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La Madone: volcan !

Le Domaine de La Madone se situe dans l’aire d’appellation Côtes du Forez. D’un point de vue viticole, cette appellation appartient à la Loire. Les sources de la Loire jaillissent à proximité et nous sommes dans le département de la Loire (préfecture: St-Etienne). Cela dit, on a souvent pris le raccourci de limiter la Loire du vin à ce qui se passe entre Muscadet et Sancerre/Pouilly-Fumé, via Anjou, Saumurois et Touraine.

Une fois parvenus à Sancerre, pour rejoindre le Domaine de La Madone, il faut reprendre la route plein sud et rouler pendant …250 kilomètres avant de rejoindre le village de Champdieu, là où est installé Gilles Bonnefoy, le vigneron. Disons qu’il s’agit d’une autre Loire, géographiquement proche du Massif Central. Un autre rapprochement fait du sens: le Beaujolais avec lequel les Côtes du Forez partagent l’usage du cépage gamay.

des pentes vertigineuses…

Poursuivons encore dans notre approfondissement du folklore local: l’appellation Côtes du Forez ne s’applique qu’aux vins rouges et rosés. Pour les blancs, c’est Urfé qui prend le relais. Je ne suis pas sûr que cela facilite la tâche du consommateur.

C’est avec le millésime 2012 qu’Anthocyane a entamé la vente des vins du Domaine de la Madone. Depuis, je n’ai fait l’impasse que sur le seul millésime 2016, non parce qu’il aurait été décevant, mais parce que je n’avais pas trop la tête dans le vin lorsque ce millésime a été commercialisé.

Gilles Bonnefoy, vigneron sur volcan

Gilles Bonnefoy est un type sérieux et très déterminé: il savait que convaincre la presse spécialisée serait une entreprise de longue haleine. Le Forez c’est un Far-West au-delà duquel il n’y a plus rien si ce n’est un gros paquet de volcans éteints. Il a fallu être patient, mais, dans son édition 2020, le guide vert de la Revue du Vin de France présente enfin le Domaine, avec des commentaires très positifs. Un an plus tard (édition 2021), c’est la consécration, via une première étoile.

Le choix du bio a été effectué dès 2001 et la biodynamie est d’application depuis 2008.

Les mises en bouteilles se font de manière précoce, avec un très léger sulfitage, l’élevage des rouges s’effectue exclusivement en cuve inox, les vins du millésime 2020 sont déjà disponibles et c’est donc le moment de les présenter.

En blanc, la Roussanne de Madone 2020. On associe généralement le cépage roussanne à la vallée du Rhône (où elle est souvent assemblée avec la marsanne) ou à la vallée de l’Isère (en appellation Savoie Chignin-Bergeron). Voici la version forézienne: vignes plantées en 2001 dans 100% de roches volcaniques sur le flanc du volcan de Purchon, exposition sud, pente de 45%. Au sommet, la statue de la madone veille sur le village de Champdieu depuis 1875.

En dégustation, le vin ne peut cacher une mise en bouteilles récente: la fougue de la jeunesse l’emporte sur l’harmonie de la maturité. Il me semble qu’il faut lui donner un peu de temps pour se mettre en place. Mais c’est déjà délicieux ! Nez complexe, floral et légèrement miellé, puis fumé comme un pinot gris (agrumes). La bouche commence sur un beau volume en rondeur joyeuse avec de la pêche; progressivement, le vin s’étire vers une finale minérale assez stricte. Quelques amers. contribuent à la tension. Forte personnalité. Pour dompter cet animal, une certaine expérience des vins hors normes sera précieuse.

En rouge, la Mémoire de Madone vieilles vignes 2020. Vignes de 50 ans, 100% gamay, plantées dans 100% de sol volcanique. Rendements limités à 25 hectolitres par hectare. Vendanges manuelles, mise en bouteilles fin janvier 2021.

En dégustation, le vin se montre d’abord réservé puis de plus en plus intense sur des notes fumées et de la cendre. L’équilibre est parfait, la qualité des tannins magistrale, la longueur …persistante. Alcool limité à 12,5%: ce n’est pas de la puissance, c’est de la concentration ! En relisant mes notes, je constate avoir conclu: « C’est un grand vin. Point. » Je me souviens aussi avoir échangé un clin d’œil avec l’importateur. Les mêmes mots, au même moment, nous sont venus aux lèvres: ce 2020 est la meilleure Mémoire de Madone jamais produite. Pratiquement, il n’est pas exclu que ce vin se referme un peu: je recommande soit la carafe, soit deux ans de patience.

Pour l’anecdote, j’ai découvert une autre cuvée élaborée par le Domaine: Les Rougeots du Clos « GamayS sur Granite » 2020. Ce sont de très jeunes vignes (plantées en 2015) de trois cépages différents, tous apparentés au gamay: le gamay de Bouze, le gamay de Chaudenay et le gamaret. Deux cépages semi-teinturiers et un cousin suisse, lui-même obtenu par croisement entre le gamay et le reichensteiner.

En dégustation, c’est du pas banal. La couleur est noire, intense, ourlée d’une écume rouge-violacée. Le nez évoque certains vins du Sud-Ouest: métal, sang et orange amère. Je pense à Madiran. En bouche, c’est dense, mûr et cela goûte puissamment le jus de …mûres ! Charnu, rond avec la fraîcheur qui se dépose sur un fruit puissant. Touche d’animalité. A ce stade, c’est très original (…je me suis demandé si c’était bien du vin…), mais possiblement fatiguant. Suis-je fou de ça ? Non. Néanmoins, ravi d’avoir goûté et touché par la démarche du vigneron. L’intention me charme plus que le résultat dans le verre. Qui sait quand les vignes auront pris un peu de bouteille. NB: ce vin n’est pas importé.

Les vins du Domaine de La Madone sont disponibles dans le magasin.

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colis 6 bouteilles: découverte du Portugal

Pour découvrir différentes régions (Dão, Douro, Vinho Verde, Açores, Bairrada) et différents cépages (touriga nacional, bical, alvarinho, jaen, arinto, …).

Plus d’information sur les vins qui composent le colis dans mes « articles géologiques »: Schiste, Granit, Lave et Calcaire. Voir aussi: Rotulo.

Ce colis de 6 vins portugais est disponible dans le magasin.

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Calcaire

Après schiste (Luis Seabra), granit (Soalheiro) et lave (Ilha di Pico), nous continuons notre exploration géologique du Portugal via la région de la Bairrada, qui se caractérise par un sous-sol à dominante calcaire.

La Bairrada est sortie d’un relatif anonymat par la grâce de Luis Pato, vigneron visionnaire, qui en a fait tant et plus pour faire connaître et reconnaître le cépage local (noir) baga. Ce cépage pourrait être rapproché du nebbiolo piémontais et du xinomavro grec: tannique et acide, avec un sens de l’humour limité. Une sorte d’antithèse du merlot. Si vous adulez le St-Emilion à 15% enrobé par la sucrosité de la barrique, je vous recommande une extrême prudence face à un verre de baga: un incident dramatique ne peut être exclu.

Trêve de plaisanterie, Luis Pato a eu une autre bonne idée, celle d’engendrer une fille à qui il a transmis sa passion. Filipa Pato incarne à son tour la Bairrada en rendant également leur noblesse aux cépages blancs de la région, en particulier bical et arinto.

William & Filipa

Poursuivons dans les aventures familiales pour indiquer que Filipa Pato a épousé William Wouters, lui-même connu des plus anciens d’entre nous en tant qu’ex-patron du restaurant à vins anversois, le Pazzo. Le restaurant existe toujours et mérite assurément une visite, du moins lorsque les circonstances le permettent.

Géographiquement, la Bairrada c’est le centre du Portugal, entre Porto et Lisbonne, pas loin de la ville universitaire de Coïmbra et surtout pas loin de l’Océan Atlantique. Entre l’océan et les collines où pousse la vigne, une plaine, ce qui maximise l’influence atlantique, en l’absence d’obstacles. C’est donc une zone modérément chaude, la latitude étant en quelque sorte compensée par la brise marine.

La gamme proposée par Filipa et William est large et audacieuse, qualité et notoriété se chargeant de pousser le tarif vers le haut, jusqu’à la stratosphère lorsqu’il s’agit de Missao, vin élaboré avec les très très petits rendements d’une vigne aussi ancienne que préphylloxérique. Heureusement, il y a moyen de se familiariser avec le style du Domaine à des conditions plus aimables. Je présente donc avec plaisir ce DNMC 2019, blanc sec issu à 80% du bical, complété par 20% d’arinto. Le nom de la cuvée peut sembler obscur, mais rajoutez les voyelles et vous formez Dinamica, ce qui est franchement plus digeste.

J’entends au loin l’une ou l’autre langue de vipère qui souligne qu’il ne s’agirait que d’un vin de négoce, les raisins étant achetés par Filipa à des vignerons habitués à fournir la coopérative. C’est exact. Mais voici ma botte secrète: Filipa est particulièrement reconnue pour sa capacité à flairer les meilleurs parcelles de la région: elle contacte les propriétaires et leur propose un contrat: elle paie les raisins plus chers que la coopérative, mais décide à 100% ce qui se fait à la vigne. Et toc.

En dégustation, ce vin est rusé. J’en connais beaucoup des jus qui racontent ce qu’ils ont à dire en quelques instants et deux gorgées. C’est d’ailleurs le principe de la dégustation. Mais il arrive que le vin se cache, se camoufle, joue avec le goûteur et le mène en bateau. Il ne se donne que petit à petit. Dans ce cas, il faut bien admettre qu’une rapide dégustation ne conduit nulle part, si ce n’est dans les marais brumeux de l’ignorance et de la confusion. Or, j’ai goûté Dinamica en trois fois et je compte bien, dès l’apéro de ce soir, lui donner une quatrième opportunité de me révéler d’éventuelles nouvelles facettes.

Je m’égare. Ma première perception m’emmène sur le terrain de la bière blanche et du pamplemousse, avec beaucoup de fraîcheur, des arômes fermentaires et une désaltérante pointe d’amertume. Quelque chose me dit que c’est fort peu sulfité (exact: 22 mg/litre). C’est énergique, plutôt direct, un peu fermé, avec un facteur « glouglou » plus élevé que la moyenne. C’est déjà une bonne note. MAIS, cela s’ouvre progressivement vers des arômes complexes (abricot/pêche, banane, zeste d’orange) et vers une vraie salinité, salivante, salutaire et si …saline.

Le lendemain midi, l’équilibre est plus classique, avec des arômes de poire et une très belle tenue à l’air (ce n’est donc pas un vin dont la « nature » obligerait l’amateur à le finir au plus vite, avant que l’oxygène ne le ravage).

Bref, coup de cœur. Et 12% d’alcool comme cerise sur le gâteau. C’est plus un vin pour le printemps et l’été que pour l’hiver. On peut le garder quelques années, mais ça ne me parait pas indispensable.

Filipa Pato & William Wouters, Bairrada Dinamica 2019 (bical, arinto) est disponible pour commande dans le magasin.

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A. Bonhomme à Viré-Clessé

Compte-rendu de dégustation du 26 février: les vins d’André Bonhomme (Bourgogne, Mâconnais, Viré-Clessé ). 100% chardonnay, millésimes 2018 et 2019.

Viré et Clessé sont deux villages du nord du Mâconnais, réunis par une appellation commune depuis 1999.

Le Domaine André Bonhomme se signale par un style riche, savoureux et succulent sans que ce soit au détriment de la fraîcheur. Le boisé, quand il est présent, est utilisé avec mesure et précision. Le millésime 2019 a donné lieu à une petite récolte.

Cuvée Spéciale 2019: le vin emblématique du Domaine. Aromatique (fruits, pointe de truffe, pointe de miel), joyeux, facile à boire. Le prototype du blanc polyvalent qui ne déplaît à personne. Aussi vif que rond. Aussi mûr que parfaitement sec.

Les Forétilles 2018: cuvée « secrète » du Domaine, puisqu’elle n’apparaît même pas sur le site Internet, Les Forétilles sont un lieu-dit (il n’y a pas de premiers crus à Viré-Clessé). Elevage 100% inox. Profil plus tendu, citronné, chablisien, caillouteux. Je n’avais encore jamais eu l’occasion de goûter cette cuvée: très belle découverte !

Vieilles Vignes 2019: aromatique proche de celle de la Cuvée Spéciale, en plus réservée. Un peu d’ananas. Bouche concentrée et longue, combinant avec bonheur la richesse et la fraîcheur. Autant Les Forétilles peut évoquer Chablis, autant ce Vieilles Vignes penche du côté de Meursault ! Vignes de 70 à 95 ans. Elevage sous bois de 20 mois. Garde en cave jusque 2029, voire au-delà.

Trois valeurs sûres dans une Bourgogne où il est de plus en plus difficile de trouver du très bon à un tarif aimable. La notoriété du Domaine n’est pas encore au niveau de la qualité de ses vins, ce qui explique les prix encore abordables.

Les trois vins sont disponibles dès à présent dans le magasin.

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Respect !

No comment. Ce vin se suffit à lui-même.
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Lave

Un vin 100% volcan: les Açores, c’est d’abord l’Océan Atlantique et c’est surtout le Vulcão do Pico, 2351 mètres de basalte et de magma. Cela en fait le point culminant du Portugal.

Dernière éruption: décembre 1720. Le volcan est donc endormi. Où est-ce une longue sieste ?

Les sols d’origine volcanique ont la réputation de donner naissance à des vins de grande intensité et de grande complexité. Les vignes plantées au plus près de l’océan ont la réputation d’absorber les embruns et de traduire cette proximité par des notes salines, voire iodées. Ce Terras de Lava 2019 cumule donc le volcan et l’océan.

Les cépages sont locaux et donc peu connus dans nos contrées: arinto, fernão pires, verdejo. Celui qui se dit maintenant, « le verdejo, je connais, c’est le cépage de Rueda, en Espagne » a malheureusement perdu. Celui-ci est un synonyme, génétiquement différent de son faux-frère castillan. A rapprocher plutôt du verdelho de Madère. Et encore, ce n’est pas certain.

Voici un donc un vin blanc sec, avec peu d’alcool (12,5%), une pincée de sucre résiduel (un peu plus de 2 grammes) et une acidité analytiquement fort élevée (cela gomme totalement le sucre dans l’équilibre perçu).

En dégustation, c’est un OVNI: il commence dans la rondeur et finit « en pointe ». Aromatiquement, il pourrait évoquer le viognier, avec des notes de pêche et de fleurs. Sauf que la grande fraîcheur de ce vin est aux antipodes de bien des viogniers ! La salinité finale est majeure, comme dans une manzanilla de Jerez. Il me semble percevoir une légère note oxydative, qui confirmerait une parenté aromatique avec la manzanilla. Par contre, je n’ai pas repéré de note iodée.

Je souligne volontiers que le prix de ce vin le rend encore plus attractif: les vins des Açores sont généralement bien plus chers.

Ilha do Pico Terras de Lava 2019 est disponible dans le magasin.

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Granit

Vraiment l’extrême nord du Portugal: jetez ici un caillou de l’autre côté de la rivière Minho …et il retombe en Espagne !

Le Domaine Soalheiro est en quelque sorte l’inventeur du Vinho Verde moderne, puisque il a planté le premier vignoble d’alvarinho en 1974. Alvarinho & albariño, même combat, même cépage: l’extrême nord du Portugal, c’est presque la Galice.

Depuis, une deuxième génération a pris les rennes du Domaine et propose pas moins de 12 cuvées élaborées à partir d’alvarinho, y compris des versions sans soufre ajouté, avec élevage en bois de châtaignier, en assemblage avec du pinot noir et en version effervescente ! J’allais oublier la version distillée…

Beaucoup de respect pour cette créativité débridée, mais j’ai préféré me focaliser sur la cuvée Granit, issue de vignobles en altitude (+/- 300 mètres). Vinho Verde ne veut en effet pas dire « bord de mer »: comptez une heure de route avant de voir l’Atlantique. Le climat fait alterner journées chaudes et nuits froides, ce qui est bénéfique pour conserver une belle fraîcheur dans les vins.

Cette cuvée affiche clairement une volonté de mettre en évidence le terroir granitique, sans en rajouter via un élevage sophistiqué: pas de bois, 100% cuve inox. Le Domaine insiste sur la possibilité de garder ce vin en cave pendant de très longues années: jusqu’en 2035 pour ce millésime 2019 ! J’ai été un peu plus prudent en affichant une fenêtre de dégustation optimale entre 2021 et 2029. Je compte bien en enterrer quelques unes pour vérifier.

En dégustation, le nez est intense, ouvert et appétissant, sur l’ananas. La bouche est élégante, fruitée, fraîche mais pas vive: il y a une certaine richesse, avec de la concentration. Pour rester dans l’albariño, c’est plus proche du style Pazo de Señorans que du style Leirana. Le vin est éclatant et aromatique. Je perçois des similitudes avec un Jurançon sec. La finale est sèche, tranchante, citronnée et pierreuse, avec une belle longueur …granitique !

Soalheiro Vinho Verde Granit 2019 (100% alvarinho) est disponible dans le magasin.

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Schiste

« 9 mois d’hiver, 3 mois d’enfer » est un dicton qui résume la météo de la vallée du Douro, dans le nord du Portugal. C’est une terre extrême, bien connue pour être créatrice du Porto. Le style des rouges « non-Porto » de cette région est habituellement marqué par une certaine chaleur qui se mesure au travers de pourcentages alcooliques élevés, entre 14 et 15%, voire plus. Lorsque le vin est boisé et fortement extrait, le dégustateur peut se retrouver en face d’un véritable Porto sec, à l’équilibre fatigant. La première gorgée est énorme, impressionnante, mais la bouteille a bien du mal à se vider.

Lorsque l’objectif est d’élaborer un vin sec, le vinificateur est confronté à une équation simple: le degré alcoolique du vin est un équivalent du sucre contenu dans le raisin au moment de la vendange. Pour le dire autrement, chaque pourcent d’alcool est la résultante de +/- 17 grammes de sucre par litre de jus. Par exemple, un vin sec qui titre 13% est le fruit (sic) d’un jus de raisin contenant approximativement 221 grammes de sucre par litre.

La quantité de sucre présente dans un raisin lors de la vendange dépend de nombreux facteurs: l’ensoleillement, le cépage, la surface foliaire (plus il y a de feuilles, plus il y a de photosynthèse, plus il y a du sucre), etc…La date à laquelle une parcelle est vendangée dépend d’équilibres complexes: maturité du fruit, maturité des pépins et des peaux, niveau des acides, météo, etc… Cette date est fonction de décisions prises par le vigneron, sur base de mesures et d’une solide dose d’intuition. Au pire, on vendange parce qu’ici on a toujours vendangé vers le 20 septembre: c’est évidemment plus facile à organiser, mais le résultat peut se révéler insatisfaisant.

Luis Seabra est assurément un homme de décisions: il sait ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne veut pas. Pour éviter les alcools élevés, il va choisir les parcelles, les dates de vendanges et les techniques de vinification à sa façon. Pour résumer l’affaire crûment, ce Xisto Illimitado titre 12%. C’est vraiment -très- peu dans le Douro.

Ce Xisto Ilimitado ne ressemble donc pas beaucoup à ses cousins: le fruit se soumet à la minéralité. Un tel vin peut surprendre, voire décontenancer. On est sur le terrain de la haute-couture, qui ne s’embarrasse pas d’études de marché, lesquelles sont bien utiles pour le prêt-à-porter.

En dégustation, le vin présente un profil assez sévère. Le nez combine habilement des notes pierreuses et torréfiées (pourtant il ne s’agit pas de bois neuf: l’élevage est réalisé partiellement en fûts de chêne usagés et partiellement en inox), la bouche fait preuve de beaucoup de finesse, dans un univers qui me fait penser au cabernet franc de Loire ou à la mencia espagnole. L’acidité est plutôt élevée. Il y a de la terre, de la pierre et de la fumée. Tannins élégants. Le végétal joue un rôle non négligeable, en particulier à cause d’une vinification en vendange entière, c’est-à-dire conservant tout ou partie des rafles du raisin. Ces rafles macèrent dans le jus, en compagnie des peaux et des pépins et contribuent ainsi à la structure et à l’aromatique du vin.

La longueur du vin, sa persistance aromatique, est absolument remarquable et signe la qualité des terroirs de schiste (xisto = schiste) traduits dans cette bouteille. Ce vin parle certes à voix basse, mais qui l’écoute avec attention vit un moment de grande intensité.

Je n’ai pas encore évoqué les cépages, mais la liste est longue: touriga franca, tinta roriz (tempranillo en Espagne) et tinta amarela jouent les premiers rôles: ensemble, ils représentent 70% de l’assemblage. Celui-ci est complété par rufete, tinta barroca, malvasia preta et donzelinho tinto. Les vignes sont relativement jeunes et proviennent essentiellement des communes de Covas do Douro, juste en aval du village de Pinhão et de Ervedosa do Douro, en amont de Pinhão.

Le vin est très peu sulfité, mais ne présente absolument aucune déviation aromatique: c’est du travail de précision.

Le schiste est partout…

Si vous êtes à la recherche d’un vin à forte personnalité, qui ne laissera personne indifférent, Ce Xisto Ilimitado est un très bon candidat. Je pense que le vin suscitera beaucoup de sympathie …et quelques détracteurs. En tous cas, la conversation sera animée ! Je recommande vivement un passage par la carafe. Ne pas servir trop frais, sans quoi le vin pourrait se durcir.

Ah oui, Luis Seabra ne vient pas de sortir de l’anonymat: il a créé son Domaine en 2012, après avoir été le vinificateur de Dirk Niepoort pendant une dizaine d’années: un sacré diplôme !

Luis Seabra, Douro, Xisto Ilimitado 2018 est disponible dans le magasin.

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Tour d’Europe: colis à prix promotionnel

Pas de dégustation classique, pour les raisons que nous connaissons tous. Donc, une nouvelle dégustation en « take-away » le samedi 06 février. Toutes les boîtes de petits flacons ont trouvé leur destinataire, plus vite que je ne l’avais imaginé. La demande ayant été supérieure à l’offre, j’ai fait quelques déçus, ce qui me désole. Il est néanmoins encore possible de s’inscrire pour figurer sur la liste d’attente. On ne peut exclure un désistement de dernière minute.

Pour me faire pardonner, voici une jolie alternative pour ceux et celles qui se voudraient se faire une idée claire des vins qui participent à ce Tour d’Europe: le colis 12 bouteilles, proposé à prix promotionnel. Pour bénéficier automatiquement de la promotion, il suffit de passer commande via le magasin. Tous ces vins peuvent bien entendu être commandés « à la bouteille » dans le même magasin. Les commandes doivent me parvenir au plus tard le 09 février.

Voici la composition du colis (1 bouteille de chaque vin):

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Wohlmuth: face à face, dos à dos

Une comparaison honnête entre deux vins que tout rapproche, si ce n’est le cépage. Ces deux vins sont élaborés par le même vigneron (Wohlmuth), dans la même commune (Kitzeck-Sausal, dans le sud de l’Autriche, près de la frontière slovène), dans la même géologie (schiste), dans le même millésime (2019) et avec le même degré d’alcool (12,5%).

Le prix est comparable également, ce sont deux cuvées de type « village ».

Un sauvignon (classique dans cette région) et un riesling (paradoxalement, moins répandu ici qu’on pourrait le penser). Un air de famille. Pas des jumeaux, non, mais des frères (ou des sœurs, l’une option vaut l’autre).

Nous sommes dans une région que j’ai évoquée longuement l’été passé lors d’une dégustation entièrement consacrée à la Styrie: voir cet article

Ces deux vins ont une vraie personnalité, qui les différencie des stéréotypes simplificateurs: on n’est ni en Alsace, ni dans le Rheingau, ni à Sancerre, ni en Marlborough (Nouvelle-Zélande). J’ajouterais que le riesling est très différent de ses cousins des rives du Danube (Wachau et consorts).

Les goûter face à face -ou dos à dos- est une intéressante expérience qui permet de percevoir tant ce qui les rassemble que ce qui les différencie. Le sauvignon est certes plus extraverti que le riesling, il est aujourd’hui plus complexe et plus aromatique. Les deux vins partagent une structure en élégance, finesse et précision. Une absence de marquage par un élevage trop « mêle-tout » les rapproche. Tout est évoqué, rien n’est imposé. Le riesling sera sans doute meilleur demain, le sauvignon est sans doute déjà à son apogée.

Gerhard Josef Wohlmuth

Je vous invite à entrer dans le magasin pour plus d’information. Vous y trouverez le sauvignon et le riesling.

Weingut Wohlmuth, Südsteiermark, Kitzeck-Sausal, sauvignon et Kitzeck-Sausal riesling, 2019.

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Petits flacons – 2ème acte

La dégustation en mode pandémie. Parce que, non, je ne me résigne toujours pas à attendre que ça passe…

chaque petit flacon contient 3 cl de vin

Impossible de se rassembler autour du bar. Circonstances obligent, les petits flacons reprennent donc du service. Cela se passera le samedi 06 février.

Formule similaire à celle proposée lors de la dégustation de novembre 2020:
• inscription par e-mail envoyé à anthocyane@skynet.be (le nombre de boîtes contenant les petits flacons est limité)
• enlèvement de la boîte contenant les petits flacons chez moi, le 06 février, entre 10 et 18 heures (m’indiquer si possible une heure approximative de passage)
• lors de la livraison ou de l’enlèvement de votre commande, je récupère les petits flacons rincés.

Le programme de la dégustation n’est pas encore défini, mais ce sera conforme à ce que vous connaissez: des vins européens, d’un prix compris entre € 8 et € 25. Ni bulles, ni rosés. Les vins apparaissent progressivement dans le magasin sur le site Internet. Je prévois une bonne douzaine de vins et donc autant de petits flacons par boîte.

A toutes fins utiles:

  • depuis leur première utilisation, tous les petits flacons ont été soigneusement nettoyés à 60°
  • vos petits flacons seront remplis le plus tard possible, en fonction de votre heure de passage, de façon à minimiser les risques d’altération du vin
  • je suggère de déguster au plus tard 24 heures après votre passage chez moi; dégustez de préférence samedi
  • lors de votre passage, je peux déposer la boîte directement dans le coffre de votre voiture; distanciation physique ? OK !
  • les petits flacons sont numérotés, les commentaires sont disponibles sur ce site Internet
  • chaque petit flacon contient 3 centilitres de vin: c’est largement assez pour goûter « en solo », mais c’est peu pour goûter à deux
  • n’oubliez pas qu’une température de service inadéquate et/ou un mauvais verre peuvent ruiner le meilleur vin
  • méfiez-vous d’une dégustation accompagnée de petits cubes de fromage, de noix et autres perturbateurs du goût
  • l’ordre dans lequel les vins sont dégustés peut influencer votre perception (« effet de séquence »)
  • la formule « petits flacons » n’est pas top-conviviale, mais elle présente néanmoins quelques avantages: vous dégustez au moment qui vous convient, au rythme qui vous convient, dans l’ordre qui vous convient; et vous n’êtes pas obligés de subir mon baratin…
  • autre avantage de la formule: vous pouvez choisir de déguster « à l’aveugle », sans être perturbé par une appellation, un prix, un millésime…
  • enfin, il y a un côté ludique à ne pas sous-estimer !
  • si un contre-temps vous empêche de participer, faites-moi signe rapidement de façon à ce que je puisse contacter quelqu’un sur liste d’attente
  • la boîte de petits flacons est gratuite: elle contient l’équivalent d’une demi-bouteille de (très) bon vin
  • les commandes doivent me parvenir au plus tard le mardi 09 février, directement dans le magasin (c’est le plus commode pour moi) ou par e-mail
  • pour se replonger dans l’ambiance de la dégustation « petits flacons » du mois de novembre, rien ne vaut la lecture des commentaires émis par les participants
  • questions et suggestions toujours bienvenues !
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Les 7 fontaines de Tenerife

El Teide, le volcan de Tenerife

A quoi pensez-vous lorsque l’on prononce « Tenerife » ? Laissez-moi deviner: soleil, vacances, charter, île, hôtel, touriste, Canaries, mer ? Je rajouterais volontiers la présence du plus sommet d’Espagne, El Teide, qui culmine joliment à 3.718 mètres. Cette montagne est un volcan. Les spécialistes estiment que sa dernière éruption significative remonte au IXème siècle. Vu d’ici, cela semble bien loin. Néanmoins, les mêmes spécialistes n’excluent pas une nouvelle éruption: le Teide n’est pas éteint, il est juste assoupi…

Une géologie volcanique et un climat favorable ? Il fallait bien que des amateurs de raisins se décident à planter …ce qui fût fait dès la fin du XVème siècle. Un œil contemporain remarquera aisément que la quantité prime sur la qualité: plenty of dull wines for tourists, écrit Hugh Johnson. Autrement dit, tout se vend localement à des hordes de touristes assoiffés, l’offre s’adaptant à la demande. Mais il y a d’excellents vins en Provence, malgré le gigantesque gosier, pentu et insatiable, de la Côte d’Azur. Mutatis mutandis, il y a d’excellents vins à Tenerife ! Et des cépages autochtones ! Et des vignerons ambitieux ! Et des façons de conduire la vigne que l’on ne trouve nulle part ailleurs !

Dans le nord de l’île, dans une vallée peu accessible, sur les premières pentes du volcan, se cachent les Bodegas Suertes del Marqués. Ce Domaine a une longue histoire, mais il n’a commencé à mettre en bouteilles sous son nom qu’en 2006. Un vignoble de 11 hectares, répartis en une longue série de parcelles fort différentes les unes des autres: à chacune son altitude, sa pente, ses cépages, son exposition, sa géologie et l’âge de ses vignes.

Pas de phylloxera à Tenerife, donc des vignes franches de pied, c’est-à-dire non greffées sur pied de vigne américain.

Exemples: Las Mercedes est une parcelle plantée en 2005, franche de pied, en cépage listan negro, à une altitude comprise entre 620 mètres et 720 mètres, avec une pente moyenne de 37%, en exposition nord. La Solana est une parcelle plantée il y a plus de cent ans, franche de pied, en cépages listan negro, listan blanco & pedro ximenes, à une altitude comprise entre 350 et 450 mètres, avec une pente moyenne de 25%, en exposition est.

C’était bien sûr tentant de vinifier séparément les différentes parcelles, en dépit du travail supplémentaire que cette décision requiert: La Solana est à la fois le nom d’une parcelle de 1,5 hectare et celui du vin qu’on y élabore.

En supplément à ces vins « parcellaires », le Domaine propose également une cuvée « de village », qui porte le joli nom de 7 Fuentes, les sept fontaines. Il s’agit de l’assemblage de 35 (sic) toutes petites parcelles, réparties sur l’ensemble du Domaine. Chaque petite parcelle est vinifiée séparément (mazette). Ce n’est pas une entrée de gamme, la meilleure preuve en étant que ce vin est issu de vignes d’un âge compris entre 10 et 180 ans. Le site Internet du Domaine confirme: cent-quatre-vingt (gloups). Cépages: 90% de listan negro et 10% de castellana, encore nommé tintilla. Vendanges manuelles, levures indigènes. Elevage de 9 mois partiellement en cuves béton ​(60%) et partiellement en fûts de 500 litres (40%).

Je vous propose le millésime 2018 de ce 7 Fuentes, en appellation Valle de la Orotava.

En dégustation, ce vin rouge présente une couleur légère et peu soutenue. Le nez est floral et minéral, intriguant. La bouche est aérienne, très fraîche, avec une finale agréablement peu tannique. J’ai l’impression de déguster un proche parent du pinot noir, dans sa variante allemande. 90% élégance, 10% rusticité. Cela coule de façon très naturelle. Plus infusé qu’extrait. Le boisé est imperceptible aromatiquement, mais il a poli la matière. En finale, des notes de viande fumée et de cendre (je sais …la cendre pour un vin de volcan …et pourtant…)

Bodegas Suertes del Marqués, 7 Fuentes 2018 est disponible dans le magasin.

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Allemagne-Espagne: 3-3

Un match n’est intéressant que s’il est équilibré. Cela tombe bien, les deux bouteilles d’aujourd’hui ont la même forme et mesurent toutes les deux exactement 35 cm de haut. Plus sérieusement, les deux vins sont vendus au même prix et sont tous deux issus de millésimes récents. En dépit de la distance entre les deux vignobles (plus de 2.000 kilomètres), quelque chose me dit que leurs profils pourraient présenter plus de similarités que de différences. Voyons la composition des équipes.

L’Allemagne aligne un riesling du Rheingau. Le maillot de la bouteille est floqué Künstler 2018. En face, l’Espagne aligne un albariño de Galice, maillot floqué Fefiñanes 2019.

Le Rheingau est le royaume du riesling: 80% du vignoble est planté avec ce cépage. 7% du riesling mondial provient d’ailleurs du Rheingau. Comme le nom de la région l’indique, les vignes sont plantées sur la rive droite du Rhin (celle dont l’exposition est sud), sur des collines plutôt vertigineuses. Bien sûr mon mauvais esprit va immédiatement rendre compliqué ce qui paraissait simple: on peut faire faire partie du Rheingau, alors que les vignes se mirent dans le Main. Circonstance atténuante: ce Main est un affluent du Rhin, bien connu pour être la rivière qui baigne, en amont, maints vignobles de Franconie.

Gunter Künstler

Nous sommes plus précisément à Hochheim, village qui porte, avec une impitoyable logique, le nom complet de Hochheim-am-Main. Le vignoble le plus célèbre s’appelle ici Hochheimer Hölle. A côté de ce vignoble « grand cru », nous découvrons le Hochheimer Herrnberg, classé lui erste Lage, ce qui correspond à la notion de « premier cru » en mode Bourgogne.

Ce cru Herrnberg possède la particularité étonnante d’un substrat géologique partiellement calcaire, très inhabituel dans ces contrées. Attention, la phrase qui précède, utilisée par exemple dans les tribunes d’un stade, est susceptible de vous attirer quelques solides froncements de sourcils…

Weingut Künstler cumule les distinctions dans les guides allemands et anglo-saxons: 4 étoiles dans Eichelmann, 5 étoiles dans Falstaff, 4 grappes dans Gault&Millau, 3 étoiles pour Hugh Johnson. Hélas, le Domaine est moins connu dans le monde francophone, vu l’habituelle absence d’attention portée par les médias parisiens pour ce qui se passe outre-Rhin.

Le Domaine est à la tête de 50 hectares de vigne, dont 79% de riesling et de 15% de pinot noir. Un peu de chardonnay et -amusant dans le contexte de ce match- 1% d’albariño ! Bon, le Domaine vend ce « vin de cépage » sous la graphie portugaise (alvarinho), mais il s’agit bien du cépage galicien. Le bouleversement climatique pousse de nombreux vignerons prudents à anticiper le moment où les cépages nordistes, comme le riesling, ne feront plus l’affaire. Planter des cépages plus sudistes -comme l’albariño- et vinifier les raisins récoltés est une façon de se préparer à un avenir incertain mais sans doute caniculaire.

2018 est un millésime chaud, comme l’Allemagne en connait de plus en plus souvent. Conséquence: le degré alcoolique peut augmenter et l’équilibre se modifier. Cela peut plaire comme cela peut décontenancer. Ce Hochheimer Herrnberg a parfaitement géré le millésime, avec un degré alcoolique de 12,5% et 5 grammes de sucre résiduel par litre de vin. L’équilibre perçu est néanmoins sec, à cause de l’intensité des éléments acides.

L’Espagne aligne donc un albariño de Galice, maillot floqué Fefiñanes 2019. La Galice (nord-ouest de l’Espagne: certains paysages côtiers sont plus irlandais que nature) est un peu the place to be pour l’amateur attentif à ce qui se passe dans le microcosme du vin. Des vins originaux, combinant habilement des caractéristiques sudistes et nordistes, des cépages autochtones, une météo compliquée (cf. les paysages irlandais) sous forte influence océanique et …quelques vignerons particulièrement inspirés.

Il y a la Galice de la montagne, à l’intérieur des terres, avec pas mal de vins rouges et il y a la Galice de la mer, en appellation Rias Baixas, avec le vin blanc d’albariño à peu près partout. Cette appellation Rias Baixas est à son tour organisée en cinq zones non-contiguës ! Ô les vilaines, comment osent-elles ? Deux zones à la frontière portugaise (O Rosal et Condado do Tea), une zone minuscule (Soutomaior), une zone au nord pas très porteuse (Ribeira do Ulla) et enfin la zone-clé, Val do Salnés, où se concentrent la plupart des Domaines intéressants.

Dans ce coin d’Ibérie, Anthocyane vous a déjà proposé avec succès la cuvée Leirana du Domaine Forjas del Salnés. Voici un autre domaine à suivre de très près: Palacio de Fefiñanes (ou Fefiñans en langue gallego). Le Domaine occupe de magnifiques bâtiments anciens, au centre du village de Cambados. Il élabore trois cuvées 100% albariño: III Año (très long élevage sur lies), 1583 (passage en bois) et la bien nommée Albariño de Fefiñanes, depuis le millésime 1928, étant ainsi le premier vin de la région à être mis en bouteilles. L’ancêtre de tous les albariño modernes, le pionnier.

L’étiquette ne doit d’ailleurs pas avoir beaucoup évolué depuis lors…

En dégustation comparative, side by side, je suis frappé par les similitudes et par la subtilité des différences: le nez allemand est citronné, pierreux et légèrement abricoté. Le nez espagnol est légèrement exotique, avec des nuances de pêche et d’abricot.

La bouche allemande est vive, élégante, avec une finale citronnée et caillouteuse. C’est un Rheingau en finesse, sans la puissance souvent de mise dans la région. C’est bien sec, malgré la présence de quelques grammes de sucre résiduel. Belle finale minérale. Vin qui mérite d’être un peu attendu pour bénéficier d’une plus grande complexité.

La bouche espagnole est aromatique, avec de la pêche, de l’ananas et des notes fumées. Un peu d’amande. C’est tout-à-fait sec, frais et pur. Du gras et de la longueur. Il y a un peu plus de puissance et un peu moins de vivacité que dans le vin allemand.

Je n’ai pas de préférence. It’s a draw. Un match équilibré pendant lequel on s’amuse parce que chaque équipe marque des buts…

Le magasin propose le riesling allemand de Künstler et l’albariño espagnol de Palacio de Fefiñanes.

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Quinta Nova: ce n’est pas toujours du Porto

La Quinta Nova de Nossa Senhora do Carmo se situe sur le fleuve Douro, très en amont de Porto et en direction de la frontière espagnole (à partir de laquelle le Douro se mue en Duero). Nous sommes donc en pleine région du Porto. Ce Porto (ruby ou tawny, vintage ou colheita) jouissait jusque vers 1990 d’un quasi monopole. Autrement dit, on ne produisait presque pas de vins non-mutés dans la région, tous les raisins servant à faire du Porto, pour le meilleur …et pour le pire.

Dirk Niepoort (encore lui …il est décidément dans tous les coups) a été l’un des premiers à percevoir que le marché du Porto était plutôt sur le déclin et qu’il était grand temps d’utiliser les magnifiques terroirs de schiste du Douro pour élaborer de grands vins rouges secs, non-mutés à l’alcool.

Le Douro, comme le Dão plus au sud, est un paradis pour les amateurs de cépages autochtones: touriga nacional, tinta roriz, tinto cão, touriga franca, tinta barroca, tinta francisca, tinta amarela, etc… Autochtones, quoique tinta roriz soit en fait un synonyme du tempranillo espagnol. Historiquement, les parcelles étaient plantées en foule, c’est-à-dire sans être alignées en rangs et en complantation, c’est-à-dire en mélangeant différents cépages sur la même parcelle.

La Quinta Nova fait partie du groupe Amorim, connu en particulier pour être le premier producteur mondial de liège. Le roi du bouchon a produit 5,5 milliards de pièces en 2019 !

Le Domaine produit bien entendu du vin, mais propose également une offre oenotouristique très complète: restaurant réputé (Conceitus), chambres « chic », promenades en bateau sur le fleuve, etc…

En dégustation, le vin présente une couleur plutôt sombre et jeune. Le nez confirme la jeunesse et l’absence de tout élevage en bois: du fruit et encore du fruit ! Cerise et prune. La bouche est équilibrée, succulente, juteuse et assez « punchy ». Quelques bons petits tannins, sans trace d’amertume.

Le point-clé pour un rouge sec du Douro: comment l’alcool est-il géré ? De nombreux vins issus de cette région particulièrement chaude sont en effet dévalorisés par une sensation brûlante et une excessive chaleur en bouche. Cette cuvée « unoaked » résout ce problème potentiel avec talent. Bien sûr, c’est un vin solaire qui ne peut cacher son origine: assez puissant, grâce à la matière mais aussi grâce aux 14% d’alcool. Cette solarité est néanmoins très bien cadrée, maîtrisée, intégrée dans le fruit, évitant ainsi toute lourdeur.

La bouteille est un bel objet. L’étiquette liste les quatre cépages présents dans cette bouteille. Mon seul regret concerne le nom donné à la cuvée: ce « unoaked » qui qualifie le vin, en anglais, par ce qu’il n’est pas, c’est un peu tristounet. Disons néanmoins que c’est clair, dans un pays où la plupart des vins rouges sont élevés sous bois.

Quinta Nova « unoaked » 2018 est arrivé dans le magasin.

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St-Georges terrasse le dragon

Malgré un cépage puissamment local (agiorgitiko, parfois traduit en « Saint-Georges »), le style de ce vin grec n’est pas sans rappeler certaines contrées du Rhône sud, voire du Languedoc-Roussillon. Une sorte de parenté organoleptique avec un assemblage grenache-syrah qui emmène ce vin vers un profil chaleureux, heureusement équilibré par une fraîche acidité, évitant ainsi le piège de la lourdeur. Les petits tannins sont fondus et discrets.

Le vin est coloré, direct et assez puissant, avec des parfums fruités (mûre, myrtille) et épicés. C’est un rouge goûtu pour plats goûtus ! Nous l’avons associé à du poivron, des câpres et des anchois: il résiste bien, le bougre ! Avant de révéler, au grand bonheur du dégustateur, une longueur marquée par la minéralité. Ce St-Georges est décidément capable de donner du fil à retordre à bien des dragons ! Cela étant, la subtilité ne constitue pas son atout majeur.

Le passage par le bois est perceptible, mais très raisonnablement dosé.

L’appellation Nemea ne tolère que le cépage agiorgitiko, ce qui tend à faire croire qu’il s’agit de synonymes. Ce serait faire peu de cas des vignobles d’agiorgitiko hors de l’appellation Nemea: on en trouve par exemple plus de 5.000 hectares en Attique (région autour d’Athènes). Ce cépage a la réputation d’être plastique et flexible et de permettre en conséquence l’élaboration de vins très différents, du plus classique au plus exotique.

Le Domaine Gaia a la particularité de s’appuyer d’une part sur le vignoble de Nemea et d’autre part sur celui de l’île de Santorin, pourtant distant de plusieurs centaines de kilomètres.

Domaine Gaia, Nemea Agiorgitiko 2018: il y en a dès à présent dans le magasin.

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Pendant ce temps, à la frontière slovaque…

Autriche. Prellenkirschen, village viticole de 1.500 habitants. A quelques kilomètres du Danube et de la frontière slovaque: d’ici, on se rend plus vite à Bratislava qu’à Vienne. Un parfum d’Europe Centrale, un avant-goût d’autre chose. La Hongrie est à peine plus loin.

Carnuntum. Cela ressemble à du latin, parce que c’est du latin. Carnuntum était du temps de sa splendeur la capitale de la province romaine de Pannonie. Sans doute 50.000 habitants au IVème siècle. Il n’en reste pas grand-chose aujourd’hui: les ruines d’un arc de triomphe, les traces de plusieurs amphithéâtres et autres thermes. Un quartier a été reconstruit à l’identique. Le musée est le plus grand musée romain d’Autriche. Une sorte de parc archéologique. Les vignerons du coin se sont dit qu’il était peut-être malin de capitaliser sur ce nom aussi antique que connu et de baptiser ainsi leur vignoble. Ainsi fût fait.

Dorli Muhr et sa gamme de vins

Dorli Muhr. Dorli est le prénom de la vigneronne, Muhr est son nom. Le Domaine a longtemps porté le nom Muhr-van der Niepoort, en cohérence avec le fait que Dorli Muhr et Dirk Niepoort (oui, LE Dirk Niepoort, serial vigneron portugais) ont formé un couple, aujourd’hui séparé.

Spitzerberg: plutôt qu’une « montagne pointue », une colline inspirée…

Le grand vin du Domaine, le Spitzerberg (100% blaufränkisch), se vend allègrement au-delà des € 60. Il est souvent considéré comme l’un des plus grands rouges autrichiens. La cuvée évoquée ici est une entrée de gamme qui associe le grand cépage local, le blaufränkisch, à une bonne dose de syrah.

En dégustation, c’est avant tout l’élégance qui frappe l’imagination. Ce 2017 fait preuve de beaucoup de fraîcheur, les tannins sont totalement fondus, l’alcool est à l’arrière-plan (12,5%). C’est fruité (cerise un peu kirschée), poivré et fumé. Quelques herbes aromatiques. Bel équilibre, du charme et du raffinement. C’est facile à boire, ce qui ne constitue en aucun cas une remarque perfide, que du contraire ! Ce n’est ni sauvage, ni exubérant. Je recommande de le servir un peu frais et de profiter pleinement, au réchauffement progressif dans le verre, d’une fine nuance saline et salivante. L’élevage, en foudres, ne marque pas le vin: merci !

Dorli Muhr, Carnuntum 2017 est disponible dès à présent dans le magasin.

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La fraîcheur de l’océan

Hier soir, une bouteille peu commune: Gorvia 2006 rouge, Quinta da Muradella (Galice = Espagne du nord-ouest). Flacon très (trop) lourd. Bouchon impeccable. Acheté en 2010 (€ 27).

Nez très parfumé: floral, fraise et framboise. Dans le fond, quelques notes terreuses. Bouche majeure: acidité marquée, tannins fondus, alcool peu perceptible (malgré 14%), beaucoup de profondeur et de distinction. Typiquement le rouge ‘océanique’, même si l’Atlantique, à vol de mouette, se situe à plus de 100 kilomètres. J’ai servi le vin un peu frais: il prend de la puissance dans le verre, en se réchauffant lentement. Profil encore jeune, peu en rapport avec un confinement de 10 ans+ dans la bouteille. M’évoque les meilleurs rouges de Loire, via la proximité avec le cabernet franc. Et autant avec le pinot noir !

L’appellation, c’est Monterrei, sise là où Espagne et Portugal s’enlacent. La frontière portugaise n’est distante que de 17 kilomètres. On ferait du vin ici depuis l’époque romaine.

Le château de Monterrei veille sur les vignes.

Cépages: mencia, bastardo, caiño redondo en proportions inconnues. La mencia (avec l’accent tonique sur le ‘i’) est LE cépage rouge emblématique de la Galice et de l’extrême nord-ouest de la Castille (appellation Bierzo). Le bastardo est le nom local du …trousseau jurassien ! Autre synonyme: merenzao. Quant au caiño redondo, c’est un cépage obscur, possiblement apparenté à un vieux cépage du Sud-Ouest, le camaraou noir. Bien étudier ceci par cœur, c’est une possible question d’examen…

Information au sujet du Domaine: je lis que tout est certifié bio depuis 2005. Projet initié en 1991 par José Luis Mateo, avec la volonté de remettre à l’honneur les cépages locaux. Rencontre avec Raul Perez en 2000 (Raul Perez est vraiment partout …y compris dans le magasin d’Anthocyane, avec la cuvée Ultreia Saint-Jacques). Domaine de 24 hectares, sur 34 parcelles différentes. Géologie entre schistes et granit, sables et argile (rien que ça). Altitude des vignobles: entre 360 et 900 mètres.

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Nouveautés de décembre

Quelques mots pour attirer votre attention sur les nombreuses nouveautés de ce mois de décembre:


• Un Coteaux du Languedoc rouge, élaboré ‘discrètement’ par un grand vigneron

• Une Manzanilla andalouse, particulièrement recommandée pour l’apéritif et pour les amateurs de vins du Jura

• Un Dão portugais, élaboré par Dirk Niepoort, équilibre classique à très bon prix

• Un rare assemblage de sangiovese toscan et de corvina vénitienne, élevé en fûts de cerisier par le prestigieux Domaine Masi

• Un pinot noir allemand plein d’esprit: Holger Koch défie la Bourgogne

• Un sauvignon de Franconie du Domaine Luckert, prêt à boire, qui ferait très bonne figure au milieu d’une bande de Sancerres

• Un riesling sec de la Moselle, en configuration vieilles vignes, du Domaine Van Volxem

• Un vin de Provence qui marque le retour à l’avant-plan du Domaine Richeaume : ce Grenache 2018 pourrait se faire passer pour un Châteauneuf-du-Pape

• Un Rioja Reserva de l’excellent millésime 2010 et de l’excellent Domaine de la Rioja Alta ÉPUISÉ

• Un Bordeaux atypique, mais un peu moins atypique en 2018 : Château Le Puy

Toutes les informations sont regroupées ici : nouveautés de décembre