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Le Coq se rebiffe (2)

Compte-rendu de dégustation

Exceptionnellement et parce qu’un importateur prend congĂ© Ă  partir du mercredi 29, je demande de me transmettre les commandes au plus tard ce lundi 27.

Voici ce que j’ai retenu des commentaires entendus pendant la dĂ©gustation de ce samedi. Vous pouvez vous faire une image plus complète de chaque vin en cliquant sur le programme de la dĂ©gustation.

Les six vins blancs

Nous avons commencĂ© par le Corbières Blanc de l’Ĺ’uf du Mas des Caprices. € 17,00

2% de muscat dans l’assemblage suffisent Ă  lui donner du « peps »: un nez parfumĂ© et appĂ©tissant. La bouche est dense, sans aucune mollesse alcooleuse (dans la rĂ©gion, ce n’est pas si courant), avec un Ă©quilibre construit sur la vivacitĂ© (idem, dans la rĂ©gion, ce n’est pas si courant).

Voici ensuite le Jurançon sec Quatre Temps du Domaine Cauhapé. € 19,00

Content ! Enfin trouvĂ© un Jurançon qui combine le caractère sec et l’aromatique du vin moelleux. Avant de faire tourner le vin dans le verre, on pourrait penser Ă  un sauvignon. Cet arĂ´me disparait rapidement pour faire au fruit de la passion et Ă  l’ananas. Sans surprise, la bouche est vive, avec un fin boisĂ© bien intĂ©grĂ©. Ce millĂ©sime 2020 est prĂŞt Ă  boire.

Nous passons au Mâcon-Igé du Domaine Nicolas Maillet. € 23,00

VoilĂ  une belle dĂ©monstration d’un point de vue que je dĂ©fends avec obstination: les bons vins blancs gagnent toujours Ă  reposer deux ou trois ans avant « tire-bouchonnage ». Ce vin a pris de l’ampleur et de la rondeur depuis ma première dĂ©gustation en 2022. Un beau chardonnay sans passage par la barrique (une caractĂ©ristique de tous les blancs du Domaine Maillet).

Voici ensuite le Pouilly-Fuissé Les Deux Versants du Domaine Guerrin. € 23,00

Comparaison amusante avec le vin prĂ©cĂ©dent: deux chardonnays du Mâconnais mais des profils plutĂ´t diffĂ©rents: le Mâcon-IgĂ© construit sur la vivacitĂ© et l’Ă©clat, le Pouilly-FuissĂ© sur la densitĂ© et la rondeur, avec un boisĂ© discret.

Enfin, pour conclure le chapitre des blancs, une passionnante comparaison entre le Muscadet Sèvre-et-Maine du Domaine de la PĂ©pière (Cru Clisson) et le Muscadet Sèvre-et-Maine du Domaine Luneau Papin (L d’Or Granite). La PĂ©pière: € 19,90; Luneau-Papin: € 22,00.

Les participants Ă  la dĂ©gustation se sont manifestement bien amusĂ©s: nous avons parfois dĂ©gustĂ© en parallèle, nous avons parfois goĂ»tĂ© le Clisson avant le Granite …avant d’en revenir au Clisson, nous avons parfois goĂ»tĂ© Ă  l’aveugle pour Ă©viter d’ĂŞtre influencĂ© par un Ă©ventuel prĂ©jugĂ©.

Lequel est le meilleur ? Franchement, difficile de rĂ©pondre vu l’abondance de commentaires en sens divers. J’ai tentĂ© de rĂ©sumer en affirmant que le Clisson de La PĂ©pière est le meilleur Muscadet et que le Granite de Luneau-Papin est le meilleur vin blanc.

Je m’explique: le Clisson est plus proche de l’image classique d’un Muscadet « haut de gamme »: vertical, caillouteux, iodĂ©, avec un poil d’austĂ©ritĂ© et un grand potentiel de garde. Le Granite s’ouvre sur des arĂ´mes d’agrumes, avec de la puissance et de la rondeur. Très Ă©quilibrĂ©, il s’Ă©loigne du type Muscadet pour se rapprocher avec talent d’un (très) beau Bourgogne.

Les huit vins rouges

Nous avons commencé par le Côtes du Roussillon-Villages Jean Pull du Domaine des Soulanes. € 10,50

Le meilleur rĂ©sumĂ©: ce vin boxe au-dessus de sa catĂ©gorie. Il pourrait facilement ĂŞtre proposĂ© Ă  € 14, c’est un très beau rapport qualitĂ©/prix. Nez complexe, avec de la mĂ»re, du chocolat et une pointe de menthol. Bouche suave sans excès d’alcool, petits tannins bienvenus. A boire maintenant et pendant les deux annĂ©es Ă  venir, pour le plaisir.

Voici ensuite le Beaujolais Cœur de Vendanges de la Famille Chermette. € 14,50

Attention Ă  ne pas tomber dans le piège tendu par ce vin dĂ©concertant: portant la simple appellation Beaujolais, on s’attend Ă  un vin plutĂ´t lĂ©ger, sur le fruit et la fleur, un p’tit gamay sympa. Bardaf, c’est l’embardĂ©e ! Ce vin est le produit de deux vignes centenaires qui se caractĂ©risent par de très faibles rendements et gĂ©nèrent un vin de grande concentration, susceptible d’ĂŞtre gardĂ© plusieurs annĂ©es.

Si vous avez des copains qui considèrent que le Beaujolais est forcément un vin de comptoir et/ou de terrasse, aidez-les à remettre en cause leurs préjugés avec un verre de celui-ci.

IdĂ©alement, lui donner un peu d’oxygène en le carafant.

Nous passons au Chinon Le Domaine du Domaine Bernard Baudry. € 15,50

Cabernet franc civilisĂ©, d’une belle harmonie. Nez d’une belle puretĂ© sans arĂ´mes terreux ni poivron vert de mauvais aloi. Bouche fraĂ®che, soulignĂ©e par de bons petits tannins. Une cuvĂ©e d’entrĂ©e de gamme qui honore le vigneron ! Bien sĂ»r, Baudry, c’est ce qui se fait de mieux Ă  Chinon.

Voici ensuite le Cahors Calcaire du Château Les Croisilles. € 18,00

Ne vous laissez pas dĂ©contenancer par un premier nez lĂ©gèrement rĂ©duit (cela se traduit par un arĂ´me qui Ă©voque le chou). Cela signifie que le vin a besoin de respirer, de prendre un grand bol d’air. Secouer le verre et le chou s’enfuit ! Ensuite, bel arĂ´me entre frais et fraise des bois. Bouche typiquement calcaire, dense, tannique, concentrĂ©e et prĂ©cise. Un beau jus qui s’exprime Ă  ce stade Ă  table, en la compagnie d’une belle pièce de bĹ“uf. Un passage par la carafe est une bonne idĂ©e.

En fait, ce Cahors ressemble Ă  un Bordeaux classique, sans la chaleur molle du merlot. Et c’est un compliment ! Vive le malbec !

Nous continuons avec le CĂ´tes du RhĂ´ne No Wine’s Land de Matthieu Barret (Domaine du Coulet). € 23,00

Mamma mia, ce nez, ce nez, ce nez ! Trouvez moi quelqu’un qui ne serait pas sĂ©duit. Le vin, c’est subjectif, mais dans ce cas-ci, si un ami vous annonce, de façon pĂ©remptoire, que ce vin n’est pas terrible, …changez d’ami !

Bouche aérienne, de grande finesse, sans tannins notables. Grand vin, prêt à boire dès maintenant. Un monument érigé à la gloire de la syrah.

Et voici le Fleurie Les Garants de la Famille Chermette. € 19,50

Deuxième vin de Chermette dans cette dĂ©gustation, après CĹ“ur de Vendanges. Cette fois, nous sommes dans le nord du Beaujolais, la rĂ©gion des crus. Ce Fleurie confirme ĂŞtre un digne reprĂ©sentant de la famille des vins de garde, typĂ© comme un Moulin-Ă -Vent: tannique, juteux, puissant. De mon point de vue, l’harmonie entre les diffĂ©rents composants n’est pas encore au top. Pas grave, donnez-lui deux ans de cave.

Nous passons au CĂ´tes du Roussillon-Villages Tautavel Caune d’En Joffre du Domaine des Schistes. € 19,90

Quel vin ! Nez magistral dominĂ© par une intense minĂ©ralitĂ©. Le fruit ? Euh, non, ce n’est pas vraiment son rayon. Progressivement, des notes qui m’Ă©voquent le pamplemousse (pas courant dans un vin rouge). Bouche majestueuse, très concentrĂ©e, tannique. Beaucoup de tout …sauf que l’alcool ne marque absolument pas la dĂ©gustation. Plus je le goĂ»te, plus il m’Ă©voque le Priorat catalan. Ce n’est pas surprenant, vu que Caune d’en Joffre = vieux carignan sur schistes et Priorat = vieux carignan (et grenache) sur schistes ! Grosse diffĂ©rence avec les meilleurs Priorat: le prix très doux de ce Tautavel.

Je souligne la qualité des tannins, lesquels implorent le dégustateur pressé de prévoir un passage par la carafe.

Enfin, pour conclure le chapitre des rouges, le Crozes-Hermitage de Laurent Combier. € 25,00

Comment mieux conclure ? Un classique parmi les classiques, toujours très bon quelles que soient les caractéristiques du millésime. Ce 2023 ne fait pas exception. Arômes puissants de jambon fumé, un marqueur de la syrah, en particulier à Côte Rôtie. Suavité et fraîcheur, tannins discrets (vous pouvez ranger la carafe). Déjà prêt à boire. Sera tout aussi délicieux dans trois ou cinq ans. Laurent Combier est un grand vinificateur, même sur un terroir sans génie particulier.

VoilĂ . Je pense pouvoir affirmer que les nombreux participants Ă  cette dĂ©gustation franco-française ont passĂ© un bon moment. Il y avait de l’ambiance, des rires et des sourires, de bonnes surprises et d’agrĂ©ables confirmations. J’ai racontĂ© quelques histoires et me suis de temps Ă  autre pris les pieds dans le tapis.

Et, oui, je continue obstinĂ©ment Ă  verser du vin Ă  cĂ´tĂ© des verres. Le bar s’en fout, il en a dĂ©jĂ  vu d’autres !

Le Coq s’est rebiffĂ© !!!

Cela me permet d’aller chercher les vins dès le mardi 28. Merci !

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