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Vinha Grande: classique et chic

Avez-vous entendu parler d’un vin mythique nommé Barca Velha ? Créé en 1952, il est souvent considéré comme l’égal du Vega Sicilia espagnol. Le sommet de ce que le Portugal propose en vin rouge sec.

Ce Barca Velha n’est commercialisé que dans les meilleurs millésimes: sauf erreur, le millésime le plus récent est 2011. Le 2008 et le 2004 ont également été élaborés. A mon grand regret, je n’ai jamais eu l’occasion de vérifier si le mythe est à la hauteur des attentes. Vu le prix demandé pour les rares bouteilles disponibles (plusieurs centaines d’euros), ce n’est pas vraiment surprenant.

Le Domaine qui se cache derrière Barca Velha, c’est la Casa Ferreirinha dans le Douro. Gamme large, dans toutes les catégories de prix, du petit vin sans prétention à la cuvée de luxe. Mettre la main sur le meilleur rapport qualité/prix est un exercice amusant. A ce petit jeu, c’est la cuvée Vinha Grande qui tire le grolleau *.

*: Jeu de mots de type ampélographique, qui tente de faire sourire le lecteur en mélangeant allègrement le gros lot et le cépage ligérien homophone. Bon, pouf-pouf, revenons-en à notre Vinha Grande.

Vinha Grande 2018 est un vin classique, dans le meilleur sens du terme. Il évoque tant St-Emilion que la Rioja. Robe dense, avec des reflets violacés. Il y a du café, des épices et du jambon fumé qui complètent le grand fruit (prune). Le style est plein, rond et savoureux. Tant l’alcool (14%) que le boisé (barriques usagées pendant 12 mois) sont gérés avec maestria. Belle finale, longue et harmonieuse. Vin en demi-puissance, qui trouve le bon équilibre entre concentration et buvabilité. Si dégusté jeune, je suggère un passage par la case « carafe ».

Cépages ? Un classique de la région assemblant tinta roriz, touriga franca, tinta barocca et touriga nacional. Je me souviens d’une époque où le Douro a tenté de se faire une place sur le marché des vins mono-cépages, mais ce n’était vraiment pas en ligne avec la tradition locale.

Je pense que ce vin, un peu cachotier, est capable de se faire passer pour un membre de la famille des liquides prestigieux qui se négocient à un prix bien plus élevé. Autrement dit, Vinha Grande vous en donne pour votre argent.

Pour l’anecdote, le Domaine fournit une information, habituelle voire obligatoire dans l’alimentaire mais plus que rare dans le monde du vin: un verre de 10 centilitres contient 85 kilocalories. Oubliez rapidement ce que vous venez de lire…

Casa Ferreirinha Vinha Grande 2018 est disponible dans le magasin.

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Schiste

« 9 mois d’hiver, 3 mois d’enfer » est un dicton qui résume la météo de la vallée du Douro, dans le nord du Portugal. C’est une terre extrême, bien connue pour être créatrice du Porto. Le style des rouges « non-Porto » de cette région est habituellement marqué par une certaine chaleur qui se mesure au travers de pourcentages alcooliques élevés, entre 14 et 15%, voire plus. Lorsque le vin est boisé et fortement extrait, le dégustateur peut se retrouver en face d’un véritable Porto sec, à l’équilibre fatigant. La première gorgée est énorme, impressionnante, mais la bouteille a bien du mal à se vider.

Lorsque l’objectif est d’élaborer un vin sec, le vinificateur est confronté à une équation simple: le degré alcoolique du vin est un équivalent du sucre contenu dans le raisin au moment de la vendange. Pour le dire autrement, chaque pourcent d’alcool est la résultante de +/- 17 grammes de sucre par litre de jus. Par exemple, un vin sec qui titre 13% est le fruit (sic) d’un jus de raisin contenant approximativement 221 grammes de sucre par litre.

La quantité de sucre présente dans un raisin lors de la vendange dépend de nombreux facteurs: l’ensoleillement, le cépage, la surface foliaire (plus il y a de feuilles, plus il y a de photosynthèse, plus il y a du sucre), etc…La date à laquelle une parcelle est vendangée dépend d’équilibres complexes: maturité du fruit, maturité des pépins et des peaux, niveau des acides, météo, etc… Cette date est fonction de décisions prises par le vigneron, sur base de mesures et d’une solide dose d’intuition. Au pire, on vendange parce qu’ici on a toujours vendangé vers le 20 septembre: c’est évidemment plus facile à organiser, mais le résultat peut se révéler insatisfaisant.

Luis Seabra est assurément un homme de décisions: il sait ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne veut pas. Pour éviter les alcools élevés, il va choisir les parcelles, les dates de vendanges et les techniques de vinification à sa façon. Pour résumer l’affaire crûment, ce Xisto Illimitado titre 12%. C’est vraiment -très- peu dans le Douro.

Ce Xisto Ilimitado ne ressemble donc pas beaucoup à ses cousins: le fruit se soumet à la minéralité. Un tel vin peut surprendre, voire décontenancer. On est sur le terrain de la haute-couture, qui ne s’embarrasse pas d’études de marché, lesquelles sont bien utiles pour le prêt-à-porter.

En dégustation, le vin présente un profil assez sévère. Le nez combine habilement des notes pierreuses et torréfiées (pourtant il ne s’agit pas de bois neuf: l’élevage est réalisé partiellement en fûts de chêne usagés et partiellement en inox), la bouche fait preuve de beaucoup de finesse, dans un univers qui me fait penser au cabernet franc de Loire ou à la mencia espagnole. L’acidité est plutôt élevée. Il y a de la terre, de la pierre et de la fumée. Tannins élégants. Le végétal joue un rôle non négligeable, en particulier à cause d’une vinification en vendange entière, c’est-à-dire conservant tout ou partie des rafles du raisin. Ces rafles macèrent dans le jus, en compagnie des peaux et des pépins et contribuent ainsi à la structure et à l’aromatique du vin.

La longueur du vin, sa persistance aromatique, est absolument remarquable et signe la qualité des terroirs de schiste (xisto = schiste) traduits dans cette bouteille. Ce vin parle certes à voix basse, mais qui l’écoute avec attention vit un moment de grande intensité.

Je n’ai pas encore évoqué les cépages, mais la liste est longue: touriga franca, tinta roriz (tempranillo en Espagne) et tinta amarela jouent les premiers rôles: ensemble, ils représentent 70% de l’assemblage. Celui-ci est complété par rufete, tinta barroca, malvasia preta et donzelinho tinto. Les vignes sont relativement jeunes et proviennent essentiellement des communes de Covas do Douro, juste en aval du village de Pinhão et de Ervedosa do Douro, en amont de Pinhão.

Le vin est très peu sulfité, mais ne présente absolument aucune déviation aromatique: c’est du travail de précision.

Le schiste est partout…

Si vous êtes à la recherche d’un vin à forte personnalité, qui ne laissera personne indifférent, Ce Xisto Ilimitado est un très bon candidat. Je pense que le vin suscitera beaucoup de sympathie …et quelques détracteurs. En tous cas, la conversation sera animée ! Je recommande vivement un passage par la carafe. Ne pas servir trop frais, sans quoi le vin pourrait se durcir.

Ah oui, Luis Seabra ne vient pas de sortir de l’anonymat: il a créé son Domaine en 2012, après avoir été le vinificateur de Dirk Niepoort pendant une dizaine d’années: un sacré diplôme !

Luis Seabra, Douro, Xisto Ilimitado 2018 est disponible dans le magasin.

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Quinta Nova: ce n’est pas toujours du Porto

La Quinta Nova de Nossa Senhora do Carmo se situe sur le fleuve Douro, très en amont de Porto et en direction de la frontière espagnole (à partir de laquelle le Douro se mue en Duero). Nous sommes donc en pleine région du Porto. Ce Porto (ruby ou tawny, vintage ou colheita) jouissait jusque vers 1990 d’un quasi monopole. Autrement dit, on ne produisait presque pas de vins non-mutés dans la région, tous les raisins servant à faire du Porto, pour le meilleur …et pour le pire.

Dirk Niepoort (encore lui …il est décidément dans tous les coups) a été l’un des premiers à percevoir que le marché du Porto était plutôt sur le déclin et qu’il était grand temps d’utiliser les magnifiques terroirs de schiste du Douro pour élaborer de grands vins rouges secs, non-mutés à l’alcool.

Le Douro, comme le Dão plus au sud, est un paradis pour les amateurs de cépages autochtones: touriga nacional, tinta roriz, tinto cão, touriga franca, tinta barroca, tinta francisca, tinta amarela, etc… Autochtones, quoique tinta roriz soit en fait un synonyme du tempranillo espagnol. Historiquement, les parcelles étaient plantées en foule, c’est-à-dire sans être alignées en rangs et en complantation, c’est-à-dire en mélangeant différents cépages sur la même parcelle.

La Quinta Nova fait partie du groupe Amorim, connu en particulier pour être le premier producteur mondial de liège. Le roi du bouchon a produit 5,5 milliards de pièces en 2019 !

Le Domaine produit bien entendu du vin, mais propose également une offre oenotouristique très complète: restaurant réputé (Conceitus), chambres « chic », promenades en bateau sur le fleuve, etc…

En dégustation, le vin présente une couleur plutôt sombre et jeune. Le nez confirme la jeunesse et l’absence de tout élevage en bois: du fruit et encore du fruit ! Cerise et prune. La bouche est équilibrée, succulente, juteuse et assez « punchy ». Quelques bons petits tannins, sans trace d’amertume.

Le point-clé pour un rouge sec du Douro: comment l’alcool est-il géré ? De nombreux vins issus de cette région particulièrement chaude sont en effet dévalorisés par une sensation brûlante et une excessive chaleur en bouche. Cette cuvée « unoaked » résout ce problème potentiel avec talent. Bien sûr, c’est un vin solaire qui ne peut cacher son origine: assez puissant, grâce à la matière mais aussi grâce aux 14% d’alcool. Cette solarité est néanmoins très bien cadrée, maîtrisée, intégrée dans le fruit, évitant ainsi toute lourdeur.

La bouteille est un bel objet. L’étiquette liste les quatre cépages présents dans cette bouteille. Mon seul regret concerne le nom donné à la cuvée: ce « unoaked » qui qualifie le vin, en anglais, par ce qu’il n’est pas, c’est un peu tristounet. Disons néanmoins que c’est clair, dans un pays où la plupart des vins rouges sont élevés sous bois.

Quinta Nova « unoaked » 2018 est arrivé dans le magasin.