Bio…logique !

GoisotEn tous cas, évolution logique du vignoble vers un plus grand respect des sols, des végétaux, de la vie.

On estime que le vignoble français, qui ne représente pourtant que 3 % des surfaces agricoles du pays, consomme près de 20% des pesticides utilisés par l’agriculture.

Les solutions existent et elles ont fait leurs preuves. Sans surprise, la mise en œuvre de ces solutions requiert du temps, des moyens, des connaissances, une prise de risque et une ferme volonté de respecter l’environnement et la santé du consommateur.

L’agriculture biologique est en forte croissance. C’est particulièrement vrai pour la vigne. Excellente nouvelle.

Cela dit, comme souvent, lorsque l’on creuse un peu, la situation est complexe :

  • des raisins issus de l’agriculture biologique ne sont pas forcément vinifiés biologiquement
  • des raisins issus de l’agriculture biologique ne garantissent pas l’absence de traces de produits chimiques dans le vin, ne fût-ce que parce que la parcelle du voisin est en ‘full chimie’
  • un logo ne prouve qu’une seule chose (et encore) : la bouteille qui le porte répond aux conditions requises pour avoir le droit de l’arborer ; quelle est la valeur réelle de ces conditions ?
  • de nombreux intervenants n’ont aucun intérêt à ce que règne la transparence : imaginez le drame si l’étiquette du vin devait obligatoirement comporter des mentions précises, chiffrées, relatives aux substances chimiques qui se retrouvent dans la bouteille (vous savez, un peu comme sur n’importe quelle bouteille d’eau minérale…)
  • la multiplication des initiatives -positives- affecte la lisibilité du résultat : comment s’y retrouver entre biodynamie, agriculture biologique certifiée ou non, ‘vin nature’, Ecocert, ‘organic’, logos nationaux et européens, ‘en conversion’, coccinelles, Biodyvin, ‘sans soufre’, etc…
  • des substances considérées comme inoffensives au temps t sont considérées comme potentiellement nuisibles au temps t+1
  • aucun vigneron ne maîtrise la météo et les conséquences de celle-ci sur ses vignes : dans certaines régions, certaines années, l’absence de recours aux produits dits phytosanitaires peut impliquer des pertes de rendement très importantes, à un point tel que la survie de l’exploitation est menacée
  • un vigneron n’est d’aucune façon obligé de communiquer sur le sujet: certains vignerons, pourtant en agriculture biologique, font le choix de ne rien mentionner à ce sujet sur leurs étiquettes, préférant se concentrer sur les caractéristiques de leur terroir ou sur les accords mets/vins.

Cela dit, jetez un œil aux étiquettes et aux contre-étiquettes : il y a beaucoup à y apprendre, souvent d’ailleurs par l’absence de certaines mentions. Voici une première tentative de clarifier quelque peu la situation, en me focalisant essentiellement sur les vins français.

logo ABCe logo, français, propriété exclusive du Ministère de l’Agriculture est souvent accompagné par le texte: ‘vin issu de raisins de l’agriculture biologique’. Depuis fin 2007, la gestion du logo AB a été confié à l’Agence BIO (agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique). Ce logo ne concerne que les raisins, pas la vinification. Le contrôle du respect du cahier des charges est confié par l’Etat à un organisme certificateur accrédité. A ma connaissance et en pratique, ils sont au nombre de quatre: CertipaqQualité France, Agrocert et Ecocert.

Les vignes doivent être conduites selon un cahier des charges précis : interdiction du désherbage chimique et de l’utilisation de produits de traitement de synthèse. La protection du vignoble se fait uniquement avec des produits chimiques ‘d’origine naturelle’ tels le dioxyde de soufre (contre l’oïdium) et le sulfate de cuivre (contre le mildiou).

logo DemeterCe logo-ci, international, correspond à la mise en oeuvre de la biodynamie. La biodynamie est une ‘invention’ d’un philosophe et agronome autrichien, Rudolf Steiner. Celui-ci prononça en 1924 une série de conférences dont le texte constitue la base de l’agriculture biodynamique. Dans le domaine du vin, le rôle du pionnier est dévolu à Nicolas Joly, le propriétaire de la Coulée de Serrant (Savennières, Anjou). L’association Demeter voit le jour en 1978. Aujourd’hui, le débat est ouvert entre ceux qui affirment que les vins biodynamiques ont un surcroît de profondeur et de précision et ceux qui considèrent qu’il s’agit d’une pseudo-science, à la limite de l’ésotérisme. Les biodynamistes Demeter sont peu nombreux, mais comptent en leurs rangs des vignerons très respectés , tels Lalou Bize-Leroy (Bourgogne), Jean-Charles Abbatucci (Corse), Guy Bossard (Loire), Mark Angéli (Loire),  Stéphane Tissot (Jura), Anne-Claude Leflaive (Bourgogne), Jean-Michel Deiss (Alsace), etc…

logo Biodyvin

La biodynamie n’est pas réglementée par l’Etat…et Demeter n’en a pas le monopole. Une autre association, le SIVCBD, Biodyvin, regroupe exclusivement des vignerons biodynamistes français. Ils sont aujourd’hui au nombre de 73, dont François Chidaine (Loire), Olivier (Zind-) Humbrecht (Alsace), château Climens (Bordeaux), Jo Landron (Loire), Franck Pascal (Champagne), château Pontet-Canet (Bordeaux), Marc Kreydenweiss (Alsace), Anne-Claude Leflaive (Bourgogne).

Les 73 domaines Biodyvin exploitent ensemble 1.700 hectares de vignes, soit 0,25% du vignoble français.

mascotte AVNNon, ceci n’est à proprement parler un logo. Disons que c’est la mascotte de l’Association des Vins Naturels. L’engagement pris par les membres: élaborer des vins ‘nature’, c’est-à-dire sans aucun additif (intrant) ajouté. Pour devenir membre il faut d’abord être en agriculture biologique ou biodynamique. Paradoxalement, les vins ‘nature’ peuvent être sulfités, mais selon des dosages particulièrement réduits: maximum 30 mg/litre pour les vins rouges, maximum 40 mg/litre pour les vins blancs (doses de soufre total, après mise en bouteilles). La réglementation européenne tolère des doses de soufre cinq fois plus importantes.

Sont membres de l’AVN: Jean-Claude Lapalu (Beaujolais), Mathieu Lapierre (Beaujolais), Patrick Meyer (Alsace), Antoine Arena (Corse), Pierre Overnoy & Emmanuel Houillon (Jura), Le Casot des Mailloles (Roussillon), Pierre Breton (Loire), René Mosse (Loire), Marcel Richaud (Rhône), etc…

Une conclusion provisoire ?

La présence de l’un de ces logos sur une étiquette est un solide ‘plus’. Le vigneron a réfléchi, il a mis en oeuvre sa réflexion concrètement et il est dans l’obligation de rester ‘réveillé’ pour ne pas risquer de perdre sa certification. La démarche lui demande du courage et un amour sincère pour ses vignes.

Le logo ne constitue évidemment pas une garantie absolue de qualité ou d’adéquation au goût du dégustateur. Mais je préfère largement la présence d’un logo ‘bio’ à la médaille, plus ou moins dorée, plus ou moins farfelue, qu’arborent fièrement un tas de flacons…quelconques.

Mais : « début février 2012, le comité permanent européen de l’agriculture biologique a adopté des règles de production pour le vin biologique. La principale différence avec les vins traditionnels porte sur les teneurs en sulfites autorisées.

Pour les vins biologiques, la teneur maximale est fixée à 100 mg/l pour le vin rouge, contre 150 mg/l pour les vins traditionnels, et 150 mg/l pour les vins blancs et rosés (contre 200 mg/l pour les vins traditionnels), avec un différentiel de 30 mg/l lorsque la teneur en sucre résiduel est supérieure à 2 g/l.

Les vins biologiques n’auront le droit d’utiliser ni acide sorbique, ni désulfuration. Et bien sûr, ils devront être élaborés à partir de raisins issus de l’agriculture biologique. Ce règlement entrera en vigueur pour les vendanges 2012. Les producteurs respectant cette nouvelle législation pourront alors utiliser le terme ‘vin biologique’ sur leurs étiquettes, et devront apposer le logo biologique européen et le numéro de code de leur certificateur. »

EU_Organic_Logo_Colour_OuterLine_rgbAutrement dit, nous serons très rapidement confrontés à des vins dits biologiques, certes élaborés avec des raisins issus de l’agriculture biologique, mais potentiellement vinifiés avec des quantités importantes de dioxyde de soufre et avec la complicité d’une longue série de produits chimiques de synthèse.

Législation plutôt laxiste, de type ‘plus petit commun dénominateur’, manifestement destinée à faciliter l’accès au marché -croissant- du bio.

Je m’arrête ici pour aujourd’hui: à suivre !