Voici ce qui a été particulièrement apprécié par ceux qui étaient en Belgique ce weekend et qui en ont profité pour venir goûter Fleurie, Chénas et Moulin-à-Vent.
Grande médaille d’or du concours international de Berchem-Ste-Agathe, prix spécial du public, palmes académiques et applaudissements nourris: Les Blémonts, Chénas, Paul-Henri Thillardon
Médaille d’or, prix de l’équilibre classique et indémodable: Le Clos du Tremblay, Moulin-à-Vent, Paul & Éric Janin
Médaille d’argent, prix de la bombe fruitée, mention spéciale pour la bouteille vide en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire: Moulin-à-Vent, Château des Bachelards
Médailles de bronze: Les Vignes du Tremblay, Moulin-à-Vent, Paul & Éric Janin et Clos des Bachelards, Fleurie, Château des Bachelards.
Comme dans tout concours ‘oeno’ qui se respecte, il y a beaucoup de médailles. Beaucoup d’appelés, beaucoup d’élus !
Les Brigittines, place de la Chapelle à 1000 Bruxelles
Je suis passé livrer quelques flacons au restaurant Les Brigittines. Cela m’a rappelé de bons souvenirs, lorsque je participais à des cours de dégustation, donnés ici…en 2003. Enfin, si ma mémoire est bonne.
« Zenne pot » (chou cuit à la gueuze Cantillon, bloempanch, saucisse sèche et bulots) escorté d’un verre de Gros-Plant du Pays Nantais: un plat qui réunit les notes onctueuses du boudin noir, les notes fumées de la saucisse sèche, les notes iodées des bulots et l’acidité de la gueuze…laquelle se prolonge dans la fraîcheur tranchante du Gros-Plant. Un accord original, réfléchi et très tentant. Une démonstration pratique que le Gros-Plant n’est pas ‘condamné’ aux huîtres !
Le dernier carton à peine déposé (merci pour le coup de main, Nathalie !), je me retrouve en compagnie du chef Dirk Myny, qui quitte un instant sa cuisine. Comme par enchantement, un verre d’aligoté apparaît dans ma main: dès qu’il est à température, un vin d’une très belle définition, de chez Bruno Clavelier, vigneron biodynamiste à Vosne-Romanée. Et c’est de l’aligoté doré, comme à Bouzeron, au Domaine de Villaine ! Elevage de 12 mois en cuve, très vieilles vignes (85 ans).
Puis, on parle Alsace et en particulier Bas-Rhin. Amusant, vu que je m’y rends dès le mois de mars.
D’ailleurs, magnifique carte des vins, création d’un amateur passionné. Je suis vraiment ravi de voir deux vins que j’importe figurer sur cette carte ! Waouh, une allitération en v.
Cuisine classique franco-belge. Restaurant ouvert tous les jours, midi et soir, sauf samedi midi, dimanche et jours fériés. Téléphone: 02 512 68 91.
Quand Fred, le vigneron du Domaine de l’Ecu, m’avait annoncé en novembre qu’il envisageait de ‘moderniser’ la cuvée de Gros-Plant, j’avais bien entendu …Gros Pet’.
Mais j’avoue ne pas y avoir cru. Tant pis pour moi…
Je reçois ce jour la Revue du Vin de France de mars 2013. A chacun d’évaluer la pertinence de la couverture.
Un bref dossier y est consacré aux crus du Muscadet.
Parmi les six exemples cités, Excelsior schistes de Goulaine 2007 du Domaine Pierre Luneau-Papin.
Pour les nostalgiques, ce vin était en dégustation le 19 janvier dernier.
Pour les amateurs férus de précisions techniques: âge des vignes: 70 ans, sélection massale, exposition de la parcelle au sud-est, en coteaux et sur micaschistes. 36 mois d’élevage en cuves (pas de passage en bois), levures indigènes du terroir, vendanges manuelles, rendements de 40 hectolitres/hectare. Alcool: 12% (aucune chaptalisation).
Pour les amateurs de très bons vins originaux, trois bouteilles sont disponibles au prix de € 16,91 la bouteille. A bon entendeur…
Merci à Lilian Bauchet à qui j’emprunte une étiquette – j’ai bien ri !
Donc, non et encore non, le Beaujolais ne goûte pas la banane. Cela dit, il est facile pour le vinificateur d’acheter de la poudre de perlimpinpin, type 71B. Comptez € 20 le paquet de 500 grammes et hop! quelques milliers de bouteilles ‘délicatement’ aromatisées…et tellement banales.
Nous sommes aux antipodes de cet univers chimico-commercial avec les vins de Lilian Bauchet, de Paul-Henri Thillardon et d’Eric Janin. Je suis fier de vous présenter leur millésime 2011, décliné en huit cuvées, remplies à ras bord de plaisir et de saveurs.
100% gamay, bien entendu. Mais les caractéristiques du cépage passent au second plan, au profit de l’expression des terroirs, des vieilles vignes et du talent des vignerons.
Leurs démarches sont fortement inspirées par les principes de l’agriculture biologique et par une volonté d’élaborer des vins digestes, d’un alcool modéré (12% à 13%), susceptibles de s’améliorer avec le temps qui passe. Plus tu le goûtes, plus tu le goûtes.
Certaines cuvées sont magnifiques de finesse (les Blémonts, le Clos du Tremblay, le Clos des Bachelards), d’autres offrent une virilité plus affirmée (les Greneriers, les Vaches/Jolie Fleur, Les Carrières), aucune ne vous laissera indifférents. Ce serait dommage de ne pas goûter…
Mon offre est valable du 12 au 18 février 2013 inclus.
Rassurez-vous, pas de politique, mais un constat: le vignoble du Roussillon (autour de Perpignan) est de plus en plus souvent surnommé Catalogne-nord. Une identité catalane, par-dessus les Pyrénées, au travers d’une langue et de quelques cépages: grenache (garnatxa), carignan (carinyena) et syrah qui se plantent communément des deux côtés de la frontière.
J’accueille ce mercredi soir un groupe d’amateurs autour de 12 vins (rouges) catalans. Les voici:
1 Mas Igneus – Barranc dels Closos 2009 Priorat
2 Rectorie – Côté Mer 2009 Collioure
3 Bàrbara Forés – Coma d’En Pou 2008 Terra Alta
4 Roc des Anges – vieilles vignes 2008 Côtes du Roussillon Villages
5 Albet i Noya – Reserva Marti 2007 Penedès
6 Roc des Anges – 1903 2007 vdp Pyrénées Orientales
7 Gauby – vieilles vignes 1998 Côtes du Roussillon Villages
8 Clos de l’Obac 1998 Priorat
9 Clos de l’Obac 1999 Priorat
10 Clos de l’Obac 2000 Priorat
11 Clos de l’Obac 2001 Priorat
12 Clos de l’Obac 2002 Priorat
Le Beaujolais, c’est environ 130 millions de bouteilles par an et un peu plus de 20.000 hectares de vignes, entre Mâcon et Lyon, plantées à 98% en cépage gamay. Les 2% restants, c’est du chardonnay qui sert à élaborer le rare Beaujolais blanc.
Officiellement rattaché à la Bourgogne viticole et administrativement à cheval entre les départements du Rhône (si, si) et de la Saône-et-Loire, le Beaujolais est célèbre jusqu’au Japon pour le ‘nouveau’, encore appelé ‘primeur’. Pour le meilleur et pour le pire. Surtout pour le pire.
Au sud, ce sont les paysages magnifiques des ‘pierres dorées‘. Au nord, les meilleurs terroirs qui produisent le Beaujolais-Villages.
Au coeur du Beaujolais-Villages, les dix crus. Pour les amateurs de jeux de société consacrés au vin et par ordre alphabétique: Brouilly, Chénas, Chiroubles, Côte de Brouilly, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié, Saint-Amour. L’élite du Beaujolais.
Il n’est pas autorisé de produire un cru sous la forme ‘nouveau’: déguster un cru du millésime 2012 n’est réglementairement possible qu’à partir de mars 2013. Les bons vignerons élèvent leurs cuvées bien plus longtemps que le minimum règlementaire.
Attention, exception pour le cru de la St-Valentin qui peut être commercialisé dès mi-janvier. Vous devinez pourquoi ?
Les crus les plus réputés, en particulier pour leur capacité à vieillir harmonieusement, sont le Moulin-à-Vent, le Morgon et le Côte-de-Brouilly. Les terroirs d’altitude de Chénas sont très proches, géographiquement et stylistiquement, des terroirs de Moulin-à-Vent. Fleurie est souvent présenté comme le plus féminin des crus du Beaujolais.
25 janvier 2013: vignes à Chénas (lieu-dit Les Brureaux)
J’arrive au village de Bouzeron avec quelques minutes d’avance. Le temps de m’imprégner de l’atmosphère et de faire quelques photos. Pierre de Benoist est au téléphone avec un journaliste et la conversation est animée. Il revient de la présélection des vins participants au Concours Général Agricole de Paris 2013.
Nous passons dans le caveau et voici que Stéphane Aladame, un vigneron de Montagny, vient apporter quelques bouteilles. En attendant, je converse avec le vieux chien de la maison.
Nous goûtons d’abord Bouzeron 2011. L’une des deux appellations bourguignonnes à n’être ni pinot noir, ni chardonnay. Je laisse au lecteur le soin de découvrir la seconde…
Donc, Bouzeron et cépage aligoté. En voilà un qui n’a pas toujours eu bonne presse: outre le fait d’être plus capricieux et plus difficile à vinifier que le chardonnay, il doit sa réputation au kir, encore appelé ‘blanc-cassis’. Au milieu du XXe siècle, il y avait crise à la fois pour l’aligoté et pour la crème de cassis. Le mélange des deux s’avère une grande réussite commerciale. Evidemment, le goût du vin ne joue qu’un rôle accessoire et cela n’a pas vraiment favoriser la qualité.
Oubliez le paragraphe précédent: sur les coteaux de Bouzeron, l’aligoté (la variante dorée, pour être précis) se révèle comme un cépage capable de grandes choses: classé dans la catégorie des cépages aromatiques (comme le sauvignon et le gewürztraminer), il se délecte ici de sols maigres, à forte teneur en calcaire, en altitude (300 mètres).
Ce Bouzeron 2011 est superbe de tension. Le Bourgogne blanc côte chalonnaise ‘Les Clous’ 2011 plus classique. Le Rully ‘Les Saint-Jacques’ 2011 très beau, sur des arômes de pêche.
Mon hôte attend un autre visiteur vers 16 heures, le temps passe et nous goûtons rapidement les rouges: Bourgogne côte chalonnaise ‘La Digoine’ et Mercurey ‘Les Montots’; un peu trop rapidement pour que je puisse me faire une opinion pertinente.
Le discours de Pierre de Benoist est poétique, philosophique et très maîtrisé: il évoque le vigneron en tant qu’explorateur du temps passé et futur. Il explique l’absence de table de tri par la responsabilisation des vendangeurs qui en découle. Il réfléchit à la possibilité de produire à l’avenir deux cuvées de Bouzeron, en isolant une parcelle de haut de coteau, entourée d’arbres.
Les principes de l’agriculture biologique sont appliqués au Domaine depuis 1986.
2011, millésime compliqué en raison d’une météo très instable, a néanmoins donné ici d’excellents vins: des vignes saines et fortes sont manifestement mieux à même de résister aux aléas climatiques. De quoi renforcer les convictions ‘bio’ du Domaine.
Ah oui, la seconde appellation, c’est St-Bris, en Chablisien: 100% sauvignon.
truffes noires (source: le blog de la Table de Chaintré)
Vendredi soir. Je m’offre un petit extra. Même si dîner seul au restaurant n’est pas exactement ma tasse de thé. Le village est assoupi, l’église domine la place. Beaucoup de quiétude et de charme. La salle est sympathique, je suis le premier couvert.
Très bon repas (menu unique à € 55) autour d’un thème ‘tuber melanosporum‘, autrement dit la truffe noire d’hiver.
On commence par trois mises en bouche: velouté de moules de bouchot, petit cake de crevettes grises à l’avocat (bof) et surtout un superbe feuilleté au foie gras !
Mes plats préférés: l’écrasée de pommes de terre à la truffe noire (simple sans doute, mais tellement bon) et la côte de veau (très belle viande, légumes au diapason).
Le fois gras était excellent, mais la complexité technique du premier plat m’a décontenancé. Très belle combinaison St-Jacques, carottes et truffe, mais les St-Jacques m’ont semblé OK, sans plus.
Je garde un excellent souvenir du troisième petit dessert, combinant sorbet chocolat et grué.
Superbe carte des vins: mon choix s’est porté sur le Mâcon-Chaintré ‘les serreudières’ 2011 de Dominique Cornin (€ 38): très bien !
Marbré de foie gras
St-Jacques, carottes, truffe
Côte de veau
truffes noires (source: le blog de la Table de Chaintré)
Xavier de Boissieu et la preuve qu’il vient de recevoir un Belge.
Quel lieu magnifique ! Et quels vins magnifiques ! Dès le Beaujolais blanc qui ouvre la dégustation, je suis sous le charme. Intensité, précision, fraîcheur !
Bon, revenons à la chronologie de ma visite: je suis accueilli par Xavier de Boissieu, en pleins préparatifs pour les fêtes de la St-Vincent locale. Nous commençons par nous promener autour du château, pour mieux cerner les différents terroirs. Nous sommes administrativement à Leynes, en Saône-et-Loire et donc en Bourgogne. Les vignes du Domaine sont sur Leynes, Chaintré et Fuissé. La frontière entre Mâconnais et Beaujolais.
A Chaintré, nous sommes dans l’appellation Pouilly-Fuissé. Leynes appartient à la zone de production du Beaujolais. Mais, à Chaintré, on élabore également du Mâcon et à Leynes, on fait aussi…du St-Véran !
La dégustation commence donc par un très beau Beaujolais blanc ‘les vignes de la roche’ 2011. Je ne suis pas seul à apprécier: RVF n°563
La gamme des Pouilly-Fuissé s’ouvre par le lieu-dit ‘Maison du Villard’ 2010. Nous discutons biodynamie, Xavier ayant fait ce choix dès 2007. Pas de foi aveugle en les préceptes de la biodynamie, mais une observation méticuleuse des résultats: à cette fin, une très petite parcelle, non-biodynamique, sert de témoin. Xavier m’indique qu’une dégustation comparative ne laisse que très peu de doutes sur l’impact positif de la biodynamie.
Nous abordons le Pouilly-Fuissé ‘Jean-Jacques de Boissieu‘ 2010, vinifié en fût: la matière est ample, riche et onctueuse. Un style nettement différent de la Maison du Villard.
Puis, voici la cuvée de Pouilly-Fuissé ‘vers Châne’ 2008. Ce vin, issu d’un millésime plus ancien, n’a pas le droit de revendiquer la biodynamie, puisque le processus de reconversion d’un vignoble prend plusieurs années. Et pourtant…quel grand vin ! Pur, précis, ‘vertical’.
Je ne suis pas au bout de mes -bonnes- surprises: nous goûtons à présent une ‘bulle’, à la couleur légèrement rosée: c’est la cuvée Granit, élaborée à partir de gamay, en brut nature. C’est à la fois très sec et très fruité. Original et délicieux. Par comparaison, le Crémant de Bourgogne (100% chardonnay) paraît moins aérien, à cause d’une légère sucrosité. Cela dit, si les deux bulles avaient été servies dans l’ordre inverse, je n’aurais sans doute pas eu la même impression.
Le ‘Vermorel’, publié en 1894: un condensé d’informations éternelles
Les rouges sont épuisés à la vente et les nouveaux millésimes ne seront disponibles qu’au printemps prochain. Nous goûtons donc des échantillons, tirés en mini-bouteilles. Le ‘simple’ Beaujolais-Villages 2012 est superbe de fruit et d’épices. Le plaisir à l’état pur ! Nous concluons sur un moment intense, à savoir la dégustation du Beaujolais-Leynes ‘Jadis’ 2011. Vignes de 50 ans, rendements modestes, exposition sud et sud-est. Elevage en fûts anciens pendant plus d’un an. La remise au goût du jour d’un type de Beaujolais à l’honneur au XIXe siècle. Une expérience vraiment étonnante !
Mise à jour (09 mai): un contact avec Xavier de Boissieu m’apprend que les fermentations malolactiques ne sont pas encore terminées sur les Beaujolais 2012. Le risque étant que les vins ne soient pas en bouteilles mi-juin. Nous verrons bien ce que Dame Nature décide…
Mise à jour (04 juin): Dame Nature a tranché, ce sera pour plus tard…
Vendredi matin: je prends cette fois la route du village et de l’appellation Chénas. Une grande partie des vignobles de la commune de Chénas sont en appellation…Moulin-à-Vent, mais quelques vignes situées dans le village de La-Chapelle-Guichay sont en appellation Chénas. Vous suivez toujours ?
En résumé, Chénas, c’est petit (240 hectares), le plus petit des 10 crus du Beaujolais.
J’arrive donc au hameau des Brureaux. Un coup de téléphone plus tard, me voici reçu par Paul-Henri Thillardon. Nous sommes dans les bâtiments, récemment acquis, de l’ancien Domaine de Chassignol, du nom de la magnifique parcelle en coteau qui surplombe le site.
Promenade dans les vignes de Chassignol: attention à ne pas trébucher sur les ‘granits roses lardés de quartz’ qui signent ce terroir particulier. En voiture ensuite pour aller respirer l’air des autres parcelles du Domaine: Les Boccards, Les Blémonts et les Carrières. Le nom de cette dernière parcelle est d’une logique impitoyable, nous sommes en effet le nez sur une ancienne carrière qui protège les flancs du vignoble. Heureusement, chaque parcelle est d’un seul tenant. Cela facilite grandement les travaux de la vigne et cela réduit très sensiblement l’influence des traitements chimiques que des collègues-vignerons moins respectueux pourraient utiliser.
Câline
Sur le chemin du retour, un petit coucou à Câline, la jument que Paul-Henri et un collègue-vigneron ont acquise pour remplacer, chaque fois que possible, le tracteur.
Nous entrons dans le chai à barriques pour déguster: les 2012 d’abord, encours d’élevage. Les 2011 ensuite. Charles nous rejoints. Si j’ai correctement compris, dans peu de temps, Paul-Henri et Charles seront officiellement associés à la gestion du Domaine. Pour travailler 12 hectares, sans compter une petite parcelle de Chiroubles, ce n’est pas du luxe !
J’ai été très touché par Les Blémonts 2011, vin d’une magnifique allonge et d’une belle densité: les vieilles vignes s’expriment !
Il est 13 heures…une petite faim ? Nous voici dans un sympathique resto local (bondé !) devant une entrecôte qui met bien en valeur un Chénas 2010 d’un certain Thillardon. Soudain, coup d’oeil à la montre: mon rendez-vous suivant m’attend très bientôt ! J’oblige mes deux acolytes à vider leur café ‘cul sec’, je les pousse dans la Twingo, je bondis dans ma voiture dès que nous sommes revenus au Domaine. Oui, d’accord, ‘bondir’ n’est sans doute pas tout-à-fait exact, c’est une image…
Les vins du Domaine Thillardon sont en vente dans le magasin en-ligne.
Si vous cherchiez à faire une pause entre Nord-Beaujolais et Sud-Mâconnais, à quelques minutes de l’A6, de la Roche de Solutré et des vignobles…
Si vous souhaitiez être accueilli de façon particulièrement sympathique et dormir dans un lit plus qu’original…
Si la présence de vieux murs, de vues magnifiques, de deux juments et d’un âne illumine votre visage d’un sourire…
…permettez-moi de recommander la chambre d’hôtes du Vieux Château de Leynes. Cet ancien prieuré appartenant aux moines de l’Abbaye de Tournus a un charme fou et surplombe le centre du joli village de Leynes. Martine Chabot vous y recevra de très agréable façon.
Le lieu-dit ‘Les Bachelards’ est à l’entrée du village de Fleurie, quand on arrive de Romanèche par la D32. Facile. Merci GPS, je ne peux pas me tromper. Quoique.
Point de trace d’un écriteau vineux. Demi-tour. Pas mieux. Je me gare sur une petite place. Balade. Putain de vent du nord. Mais que voici une voie au nom sympathique: rue de l’Abbaye d’Arpaye. Et un bâtiment qui aurait parfaitement le droit de revendiquer le titre de château.
J’y suis ! 14h30 tapantes. Décidément, je ne me refais pas…
Je suis accueilli par Lilian Bauchet, le nouveau ‘châtelain’. Alors qu’il dirigeait une entreprise d’informatique en région parisienne, il a dû faire quelques ‘mauvaises rencontres’. Et ne voilà-t-il pas qu’il revend sa société et qu’il rachète bâtiment et vignes en plein coeur du Beaujolais ! Depuis 2009, il y fait du vin. Comme il le sent et comme il en a envie. Vachement bio.
Comme le ‘châtelain’ est surtout à la vigne pour tailler, bichonner et vendanger, la population locale s’interroge: propriétaire ou exploitant ? Les deux ?!
Lilian me fait patienter quelques instants dans sa -superbe- cave. Lorsqu’il revient, c’est le bac, rouge, plastique et coca-colaïque à la main: est-ce bien raisonnable ? Bon, le bac, héritage du précédent propriétaire, fait office de transporte-Fleurie. Je n’ai pas pris de photo compromettante…
On attaque avec le Fleurie Clos des Bachelards 2010, puis le même en 2011. Je proclame 2011 vainqueur aux points: l’effet du millésime, mais aussi un an d’expérience de plus dans le chef du vigneron. Puis la cuvée ‘dont-le-nom-varie’ autour d’un thème bovin. Autrement dit, la parcelle n’a pas toujours porté la vigne. Parfois, l’étiquette mentionne ‘Les Vaches’ (c’est clair et à ma portée), parfois elle mentionne ‘Jolie Fleur’ (c’est plus poétique, mais Lilian a dû rafraîchir mon Brassens pour que je comprenne…).
Nous goûtons ensuite un somptueux Moulin-à-Vent, puis une cuvée 2010, déclarée en vin de France sous le nom des ‘Chemins de Traverse’: entrée dans un monde sauvage, voire légèrement bestial; ça secoue, mais qu’est-ce que je m’amuse !
Après, c’est au tour des foudres et des cuves. Exercice périlleux pour le profane. La discussion bat son plein, sur le thème de l’acidité volatile et sur celui de la réduction. To sulphur or not to sulphur, that’s the question.
En tous cas, il y aura de beaux 2012. Mais pas beaucoup (rengaine connue), vu les aléas météo-illogiques…
10h30. Jeudi 24 janvier. Il gèle et le vent du nord n’arrange rien. Nous sommes à La Chanillière, sur la commune de Romanèche-Thorins.
Cela ne vous dit rien ? Un indice: le vignoble est dominé (altitude: 258 mètres) par un moulin. Un moulin-à-vent…
…Moulin-à-Vent, l’un des 10 crus du Beaujolais et sans doute le plus célèbre.
Eric Janin me reçoit dans un petit caveau sympathique, juste à côté des fûts où le beaujolais blanc finit tranquillement sa seconde fermentation, dite ‘malo-lactique’: des bactéries transforment petit-à-petit l’acide malique, naturellement présent dans le jus de raisin, en acide lactique, plus faible que l’acide malique. Ainsi, l’acidité du vin diminue.
Pour ceux qui souhaiteraient rafraîchir leurs connaissances en chimie organique: COOH-CHOH-CH2-COOH ⇒ COOH-CHOH-CH3 + CO2 + énergie. Cette réaction se déroule plus facilement lorsque la température se monte à +/- 20 degrés, d’où le petit radiateur électrique qui réchauffe la pièce…et qui nous fait bénéficier de la chaleur qu’il produit pendant notre dégustation !
Dégustation ? Nous commençons par le Beaujolais-Villages rouge ‘Les Jumeaux’ 2011. Parfaitement bien en place, harmonieux, équilibré. Quelle belle ‘entrée de gamme’ ! Petite parcelle, avec la conséquence que le vin est épuisé à la vente. Dommage.
Un amateur savoyard nous rejoint. Nous passons à la cuvée emblématique du domaine: le Moulin-à-Vent ‘Les Vignes du Tremblay’. Puis les deux cuvées parcellaires: le Clos du Tremblay et la nouvelle cuvée Les Greneriers (premier millésime en 2009, vignes centenaires).
Le Clos du Tremblay
Sur ce millésime 2011, Greneriers paraît déjà prêt, alors que Le Clos mérite incontestablement de passer quelques années dans une bonne cave. J’ai le souvenir de l’inverse sur le millésime 2010. Comme quoi, deux terroirs différents et deux météo’s différentes produisent des vins…différents !
Nous finissons par la cuvée de blanc: Beaujolais-Villages Les Jumeaux (100% chardonnay). De jeunes vignes, avec un élevage qui le rend consensuel et accessible. Bon et produit en petites quantités. Donc, épuisé à la vente.
Eric Janin n’est pas un ‘obsédé du tout bio’: il ne cache pas l’utilisation de levures sélectionnées (non-aromatiques) pour donner un coup de main aux levures indigènes. Cela dit, vendanges manuelles, très peu de soufre, composts agréés bio, etc…
Les pratiques et les vinifications sont traditionnelles, inspirées par le père et le grand-père d’Eric. Evolution, pas révolution. Un style serein et classique.
Le millésime 2012, comme pour tant d’autres domaines, est avant tout caractérisé par de très faibles rendements. Peu de vin donc. Ne laissons pas passer les 2011…
Je m’en vais donc braver froid, neige, verglas, blizzard, avalanches, tremblements de terre et fin du monde. Enfin, plus simplement, je monte sur l’autoroute à Berchem-Ste-Agathe et j’en redescends à Beaune, 610 kilomètres plus au sud. De là, Pommard, Volnay, Meursault, Puligny et …Bouzeron. Rendez-vous avec Pierre de Benoist (Domaine de Villaine) à 15 heures. Vins de Rully, de Mercurey et du village de Bouzeron, capitale officieuse du cépage aligoté.
Titre provocateur ? Oui et non. Disons qu’il faut faire un tri entre les -très nombreux- vins destinés à désaltérer les habitués du comptoir et les vins -plus rares- destinés à donner du plaisir, à rythmer une conversation, à faire ressentir la spécificité d’un terroir et d’un cépage.
Ces vins-ci sont un peu plus chers ? Oui. Et c’est bien normal ! Il y a des ‘trucs’ pour produire du vin pas cher, par exemple assommer la vigne à coups redoublés de produits phytosanitaires (bel adjectif, inoffensif, auquel je préfère néanmoins la transparence du mot juste: pesticides). Après le choc chimique, le viticulteur peut aller à la pêche en attendant les vendanges…
Fred Niger Van Herck a racheté en 2010 le Domaine de L’Ecu à son propriétaire historique, Guy Bossard. Ici, la viticulture ‘bio’ est une évidence, pratiquée depuis …1975. Et le passage à la biodynamie date de 1998. Un vrai travail de pionnier ! Le sol est VIVANT ! Le raisin est VIVANT ! Guy et Fred sont VIVANTS ! Et, ô surprise, les vins sont VIVANTS !
Prenons Orthogneiss 2010. OK, je concède que le nom de cette cuvée sonne ‘compliqué’ (et c’est Monsieur Anthocyane qui l’affirme), mais il indique avec précision la nature du sous-sol sur lequel poussent les vignes. En l’occurrence, 3 hectares de vieilles vignes (+/- 50 ans). Dans le verre, pamplemousse, notes salines, finesse, subtilité. A déboucher dès maintenant, mais peut être gardé plusieurs années.
Gneiss 2010, pour une comparaison instructive avec le précédent: même lieu géographique (à quelques centaines de mètres près), même cépage (le fameux ‘melon de Bourgogne’), même élevage, même vigneron, même millésime. Et pourtant un autre vin, aux notes florales et salines. Des nuances d’agrumes et d’amande. A déboucher dès maintenant, mais peut être gardé plusieurs années.
On change encore de rocher avec Granite 2011 pour monter en puissance, en amplitude. Grand vin, dans un millésime habituellement plus difficile que 2010. Comme quoi, des vignes heureuses s’accommodent mieux d’une météo mitigée. Des notes fumées et beaucoup de persistance en bouche.
La Divina
Après trois gorgées de pur melon, voici quelques millions de bulles dans La Divina, un assemblage de chardonnay (30%), folle blanche (30%), melon, cabernet et pinot noir. Jeunes vignes sur sous-sols de gneiss et d’orthogneiss. De mon point de vue, mieux vaut mettre quelques minutes en carafe pour domestiquer la bulle, un peu enthousiaste à ma première gorgée. Dès que la bulle se fond dans la matière du vin …un vrai délice !
…Taurus 2010 ? Je laisse la parole à Guy et Fred: « Nous avons apporté un soin particulier à sublimer le melon de Bourgogne au travers de cette cuvée rare. Faites-lui les honneurs d’un homard ou d’une poularde crémée. Carafez et dégustez, la surprise est au bout des lèvres ». Et la Revue du vin de France affirme en septembre 2012: « Notre plus grande émotion est réservée à la cuvée Taurus. Un blanc profond, d’un potentiel de garde d’une dizaine d’années, tout en retenue, avec une énergie canalisée par une tension minérale et une finale racée et saline. Une grande bouteille ! ».
Taurus…au frais !
A dire vrai, certains pourraient considérer que ce Taurus n’est pas vraiment un Muscadet ‘typique’ parce qu’il joue dans la même cour qu’un Puligny-Montrachet…
Avant de franchir le kilomètre qui sépare le Domaine de L’Ecu du Domaine Pierre Luneau-Papin, voici un lien pour ceux qui auraient l’envie d’approfondir leurs connaissances, en particulier géologiques: attention, c’est du lourd !
…Pendant que les plus courageux d’entre nous s’instruisent, reprenons la promenade, en compagnie cette fois de Pierre-Marie Luneau: l’enthousiasme, le dynamisme et la joie coulent à flots et la cuvée vieilles vignes Pierre de la Grange 2011 traduit parfaitement l’état d’esprit du vigneron. Vendanges manuelles, vignes de plus de 35 ans, parcelle en exposition sud pour un vin légèrement perlant, au profil frais, guilleret et énergique. A déboucher séance tenante, ici et maintenant, en accompagnement de poissons ou d’une cuisine asiatique.
Pierre-Marie Luneau
Ah, voici la cuvée Le L d’Or de Pierre Luneau 2010, celle qui a fait la réputation du Domaine, un archétype du bon Muscadet équilibré. A boire dès maintenant ou à cacher quelques années, au frais et au silence, pour découvrir dans 5 ou 10 ans un autre vin, marqué par la roche sur laquelle ont poussé les vignes. Je fais le pari qu’à l’aveugle, le mot ‘riesling’ sera prononcé…
Terre de Pierre et serpentinite de la Butte de la Roche
Nous voici au Loroux-Bottereau. Mais pas dans le village: nous grimpons vers le sommet de la Butte de la Roche. De là-haut, la vue est splendide: Nantes à l’ouest, le marais de Goulaine et tous les clochers de la région. A nos pieds, la ‘serpentinite’. Heureusement, elle n’est pas venimeuse, elle est rocheuse.
Une roche très particulière, magmatique, qui permet à la famille Luneau-Papin de nous proposer Terre de Pierre 2010, un grand Muscadet, un grand vin, tranchant, fin, un ‘pur jus de caillou’. A ne pas mettre entre toutes les mains. En tous cas à déguster en prenant son temps et en respectant quelques instants de silence. Merci.
« C’est bien connu, le Muscadet, ça n’est pas destiné à être gardé ». Chacun peut choisir soit d’y croire, soit de goûter Excelsior ‘schistes de Goulaine’ 2007. Très vieilles vignes, plantées avant 1940. Exposition plein sud, vendanges manuelles, levures indigènes, élevage du vin en cuves pendant 36 mois, bâtonnage. Le vin est ample, d’une couleur intense, parfaitement sec et pourtant onctueux, épicé. D’ici quelques mois, ce terroir sera officiellement promu au rang de ‘cru communal’. Une consécration pour les efforts déployés.
Pour conclure, échangeons le melon contre la Folle Blanche 2011. Changement de cépage, changement radical de style. La folle blanche, c’est le cépage avec lequel on produit tant l’Armagnac que le mésestimé Gros Plant du Pays Nantais. Le registre est acide, salin, iodé: LE vin pour accompagner huîtres et coquillages.
Tous ces vins sont en dégustation ce samedi 19 janvier. Ils sont en vente du mardi 15 janvier au samedi 26 janvier inclus. L’offre peut être consultée ici.