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Le Coq se rebiffe (2)

Compte-rendu de dégustation

Exceptionnellement et parce qu’un importateur prend congé à partir du mercredi 29, je demande de me transmettre les commandes au plus tard ce lundi 27.

Voici ce que j’ai retenu des commentaires entendus pendant la dégustation de ce samedi. Vous pouvez vous faire une image plus complète de chaque vin en cliquant sur le programme de la dégustation.

Les six vins blancs

Nous avons commencé par le Corbières Blanc de l’Œuf du Mas des Caprices. € 17,00

2% de muscat dans l’assemblage suffisent à lui donner du « peps »: un nez parfumé et appétissant. La bouche est dense, sans aucune mollesse alcooleuse (dans la région, ce n’est pas si courant), avec un équilibre construit sur la vivacité (idem, dans la région, ce n’est pas si courant).

Voici ensuite le Jurançon sec Quatre Temps du Domaine Cauhapé. € 19,00

Content ! Enfin trouvé un Jurançon qui combine le caractère sec et l’aromatique du vin moelleux. Avant de faire tourner le vin dans le verre, on pourrait penser à un sauvignon. Cet arôme disparait rapidement pour faire au fruit de la passion et à l’ananas. Sans surprise, la bouche est vive, avec un fin boisé bien intégré. Ce millésime 2020 est prêt à boire.

Nous passons au Mâcon-Igé du Domaine Nicolas Maillet. € 23,00

Voilà une belle démonstration d’un point de vue que je défends avec obstination: les bons vins blancs gagnent toujours à reposer deux ou trois ans avant « tire-bouchonnage ». Ce vin a pris de l’ampleur et de la rondeur depuis ma première dégustation en 2022. Un beau chardonnay sans passage par la barrique (une caractéristique de tous les blancs du Domaine Maillet).

Voici ensuite le Pouilly-Fuissé Les Deux Versants du Domaine Guerrin. € 23,00

Comparaison amusante avec le vin précédent: deux chardonnays du Mâconnais mais des profils plutôt différents: le Mâcon-Igé construit sur la vivacité et l’éclat, le Pouilly-Fuissé sur la densité et la rondeur, avec un boisé discret.

Enfin, pour conclure le chapitre des blancs, une passionnante comparaison entre le Muscadet Sèvre-et-Maine du Domaine de la Pépière (Cru Clisson) et le Muscadet Sèvre-et-Maine du Domaine Luneau Papin (L d’Or Granite). La Pépière: € 19,90; Luneau-Papin: € 22,00.

Les participants à la dégustation se sont manifestement bien amusés: nous avons parfois dégusté en parallèle, nous avons parfois goûté le Clisson avant le Granite …avant d’en revenir au Clisson, nous avons parfois goûté à l’aveugle pour éviter d’être influencé par un éventuel préjugé.

Lequel est le meilleur ? Franchement, difficile de répondre vu l’abondance de commentaires en sens divers. J’ai tenté de résumer en affirmant que le Clisson de La Pépière est le meilleur Muscadet et que le Granite de Luneau-Papin est le meilleur vin blanc.

Je m’explique: le Clisson est plus proche de l’image classique d’un Muscadet « haut de gamme »: vertical, caillouteux, iodé, avec un poil d’austérité et un grand potentiel de garde. Le Granite s’ouvre sur des arômes d’agrumes, avec de la puissance et de la rondeur. Très équilibré, il s’éloigne du type Muscadet pour se rapprocher avec talent d’un (très) beau Bourgogne.

Les huit vins rouges

Nous avons commencé par le Côtes du Roussillon-Villages Jean Pull du Domaine des Soulanes. € 10,50

Le meilleur résumé: ce vin boxe au-dessus de sa catégorie. Il pourrait facilement être proposé à € 14, c’est un très beau rapport qualité/prix. Nez complexe, avec de la mûre, du chocolat et une pointe de menthol. Bouche suave sans excès d’alcool, petits tannins bienvenus. A boire maintenant et pendant les deux années à venir, pour le plaisir.

Voici ensuite le Beaujolais Cœur de Vendanges de la Famille Chermette. € 14,50

Attention à ne pas tomber dans le piège tendu par ce vin déconcertant: portant la simple appellation Beaujolais, on s’attend à un vin plutôt léger, sur le fruit et la fleur, un p’tit gamay sympa. Bardaf, c’est l’embardée ! Ce vin est le produit de deux vignes centenaires qui se caractérisent par de très faibles rendements et génèrent un vin de grande concentration, susceptible d’être gardé plusieurs années.

Si vous avez des copains qui considèrent que le Beaujolais est forcément un vin de comptoir et/ou de terrasse, aidez-les à remettre en cause leurs préjugés avec un verre de celui-ci.

Idéalement, lui donner un peu d’oxygène en le carafant.

Nous passons au Chinon Le Domaine du Domaine Bernard Baudry. € 15,50

Cabernet franc civilisé, d’une belle harmonie. Nez d’une belle pureté sans arômes terreux ni poivron vert de mauvais aloi. Bouche fraîche, soulignée par de bons petits tannins. Une cuvée d’entrée de gamme qui honore le vigneron ! Bien sûr, Baudry, c’est ce qui se fait de mieux à Chinon.

Voici ensuite le Cahors Calcaire du Château Les Croisilles. € 18,00

Ne vous laissez pas décontenancer par un premier nez légèrement réduit (cela se traduit par un arôme qui évoque le chou). Cela signifie que le vin a besoin de respirer, de prendre un grand bol d’air. Secouer le verre et le chou s’enfuit ! Ensuite, bel arôme entre frais et fraise des bois. Bouche typiquement calcaire, dense, tannique, concentrée et précise. Un beau jus qui s’exprime à ce stade à table, en la compagnie d’une belle pièce de bœuf. Un passage par la carafe est une bonne idée.

En fait, ce Cahors ressemble à un Bordeaux classique, sans la chaleur molle du merlot. Et c’est un compliment ! Vive le malbec !

Nous continuons avec le Côtes du Rhône No Wine’s Land de Matthieu Barret (Domaine du Coulet). € 23,00

Mamma mia, ce nez, ce nez, ce nez ! Trouvez moi quelqu’un qui ne serait pas séduit. Le vin, c’est subjectif, mais dans ce cas-ci, si un ami vous annonce, de façon péremptoire, que ce vin n’est pas terrible, …changez d’ami !

Bouche aérienne, de grande finesse, sans tannins notables. Grand vin, prêt à boire dès maintenant. Un monument érigé à la gloire de la syrah.

Et voici le Fleurie Les Garants de la Famille Chermette. € 19,50

Deuxième vin de Chermette dans cette dégustation, après Cœur de Vendanges. Cette fois, nous sommes dans le nord du Beaujolais, la région des crus. Ce Fleurie confirme être un digne représentant de la famille des vins de garde, typé comme un Moulin-à-Vent: tannique, juteux, puissant. De mon point de vue, l’harmonie entre les différents composants n’est pas encore au top. Pas grave, donnez-lui deux ans de cave.

Nous passons au Côtes du Roussillon-Villages Tautavel Caune d’En Joffre du Domaine des Schistes. € 19,90

Quel vin ! Nez magistral dominé par une intense minéralité. Le fruit ? Euh, non, ce n’est pas vraiment son rayon. Progressivement, des notes qui m’évoquent le pamplemousse (pas courant dans un vin rouge). Bouche majestueuse, très concentrée, tannique. Beaucoup de tout …sauf que l’alcool ne marque absolument pas la dégustation. Plus je le goûte, plus il m’évoque le Priorat catalan. Ce n’est pas surprenant, vu que Caune d’en Joffre = vieux carignan sur schistes et Priorat = vieux carignan (et grenache) sur schistes ! Grosse différence avec les meilleurs Priorat: le prix très doux de ce Tautavel.

Je souligne la qualité des tannins, lesquels implorent le dégustateur pressé de prévoir un passage par la carafe.

Enfin, pour conclure le chapitre des rouges, le Crozes-Hermitage de Laurent Combier. € 25,00

Comment mieux conclure ? Un classique parmi les classiques, toujours très bon quelles que soient les caractéristiques du millésime. Ce 2023 ne fait pas exception. Arômes puissants de jambon fumé, un marqueur de la syrah, en particulier à Côte Rôtie. Suavité et fraîcheur, tannins discrets (vous pouvez ranger la carafe). Déjà prêt à boire. Sera tout aussi délicieux dans trois ou cinq ans. Laurent Combier est un grand vinificateur, même sur un terroir sans génie particulier.

Voilà. Je pense pouvoir affirmer que les nombreux participants à cette dégustation franco-française ont passé un bon moment. Il y avait de l’ambiance, des rires et des sourires, de bonnes surprises et d’agréables confirmations. J’ai raconté quelques histoires et me suis de temps à autre pris les pieds dans le tapis.

Et, oui, je continue obstinément à verser du vin à côté des verres. Le bar s’en fout, il en a déjà vu d’autres !

Le Coq s’est rebiffé !!!

Cela me permet d’aller chercher les vins dès le mardi 28. Merci !

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Le Coq se rebiffe !

Samedi 25 janvier, entre 10 et 18 heures, une dégustation de vins français, de la Loire jusqu’au Rhône, de la Bourgogne jusqu’au Roussillon. 

Nouveaux millésimes: Matthieu Barret à Cornas, Pierre Luneau-Papin en Muscadet, Bernard Baudry à Chinon, Nicolas Maillet en Mâconnais.

Nouveaux Domaines: Le Mas des Caprices en Languedoc, Cauhapé en Jurançon, Les Schistes en Roussillon, Famille Chermette en Beaujolais.

Programme : vous pouvez compter sur un tétradécagone à 14 sommets, une variante turbocompressée de l’hexagone français. Bref, 14 vins cocorico sur le bar. Vous pouvez amener votre béret, votre baguette et votre fromage. Et le soleil, merci.

La dégustation est gratuite et il n’est pas nécessaire de s’inscrire. En général, il y a moins de monde en matinée.

Commandes jusqu’au mardi 28 janvier inclus. Mise à disposition des vins: février.

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La syrah d’Irlande

Il y a quelque chose de sympathique à constater que la vigne envahit le nord de l’Europe. La Belgique, les Pays-Bas et l’Angleterre sont présents depuis bien longtemps. La Scandinavie apparaît et l’Irlande se mêle à la partie.

Et voilà que je reçois un e-mail à finalité commerciale qui me propose de distribuer les vins du Domaine Fairy Trees en Belgique. Sont disponibles dès maintenant: deux bulles, un chardonnay et une …syrah. Sept (sic) vins supplémentaires sont prévus pour les années qui viennent. Tout cela sur huit hectares, sur la côte est, entre Dublin et l’Irlande du Nord, près du village de Willistown.

Je note que la syrah est élevée en fût de Whiskey irlandais pendant 3 mois, donnant une bouche soyeuse et une chaleur subtile. Un vin puissant et profond, qui présente de vrais arômes de Whiskey irlandais.

Le whisky-coca, je vois à peu près à quoi cela ressemble. Le whiskey-syrah, ça m’en bouche un coin.

En tous cas, bravo pour le responsable marketing qui a bien préparé son affaire en sélectionnant une bouteille qui rappelle furieusement la forme d’une bouteille de whiskey.

En reniflant à gauche et à droite dans le site Internet de Fairy Trees, je me rends compte que cette syrah-whiskey en millésime 2022 est vendue, exclusivement par 6 bouteilles, au prix de € 240 le carton. Gloups. Le responsable marketing a de l’ambition !

Quant à l’œnologue, il a sans doute un peu forcé sur le whiskey, puisque le vin titre 15,5% d’alcool: euh …c’est muté au whiskey ?!? Mon coin se bouche de plus en plus.

Philippe, arrête de te faire du mal !

Le monde change. Il tourne plus vite que toi. Oui, il y aura bientôt un chardonnay-kimchi vinifié en Corée du Nord. Oui, mes voisins finiront par faire du vin à Berchem-Ste-Agathe, profitant d’un superbe terroir limoneux et ils décideront de l’aromatiser à la frite (pommes de terre locales, de saison et issues du circuit court).

Et, oui, quand tout sera perdu, vous me retrouverez errant entre les rayons de mon supermarché préféré, en hyperalcoolisation rapide, un entonnoir sur la tête, une cannette alu de merlot-myrtilles dans la main gauche et la main droite tendue vers l’infini et au-delà.

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Spätburgunder

Spätburgunder: synonyme de pinot noir, dès que l’on franchit le Rhin.

Les faits :
  1. Hors France, c’est en Allemagne que l’on trouve les pinots noirs les plus intéressants : styles variés, maîtrise de l’élevage dans le bois, précision des vinifications, recherche de l’élégance
  2. A qualité égale, les pinots noirs allemands sont moins chers que les pinots noirs bourguignons
  3. Les millésimes récents bénéficient paradoxalement du bouleversement climatique : meilleure maturité des raisins
  4. Les meilleurs vignerons allemands proposent un pinot noir d’entrée de gamme au rapport qualité/prix très intéressant, qui met en lumière leurs styles respectifs sans casser sa tirelire
  5. Comparer fait plus de sens lorsque l’on compare des pommes et des pommes ou, dans le cas qui nous occupe, lorsque l’on compare des vins issus d’un même millésime.
La proposition :

Voici donc un colis de six pinots noirs allemands, tous issus du millésime 2022. Six domaines différents, cinq régions différentes. Prix du colis : € 87. Six belles bouteilles pour le prix d’une unique bouteille d’un premier cru de la Côte de Nuits…J’exagère à peine.

Une opportunité de découvrir (ou d’approfondir) le pinot noir allemand à d’excellentes conditions. A noter le taux d’alcool de ces cuvées : en moyenne pas plus de 12,90%.

La plupart des Domaines travaillent selon des protocoles « bio », mais n’ont font pas mention dans leurs communications.

Les vins sélectionnés: Adeneuer Purist 2022 (Ahr), Martin Wassmer Markgräferland 2022 (Baden), Shelter Winery 2022 (Baden), Gutzler 2022 (Rheinhessen), Giegerich Buntsandstein 2022 (Franken), Bernhard Koch S 2022 (Pfalz).

Les vins qui font partie de ce colis ne sont pas disponibles à la pièce. Le nombre de colis est limité.

Commande de préférence via le magasin ou via e-mail. Les colis sont prêts pour enlèvement dès maintenant.

Les Domaines en quelques mots :

Adeneuer: 13 hectares de vignes, dont 85% en pinot noir. La vallée de l’Ahr est la seule région d’Allemagne où l’on élabore plus de vins rouges que de vins blancs. Cette vallée a été terriblement éprouvée par les inondations de l’été 2021, mais le bâtiment principal du Domaine a été épargné.

Martin Wassmer : historiquement, ce Domaine était réputé pour ses asperges et ses fraises. La viticulture a été rajoutée pendant les années ’90. Le succès a été impressionnant au point que les guides spécialisés notent le Domaine avec un nombre maximal d’étoiles.

Shelter Winery : ce petit Domaine ne produit que des vins à base de cépages bourguignons, pinot noir et chardonnay. Les vins sont élaborés par un couple d’œnologues qui se sont installés en 2003. Les premières vinifications ont été réalisées dans un bunker abandonné, d’où le nom du Domaine.

Gutzler : Ce Domaine élabore plus de vins rouges que de vins blancs : c’est avant tout un spécialiste du pinot noir. La génération actuellement aux commandes a affiné et affûté tout le travail des parents, ce qui permet au Domaine de rejoindre l’élite des vignerons allemands.

Giegerich : Domaine géré par deux frères encore fort jeunes, mais manifestement talentueux. Les vignes sont plantées dans un sol/sous-sol sableux de couleur rougeâtre, typique de l’ouest de la Franconie. Les vins proviennent des coteaux du Main, le même rivière que celle qui arrose Francfort.

Bernhard Koch : ne pas confondre avec le Domaine Holger Koch (Baden). Ce Domaine ci se situe dans le Palatinat. La famille est active dans le vin depuis …1610. La spécialité ici : les pinots noirs plutôt puissants, avec un excellent rapport qualité/prix. Les frères Koch ont également une belle réputation pour leurs bulles.

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Oscars 2024

C’est le moment pour jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et procéder dans la foulée à la nomination des Oscars 2024: 71 vins ont été dégustés, en 5 dégustations (mars, mai, août, octobre et novembre). 38 vins en bio et biodynamie, soit 54% du total, pourcentage en forte croissance par rapport à 2023.

Au-delà des 71 vins en dégustation, 136 vins ont trouvé leur place dans la gamme, soit un total de 207 vins dont 75 vins français (36%), 50 vins espagnols (24%), 34 vins allemands (16%), 28 vins italiens (14%). Quelques vins autrichiens, grecs et portugais complètent ce tableau. Et même un vin américain, plus précisément un zinfandel californien.

Ont eu beaucoup de succès: le Mâcon-Verzé Le Chemin Blanc 2022 de Nicolas Maillet, le Valpolicella Classico 2022 de Speri, le Chablis Croix-aux-Moines 2022 de Denis Pommier, le Rias Baixas Cies 2022 de Forjas del Salnès, le Rosso di Valtellina Vesper 2021 du Convento San Lorenzo et le Côtes-du-Rhône rouge 2022 du Domaine des Bosquets.

NB: le succès est mesuré par le nombre de bouteilles vendues, mais aussi par le nombre de clients qui en ont acheté au moins une bouteille.

Et donc les Oscars 2024. Comme pour les Oscars 2023, j’ai relu mes notes, j’ai interrogé mes souvenirs, j’ai comparé, j’ai douté. Bien entendu, d’autres vins auraient pu décrocher une médaille. Comme aux Jeux Olympiques, cela tient parfois à un centimètre ou à une minuscule fraction de seconde. Bien entendu, c’est subjectif et plein d’émotions toutes personnelles.

Monte sur la troisième marche du podium, médaille de bronze, avec les félicitations du Jury (c’est-à-dire moi), prix spécial pour le meilleur vin blanc, représentant la Bourgogne: Le Chemin Blanc 2022, Mâcon-Verzé, Domaine Nicolas Maillet (100% chardonnay). Vous l’avez plébiscité, je partage votre enthousiasme ! La précision, l’éclat, la profondeur, la longueur, tout y est ! A mon avis, certains Puligny-Montrachet seraient bien ennuyés d’affronter ce vin du Mâconnais lors d’une dégustation à l’aveugle. Du même Domaine, du même millésime, le Bourgogne Aligoté vaut également son pesant de noisettes !

Grimpe sur la deuxième marche, médaille d’argent, avec les félicitations emplumées du même Jury, représentant la Loire: Saumur 2022 du Clos de l’Ecotard (100% cabernet franc). Raffiné, élégant, précis. L’habituelle robustesse du cabernet franc disparaît pour faire place à des tannins d’un grain exceptionnel, à une fluidité harmonieuse. Ce vin peut se passer du bœuf, mais s’en accommode avec brio.

Bondit sur la première marche, médaille d’or, avec les félicitations du Jury, la couronne de laurier, les tambours trompettes et vuvuzela, représentant la Lombardie: De Le Mur 2020 du Convento San Lorenzo en appellation Valtellina Superiore Sassella (100% nebbiolo). Cet italien qui se cache tout près de la frontière suisse est un vin de garde, mais la qualité de ses tannins permet de le goûter dès à présent, à l’aide de la carafe idoine. C’est parfumé, subtil, comme la bouteille de fer dans la chaussette de velours. Longueur salivante, fruit d’une grande noblesse, sérénité du sourire de celui qui déguste…

Voilà. Je vous souhaite à tous et à toutes d’excellentes fêtes de fin d’année et un millésime 2025 en tous points conforme à vos désirs et souhaits les plus fous.

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Compte-rendu

Samedi, c’était dégustation. Voici quelques commentaires personnels sur ce qui a été goûté, à l’attention particulière de ceux et celles qui avaient piscine et/ou poney.

Programme de la dégustation

Voici quelques notes prises à l’issue de dégustation, en complément des commentaires qui figurent dans les fiches de chaque vin. D’abord les cinq vins blancs, ensuite la bulle et enfin les 9 vins rouges.

Le Vouvray des Aubuisières (€ 13,50) démontre que cette appellation est vaillamment représentée par d’autres que les célébrissimes Huet et Foreau. Les vins de ces derniers sont formidables; leurs prix sont tout aussi « formidables »… La cuvée de silex 2023 est un chenin très pur, bien sec que l’on ouvre sans hésitation: laissons à Foreau et Huet les occasions exceptionnelles, les Aubuisières se chargeront volontiers des repas au quotidien ! Belle alternative à un chardonnay non-boisé.

L’appellation Terre di Chieti et le cépage pecorino ont une notoriété limitée, j’en conviens. Mais le Domaine Fabulas, cuvée Fecerunt (€ 11,00) en tire un vin original, droit, caillouteux, fruité avec discrétion, élégant. Franchement, il vaut plus que son prix. C’est une découverte dont je heureux: il faut parfois goûter beaucoup de vins dans cette catégorie de prix pour en extraire une pépite !

Toujours dans le centre de l’Italie, le Domaine Santa Lucia, cuvée Albarara (€ 14,00) se distingue par un gras surprenant: c’est rond, riche et assez confortable. Alors que le pecorino ci-dessus évoque plutôt le nord, cet albana évoque le sud, sans mollesse ni alcool excessif.

On change de division via le somptueux Monte Carbonare du Domaine Suavia (€ 19,90): cette cuvée de Soave m’impressionne, millésime après millésime, par sa capacité à conjuguer délicatesse et intensité. Elegance et force. Le volcan veille, comme s’il transmettait une vibration au vin.

Voici un bel exemple de la capacité du Mâconnais à chatouiller la Côte d’Or à des prix nettement plus abordables: Le Saint-Véran du Domaine Guerrin (€ 19,90) est légèrement boisé, précis et en devenir. Je n’aime pas trop faire goûter un vin en insistant sur le fait qu’il sera bien plus intéressant dans quelques mois, voire quelques années. Voici donc une exception: attendez 2025 pour tire-bouchonner ce flacon, l’aromatique sera plus affirmée, dans des nuances de pêche.

Une bulle fraîche, citronnée, sans douceur doucereuse: le Domaine Andreola propose XXIII (€ 19,90). C’est du haut de gamme, sans tenter le moins du monde de copier le Champagne. Une bulle légère (11,5%), souriante et emballée dans un flacon design du meilleur effet.

Le premier rouge est un vin bilingue italien et allemand. Dans cette région du nord de l’Italie qui s’appelle Alto Adige et que les habitants préfèrent nommer Südtirol, on trouve des vins de couleur pâle, d’une belle fraîcheur, avec un p’tit côté montagnard. Même le cépage est bilingue: schiava ou vernatsch selon votre préférence. Et que dire alors de l’appellation ? Kalterersee Classico Superiore ! Kaltern (€ 12,50) est une jolie synthèse de ce qui précède. Ne vous laissez pas décontenancer par la légèreté de la robe, c’est inhérent au cépage.

Vietti Trevigne Barbera d’Alba (€ 21,00) combine la fraîcheur et la couleur du cépage barbera avec un profil qui peut rappeler le nebbiolo. Rien d’étonnant à cela, Vietti est une maison célèbre pour la qualité de ses Barolos (100% nebbiolo): elle n’hésite pas à planter de la barbera sur des parcelles traditionnellement réservées au nebbiolo. Sur un beau terroir, la barbera fait des étincelles !

Après avoir déjà proposé la cuvée Silice, voici le Cahors La Pierre du Château Les Croisille (€ 23,00): 100% malbec, avec beaucoup de couleur, beaucoup de fruit, beaucoup de jus. Une explosion de saveurs, une modernité qui tranche avec l’image de l’appellation (celle-ci a beaucoup souffert, mais la convalescence se passe de mieux en mieux !).

Tout qui me connaît, sait à quel point je suis attaché aux vins du Domaine d’Aupilhac et en particulier des cuvées Cocalières (€ 24,00): quelle finesse, avec une aromatique au sein de laquelle la syrah domine: nuances de jambon fumé qui rappellent le Rhône nord. Pas courant en Languedoc ! Et la qualité des tannins: waouw !

Qui défend le Chianti Classico traditionnel, celui qui parie sur des élevages longs et des extractions mesurées ? Castell’in Villa (€ 25,00) pardi ! Vous aimez Lopez de Heredia et Le Puy ? A mon avis, vous aimerez ce Chianti Classico atypique, très profond, sans la moindre concession ni aux modes ni aux tendances. La couleur peu intense est typique.

Le suivant a énormément plu et je comprends très bien pourquoi: grande finesse, grande intensité, fondu harmonieux, élégance des tannins, vraiment difficile de résister à la cuvée De Le Mur du Domaine Convento San Lorenzo (€ 29,90). Même cépage que le Barolo, sans devoir attendre longtemps: beau potentiel de garde, mais absolument rien n’empêche de l’apprécier dès aujourd’hui !

Retour au Domaine d’Aupilhac: Ce pur Carignan (€ 25,00) est l’antithèse des Cocalières: beaucoup de couleur, solide structure tannique, arômes de cuir et de fruits noirs, un poil de sauvagerie et beaucoup de personnalité. Je me souviens avoir découvert le cépage carignan avec le millésime 1998 de ce vin: ça ne me rajeunit pas.

Enfin, nous avons comparé trois millésimes consécutifs du Chianti Classico Riserva du Domaine Riecine (€ 39,00): 2018 (épuisé), 2019 et 2020. Fascinant de découvrir les nuances qui différencient le cérébral 2020 du sensuel 2019. Que choisir ? Si c’est pour les semaines et les mois qui viennent, je suggère le 2019. Si c’est pour garder quelques années, le 2020.

Je note vos commandes jusqu’à ce mardi soir 26 novembre (les commandes globales sont transmises aux importateurs le mercredi matin) : Programme de la dégustation
Vous pouvez compléter votre commande avec des bulles ou avec des vins de fête et d’exception
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dégustation

Samedi 23 novembre

Dégustation d’une quinzaine de vins le 23 novembre, entre 10 et 18 heures. Notez ça dans l’agenda. Le programme est complet: vins italiens et français. Tous les vins sont disponibles dans le magasin.

En particulier, nous ferons une comparaison entre plusieurs millésimes du Chianti Classico Riserva du Domaine Riecine.

Commandes jusqu’au mardi 26 novembre inclus. Les vins commandés seront mis à disposition pendant la première quinzaine de décembre.

Rue des Chats, 171 à 1082 Berchem-Ste-Agathe. GoogleMap

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Bulles

C’est le moment, non ? Jamais Anthocyane n’aura proposé autant de bulles différentes. Champagnes et Crémants, bulles de Loire, de Catalogne, d’Allemagne et d’Italie. On commence dès € 17,50. Attention, il y a des disponibilités limitées, comme une prime accordée aux décideurs rapides !
Tout ça est rassemblé en un seul endroit, une sorte de « cave à bulles » virtuelle: c’est ici.
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Tutti bene

Ce qui frappe en entrant, c’est le grondement, le bourdonnement, la foule.

La densité au mètre carré des êtres humains serait suffocante si le bâtiment avait été bas de plafond. Mais c’est une énorme centrale électrique, construite en 1924. Architecture industrielle en briques rouges, comme un vaisseau posé sur la plaine du Limbourg minier.

L’œil peine à se concentrer tant il est stimulé de toutes parts. Bref échange avec la jeune femme qui encaisse mon dû. Chercher la table où déposer mon sac à dos, en extraire la matériel requis. Se préparer mentalement pour ne pas dévier, ne pas être submergé, ne pas me perdre.

Faire selon le plan. Un jeune papa avec un bébé dans ses bras. Se diriger vers une première table. Une jeune femme en jupe léopard. Se frayer un chemin. Repérer le numéro de la table. Longchamp, Delvaux, Dior. Tendre le bras, capter le regard. Anglais, italien, flamand, français ? Des bribes de conversations. Une jeune femme en chemisier léopard. Le liquide coule enfin. Sourire et remercier. Reculer. Me retirer. M’extraire. Coup d’œil panoramique. Enfin une table à portée. Faire ce pourquoi je suis là. Prendre note. Chercher le mot qui fait sens. Me méfier de moi-même. Prendre le temps et aller le plus vite possible. Et gérer la contradiction. Une jeune femme en chaussures léopard.

Trouver le rythme, recommencer et recommencer encore. Connaître les limites de l’exercice. Confirmations et surprises. Soudain, une émotion, l’intuition d’être en face d’une perle, la sensation pour laquelle …

Le brouhaha, le vacarme. Faire selon le plan. Croiser un visage connu. Bref échange. Adapter le plan en fonction. Un enfant de 3 ans qui court entre les tables, sous les tables, autour des tables. La bouche pleine, chercher un crachoir, accessoire indispensable plus que tout autre. Sentir la première fatigue. La bouche pleine, ne pas trouver de crachoir à portée. Se résoudre à cracher dans un verre vide qui semble abandonné. Sentir le regard ébahi -aïe- de l’utilisateur du verre en question. Se confondre en excuses, les joues rougissantes. Reprendre le fil. Faire selon le plan.

J’ai goûté une trentaine de vins. Quelques déceptions, quelques bonnes surprises et quelques moments magiques entre Sicile et Piémont. Vernaccia, nerello, verdicchio, nebbiolo, carignano, sangiovese et beaucoup d’autres.

La centrale électrique a cessé ses activités quand les mines ont fermé. Aujourd’hui c’est un lieu événementiel, dans un style « Tour & Taxis« . Cela s’appelle Watt 17.

Reprendre le chemin du parking. Le soir tombe, faire 90 kilomètres. Tutti bene.

Voici le Ring de la capitale. Moins bien.

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C’est quoi la suite ?

Le transfert des réserves d’or de Fort Knox vers Mar-a-Lago ? Le lynchage des migrants, selon la méthode Strange Fruit, pendus dans les arbres ? Les chiens et les chats qui mangent leurs humains ? Un sommet Europe-Etats-Unis, avec Orban pour nous représenter ? Un sommet Russie-Etats Unis pour démembrer l’Ukraine ? L’armée qui positionne les chars en face des bâtiments du New York Times ? Elon Musk, grand vizir en charge du méga plan d’apartheid ?

Une tolérance vis-à-vis de l’esclavage, à condition que les maîtres blancs ne soient pas trop méchants ? La création de milices pour repérer et pourchasser toutes les femmes qui seraient susceptibles d’avorter, un jour ou l’autre ? Une bombinette atomique sur Téhéran ? Une statue du Président pour remplacer la Statue de la Liberté ? L’annonce d’un partenariat stratégique entre la Cour Suprême et Fox News ? Un cours obligatoire dans toutes les écoles pour insister sur les vertus des faits alternatifs ?

L’arrestation de Kamala, avec un procès bref de type Ceaușescu ? Melania pour le prix Pulitzer ? Un sacre dans la cathédrale de Reims ? Le remplacement officiel du Parti Républicain par le Parti du Président ? Une évaluation approfondie de l’efficacité des institutions américaines, avec mise en pause des prochaines élections ? Des miradors tout le long de la Grande Muraille Mexicaine pour canarder tout qui tenterait de la franchir ? Une mise sous tutelle du Canada ? Une cinquième sculpture à Mount Rushmore ? Le fichage de tous les Démocrates pour crime de marxisme-léninisme ? Des billets de $100 à son effigie ? Une immunité absolue pour lui, pour ses enfants et pour ses descendants jusqu’à la fin des Temps ?

Voilà : l’Amérique est de retour, elle est sauvée, elle est grande. Bienvenue dans le monde d’aujourd’hui.

Buvez bon tant qu’il en est temps. Et, oui, les Etats américains qui produisent du vin en quantité significative ont majoritairement voté Démocrate. On se raccroche à ce qu’on peut…
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histoire

Oxydation

Cela se passe en 2002. Ou en 2003. A peu de temps près. Le comité de direction d’une entreprise -que je ne nommerai pas- se réunit dans un restaurant étoilé. J’ignore encore que nous finirons notre dîner dans le fumoir où chacun -sauf moi- allumera un cigare bien bourgeois. La fumée bleue des cigares se mêle aux vapeurs de l’alcool. Les ventres sont repus et les conversations sont aussi dispensables que bruyantes. On jase, on pérore, on vocifère, on monte le son …et on n’écoute pas. Je m’emmerde. Je n’attends que le moment de reprendre ma voiture. Je veux m’échapper et fuir ce bruit blanc.

Deux heures plus tôt, à peine assis autour de la table nappée de blanc, dans la lumière des verres en cristal et des couverts en argent, le directeur général me tend la carte des vins d’un geste un peu condescendant: « puisqu’il parait que tu t’y connais ».

Hum. Pas simple ça. Mais impossible à refuser. Quel budget ? Comment faire quand chacun choisit des plats différents ? Privilégier des vins consensuels qui ne déplaisent à personne mais qui peinent à raconter une histoire singulière ? Le temps qui m’est imparti est limité. Légère transpiration. Rythme cardiaque rapide.

Je me penche vers le directeur général, assis à côté de moi, et pointe sur la carte -d’un doigt hésitant- un flacon original, un peu hors des sentiers battus mais pas trop. Mon voisin jette un très bref regard à ma suggestion et, d’une voix puissante et péremptoire, s’exclame « non, non, pour l’entrée, un Bourgogne blanc et pour le plat un Bordeaux rouge ». Je me paralyse, je m’oxyde, je m’évapore, je me bouchonne.

Je n’ai de haine ni pour le Bourgogne blanc, ni pour le Bordeaux rouge. Mais il y a tant d’autres trésors à découvrir. Un peu de curiosité, un peu d’audace. Voilà, c’est çà Anthocyane. Bonne chasse !

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Chaupin

Epais dossier Châteauneuf-du-Pape dans l’édition de novembre de la Revue du Vin de France: que disent les experts au sujet du Domaine de La Janasse, en particulier de la cuvée Chaupin, en millésime 2022 ?

« Ce pur grenache ne semble pas avoir souffert de la chaleur car il donne la perception d’un fruit délicat évoquant l’écorce d’orange. Avec sa texture gainée par des tannins fins et un fruit tout en nuances, il parait presque suspendu tel un souffle délicat mais persistant avec son architecture élégante. Un grand vin en devenir » RVF n°685, page 129

Le meilleur est pour la fin: ce vin est noté 97/100.

Cette évaluation plus que très positive me pousse à m’interroger sur mes propres perceptions lorsque j’ai goûté ce vin début octobre. Je soulignais l’attractivité du nez, mais restait perplexe face à la bouche, que j’avais trouvée fort tannique et fort chargée en alcool.

Alors il est possible que je me sois trompé. Ou que ma subjectivité m’éloigne des vins dotés d’un tel profil.

Le site Internet du Domaine précise que : Cette cuvée provient des terroirs froids et tardifs de Chapouin (sable), de La Janasse et du plateau de La Crau (sable).Vignes plantées en 1912 pour les plus âgées.

Le vin est vendu € 58 au Domaine. Anthocyane vous le propose au prix de € 59,90. Attention, le vin n’est pas disponible dans le magasin: un e-mail suffit pour le commander.

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Artuke: une opinion éclairée

Intéressante contribution rédigée par Tim Atkin, un véritable connaisseur de la scène vineuse espagnole. Il publie régulièrement des rapports particulièrement bien informés. Lorsque je veux approfondir ma compréhension de ce qui se passe en Rioja ou en Galice, je commence par lire Tim Atkin. Sa connaissance du terrain, combinée à son titre de Master of Wine, est impressionnante, sa plume est bien tournée.

Au-delà de son expertise dans le vin, il est aussi un excellent photographe et un amateur de musique.

Dans sa newsletter de ce vendredi, il aborde la question de la cuvée d’entrée de gamme et du soin qui lui est apportée par le vigneron. En voici le texte:

Judge a winery by their cheapest bottle

Arturo de Miguel makes some of the best wines in Rioja. For what it’s worth, I’ve given his top wine, La Condenada, 100 points. Twice. The wine sells for around €80, (startlingly cheap for the quality). He also produces a much cheaper red called Artuke. It’s a Tempranillo made with the carbonic maceration technique that’s been used in this part of Spain for centuries. This wine sells for €8.
 
Someone asked Arturo why he still makes the latter wine, given his growing recognition as one of the world’s top winemakers. Is it good for his bodega’s image? His response was interesting. First, it’s a tribute to his parents, who started the business in 1991 with just that one wine. Second, it pays the bills and keeps the lights on. And, most important of all, he enjoys making something that everyone can afford to drink.
 
Is it as good as La Condenada? Of course not. But it’s arguably easier to make a few thousand bottles of a top wine than 80,000 bottles of a crowd-pleaser. That’s why I always tell people to judge wineries by their cheapest wine. If they do that well – and Arturo says he gives all his charges the same level of attention – then you can trust the fancy stuff. What’s more, you generally get to drink something delicious.

https://timatkin.com/
https://anthocyane.be/magasin/Artuke-c64258141

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Compte-rendu

Samedi, c’était dégustation. Voici quelques commentaires personnels sur ce qui a été goûté, à l’attention particulière de ceux et celles qui avaient piscine et/ou poney.

Programme de la dégustation

Deux duos d’exception :

Deux cabernets francs de Loire que tout oppose : le style traditionnel de La Chevalerie et le style moderne de l’Ecotard.

La Chevalerie (Bourgueil) a besoin de temps pour fondre ses tannins, c’est d’ailleurs pour cette raison que le Domaine commercialise ses belles cuvées après quelques années passées en bouteilles dans leurs gigantesques caves en tuffeau. Ce 2018 est un vin puissant, terrien, un vin paysan dans le plus noble sens du mot. Il prend toute sa valeur à table : un beau morceau de bœuf et la fête commence !

L’Ecotard (Saumur) incarne un autre regard sur le cépage : le vin est raffiné, élégant, précis. L’habituelle robustesse du cabernet franc disparaît pour faire place à des tannins d’un grain exceptionnel, à une fluidité harmonieuse. Ce vin peut se passer du bœuf, mais s’en accommode avec brio.

PS : les fonds de bouteilles ont été redégustés dimanche soir, … avec une belle viande.

Deux assemblages catalans :

Deux assemblages espagnols de grenache et de carignan qui racontent le sud de la Catalogne et l’évolution spectaculaire des vins de cette région pendant les 25 dernières années. Planella (Domaine Joan d’Anguera) assume pleinement sa robe de couleur claire. Le grenache infusé offre parfums et finesse, le vieux carignan se charge de donner de la structure et de l’énergie. Ah oui, cela titre 14,5% mais ce n’est pas ce que votre palais va vous conter : vin du sud, puissant, harmonieux, sans la chaleur fatigante qui démolit tant de vins méditerranéens. Si c’est pour être débouché pendant les prochains mois, c’est Planella qu’il faut s’offrir.

Coma Vella (Mas d’En Gil) est un grand Priorat qui conjugue le respect des anciennes traditions (c’est-à-dire l’absence dans l’assemblage du cabernet, de la syrah et du merlot) et l’expression de la modernité (c’est-à-dire la primauté donnée à la finesse et la précision). Il fut un temps pas si lointain où Priorat pouvait se traduire par « beaucoup (trop) de tout » : beaucoup de couleur, beaucoup de bois, beaucoup d’alcool. C’est impressionnant, cela peut séduire les œnophiles débutants. Mais, franchement, Coma Vella en donne tellement plus : beaucoup d’équilibre, beaucoup d’intensité, beaucoup de longueur. Se goûte fort bien aujourd’hui, mais sera à son apogée d’ici trois à cinq ans.

Les vins qui remettent en cause certains préjugés :

Ah les vins blancs du sud qui déçoivent par leur lourdeur (un relatif déficit de fraîcheur), par leur pointe d’amertume (ce n’est pas un défaut, mais il se fait que beaucoup d’œnophiles ont une relation difficile avec cette saveur), par la chaleur dégagée par les bouches à 15% et plus. Heureusement, il y a de belles alternatives. En Languedoc, pensez à des vignes plantées en altitude et en exposition nord, pensez à une vinification précise par un orfèvre en la matière et vous arrivez directement au Domaine d’Aupilhac, cuvée Cocalières. Alcool complètement maîtrisé (13%), texture soyeuse conférant une douceur émouvante à cet assemblage de cinq cépages (vermentino, roussanne, clairette, …).

Cahors. Si on dessine un portrait chinois de cette appellation parmi les amateurs, on entendra : poussiéreux, noir, vieux jeu, boisé sec, absence de fruit. Evidemment une telle liste de caractéristiques constitue un enterrement de première classe, la Mort de Cahors. Eh bien, oubliez tout cela, Cahors est alive and kicking grâce à une série de Domaines qui remettent le fruit au cœur du vin. Mas del Périé, Clos Troteligotte, Les Croisille. Château Les Croisille est un domaine dynamique, en bio et en biodynamie. Le malbec est juteux, éclatant, punchy, les tannins de cette cuvée Silice sont fins et fondus dans la matière. En vocabulaire contemporain, c’est d’une grande buvabilité.

Les classiques polyvalents :

Vous recherchez des vins qui ne déplaisent à personne, qui ne puisent pas profondément dans votre portefeuille, qui peuvent être débouchés sans prise de tête, qui offrent un fruit savoureux et direct, qui s’accommodent de toutes les circonstances ? En blanc, Mâcon-Vergisson du Domaine Guerrin ; en rouge, Les Sorcières du Domaine Le Clos des Fées.

L’Espagne moderne :

La Rioja déborde d’énergie, l’Andalousie se réinvente, la région de Madrid montre le bout de son nez, partout l’Espagne vibre, renouvelle, expérimente.

Le Domaine Maquina & Tabla (Castille y Leon) propose un verdejo profond, qui dépasse de loin les expressions superficielles et acidulées que l’on trouve régulièrement en appellation Rueda. On se rapproche fortement du vin nature : la petite dose de sulfites, ajoutée uniquement à la mise en bouteilles est suffisante pour protéger ce vin de toutes les déviations malvenues. Vin tonique, qui se révèle progressivement dans le verre (complexité).

En Galice, on élabore aussi des rouges. Et quels rouges ! Leur équilibre est typique de cette région verte, atlantique et moins torride que la plupart des autres. Envinate propose une cuvée Lousas à 12,5% (sic), marquée par la fraîcheur et la finesse. Attention si vous avez quelques difficultés avec les vins rouges d’acidité plus élevée que la moyenne : c’est délicieux, verre après verre, mais la première gorgée peut décontenancer. Le cépage mencia est vinifié sur l’élégance (qualité des petits tannins) ce qui lui confère comme un p’tit air de pinot noir…

Je note vos commandes jusqu’à ce mardi soir 15 octobre (les commandes globales sont transmises aux importateurs le mercredi matin) : Magasin.

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dégustation

Dégustation du 12 octobre

C’est franco-espagnol !

Samedi 12 octobre, de 10 à 18 heures, quinze vins français et espagnols sur le bar. Le programme complet est visible dans le magasin. Bourgueil, Cahors, Saumur, Roussillon, Provence, Mâconnais, Catalogne, Languedoc, Castille …

Dégustation gratuite et sans inscription préalable.

Je prends les commandes jusqu’au mardi 15 octobre inclus.

Mise à disposition des vins commandés pendant la première quinzaine de novembre.

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dégustation domaine

Silice à Cahors

Texture soyeuse et veloutée, très beau fruit juteux et succulent, le dernier verre est le meilleur, tannins d’une grande élégance, fraîcheur d’anthologie, aucune sensation d’élevage. A la fois accessible et intriguant. Douceur énergique. Pureté joyeuse. Si on veut, on y trouve une belle cerise bien mûre. En vocabulaire contemporain, c’est d’une grande buvabilité.

C’est la cuvée d’entrée de gamme du Château Les Croisille, en appellation Cahors. Ce Domaine vient de recevoir sa première étoile dans le Guide Vert de la RVF, édition 2025. Bio et biodynamie. Moderne et subtil.

Cela se débusque dans le magasin.

Des comme celui-là, j’en veux bien tous les jours !
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Planella

Première étape: bouteille sur la table: Planella 2017, Domaine Joan d’Anguera, appellation Montsant (Catalogne), village de Darmos (juste au sud du Priorat), 90% carignan + 10% syrah. Bio et biodynamie (Demeter). Hop tire-bouchon et dégustation de la première gorgée une ou deux minutes plus tard. Impression globale: vin massif, plus cubique que sphérique. Il y a quelques angles un peu durs. Une petite crispation. Densité, absence de déséquilibre alcooleux (14,5%).

Deuxième étape: J+1. Restent 40 cl dans la bouteille qui a été conservée, avec un bouchon, au réfrigérateur. Dégustation du lendemain: les aspérités ont disparu, la matière est superbement fluide, la densité s’exprime à présent sous la forme de l’intensité des saveurs. Zéro crispation. Equilibre certes sudiste mais équilibre malgré tout. Grand vin dans sa catégorie de prix (+/- € 17).

Morale: se précipiter pour goûter et finir le flacon dans la foulée n’est pas forcément une bonne idée. Le vin a besoin d’air. Il se livre progressivement. La complexité ne peut s’évaluer que dans la durée. La première gorgée ne raconte pas toute l’histoire, la première gorgée est susceptible de vous mentir. Evaluer un vin (à l’ouverture de la bouteille) en quelques secondes est un non-sens. Alternative positive: évaluer un vin en quelques secondes est un compromis, ni plus ni moins.

Info: les frères d’Anguera considèrent que ce Planella est un vin en transition: progressivement, il s’agit de renoncer à la syrah, de la remplacer par du grenache et de maintenir la part du carignan. La syrah jouait le premier rôle dans les années 2000: voir la cuvée El Bugader (95% syrah + 5% grenache). En son temps, celle-ci était très bien notée; aujourd’hui elle a disparu et elle a fait place à un processus de retour à la tradition: le millésime 2020 de Planella est 50% carignan + 50% grenache. Il m’en reste deux bouteilles à la date d’aujourd’hui.

Le millésime 2022 est en dégustation le samedi 12 octobre 2024.

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Minéral

Aborder une notion globale comme la minéralité doit nous inviter à interroger quelle(s) modalité(s) sensorielle(s) nous amènent sur ce ressenti global: si un vin est minéral, est-ce à cause de son arôme de pierre à fusil, de sa dimension saline ou bien d’une acidité anguleuse et acérée ?

Pascaline Lepeltier, Mille Vignes, page 282

schistes du Priorat (Catalogne), récoltés en février 2010

Que voilà une bonne question ! En effet, la minéralité semble être un concept légèrement fourre-tout, parfois compris différemment par celui qui l’énonce et par ceux qui l’entendent. En gros, un vin minéral serait évalué positivement en raison même de la présence de cette minéralité.

Donc, plus un vin est minéral, meilleur il est ? Ou recherche-t-on plutôt un équilibre ? Equilibre entre minéral, floral et fruité ? Equilibre entre acide, amer, sucré et salé ? Equilibre entre verticalité et rondeur ?

On distingue parfois les amers minéraux (positifs) des amers liés au passage dans le bois (négatifs) et des amers qui caractériseraient un cépage (la finale légèrement amère associée au vermentino).

Nous essayons, confusément et courageusement, de créer du lien entre ce que nous goûtons dans le verre et le sol (sous-sol) dans lequel poussent les ceps qui sont à l’origine du contenu de ce verre. Cette approche est même au centre de toute dégustation qui se respecte. Nous avons (et moi le premier) le goût du vin volcanique, à la minéralité exacerbée, le goût du caillou après un orage estival, le goût de la coquille d’huître, voire le goût du pétrole et celui de la roche pourrie, …

Mais la géologie, l’hydrologie et la botanique nous regardent faire avec un petit sourire en coin. Humer et goûter le basalte, le granit, tel schiste ou tel calcaire, la dacite (Domaine de la Madone), la serpentinite (Domaine P. Luneau-Papin), la spillite (Le Clos Galerne) et la phyllite (Domaine Wohlmuth), humer et goûter tel sable ou tel grès … Voilà un programme aussi audacieux qu’ambitieux. La science nous invite à la prudence dans la mesure où elle ne met pas en évidence un lien causal clair entre tel sol et telle sensation chez le dégustateur.

L’idée de minéralité s’est imposée en moins de trois décennies comme un concept important de la dégustation autant chez l’amateur que chez un certain nombre de professionnels (plus particulièrement les vignerons, les journalistes et les sommeliers). Pour se répandre de la sorte et rencontrer un tel succès, il est clair qu’elle a une utilité et répond à un besoin.

De manière remarquable, des chercheurs suisses ont justement noté que le premier pic de popularité du terme dans la littérature vinique française avait été atteint en 1994, date du début du déclin de l’usage du mot « terroir« . Ils émettent ainsi l’hypothèse que le premier a peu-à-peu remplacé le second, galvaudé par son usage pour d’autres produits agricoles.

(…)

De même que les termes « buvabilité » et « digestibilité » s’invitent aujourd’hui dans les commentaires, la minéralité est un symptôme d’une prise de conscience: celle de perceptions nouvelles qui n’auraient pu naître sans l’évolution du vin (lien au sol, moindre intervention dans les chais) et celle de notre esthétique, confirmant une fois de plus que le vin transcende la dichotomie nature/culture.

Pascaline Lepeltier, Mille Vignes, page 287

Il ne s’agit en aucun cas de détruite notre jouet préféré, mais plutôt -en faisant preuve d’esprit critique- d’approfondir notre compréhension de ce que nous goûtons. Et d’accepter nos limites.

Mieux tu comprends, mieux ça te goûte (Mademoiselle Beulemans)