volontiers que les vins blancs du Domaine peuvent surprendre, voire ne pas plaire, vu leur étonnante septentrionalité. Par contre, ce Reliefs 2015 est radicalement impossible à cataloguer sous la rubrique « tannins pas mûrs », sauf à faire preuve d’une solide dose de mauvaise foi.