Intéressante infographie qui détaille quelles sont les régions espagnoles qui produisent le plus/le moins de vin. En me concentrant sur les chiffres relatifs, la Castille-La-Mancha représente presque 60% de la production. Le podium est complété -à grande distance- par l’Estrémadure (7%) et la Communauté de Valence (6%).
Les régions qui parlent particulièrement aux amateurs, comme la Rioja, la Catalogne, la Castille-Y-Leon, la Galice et l’Andalousie (Jerez/sherry) représentent ensemble à peine 19% de la production en volume. Les îles (Baléares et Canaries) ne représentent quasi rien.
58% de raisins blancs (sans doute expliqués par l’airen, planté massivement en Castille-La-Mancha) pour 42% de raisins rouges. Je ne m’y attendais pas. Comme quoi, il y a un sacré écart entre ce que nous buvons et ce qui est produit !
PS: merci à Hervé Lalau qui vient de publier cette infographie sur le blog « Les 5 du Vin ».
On se croirait revenu au temps de la prohibition: déguster chez l’importateur est soit impossible, soit contraint les participants à se réfugier dans des arrière-cuisines sans fenêtres, loin des clients qui pourraient apercevoir des humains qui goûtent ensemble, sans masque (forcément) et donnant l’impression de passer un moment agréable. Une délation est si vite arrivée…
Les circonstances difficiles ont le chic pour donner encore plus de valeur aux moments fugaces pendant lesquels la pandémie nous fout la paix. La dégustation est clandestine et, d’une certaine façon, cela contribue à la rendre précieuse. Voici quelques traces.
Marc Hébrart (Mareuil-sur-Ay), Coteaux Champenois, raisins principalement issus du millésime 2016, chardonnay 100%: le nez évoque clairement le Champagne. En bouche, la malolactique non-effectuée a sans doute pour objectif de faire oublier l’absence de bulles. C’est un vin délicat, introverti, doté d’une jolie persistance. Néanmoins, cela me semble manquer un peu de fraîcheur et de minéralité. Comme c’est vendu à un prix supérieur à celui d’un bon Chablis 1er cru, je préfère réserver mes sous à ce dernier.
André Bonhomme, Bourgogne, Viré-Clessé Les Brenillons 2019, chardonnay 100%: issu d’une petite récolte, le vin est conforme au style de l’appellation et du producteur, combinant de la rondeur et du gras (13,5%) avec une tension de bon aloi. Le boisé est très bien intégré (foudres). C’est un vin joyeux, avec une salinité appétissante. Bon candidat, le jour venu, pour se trouver une belle petite place sur le tarif d’Anthocyane. € 18.
André Bonhomme, Bourgogne, Viré-Clessé Hommage à Gisèle Bonhomme 2018, chardonnay 100%: la cuvée « haut de gamme du Domaine, produite grâce à des vignes quasi centenaires, sur les meilleurs terroirs de Viré-Clessé. Le boisé est ici sensiblement plus présent, le vin est gras, structuré …et fermé à double tour. Aujourd’hui, c’est un infanticide dans toute sa splendeur. Attendre 2 ou 3 ans me semble fort opportun. Difficile à vendre en l’état, parce que beaucoup dépend de la confiance que l’on fait au potentiel de la bête. € 45.
Jürgen Leiner, Allemagne (Pfalz), Chardonnay 2014: très bel exemple d’un vin qui, sur papier, n’a rien pour me plaire: 100% fûts neufs (600 litres) et alcool à 14,5%. Et pourtant, le résultat est bluffant: un nez complexe sur le beurre, les agrumes et le cognac; une bouche, confortable et sensuelle, qui « truffe » avec classe. C’est aromatiquement extraverti, sans verser dans l’exhibitionnisme. Je ne conseille pas ceci aux amateurs de Chablis cisterciens, les amateurs de chardonnays baroques seront quant à eux comblés. Biodynamie certifiée par DEMETER. C’est prêt à boire et le prix est intéressant: € 23. Je le place sur le tarif d’Anthocyane dès à présent. Attention, quantités vraiment très limitées.
Domaine La Falize, Belgique (Namurois) 2018, chardonnay 100%: vin élaboré par Peter Colemont, le vinificateur du Clos d’Opleeuw. On est clairement au sommet de la qualité telle qu’élaborée en Belgique. Seul bémol: ce sont de très jeunes vignes (plantées en 2012 et 2015). Grande finesse, aérienne et/ou évanescente. Le boisé marque la finale en durcissant celle-ci, ce qui conduit le vin à paraître légèrement tannique. On dira qu’il faut lui accorder un peu de temps pour s’harmoniser. Le prix est élevé et la production confidentielle.
Brendan Stater-West, Saumur Blanc, Les Chapaudaises 2017, chenin 100%: un Américain qui a travaillé (travaille encore ?) avec Romain Guiberteau, un chef de file pour les blancs à Saumur. Le nez est boisé, beurré, avec de fines nuances végétales (fougère, romarin, …). Bouche marquée par le bois, beaucoup de fraîcheur et d’élégance. Vin sérieux, chic, avec beaucoup d’extrait sec. On n’est pas ici pour rigoler. Je me demande si ce vin pourrait « sécher » au vieillissement. Compter € 36,50 en Belgique.
Huet, Vouvray, Le Mont demi-sec 2019, chenin 100%: commençons par dédramatiser le qualificatif qui tue: « demi-sec« . Non, ce n’est pas une insulte et non, cela ne condamne pas le vin à rester éternellement dans nos caves parce que l’on ignore avec quoi le servir. Analytiquement, ce vin est construit sur un alcool à 13,5% avec 16 grammes de sucre résiduel (par litre). Les acidités étant très élevées, ce sucre est peu, vraiment peu, perceptible. Il anime et complexifie la bouche, avec une finale nette, précise et sèche. Dans 10 ans, ce vin sera sans doute perçu comme totalement sec. Cette cuvée est particulièrement ouverte et accessible, ce qui nous change de millésimes antérieurs du Mont. Cela n’engage évidemment que moi, mais cela me semble assez supérieur au Saumur décrit ci-dessus. C’est un joyau, un chef d’œuvre de pureté et de délicatesse. Pas moins. Je constate a posteriori que La Revue du Vin de France le note à 96 (équivalent à 18/20). Vignoble conduit en agriculture biodynamique. Je le mets au tarif d’Anthocyane dès que possible. Prix à confirmer, comptez +/- € 40.
Laurent Combier, Crozes-Hermitage, cuvée « Laurent Combier » (a.k.a. la cuvée L, avec l’étiquette violette) 2019, syrah 100%: cette cuvée de jeunes vignes (avec quelques achats de raisins, vu la forte demande) a l’ambition affichée d’être dans le plaisir, l’accessibilité, le fruité et la gourmandise. Elevage 70% œuf béton et 30% bois ancien. Je suis perplexe. La bouche est généreuse, voire chaleureuse (14%), avec pas mal de tannins, comme si on avait rajouté du carignan ou du mourvèdre dans les cuves. A mon palais, ce n’est pas très « syrah ». Une touche de chocolat pour compléter mon désarroi. Est-ce vraiment l’entrée de gamme de Combier ? L’ai-je mal dégusté ? Un effet de séquence ? A revoir.
Le Pas de l’Escalette, Languedoc, Les Petits Pas 2019, assemblage de grenache, de syrah et de carignan: ce vin figure sur le tarif d’Anthocyane depuis un bon moment. Le regoûter me rappelle pourquoi je l’ai sélectionné: frais, précis, nuancé, délicieux. Si vous cherchez un bon rouge, capable de se sortir de situations très diverses et qui ne décevra personne, vous avez trouvé ! Pour aujourd’hui et aussi pour demain. Au tarif d’Anthocyane au prix de € 14.
Riecine, Italie (Toscane), Chianti Classico 2019, sangiovese 100%: le style est plus proche de celui de 2017 que de celui de 2018 et c’est une bonne nouvelle. Pas que 2018 fût décevant, mais il était atypique et aurait sans doute dérouté les amateurs des vins du domaine. Ce 2019 a beaucoup de tout (richesse, maturité, arômes, sensualité, fraîcheur) et arrive avec maestria à équilibrer et harmoniser tous ces éléments. Se goûte comme une évidence. On repose le verre et on sait instantanément que tout est OK. Bravo ! Sera au tarif d’Anthocyane dès que possible, au prix de € 19,50.
Riecine, Italie (Toscane), La Gioia, Rosso Toscana 2017, sangiovese 100%: changement de catégorie, pour ce « supertoscan » élevé 30 mois en fûts. Vignes de 40 ans, sur parcelles à 450/500 mètres d’altitude. La bouche est soyeuse, luxueuse, irrésistible, avec de la fraîcheur et un faible impact du bois. C’est incontestablement très bien réalisé. On ressent les 14% d’alcool. Prix aux alentours des € 50.
Riecine, Italie (Toscane), Riecine di Riecine, Rosso Toscana 2017, sangiovese 100%: comparaison extrêmement intéressante avec le précédent. LA différence entre eux ? Elevage de 3 ans en œuf béton. Donc, pas de bois. Vignes de 45 ans, sur parcelles à 450/500 mètres d’altitude. Le nez est subtil, intense et délicat, avec une pointe de tomate. La bouche est concentrée, assez tannique, juteuse et ne laisse pas ses 14% d’alcool jouer les trouble-fêtes. C’est incontestablement très bien réalisé, avec une âme supplémentaire par rapport au précédent. Il y a un public pour l’un et pour l’autre vin, mais je pense que rares seront ceux et celles qui les trouveront d’intérêt égal: je me range sans le moindre doute dans le camp « Riecine di Riecine ». Prix légèrement supérieur à € 50.
Canalicchio di Sopra, Brunello di Montalcino, La Casaccia 2015, sangiovese 100%: en simplifiant un peu, le monde anglo-saxon considère que l’appellation Brunello di Montalcino se situe un cran au-dessus du Chianti Classico. Ce qui me paraît à peu près certain, c’est que les Brunello sont, toutes choses étant égales, plus riches, plus puissants, plus énormes, plus tanniques. Mais ni plus subtils, ni plus équilibrés, ni plus spirituels. On peut bien entendu adorer ça. A condition d’avoir le portefeuille bien accroché. Cette cuvée parcellaire, élevée 3 ans en botti (foudres) est un digne représentant de ce que Brunello produit de meilleur. Le nez donne envie, l’énorme bouche n’est heureusement ni alcooleuse, ni trop élevée. Cela dit, cela coûte la bagatelle de € 115. J’échange volontiers une bouteille de La Casaccia contre deux bouteilles de Riecine di Riecine.
L’Inconnu de Saint-Emilion Grand Cru 2014: inutile de citer le nom du Domaine: ce vin n’est pas -et ne sera pas- sur le tarif d’Anthocyane. C’est dur, sec, rachitique, probablement à l’agonie. Le fruit s’est sauvé, l’aromatique résiduelle me paraît un peu impure. Aïe.
Domaines Lupier, Espagne (Navarra), El Terroir 2014, grenache 100%: ce vin est adulé par la presse spécialisée dans son pays d’origine. Il ne bénéficie malheureusement pas de la même notoriété sous nos latitudes. C’est bien dommage, parce que ce vin pyrénéen est un produit d’exception, élaboré avec de très vieilles vignes (les plus anciennes ont été plantées en 1903), en altitude (700 mètres !). Malgré l’absence de label sur l’étiquette, c’est de la biodynamie. Anthocyane a vendu le millésime 2015 avec un certain succès, mais je me demande si je ne préfère pas encore ce 2014. La pureté du fruit est magnifique, le fondu est magistral, la fraîcheur évidente et la longueur convaincante. L’esprit du pinot noir en arrière-plan. Servez ce pur grenache au milieu d’une cohorte de Châteauneuf-du-Pape -tous bien plus chers- et on verra le résultat. Je suggère de le servir légèrement rafraîchi, pour placer le curseur de l’alcool (14,5%) au bon endroit. 94 pour le Wine Advocate ex-Robert Parker. 94 également pour le Guia Peñin. Sera rapidement au tarif d’Anthocyane, au prix de € 19,50. Attention, quantités limitées.
Pas de dégustation classique, pour les raisons que nous connaissons tous. Donc, une nouvelle dégustation en « take-away » le samedi 06 février. Toutes les boîtes de petits flacons ont trouvé leur destinataire, plus vite que je ne l’avais imaginé. La demande ayant été supérieure à l’offre, j’ai fait quelques déçus, ce qui me désole. Il est néanmoins encore possible de s’inscrire pour figurer sur la liste d’attente. On ne peut exclure un désistement de dernière minute.
Pour me faire pardonner, voici une jolie alternative pour ceux et celles qui se voudraient se faire une idée claire des vins qui participent à ce Tour d’Europe: le colis 12 bouteilles, proposé à prix promotionnel. Pour bénéficier automatiquement de la promotion, il suffit de passer commande via le magasin. Tous ces vins peuvent bien entendu être commandés « à la bouteille » dans le même magasin. Les commandes doivent me parvenir au plus tard le 09 février.
Voici la composition du colis (1 bouteille de chaque vin):
Une comparaison honnête entre deux vins que tout rapproche, si ce n’est le cépage. Ces deux vins sont élaborés par le même vigneron (Wohlmuth), dans la même commune (Kitzeck-Sausal, dans le sud de l’Autriche, près de la frontière slovène), dans la même géologie (schiste), dans le même millésime (2019) et avec le même degré d’alcool (12,5%).
Le prix est comparable également, ce sont deux cuvées de type « village ».
Un sauvignon (classique dans cette région) et un riesling (paradoxalement, moins répandu ici qu’on pourrait le penser). Un air de famille. Pas des jumeaux, non, mais des frères (ou des sœurs, l’une option vaut l’autre).
Nous sommes dans une région que j’ai évoquée longuement l’été passé lors d’une dégustation entièrement consacrée à la Styrie: voir cet article
Ces deux vins ont une vraie personnalité, qui les différencie des stéréotypes simplificateurs: on n’est ni en Alsace, ni dans le Rheingau, ni à Sancerre, ni en Marlborough (Nouvelle-Zélande). J’ajouterais que le riesling est très différent de ses cousins des rives du Danube (Wachau et consorts).
Les goûter face à face -ou dos à dos- est une intéressante expérience qui permet de percevoir tant ce qui les rassemble que ce qui les différencie. Le sauvignon est certes plus extraverti que le riesling, il est aujourd’hui plus complexe et plus aromatique. Les deux vins partagent une structure en élégance, finesse et précision. Une absence de marquage par un élevage trop « mêle-tout » les rapproche. Tout est évoqué, rien n’est imposé. Le riesling sera sans doute meilleur demain, le sauvignon est sans doute déjà à son apogée.
Gerhard Josef Wohlmuth
Je vous invite à entrer dans le magasin pour plus d’information. Vous y trouverez le sauvignon et le riesling.
Weingut Wohlmuth, Südsteiermark, Kitzeck-Sausal, sauvignon et Kitzeck-Sausal riesling, 2019.
La dégustation en mode pandémie. Parce que, non, je ne me résigne toujours pas à attendre que ça passe…
chaque petit flacon contient 3 cl de vin
Impossible de se rassembler autour du bar. Circonstances obligent, les petits flacons reprennent donc du service. Cela se passera le samedi 06 février.
Formule similaire à celle proposée lors de la dégustation de novembre 2020: • inscription par e-mail envoyé à anthocyane@skynet.be (le nombre de boîtes contenant les petits flacons est limité) • enlèvement de la boîte contenant les petits flacons chez moi, le 06 février, entre 10 et 18 heures (m’indiquer si possible une heure approximative de passage) • lors de la livraison ou de l’enlèvement de votre commande, je récupère les petits flacons rincés.
Le programme de la dégustation n’est pas encore défini, mais ce sera conforme à ce que vous connaissez: des vins européens, d’un prix compris entre € 8 et € 25. Ni bulles, ni rosés. Les vins apparaissent progressivement dans le magasin sur le site Internet. Je prévois une bonne douzaine de vins et donc autant de petits flacons par boîte.
A toutes fins utiles:
depuis leur première utilisation, tous les petits flacons ont été soigneusement nettoyés à 60°
vos petits flacons seront remplis le plus tard possible, en fonction de votre heure de passage, de façon à minimiser les risques d’altération du vin
je suggère de déguster au plus tard 24 heures après votre passage chez moi; dégustez de préférence samedi
lors de votre passage, je peux déposer la boîte directement dans le coffre de votre voiture; distanciation physique ? OK !
les petits flacons sont numérotés, les commentaires sont disponibles sur ce site Internet
chaque petit flacon contient 3 centilitres de vin: c’est largement assez pour goûter « en solo », mais c’est peu pour goûter à deux
n’oubliez pas qu’une température de service inadéquate et/ou un mauvais verre peuvent ruiner le meilleur vin
méfiez-vous d’une dégustation accompagnée de petits cubes de fromage, de noix et autres perturbateurs du goût
l’ordre dans lequel les vins sont dégustés peut influencer votre perception (« effet de séquence »)
la formule « petits flacons » n’est pas top-conviviale, mais elle présente néanmoins quelques avantages: vous dégustez au moment qui vous convient, au rythme qui vous convient, dans l’ordre qui vous convient; et vous n’êtes pas obligés de subir mon baratin…
autre avantage de la formule: vous pouvez choisir de déguster « à l’aveugle », sans être perturbé par une appellation, un prix, un millésime…
enfin, il y a un côté ludique à ne pas sous-estimer !
si un contre-temps vous empêche de participer, faites-moi signe rapidement de façon à ce que je puisse contacter quelqu’un sur liste d’attente
la boîte de petits flacons est gratuite: elle contient l’équivalent d’une demi-bouteille de (très) bon vin
les commandes doivent me parvenir au plus tard le mardi 09 février, directement dans le magasin (c’est le plus commode pour moi) ou par e-mail
A quoi pensez-vous lorsque l’on prononce « Tenerife » ? Laissez-moi deviner: soleil, vacances, charter, île, hôtel, touriste, Canaries, mer ? Je rajouterais volontiers la présence du plus sommet d’Espagne, El Teide, qui culmine joliment à 3.718 mètres. Cette montagne est un volcan. Les spécialistes estiment que sa dernière éruption significative remonte au IXème siècle. Vu d’ici, cela semble bien loin. Néanmoins, les mêmes spécialistes n’excluent pas une nouvelle éruption: le Teide n’est pas éteint, il est juste assoupi…
Une géologie volcanique et un climat favorable ? Il fallait bien que des amateurs de raisins se décident à planter …ce qui fût fait dès la fin du XVème siècle. Un œil contemporain remarquera aisément que la quantité prime sur la qualité: plenty of dull wines for tourists, écrit Hugh Johnson. Autrement dit, tout se vend localement à des hordes de touristes assoiffés, l’offre s’adaptant à la demande. Mais il y a d’excellents vins en Provence, malgré le gigantesque gosier, pentu et insatiable, de la Côte d’Azur. Mutatis mutandis, il y a d’excellents vins à Tenerife ! Et des cépages autochtones ! Et des vignerons ambitieux ! Et des façons de conduire la vigne que l’on ne trouve nulle part ailleurs !
le cordon trenzado, méthode locale pour conduire la vigne
Dans le nord de l’île, dans une vallée peu accessible, sur les premières pentes du volcan, se cachent les Bodegas Suertes del Marqués. Ce Domaine a une longue histoire, mais il n’a commencé à mettre en bouteilles sous son nom qu’en 2006. Un vignoble de 11 hectares, répartis en une longue série de parcelles fort différentes les unes des autres: à chacune son altitude, sa pente, ses cépages, son exposition, sa géologie et l’âge de ses vignes.
Pas de phylloxera à Tenerife, donc des vignes franches de pied, c’est-à-dire non greffées sur pied de vigne américain.
Exemples: Las Mercedes est une parcelle plantée en 2005, franche de pied, en cépage listan negro, à une altitude comprise entre 620 mètres et 720 mètres, avec une pente moyenne de 37%, en exposition nord. La Solana est une parcelle plantée il y a plus de cent ans, franche de pied, en cépages listan negro, listan blanco & pedro ximenes, à une altitude comprise entre 350 et 450 mètres, avec une pente moyenne de 25%, en exposition est.
C’était bien sûr tentant de vinifier séparément les différentes parcelles, en dépit du travail supplémentaire que cette décision requiert: La Solana est à la fois le nom d’une parcelle de 1,5 hectare et celui du vin qu’on y élabore.
En supplément à ces vins « parcellaires », le Domaine propose également une cuvée « de village », qui porte le joli nom de 7 Fuentes, les sept fontaines. Il s’agit de l’assemblage de 35 (sic) toutes petites parcelles, réparties sur l’ensemble du Domaine. Chaque petite parcelle est vinifiée séparément (mazette). Ce n’est pas une entrée de gamme, la meilleure preuve en étant que ce vin est issu de vignes d’un âge compris entre 10 et 180 ans. Le site Internet du Domaine confirme: cent-quatre-vingt (gloups). Cépages: 90% de listan negro et 10% de castellana, encore nommé tintilla. Vendanges manuelles, levures indigènes. Elevage de 9 mois partiellement en cuves béton (60%) et partiellement en fûts de 500 litres (40%).
Je vous propose le millésime 2018 de ce 7 Fuentes, en appellation Valle de la Orotava.
En dégustation, ce vin rouge présente une couleur légère et peu soutenue. Le nez est floral et minéral, intriguant. La bouche est aérienne, très fraîche, avec une finale agréablement peu tannique. J’ai l’impression de déguster un proche parent du pinot noir, dans sa variante allemande. 90% élégance, 10% rusticité. Cela coule de façon très naturelle. Plus infusé qu’extrait. Le boisé est imperceptible aromatiquement, mais il a poli la matière. En finale, des notes de viande fumée et de cendre (je sais …la cendre pour un vin de volcan …et pourtant…)
Bodegas Suertes del Marqués, 7 Fuentes 2018 est disponible dans le magasin.
Un match n’est intéressant que s’il est équilibré. Cela tombe bien, les deux bouteilles d’aujourd’hui ont la même forme et mesurent toutes les deux exactement 35 cm de haut. Plus sérieusement, les deux vins sont vendus au même prix et sont tous deux issus de millésimes récents. En dépit de la distance entre les deux vignobles (plus de 2.000 kilomètres), quelque chose me dit que leurs profils pourraient présenter plus de similarités que de différences. Voyons la composition des équipes.
L’Allemagne aligne un riesling du Rheingau. Le maillot de la bouteille est floqué Künstler2018. En face, l’Espagne aligne un albariño de Galice, maillot floqué Fefiñanes2019.
Le Rheingau est le royaume du riesling: 80% du vignoble est planté avec ce cépage. 7% du riesling mondial provient d’ailleurs du Rheingau. Comme le nom de la région l’indique, les vignes sont plantées sur la rive droite du Rhin (celle dont l’exposition est sud), sur des collines plutôt vertigineuses. Bien sûr mon mauvais esprit va immédiatement rendre compliqué ce qui paraissait simple: on peut faire faire partie du Rheingau, alors que les vignes se mirent dans le Main. Circonstance atténuante: ce Main est un affluent du Rhin, bien connu pour être la rivière qui baigne, en amont, maints vignobles de Franconie.
Gunter Künstler
Nous sommes plus précisément à Hochheim, village qui porte, avec une impitoyable logique, le nom complet de Hochheim-am-Main. Le vignoble le plus célèbre s’appelle ici Hochheimer Hölle. A côté de ce vignoble « grand cru », nous découvrons le Hochheimer Herrnberg, classé lui erste Lage, ce qui correspond à la notion de « premier cru » en mode Bourgogne.
Ce cru Herrnberg possède la particularité étonnante d’un substrat géologique partiellement calcaire, très inhabituel dans ces contrées. Attention, la phrase qui précède, utilisée par exemple dans les tribunes d’un stade, est susceptible de vous attirer quelques solides froncements de sourcils…
Weingut Künstler cumule les distinctions dans les guides allemands et anglo-saxons: 4 étoiles dans Eichelmann, 5 étoiles dans Falstaff, 4 grappes dans Gault&Millau, 3 étoiles pour Hugh Johnson. Hélas, le Domaine est moins connu dans le monde francophone, vu l’habituelle absence d’attention portée par les médias parisiens pour ce qui se passe outre-Rhin.
Le Domaine est à la tête de 50 hectares de vigne, dont 79% de riesling et de 15% de pinot noir. Un peu de chardonnay et -amusant dans le contexte de ce match- 1% d’albariño ! Bon, le Domaine vend ce « vin de cépage » sous la graphie portugaise (alvarinho), mais il s’agit bien du cépage galicien. Le bouleversement climatique pousse de nombreux vignerons prudents à anticiper le moment où les cépages nordistes, comme le riesling, ne feront plus l’affaire. Planter des cépages plus sudistes -comme l’albariño- et vinifier les raisins récoltés est une façon de se préparer à un avenir incertain mais sans doute caniculaire.
2018 est un millésime chaud, comme l’Allemagne en connait de plus en plus souvent. Conséquence: le degré alcoolique peut augmenter et l’équilibre se modifier. Cela peut plaire comme cela peut décontenancer. Ce Hochheimer Herrnberg a parfaitement géré le millésime, avec un degré alcoolique de 12,5% et 5 grammes de sucre résiduel par litre de vin. L’équilibre perçu est néanmoins sec, à cause de l’intensité des éléments acides.
L’Espagne aligne donc un albariño de Galice, maillot floqué Fefiñanes 2019. La Galice (nord-ouest de l’Espagne: certains paysages côtiers sont plus irlandais que nature) est un peu the place to be pour l’amateur attentif à ce qui se passe dans le microcosme du vin. Des vins originaux, combinant habilement des caractéristiques sudistes et nordistes, des cépages autochtones, une météo compliquée (cf. les paysages irlandais) sous forte influence océanique et …quelques vignerons particulièrement inspirés.
Il y a la Galice de la montagne, à l’intérieur des terres, avec pas mal de vins rouges et il y a la Galice de la mer, en appellation Rias Baixas, avec le vin blanc d’albariño à peu près partout. Cette appellation Rias Baixas est à son tour organisée en cinq zones non-contiguës ! Ô les vilaines, comment osent-elles ? Deux zones à la frontière portugaise (O Rosal et Condado do Tea), une zone minuscule (Soutomaior), une zone au nord pas très porteuse (Ribeira do Ulla) et enfin la zone-clé, Val do Salnés, où se concentrent la plupart des Domaines intéressants.
Dans ce coin d’Ibérie, Anthocyane vous a déjà proposé avec succès la cuvée Leirana du Domaine Forjas del Salnés. Voici un autre domaine à suivre de très près: Palacio de Fefiñanes (ou Fefiñans en langue gallego). Le Domaine occupe de magnifiques bâtiments anciens, au centre du village de Cambados. Il élabore trois cuvées 100% albariño: III Año (très long élevage sur lies), 1583 (passage en bois) et la bien nommée Albariño de Fefiñanes, depuis le millésime 1928, étant ainsi le premier vin de la région à être mis en bouteilles. L’ancêtre de tous les albariño modernes, le pionnier.
L’étiquette ne doit d’ailleurs pas avoir beaucoup évolué depuis lors…
En dégustation comparative, side by side, je suis frappé par les similitudes et par la subtilité des différences: le nez allemand est citronné, pierreux et légèrement abricoté. Le nez espagnol est légèrement exotique, avec des nuances de pêche et d’abricot.
La bouche allemande est vive, élégante, avec une finale citronnée et caillouteuse. C’est un Rheingau en finesse, sans la puissance souvent de mise dans la région. C’est bien sec, malgré la présence de quelques grammes de sucre résiduel. Belle finale minérale. Vin qui mérite d’être un peu attendu pour bénéficier d’une plus grande complexité.
La bouche espagnole est aromatique, avec de la pêche, de l’ananas et des notes fumées. Un peu d’amande. C’est tout-à-fait sec, frais et pur. Du gras et de la longueur. Il y a un peu plus de puissance et un peu moins de vivacité que dans le vin allemand.
Je n’ai pas de préférence. It’s a draw. Un match équilibré pendant lequel on s’amuse parce que chaque équipe marque des buts…
La Quinta Nova de Nossa Senhora do Carmo se situe sur le fleuve Douro, très en amont de Porto et en direction de la frontière espagnole (à partir de laquelle le Douro se mue en Duero). Nous sommes donc en pleine région du Porto. Ce Porto (ruby ou tawny, vintage ou colheita) jouissait jusque vers 1990 d’un quasi monopole. Autrement dit, on ne produisait presque pas de vins non-mutés dans la région, tous les raisins servant à faire du Porto, pour le meilleur …et pour le pire.
Dirk Niepoort (encore lui …il est décidément dans tous les coups) a été l’un des premiers à percevoir que le marché du Porto était plutôt sur le déclin et qu’il était grand temps d’utiliser les magnifiques terroirs de schiste du Douro pour élaborer de grands vins rouges secs, non-mutés à l’alcool.
Le Douro, comme le Dão plus au sud, est un paradis pour les amateurs de cépages autochtones: touriga nacional, tinta roriz, tinto cão, touriga franca, tinta barroca, tinta francisca, tinta amarela, etc… Autochtones, quoique tinta roriz soit en fait un synonyme du tempranillo espagnol. Historiquement, les parcelles étaient plantées en foule, c’est-à-dire sans être alignées en rangs et en complantation, c’est-à-dire en mélangeant différents cépages sur la même parcelle.
La Quinta Nova fait partie du groupe Amorim, connu en particulier pour être le premier producteur mondial de liège. Le roi du bouchon a produit 5,5 milliards de pièces en 2019 !
Le Domaine produit bien entendu du vin, mais propose également une offre oenotouristique très complète: restaurant réputé (Conceitus), chambres « chic », promenades en bateau sur le fleuve, etc…
En dégustation, le vin présente une couleur plutôt sombre et jeune. Le nez confirme la jeunesse et l’absence de tout élevage en bois: du fruit et encore du fruit ! Cerise et prune. La bouche est équilibrée, succulente, juteuse et assez « punchy ». Quelques bons petits tannins, sans trace d’amertume.
Le point-clé pour un rouge sec du Douro: comment l’alcool est-il géré ? De nombreux vins issus de cette région particulièrement chaude sont en effet dévalorisés par une sensation brûlante et une excessive chaleur en bouche. Cette cuvée « unoaked » résout ce problème potentiel avec talent. Bien sûr, c’est un vin solaire qui ne peut cacher son origine: assez puissant, grâce à la matière mais aussi grâce aux 14% d’alcool. Cette solarité est néanmoins très bien cadrée, maîtrisée, intégrée dans le fruit, évitant ainsi toute lourdeur.
La bouteille est un bel objet. L’étiquette liste les quatre cépages présents dans cette bouteille. Mon seul regret concerne le nom donné à la cuvée: ce « unoaked » qui qualifie le vin, en anglais, par ce qu’il n’est pas, c’est un peu tristounet. Disons néanmoins que c’est clair, dans un pays où la plupart des vins rouges sont élevés sous bois.
Quinta Nova « unoaked » 2018 est arrivé dans le magasin.
Malgré un cépage puissamment local (agiorgitiko, parfois traduit en « Saint-Georges »), le style de ce vin grec n’est pas sans rappeler certaines contrées du Rhône sud, voire du Languedoc-Roussillon. Une sorte de parenté organoleptique avec un assemblage grenache-syrah qui emmène ce vin vers un profil chaleureux, heureusement équilibré par une fraîche acidité, évitant ainsi le piège de la lourdeur. Les petits tannins sont fondus et discrets.
Le vin est coloré, direct et assez puissant, avec des parfums fruités (mûre, myrtille) et épicés. C’est un rouge goûtu pour plats goûtus ! Nous l’avons associé à du poivron, des câpres et des anchois: il résiste bien, le bougre ! Avant de révéler, au grand bonheur du dégustateur, une longueur marquée par la minéralité. Ce St-Georges est décidément capable de donner du fil à retordre à bien des dragons ! Cela étant, la subtilité ne constitue pas son atout majeur.
Le passage par le bois est perceptible, mais très raisonnablement dosé.
L’appellation Nemea ne tolère que le cépage agiorgitiko, ce qui tend à faire croire qu’il s’agit de synonymes. Ce serait faire peu de cas des vignobles d’agiorgitiko hors de l’appellation Nemea: on en trouve par exemple plus de 5.000 hectares en Attique (région autour d’Athènes). Ce cépage a la réputation d’être plastique et flexible et de permettre en conséquence l’élaboration de vins très différents, du plus classique au plus exotique.
Le Domaine Gaia a la particularité de s’appuyer d’une part sur le vignoble de Nemea et d’autre part sur celui de l’île de Santorin, pourtant distant de plusieurs centaines de kilomètres.
Domaine Gaia, Nemea Agiorgitiko 2018: il y en a dès à présent dans le magasin.
Autriche. Prellenkirschen, village viticole de 1.500 habitants. A quelques kilomètres du Danube et de la frontière slovaque: d’ici, on se rend plus vite à Bratislava qu’à Vienne. Un parfum d’Europe Centrale, un avant-goût d’autre chose. La Hongrie est à peine plus loin.
Carnuntum. Cela ressemble à du latin, parce que c’est du latin. Carnuntum était du temps de sa splendeur la capitale de la province romaine de Pannonie. Sans doute 50.000 habitants au IVème siècle. Il n’en reste pas grand-chose aujourd’hui: les ruines d’un arc de triomphe, les traces de plusieurs amphithéâtres et autres thermes. Un quartier a été reconstruit à l’identique. Le musée est le plus grand musée romain d’Autriche. Une sorte de parc archéologique. Les vignerons du coin se sont dit qu’il était peut-être malin de capitaliser sur ce nom aussi antique que connu et de baptiser ainsi leur vignoble. Ainsi fût fait.
Dorli Muhr et sa gamme de vins
Dorli Muhr. Dorli est le prénom de la vigneronne, Muhr est son nom. Le Domaine a longtemps porté le nom Muhr-van der Niepoort, en cohérence avec le fait que Dorli Muhr et Dirk Niepoort (oui, LE Dirk Niepoort, serial vigneron portugais) ont formé un couple, aujourd’hui séparé.
Spitzerberg: plutôt qu’une « montagne pointue », une colline inspirée…
Le grand vin du Domaine, le Spitzerberg (100% blaufränkisch), se vend allègrement au-delà des € 60. Il est souvent considéré comme l’un des plus grands rouges autrichiens. La cuvée évoquée ici est une entrée de gamme qui associe le grand cépage local, le blaufränkisch, à une bonne dose de syrah.
En dégustation, c’est avant tout l’élégance qui frappe l’imagination. Ce 2017 fait preuve de beaucoup de fraîcheur, les tannins sont totalement fondus, l’alcool est à l’arrière-plan (12,5%). C’est fruité (cerise un peu kirschée), poivré et fumé. Quelques herbes aromatiques. Bel équilibre, du charme et du raffinement. C’est facile à boire, ce qui ne constitue en aucun cas une remarque perfide, que du contraire ! Ce n’est ni sauvage, ni exubérant. Je recommande de le servir un peu frais et de profiter pleinement, au réchauffement progressif dans le verre, d’une fine nuance saline et salivante. L’élevage, en foudres, ne marque pas le vin: merci !
Hier soir, une bouteille peu commune: Gorvia 2006 rouge, Quinta da Muradella (Galice = Espagne du nord-ouest). Flacon très (trop) lourd. Bouchon impeccable. Acheté en 2010 (€ 27).
Nez très parfumé: floral, fraise et framboise. Dans le fond, quelques notes terreuses. Bouche majeure: acidité marquée, tannins fondus, alcool peu perceptible (malgré 14%), beaucoup de profondeur et de distinction. Typiquement le rouge ‘océanique’, même si l’Atlantique, à vol de mouette, se situe à plus de 100 kilomètres. J’ai servi le vin un peu frais: il prend de la puissance dans le verre, en se réchauffant lentement. Profil encore jeune, peu en rapport avec un confinement de 10 ans+ dans la bouteille. M’évoque les meilleurs rouges de Loire, via la proximité avec le cabernet franc. Et autant avec le pinot noir !
L’appellation, c’est Monterrei, sise là où Espagne et Portugal s’enlacent. La frontière portugaise n’est distante que de 17 kilomètres. On ferait du vin ici depuis l’époque romaine.
Le château de Monterrei veille sur les vignes.
Cépages: mencia, bastardo, caiño redondo en proportions inconnues. La mencia (avec l’accent tonique sur le ‘i’) est LE cépage rouge emblématique de la Galice et de l’extrême nord-ouest de la Castille (appellation Bierzo). Le bastardo est le nom local du …trousseau jurassien ! Autre synonyme: merenzao. Quant au caiño redondo, c’est un cépage obscur, possiblement apparenté à un vieux cépage du Sud-Ouest, le camaraou noir. Bien étudier ceci par cœur, c’est une possible question d’examen…
Information au sujet du Domaine: je lis que tout est certifié bio depuis 2005. Projet initié en 1991 par José Luis Mateo, avec la volonté de remettre à l’honneur les cépages locaux. Rencontre avec Raul Perez en 2000 (Raul Perez est vraiment partout …y compris dans le magasin d’Anthocyane, avec la cuvée Ultreia Saint-Jacques). Domaine de 24 hectares, sur 34 parcelles différentes. Géologie entre schistes et granit, sables et argile (rien que ça). Altitude des vignobles: entre 360 et 900 mètres.
Une année 2020 bizarre, imprévisible et vraiment peu favorable à la dégustation: ni avec mes fournisseurs, ni avec mes clients.
Malgré tout, dégustation « classique » le 08 février (in tempore non suspecto), offre « Résistance » fin mars/début avril (sans dégustation, bien entendu), puis deux dégustations « pas plus de deux bulles autour du bar », sur inscription préalable (le 13 juin et le 22 août: entre les vagues), enfin le coup des petits flacons (« la dégustation en take-away ») le 14 novembre.
La réapparition du site Internet en février: 105 articles et 45.000 mots; la réouverture du magasin-en-ligne début juin et le retour de la newsletter « state of the art » en juin.
Palmarès en nombre de bouteilles vendues: le rosé Miraflors 2019 du Domaine Lafage (Roussillon), le rouge Sorcières 2019 du Domaine du Clos des Fées (Roussillon), le blanc Les Rochers 2019 du Domaine Guerrin (Bourgogne/Mâconnais).
Podium des régions: Loire, Roussillon, Rhône.
52% de rouges, 40% de blancs, 7% de rosés, quelques bulles et bouteilles d’huile d’olive. Le cépage chardonnay est le plus prisé. 35% des vins vendus sont issus du millésime 2019, 39% de 2018 et 16% de 2017.
Conclusion: vu les circonstances, avoir proposé plus de vins qu’en 2019 et avoir vendu plus de bouteilles qu’en 2019, ça constitue un bon résultat. Merci à mes fournisseurs et à mes clients d’avoir rendu cela possible ! Merci à Catherine pour avoir écouté et réagi, pour avoir subi mes moments de doute, pour avoir contribué au bon fonctionnement des dégustations et pour tant d’autres choses encore.
La Rioja Alta, Viña Ardanza Reserva Seleccion Especial 2010
On oppose parfois les modernistes de la Rioja aux traditionnalistes en insistant sur le fait que les premiers, adeptes d’un élevage bref en barriques neuves, chercheraient à mettre en avant un intense fruité et donc le raisin. Sachant que les seconds misent au contraire sur un (très) long élevage en barriques anciennes, il est tentant d’en faire des spécialistes du bois.
La réalité est heureusement plus subtile: pour La Rioja Alta, Domaine traditionnaliste réputé, le bois est un moyen pour polir les tannins, pour civiliser le vin et jamais une fin en soi ! Il s’agit de micro-oxygéner le vin pendant de longs mois de façon à ce qu’il soit à pleine maturité dès sa mise sur le marché. L’élevage apporte une belle patine, une texture soyeuse, une aromatique complexe. La mise en bouteilles de ce Viña Ardanza a eu lieu en mai 2015. Vu la durée de l’élevage en barriques, le vin pourrait légalement être commercialisé comme un Gran Reserva.
Le Domaine accorde bien entendu une grande importance au travail à la vigne: petits rendements, vendanges manuelles, sélection des meilleurs raisins. Le transport des raisins vers la cave de vinification se fait en camion frigorifique, la cave elle-même est moderne: La Rioja Alta n’est pas un musée ! La tradition fait son entrée lorsque commence l’élevage. Le vin va passer de barrique en barrique, tous les six mois. Il est ainsi progressivement habitué au contact avec l’air.
Ce contact régulier avec l’air n’use pas le vin mais semble paradoxalement le rendre plus résistant: « ce qui ne tue pas rend plus fort ». Les meilleurs Riojas traditionnels vieillissent magnifiquement en bouteille, souvent mieux que les bombes fruitées modernes.
Ce Viña Ardanza est composé de 80% de tempranillo, issu d’un vignoble situé en Rioja Alta mais aussi de 20% de grenache, issu d’un vignoble situé en Rioja Oriental (cette sous-région s’appelait encore récemment Rioja Baja, mais les spécialistes de la communication ont estimé que « baja » pouvait être interprété négativement, comme le Bas-Rhin qui serait donc moins qualitatif que le Haut-Rhin).
Ce vignoble de grenache s’appelle La Pedriza: comme à Châteauneuf-du-Pape, on y croise une multitude de galets roulés, mais à une toute autre altitude: 550 mètres. Est-ce ce grenache qui confère à Viña Ardanza un petit supplément de douceur ?
Un mot encore sur un millésime exceptionnel : 2010 a été labellisé Seleccion Especial. Ce n’est arrivé que quatre fois pendant l’histoire de cette cuvée: en 1964, 1973, 2001 et donc, maintenant, en 2010. Viña Ardanza n’a pas été élaboré en 2011; le millésime 2012 vient d’arriver sur le marché, sans label Seleccion Especial.
En dégustation, un vin épicé, balsamique, avec de la cerise, du poivre et de la muscade. Un peu de réglisse et de café. Tannins élégants. Finale soyeuse et longue.
Comme chaque année, Château Mouton-Rothschild a confié son étiquette à un artiste contemporain. C’est une tradition depuis 1945.
A été retenu pour le millésime 2018, le chinois Xu Bing, spécialiste de la calligraphie.
Et alors ? Eh bien, ce Xu Bing ne manque pas d’humour: ce qui peut passer au premier coup d’œil pour la simple juxtaposition esthétique de deux caractères chinois se révèle être un jeu graphique basé sur notre alphabet latin. Regardez de plus près et souvenez-vous du nom du château…
Comment est définie une vieille vigne ? L’Afrique du Sud n’autorise cette mention que si les vignes ont atteint l’âge de 35 ans. En Europe, la mention n’est pas définie: le vigneron fait ce qui lui plaît. D’aucuns n’hésitent pas à afficher « vieilles vignes » sur l’étiquette alors que celles-ci sont …adolescentes.
Que signifie « Alte Reben » ? Littéralement, vieux ceps. C’est la terminologie utilisée habituellement en Allemagne pour désigner les vieilles vignes.
Je mélange ce qui précède, je secoue un petit coup et …voici un « Alte Reben » issu en partie de vignes âgées de 120 ans.
Mathusalem en bouteilles !
Les raisins sont issus de parcelles réputées (Wiltinger Klosterberg, Wawerner Ritterpfad, Kanzemer Sonnenberg, le premier mot indiquant le village, le second mot la parcelle), mais trop petites pour permettre l’élaboration de cuvées spécifiques, sous le nom de chaque parcelle. D’où cet assemblage.
Nous sommes au Domaine Van Volxem, en Sarre, à quelques kilomètres de la frontière belge (il suffit de traverser le Grand-Duché, d’est en ouest, pour se retrouver à Arlon): le paradis pour les amateurs de riesling !
A la dégustation, le premier nez est dominé par l’ananas et un peu de fruit de la passion. Après quelques minutes, apparaissent citron et citron vert. La bouche est sèche (malgré 8 grammes de sucre résiduel: magie de l’acidité qui rend sec ce qui ne l’est pas tout-à-fait), avec de la pêche, beaucoup de minéralité saline et puis du pamplemousse. Un degré d’alcool peu élevé (12%) n’empêche pas l’expression d’une certaine puissance: ceci n’est pas un riesling mosellan de style ultra délicat, il y a du fer sous le velours.
De mon point de vue, le vin mérite la carafe pour fondre et harmoniser les différents éléments. Un peu d’oxygène peut faire des miracles pour révéler la complexité ! Alternative hautement recommandable: laisser la bouteille se reposer en cave jusqu’en 2023, la récompense sera proportionnelle à la patience !
Le Domaine Van Volxem (c’est bien « Van », comme pour Ludwig Van Beethoven, origine belge dans les deux cas) fait partie des très grands noms de la Moselle. Il possède entre autres des vignes sur le Scharzhofberg, considéré comme le meilleur vignoble au monde pour le riesling. Le Domaine s’est doté récemment d’un bâtiment spectaculaire, en bord de Sarre. La capacité permet d’élever les vins en cuve …pendant cinq ans !
Dirk Niepoort est un homme de multiples projets. Au Portugal bien sûr, mais également en Espagne, en Autriche, en Allemagne, en Afrique du Sud, …Un vigneron vraiment « larger-than-life ». Il est loin le temps où la marque Niepoort était uniquement associée au Porto.
Rotulo incarne un projet dans la région du Dão: l’étiquette met d’ailleurs un énorme accent sur le nom de cette région, au point que le nom de la cuvée est relégué au verso. On ne voit que Dão !
Paradoxalement, je pense que le prix de ce vin pourrait le desservir: ses qualités gagneraient à être associées à un prix supérieur. La cohérence serait meilleure. Autrement dit, excellent rapport qualité-prix.
En dégustation, je suis frappé par l’équilibre classique de ce vin: finesse des tannins, fraîcheur sans forte « atlantité », parfaite intégration de l’alcool, transparence de l’élevage. Cela se boit très facilement et chaque gorgée génère un plaisir nouveau.
Si vous êtes à la recherche de quelque chose d’original, de très différent …non… pas ce Dão. Par contre, si vous cherchez le bon vin qui ne déplaira à personne tout en s’accommodant de bien des cuisines, c’est un billet gagnant !
On a affaire à de vieilles vignes (30 à 80 ans), plantées en altitude (600 mètres) dans une géologie granitique, typique de la région du Dão. Les vendanges sont manuelles, la fermentation et l’élevage s’effectuent en cuve-ciment (pas de bois).