La Revue du Vin de France met les vins de La Chevalerie à l’honneur !

Chevalerie 3La Revue du Vin de France de février 2013 publie un classement des meilleurs vins rouges de Loire. 537 échantillons ont été goûtés.

Grand-Mont est classé à la 8ème place. Chevalerie à la 12ème. Les deux meilleurs Bourgueil !

Climats et Lieux-dits des Grands Vignobles de Bourgogne…

…Voilà le titre alléchant d’un ouvrage publié en septembre 2012.

230 pages de cartes (magnifiques) et 140 pages de toponymie, consacrées aux 1.463 climats et lieux-dits de la Côte de Nuits et de la Côte de Beaune.

Mise en page, qualité d’impression, précision des cartes, photographies, richesse de l’information toponymique… waouh !

Pour chaque climat et lieu-dit, des indications précises de superficies, de rendements et de degrés alcooliques MIN & MAX.

Mais…mon enthousiasme n’est malheureusement que partiel. D’abord et avant tout, il me semble que le titre de l’ouvrage ne correspond pas à son contenu. Pourquoi titrer ‘Bourgogne‘ quand il s’agit exclusivement de la Côte d’Or ? Qu’en pense-t-on à Chablis, à Irancy, à Bouzeron, à Givry, à Fuissé…?

Une définition claire du ‘terrain de jeu’, en première ou en quatrième de couverture, s’impose ! De fait, je me sens un peu floué.

Ensuite, mais c’est ici ma subjectivité personnelle qui s’exprime, le ton est assez conservateur et ‘pro domo’.

Conservateur parce qu’il n’y a aucun recul par rapport à la pertinence de cette multiplicité de crus, lieux-dits, climats, appellations: le livre est une hagiographie de ce qui est, pas une réflexion sur ce qui pourrait être.

‘Pro domo’ parce que d’autres régions en prennent implicitement pour leur grade (est-ce malin ?), parce que la Côte d’Or est présentée comme indiscutablement LE vignoble le plus prestigieux du monde.

Pour l’anecdote, le poème de Pierre Poupon en page 7 se termine par « je suis un bourguignon de saine et rude souche, qui ne boit d’autres vins que ceux de son terroir ». Mouais…il a écrit beaucoup mieux que cela. Non ?

Au final, un très bel ouvrage, érudit et remarquablement réalisé, à la condition de se satisfaire d’une information géographique et toponymique (ni géologie, ni climatologie, ni méthodes culturales), exclusivement consacrée à la Côte de Nuits et à la Côte de Beaune. Autant savoir.

Prix officiel: € 69. Acheté sur Amazon.fr à € 61, livraison comprise.

Mémoire de Madone

Splendide !

« Issu de deux très vieilles vignes ( plus de 60 ans ), cette cuvée est égrappée en totalité, vinifiée grâce aux levures indigènes du raisin, avec une deuxième fermentation réalisée en fûts de chêne de plus de trois vins. La durée de l’élevage sera d’environ 10 mois, avant une mise en bouteilles réalisée sans collage ni filtration. Le vin de nos ancêtres, rustique à souhait. Rendement à l’hectare : environ 20 hectolitres. »

Dégusté hier soir: sombre, serré, tannique, austère, concentré, digeste. Et jeune ! Léger en alcool (12,5%). Aromatiquement réservé, avec des notes de cendre et quelques épices. Bon, ça ‘colle’ mieux avec un monastère cistercien qu’avec la plage de Copacabana: le bikini s’efface devant la bure…

Vin d’anthologie. Bravo, Monsieur Bonnefoy !

Il s’agit d’un ‘Côtes du Forez’. Cette appellation de taille modeste est située entre Lyon et Clermont-Ferrand, au sud de Roanne et en altitude (de 400 à 600 mètres). Le cépage est toujours le gamay.

Pour cette cuvée, le sous-sol est basaltique, d’où la mention  ‘gamay sur volcan’. Millésime 2005, agriculture biologique.

Très envie de faire un détour par là, dès que possible…

Aubert de Villaine

Ce qui suit est le texte d’une conférence prononcée récemment par Aubert de Villaine, co-propriétaire et co-gérant du prestigieux Domaine de la Romanée-Conti. La source est le blog BON VIVANT (Nicolas de Rouyn). Bonne lecture.

 

« Au Domaine de la Romanée-Conti, des archives permettent de suivre l’histoire depuis 1000 ans. Comme, d’ailleurs, dans les autres crus du domaine et une grande partie des autres climats de la Bourgogne viticole où on trouve cette unité dans la diversité, propre des climats de la côte. Je vais planter le décor avec trois tableaux qui cadrent la petite histoire du domaine.

Tableau 1, où l’Église rend au monde une pièce de terre 
Au milieu du XVe siècle, un monastère imposant sur les collines de Vergy. Dans l’air cristallin d’un matin d’octobre de 1651, une cloche sonne, quelques moines de Saint Vivant se rassemblent dans la salle capitulaire et, après les préambules d’usage, décident de vendre aux ducs de Bourgogne le Cros des Cloux (littéralement Creux des Clos), une vigne plantée depuis trois siècles. Moment historique, l’Église rend au monde la pièce de terre qui sera connue sous le nom de la Romanée-Conti. L’acte en rapporte tous les détails, y compris le carillon de la cloche, Le Prieuré de Saint-Vivant est un des plus importants de l’ordre clunisien, un des deux grands ordres monastiques du Moyen Âge. Pour que le visiteur puisse faire retour dans ces temps très anciens de la Bourgogne, nous essayons depuis quinze ans de sauvegarder via une association son abbaye, une belle ruine pleine de sérénité. Au moment de cette vente, Saint Vivant avait déjà une cuverie et c’est dans ces caves qu’est aujourd’hui la récolte 2011 (toujours en fûts) exactement comme l’était le Cros des Cloux élevé par les moines il y a cinq siècles. Dès après les grandes invasions qui ont suivi la chute de l’empire romain, moines et seigneurs locaux avaient déjà la notion de climat : pinot, un cépage unique. Et produisaient, comme le voulaient les ducs qui proclamaient produire les meilleurs vins de la chrétienté, les vins vermeil.

Tableau 2, où le prince l’emporte sur la favorite 
1760. Dans la salle à à manger palatiale du château de l’Isle-Adam, chez le prince de Conti qui vient d’être exilé par le roi son cousin, une assemblée de courtisans dîne joyeusement. Sur le tableau exposé à Versailles, on reconnaît Beaumarchais et Jean-Jacques Rousseau parmi les convives qui, debout, lèvent leur verre à un homme de haute taille. On célèbre l’achat par le prince de la Romanée. La légende dit que la Pompadour la voulait aussi, mais que la maîtresse du roi, ennemie acharnée du prince – elle le trouvait trop proche du roi – a dû se rabattre sur le champagne. Le prince, heureux, fête son achat. À ce moment où Conti ajoute son nom à la Romanée, tout ce que les AOC graveront dans le marbre deux cents ans plus tard est déjà établi : la référence au lieu, à la parcelle, au cépage, caractéristique première des vins de bourgogne. Ainsi dès le XIVe siècle, Philippe le Hardi, qui parlait des « très chétifs lieux » opposés aux « bonnes côtes », avait interdit le gamay là où on pouvait produire du pinot.

Tableau 3, terre ruinée bien vivante 
1945, époque sombre dans un pays ruiné. Animés de la volonté de reconstruire, deux hommes observent la Romanée-Conti. La terre ressemble à un champ de bataille, vieilles racines mêlées à la terre et aux pieds de vigne en décomposition. Depuis quatre à cinq cents ans, la Romanée n’avait été rajeunie que par provignage, de sorte qu’aucun cep ne mourrait jamais vraiment. La Romanée-Conti a été la dernière à essayer de conserver ses très anciens ceps. Alors quand on replante après la guerre en 1947, c’est avec des plantes dont les greffons ont été pris sur l’ancienne vigne de la Romanée-Conti, au type extrêmement fin. Le premier millésime est mis en bouteille en 1952 et cette jeune vigne produit en 1954 des vins toujours bien vivants qu’on déguste aujourd’hui avec autant de plaisir que les derniers millésimes extraordinaires. C’était très intrigant pour nous. Comment une vigne aussi jeune a-t-elle pu produire des vins pareils ? André Noblet, le directeur du domaine, avait là-dessus une idée non scientifique, mais intéressante. Il s’est souvenu du tableau, de cette image de terre ravagée et l’a vue comme une sorte de mush où les racines de la jeune vigne ont puisé leur nourriture, certes, mais aussi les caractères de l’ancienne vigne qui s’y était décomposée. Et se trouve ainsi continuée.

Un hectare huit inviolable 
Depuis l’époque où elle était propriété des moines de Saint Vivant, la vigne a changé de nom : Cros des Cloux, Romanée, Romanée-Conti, et de mains : Conti, Kronenbourg, les bourguignons flamands propriétaires pendant plusieurs siècles, Ouvrard, le banquier controversé de Napoléon. Mais ce terrain de 1ha 8 a toujours été respecté dans son intégrité comme un lieu sacré, jamais partagé, indivisible. Coteau magique, elle concentre les caractères propres aux grands crus et tous ses propriétaires en ont fait la réputation. Tous ont compris, respecté, défendu et essayé de mettre en lumière ce caractère de cru unique et exceptionnel de la Romanée Conti. Même les visiteurs croient au pouvoir mythique de la Romanée-Conti. 
Ainsi nous avons reçu un jour une enveloppe contenant de la terre et quelques cailloux calcaires, accompagnés d’une lettre où le monsieur, un Américain, racontait que lors d’un passage au domaine il avait prélevé un peu de terre et cailloux en passant à la vigne. Et les ennuis avaient aussitôt commencé. D’abord une panne de voiture, puis son avion avait failli s’écraser, son épouse avait eu je ne sais quel ennui et son fils aussi. Il renvoyait l’objet de son sacrilège, persuadé du pouvoir mythique de la Romanée-Conti : « s’il vous plaît, remettez tout ça où c’était ». 

Contraintes bénies 
Pour le vigneron, la recherche de l’expression du cru pousse à une philosophie contraignante : il faut faire des grands vins en se soumettant à une météo capricieuse s’il en est, sur une parcelle dont les limites sont inscrites, en se faisant le traducteur d’un cépage fin unique. 
2 000 ans d’entêtement sur ces parcelles et ces contraintes se sont transformés en atouts incontournables. C’est la loi des grands cépages qui veulent le lieu le plus septentrional pour produire les meilleurs vins. C’est la volonté de faire parler le climat, celle d’entretenir les équilibres entre le sol et le matériau végétal, secret de grande qualité. C’est la connivence, la complicité entre le vigneron et le paysage dont il a la responsabilité. C’est surtout le respect et l’humilité, qualités premières du vigneron. Toute la philosophie est dans ce décor.

Quelques remarques avant d’aller plus loin. 
C’est vrai que la Bourgogne fait l’objet d’une demande forte et que les prix sont assez élevés, que la prospérité est fondée sur le prestige, la réputation et l’image de grands crus et domaines. Je le constate pour souligner les devoirs et exigences que cela induit. 
Devoir d’être en recherche, toujours, de la plus haute qualité possible. Je dis bien recherche. La tradition ne doit pas être le maintien de méthodes rigides, mais plutôt fidélité à une philosophie qui réclame un engagement total sur les contraintes. Le moteur central, c’est le terroir qui fait la qualité exceptionnelle du climat. Le terroir, clos où on est chargé de traduire un cépage unique, est au cœur de la démarche. Peu à peu, dans la difficulté et la douleur, l’expérience devenue savoir et tradition a délimité ces crus et inventé le cépage fin capable d’en traduire la personnalité dans les vins. Elle a établi une hiérarchie. Un ordre qui n’est pas inféodé à un goût, une mode ou des prix de ventes. 
Toute la qualité d’expression des crus est contrainte à un lieu, un climat, un cépage. Le vigneron y devient philosophe, s’interroge. Et c’est de ce doute, de cette incertitude quant au succès des décisions qu’il doit prendre face aux méandres obscurs d’un climat, que naît ce vin parfait qui n’existe pas mais dont on rêve toute sa vie. 

Petit pied de nez 
Le siècle que nous venons de quitter a commencé sous le drame du phylloxéra, dont nous sortons à peine, puis nous avons connu la mécanisation et les produits de synthèse potassiques très efficaces contre les maladies. À partir d’une ouvrée de vigne, nous avons pu obtenir de beaucoup plus gros rendements tandis que le marché, de plus en plus porteur, n’a cessé de se développer depuis la deuxième guerre mondiale. Il était inévitable qu’on s’engage dans la voie d’une plus importante production qui a culminé dans les années 1970. Nous n’y avons pas échappé, à part 1971, 1978 et 1979 où la grêle a réduit naturellement les volumes. 
L’acquisition par le domaine d’une table de tri avec tapis roulant qui permet de trier la vendange a été le signe d’un état d’esprit qui changeait, autant qu’un petit pied de nez à la technologie. Nous nous sommes aperçus que la table n’a d’intérêt que si le tri est déjà effectué à la vigne par les vendangeurs.
À partir des années 80 est apparue certaine recherche scientifique avec des options biologiques qui ont approfondi notre connaissance de l’alimentation de la vigne par le sol et nous ont permis de sortir des raisonnements simplistes de l’époque. 
Nous avons mieux compris le lien délicat entre les apports au sol et une bonne alimentation de la vigne. Nous sommes devenus de plus en plus conscients que le sol est un patrimoine précieux et fragile que nous devons respecter. Cette perspective historique fait ressortir l’importance de l’environnement culturel : la marque du travail de l’homme sur le sol le paysage, le bâti, est très important à prendre en compte dans cette démarche. 
On s’entête depuis des siècles à faire des grands vins sur ces coteaux, modifiés par la crise phylloxérique, mais inventer une nouvelle viticulture à visée d’excellence est aujourd’hui en Bourgogne un élan ancré dans la tradition culturelle et historique du climat. 

Le terroir, un courant qui ne s’arrête jamais 
En abordant l’aspect pratique que cela implique, notons que les crus bourguignons ont gagné leur réputation à une époque sans technologie et où tout était manuel. Ce n’est pas étonnant, s’agissant d’un sol qui est moins une terre qu’un climat, que cette supériorité du travail manuel soit évidente. D’autant plus qu’il faut marier ce sol avec un cépage fin qui doit être unique. 
Les deux axes principaux du vigneron sont le sol et le matériel végétal. Il s’agit que tout soit fait dans une globalité, celle d’une philosophie. Il faut mettre le sol en situation de fonctionner en tant que terroir. Un terroir dans un climat n’est pas un état, une entité stable mais un ensemble de mouvements où nous sommes balbutiants. Il y règne règne la fragilité et l’aléatoire. C’est un milieu réactionnel qui ne fonctionne pas toujours en tant que terroir, peut être gêné par des conditions météorologiques contraires ou des pratiques contrariantes. 
Il faut le regarder comme un courant qui ne s’arrête de jamais, va du sol et passe par tout ce qui va sculpter le vin, englobe toute la culture constituée au cours des siècles et jusqu’au vigneron qui va accoucher et voit se vérifier échec ou succès de ce qu’il a fait 

J’ai bien dit recherche 
Sans une véritable activité biologique, qu’asphyxie le compactage du passage du tracteur, il n’y a pas de bonne structure du sol. Le cheval a été pour nous une innovation intéressante, pas seulement pour le travail qu’il fait mais aussi parce qu’il a nécessité des tracteurs légers. Nous sommes arrivés à fabriquer un tracteur léger qui a été étendu au travail sur toutes les autres vignes. 
Pour la gestion organique, la pierre angulaire c’est le compost. Nous avons beaucoup évolué là-dessus depuis 20 ans : les sarments, puis d’autres végétaux, puis des fumiers compostés mais vieux, maintenant des fumiers compostés très frais, on ne peut encore rien dire de définitif. 
Tout ce travail sur les sols montre qu’il n’y a pas de réponse unique même sur un petit village comme Vosne-Romanée. Les Grands Échézeaux sont séparés des Échézeaux par un simple chemin, et pourtant il est impossible, d’évidence, de travailler de la même façon. 
On travaille aussi sur ce que peut être le rôle des oligo-éléments sur le fonctionnement des sols. La priorité est de préserver le pinot fin dont nous avons hérité par l’ancienne Romanée-Conti et qui est utilisé dans la plupart de nos vignes. Nous travaillons à conserver ce patrimoine génétique et compris combien il est difficile de le faire seuls, dans un seul domaine. Sur 200 à 300 pieds sélectionnés visuellement une année, nous avons de la chance si un ou deux est exempt de virose. Nous nous sommes donc associés avec une quarantaine de domaines qui font la sélection chez eux de façon identique pour sélectionner des plants typiques de pinot fin de Bourgogne pour le multiplier. C’est beaucoup plus rapide que si nous sommes seuls et nous espérons avoir d’ici une vingtaine d’année du matériel très fin pour nos plantations. C’est certain que les viroses ne sont pas contraires à la production de grand vin parce qu’elles affaiblissent la vigueur de la vigne, mais parce qu’elles raccourcissent la durée de vie du cep. 
Nous avons aussi essayé de changer la densité à 14 000 pieds. Est-ce une formule d’avenir ? Je ne crois pas, mais il faut attendre des années pour le savoir de façon définitive. L’idée, c’est qu’avec plus de ceps, il y a plus d’exploration du sol, donc moins de raisins par cep. 
Nous travaillons sur le démontage, c’est un axe pour progresser sur les maladies du bois. Mais ce que je crois, c’est que le moment de la taille et la façon de tailler sont plus importants que des produits. 

Tout ça vise à obtenir un rendement à partir de plants fins qu’on n’a pas besoin d’éclaircir. 
L’éclaircissage est nécessaire pour les jeunes vignes qui ne vont pas dans les meilleures bouteilles, mais pas dans les vignes adultes, sauf pour quelques pieds qui n’entrent pas dans le vin mis en bouteille. C’est très important. Toute pratique de vendange en vert cause des phénomènes de compensation déséquilibrants pour le cep et sont à éviter si possible. Tout l’enjeu est d’obtenir un rendement équilibré dans l’année considérée. Et nous constatons que les rendements des décrets de 36 sont assez normaux pour sortir de grandes bouteilles dans le cadre de pratiques loyales et constantes. 
Nous sommes en biodynamie depuis quelques années après avoir expérimenté pendant une dizaine d’années. La biodynamie n’est pas supérieure à la biologie, mais oblige à plus d’observation et à utiliser moins de cuivre. Les recherches biodynamiques sont très intéressantes dans ce domaine. La biologie est très importante pour les grands vins en Bourgogne. Quand on lutte de cette manière-là contre les maladies de la vigne, on est forcément un peu vaincu, on a de la perte, mais c’est un facteur de qualité important. L’éclaircissage par ces maladies apporte aux raisins qui restent une maturité complémentaire, c’est comme ça qu’on arrive à une finesse de maturité supérieure. 

Plutôt que défendre telle philosophie, bâtir la sienne 
Le vendangeur fait la dernière opération manuelle sur la récolte, nous attachons beaucoup d’importance à leur qualité. Ainsi qu’à tout ce travail des hommes nécessaire dans l’élaboration d’un grand cru. 
Il est normal que dans le manuel pratique que nous avons, les méthodes de culture bio et biodynamiques apparaissent. Il ne s’agit pas de défendre telle philosophie, mais de bâtir sa propre philosophie. Nous faisons partie d’un système où le sol et la vigne sont un, tout en harmonie avec le reste du monde. C’est rejoindre ce système qui permet le bon fonctionnement du terroir. 
Le précieux apport de la biologie oblige à des contraintes et permet un affinement. En cuverie, nous considérons que le raisin a une dernière sélection sur la table de tri et qu’on n’aura aucune autre qualité. Donc le raisin doit jouir du plus grand respect jusqu’à son arrivée dans la cuve après un léger éraflage ou/et un léger foulage, décidé au dernier moment, ça varie selon les années. 

Rien n’est plus difficile que la simplicité 
Nous faisons la vinification la plus simple possible. Le vigneron ne doit y apporter aucune autre marque que celles de sa méticulosité et de son respect. Mais rien n’est plus difficile que la simplicité, elle suppose que les raisins soient parfaits au départ, et aussi une longue expérience. 
Nous n’utilisons pas de levure du commerce, le climat produit ses propres levures différentes chaque année. Les nouvelles technologies de concentration sont à bannir dans ce travail d’expression d’un climat. La qualité du travail des hommes et leur adhésion à une exécution attentive sont d’une importance capitale, et là est toute la noblesse de ce travail. 
Ce qui sous-tend cette philosophie de production de vins qui est une véritable pureté d’expression, c’est d’abord l’exigence et la rigueur dans la tradition. Aucune dérogation à cette règle dont les mots clé sont sélection, contrainte, compréhension et maîtrise des méthodes, minutie, patience et surtout humilité. 
Nous avons la connaissance, une certaine aisance financière et l’attente des amateurs. J’espère que nous pourrons nous entêter encore longtemps à faire des bons vins. »

God Save the Cream

Rue de Stassart 131 à 1050 Ixelles.

Quelque part entre la Place Stéphanie et la maison natale d’Audrey Hepburn, vient de s’ouvrir un nouveau lieu que je vous invite à découvrir sans tarder.

Emmanuel Gaspart, passionné de vin et de cinéma, propose une large gamme de produits alimentaires britanniques de haut niveau. Mais il ne s’arrête pas en si bon chemin: il prépare lui-même, sur place et avec sa petite équipe, des pâtisseries, des compositions de légumes, des ‘scones’ …et un café irrésistible, onctueux et aromatique. Méfiez-vous, vous pourriez être tentés de vous séparer définitivement de votre S…eo.

Ambiance ‘comme à la maison’ et goût très sûr pour la décoration. On peut s’asseoir sans échouer sur les genoux de ses voisins de table. Vous serez reçus avec gentillesse et compétence, Manu étant incapable de faire autrement.

Manu en action

Ouvert du mardi au samedi, du matin à la fin de l’après-midi.

Dégustation: Thierry, Michel, Joëlle, Annick, Philippe, Hassan, Jacques, Arnaud, Anne, Yves et les autres, ….

La plaquette a été apposée sur la façade à 09h30 et mon premier visiteur s’est annoncé à 10h précises.

Le temps de me rendre compte que je n’avais pas prévu de contenant pour garder les vins blancs au frais. Bon, c’est la casserole à pâtes (modèle IKEA) qui a fait fonction: de l’eau froide et quelques glaçons, le tour est joué !

J’ai eu le grand plaisir d’accueillir, entre autres, de charmants voisins avec qui je n’avais pour ainsi dire pas de contacts jusqu’à ce samedi, deux ‘trolls’ (les parents se reconnaîtront), quelques amis proches, de nouvelles têtes, une ex-élève de l’Athénée Emile Bockstael que je n’avais pas revue depuis …gloups…30 ans, des camarades de guindaille et bien d’autres. A noter aussi une histoire, un peu trouble, autour de cognac bu le midi avant de retourner en classe. Je n’épilogue pas.

Et puis, il y eut l’épreuve du seau à champagne, plus prosaïquement surnommé ‘crachoir’: eh oui, pour nous, fiers disciples ô combien motivés de Bacchus, l’usage du crachoir s’impose, par respect pour nos papilles et notre foie. Mais je confesse avoir oublié que la technique de l’oeno-expulsion n’était pas universelle et que pour l’immense majorité des citoyens normaux, ce jet buccal plus ou moins coloré a un je ne sais quoi de barbare.

J’ai dû faire le deuil de la bouteille de Cent Visages, pour cause de bouchonite aiguë, ce qui a ramené le nombre de flacons en dégustation à 11. Dont, juste pour le plaisir, un Cour-Cheverny …de 1993: plus très fringuant certes, mais encore plein de ressources.

Le bar (‘in progress’) juste avant que je n’amène les bouteilles.

Je proposais également un ‘romorantin’ demi-sec, convaincu que ce type de vin, pourtant délicieux, ne rencontrerait qu’un modeste succès d’estime: patatras, c’est le vin qui a été le plus apprécié et le plus commandé par les participants ! En conséquence, il est à présent disponible sur le bon de commande en ligne, sous le nom: Domaine des Huards Cour-Cheverny JM Tendresse 2008.

Si vous souhaitez passer une commande, pensez à le faire au plus tard ce mardi soir 18 décembre: je transmets la commande globale aux vignerons mercredi matin.

Les vins du Domaine de la Chevalerie sont arrivés !

Vous pouvez venir chercher vos commandes soit samedi 15 décembre, entre 10 et 18 heures, soit mardi 18 décembre, à partir de 17 heures et jusqu’en fin de soirée.

Si ni l’un ni l’autre moment ne vous convient, faites-moi un petit signe et nous conviendrons d’une autre solution.

Samedi, les vins du Domaine des Huards et les vins des Vignobles des Bois Vaudons sont en dégustation : vous avez ainsi l’occasion d’inaugurer ‘notre-salon-en-voie-de-transformation-en-lieu-dédié-au-vin’.

Vos amis-amateurs sont les bienvenus !

Visite aux Vignobles des Bois Vaudons

20 septembre. Petit déjeuner au Hameau des Vignes, une maison d’hôtes qui appartient aux propriétaires des Vignobles des Bois Vaudons, Jean-François et Emilie Mérieau. Je prends courageusement la voiture pour franchir les 250 mètres qui me séparent de la cave…

Nous sommes à St-Julien-de-Chédon, sur le Cher, en face de la ville de Montrichard. Ici, les vins portent tous l’appellation Touraine.

Je suis reçu par Julie Biet, qui vient de rejoindre le Domaine. Jean-François Mérieau passe en coup de vent, livre quelques commentaires pointus et retourne au travail: ce matin-là, l’installation électrique de la cave fait malheureusement des siennes.

35 hectares de vignes pour une large gamme (15 cuvées), habillée d’une façon exceptionnelle: ce n’est plus du graphisme, c’est de l’art ! Rarement vu des bouteilles se présenter aussi bien. L’artiste est suédoise et s’appelle Madlen Herrström.

Le contenu des flacons n’est heureusement pas en reste. J’apprécie particulièrement : le sauvignon ‘Coeur de Roche’, issu de vignes plantées il y a 50 ans; le gamay Bois Jacou, construit sur de bons petits tannins; le cabernet franc Les Grands Champs; le côt Cent Visages et le côt vieilles vignes Gueule du Boa.

Je suis moins à l’aise avec un Gamay élevé en bois (Boa le Rouge) et avec la cuvée L’Alliance des Générations, qui me semble avoir eu un certain mal, du moins sur ce millésime 2004, à digérer son boisé: le vin se révèle dur et assez sec.

Le Domaine propose également un vin de négoce (achat des raisins) sur l’appellation Vouvray : ce ‘Fleuve Blanc’ du millésime 2005 (vinifié en sec)  m’a beaucoup plu !

Voici en tous cas un domaine où l’on expérimente et où l’on fait preuve d’imagination. Une créativité qui se fonde néanmoins sur plus d’un siècle de tradition (la propriété est familiale depuis 1886). Et la succession paraît assurée !

La famille Mérieau

Visite au Domaine des Huards

Michel et Jocelyne Gendrier

18 septembre. Nous venons de terminer la dégustation et Jocelyne Gendrier me propose d’aller nous promener dans le vignoble. Le dalmatien de la maison en profite pour se dérouiller les pattes. A peine arrivés entre les rangs de vigne, pendant que Jocelyne me montre comment reconnaître le cépage ‘romorantin’ à la forme de ses feuilles, le dalmatien susmentionné fourre sa truffe entres les grappes et se met à croquer gaiement les raisins mûrs.

Je constate ainsi ‘de visu’ que le dalmatien est l’un des seuls chiens à apprécier les fruits, caractéristique que la famille Gendrier ignorait lorsqu’elle l’a adopté…Particulièrement en année de petite récolte, chaque grain est précieux !

A table !

 

 

Nous nous trouvons à Cour-Cheverny, village paisible entre Touraine et Sologne, situé à quelques encablures des châteaux de Cheverny, de Chambord et de Blois.

Le Domaine des Huards possède, entre autres, 8 hectares plantés en ‘romorantin’, ce qui fait du Domaine une capitale mondiale (officieuse…) de ce cépage très rare, originaire de Bourgogne.

Les parents et grands-parents ont toujours travaillé la vigne de façon naturelle, faisant en quelque sorte du ‘bio’ sans le savoir. Aujourd’hui, le domaine est certifié Agriculture Biologique. Outre le ‘romorantin’, on y cultive principalement pinot noir, gamay et sauvignon.

En dégustation, les deux Cheverny blancs (85% sauvignon, 15% chardonnay) m’ont paru sympathiques, techniquement maîtrisés et consensuels.

Les trois Cour-Cheverny sont particulièrement intéressants: la cuvée ‘vieilles vignes’ François Ier 2006 est la plus riche, sur des notes de miel, mais le ‘simple’ 2008 est déjà superbe ! Le Domaine préfère attendre et mettre ces vins en vente lorsqu’ils sont prêts à être dégustés. Une politique peu courante et tout à l’honneur de la famille Gendrier.

Le cépage romorantin confirme ici son grand potentiel. Le 2009 (pas encore  à la vente) me semble un peu plus marqué par la chaleur solaire de ce millésime.

Voici les rouges: Le Pressoir 2010 (80% pinot noir) est un vin tendu, un peu sauvage et bien défini.

La cuvée Le Vivier (50% pinot noir) est un fermage sur vignes plantées en 1994: vin charpenté, puissant mais, le jour de cette dégustation, un peu moins précis que Le Pressoir. Une autre bouteille, ouverte en octobre, était en grande forme !

La cuverie inox est impressionnante de propreté et d’une organisation particulièrement fonctionnelle.

Les gelées du 17 avril vont fortement réduire le volume de la récolte 2012. Il est prévu de commencer à vendanger à partir de fin septembre, le romorantin en dernier.

Michel Gendrier a coordonné récemment une grande dégustation de romorantin à l’attention de Jean-Emmanuel Simond, consultant auprès de la Revue des Vins de France: vu l’enthousiasme du journaliste, on peut s’attendre durant les prochains mois à un dossier présentant Cour-Cheverny aux lecteurs de la RVF !

La bouteille couchée est bien un 1993…

Le Château de Goulaine

Un endroit magique, surtout par ce matin d’hiver: un peu de brouillard et un silence à peine troublé par une légère brise. A cinq minutes de Nantes et en plein coeur du vignoble.

Visite au Domaine Bruno Cormerais

Bruno Cormerais, photographié en juillet 2012, par Fred Niger Van Herck

Oups. Mon appareil photo est resté dans la voiture. Donc, pour cette fois, je fais appel à l’équipe Internet.

Arrivée à 17h05 au lieu-dit La Chambaudière, sur la commune de St Lumine de Clisson. Merci, GPS.

Je débarque en pleine préparation des journées portes-ouvertes, qui commencent le lendemain matin. Il y a un peu d’électricité dans l’air. C’est Maxime qui m’accueille, mais c’est son papa Bruno, l’homme aux 42 vinifications, qui va s’occuper de moi. Accrochez-vous, ça va déménager !

On commence gentiment avec les premières cuvées, de millésimes récents. Après avoir goûté tant de vins tendus, « verticaux », je suis dérouté par la richesse de ceux-ci: nous sommes dans l’antre du spécialiste du bâtonnage. Un certain nombre de cuvées font leur malo-lactique. Le discours est différent de celui de ses collègues…et cela le rend particulièrement pertinent !

Sur 2009, j’ai un certain mal à  suivre. Voici une bouteille de la cuvée Prestige, millésime 2008: choc gustatif ! Bruno Cormerais affirme que, jeune, ce vin se goûtait mal. Aujourd’hui par contre, le vin conjugue gras bourguignon et tension ‘salivante’. On enchaîne avec les cuvées de Clisson, les cuvées spéciales ‘Maxime’ et ‘Bruno’ (je préfère ‘Bruno’), on voyage dans l’espace (du caveau à la cuverie en passant par le chai à barriques) et puis dans le temps: Bruno Cormerais disparaît un instant et il revient, triomphant, avec des flacons un peu poussiéreux: on goûte de beaux 1997, 1996 et 1991. Une bouteille de 1981 fait son apparition: malheureusement, il ne reste que le squelette acide du vin. 

Tiens, et pourquoi ne pas goûter sur cuve ? Nous repartons pour un tour…

J’ai l’impression que Bruno Cormerais est heureux de faire partager ce moment. Je suis aux anges. Son épouse et son fils continuent à s’affairer: on attend beaucoup de monde dès demain matin.

Je rejoins la voiture dans la nuit noire. Fin de mon périple en Pays Nantais. Enfin, encore une bonne nuit de sommeil et demain matin, un peu de tourisme au château de Goulaine avant de rentrer sur Bruxelles.

Visite au Domaine de Belle-Vue

Vendredi 30 novembre. Après une ‘focaccia’ avalée en vitesse dans un café de Clisson, cap sur le village de Gétigné, au sud-est de la ville. Gétigné fait office de frontière entre la Loire-Atlantique et la Vendée.

J’arrive au Domaine de Belle-Vue et fais la connaissance du papa de Jérôme Bretaudeau. Quelques minutes de confusion plus tard, me voici face au nouveau chai de Jérôme: un bâtiment rationnel et très vaste, construit à quelques centaines de mètres de l’ancienne cave. Le déménagement des cuves n’est pas encore terminé. Après avoir travaillé chez d’autres vignerons, Jérôme a repris les vignes de ses parents (qui vendaient leurs raisins au négoce), obtenu l’aide de la Mairie (il est le seul vigneron de Gétigné) et quelques subsides européens. On sent ici une ambition de se donner les moyens pour réussir. La meilleure preuve étant qu’il y a très peu de vins à vendre.

Le nouveau chai

Jérôme vient d’engager un premier collaborateur, un ex-vigneron de confiance qui sera en charge des vignes. Le Domaine s’étend actuellement sur à peu près 8 hectares de vignes. Reconversion en ‘bio’ depuis 2009. Du Melon de Bourgogne, bien entendu mais aussi du Sauvignon (gris), du Pinot Gris, du Merlot, du Cabernet, du Chardonnay et j’en passe…

Nous goûtons sur cuve: exercice intéressant, mais périlleux quand on manque d’habitude. Cela me permet en tous cas de me faire une idée du potentiel du millésime 2012. Les vins sont nets, précis et les fonds de verre complexes.

Expérience encore plus intéressante: les échantillons tirés de cuves ovoïdes provisoires. Provisoires parce que plus petites que celles commandées par le Domaine. Malheureusement le fabricant (Nomblot) a cassé le moule des cuves de 16 hectolitres…

Cuves ovoïdes

Ces cuves sont utilisées pour permettre aux lies en suspension de circuler efficacement dans toute la cuve et ainsi de ‘nourrir’ les vins. Techniquement, cela s’appelle l’effet de vortex. En quelque sorte, une alternative au bâtonnage. Avec pour résultante des vins plus aromatiques et plus gras.

L’objet est étonnant et assez sympathique, presque zoomorphe. Je me verrais bien installer une tête d’éléphant par-dessus, juste pour rigoler…

Nous voici à présent dans le ‘chai à barriques’: des 400 litres, usagées. On commence par un Muscadet et puis c’est l’heure du test: je goûte quelque chose qui n’est manifestement pas un Muscadet. Allez, je me lance: Pinot Gris ? Gagné ! Rebelote avec la barrique suivante: Sauvignon ? Encore gagné ! Même si je n’avais pas reconnu la variante ‘grise’ du Sauvignon…Bon, 30 secondes pour profiter de mon petit ego, caressé dans le sens du poil. Ce n’est pas tous les jours fête…

Jérôme Bretaudeau

Jérôme est le premier vigneron qui insiste pour que je goûte ses vins rouges. Je reste un peu perplexe devant un ‘Champ des Cailloux’ (cabernet et merlot): des arômes orientaux entêtants. Mais la bouteille était ouverte depuis quelques jours, ceci expliquant peut-être cela. Ensuite, un pur merlot, 24 mois en barriques. Impossible à placer en Loire. Un vin puissant, tannique et sudiste. Mais pas d’excès d’alcool.

Je continuerais très volontiers la conversation, mais mon agenda me rappelle que Bruno Cormerais m’attend à 17 heures. Et ce n’est pas exactement à côté de la porte. J’implore le GPS de faire son boulot.

En cadeau, un flacon de ‘Champ des Cailloux…pour me forger une opinion plus précise !

Visite au Domaine Brégeon

Vendredi 30 novembre. La journée commence avec une bonne frayeur: ma voiture fait un bruit de vieux moulin à café désarticulé. Après quelques centaines de mètres à 30 kms/heure, je me décide à m’arrêter et à faire le tour du susmentionné véhicule. Mouais, les pneus m’ont l’air ‘nickel’. Est ce-que je me déciderais à ouvrir le capot ? Ou alors…couché au bord de la route entre Mouzillon et Gorges, je tâtonne sous le châssis. Soudain, quelque chose résiste, je tire, ça lâche: deux beaux spécimens de sarments qui, coincés je ne sais exactement où, étaient manifestement responsables de mes angoisses mécanico-matinales. J’interprète l’incident comme un signe de Bacchus: ma mission en terres nantaises consiste à libérer la vigne de la mécanisation…Pouf-pouf.

Fred Lailler

J’arrive au mythique Domaine Brégeon à 10 heures où je suis reçu par le nouveau propriétaire, Fred Lailler. Il est papa de deux petites filles depuis hier ! FELICITATIONS !

Changement de décor par rapport aux visites d’hier: Fred travaille seul sur un peu moins de 8 hectares de vignes. Pas de site Internet, pas de temps à consacrer au marketing. Le domaine n’est pas en bio, mais la réflexion est entamée. Nous sommes installés dans la cuverie, au milieu d’un sympathique capharnaüm. Mieux vaut être chaudement habillé.

Fred a racheté le Domaine à son propriétaire historique, André-Michel Brégeon qui lui donne encore un solide coup de main pour gérer la ‘paperasse’ et recevoir les clients.

Le Gros-Plant qui ouvre la dégustation est un concentré de saveurs océanes, salines et iodées: de la coquille d’huître plein les narines. Un vin d’amateurs, à réserver à l’accompagnement des meilleurs coquillages.

Place aux Muscadets 2011, 2010 et 2004. Ce dernier a bénéficié d’un élevage sur lies de 89 mois: il paraît que cela constitue une sorte de record, mais Fred et André-Michel (qui nous a rejoints) s’en fichent un peu. Les circonstances ont voulu que le vin passe un long moment en cuves, ainsi-soit-il. Tous les vins sont tendus, sans concessions. Celui qui recherche l’opulence et le gras devrait passer son chemin.

Nous goûtons encore un 1995. La bouteille est couleuse (bouchon trop petit), mais le vin est toujours en forme. Oui, les bons Muscadets vieillissent très bien !

Place aux cuves de 2012, dont l’une a fait sa malo-lactique: cela assouplit considérablement le vin, trop peut-être. A revoir lorsque l’assemblage avec les autres cuves aura été réalisé.

Cuves enterrées, une tradition nantaise.

Ici comme chez les collègues, la vendange 2012 promet beaucoup. Mais la météo a fait des siennes et les rendements ont été terriblement bas. Bref, il y aura peu de bouteilles à vendre. Disons que pour respecter un équilibre économique raisonnable, il serait plus que bienvenu que 2013 soit un millésime ‘normal’…

Il fait à peine moins froid lorsque je quitte Fred pour aller me balader quelques minutes à Clisson. Je repars avec l’impression d’avoir partagé un moment vrai, intense, sans fioritures. A l’image des vins. 

Visite au Domaine Bonnet-Huteau

Jean-Jacques Bonnet

Quelques minutes suffisent pour faire le trajet entre La Grange et La Levraudière. Il est 17h15 et le soleil s’est couché. Pour ne pas risquer de me perdre, j’ai fait une ‘reconnaissance’ en tout début de journée.

Je suis reçu par Jean-Jacques Bonnet. Le Domaine Bonnet-Huteau est entre les mains de deux frères, Rémi à la vigne et Jean-Jacques à la cave. ‘Huteau’ est le nom de leur maman.

Ici on mène le combat en faveur de la reconnaissance des qualités du Muscadet. Pour ce qui concerne le Gros-Plant, cépage capricieux, sensible aux maladies et ayant tendance à laisser exploser les rendements, mon interlocuteur préfère passer son tour.

Jean-Jacques est attaché au développement des crus communaux et cherche à concilier les vignerons les plus radicaux avec ceux qui ont un certain mal à adopter des pratiques qualitatives (levures indigènes, vendanges manuelles, rendements limités, etc…). C’est la politique des petits pas, par préférence à l’affrontement direct.

Le Domaine s’étend sur une quarantaine d’hectares, en ‘bio’ depuis 2005.

Fascinante horizontale 2011 des trois cuvées ‘de terroir’: Les Dabinières, Les Gautronnières (une fraîcheur citronnée,  tranchante comme une lame…comment ne pas penser à un grand Riesling ?) et Les Laures, qui conjuguent tension, gras et volume.

Une horizontale fascinante

La parcelle des Laures a été achetée récemment: nous goûtons 2010 qui me semble, hic et nunc, un peu moins bien en place que 2011.

Discussion sur les avantages de la vendange entière (vendange non éraflée, raisins et ‘tiges’ donc) qui permet de récolter (manuellement bien sûr) des raisins intacts. Et raisin intact dit minimisation des risques d’oxydation, donc moindre usage de soufre. Des rafles mûres contribuent à donner une légère tannicité au vin, ce qui lui donne un équilibre plus intéressant. Attention à des rafles ‘vertes’ qui peuvent transmettre un goût herbacé désagréable.

Le vignoble nantais qui s’étendait sur plus de 13.000 hectares il y a vingt ans a considérablement rétréci, remplacé soit par des plantations maraîchères, soir par du bâti. Jean-Jacques souligne avec conviction que le vrai problème n’est pas à chercher dans la vigne qui disparaît, mais dans les vignerons qui abandonnent, lassés par la difficulté de valoriser leur travail.

Nous goûtons le cru communal Goulaine, de grande expression et si éloigné de tous les clichés associés au Muscadet !

Tiens, puisque je compare Les Gautronnières à un Riesling…apparaît sur la table un Riesling alsacien, récemment échangé durant un salon. Bon, j’ai oublié le nom du producteur. Disons que c’était très 2009 et pas très Riesling. Beaucoup d’alcool et une sucrosité pataude. Vive Les Gautronnières !

En partant, un Pinot Gris ‘primeur’, puisqu’il s’agit du millésime 2012, vinifié avec une bonne vingtaine de grammes de sucre résiduel: une agréable friandise ! Et une conclusion sympathique à une discussion passionnante !

Voilà, il est 20h30 et j’avoue ne pas trouver la force pour aller dîner au restaurant. Alors, retour à La Maison des Landes où m’attendent un bon pain, du fromage …et un grand verre d’eau ! Extinction des feux avant 22 heures…épuisé !

Tôt le matin, durant ma ‘reconnaissance’

La joyeuse bande des ‘Vignes de Nantes’ !

Au premier rang, Vincent Caillé et Jérôme Bretaudeau. Fred Niger Van Herck et Jean-Jacques Bonnet sont un peu cachés…

Les membres (juin 2012):

Domaine de l’AUJARDIÈRE, Eric Chevalier
Domaine BELLE-VUE , Jérôme Bretaudeau
Domaine BONNET-HUTEAU, Jean-Jacques & Rémi Bonnet
Domaine Michel BREGEON, Frédéric Lailler
Château de la CASSEMICHERE, Philippe Ganichaud
Domaine des COGNETTES, Vincent Perraud
Domaine Bruno CORMERAIS
Domaine de l’ECU, Fred Niger Van Herck & Guy Bossard
Domaine du FAY d’HOMME, Vincent Caillé

Domaine GUNTHER – CHEREAU, Aurore Günther
Domaine des HAUTES-NOELLES, Jean-Pierre Guédon
Domaine Pierre LUNEAU-PAPIN, Famille Luneau
Domaine de la LOUVETRIE, Jo Landron
Domaine POIRON-DABIN, Jean-Michel Poiron & Laurent Dabin
Domaine de la TOURLAUDIÈRE, Famille Petiteau

Marie Chartier entourée par quelques collègues.

Visite au Domaine Pierre Luneau-Papin

Pierre-Marie Luneau

Jeudi 29 novembre. 13h45. Je me balade autour du domaine et en profite pour faire quelques photos. 14h tapantes (on ne se refait pas…), je suis reçu par Pierre-Marie Luneau et son épouse, Marie Chartier.

La discussion nous emmène vers la solidarité entre vignerons et donc vers le rôle de Marie, en tant que coordinatrice de la nouvelle association ‘Les Vignes de Nantes‘. Cette association regroupe l’élite des producteurs du Pays Nantais et a pour objectif de promouvoir leurs vins en France et à l’étranger. J’y consacre un article ici.

En voiture et direction les vignes de la Butte de la Roche, histoire de vérifier ‘de visu’ que le pays du Muscadet n’est pas uniformément plat. Nous sommes à une quarantaine de mètres d’altitude (c’est la Butte de la Roche, pas la colline de la Roche !), sur un terroir très particulier (serpentinite, une roche d’origine magmatique). La vue est magnifique, en particulier depuis l’endroit où a été installée une table d’orientation. Le domaine Pierre Luneau-Papin a récemment acheté des vignes, plantées ici en 1974. Une parcelle au levant, une parcelle au couchant. Le vin s’appelle ‘Terre de Pierre’.

La Butte de la Roche (Une nouvelle Nantaise, mars 2012): vue sur le Marais de Goulaine et la ville de Nantes

Le trajet de retour vers La Grange nous donne l’occasion de discuter ‘biodynamie’. Il nous semble clair que la démarche, le cheminement vers la biodynamie est très riche et que l’attention portée aux vignes ne peut qu’influencer favorablement la qualité du vin produit. Au-delà, restent un débat ouvert sur l’influence des préparâts et une commune méfiance vis-à-vis des pratiques ésotériques.

En dégustation, le Brut, la cuvée Folle Blanche 2011 (une façon habile de réinventer le Gros Plant) et les cuvées de Muscadet: Pierre de la Grange vieilles vignes 2011, L d’Or 2010 & 2011, Terre de Pierre 2010 (magnifique !), avant de goûter le cru Goulaine ‘Excelsior’ 2007 (36 mois d’élevage sur lies) et la cuvée très particulière Pueri Solis qui n’a été produite qu’en 2005. Surprise…cette cuvée a également été produite sur le millésime 2009.

On ne voit pas le temps passer: soudain, il est presque 17 heures, l’heure à laquelle on m’attend au Domaine Bonnet-Huteau. Je quitte à regret Pierre-Marie, salue Marie et m’en vais vers de nouvelles aventures…

Les vins du Domaine seront en dégustation ce samedi 19 janvier. Ils seront en vente du mardi 15 janvier au mardi 22 janvier inclus: l’offre est ici. Plus d’information sur les vins .

Cuvée Terre de Pierre et serpentinite de la Butte de la Roche