Archives de catégorie : domaine

Vous rentrez des sports d’hiver ?

Voici ce qui a été particulièrement apprécié par ceux qui étaient en Belgique ce weekend et qui en ont profité pour venir goûter Fleurie, Chénas et Moulin-à-Vent.

  • Grande médaille d’or du concours international de Berchem-Ste-Agathe, prix spécial du public, palmes académiques et applaudissements nourris: Les Blémonts, Chénas, Paul-Henri Thillardon
  • Médaille d’or, prix de l’équilibre classique et indémodable: Le Clos du Tremblay, Moulin-à-Vent, Paul & Éric Janin
  • Médaille d’argent, prix de la bombe fruitée, mention spéciale pour la bouteille vide en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire: Moulin-à-Vent, Château des Bachelards
  • Médailles de bronze: Les Vignes du Tremblay, Moulin-à-Vent, Paul & Éric Janin et Clos des Bachelards, Fleurie, Château des Bachelards.

Comme dans tout concours ‘oeno’ qui se respecte, il y a beaucoup de médailles. Beaucoup d’appelés, beaucoup d’élus !

Je clôture les commandes ce lundi 18 février, en fin de soirée.

Mardi à l’aube, je repars dans le vignoble, à Gaillac et à Fronton, pas loin de Toulouse. Mes découvertes seront en dégustation le 16 mars.

Aventures en Beaujolais ou « ceci n’est pas une banane »

Merci à Lilian Bauchet à qui j’emprunte une étiquette – j’ai bien ri !

Donc, non et encore non, le Beaujolais ne goûte pas la banane. Cela dit, il est facile pour le vinificateur d’acheter de la poudre de perlimpinpin, type 71B. Comptez € 20 le paquet de 500 grammes et hop! quelques milliers de bouteilles ‘délicatement’ aromatisées…et tellement banales.

Nous sommes aux antipodes de cet univers chimico-commercial avec les vins de Lilian Bauchet, de Paul-Henri Thillardon et d’Eric Janin. Je suis fier de vous présenter leur millésime 2011, décliné en huit cuvées, remplies à ras bord de plaisir et de saveurs.

100% gamay, bien entendu. Mais les caractéristiques du cépage passent au second plan, au profit de l’expression des terroirs, des vieilles vignes et du talent des vignerons.

Leurs démarches sont fortement inspirées par les principes de l’agriculture biologique et par une volonté d’élaborer des vins digestes, d’un alcool modéré (12% à 13%), susceptibles de s’améliorer avec le temps qui passe. Plus tu le goûtes, plus tu le goûtes.

Certaines cuvées sont magnifiques de finesse (les Blémonts, le Clos du Tremblay, le Clos des Bachelards), d’autres offrent une virilité plus affirmée (les Greneriers, les Vaches/Jolie Fleur, Les Carrières), aucune ne vous laissera indifférents. Ce serait dommage de ne pas goûter…

Mon offre est valable du 12 au 18 février 2013 inclus.

 

Offre n°4: les crus du Beaujolais

vin (prix par bouteille, TVA comprise)

L’offre a été envoyée ce mardi 12 février, tous les vins sont en dégustation le samedi 16 février. Egalement le dimanche 17 février, entre 14 et 18h.

Il est possible de commander les vins jusqu’au lundi 18 février inclus.

Le bon de commande est accessible ici. Si vous ne retrouvez pas votre code personnel, demandez-le moi.

visite au Domaine de Villaine

J’arrive au village de Bouzeron avec quelques minutes d’avance. Le temps de m’imprégner de l’atmosphère et de faire quelques photos. Pierre de Benoist est au téléphone avec un journaliste et la conversation est animée. Il revient de la présélection des vins participants au Concours Général Agricole de Paris 2013.

Nous passons dans le caveau et voici que Stéphane Aladame, un vigneron de Montagny, vient apporter quelques bouteilles. En attendant, je converse avec le vieux chien de la maison.

Nous goûtons d’abord Bouzeron 2011. L’une des deux appellations bourguignonnes à n’être ni pinot noir, ni chardonnay. Je laisse au lecteur le soin de découvrir la seconde…

Donc, Bouzeron et cépage aligoté. En voilà un qui n’a pas toujours eu bonne presse: outre le fait d’être plus capricieux et plus difficile à vinifier que le chardonnay, il doit sa réputation au kir, encore appelé ‘blanc-cassis’. Au milieu du XXe siècle, il y avait crise à la fois pour l’aligoté et pour la crème de cassis. Le mélange des deux s’avère une grande réussite commerciale. Evidemment, le goût du vin ne joue qu’un rôle accessoire et cela n’a pas vraiment favoriser la qualité.

Oubliez le paragraphe précédent: sur les coteaux de Bouzeron, l’aligoté (la variante dorée, pour être précis) se révèle comme un cépage capable de grandes choses: classé dans la catégorie des cépages aromatiques (comme le sauvignon et le gewürztraminer), il se délecte ici de sols maigres, à forte teneur en calcaire, en altitude (300 mètres).

Ce Bouzeron 2011 est superbe de tension. Le Bourgogne blanc côte chalonnaise ‘Les Clous’ 2011 plus classique. Le Rully ‘Les Saint-Jacques’ 2011 très beau, sur des arômes de pêche.

Mon hôte attend un autre visiteur vers 16 heures, le temps passe et nous goûtons rapidement les rouges: Bourgogne côte chalonnaise ‘La Digoine’ et Mercurey ‘Les Montots’; un peu trop rapidement pour que je puisse me faire une opinion pertinente.

Le discours de Pierre de Benoist est poétique, philosophique et très maîtrisé: il évoque le vigneron en tant qu’explorateur du temps passé et futur. Il explique l’absence de table de tri par la responsabilisation des vendangeurs qui en découle. Il réfléchit à la possibilité de produire à l’avenir deux cuvées de Bouzeron, en isolant une parcelle de haut de coteau, entourée d’arbres.

Les principes de l’agriculture biologique sont appliqués au Domaine depuis 1986.

2011, millésime compliqué en raison d’une météo très instable, a néanmoins donné ici d’excellents vins: des vignes saines et fortes sont manifestement mieux à même de résister aux aléas climatiques. De quoi renforcer les convictions ‘bio’ du Domaine.

Ah oui, la seconde appellation, c’est St-Bris, en Chablisien: 100% sauvignon.

Visite et dégustation au Château de Lavernette

Xavier de Boissieu et la preuve qu’il vient de recevoir un Belge.

Quel lieu magnifique ! Et quels vins magnifiques !  Dès le Beaujolais blanc qui ouvre la dégustation, je suis sous le charme. Intensité, précision, fraîcheur !

Bon, revenons à la chronologie de ma visite: je suis accueilli par Xavier de Boissieu, en pleins préparatifs pour les fêtes de la St-Vincent locale. Nous commençons par nous promener autour du château, pour mieux cerner les différents terroirs. Nous sommes administrativement à Leynes, en Saône-et-Loire et donc en Bourgogne. Les vignes du Domaine sont sur Leynes, Chaintré et Fuissé. La frontière entre Mâconnais et Beaujolais.

A Chaintré, nous sommes dans l’appellation Pouilly-Fuissé. Leynes appartient à la zone de production du Beaujolais. Mais, à Chaintré, on élabore également du Mâcon et à Leynes, on fait aussi…du St-Véran !

La dégustation commence donc par un très beau Beaujolais blanc ‘les vignes de la roche’ 2011. Je ne suis pas seul à apprécier: RVF n°563

La gamme des Pouilly-Fuissé s’ouvre par le lieu-dit ‘Maison du Villard’ 2010. Nous discutons biodynamie, Xavier ayant fait ce choix dès 2007. Pas de foi aveugle en les préceptes de la biodynamie, mais une observation méticuleuse des résultats: à cette fin, une très petite parcelle, non-biodynamique, sert de témoin. Xavier m’indique qu’une dégustation comparative ne laisse que très peu de doutes sur l’impact positif de la biodynamie.

Nous abordons le Pouilly-Fuissé ‘Jean-Jacques de Boissieu2010, vinifié en fût: la matière est ample, riche et onctueuse. Un style nettement différent de la Maison du Villard.

Puis, voici la cuvée de Pouilly-Fuissé ‘vers Châne’ 2008. Ce vin, issu d’un millésime plus ancien, n’a pas le droit de revendiquer la biodynamie, puisque le processus de reconversion d’un vignoble prend plusieurs années. Et pourtant…quel grand vin ! Pur, précis, ‘vertical’.

Je ne suis pas au bout de mes -bonnes- surprises: nous goûtons à présent une ‘bulle’, à la couleur légèrement rosée: c’est la cuvée Granit, élaborée à partir de gamay, en brut nature. C’est à la fois très sec et très fruité. Original et délicieux. Par comparaison, le Crémant de Bourgogne (100% chardonnay) paraît moins aérien, à cause d’une légère sucrosité. Cela dit, si les deux bulles avaient été servies dans l’ordre inverse, je n’aurais sans doute pas eu la même impression.

Le ‘Vermorel’, publié en 1894: un condensé d’informations éternelles

Les rouges sont épuisés à la vente et les nouveaux millésimes ne seront disponibles qu’au printemps prochain. Nous goûtons donc des échantillons, tirés en mini-bouteilles. Le ‘simple’ Beaujolais-Villages 2012 est superbe de fruit et d’épices. Le plaisir à l’état pur ! Nous concluons sur un moment intense, à savoir la dégustation du Beaujolais-Leynes ‘Jadis’ 2011. Vignes de 50 ans, rendements modestes, exposition sud et sud-est. Elevage en fûts anciens pendant plus d’un an. La remise au goût du jour d’un type de Beaujolais à l’honneur au XIXe siècle. Une expérience vraiment étonnante !

Mise à jour (09 mai): un contact avec Xavier de Boissieu m’apprend que les fermentations malolactiques ne sont pas encore terminées sur les Beaujolais 2012. Le risque étant que les vins ne soient pas en bouteilles mi-juin. Nous verrons bien ce que Dame Nature décide…

Mise à jour (04 juin): Dame Nature a tranché, ce sera pour plus tard…

Visite au Domaine Paul-Henri Thillardon

Paul-Henri et Charles Thillardon

Vendredi matin:  je prends cette fois la route du village et de l’appellation Chénas.  Une grande partie des vignobles de la commune de Chénas sont en appellation…Moulin-à-Vent, mais quelques vignes situées dans le village de La-Chapelle-Guichay sont en appellation Chénas. Vous suivez toujours ?

En résumé, Chénas, c’est petit (240 hectares), le plus petit des 10 crus du Beaujolais.

J’arrive donc au hameau des Brureaux. Un coup de téléphone plus tard, me voici reçu par Paul-Henri Thillardon. Nous sommes dans les bâtiments, récemment acquis, de l’ancien Domaine de Chassignol, du nom de la magnifique parcelle en coteau qui surplombe le site.

Chassignol, granit lardé (source: vin-terre-net.com)

Promenade dans les vignes de Chassignol: attention à ne pas trébucher sur les ‘granits roses lardés de quartz’ qui signent ce terroir particulier. En voiture ensuite pour aller respirer l’air des autres parcelles du Domaine: Les Boccards, Les Blémonts et les Carrières. Le nom de cette dernière parcelle est d’une logique impitoyable, nous sommes en effet le nez sur une ancienne carrière qui protège les flancs du vignoble. Heureusement, chaque parcelle est d’un seul tenant. Cela facilite grandement les travaux de la vigne et cela réduit très sensiblement l’influence des traitements chimiques que des collègues-vignerons moins respectueux pourraient utiliser.

Câline

Sur le chemin du retour, un petit coucou à Câline, la jument que Paul-Henri et un collègue-vigneron ont acquise pour remplacer, chaque fois que possible, le tracteur.

Nous entrons dans le chai à barriques pour déguster: les 2012 d’abord, encours d’élevage. Les 2011 ensuite. Charles nous rejoints. Si j’ai correctement compris, dans peu de temps, Paul-Henri et Charles seront officiellement associés à la gestion du Domaine. Pour travailler 12 hectares, sans compter une petite parcelle de Chiroubles, ce n’est pas du luxe !

J’ai été très touché par Les Blémonts 2011, vin d’une magnifique allonge et d’une belle densité: les vieilles vignes s’expriment !

Il est 13 heures…une petite faim ? Nous voici dans un sympathique resto local (bondé !) devant une entrecôte qui met bien en valeur un Chénas 2010 d’un certain Thillardon. Soudain, coup d’oeil à la montre: mon rendez-vous suivant m’attend très bientôt ! J’oblige mes deux acolytes à vider leur café ‘cul sec’, je les pousse dans la Twingo, je bondis dans ma voiture dès que nous sommes revenus au Domaine. Oui, d’accord, ‘bondir’ n’est sans doute pas tout-à-fait exact, c’est une image…

Les vins du Domaine Thillardon sont en vente dans le magasin en-ligne.

 

visite au Château des Bachelards

Le lieu-dit ‘Les Bachelards’ est à l’entrée du village de Fleurie, quand on arrive de Romanèche par la D32. Facile. Merci GPS, je ne peux pas me tromper. Quoique.

Point de trace d’un écriteau vineux. Demi-tour. Pas mieux. Je me gare sur une petite place. Balade. Putain de vent du nord. Mais que voici une voie au nom sympathique: rue de l’Abbaye d’Arpaye. Et un bâtiment qui aurait parfaitement le droit de revendiquer le titre de château.

J’y suis ! 14h30 tapantes. Décidément, je ne me refais pas…

Je suis accueilli par Lilian Bauchet, le nouveau ‘châtelain’. Alors qu’il dirigeait une entreprise d’informatique en région parisienne, il a dû faire quelques ‘mauvaises rencontres’. Et ne voilà-t-il pas qu’il revend sa société et qu’il rachète bâtiment et vignes en plein coeur du Beaujolais ! Depuis 2009, il y fait du vin. Comme il le sent et comme il en a envie. Vachement bio.

Comme le ‘châtelain’ est surtout à la vigne pour tailler, bichonner et vendanger, la population locale s’interroge: propriétaire ou exploitant ? Les deux ?!

Lilian me fait patienter quelques instants dans sa -superbe- cave. Lorsqu’il revient, c’est le bac, rouge, plastique et coca-colaïque à la main: est-ce bien raisonnable ? Bon, le bac, héritage du précédent propriétaire, fait office de transporte-Fleurie. Je n’ai pas pris de photo compromettante…

On attaque avec le Fleurie Clos des Bachelards 2010, puis le même en 2011. Je proclame 2011 vainqueur aux points: l’effet du millésime, mais aussi un an d’expérience de plus dans le chef du vigneron. Puis la cuvée ‘dont-le-nom-varie’ autour d’un thème bovin. Autrement dit, la parcelle n’a pas toujours porté la vigne. Parfois, l’étiquette mentionne ‘Les Vaches’ (c’est clair et à ma portée), parfois elle mentionne ‘Jolie Fleur’ (c’est plus poétique, mais Lilian a dû rafraîchir mon Brassens pour que je comprenne…).

Nous goûtons ensuite un somptueux Moulin-à-Vent, puis une cuvée 2010, déclarée en vin de France sous le nom des ‘Chemins de Traverse’: entrée dans un monde sauvage, voire légèrement bestial; ça secoue, mais qu’est-ce que je m’amuse !

Après, c’est au tour des foudres et des cuves. Exercice périlleux pour le profane. La discussion bat son plein, sur le thème de l’acidité volatile et sur celui de la réduction. To sulphur or not to sulphur, that’s the question.

En tous cas, il y aura de beaux 2012. Mais pas beaucoup (rengaine connue), vu les aléas météo-illogiques…

 

visite au Domaine Paul & Eric Janin

Eric Janin

10h30. Jeudi 24 janvier. Il gèle et le vent du nord n’arrange rien. Nous sommes à La Chanillière, sur la commune de Romanèche-Thorins.

Cela ne vous dit rien ? Un indice: le vignoble est dominé (altitude: 258 mètres) par un moulin. Un moulin-à-vent…

…Moulin-à-Vent, l’un des 10 crus du Beaujolais et sans doute le plus célèbre.

Eric Janin me reçoit dans un petit caveau sympathique, juste à côté des fûts où le beaujolais blanc finit tranquillement sa seconde fermentation, dite ‘malo-lactique’: des bactéries transforment petit-à-petit l’acide malique, naturellement présent dans le jus de raisin, en acide lactique, plus faible que l’acide malique. Ainsi, l’acidité du vin diminue.

Pour ceux qui souhaiteraient rafraîchir leurs connaissances en chimie organique: COOH-CHOH-CH2-COOH ⇒ COOH-CHOH-CH3 + CO2 + énergie. Cette réaction se déroule plus facilement lorsque la température se monte à +/- 20 degrés, d’où le petit radiateur électrique qui réchauffe la pièce…et qui nous fait bénéficier de la chaleur qu’il produit pendant notre dégustation !

Dégustation ? Nous commençons par le Beaujolais-Villages rouge ‘Les Jumeaux’ 2011. Parfaitement bien en place, harmonieux, équilibré. Quelle belle ‘entrée de gamme’ ! Petite parcelle, avec la conséquence que le vin est épuisé à la vente. Dommage.

Un amateur savoyard nous rejoint. Nous passons à la cuvée emblématique du domaine: le Moulin-à-Vent ‘Les Vignes du Tremblay’. Puis les deux cuvées parcellaires: le Clos du Tremblay et la nouvelle cuvée Les Greneriers (premier millésime en 2009, vignes centenaires).

Le Clos du Tremblay

Sur ce millésime 2011, Greneriers paraît déjà prêt, alors que Le Clos mérite incontestablement de passer quelques années dans une bonne cave. J’ai le souvenir de l’inverse sur le millésime 2010. Comme quoi, deux terroirs différents et deux météo’s différentes produisent des vins…différents !

Nous finissons par la cuvée de blanc: Beaujolais-Villages Les Jumeaux (100% chardonnay). De jeunes vignes, avec un élevage qui le rend consensuel et accessible. Bon et produit en petites quantités. Donc, épuisé à la vente.

Eric Janin n’est pas un ‘obsédé du tout bio’: il ne cache pas l’utilisation de levures sélectionnées (non-aromatiques) pour donner un coup de main aux levures indigènes. Cela dit, vendanges manuelles, très peu de soufre, composts agréés bio, etc…

Les pratiques et les vinifications sont traditionnelles, inspirées par le père et le grand-père d’Eric. Evolution, pas révolution. Un style serein et classique.

Le millésime 2012, comme pour tant d’autres domaines, est avant tout caractérisé par de très faibles rendements. Peu de vin donc. Ne laissons pas passer les 2011…

Domaine Paul & Eric Janin

Cap sur la Bourgogne-sud et le Beaujolais

Je m’en vais donc braver froid, neige, verglas, blizzard, avalanches, tremblements de terre et fin du monde. Enfin, plus simplement, je monte sur l’autoroute à Berchem-Ste-Agathe et j’en redescends à Beaune, 610 kilomètres plus au sud. De là, Pommard, Volnay, Meursault, Puligny et …Bouzeron. Rendez-vous avec Pierre de Benoist (Domaine de Villaine) à 15 heures. Vins de Rully, de Mercurey et du village de Bouzeron, capitale officieuse du cépage aligoté.

Mon programme de jeudi et de vendredi figure ici

Les vins des Huards et des Bois Vaudons sont arrivés…

…et vos commandes sont prêtes.

Chaque carton porte votre nom, votre code personnel et votre numéro de facture.

A samedi !

Profitez-en pour déguster les Muscadets du Domaine de L’Ecu et du Domaine Pierre Luneau-Papin.

 

Muscadet: grand vin de France

Titre provocateur ? Oui et non. Disons qu’il faut faire un tri entre les -très nombreux- vins destinés à désaltérer les habitués du comptoir et les vins -plus rares- destinés à donner du plaisir, à rythmer une conversation, à faire ressentir la spécificité d’un terroir et d’un cépage.

Ces vins-ci sont un peu plus chers ? Oui. Et c’est bien normal ! Il y a des ‘trucs’ pour produire du vin pas cher, par exemple assommer la vigne à coups redoublés de produits phytosanitaires (bel adjectif, inoffensif, auquel je préfère néanmoins la transparence du mot juste: pesticides). Après le choc chimique, le viticulteur peut aller à la pêche en attendant les vendanges…

Il y a d’autres ‘trucs’, mais, stop, je déraille: mon voyage en Pays Nantais m’a permis de goûter, entre autres, les vins de Fred Niger Van Herck et de Pierre-Marie Luneau.

Guy et Fred (source: passionvin)

Fred Niger Van Herck a racheté en 2010 le Domaine de L’Ecu à son propriétaire historique, Guy Bossard. Ici, la viticulture ‘bio’ est une évidence, pratiquée depuis …1975. Et le passage à la biodynamie date de 1998. Un vrai travail de pionnier ! Le sol est VIVANT ! Le raisin est VIVANT ! Guy et Fred sont VIVANTS ! Et, ô surprise, les vins sont VIVANTS !

Prenons Orthogneiss 2010. OK, je concède que le nom de cette cuvée sonne ‘compliqué’ (et c’est Monsieur Anthocyane qui l’affirme), mais il indique avec précision la nature du sous-sol sur lequel poussent les vignes. En l’occurrence, 3 hectares de vieilles vignes (+/- 50 ans). Dans le verre, pamplemousse, notes salines, finesse, subtilité. A déboucher dès maintenant, mais peut être gardé plusieurs années.

Gneiss 2010, pour une comparaison instructive avec le précédent: même lieu géographique (à quelques centaines de mètres près), même cépage (le fameux ‘melon de Bourgogne’), même élevage, même vigneron, même millésime. Et pourtant un autre vin, aux notes florales et salines. Des nuances d’agrumes et d’amande. A déboucher dès maintenant, mais peut être gardé plusieurs années.

On change encore de rocher avec Granite 2011 pour monter en puissance, en amplitude. Grand vin, dans un millésime habituellement plus difficile que 2010. Comme quoi, des vignes heureuses s’accommodent mieux d’une météo mitigée. Des notes  fumées et beaucoup de persistance en bouche.

La Divina

Après trois gorgées de pur melon, voici quelques millions de bulles dans La Divina, un assemblage de chardonnay (30%), folle blanche (30%), melon, cabernet et pinot noir. Jeunes vignes sur sous-sols de gneiss et d’orthogneiss. De mon point de vue, mieux vaut mettre quelques minutes en carafe pour domestiquer la bulle, un peu enthousiaste à ma première gorgée. Dès que la bulle se fond dans la matière du vin …un vrai délice !

Taurus 2010 ? Je laisse la parole à Guy et Fred: « Nous avons apporté un soin particulier à sublimer le melon de Bourgogne au travers de cette cuvée rare. Faites-lui les honneurs d’un homard ou d’une poularde crémée. Carafez et dégustez, la surprise est au bout des lèvres ». Et la Revue du vin de France affirme en septembre 2012: « Notre plus grande émotion est réservée à la cuvée Taurus. Un blanc profond, d’un potentiel de garde d’une dizaine d’années, tout en retenue, avec une énergie canalisée par une tension minérale et une finale racée et saline. Une grande bouteille ! ».

Taurus…au frais !

A dire vrai, certains pourraient considérer que ce Taurus n’est pas vraiment un Muscadet ‘typique’ parce qu’il joue dans la même cour qu’un Puligny-Montrachet…

Avant de franchir le kilomètre qui sépare le Domaine de L’Ecu du Domaine Pierre Luneau-Papin, voici un lien pour ceux qui auraient l’envie d’approfondir leurs connaissances, en particulier géologiques: attention, c’est du lourd !

…Pendant que les plus courageux d’entre nous s’instruisent, reprenons la promenade, en compagnie cette fois de Pierre-Marie Luneau: l’enthousiasme, le dynamisme et la joie coulent à flots et la cuvée vieilles vignes Pierre de la Grange 2011 traduit parfaitement l’état d’esprit du vigneron. Vendanges manuelles, vignes de plus de 35 ans, parcelle en exposition sud pour un vin légèrement perlant, au profil frais, guilleret et énergique. A déboucher séance tenante, ici et maintenant, en accompagnement de poissons ou d’une cuisine asiatique.

Pierre-Marie Luneau

Ah, voici la cuvée Le L d’Or de Pierre Luneau 2010, celle qui a fait la réputation du Domaine, un archétype du bon Muscadet équilibré. A boire dès maintenant ou à cacher quelques années, au frais et au silence, pour découvrir dans 5 ou 10 ans un autre vin, marqué par la roche sur laquelle ont poussé les vignes. Je fais le pari qu’à l’aveugle, le mot ‘riesling’ sera prononcé…

Terre de Pierre et serpentinite de la Butte de la Roche

Nous voici au Loroux-Bottereau. Mais pas dans le village: nous grimpons vers le sommet de la Butte de la Roche. De là-haut, la vue est splendide: Nantes à l’ouest, le marais de Goulaine et tous les clochers de la région. A nos pieds, la ‘serpentinite’. Heureusement, elle n’est pas venimeuse, elle est rocheuse.

Une roche très particulière, magmatique, qui permet à la famille Luneau-Papin de nous proposer Terre de Pierre 2010, un grand Muscadet, un grand vin, tranchant, fin, un ‘pur jus de caillou’. A ne pas mettre entre toutes les mains. En tous cas à déguster en prenant son temps et en respectant quelques instants de silence. Merci.

« C’est bien connu, le Muscadet, ça n’est pas destiné à être gardé »Chacun peut choisir soit d’y croire, soit de goûter Excelsior ‘schistes de Goulaine’ 2007. Très vieilles vignes, plantées avant 1940. Exposition plein sud, vendanges manuelles, levures indigènes, élevage du vin en cuves pendant 36 mois, bâtonnage. Le vin est ample, d’une couleur intense, parfaitement sec et pourtant onctueux, épicé. D’ici quelques mois, ce terroir sera officiellement promu au rang de ‘cru communal’. Une consécration pour les efforts déployés.

Pour conclure, échangeons le melon contre la Folle Blanche 2011. Changement de cépage, changement radical de style. La folle blanche, c’est le cépage avec lequel on produit tant l’Armagnac que le mésestimé Gros Plant du Pays Nantais. Le registre est acide, salin, iodé: LE vin pour accompagner huîtres et coquillages.

Tous ces vins sont en dégustation ce samedi 19 janvier. Ils sont en vente du mardi 15 janvier au samedi 26 janvier inclus. L’offre peut être consultée ici.

Les fiches techniques peuvent être consultées ici.

Le compte-rendu de ma visite au Domaine de L’Ecu est ici et celui de ma visite au Domaine Pierre Luneau-Papin est .

La Revue du Vin de France met les vins de La Chevalerie à l’honneur !

La Revue du Vin de France de février 2013 publie un classement des meilleurs vins rouges de Loire. 537 échantillons ont été goûtés.

Grand-Mont est classé à la 8ème place. Chevalerie à la 12ème. Les deux meilleurs Bourgueil !

Mémoire de Madone

Splendide !

« Issu de deux très vieilles vignes ( plus de 60 ans ), cette cuvée est égrappée en totalité, vinifiée grâce aux levures indigènes du raisin, avec une deuxième fermentation réalisée en fûts de chêne de plus de trois vins. La durée de l’élevage sera d’environ 10 mois, avant une mise en bouteilles réalisée sans collage ni filtration. Le vin de nos ancêtres, rustique à souhait. Rendement à l’hectare : environ 20 hectolitres. »

Dégusté hier soir: sombre, serré, tannique, austère, concentré, digeste. Et jeune ! Léger en alcool (12,5%). Aromatiquement réservé, avec des notes de cendre et quelques épices. Bon, ça ‘colle’ mieux avec un monastère cistercien qu’avec la plage de Copacabana: le bikini s’efface devant la bure…

Vin d’anthologie. Bravo, Monsieur Bonnefoy !

Il s’agit d’un ‘Côtes du Forez’. Cette appellation de taille modeste est située entre Lyon et Clermont-Ferrand, au sud de Roanne et en altitude (de 400 à 600 mètres). Le cépage est toujours le gamay.

Pour cette cuvée, le sous-sol est basaltique, d’où la mention  ‘gamay sur volcan’. Millésime 2005, agriculture biologique.

Très envie de faire un détour par là, dès que possible…

Aubert de Villaine

Ce qui suit est le texte d’une conférence prononcée récemment par Aubert de Villaine, co-propriétaire et co-gérant du prestigieux Domaine de la Romanée-Conti. La source est le blog BON VIVANT (Nicolas de Rouyn). Bonne lecture.

 

« Au Domaine de la Romanée-Conti, des archives permettent de suivre l’histoire depuis 1000 ans. Comme, d’ailleurs, dans les autres crus du domaine et une grande partie des autres climats de la Bourgogne viticole où on trouve cette unité dans la diversité, propre des climats de la côte. Je vais planter le décor avec trois tableaux qui cadrent la petite histoire du domaine.

Tableau 1, où l’Église rend au monde une pièce de terre 
Au milieu du XVe siècle, un monastère imposant sur les collines de Vergy. Dans l’air cristallin d’un matin d’octobre de 1651, une cloche sonne, quelques moines de Saint Vivant se rassemblent dans la salle capitulaire et, après les préambules d’usage, décident de vendre aux ducs de Bourgogne le Cros des Cloux (littéralement Creux des Clos), une vigne plantée depuis trois siècles. Moment historique, l’Église rend au monde la pièce de terre qui sera connue sous le nom de la Romanée-Conti. L’acte en rapporte tous les détails, y compris le carillon de la cloche, Le Prieuré de Saint-Vivant est un des plus importants de l’ordre clunisien, un des deux grands ordres monastiques du Moyen Âge. Pour que le visiteur puisse faire retour dans ces temps très anciens de la Bourgogne, nous essayons depuis quinze ans de sauvegarder via une association son abbaye, une belle ruine pleine de sérénité. Au moment de cette vente, Saint Vivant avait déjà une cuverie et c’est dans ces caves qu’est aujourd’hui la récolte 2011 (toujours en fûts) exactement comme l’était le Cros des Cloux élevé par les moines il y a cinq siècles. Dès après les grandes invasions qui ont suivi la chute de l’empire romain, moines et seigneurs locaux avaient déjà la notion de climat : pinot, un cépage unique. Et produisaient, comme le voulaient les ducs qui proclamaient produire les meilleurs vins de la chrétienté, les vins vermeil.

Tableau 2, où le prince l’emporte sur la favorite 
1760. Dans la salle à à manger palatiale du château de l’Isle-Adam, chez le prince de Conti qui vient d’être exilé par le roi son cousin, une assemblée de courtisans dîne joyeusement. Sur le tableau exposé à Versailles, on reconnaît Beaumarchais et Jean-Jacques Rousseau parmi les convives qui, debout, lèvent leur verre à un homme de haute taille. On célèbre l’achat par le prince de la Romanée. La légende dit que la Pompadour la voulait aussi, mais que la maîtresse du roi, ennemie acharnée du prince – elle le trouvait trop proche du roi – a dû se rabattre sur le champagne. Le prince, heureux, fête son achat. À ce moment où Conti ajoute son nom à la Romanée, tout ce que les AOC graveront dans le marbre deux cents ans plus tard est déjà établi : la référence au lieu, à la parcelle, au cépage, caractéristique première des vins de bourgogne. Ainsi dès le XIVe siècle, Philippe le Hardi, qui parlait des « très chétifs lieux » opposés aux « bonnes côtes », avait interdit le gamay là où on pouvait produire du pinot.

Tableau 3, terre ruinée bien vivante 
1945, époque sombre dans un pays ruiné. Animés de la volonté de reconstruire, deux hommes observent la Romanée-Conti. La terre ressemble à un champ de bataille, vieilles racines mêlées à la terre et aux pieds de vigne en décomposition. Depuis quatre à cinq cents ans, la Romanée n’avait été rajeunie que par provignage, de sorte qu’aucun cep ne mourrait jamais vraiment. La Romanée-Conti a été la dernière à essayer de conserver ses très anciens ceps. Alors quand on replante après la guerre en 1947, c’est avec des plantes dont les greffons ont été pris sur l’ancienne vigne de la Romanée-Conti, au type extrêmement fin. Le premier millésime est mis en bouteille en 1952 et cette jeune vigne produit en 1954 des vins toujours bien vivants qu’on déguste aujourd’hui avec autant de plaisir que les derniers millésimes extraordinaires. C’était très intrigant pour nous. Comment une vigne aussi jeune a-t-elle pu produire des vins pareils ? André Noblet, le directeur du domaine, avait là-dessus une idée non scientifique, mais intéressante. Il s’est souvenu du tableau, de cette image de terre ravagée et l’a vue comme une sorte de mush où les racines de la jeune vigne ont puisé leur nourriture, certes, mais aussi les caractères de l’ancienne vigne qui s’y était décomposée. Et se trouve ainsi continuée.

Un hectare huit inviolable 
Depuis l’époque où elle était propriété des moines de Saint Vivant, la vigne a changé de nom : Cros des Cloux, Romanée, Romanée-Conti, et de mains : Conti, Kronenbourg, les bourguignons flamands propriétaires pendant plusieurs siècles, Ouvrard, le banquier controversé de Napoléon. Mais ce terrain de 1ha 8 a toujours été respecté dans son intégrité comme un lieu sacré, jamais partagé, indivisible. Coteau magique, elle concentre les caractères propres aux grands crus et tous ses propriétaires en ont fait la réputation. Tous ont compris, respecté, défendu et essayé de mettre en lumière ce caractère de cru unique et exceptionnel de la Romanée Conti. Même les visiteurs croient au pouvoir mythique de la Romanée-Conti. 
Ainsi nous avons reçu un jour une enveloppe contenant de la terre et quelques cailloux calcaires, accompagnés d’une lettre où le monsieur, un Américain, racontait que lors d’un passage au domaine il avait prélevé un peu de terre et cailloux en passant à la vigne. Et les ennuis avaient aussitôt commencé. D’abord une panne de voiture, puis son avion avait failli s’écraser, son épouse avait eu je ne sais quel ennui et son fils aussi. Il renvoyait l’objet de son sacrilège, persuadé du pouvoir mythique de la Romanée-Conti : « s’il vous plaît, remettez tout ça où c’était ». 

Contraintes bénies 
Pour le vigneron, la recherche de l’expression du cru pousse à une philosophie contraignante : il faut faire des grands vins en se soumettant à une météo capricieuse s’il en est, sur une parcelle dont les limites sont inscrites, en se faisant le traducteur d’un cépage fin unique. 
2 000 ans d’entêtement sur ces parcelles et ces contraintes se sont transformés en atouts incontournables. C’est la loi des grands cépages qui veulent le lieu le plus septentrional pour produire les meilleurs vins. C’est la volonté de faire parler le climat, celle d’entretenir les équilibres entre le sol et le matériau végétal, secret de grande qualité. C’est la connivence, la complicité entre le vigneron et le paysage dont il a la responsabilité. C’est surtout le respect et l’humilité, qualités premières du vigneron. Toute la philosophie est dans ce décor.

Quelques remarques avant d’aller plus loin. 
C’est vrai que la Bourgogne fait l’objet d’une demande forte et que les prix sont assez élevés, que la prospérité est fondée sur le prestige, la réputation et l’image de grands crus et domaines. Je le constate pour souligner les devoirs et exigences que cela induit. 
Devoir d’être en recherche, toujours, de la plus haute qualité possible. Je dis bien recherche. La tradition ne doit pas être le maintien de méthodes rigides, mais plutôt fidélité à une philosophie qui réclame un engagement total sur les contraintes. Le moteur central, c’est le terroir qui fait la qualité exceptionnelle du climat. Le terroir, clos où on est chargé de traduire un cépage unique, est au cœur de la démarche. Peu à peu, dans la difficulté et la douleur, l’expérience devenue savoir et tradition a délimité ces crus et inventé le cépage fin capable d’en traduire la personnalité dans les vins. Elle a établi une hiérarchie. Un ordre qui n’est pas inféodé à un goût, une mode ou des prix de ventes. 
Toute la qualité d’expression des crus est contrainte à un lieu, un climat, un cépage. Le vigneron y devient philosophe, s’interroge. Et c’est de ce doute, de cette incertitude quant au succès des décisions qu’il doit prendre face aux méandres obscurs d’un climat, que naît ce vin parfait qui n’existe pas mais dont on rêve toute sa vie. 

Petit pied de nez 
Le siècle que nous venons de quitter a commencé sous le drame du phylloxéra, dont nous sortons à peine, puis nous avons connu la mécanisation et les produits de synthèse potassiques très efficaces contre les maladies. À partir d’une ouvrée de vigne, nous avons pu obtenir de beaucoup plus gros rendements tandis que le marché, de plus en plus porteur, n’a cessé de se développer depuis la deuxième guerre mondiale. Il était inévitable qu’on s’engage dans la voie d’une plus importante production qui a culminé dans les années 1970. Nous n’y avons pas échappé, à part 1971, 1978 et 1979 où la grêle a réduit naturellement les volumes. 
L’acquisition par le domaine d’une table de tri avec tapis roulant qui permet de trier la vendange a été le signe d’un état d’esprit qui changeait, autant qu’un petit pied de nez à la technologie. Nous nous sommes aperçus que la table n’a d’intérêt que si le tri est déjà effectué à la vigne par les vendangeurs.
À partir des années 80 est apparue certaine recherche scientifique avec des options biologiques qui ont approfondi notre connaissance de l’alimentation de la vigne par le sol et nous ont permis de sortir des raisonnements simplistes de l’époque. 
Nous avons mieux compris le lien délicat entre les apports au sol et une bonne alimentation de la vigne. Nous sommes devenus de plus en plus conscients que le sol est un patrimoine précieux et fragile que nous devons respecter. Cette perspective historique fait ressortir l’importance de l’environnement culturel : la marque du travail de l’homme sur le sol le paysage, le bâti, est très important à prendre en compte dans cette démarche. 
On s’entête depuis des siècles à faire des grands vins sur ces coteaux, modifiés par la crise phylloxérique, mais inventer une nouvelle viticulture à visée d’excellence est aujourd’hui en Bourgogne un élan ancré dans la tradition culturelle et historique du climat. 

Le terroir, un courant qui ne s’arrête jamais 
En abordant l’aspect pratique que cela implique, notons que les crus bourguignons ont gagné leur réputation à une époque sans technologie et où tout était manuel. Ce n’est pas étonnant, s’agissant d’un sol qui est moins une terre qu’un climat, que cette supériorité du travail manuel soit évidente. D’autant plus qu’il faut marier ce sol avec un cépage fin qui doit être unique. 
Les deux axes principaux du vigneron sont le sol et le matériel végétal. Il s’agit que tout soit fait dans une globalité, celle d’une philosophie. Il faut mettre le sol en situation de fonctionner en tant que terroir. Un terroir dans un climat n’est pas un état, une entité stable mais un ensemble de mouvements où nous sommes balbutiants. Il y règne règne la fragilité et l’aléatoire. C’est un milieu réactionnel qui ne fonctionne pas toujours en tant que terroir, peut être gêné par des conditions météorologiques contraires ou des pratiques contrariantes. 
Il faut le regarder comme un courant qui ne s’arrête de jamais, va du sol et passe par tout ce qui va sculpter le vin, englobe toute la culture constituée au cours des siècles et jusqu’au vigneron qui va accoucher et voit se vérifier échec ou succès de ce qu’il a fait 

J’ai bien dit recherche 
Sans une véritable activité biologique, qu’asphyxie le compactage du passage du tracteur, il n’y a pas de bonne structure du sol. Le cheval a été pour nous une innovation intéressante, pas seulement pour le travail qu’il fait mais aussi parce qu’il a nécessité des tracteurs légers. Nous sommes arrivés à fabriquer un tracteur léger qui a été étendu au travail sur toutes les autres vignes. 
Pour la gestion organique, la pierre angulaire c’est le compost. Nous avons beaucoup évolué là-dessus depuis 20 ans : les sarments, puis d’autres végétaux, puis des fumiers compostés mais vieux, maintenant des fumiers compostés très frais, on ne peut encore rien dire de définitif. 
Tout ce travail sur les sols montre qu’il n’y a pas de réponse unique même sur un petit village comme Vosne-Romanée. Les Grands Échézeaux sont séparés des Échézeaux par un simple chemin, et pourtant il est impossible, d’évidence, de travailler de la même façon. 
On travaille aussi sur ce que peut être le rôle des oligo-éléments sur le fonctionnement des sols. La priorité est de préserver le pinot fin dont nous avons hérité par l’ancienne Romanée-Conti et qui est utilisé dans la plupart de nos vignes. Nous travaillons à conserver ce patrimoine génétique et compris combien il est difficile de le faire seuls, dans un seul domaine. Sur 200 à 300 pieds sélectionnés visuellement une année, nous avons de la chance si un ou deux est exempt de virose. Nous nous sommes donc associés avec une quarantaine de domaines qui font la sélection chez eux de façon identique pour sélectionner des plants typiques de pinot fin de Bourgogne pour le multiplier. C’est beaucoup plus rapide que si nous sommes seuls et nous espérons avoir d’ici une vingtaine d’année du matériel très fin pour nos plantations. C’est certain que les viroses ne sont pas contraires à la production de grand vin parce qu’elles affaiblissent la vigueur de la vigne, mais parce qu’elles raccourcissent la durée de vie du cep. 
Nous avons aussi essayé de changer la densité à 14 000 pieds. Est-ce une formule d’avenir ? Je ne crois pas, mais il faut attendre des années pour le savoir de façon définitive. L’idée, c’est qu’avec plus de ceps, il y a plus d’exploration du sol, donc moins de raisins par cep. 
Nous travaillons sur le démontage, c’est un axe pour progresser sur les maladies du bois. Mais ce que je crois, c’est que le moment de la taille et la façon de tailler sont plus importants que des produits. 

Tout ça vise à obtenir un rendement à partir de plants fins qu’on n’a pas besoin d’éclaircir. 
L’éclaircissage est nécessaire pour les jeunes vignes qui ne vont pas dans les meilleures bouteilles, mais pas dans les vignes adultes, sauf pour quelques pieds qui n’entrent pas dans le vin mis en bouteille. C’est très important. Toute pratique de vendange en vert cause des phénomènes de compensation déséquilibrants pour le cep et sont à éviter si possible. Tout l’enjeu est d’obtenir un rendement équilibré dans l’année considérée. Et nous constatons que les rendements des décrets de 36 sont assez normaux pour sortir de grandes bouteilles dans le cadre de pratiques loyales et constantes. 
Nous sommes en biodynamie depuis quelques années après avoir expérimenté pendant une dizaine d’années. La biodynamie n’est pas supérieure à la biologie, mais oblige à plus d’observation et à utiliser moins de cuivre. Les recherches biodynamiques sont très intéressantes dans ce domaine. La biologie est très importante pour les grands vins en Bourgogne. Quand on lutte de cette manière-là contre les maladies de la vigne, on est forcément un peu vaincu, on a de la perte, mais c’est un facteur de qualité important. L’éclaircissage par ces maladies apporte aux raisins qui restent une maturité complémentaire, c’est comme ça qu’on arrive à une finesse de maturité supérieure. 

Plutôt que défendre telle philosophie, bâtir la sienne 
Le vendangeur fait la dernière opération manuelle sur la récolte, nous attachons beaucoup d’importance à leur qualité. Ainsi qu’à tout ce travail des hommes nécessaire dans l’élaboration d’un grand cru. 
Il est normal que dans le manuel pratique que nous avons, les méthodes de culture bio et biodynamiques apparaissent. Il ne s’agit pas de défendre telle philosophie, mais de bâtir sa propre philosophie. Nous faisons partie d’un système où le sol et la vigne sont un, tout en harmonie avec le reste du monde. C’est rejoindre ce système qui permet le bon fonctionnement du terroir. 
Le précieux apport de la biologie oblige à des contraintes et permet un affinement. En cuverie, nous considérons que le raisin a une dernière sélection sur la table de tri et qu’on n’aura aucune autre qualité. Donc le raisin doit jouir du plus grand respect jusqu’à son arrivée dans la cuve après un léger éraflage ou/et un léger foulage, décidé au dernier moment, ça varie selon les années. 

Rien n’est plus difficile que la simplicité 
Nous faisons la vinification la plus simple possible. Le vigneron ne doit y apporter aucune autre marque que celles de sa méticulosité et de son respect. Mais rien n’est plus difficile que la simplicité, elle suppose que les raisins soient parfaits au départ, et aussi une longue expérience. 
Nous n’utilisons pas de levure du commerce, le climat produit ses propres levures différentes chaque année. Les nouvelles technologies de concentration sont à bannir dans ce travail d’expression d’un climat. La qualité du travail des hommes et leur adhésion à une exécution attentive sont d’une importance capitale, et là est toute la noblesse de ce travail. 
Ce qui sous-tend cette philosophie de production de vins qui est une véritable pureté d’expression, c’est d’abord l’exigence et la rigueur dans la tradition. Aucune dérogation à cette règle dont les mots clé sont sélection, contrainte, compréhension et maîtrise des méthodes, minutie, patience et surtout humilité. 
Nous avons la connaissance, une certaine aisance financière et l’attente des amateurs. J’espère que nous pourrons nous entêter encore longtemps à faire des bons vins. »

Les vins du Domaine de la Chevalerie sont arrivés !

Vous pouvez venir chercher vos commandes soit samedi 15 décembre, entre 10 et 18 heures, soit mardi 18 décembre, à partir de 17 heures et jusqu’en fin de soirée.

Si ni l’un ni l’autre moment ne vous convient, faites-moi un petit signe et nous conviendrons d’une autre solution.

Samedi, les vins du Domaine des Huards et les vins des Vignobles des Bois Vaudons sont en dégustation : vous avez ainsi l’occasion d’inaugurer ‘notre-salon-en-voie-de-transformation-en-lieu-dédié-au-vin’.

Vos amis-amateurs sont les bienvenus !

Visite aux Vignobles des Bois Vaudons

20 septembre. Petit déjeuner au Hameau des Vignes, une maison d’hôtes qui appartient aux propriétaires des Vignobles des Bois Vaudons, Jean-François et Emilie Mérieau. Je prends courageusement la voiture pour franchir les 250 mètres qui me séparent de la cave…

Nous sommes à St-Julien-de-Chédon, sur le Cher, en face de la ville de Montrichard. Ici, les vins portent tous l’appellation Touraine.

Je suis reçu par Julie Biet, qui vient de rejoindre le Domaine. Jean-François Mérieau passe en coup de vent, livre quelques commentaires pointus et retourne au travail: ce matin-là, l’installation électrique de la cave fait malheureusement des siennes.

35 hectares de vignes pour une large gamme (15 cuvées), habillée d’une façon exceptionnelle: ce n’est plus du graphisme, c’est de l’art ! Rarement vu des bouteilles se présenter aussi bien. L’artiste est suédoise et s’appelle Madlen Herrström.

Le contenu des flacons n’est heureusement pas en reste. J’apprécie particulièrement : le sauvignon ‘Coeur de Roche’, issu de vignes plantées il y a 50 ans; le gamay Bois Jacou, construit sur de bons petits tannins; le cabernet franc Les Grands Champs; le côt Cent Visages et le côt vieilles vignes Gueule du Boa.

Je suis moins à l’aise avec un Gamay élevé en bois (Boa le Rouge) et avec la cuvée L’Alliance des Générations, qui me semble avoir eu un certain mal, du moins sur ce millésime 2004, à digérer son boisé: le vin se révèle dur et assez sec.

Le Domaine propose également un vin de négoce (achat des raisins) sur l’appellation Vouvray : ce ‘Fleuve Blanc’ du millésime 2005 (vinifié en sec)  m’a beaucoup plu !

Voici en tous cas un domaine où l’on expérimente et où l’on fait preuve d’imagination. Une créativité qui se fonde néanmoins sur plus d’un siècle de tradition (la propriété est familiale depuis 1886). Et la succession paraît assurée !

La famille Mérieau

Visite au Domaine des Huards

Michel et Jocelyne Gendrier

18 septembre. Nous venons de terminer la dégustation et Jocelyne Gendrier me propose d’aller nous promener dans le vignoble. Le dalmatien de la maison en profite pour se dérouiller les pattes. A peine arrivés entre les rangs de vigne, pendant que Jocelyne me montre comment reconnaître le cépage ‘romorantin’ à la forme de ses feuilles, le dalmatien susmentionné fourre sa truffe entres les grappes et se met à croquer gaiement les raisins mûrs.

Je constate ainsi ‘de visu’ que le dalmatien est l’un des seuls chiens à apprécier les fruits, caractéristique que la famille Gendrier ignorait lorsqu’elle l’a adopté…Particulièrement en année de petite récolte, chaque grain est précieux !

A table !

 

 

Nous nous trouvons à Cour-Cheverny, village paisible entre Touraine et Sologne, situé à quelques encablures des châteaux de Cheverny, de Chambord et de Blois.

Le Domaine des Huards possède, entre autres, 8 hectares plantés en ‘romorantin’, ce qui fait du Domaine une capitale mondiale (officieuse…) de ce cépage très rare, originaire de Bourgogne.

Les parents et grands-parents ont toujours travaillé la vigne de façon naturelle, faisant en quelque sorte du ‘bio’ sans le savoir. Aujourd’hui, le domaine est certifié Agriculture Biologique. Outre le ‘romorantin’, on y cultive principalement pinot noir, gamay et sauvignon.

En dégustation, les deux Cheverny blancs (85% sauvignon, 15% chardonnay) m’ont paru sympathiques, techniquement maîtrisés et consensuels.

Les trois Cour-Cheverny sont particulièrement intéressants: la cuvée ‘vieilles vignes’ François Ier 2006 est la plus riche, sur des notes de miel, mais le ‘simple’ 2008 est déjà superbe ! Le Domaine préfère attendre et mettre ces vins en vente lorsqu’ils sont prêts à être dégustés. Une politique peu courante et tout à l’honneur de la famille Gendrier.

Le cépage romorantin confirme ici son grand potentiel. Le 2009 (pas encore  à la vente) me semble un peu plus marqué par la chaleur solaire de ce millésime.

Voici les rouges: Le Pressoir 2010 (80% pinot noir) est un vin tendu, un peu sauvage et bien défini.

La cuvée Le Vivier (50% pinot noir) est un fermage sur vignes plantées en 1994: vin charpenté, puissant mais, le jour de cette dégustation, un peu moins précis que Le Pressoir. Une autre bouteille, ouverte en octobre, était en grande forme !

La cuverie inox est impressionnante de propreté et d’une organisation particulièrement fonctionnelle.

Les gelées du 17 avril vont fortement réduire le volume de la récolte 2012. Il est prévu de commencer à vendanger à partir de fin septembre, le romorantin en dernier.

Michel Gendrier a coordonné récemment une grande dégustation de romorantin à l’attention de Jean-Emmanuel Simond, consultant auprès de la Revue des Vins de France: vu l’enthousiasme du journaliste, on peut s’attendre durant les prochains mois à un dossier présentant Cour-Cheverny aux lecteurs de la RVF !

La bouteille couchée est bien un 1993…

Visite au Domaine Bruno Cormerais

Bruno Cormerais, photographié en juillet 2012, par Fred Niger Van Herck

Oups. Mon appareil photo est resté dans la voiture. Donc, pour cette fois, je fais appel à l’équipe Internet.

Arrivée à 17h05 au lieu-dit La Chambaudière, sur la commune de St Lumine de Clisson. Merci, GPS.

Je débarque en pleine préparation des journées portes-ouvertes, qui commencent le lendemain matin. Il y a un peu d’électricité dans l’air. C’est Maxime qui m’accueille, mais c’est son papa Bruno, l’homme aux 42 vinifications, qui va s’occuper de moi. Accrochez-vous, ça va déménager !

On commence gentiment avec les premières cuvées, de millésimes récents. Après avoir goûté tant de vins tendus, « verticaux », je suis dérouté par la richesse de ceux-ci: nous sommes dans l’antre du spécialiste du bâtonnage. Un certain nombre de cuvées font leur malo-lactique. Le discours est différent de celui de ses collègues…et cela le rend particulièrement pertinent !

Sur 2009, j’ai un certain mal à  suivre. Voici une bouteille de la cuvée Prestige, millésime 2008: choc gustatif ! Bruno Cormerais affirme que, jeune, ce vin se goûtait mal. Aujourd’hui par contre, le vin conjugue gras bourguignon et tension ‘salivante’. On enchaîne avec les cuvées de Clisson, les cuvées spéciales ‘Maxime’ et ‘Bruno’ (je préfère ‘Bruno’), on voyage dans l’espace (du caveau à la cuverie en passant par le chai à barriques) et puis dans le temps: Bruno Cormerais disparaît un instant et il revient, triomphant, avec des flacons un peu poussiéreux: on goûte de beaux 1997, 1996 et 1991. Une bouteille de 1981 fait son apparition: malheureusement, il ne reste que le squelette acide du vin. 

Tiens, et pourquoi ne pas goûter sur cuve ? Nous repartons pour un tour…

J’ai l’impression que Bruno Cormerais est heureux de faire partager ce moment. Je suis aux anges. Son épouse et son fils continuent à s’affairer: on attend beaucoup de monde dès demain matin.

Je rejoins la voiture dans la nuit noire. Fin de mon périple en Pays Nantais. Enfin, encore une bonne nuit de sommeil et demain matin, un peu de tourisme au château de Goulaine avant de rentrer sur Bruxelles.