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Rhône Nord : Ogier et Villa redonnent vignes aux coteaux du Pipet

Plus de 3.500 ceps de syrah viennent d’être plantés sur les coteaux du Pipet, à Vienne, par le tandem Stéphane Ogier-Pierre Jean Villa pour faire renaître le vignoble disparu depuis près d’un siècle.

Il y avait des vignes jusque dans les années ’20 sur les coteaux du Pipet, sur les hauteurs de Vienne, juste au-dessus de l’ancien théâtre antique. En témoigne la carte postale un peu jaunie qui trône sur l’un des murs du Grand Café de Vienne où déjeunent les deux vignerons emblématiques du Rhône Nord, Stéphane Ogier et Pierre-Jean Villa.

Quelque peu surpris, les deux amis filent après le repas sur ce belvédère offrant un vue grandiose sur le Rhône et l’agglomération viennoise. À l’emplacement de l’ancienne forteresse des rois de Bourgogne jusqu’au XIe siècle, une chapelle dédiée à Notre-Dame de Salettes a été construite à la fin du XIXe et devenue un lieu de pèlerinage. Mais point de vignes ici, juste quelques robiniers et acacias qui disputent le terrain aux herbes folles.

Renseignements pris, les deux vignerons apprennent que la friche appartient à la municipalité. « Même le maire, Thierry Kowaks, a été surpris d’apprendre qu’il y avait eu des vignes un jour, au-dessus de la future Maison du jazz, raconte Stéphane Ogier. Il faut dire que la végétation avait repris le dessus sur ces pentes raides et difficiles d’accès. On ne voyait même plus les terrasses avec des dénivelés impressionnants et des murs jusqu’à 10 mètres. »

Ensorcelés par l’endroit et par l’histoire, les deux compères n’ont plus qu’une seule envie : y faire renaître la vigne. Un accord est finalement négocié avec la mairie qui met à disposition le terrain avec un bail à long terme de 18 ans… en échange de quelques bouteilles quand la vigne produira des raisins à la 3e feuille. Pas avant 2023. Car il a fallu d’abord défricher le coteau exposé plein sud avant de planter de la syrah, une évidence en Rhône Nord. « Nous n’avions pas assez de surface avec un demi-hectare pour faire deux vins et les schistes sont d’abord un terroir de rouge » explique Stéphane Ogier.

En attendant le cru

Les premiers ceps issus de différentes sélections massales devaient être plantés en mars mais les travaux ont pris un peu de retard avec le confinement. Finalement, cette semaine, plus de 3.500 pieds viennent d’être installés à nouveau sur les coteaux de Pipet, qui donneront naturellement le nom à la cuvée. « Nous avons planté un peu plus de pieds que prévu – on pensait 2500 au départ, car on a choisi de planter à forte densité, à 13 000 pieds. Même si cela représente plus de travail, cette densité permet d’avoir moins de raisins par pieds avec des grappes plus petites et moins de concurrence entre les pieds, et donc de produire un vin plus qualitatif. »

Les 1.500-2.000 bouteilles qui devraient être produites à terme à partir de la parcelle pourraient être étiquetées en IGP Collines Rhodaniennes ou simplement en Vin de France, à moins que l’élargissement de l’appellation Côtes-du-Rhone, en discussion depuis plusieurs années, ne soit enfin adopté par l’INAO. « Passer en Côtes-du-Rhone serait déjà une belle victoire, ne serait-ce que pour protéger le secteur mais notre objectif est de devenir rapidement un cru de la vallée du Rhône. » La parcelle Ogier-Villa est la plus septentrionale de la future appellation dont le nom fait toujours débat (Seyssuel, Coteaux de Seyssuel, Vienne-Seyssuel…).

Le nouveau vignoble s’inscrit dans la continuité de la renaissance des vins de Vienne qui comptent désormais 18 vignerons. Elle avait été initiée, au début des années ’90, par les Vins de Vienne lancés par un quatuor de vignerons du Rhône Nord, Pierre Gaillard, François Villard, Yves Cuilleron et à l’époque un certain …Pierre-Jean Villa.

Article publié aujourd’hui 07 mai 2020 dans la revue « Terre de Vins », sous la plume de Frédérique Hermine. Beau projet sur des pentes vertigineuses. Rendez-vous dans 10 ans. Je prédis que le vin ne sera pas bon marché…

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Matthieu Barret – le trio d’enfer: No Wine’s Land, Petit Ours et Brise Cailloux

Ceci n’est pas un Cornas. Ceci n’est pas un St-Joseph. C’est un Côtes du Rhône (nord), issu d’un petit plateau situé entre Cornas et St-Joseph, sur le secteur des Arlettes. On m’a suggéré de le baptiser « Saint-Cornas »: je ne peux pas, mais c’est quand même drôle !

Je viens de consulter 3 atlas du vin sans trouver la moindre allusion à cette zone particulière. Pour les auteurs-géographes, Cornas et St-Joseph se touchent : on quitte une appellation, on entre dans l’autre. On sort de St-Joseph pour entrer à Cornas. Eh bien non. No Wine’s Land. Le cadastre est impitoyable. Une parcelle particulière. La géologie souligne la différence: pas de granit comme à Cornas, mais une roche argilo-calcaire.

Mathieu Barret, vigneron biodynamique et propriétaire du Domaine du Coulet, élabore cette pure syrah à partir de vignes plantées vers 1978. Les rendements sont incroyablement bas, à 18 hectolitres/hectare. Vendanges manuelles et levures indigènes. Sulfitage minimal, à la mise en bouteilles. Elevage en cuves pendant 13 mois (pas de bois). Alcool : 13%.

Bouteille goûtée ce 15 janvier. C’est irrésistible, avec un magnifique fruité. Un magnifique fruité, vraiment, croquant et élégant. C’est si « glouglou » que cela coule tout seul. Un verre en appelle un autre. Les tannins sont d’une très grande délicatesse, en arrière-plan. Concentré, souple et gourmand. C’est un vin de parfum, un parfum de vin. Inutile de mettre en cave, c’est si bon maintenant.

J’oserais bien une comparaison audacieuse avec l’esprit d’un Morgon du Domaine Lapierre …comme une syrah beaujolaise qui conjuguerait le meilleur des deux mondes.

Le Domaine du Coulet, en biodynamie certifiée par Biodyvin, a reçu sa deuxième étoile dans l’édition 2020 du guide vert de la Revue des Vins de France.

Venons-en à la cuvée de négoce: Petit Ours. Les raisins sont achetés à un ami vigneron en bio à Visan. Visan, c’est en quelque sorte le nord du Rhône sud. Matthieu Barret l’appelle volontiers sa syrah du milieu.

Peu de soufre, un élevage en cuve béton (pas de bois). Séduisant, juteux et frais. Millésime 2017. Alcool: 13,5%.

Enfin, le Cornas Brise Cailloux 2017: vinifié avec la volonté de le rendre accessible assez rapidement. Matthieu Barret mise sur un équilibre intéressant entre la complexité et l’intensité que l’on attend d’un terroir d’exception et une vinification qui ne cherche à extraire ni toute la couleur, ni tous les tannins.

Rendements très bas: 25 hectolitres/hectare. Elevage en cuves béton ovoïdes. Si dégustation en 2020, carafe vivement conseillée. A point pour dégustation à partir de 2022.

arrivée au Domaine des « oeufs en béton ».

Ah oui: le bouchon. Ni liège, ni verre. Une capsule à vis alors ? Nenni. Vous découvrirez un bouchon en matériau synthétique qui garantit la totale absence du TCA, la molécule chimique à l’origine de l’horrible désillusion du vin bouchonné. Cela se retire au tire-bouchon comme un bouchon classique. L’objet est assez joli. Il semblerait que ce bouchon technique permette également à chaque bouteille d’une cuvée de ressembler fidèlement à toutes ses sœurs. Vous pouvez en apprendre plus en cliquant ici.

Deux vins en dégustation le samedi 08 février 2020.