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blanc domaine

Calcaire

Après schiste (Luis Seabra), granit (Soalheiro) et lave (Ilha di Pico), nous continuons notre exploration géologique du Portugal via la région de la Bairrada, qui se caractérise par un sous-sol à dominante calcaire.

La Bairrada est sortie d’un relatif anonymat par la grâce de Luis Pato, vigneron visionnaire, qui en a fait tant et plus pour faire connaître et reconnaître le cépage local (noir) baga. Ce cépage pourrait être rapproché du nebbiolo piémontais et du xinomavro grec: tannique et acide, avec un sens de l’humour limité. Une sorte d’antithèse du merlot. Si vous adulez le St-Emilion à 15% enrobé par la sucrosité de la barrique, je vous recommande une extrême prudence face à un verre de baga: un incident dramatique ne peut être exclu.

Trêve de plaisanterie, Luis Pato a eu une autre bonne idée, celle d’engendrer une fille à qui il a transmis sa passion. Filipa Pato incarne à son tour la Bairrada en rendant également leur noblesse aux cépages blancs de la région, en particulier bical et arinto.

William & Filipa

Poursuivons dans les aventures familiales pour indiquer que Filipa Pato a épousé William Wouters, lui-même connu des plus anciens d’entre nous en tant qu’ex-patron du restaurant à vins anversois, le Pazzo. Le restaurant existe toujours et mérite assurément une visite, du moins lorsque les circonstances le permettent.

Géographiquement, la Bairrada c’est le centre du Portugal, entre Porto et Lisbonne, pas loin de la ville universitaire de Coïmbra et surtout pas loin de l’Océan Atlantique. Entre l’océan et les collines où pousse la vigne, une plaine, ce qui maximise l’influence atlantique, en l’absence d’obstacles. C’est donc une zone modérément chaude, la latitude étant en quelque sorte compensée par la brise marine.

La gamme proposée par Filipa et William est large et audacieuse, qualité et notoriété se chargeant de pousser le tarif vers le haut, jusqu’à la stratosphère lorsqu’il s’agit de Missao, vin élaboré avec les très très petits rendements d’une vigne aussi ancienne que préphylloxérique. Heureusement, il y a moyen de se familiariser avec le style du Domaine à des conditions plus aimables. Je présente donc avec plaisir ce DNMC 2019, blanc sec issu à 80% du bical, complété par 20% d’arinto. Le nom de la cuvée peut sembler obscur, mais rajoutez les voyelles et vous formez Dinamica, ce qui est franchement plus digeste.

J’entends au loin l’une ou l’autre langue de vipère qui souligne qu’il ne s’agirait que d’un vin de négoce, les raisins étant achetés par Filipa à des vignerons habitués à fournir la coopérative. C’est exact. Mais voici ma botte secrète: Filipa est particulièrement reconnue pour sa capacité à flairer les meilleurs parcelles de la région: elle contacte les propriétaires et leur propose un contrat: elle paie les raisins plus chers que la coopérative, mais décide à 100% ce qui se fait à la vigne. Et toc.

En dégustation, ce vin est rusé. J’en connais beaucoup des jus qui racontent ce qu’ils ont à dire en quelques instants et deux gorgées. C’est d’ailleurs le principe de la dégustation. Mais il arrive que le vin se cache, se camoufle, joue avec le goûteur et le mène en bateau. Il ne se donne que petit à petit. Dans ce cas, il faut bien admettre qu’une rapide dégustation ne conduit nulle part, si ce n’est dans les marais brumeux de l’ignorance et de la confusion. Or, j’ai goûté Dinamica en trois fois et je compte bien, dès l’apéro de ce soir, lui donner une quatrième opportunité de me révéler d’éventuelles nouvelles facettes.

Je m’égare. Ma première perception m’emmène sur le terrain de la bière blanche et du pamplemousse, avec beaucoup de fraîcheur, des arômes fermentaires et une désaltérante pointe d’amertume. Quelque chose me dit que c’est fort peu sulfité (exact: 22 mg/litre). C’est énergique, plutôt direct, un peu fermé, avec un facteur « glouglou » plus élevé que la moyenne. C’est déjà une bonne note. MAIS, cela s’ouvre progressivement vers des arômes complexes (abricot/pêche, banane, zeste d’orange) et vers une vraie salinité, salivante, salutaire et si …saline.

Le lendemain midi, l’équilibre est plus classique, avec des arômes de poire et une très belle tenue à l’air (ce n’est donc pas un vin dont la « nature » obligerait l’amateur à le finir au plus vite, avant que l’oxygène ne le ravage).

Bref, coup de cœur. Et 12% d’alcool comme cerise sur le gâteau. C’est plus un vin pour le printemps et l’été que pour l’hiver. On peut le garder quelques années, mais ça ne me parait pas indispensable.

Filipa Pato & William Wouters, Bairrada Dinamica 2019 (bical, arinto) est disponible pour commande dans le magasin.

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