La Rioja Alta, Viña Ardanza Reserva Seleccion Especial 2010
On oppose parfois les modernistes de la Rioja aux traditionnalistes en insistant sur le fait que les premiers, adeptes d’un élevage bref en barriques neuves, chercheraient à mettre en avant un intense fruité et donc le raisin. Sachant que les seconds misent au contraire sur un (très) long élevage en barriques anciennes, il est tentant d’en faire des spécialistes du bois.
La réalité est heureusement plus subtile: pour La Rioja Alta, Domaine traditionnaliste réputé, le bois est un moyen pour polir les tannins, pour civiliser le vin et jamais une fin en soi ! Il s’agit de micro-oxygéner le vin pendant de longs mois de façon à ce qu’il soit à pleine maturité dès sa mise sur le marché. L’élevage apporte une belle patine, une texture soyeuse, une aromatique complexe. La mise en bouteilles de ce Viña Ardanza a eu lieu en mai 2015. Vu la durée de l’élevage en barriques, le vin pourrait légalement être commercialisé comme un Gran Reserva.
Le Domaine accorde bien entendu une grande importance au travail à la vigne: petits rendements, vendanges manuelles, sélection des meilleurs raisins. Le transport des raisins vers la cave de vinification se fait en camion frigorifique, la cave elle-même est moderne: La Rioja Alta n’est pas un musée ! La tradition fait son entrée lorsque commence l’élevage. Le vin va passer de barrique en barrique, tous les six mois. Il est ainsi progressivement habitué au contact avec l’air.
Ce contact régulier avec l’air n’use pas le vin mais semble paradoxalement le rendre plus résistant: « ce qui ne tue pas rend plus fort ». Les meilleurs Riojas traditionnels vieillissent magnifiquement en bouteille, souvent mieux que les bombes fruitées modernes.
Ce Viña Ardanza est composé de 80% de tempranillo, issu d’un vignoble situé en Rioja Alta mais aussi de 20% de grenache, issu d’un vignoble situé en Rioja Oriental (cette sous-région s’appelait encore récemment Rioja Baja, mais les spécialistes de la communication ont estimé que « baja » pouvait être interprété négativement, comme le Bas-Rhin qui serait donc moins qualitatif que le Haut-Rhin).
Ce vignoble de grenache s’appelle La Pedriza: comme à Châteauneuf-du-Pape, on y croise une multitude de galets roulés, mais à une toute autre altitude: 550 mètres. Est-ce ce grenache qui confère à Viña Ardanza un petit supplément de douceur ?
Un mot encore sur un millésime exceptionnel : 2010 a été labellisé Seleccion Especial. Ce n’est arrivé que quatre fois pendant l’histoire de cette cuvée: en 1964, 1973, 2001 et donc, maintenant, en 2010. Viña Ardanza n’a pas été élaboré en 2011; le millésime 2012 vient d’arriver sur le marché, sans label Seleccion Especial.
En dégustation, un vin épicé, balsamique, avec de la cerise, du poivre et de la muscade. Un peu de réglisse et de café. Tannins élégants. Finale soyeuse et longue.
Comment est définie une vieille vigne ? L’Afrique du Sud n’autorise cette mention que si les vignes ont atteint l’âge de 35 ans. En Europe, la mention n’est pas définie: le vigneron fait ce qui lui plaît. D’aucuns n’hésitent pas à afficher « vieilles vignes » sur l’étiquette alors que celles-ci sont …adolescentes.
Que signifie « Alte Reben » ? Littéralement, vieux ceps. C’est la terminologie utilisée habituellement en Allemagne pour désigner les vieilles vignes.
Je mélange ce qui précède, je secoue un petit coup et …voici un « Alte Reben » issu en partie de vignes âgées de 120 ans.
Mathusalem en bouteilles !
Les raisins sont issus de parcelles réputées (Wiltinger Klosterberg, Wawerner Ritterpfad, Kanzemer Sonnenberg, le premier mot indiquant le village, le second mot la parcelle), mais trop petites pour permettre l’élaboration de cuvées spécifiques, sous le nom de chaque parcelle. D’où cet assemblage.
Nous sommes au Domaine Van Volxem, en Sarre, à quelques kilomètres de la frontière belge (il suffit de traverser le Grand-Duché, d’est en ouest, pour se retrouver à Arlon): le paradis pour les amateurs de riesling !
A la dégustation, le premier nez est dominé par l’ananas et un peu de fruit de la passion. Après quelques minutes, apparaissent citron et citron vert. La bouche est sèche (malgré 8 grammes de sucre résiduel: magie de l’acidité qui rend sec ce qui ne l’est pas tout-à-fait), avec de la pêche, beaucoup de minéralité saline et puis du pamplemousse. Un degré d’alcool peu élevé (12%) n’empêche pas l’expression d’une certaine puissance: ceci n’est pas un riesling mosellan de style ultra délicat, il y a du fer sous le velours.
De mon point de vue, le vin mérite la carafe pour fondre et harmoniser les différents éléments. Un peu d’oxygène peut faire des miracles pour révéler la complexité ! Alternative hautement recommandable: laisser la bouteille se reposer en cave jusqu’en 2023, la récompense sera proportionnelle à la patience !
Le Domaine Van Volxem (c’est bien « Van », comme pour Ludwig Van Beethoven, origine belge dans les deux cas) fait partie des très grands noms de la Moselle. Il possède entre autres des vignes sur le Scharzhofberg, considéré comme le meilleur vignoble au monde pour le riesling. Le Domaine s’est doté récemment d’un bâtiment spectaculaire, en bord de Sarre. La capacité permet d’élever les vins en cuve …pendant cinq ans !
Dirk Niepoort est un homme de multiples projets. Au Portugal bien sûr, mais également en Espagne, en Autriche, en Allemagne, en Afrique du Sud, …Un vigneron vraiment « larger-than-life ». Il est loin le temps où la marque Niepoort était uniquement associée au Porto.
Rotulo incarne un projet dans la région du Dão: l’étiquette met d’ailleurs un énorme accent sur le nom de cette région, au point que le nom de la cuvée est relégué au verso. On ne voit que Dão !
Paradoxalement, je pense que le prix de ce vin pourrait le desservir: ses qualités gagneraient à être associées à un prix supérieur. La cohérence serait meilleure. Autrement dit, excellent rapport qualité-prix.
En dégustation, je suis frappé par l’équilibre classique de ce vin: finesse des tannins, fraîcheur sans forte « atlantité », parfaite intégration de l’alcool, transparence de l’élevage. Cela se boit très facilement et chaque gorgée génère un plaisir nouveau.
Si vous êtes à la recherche de quelque chose d’original, de très différent …non… pas ce Dão. Par contre, si vous cherchez le bon vin qui ne déplaira à personne tout en s’accommodant de bien des cuisines, c’est un billet gagnant !
On a affaire à de vieilles vignes (30 à 80 ans), plantées en altitude (600 mètres) dans une géologie granitique, typique de la région du Dão. Les vendanges sont manuelles, la fermentation et l’élevage s’effectuent en cuve-ciment (pas de bois).
Lopez de Heredia, Rioja Viña Tondonia Reserva 2007
Millésime 2007. Ce n’est pas une faute de frappe, c’est la conséquence d’un élevage « à l’ancienne » comme le pratiquent encore quelques rares Domaines, gardiens de la tradition en Rioja.
Le style peut dérouter l’amateur de vins très sombres, fortement extraits, issus à 100% du tempranillo et élevés brièvement en bois neuf: Lopez de Heredia fait exactement l’inverse !
Le vin est d’abord élevé pendant 6 ans en barriques très anciennes (bois américain), il est ensuite mis en bouteilles et repose encore pendant de longues années (5 ans au moins) dans les caves froides du Domaine. Lorsque le vin est enfin commercialisé, il est à parfaite maturité, maintenant et pendant les dix prochaines années. Le tempranillo est bien entendu le cépage principal, mais il est complété avec une part non-négligeable de grenache (15%) et une pincée de graciano y mazuelo.
Les vignes sont en majorité …centenaires: plantation en 1913 et 1914. Altitude du vignoble: entre 438 et 489 mètres. Le Domaine dispose de sa propre tonnellerie, qui fabrique et répare les barriques d’élevage, avec pour objectif de les utiliser pendant 25 ans.
Il est possible que ce vin ne plaise pas, parce qu’il est incontestablement différent. Il est possible aussi que le goûter vous fasse rejoindre le cercle des amateurs qui le considèrent comme une des incarnations de la perfection.
La robe est franchement rouge, sans nuances violacées ni tuilées. Le nez est ouvert, noble, épicé avec des arômes de boîte à cigares. Cela rappelle l’univers des Bordeaux tels que l’on a cessé de les produire (à l’exception peut-être de Château Le Puy). La bouche est intense, avec des tannins fondus. C’est harmonieux et salivant. Des épices et un peu de tomate. On navigue entre le velours et la soie. C’est profondément sensuel jusqu’à défier l’analyse. Ce Viña Tondonia Reserva est un tout, une synthèse, un univers.
Pour l’automne et pour l’hiver, à déguster lentement …
Le principe « à la carte » est simple: vous m’indiquez un nombre de bouteilles, un budget et ce que vous ne souhaitez pas. Un e-mail avec ces quelques infos et je me charge de la concrétisation. Cette commande peut être retirée le 14 novembre.
Quelques exemples d’éléments qui peuvent m’aider à vous concocter la meilleure proposition: « pas de blancs, ma cave en est pleine »; « pas de vins qui coûtent plus de €15″; « pas de toscans, je les connais bien »; « pas de vins à boire dans les deux ans, j’ai ce qu’il me faut dans cette catégorie-là »; « pas de vins avec une acidité marquée »; etc…
J’insiste: communiquez-moi surtout ce que vous ne souhaitez pas. C’est en général plus facile à exprimer de façon précise et cela ouvre le chemin vers la découverte, vers le vin auquel personne ne pense spontanément et qui se révèle à l’usage être un vrai coup dans le mille !
Les vins qui participent au Festival des vins d’Italie sont ici. Les commandes doivent me parvenir au plus tard le mardi 17 novembre.
Une bouteille de chaque vin, une façon maline pour déguster chez soi, avant de choisir ce que l’on a préféré.
Voici 8 rouges et 4 blancs pour faire un large et beau tour de la Botte, sous la forme d’un colis-découverte. J’ai privilégié tant la diversité des régions que celle des cépages. Equilibre entre des vins que je connais plutôt bien (le même vin, le nouveau millésime) et des nouveautés, découvertes récemment.
Il s’agit de bouteilles dont le prix à l’unité varie entre € 11 et € 19. Ces bouteilles sont disponibles individuellement dans le magasin.
Colis de 12 bouteilles, disponible dans le magasin pour commande dès à présent et jusqu’au mardi 17 novembre inclus (sauf rupture de stock) au prix de € 169. Ce colis peut être livré gratuitement (Bruxelles et les deux Brabants). Il n’est bien sûr pas interdit de venir l’enlever chez moi si vous en avez la possibilité.
Je m’adapte aux circonstances, voici la dégustation en take-away: vous passez chez moi le samedi 14 novembre, entre 10 et 18 heures, vous vous garez devant la maison et je dépose une boîte avec20 petits flacons numérotés dans le coffre de votre voiture. Sitôt arrivés, sitôt repartis !
Dans chaque petit flacon: 3 centilitres d’un très bon vin italien. Remplissage artisanal par mes soins ! Vous goûtez chez vous, vous me passez commande de ce qui vous a plu, au plus tard le mardi 17 novembre.
Je livre gratuitement votre commande (minimum 12 bouteilles panachées) à l’adresse de votre choix (Bruxelles et les deux Brabants). Vous pouvez bien entendu ajouter d’autres vins à cette commande: voir magasin.
Indispensable réservation de votre boîte avec 20 petits flacons, par e-mail: anthocyane@skynet.be Les réservations sont prises en compte dans l’ordre dans lequel elles me parviennent. Ne tardez pas, le nombre de boîtes est limité.
Mise à jour: toutes les boîtes ont été attribuées.
Vous pouvez ainsi déguster à votre rythme, au moment de la journée qui vous convient le mieux, avec le verre dont vous avez l’habitude, « à l’aveugle » ou en sachant ce que vous goûtez. Mes commentaires sont joints à la boîte et se trouvent également sur le site Internet d’Anthocyane. Goûter le jour même est fortement recommandé: le vin contenu dans le petit flacon a une durée de vie limitée.
Les vins participants font partie de la liste affichée ici. Le fantastique Barolo Castiglione de Vietti fait de toute façon partie de la sélection pour les 20 petits flacons.
En résumé: dégustation « take-away », samedi 14 novembre, entre 10 et 18 heures.Sur indispensable réservation préalable.20 petits flacons dans une boîte.Chaque flacon contient 3 centilitres d’un très bon vin italien.Les commandes doivent me parvenir au plus tard le mardi 17 novembre.
Un anniversaire un peu particulier, fêté quelques heures après les nouvelles mesures annoncées par Rudi Vervoort. Cela faisait déjà un bon moment que nous avions compris que notre weekend du côté de Paliseul (où Maxime a installé sa Table) était une illusion, noyée dans le gel hydroalcoolique. Nous étions donc fins prêts pour un scénario alternatif et casanier.
D’un tire-bouchon assuré, le Gevrey-Chambertin En Dérée vieille vigne 2002 de Denis Mortet fut libéré de son flacon, tel le génie qui jaillit de la lampe… Pouf-pouf. Je m’égare.
Je me souviens, avec une pointe de nostalgie, de mes achats chez Bénévins, caviste schaerbeekois de la rue de Jérusalem. C’était au début du présent siècle, le millésime dudit Gevrey se chargeant aimablement de confirmer mes dires. Denis Mortet était alors une star, le vigneron en qui s’incarnait une nouvelle Bourgogne, faite de vins plus colorés, plus extraits et plus marqués par le fût neuf. Une réaction face à une certaine tradition bourguignonne qui pouvait parfois confondre légèreté et maigreur, voire attribuer au sacro-saint terroir toute sortes d’imprécisions, à la vigne comme à la cave.
Du vin a coulé sous les ponts depuis lors. Paix à l’âme, réputée torturée, de Denis Mortet.
En Dérée est un climat d’un peu moins de trois hectares, situé à l’extrême nord de la commune de Gevrey, là où celle-ci est contigüe à la commune de Brochon. Quelques parcelles de Brochon ont d’ailleurs droit à l’appellation Gevrey-Chambertin, le reste passant, je crois, en Côte-de-Nuits-Villages.
Et donc ? C’est vraiment très bon: grand fruité, grande fraîcheur (la première gorgée est franchement acide), profondeur des saveurs. C’est jeune, comme si l’évolution avait à peine commencé. Le boisé est fondu, l’alcool (13%) ne déséquilibre pas le vin. Beaucoup de plaisir. L’accord fonctionne vraiment bien sur la biche. On finit la bouteille sans le moindre effort…
Mais il y a un « mais ». A l’aveugle, je suis persuadé que j’aurais confondu ce Bourgogne avec une Côte-Rôtie ou, en tous cas, avec une syrah du Rhône Nord. C’est exactement la même erreur que celle que j’ai commise en 2005 en goûtant un Marsannay Longeroies 1998 de ce même Denis Mortet. Est-ce grave, docteur ? Disons que cela permet d’alimenter la conversation et la réflexion. J’ai passé un excellent moment avec ce vin dont l’origine géographique et ampélographique m’échappe.
Ô le joli titre ! A condition de se souvenir que l’appellation Naoussa se situe en Grèce septentrionale, plus précisément en …Macédoine.
Naoussa, c’est le terrain de prédilection du cépage xinomavro (littéralement acide-noir). Par goût assumé de la contradiction, je vous présente donc un 100% xinomavro qui ne distingue ni par sa couleur très sombre, ni par une acidité féroce. Le xinomavro est régulièrement comparé au nebbiolo (Barolo et Barbaresco en Piémont), même s’il n’y a aucune proximité génétique entre les deux cépages.
Couleur lumineuse, mais plutôt claire. Le nez est épicé, sur la cerise, avec beaucoup de précision. Quelques notes terreuses. La bouche est vraiment fruitée (…ça justifie mon titre…) et assez tannique. Facile à boire, comme il convient pour un vin issu de jeunes vignes. Très bon rapport QP ! Déguster légèrement rafraîchi. J’insiste « légèrement », sans quoi les petites tannins pourraient jouer les trouble-fête.
Le vin est élaboré avec des raisins en provenance de deux vignobles en altitude (200 à 500 mètres): Fytia et Trilofos. Géologie complexe: schiste, granite et calcaire. Climat continental chaud, rafraîchi par le vent en provenance du Mont Vermion (2.065 mètres). Vendanges manuelles, éraflage à 75%, macération et fermentation en acier inoxydable, élevage de 8 mois en cuve béton.
Thymiopoulos est un Domaine **** pour Hugh Johnson, avec une gamme entièrement dédiée au xinomavro: rosé (Rosé de Xinomavro, en français sur l’étiquette), vieilles vignes (γη και ουρανός Terre et Ciel), Aftorizo (vignes non-greffées), cuvées parcellaires (Vrana Petra, Kayafas), cuvée sans soufre ajouté, etc…
Le Domaine s’étend sur 38 hectares, mais il travaille en collaboration avec d’autres viticulteurs sur 60 hectares supplémentaires. C’est du bio, même si les étiquettes ne le mentionnent pas.
Apostolos Thymiopoulos, en version peu barbu
Decanter a consacré un long article au Domaine en juin 2020. Apostolos Thymiopoulos y est décrit comme l’un des vignerons qui tire les vins grecs vers un futur innovatif et une reconnaissance mondiale (ça sent la traduction automatique …et pourtant non). C’est un membre éminent de la nouvelle génération: Yiannis Economou (Crète), Kostis Dalamaras (Naoussa), Panagiotis Papagiannopoulos (Patras), Evriviadis Sclavos (Céphalonie), …voilà des noms intéressants pour l’amateur. A noter qu’Apostolos a appris le métier avec Haridimos Hatzidakis, le grand maître des vins de Santorin, décédé beaucoup trop tôt en 2017.
Tant qu’à faire grec, si vous passez par un Cora, essayez de trouver l’une ou l’autre bouteille du Domaine Lyrarakis (Crète): l’assyrtiko m’a enthousiasmé, en particulier par son prix inférieur à € 10.
En passant, deux vins qui m’ont charmé, étonné, ébouriffé.
D’abord une Etoile jurassienne du Domaine de Montbourgeau, Savagnin, en millésime 2008. Bouteille achetée au Domaine en avril 2013 (€ 15). Enorme intensité, complexité de haut vol, équilibre parfait.
Il y a bien sûr un prérequis: apprécier le style oxydatif. Moi qui craignais que le vin puisse se révéler un peu brutal…Mazette, c’est tout le contraire: c’est un savagnin délicat et joliment apaisé. Décidément, un domaine remarquable avec lequel je ne partage que de très bons souvenirs: voir par exemple cet article.
Ensuite un Vin de France Le Grand Tertre (Domaine de la Ramaye), en millésime 2011. Origine: Gaillac (Sud-Ouest). Cépages: prunelard et braucol. Bouteille offerte par le Domaine en février 2013. Je me souviens très bien de ma visite au Domaine (j’y avais consacré cet article).
Le floral d’une belle syrah (ou, pour la couleur locale, d’une belle négrette), tannins joliment fondus sans le moindre soupçon de sécheresse, alcool certes présent mais se contentant d’apporter de la douceur à l’équilibre du vin. Intensité des saveurs fruitées.
Merci à Madame Nicole Deriaux et à Monsieur Michel Issaly ! Deux vins qui ne bénéficient pas de la notoriété d’une appellation prestigieuse et qui offrent pourtant des plaisirs d’un grand raffinement !
J’ai découvert les vins du Rocher des Violettes il y a bien longtemps, grâce à un caviste hennuyer fort bien achalandé. J’y ai par exemple acheté quelques flacons du Montlouis La Négrette en millésime 2006, en un temps où le Domaine n’avait pas encore acquis la réputation qu’il a incontestablement aujourd’hui.
Depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Loire et du Cher. D’ailleurs si Montlouis s’appelle officiellement Montlouis-sur-Loire, le vignoble lui regarde plutôt l’affluent, le Cher: question de bénéficier d’une exposition sud que la Loire réserve à Vouvray.
Première bouteille du millésime 2019 à tomber entre mes mains, une cuvée de jeunes vignes de chenin, plantées sur Montlouis, mais néanmoins déclassées en Vin de France pour cause de jeunesse rédhibitoire. Cette cuvée Chenin se signale par un nez précis, une belle fraîcheur et une très correcte longueur: idéale pour comprendre et apprécier le cépage, sans que celui-ci ne soit marqué par le moindre élevage sophistiqué. C’est vif -le contraire serait étonnant- mais d’une vivacité aimable, abordable dès à présent.
Bien entendu, pour plus de complexité et de potentiel de garde, il faudra patienter jusqu’à l’arrivée de Touche-Mitaine et de La Négrette…
Le Rocher des Violettes, Vin de France, Chenin 2019: disponible dans le magasin.
Je ne peux pas prétendre être surpris. Le Domaine Luneau-Papin a entamé il y a plus de 10 ans une réflexion sur ses pratiques de viticulture. Passage en bio d’abord, en biodynamie avec le millésime 2019. Cela peut sembler relativement banal, mais le Muscadet n’est pas forcément la région la plus commode pour renoncer aux facilités de l’agriculture conventionnelle.
Voici une anecdote que je vous ai sans doute déjà narrée: en 2013, j’ai eu le plaisir de me rendre au Domaine et de rencontrer Pierre-Marie et Marie. L’accueil fut absolument délicieux. Pierre-Marie m’a emmené en voiture vers la Butte de la Roche, le lieu privilégié dont sont issus Terre de Pierre et Gula Ana. Pendant le trajet, la conversation s’aventure sur le terrain de Demeter. Pierre-Marie Luneau: « La biodynamie, scientifique ou magique ? Je n’en sais rien, mais ce dont je suis absolument sûr, c’est que les vignerons-biodynamistes sont amoureux de leurs vignes et qu’ils y travaillent beaucoup. Cet amour et ce travail conduisent forcément à faire de meilleurs vins« .
On commence par Les Pierres Blanches 2019, une cuvée qui fait partie du patrimoine amené par la branche « Papin ». Vieilles vignes plantées en 1954, gneiss et exposition sud-ouest. Petite récolte. En dégustation, commencez par lui donner un peu d’air et un peu de temps. Profitez ensuite d’un grand vin, salin et concentré, intense et long. Prenez le temps de découvrir progressivement des notes fumées et caillouteuses. Beaucoup de vivacité, de présence …et ce n’est pas l’alcool qui s’exprime (12,5%). Le fruit et la fleur s’effacent au profit de la terre et de la roche. Très beau vin. Un compagnon pour les meilleurs fruits de mer. Longue garde assurée: je compte d’ailleurs bien en enterrer quelques flacons dans ma cave …et les oublier.
On poursuivra bientôt avec la Folle Blanche 2019…
Domaine Luneau-Papin, Muscadet Sèvre-&-Maine, Les Pierres Blanches 2019: disponible dans le magasin
Domaine Luneau-Papin, Gros Plant du pays nantais, Folle Blanche 2019: disponible dans le magasin
Comment résister à ce que proposent les meilleurs vignerons de Galice, de Catalogne, de Castille et d’ailleurs ? La diversité des styles est fascinante ! Il y a du franchement « sud » et du franchement « nord »: le nord-ouest de l’Espagne ressemble d’ailleurs bien plus à l’Irlande qu’à une costa méditerranéenne !
Il y a bien sûr du rouge, mais les vins blancs sont aujourd’hui du même niveau: en Catalogne, en Galice, en Andalousie, du côté de Valence les vins blancs de grande qualité pullulent. A vrai dire, je ne sais pas si un vin est susceptible de pulluler, mais vous voyez ce que je veux dire…
Vous recherchez un rouge qui puisse se comparer positivement avec bien des Châteauneuf-du-Pape ? Tentez Bellmunt, un Priorat abordable et diantrement réussi. Un blanc de la nouvelle génération, élevage en amphores et macération ? Essayez Cullerot: ce n’est pas un vin orange, mais on s’en rapproche. Des blancs dont la fraîcheur septentrionale vous esbaudirait ? Sans hésitation, Leirana (cépage albariño) et Louro (cépage godello), belle comparaison sur le millésime 2019.
Un rosé ? Oh oui, même si c’est plutôt un clarete, entre rosé et rouge: Paramos de Nicosia.
Vous aimez le sauvignon et découvrir de nouveaux cépages ? Je suggère le verdejo de José Pariente. Un Rioja moderne ? Jetez-vous sur Sela !
Des prix bien serrés, sans concession sur la qualité ? Salbide et l’andalou Dos Claveles sont proposés à € 10. Ou encore Vermell, un « rouge de rouge », puisque élaboré avec l’alicante bouschet, l’un des seuls raisins à jus rouge.
Un cépage rouge local qui ferait l’unanimité (du moins quand il est confié à des vignerons de talent) ? La mencia de Maquina & Tabla Laderas de Leonila, celle de Raul Perez: Ultreia Saint-Jacques et celle de la Vizcaina (autre projet du serial vigneron Raul Perez): El Rapolao.
Un grenache comme on en fait peu en France ? Vieilles vignes, haute altitude, bas rendements, maturité et finesse de El Terroir, chez Lupier en Navarre. Vin multi-récompensé par la presse spécialisée.
Des vins bio de la région de Valence, zone naguère peu portée sur la qualité: les choses changent grâce au Celler del Roure mais aussi grâce au Domaine Mustiguillo qui propose Mestizaje rouge et Mestizaje blanc.
Un blanc catalan, issu de vignes quinqua- et sexagénaires, d’excellent rapport Q/P ? Jetez un œil sur 3 Macabeus, du Domaine Albet i Noya, un des pionniers du bio en Europe.
Une originalité castillane, pas loin de chez Don Quichotte, élaboré par un quatuor d’œnologues volants, dans l’esprit du vin nature ? Albahra ne porte pas la moindre appellation, pas vraiment un millésime, mais cela ne le rend pas moins bon !
Enfin, un liquide élaboré dans le même esprit que le vin de qualité, mais où le raisin fait place à …l’olive. Le Domaine Roda produit dans les Îles Baléares une huile d’olive d’exception, 100% « cépage » arbequina, issue de la récolte 2019. Acidité très faible. C’est Aubocassa.
Je vous rassure, le titre de cet article n’est pas une incantation de magie noire. C’est juste pour faire de l’impact. Clarification suit.
La petite ville de Haro est un endroit assez étonnant, entre Castille et Pays Basque, nichée sur les rives de l’Ebre et traversée par une voie de chemin de fer. Le quartier où je vous emmène s’appelle d’ailleurs Barrio de la Estacion.
Trois Domaines de grand prestige sont installés l’un à côté de l’autre, comme s’ils souhaitaient faciliter les comparaisons entre eux: Lopez de Heredia, La Rioja Alta et Roda portent, chacun à sa façon, un large pan de l’histoire et de l’avenir des vins de la Rioja.
Plus fort, en marchant cinq bonnes minutes, on peut encore rejoindre CVNE, Muga, Gomez Crusado et Bilbainas, autres Domaines à forte notoriété. Imaginez le cruel dilemme que doit résoudre l’amateur qui sait qu’il ne pourra pas tout goûter…
Haro, Capital del Rioja …on ne peut mieux résumer !
Une telle concentration de Domaines est rare, pour ne pas dire unique. Il fût un temps phylloxérique (à partir de 1877) pendant lequel le chemin de fer a joué un rôle essentiel dans le transport des vins de la Rioja vers Bordeaux. Les vignes bordelaises ravagées par la bestiole, la solution a été d’importer des vins d’un type relativement comparable, d’une belle qualité et capables de voyager facilement: voilà comment la gare et le chemin de fer vers la France ont indéniablement contribué à la prospérité de Haro.
Une preuve ? Haro a été la première municipalité espagnole à se doter de l’éclairage public électrique, à la fin du XIXème siècle. Un luxe à cette époque. Transformer le vin en lumière, je trouve ça assez poétique !
Roda est, contrairement à ses confrères cités plus haut, un Domaine plutôt jeune, puisqu’il a été créé de toutes pièces en 1987. Il s’est rendu rapidement célèbre en secouant une certaine indolence, voire un sommeil certain: du sang neuf dans la région !
Roda a été un modernisateur de la Rioja, à l’instar des modernistes en Barolo (Elio Altare, Renato Ratti, …). Cette vision est complémentaire à celle des meilleurs traditionalistes, comme Lopez de Heredia et La Rioja Alta.
La cuvée Sela est récente: le premier millésime a été élaboré en 2008. Sela, c’est en quelque sorte le P’tit Roda, celui qui peut se boire dès sa sortie sur le marché et sans avoir dû plonger profondément dans son portefeuille.
Vignes plutôt jeunes (tout est relatif: de 15 à 30 ans), utilisation proportionnelle de la barrique. Moins d’élevage que ses grands frères Roda Reserva et Roda I Reserva. Cela dit, le millésime 2017 n’est sorti que récemment, le vin repose longuement en bouteilles dans les caves de Roda, après passage de 12 mois en barriques de différents âges.
Cela se commande dans le magasin ou par e-mail, avec la mention « colis Espagne ». Prix: € 73,40. Commande: au plus tard, le mardi 25 août. Mise à disposition: fin août 2020.
Bierzo à gauche, Bierzo à droite… tout est dans la nuance !
Voici un cépage fortement local et une appellation de plus en plus médiatisée. Nous sommes aux confins de la Castille Y Leon et de la Galice, côté castillan. Le nord-ouest de l’Espagne, loin des flux touristiques et des plages méditerranéennes. En zone verte du point de vue du SPF Affaires Etrangères, du moins à l’heure à laquelle j’ai vérifié…
Je me plonge à l’instant dans un ouvrage certes recommandable, mais publié lors d’un siècle révolu. Donc, en 1998, Hugh Johnson écrit: El Bierzo, région du nord de Leon, délimitée en 1990. Voilà, c’est tout. Quant au cépage mencia, entre malbec et merlot, il n’y a rien, nada. Un peu plus récemment (guide publié en 2005), José Peñin indique que Bierzo compte 45 Domaines, pour une production de 50.000 hectolitres de vin, destinée à 94% à une consommation locale, hispano-espagnole. Bref, pas de quoi fouetter un gato.
Le temps s’écoule. J’en reviens à des lectures contemporaines. En 2020, le même José Peñin compte 77 Domaines en Bierzo, plus de 80.000 hectolitres produits et surtout 37% de vins exportés. Les exportations ont donc été multipliées par 10 en quinze ans. Hugh Johnson écrit à présent: Bierzo, mencia grapes on slate soil make crunchy Pinot-like red. Best sites are high altitude, made without much oak. Styles/quality are uneven. Best advice: follow the producer. Look for DESCENDIENTES DE J. PALACIOS, RAUL PEREZ, plus Dominio de Tares, Losada (…).
Il s’est manifestement passé quelque chose. Retenez en particulier le nom de Raul Perez, j’y reviens un peu plus bas.
Quelques mots d’abord au sujet de la mencia (avec l’accent tonique sur le i), cépage de Castille, sans doute originaire de la région de Salamanque et que l’on retrouve également au Portugal, sous le nom de Jaen. A vrai dire, ce raisin méconnu et mystérieux a été associé au cabernet franc, au pinot noir, parfois même au grenache. Quod non. Les études ampélographiques les plus récentes excluent toutes ces possibles parentés, vu que les ADN respectifs n’ont rien à voir les uns avec les autres.
Outre Bierzo, la mencia pointe le bout de son sarment en Galice toute proche (appellations Ribeira Sacra, Valdeorras, Monterrei) et en Dão, du côté lusitanien. Ce n’est pas un raisin facile: le vigneron a tout intérêt à être attentif pour vendanger au moment exact qui permettra d’équilibrer alcool et acidité, les vieilles vignes se chargeant quant à elles de limiter naturellement les rendements.
Qu’est ce qui est supérieur à une mencia de Bierzo ? Deux mencia de Bierzo. La comparaison est rendue aussi pertinente que possible: même millésime (2018) et même degré alcoolique (13,5%). Les similarités l’emportent sur les différences: tout est dans la nuance.
Pour commencer, voici la mencia du Domaine Maquina & Tabla. Autant le dire toute de suite: c’est un vinnature. Pour rappel, cette caractéristique n’est ni une raison pour le verser à l’égout en hurlant d’horreur, ni une raison pour lui ériger une statue, en entonnant un cantique. C’est juste une absence de sulfite ajouté.
Les lecteurs attentifs se souviendront que j’ai déjà fait goûter d’autres cuvées du même Domaine en février. Le fait est que les vins sont en général du type rock’n’roll en do majeur, ce qui constitue par la même occasion une mise en garde et une invitation à les goûter avant tout achat massif.
Oriol Illa et SusanaPastor sont toujours oenologues et toujours catalans. Ils se sont exilés à l’autre bout de l’Espagne dès 2012 pour y rechercher des vignobles particulièrement anciens, qu’ils louent à des dames âgées, parmi lesquelles une certaine Leonila. La cuvée s’appelle Laderas de Leonila, en français « Les coteaux de Leonila ». On pratique la biodynamie, mais les étiquettes -au demeurant très personnelles- n’en pipent mot.
Laderas: la dégustation
Couleur dense et jeune, reflets violacés. Nez sur la cerise et le cacao. Nuance d’encens. Bouche peu tannique, nordiste et atlantique, évoquant le cabernet franc. Vin sérieux et frais. Moins rock’n’roll que les autres cuvées du Domaine. Plus on goûte, plus l’élégance prend le dessus sur une légère rusticité initiale. Beaucoup d’énergie. La vinification « nature » me paraît indétectable.
Maquina & Tabla, Bierzo, Laderas de Leonila 2018 – magasin
Revenons-en à Raul Perez. Né en 1972, tout petit déjà, il batifole dans les vignobles familiaux, en en temps où les vins n’étaient même pas mis en bouteilles. Doté d’un cerveau de belle facture, il envisage de faire des études de médecine, mais, sous une légère pression familiale, il entame plutôt des études d’œnologie et les réussit. Revenu au Domaine, il met en oeuvre progressivement une série de changements puis bénéficie des conseils d’Alvaro Palacios, l’homme qui a fait sortir Bierzo de l’anonymat.
Raul Perez en version sauvage
Mais Raul ne copie pas le « style Palacios », il développe le sien, à base d’une dose magistrale d’intuition. Il travaille en biodynamie (sans mention sur les étiquettes). Ses vins sont remarqués, en Espagne, puis partout sur la planète. Il est invité à conseiller une belle série de Domaines, en Espagne et ailleurs. Ses cuvées haut-de-gamme accumulent les récompenses. En mars 2019, le magazine anglais Decanter pose la question qui tue: Is Raul Perez the world’s best winemaker ? Sacré parcours…
Bien sûr, les cuvées haut-de-gamme se négocient à des tarifs proportionnels à la rareté des flacons et à la notoriété de leur géniteur, néanmoins sans excès risible: comptez € 50 à € 60, tarif chez l’importateur en Belgique. Mais il y a une excellente nouvelle portant le joli nom de Ultreia Saint-Jacques. 100% mencia, 100% millésime 2018, 100% Raul Perez, proposée à un tarif particulièrement attractif.
Ultreia est une interjection moyenâgeuse qui exprime la joie, en particulier pendant le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
Ultreia: la dégustation
Couleur dense et jeune, reflets violacés. Nez sur la cerise et le cacao. Ce qui précède n’est pas une coquille, mais l’expression d’un air de famille très marqué entre les deux cuvées. Néanmoins, autant j’évoque la fraîcheur et le caractère septentrional/atlantique de Laderas, autant je souligne chez Ultreia un tempérament légèrement plus sudiste, plus rond, plus fondu. Belle densité, texture policée. Quelque chose qui pourrait rappeler le pinot noir. Classicisme et équilibre. Le recours au bois est peu impactant (8 mois en grands foudres).
Voici le premier chapitre de l’offre consacrée à l’Espagne. En ce radieux 28 juillet, le jour d’après CNS, nul ne peut prévoir où nous en serons le samedi 22 août, journée consacrée à l’espagnole gustation. Jusqu’à preuve du contraire, je maintiens cette opportunité de partager un bon moment autour du bar.
Catalogne, donc. Penedès (près de Barcelone) en blanc, Priorat (près de Tarragone) en rouge. Deux appellations emblématiques de la région, méditerranéennes par obligation géographique.
Le Domaine Albet i Noya se situe à Sant Pau d’Ordal, en plein cœur de la région où s’élabore le Cava. Notons au passage qu’Albet i Noya propose plusieurs bulles, mais aucune d’entre elles n’est commercialisée sous l’appellation Cava. Cava est aujourd’hui un mot magique (en particulier en Flandre) et un mot maudit (les meilleurs Domaines quittent l’appellation, les uns après les autres). Si vous vous intéressez aux meilleures bulles catalanes, jetez un œil sur: Classic Penedès et Corpinnat.
Albet i Noya se décrit lui-même comme pioners en vinyes i vins ecològics (le catalan, c’est facile, non ?). Ils ont vraiment le droit de revendiquer ce rôle de pionnier en vignobles et vins écologiques, dans la mesure où ils s’y sont mis dès …1978. On dira qu’ils ont engrangé une expérience certaine dans cette matière.
Je vous propose la cuvée 3 Macabeus en millésime 2018. Un blanc issu à 100% du cépage macabeu (la logique est décidément implacable). Trois parcelles de vieilles vignes, plantées entre 1960 et 1973, dont les raisins sont vinifiés séparément, avant assemblage des vins au moment de la mise en bouteilles.
Le nez est citronné, joyeux, ouvert. Il pourrait évoquer l’Alsace, un pinot blanc allemand ou un grüner veltliner autrichien. En bouche, c’est savoureux, avec du citron, de la mandarine et de la pomme verte. Un peu de caillou. Une nuance florale (rose) en finale. Belle vivacité. Ni amertume, ni alcool dominant l’équilibre. C’est un vin sec, polymorphe, direct, consensuel, d’un profil appelant des accords très variés. Bel apéro.
Priorat. Il y a 50 ans, l’appellation avait pratiquement disparu. Jusque à la décennie ’80, on y produisait du vin, très alcoolisé, souvent oxydatif, à usage essentiellement local. Peu de vins étaient mis en bouteilles.
Il a fallu la détermination, le flair et la patience d’un petit groupe de passionnés pour ressusciter ce vignoble de grande notoriété. Qui voudrait en effet s’installer dans ces paysages d’une douloureuse intensité, rudes, montagneux, soumis à des vents violents et éloignés de tout ?
Dès 1995, la communauté des amateurs de vin murmure à l’oreille de qui veut bien écouter qu’il se passe quelque chose dans ce coin perdu du sud de la Catalogne: on découvre alors Clos Mogador, Cims de Porreira/Mas Martinet, Alvaro Palacios, Clos de l’Obac. Des vins surpuissants, noirs, dominateurs, impossibles à ignorer tant ils bousculent les certitudes et les acquis. Les prix s’envolent bien vite. Au printemps 2001, j’organise une dégustation d’une dizaine de Priorat: pour les meilleurs vins, les notes dépassent les 17/20. Les vins sont fascinants …et ils plaisent !
Le Mas d’en Gil fait partie de la deuxième génération des Domaines installés en Priorat. Pere Rovira achète le Domaine en 1998 et change tout ce qui peut l’être. Il se retrouve en particulier à la tête d’une dizaine d’hectares de vieux carignans et de vieux grenaches (plantés vers 1958), un vrai trésor. En 2000, les premiers vins font leur apparition sur le marché: Coma Vella et Clos Fontà. Ces deux cuvées haut-de-gamme existent toujours.
Bellmunt del Priorat, 296 habitants
Aujourd’hui, les Priorat ont trouvé leur place au panthéon des meilleurs vins espagnols. Mais ils ont évolué aussi, donnant progressivement plus d’importance à la buvabilité et à la finesse. En 2000, c’était passage en force; en 2020, il y a comme une dose de subtilité, de diplomatie, de bonnes manières pour pimenter la puissance.
La cuvée Bellmunt est un vin issu essentiellement de jeunes vignes de grenache et de carignan (plantation en 1994 et 1998). Je vous le propose en millésime 2016, à savoir le millésime actuellement commercialisé par le Domaine. 2016 a engendré des vins plus frais que solaires, avec un alcool maîtrisé (14%). Le terroir est schisteux, les ardoises locales portant le nom de llicorella (avec deux « l » pour lettres initiales).
diverses llicorella
En dégustation, ce vin m’a semblé noble, serré et sérieux. Une élégance classique, une volonté de fuir les extravagances et les excès. Le vin est structuré par de fins tannins. Cerise et épices. Le boisé joue son rôle, avec mesure et réserve. Je me suis demandé si je pouvais être en Provence. En Provence, pas dans le Rhône.
L’équilibre est magistral, les saveurs douces et fraîches se répondent l’une l’autre et se fondent en un vin déjà harmonieux. On est loin des Priorat hénaurmes qui ont marqué la fin des années ’90 et le début du nouveau siècle. Ne pas servir trop frais, sous peine d’une pointe d’austérité.
Je prépare donc une dégustation de vins espagnols pour le samedi 22 août. Bien sûr, les circonstances m’obligent à faire preuve de prudence. Nous verrons bien en temps opportun ce qui est possible et raisonnable.