Ce qui frappe en entrant, c’est le grondement, le bourdonnement, la foule.
La densité au mètre carré des êtres humains serait suffocante si le bâtiment avait été bas de plafond. Mais c’est une énorme centrale électrique, construite en 1924. Architecture industrielle en briques rouges, comme un vaisseau posé sur la plaine du Limbourg minier.
L’œil peine à se concentrer tant il est stimulé de toutes parts. Bref échange avec la jeune femme qui encaisse mon dû. Chercher la table où déposer mon sac à dos, en extraire la matériel requis. Se préparer mentalement pour ne pas dévier, ne pas être submergé, ne pas me perdre.
Faire selon le plan. Un jeune papa avec un bébé dans ses bras. Se diriger vers une première table. Une jeune femme en jupe léopard. Se frayer un chemin. Repérer le numéro de la table. Longchamp, Delvaux, Dior. Tendre le bras, capter le regard. Anglais, italien, flamand, français ? Des bribes de conversations. Une jeune femme en chemisier léopard. Le liquide coule enfin. Sourire et remercier. Reculer. Me retirer. M’extraire. Coup d’œil panoramique. Enfin une table à portée. Faire ce pourquoi je suis là. Prendre note. Chercher le mot qui fait sens. Me méfier de moi-même. Prendre le temps et aller le plus vite possible. Et gérer la contradiction. Une jeune femme en chaussures léopard.
Trouver le rythme, recommencer et recommencer encore. Connaître les limites de l’exercice. Confirmations et surprises. Soudain, une émotion, l’intuition d’être en face d’une perle, la sensation pour laquelle …
Le brouhaha, le vacarme. Faire selon le plan. Croiser un visage connu. Bref échange. Adapter le plan en fonction. Un enfant de 3 ans qui court entre les tables, sous les tables, autour des tables. La bouche pleine, chercher un crachoir, accessoire indispensable plus que tout autre. Sentir la première fatigue. La bouche pleine, ne pas trouver de crachoir à portée. Se résoudre à cracher dans un verre vide qui semble abandonné. Sentir le regard ébahi -aïe- de l’utilisateur du verre en question. Se confondre en excuses, les joues rougissantes. Reprendre le fil. Faire selon le plan.
J’ai goûté une trentaine de vins. Quelques déceptions, quelques bonnes surprises et quelques moments magiques entre Sicile et Piémont. Vernaccia, nerello, verdicchio, nebbiolo, carignano, sangiovese et beaucoup d’autres.
La centrale électrique a cessé ses activités quand les mines ont fermé. Aujourd’hui c’est un lieu événementiel, dans un style « Tour & Taxis« . Cela s’appelle Watt 17.
Reprendre le chemin du parking. Le soir tombe, faire 90 kilomètres. Tutti bene.
Le transfert des réserves d’or de Fort Knox vers Mar-a-Lago ? Le lynchage des migrants, selon la méthode Strange Fruit, pendus dans les arbres ? Les chiens et les chats qui mangent leurs humains ? Un sommet Europe-Etats-Unis, avec Orban pour nous représenter ? Un sommet Russie-Etats Unis pour démembrer l’Ukraine ? L’armée qui positionne les chars en face des bâtiments du New York Times ? Elon Musk, grand vizir en charge du méga plan d’apartheid ?
Une tolérance vis-à-vis de l’esclavage, à condition que les maîtres blancs ne soient pas trop méchants ? La création de milices pour repérer et pourchasser toutes les femmes qui seraient susceptibles d’avorter, un jour ou l’autre ? Une bombinette atomique sur Téhéran ? Une statue du Président pour remplacer la Statue de la Liberté ? L’annonce d’un partenariat stratégique entre la Cour Suprême et Fox News ? Un cours obligatoire dans toutes les écoles pour insister sur les vertus des faits alternatifs ?
L’arrestation de Kamala, avec un procès bref de type Ceaușescu ? Melania pour le prix Pulitzer ? Un sacre dans la cathédrale de Reims ? Le remplacement officiel du Parti Républicain par le Parti du Président ? Une évaluation approfondie de l’efficacité des institutions américaines, avec mise en pause des prochaines élections ? Des miradors tout le long de la Grande Muraille Mexicaine pour canarder tout qui tenterait de la franchir ? Une mise sous tutelle du Canada ? Une cinquième sculpture à Mount Rushmore ? Le fichage de tous les Démocrates pour crime de marxisme-léninisme ? Des billets de $100 à son effigie ? Une immunité absolue pour lui, pour ses enfants et pour ses descendants jusqu’à la fin des Temps ?
Voilà : l’Amérique est de retour, elle est sauvée, elle est grande. Bienvenue dans le monde d’aujourd’hui.
Buvez bon tant qu’il en est temps. Et, oui, les Etats américains qui produisent du vin en quantité significative ont majoritairement voté Démocrate. On se raccroche à ce qu’on peut…
Cela se passe en 2002. Ou en 2003. A peu de temps près. Le comité de direction d’une entreprise -que je ne nommerai pas- se réunit dans un restaurant étoilé. J’ignore encore que nous finirons notre dîner dans le fumoir où chacun -sauf moi- allumera un cigare bien bourgeois. La fumée bleue des cigares se mêle aux vapeurs de l’alcool. Les ventres sont repus et les conversations sont aussi dispensables que bruyantes. On jase, on pérore, on vocifère, on monte le son …et on n’écoute pas. Je m’emmerde. Je n’attends que le moment de reprendre ma voiture. Je veux m’échapper et fuir ce bruit blanc.
Deux heures plus tôt, à peine assis autour de la table nappée de blanc, dans la lumière des verres en cristal et des couverts en argent, le directeur général me tend la carte des vins d’un geste un peu condescendant: « puisqu’il parait que tu t’y connais ».
Hum. Pas simple ça. Mais impossible à refuser. Quel budget ? Comment faire quand chacun choisit des plats différents ? Privilégier des vins consensuels qui ne déplaisent à personne mais qui peinent à raconter une histoire singulière ? Le temps qui m’est imparti est limité. Légère transpiration. Rythme cardiaque rapide.
Je me penche vers le directeur général, assis à côté de moi, et pointe sur la carte -d’un doigt hésitant- un flacon original, un peu hors des sentiers battus mais pas trop. Mon voisin jette un très bref regard à ma suggestion et, d’une voix puissante et péremptoire, s’exclame « non, non, pour l’entrée, un Bourgogne blanc et pour le plat un Bordeaux rouge ». Je me paralyse, je m’oxyde, je m’évapore, je me bouchonne.
Je n’ai de haine ni pour le Bourgogne blanc, ni pour le Bordeaux rouge. Mais il y a tant d’autres trésors à découvrir. Un peu de curiosité, un peu d’audace. Voilà, c’est çà Anthocyane. Bonne chasse !
Epais dossier Châteauneuf-du-Pape dans l’édition de novembre de la Revue du Vin de France: que disent les experts au sujet du Domaine de La Janasse, en particulier de la cuvée Chaupin, en millésime 2022 ?
« Ce pur grenache ne semble pas avoir souffert de la chaleur car il donne la perception d’un fruit délicat évoquant l’écorce d’orange. Avec sa texture gainée par des tannins fins et un fruit tout en nuances, il parait presque suspendu tel un souffle délicat mais persistant avec son architecture élégante. Un grand vin en devenir » RVF n°685, page 129
Le meilleur est pour la fin: ce vin est noté 97/100.
Cette évaluation plus que très positive me pousse à m’interroger sur mes propres perceptions lorsque j’ai goûté ce vin début octobre. Je soulignais l’attractivité du nez, mais restait perplexe face à la bouche, que j’avais trouvée fort tannique et fort chargée en alcool.
Alors il est possible que je me sois trompé. Ou que ma subjectivité m’éloigne des vins dotés d’un tel profil.
Le site Internet du Domaine précise que : Cette cuvée provient des terroirs froids et tardifs de Chapouin (sable), de La Janasse et du plateau de La Crau (sable).Vignes plantées en 1912 pour les plus âgées.
Le vin est vendu € 58 au Domaine. Anthocyane vous le propose au prix de € 59,90. Attention, le vin n’est pas disponible dans le magasin: un e-mail suffit pour le commander.
Intéressante contribution rédigée par Tim Atkin, un véritable connaisseur de la scène vineuse espagnole. Il publie régulièrement des rapports particulièrement bien informés. Lorsque je veux approfondir ma compréhension de ce qui se passe en Rioja ou en Galice, je commence par lire Tim Atkin. Sa connaissance du terrain, combinée à son titre de Master of Wine, est impressionnante, sa plume est bien tournée.
Au-delà de son expertise dans le vin, il est aussi un excellent photographe et un amateur de musique.
Dans sa newsletter de ce vendredi, il aborde la question de la cuvée d’entrée de gamme et du soin qui lui est apportée par le vigneron. En voici le texte:
Judge a winery by their cheapest bottle
Arturo de Miguel makes some of the best wines in Rioja. For what it’s worth, I’ve given his top wine, La Condenada, 100 points. Twice. The wine sells for around €80, (startlingly cheap for the quality). He also produces a much cheaper red called Artuke. It’s a Tempranillo made with the carbonic maceration technique that’s been used in this part of Spain for centuries. This wine sells for €8.
Someone asked Arturo why he still makes the latter wine, given his growing recognition as one of the world’s top winemakers. Is it good for his bodega’s image? His response was interesting. First, it’s a tribute to his parents, who started the business in 1991 with just that one wine. Second, it pays the bills and keeps the lights on. And, most important of all, he enjoys making something that everyone can afford to drink.
Is it as good as La Condenada? Of course not. But it’s arguably easier to make a few thousand bottles of a top wine than 80,000 bottles of a crowd-pleaser. That’s why I always tell people to judge wineries by their cheapest wine. If they do that well – and Arturo says he gives all his charges the same level of attention – then you can trust the fancy stuff. What’s more, you generally get to drink something delicious.
Samedi, c’était dégustation. Voici quelques commentaires personnels sur ce qui a été goûté, à l’attention particulière de ceux et celles qui avaient piscine et/ou poney.
Deux cabernets francs de Loire que tout oppose : le style traditionnel de La Chevalerie et le style moderne de l’Ecotard.
La Chevalerie (Bourgueil) a besoin de temps pour fondre ses tannins, c’est d’ailleurs pour cette raison que le Domaine commercialise ses belles cuvées après quelques années passées en bouteilles dans leurs gigantesques caves en tuffeau. Ce 2018 est un vin puissant, terrien, un vin paysan dans le plus noble sens du mot. Il prend toute sa valeur à table : un beau morceau de bœuf et la fête commence !
L’Ecotard (Saumur) incarne un autre regard sur le cépage : le vin est raffiné, élégant, précis. L’habituelle robustesse du cabernet franc disparaît pour faire place à des tannins d’un grain exceptionnel, à une fluidité harmonieuse. Ce vin peut se passer du bœuf, mais s’en accommode avec brio.
PS : les fonds de bouteilles ont été redégustés dimanche soir, … avec une belle viande.
Deux assemblages catalans :
Deux assemblages espagnols de grenache et de carignan qui racontent le sud de la Catalogne et l’évolution spectaculaire des vins de cette région pendant les 25 dernières années. Planella (Domaine Joan d’Anguera) assume pleinement sa robe de couleur claire. Le grenache infusé offre parfums et finesse, le vieux carignan se charge de donner de la structure et de l’énergie. Ah oui, cela titre 14,5% mais ce n’est pas ce que votre palais va vous conter : vin du sud, puissant, harmonieux, sans la chaleur fatigante qui démolit tant de vins méditerranéens. Si c’est pour être débouché pendant les prochains mois, c’est Planella qu’il faut s’offrir.
Coma Vella (Mas d’En Gil) est un grand Priorat qui conjugue le respect des anciennes traditions (c’est-à-dire l’absence dans l’assemblage du cabernet, de la syrah et du merlot) et l’expression de la modernité (c’est-à-dire la primauté donnée à la finesse et la précision). Il fut un temps pas si lointain où Priorat pouvait se traduire par « beaucoup (trop) de tout » : beaucoup de couleur, beaucoup de bois, beaucoup d’alcool. C’est impressionnant, cela peut séduire les œnophiles débutants. Mais, franchement, Coma Vella en donne tellement plus : beaucoup d’équilibre, beaucoup d’intensité, beaucoup de longueur. Se goûte fort bien aujourd’hui, mais sera à son apogée d’ici trois à cinq ans.
Les vins qui remettent en cause certains préjugés :
Ah les vins blancs du sud qui déçoivent par leur lourdeur (un relatif déficit de fraîcheur), par leur pointe d’amertume (ce n’est pas un défaut, mais il se fait que beaucoup d’œnophiles ont une relation difficile avec cette saveur), par la chaleur dégagée par les bouches à 15% et plus. Heureusement, il y a de belles alternatives. En Languedoc, pensez à des vignes plantées en altitude et en exposition nord, pensez à une vinification précise par un orfèvre en la matière et vous arrivez directement au Domaine d’Aupilhac, cuvée Cocalières. Alcool complètement maîtrisé (13%), texture soyeuse conférant une douceur émouvante à cet assemblage de cinq cépages (vermentino, roussanne, clairette, …).
Cahors. Si on dessine un portrait chinois de cette appellation parmi les amateurs, on entendra : poussiéreux, noir, vieux jeu, boisé sec, absence de fruit. Evidemment une telle liste de caractéristiques constitue un enterrement de première classe, la Mort de Cahors. Eh bien, oubliez tout cela, Cahors est alive and kicking grâce à une série de Domaines qui remettent le fruit au cœur du vin. Mas del Périé, Clos Troteligotte, Les Croisille. Château Les Croisille est un domaine dynamique, en bio et en biodynamie. Le malbec est juteux, éclatant, punchy, les tannins de cette cuvée Silice sont fins et fondus dans la matière. En vocabulaire contemporain, c’est d’une grande buvabilité.
Les classiques polyvalents :
Vous recherchez des vins qui ne déplaisent à personne, qui ne puisent pas profondément dans votre portefeuille, qui peuvent être débouchés sans prise de tête, qui offrent un fruit savoureux et direct, qui s’accommodent de toutes les circonstances ? En blanc, Mâcon-Vergisson du Domaine Guerrin ; en rouge, Les Sorcières du Domaine Le Clos des Fées.
L’Espagne moderne :
La Rioja déborde d’énergie, l’Andalousie se réinvente, la région de Madrid montre le bout de son nez, partout l’Espagne vibre, renouvelle, expérimente.
Le Domaine Maquina & Tabla (Castille y Leon) propose un verdejo profond, qui dépasse de loin les expressions superficielles et acidulées que l’on trouve régulièrement en appellation Rueda. On se rapproche fortement du vin nature : la petite dose de sulfites, ajoutée uniquement à la mise en bouteilles est suffisante pour protéger ce vin de toutes les déviations malvenues. Vin tonique, qui se révèle progressivement dans le verre (complexité).
En Galice, on élabore aussi des rouges. Et quels rouges ! Leur équilibre est typique de cette région verte, atlantique et moins torride que la plupart des autres. Envinate propose une cuvée Lousas à 12,5% (sic), marquée par la fraîcheur et la finesse. Attention si vous avez quelques difficultés avec les vins rouges d’acidité plus élevée que la moyenne : c’est délicieux, verre après verre, mais la première gorgée peut décontenancer. Le cépage mencia est vinifié sur l’élégance (qualité des petits tannins) ce qui lui confère comme un p’tit air de pinot noir…
Je note vos commandes jusqu’à ce mardi soir 15 octobre (les commandes globales sont transmises aux importateurs le mercredi matin) : Magasin.
Samedi 12 octobre, de 10 à 18 heures, quinze vins français et espagnols sur le bar. Le programme complet est visible dans le magasin. Bourgueil, Cahors, Saumur, Roussillon, Provence, Mâconnais, Catalogne, Languedoc, Castille …
Dégustation gratuite et sans inscription préalable.
Je prends les commandes jusqu’au mardi 15 octobre inclus.
Mise à disposition des vins commandés pendant la première quinzaine de novembre.
Texture soyeuse et veloutée, très beau fruit juteux et succulent, le dernier verre est le meilleur, tannins d’une grande élégance, fraîcheur d’anthologie, aucune sensation d’élevage. A la fois accessible et intriguant. Douceur énergique. Pureté joyeuse. Si on veut, on y trouve une belle cerise bien mûre. En vocabulaire contemporain, c’est d’une grande buvabilité.
C’est la cuvée d’entrée de gamme du Château Les Croisille, en appellation Cahors. Ce Domaine vient de recevoir sa première étoile dans le Guide Vert de la RVF, édition 2025. Bio et biodynamie. Moderne et subtil.
Première étape: bouteille sur la table: Planella 2017, Domaine Joan d’Anguera, appellation Montsant (Catalogne), village de Darmos (juste au sud du Priorat), 90% carignan + 10% syrah. Bio et biodynamie (Demeter). Hop tire-bouchon et dégustation de la première gorgée une ou deux minutes plus tard. Impression globale: vin massif, plus cubique que sphérique. Il y a quelques angles un peu durs. Une petite crispation. Densité, absence de déséquilibre alcooleux (14,5%).
Deuxième étape: J+1. Restent 40 cl dans la bouteille qui a été conservée, avec un bouchon, au réfrigérateur. Dégustation du lendemain: les aspérités ont disparu, la matière est superbement fluide, la densité s’exprime à présent sous la forme de l’intensité des saveurs. Zéro crispation. Equilibre certes sudiste mais équilibre malgré tout. Grand vin dans sa catégorie de prix (+/- € 17).
Morale: se précipiter pour goûter et finir le flacon dans la foulée n’est pas forcément une bonne idée. Le vin a besoin d’air. Il se livre progressivement. La complexité ne peut s’évaluer que dans la durée. La première gorgée ne raconte pas toute l’histoire, la première gorgée est susceptible de vous mentir. Evaluer un vin (à l’ouverture de la bouteille) en quelques secondes est un non-sens. Alternative positive: évaluer un vin en quelques secondes est un compromis, ni plus ni moins.
Info: les frères d’Anguera considèrent que ce Planella est un vin en transition: progressivement, il s’agit de renoncer à la syrah, de la remplacer par du grenache et de maintenir la part du carignan. La syrah jouait le premier rôle dans les années 2000: voir la cuvée El Bugader (95% syrah + 5% grenache). En son temps, celle-ci était très bien notée; aujourd’hui elle a disparu et elle a fait place à un processus de retour à la tradition: le millésime 2020 de Planella est 50% carignan + 50% grenache. Il m’en reste deux bouteilles à la date d’aujourd’hui.
Aborder une notion globale comme la minéralité doit nous inviter à interroger quelle(s) modalité(s) sensorielle(s) nous amènent sur ce ressenti global: si un vin est minéral, est-ce à cause de son arôme de pierre à fusil, de sa dimension saline ou bien d’une acidité anguleuse et acérée?
Pascaline Lepeltier, Mille Vignes, page 282
schistes du Priorat (Catalogne), récoltés en février 2010
Que voilà une bonne question ! En effet, la minéralité semble être un concept légèrement fourre-tout, parfois compris différemment par celui qui l’énonce et par ceux qui l’entendent. En gros, un vin minéral serait évalué positivement en raison même de la présence de cette minéralité.
Donc, plus un vin est minéral, meilleur il est ? Ou recherche-t-on plutôt un équilibre ? Equilibre entre minéral, floral et fruité ? Equilibre entre acide, amer, sucré et salé ? Equilibre entre verticalité et rondeur ?
On distingue parfois les amers minéraux (positifs) des amers liés au passage dans le bois (négatifs) et des amers qui caractériseraient un cépage (la finale légèrement amère associée au vermentino).
Nous essayons, confusément et courageusement, de créer du lien entre ce que nous goûtons dans le verre et le sol (sous-sol) dans lequel poussent les ceps qui sont à l’origine du contenu de ce verre. Cette approche est même au centre de toute dégustation qui se respecte. Nous avons (et moi le premier) le goût du vin volcanique, à la minéralité exacerbée, le goût du caillou après un orage estival, le goût de la coquille d’huître, voire le goût du pétrole et celui de la roche pourrie, …
Mais la géologie, l’hydrologie et la botanique nous regardent faire avec un petit sourire en coin. Humer et goûter le basalte, le granit, tel schiste ou tel calcaire, la dacite (Domaine de la Madone), la serpentinite (Domaine P. Luneau-Papin), la spillite (Le Clos Galerne) et la phyllite (Domaine Wohlmuth), humer et goûter tel sable ou tel grès … Voilà un programme aussi audacieux qu’ambitieux. La science nous invite à la prudence dans la mesure où elle ne met pas en évidence un lien causal clair entre tel sol et telle sensation chez le dégustateur.
L’idée de minéralité s’est imposée en moins de trois décennies comme un concept important de la dégustation autant chez l’amateur que chez un certain nombre de professionnels (plus particulièrement les vignerons, les journalistes et les sommeliers). Pour se répandre de la sorte et rencontrer un tel succès, il est clair qu’elle a une utilité et répond à un besoin.
De manière remarquable, des chercheurs suisses ont justement noté que le premier pic de popularité du terme dans la littérature vinique française avait été atteint en 1994, date du début du déclin de l’usage du mot « terroir« . Ils émettent ainsi l’hypothèse que le premier a peu-à-peu remplacé le second, galvaudé par son usage pour d’autres produits agricoles.
(…)
De même que les termes « buvabilité » et « digestibilité » s’invitent aujourd’hui dans les commentaires, la minéralité est un symptôme d’une prise de conscience: celle de perceptions nouvelles qui n’auraient pu naître sans l’évolution du vin (lien au sol, moindre intervention dans les chais) et celle de notre esthétique, confirmant une fois de plus que le vin transcende la dichotomie nature/culture.
Pascaline Lepeltier, Mille Vignes, page 287
Il ne s’agit en aucun cas de détruite notre jouet préféré, mais plutôt -en faisant preuve d’esprit critique- d’approfondir notre compréhension de ce que nous goûtons. Et d’accepter nos limites.
Mieux tu comprends, mieux ça te goûte (Mademoiselle Beulemans)
Très content d’avoir reçu ce samedi 24 août une belle brochette d’amateurs pour une dégustation germanique, moins évidente a priori qu’une dégustation franco-italienne. Du riesling évidemment, mais aussi du chardonnay, du sauvignon, du grüner veltliner, du pinot noir, du zweigelt et du blaufränkisch. Et une pincée de syrah.
Je suis pleinement satisfait de l’impact des deux blancs « vin de tous les jours, sans prise de tête », tant le chardonnay de Huff (€ 10,50) que le riesling de Wittmann (€ 11,00) ont parfaitement joué leur rôle. Le charme enjôleur du chardonnay et la pureté citronnée du riesling. Ces deux vins sont destinés à une consommation endéans l’année et conviennent très bien à l’apéro ou à un repas simple. Ne pas servir sur un turbot beurre blanc…
Le grüner veltliner de Fritsch (€ 13,00) constitue, millésime après millésime, une très belle approche de ce cépage typiquement autrichien. La cuvée Ried Steinberg conjugue avec brio les arômes du cépage et une belle dose de minéralité. En Autriche, le terme Ried correspond au français (premier) cru.
Le sauvignon de Wohlmuth (€ 15,50) prouve qu’il y a bien deux régions capables de tenir le meilleur de ce cépage : la Loire (Sancerre/Pouilly Fumé) et la Styrie (Autriche méridionale, tout près de la frontière slovène). On reçoit l’aromatique extravertie du cépage sauvignon et une vraie structure, équilibrée entre fraîcheur et volume.
Surprenant riesling du Domaine Am Stein (€ 14,50) en Franconie (centre de l’Allemagne), élevé longuement sur lies fines. Autrement, le vin est resté longtemps en cuve en présence des levures qui ont transformé le sucre en alcool. Ces levures continuent à nourrir le vin avant sa mise en bouteilles. On bénéficie à la fois de la vivacité du cépage riesling, mais aussi d’une rondeur qui enrobe et donne du confort de bouche. Excellent rapport Q/P.
Et puis … les deux rieslings d’Eva Fricke (€ 31,00). On change clairement de catégorie : intensité des saveurs, longueur en bouche, complexité naissante des arômes. Je suis heureux d’avoir enfin pu proposer cette comparaison entre deux terroirs : rien ne change (même région du Rheingau, même vigneronne, même cépage et même millésime) et pourtant tout change. Autant le Kiedrich joue la carte du fruit et de la fleur, autant le Lorch joue la carte de la géologie caillouteuse (schiste/ardoise). Fascinant. J’ai goûté à nouveau ce dimanche midi et c’est encore meilleur. Je conseille d’ouvrir les bouteilles à partir de 2025. Ces deux vins sont susceptibles d’une longue garde en cave. Quantités disponibles très limitées.
Nous avons clôturé les blancs avec une bulle : 100% riesling, brut nature (aucun dosage en sucre) et bio. Les raisins sont cueillis chez Madame (Eva Clüsserath), la vinification a lieu chez Monsieur (Philipp Wittmann). Ce couple élabore en Moselle et en Hesse Rhénane une série de magnifiques vins tranquilles, mais s’amusent énormément avec un effervescent à la forte personnalité. C’est vif et fruité, comme il sied à un riesling. Ne ressemble en rien ni à un Champagne, ni à un Crémant. Exclusivement pour amateurs de riesling qui pétille (€ 22,50).
Comment mieux faire le passage entre blancs et rouges qu’avec un rosé de pinot noir du Domaine Shelter (€ 14,00) ? 2024 ne sera pas l’année du rosé, alors autant choisir un rosé qui est d’abord un bon vin qui présente la caractéristique secondaire d’être de couleur rosée. Un peu de fumée, du fruit rouge et des nuances minérales : pas mal, non ?
En rouge, je fais déguster un 2019 du Domaine Umathum (Autriche orientale ; € 13,00) avec plus de quatre ans de bouteille et un 2020 du Domaine Dorli Muhr (Autriche orientale itou ; € 16,00) avec plus de trois ans de bouteille. Ces vins ont eu le temps de fondre leurs différents composants : fruit, tannins, acidité. Résultat ? des rouges originaux, à parfaite maturité. Avec 20% de syrah dans le blaufränkisch de Dorli (c’est un prénom féminin et c’est donc une vigneronne).
Et puis la série des pinots noirs allemands : tout qui connaît mes goûts personnels ne peut ignorer mon appétit vorace pour ces pinots noirs qui m’ont réconcilié avec le cépage, après quelques désillusions bourguignonnes. J’affirme, qu’à qualité égale, le pinot noir allemand est meilleur marché que le pinot noir bourguignon. Présenté autrement, cela revient à affirmer que € 25 apportent plus de joie en Baden ou en Palatinat qu’en Côte d’Or. Vous pouvez ne pas être d’accord, mais il faut goûter avant de parler !
On commence avec deux vins du Domaine Holger Koch, situé sur le Kaiserstuhl : ce trône de l’empereur est un volcan éteint. C’est aussi la zone la plus chaude d’Allemagne, à quelques kilomètres de Colmar. La cuvée gT (€ 18,00) est toute en fruit, avec des tannins très discrets et une belle fluidité (« glou-glou »). La cuvée Herrenstück (€ 23,00), issue de la parcelle éponyme, a tout un peu plus : plus de concentration, plus d’intensité, plus de tannins (ceux-ci sont d’une exemplaire finesse).
On se déplace de quelques kilomètres vers l’est pour déguster la cuvée Biene und Hase du Domaine Shelter (€ 25,00). La région bénéficie d’un climat plus frais, en particulier la nuit, ce qui préserve la fraîcheur des vins. Il y a tout ce que j’aime dans les meilleurs pinots noirs allemands : finesse, bouquet, concentration élégante, bois totalement maîtrisé.
Et on finit avec tout autre chose : un pinot noir du Palatinat élaboré par le Domaine Rings (€ 23,00), bien installé parmi l’élite des domaines allemands. Si on était en France et dans le guide de la RVF, ce serait un domaine ***. Son « simple » spätburgunder est une merveille. Le style est plus puissant que celui des vins précédents. Une pointe de réduction, un nez de viande fumée, du jus et une forte concentration. Si je le goûtais à l’aveugle, je pense que je l’aurais sans doute placé en Rhône nord, 100% syrah, tendance Côte Rôtie. Eh oui. En tous cas, une très belle façon de terminer cette dégustation !
Commandes au plus tard ce mardi 27 août, de préférence via le magasin ou par réponse à cet-email.
Agréable surprise à la lecture de l’édition 2025 (digitale) du Guide Vert de la Revue du Vin de France: le Domaine Pommier reçoit sa première étoile *.
Celle-ci s’explique en particulier par la réussite exceptionnelle du millésime 2022, une année solaire magistralement gérée par le couple Denis et Isabelle Pommier. Les notes obtenues par les différentes cuvées varient entre 90 et 94. Plus de précisions dans le magasin.
Anthocyane propose pas moins de cinq cuvées: le Petit-Chablis Hautérivien, le Chablis Croix aux Moines et 3 premiers crus: Côte de Léchet, Fourchaume et Troesmes.
Vous les retrouvez toutes les cinq dans le magasin.
Le samedi 24 août, de 10 à 18 heures, dégustation autour du bar d’une quinzaine de vins allemands et autrichiens. Adresse habituelle, rue des Chats 171 à 1082 Berchem-Ste-Agathe. Commandes à me transmettre au plus tard le mardi 27 août.
Du riesling évidemment, mais aussi du chardonnay, du sauvignon, du grüner veltliner, du pinot noir, du zweigelt et du blaufränkisch. Et une pincée de syrah.
Plus d’information au sujet du pinot noir allemand ? Voici !
Six régions d’Allemagne sont représentées ainsi que quatre régions autrichiennes. Prix à partir de € 10,50. Vins secs, légers en alcool (maximum 13%).
Des domaines prestigieux: Wittmann, Rings, Am Stein et des domaines d’un excellent rapport qualité/prix: Holger Koch, Fritsch, Georg Gustav Huff.
Note complémentaire pour ceux et celles qui ne sont jamais venus à une dégustation d’Anthocyane (ou qui ont oublié comment ça se passe).
La dégustation a lieu au rez-de-chaussée, chez moi. Le parking est facile, très proche de la maison. Il faut juste penser à placer son disque de stationnement.
De l’extérieur, rien ne permet d’anticiper ce qui se passe à l’intérieur: ni vitrine, ni logo, ni tonneau vide. Vous sonnez au 171: je vous ouvre (et si ce n’est moi, c’est Catherine, mon épouse). Il est inutile de s’inscrire au préalable et vous pouvez passer à n’importe quel moment entre 10 et 18 heures.
Vous recevez un verre, une liste des vins en dégustation qui sert de bon de commande et de quoi écrire.
On goûte autour du bar, comme on le souhaite: en silence et concentré, en échangeant avec les autres personnes présentes, en sélectionnant avec précision ce que l’on souhaite goûter ou en dégustant la série complète (il y a des crachoirs sur le bar).
Les vins que je propose correspondent à mes goûts et s’inscrivent dans mon expérience personnelle. Ces vins racontent une histoire: certains crient, d’autres murmurent et c’est très bien comme ça. Sur ce site, vous trouverez un onglet « concept » où tout ça est expliqué en détail. Vos goûts sont forcément différents des miens. Personne n’a tort, personne n’a raison. Chacun traduit la langue du vin à sa façon. Nous nous confrontons ensemble à la petite musique qui s’échappe du verre et nous profitons de l’instant.
Quand la météo le permet, on peut déguster assis, en terrasse. Samedi, on verra si la pluie est allée jouer ailleurs…
Vous passez commande à l’issue de la dégustation ou vous prenez votre temps pour décider et me transmettre votre commande (par e-mail ou via magasin en ligne), au plus tard le mardi qui suit la dégustation (en l’occurrence: le mardi 27 août).
Il n’est pas possible de repartir directement avec les vins commandés puisque j’achète chez les importateurs en fonction des achats de mes clients. Je travaille donc (quasiment) sans stock.
Je livre moi-même les belles commandes à Bruxelles et périphérie. Je livre moi-même les autres commandes lorsqu’elles s’inscrivent dans une tournée logistique qui fait sens. En général, cela se passe le samedi. Il m’arrive de livrer à Court-St-Etienne, à Jodoigne, à Limal, etc… C’est gratuit, parce que je n’ai aucune idée du prix que je devrais demander.
Toutes les commandes donnent lieu à une facture en bonne et due forme, il suffit de me communiquer vos desiderata ainsi que les coordonnées de facturation complètes.
S’il vous manque une réponse, posez-moi votre question par e-mail ou par WhatsApp (voir page « Contact »).
Les appellations Chinon, Saumur et Anjou proposent des vins blancs, élaborés avec le cépage chenin. Rien de surprenant, c’est comme ça depuis la nuit des temps. Par contre, Bourgueil …c’est non: le décret de l’appellation en 1937 n’a autorisé que le rouge.
Or, au 19ème siècle, Bourgueil proposait des vins blancs de chenin. Cela a titillé quelques vignerons à la recherche d’une nouveauté. Le processus a commencé il y a plus de 10 ans, sous la forme de vins blancs portant simplement l’IGP « Val de Loire ». Un exemple parmi d’autres: la cuvée Bâtard-Princesse du Domaine du Domaine Yannick Amirault. Les premières vignes de chenin ont été plantées en 2017 sur le coteau mythique du « Grand Clos », en haut du village de Bourgueil, exposé plein sud. 2.000 bouteilles en millésime 2023.
On estime que 2% du vignoble de Bourgueil est planté en chenin et commercialisé en IGP « Val de Loire ».
Je me souviens d’une visite au Domaine de la Chevalerie, en septembre 2012, pendant laquelle Pierre Caslot, après m’avoir fait goûter une longue série de rouges, m’a emmené dans un petit coin sombre de la cave. Deux petits tonneaux, une pipette, un sourire mystérieux … Eh oui, un chenin sec et un chenin moelleux ! Ce n’était pas proposé à la vente, c’était juste pour le plaisir de partager. 15 ares de chenin, un grand jardin, pas plus.
Il y a quelques jours, les vignerons et vigneronnes de Bourgueil ont voté les contours du vin blanc qu’ils espèrent produire sous leur appellation : un chenin sec à 6 g/l maximum de sucres résiduels, avec interdiction de chaptalisation, au rendement de 55 hl/ha (comme les rouges et rosés), embouteillé après le 15 mars et récolté en vendanges manuelles.
C’est un premier pas. La route est encore longue et semée d’embûches. Mais un Bourgueil blanc 2030 est possible !
Je me suis toujours abstenu de commercialiser des vins issus de ce que l’on a l’habitude d’appeler le « Nouveau Monde », comme si la viticulture était évidemment européenne et que les tentatives américaines (océaniennes, africaines) relevaient de l’imitation récente. Or, pourtant…
vigne centenaire, en Californie (Domaine Bedrock)
Nos vignes européennes sont à plus de 99% greffées sur des ceps américains. Sans cette habile manœuvre, le vilain petit phylloxéra aurait tôt fait de détruire la plante et de ruiner le vigneron. Pendant la deuxième moitié du 19ème siècle, le massacre du vignoble européen ne prit fin qu’au moment où un génie dont le nom m’échappe décida de surgreffer les vignes européennes. Attention, la bestiole n’a pas été éradiquée, elle s’est installée en Europe et guette tout relâchement.
En regardant la réalité dans l’autre sens, les vignes américaines ne sont elles greffées sur rien du tout, c’est-à-dire qu’elles sont franches de pied, puisqu’elles résistent naturellement aux attaques du vilain petit phylloxéra dont mention ci-dessus. Le dégustateur a en quelque sorte accès à la vérité du cépage, puisque le filtre du surgreffage n’existe pas.
Venons-en au fait.
Le vin pour lequel je fais exception est un zinfandel élaboré grâce à un vignoble de 4,05 hectares, planté en 1915. Vignes plus que centenaires donc. Terroir majoritairement sableux.
Ce vignoble se situe dans la Mokelumne River, une AVA au sud de Sacramento et donc pas bien loin de San Francisco. AVA ? American Viticultural Area, ce qui correspond à notre IGP (indication géographique protégée). La notion d’appellation d’origine protégée n’existe pas aux Etats-Unis, terre de la liberté d’entreprendre sans paperasserie administrative, ni contraintes possiblement insensées.
Comme le malbec en Argentine, le carménère au Chili et le pinotage en Afrique du Sud, le zinfandel (que l’on trouve en Europe sous le nom primitivo dans le sud de l’Italie et de tribidrag en Croatie), c’est la Californie, c’est le cépage emblématique de la région même s’il y a au moins autant de cabernet sauvignon planté. Pour des raisons purement économiques, on arrache de vieux ceps de zinfandel pour replanter du cabernet sauvignon, plus facile à « valoriser ». Les sous quoi.
Je me souviens de zinfandels californiens d’il y a 20 ans et plus, terriblement chargés en alcool, avec une suavité qui pouvait aller jusqu’à l’écœurement. Pas trop mon truc. Un verre, ça va, deux verres …
Et voici, un peu par hasard, que je plonge le nez et les lèvres dans une cuvée du Domaine Bedrock, à savoir ce Katusha’s Vineyard 2022, 90+ % zinfandel qui se signale par un équilibre sudiste de haut vol: c’est riche bien entendu, mais c’est surtout équilibré, suave et frais, doté d’un grand fruit juteux et de tannins discrets. Cela m’évoque l’élégance des meilleurs Châteauneufs-du-Pape. Si, si, j’ai écrit « élégance ». L’élevage se fait en foudre et en fûts de grande dimension. Très peu de bois neuf.
A l’époque de la plantation de ce vignoble (1915 donc), il n’était pas rare de complanter: il se pourrait que quelques ceps de petite syrah, de carignan, de mourvèdre, de cabernet sauvignon, voire de cépages blancs se soient glissés entre une très large majorité de ceps de zinfandel. D’où ce 90+%.
à droite, Morgan Twain-Peterson; à gauche, Chris Cottrell, son associé
Bedrock, c’est aujourd’hui Morgan Twain Peterson, le vigneron passionné par les vieilles parcelles qu’il souhaite ajouter à son impressionnant trésor de guerre : sa parcelle la plus ancienne date de …1888 ! Morgan est préoccupé par la disparition progressive de ces vielles parcelles qui ont le « défaut » de produire des rendements faibles, voire très faibles. L’éternel conflit entre qualité et quantité. Il a créé, avec quelques autres passionnés, la Historic Vineyard Society qui milite pour la préservation d’un précieux patrimoine. L’association HVS a déjà répertorié des dizaines de parcelles, dont quelques unes datant des années 1870 et 1880. Cerises sur le gâteau, Morgan est Master of Wine depuis 2017 (la distinction suprême dans le monde du vin) et il s’exprime en français.
Ah oui, avant que je n’oublie, je peux vous en fournir quelques bouteilles:
Anthocyane a le plaisir de proposer les vins du Domaine Joan d’Anguera (Espagne, Catalogne, appellation Montsant) et en particulier la cuvée Altaroses, un pur grenache peu extrait, construit sur la finesse. Le millésime 2021 est actuellement disponible.
Quant au 2022, il vient de passer son examen d’agrément devant les juges de la denominacion de origen.
Patatras ! Ajourné, busé, recalé, renvoyé à ses études. Les juges refusent d’octroyer l’appellation Montsant à ce millésime.
« Ah, dois-je en déduire que ce millésime est un mauvais vin ? »
Question judicieuse, à laquelle la réponse est NON. Que reprochent les juges à cet Altaroses 2022 ? Sa couleur n’est pas assez dense, le vin est trop clair. Vous lisez bien, le seul reproche porte sur la densité de la couleur du vin ! Et la recommandation des juges est si simple (comment les vignerons n’y ont-ils pas pensé…): il suffit d’ajouter une bonne dose de colorant pour que le problème disparaisse !
La situation est donc très claire: soit les frères d’Anguera jouent au petit chimiste à coups de E120 et plus si affinités, soit ils quittent l’appellation. Et cette dernière option est d’autant plus triste que les frères d’Anguera ont été à l’origine de la création de l’appellation.
Il se dit que la réponse aurait été fournie sous la forme succincte (mais très claire) d’un doigt majeur pointé verticalement. Anthocyane goûtera le millésime 2022 lorsqu’il sera prêt. Je parie que le vin sera bon, ce sera une ode à la finesse et au cépage grenache. Mais lorsque votre œil attentif cherchera sur l’étiquette la mention « D.O. Montsant », il rentrera bredouille.
La couleur d’Altaroses est constitutive de son identité. Elle sera ce que les raisins voudront.
La Catalogne ne serait-elle pas la patrie d’un certain Dali ?
Quelques extraits de la Revue du Vin de France de ce mois de juillet 2024.
Enfin une autrice francophone pour affirmer les qualités du pinot noir allemand. Oui, l’Allemagne est le pays du riesling, mais les meilleurs vignerons maîtrisent également le capricieux et subtil pinot noir.
Anthocyane propose les Chablis du Domaine Pommier.
Anthocyane propose régulièrement des vins du Domaine Meyer-Fonné.
Les cépages bordelais ne sont pas à la mode: tout ce qui évoque Bordeaux paraît suranné, poussiéreux, trop boisé. Et pourtant, les cabernets (franc et sauvignon), le merlot, le malbec et autre petit verdot sont plantés avec succès dans le monde entier. Inutile d’ailleurs de quitter la France, il suffit de passer par la Loire et/ou par le Sud-Ouest. Quand on confronte un Californien chic et cher, un cru classé du Médoc avec plus de 30 ans au compteur, un Cahors de style traditionnel, des Ligériens de bonne origine et quelques outsiders, qui c’est qui gagne à la fin ? Hmmm ?
Eh bien, pour le plus grand plaisir de l’auteur de ces lignes, le vainqueur s’appelle LeClos Galerne, plus précisément la cuvée Anjou Noir. Ce vin s’est distingué par son profil vertical et son fruit pur. Cet assemblage de 80% de cabernet franc et de 20% de cabernet sauvignon évolue bien en prenant un peu d’âge (millésime 2019). Ce n’est pas un grand rigolo, d’aucuns diraient qu’il fait même preuve de cérébralité. Mais quelle intensité, soulignée par des tannins précis. Vin de garde assurément, mais qui réussit dès à présent à faire la quasi-unanimité des dégustateurs.