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La bulle au quotidien

Pendant une conversation avec un client, celui-ci m’évoque le fait qu’il recherche une bonne bulle, pas trop compliquée et pas chère, pour toutes les occasions festives qui ne sont pas adaptées au service d’un (grand) Champagne.

En quelque sorte, un accompagnement judicieux pour tous ces petits moments qui donnent envie de célébrer sans se prendre ni la tête ni le portefeuille. Ce client renchérit en me faisant comprendre qu’il ne doit pas être le seul client à rechercher une bulle avec ces caractéristiques.

J’ai commencé par chercher un argument pour ne pas faire. C’est idiot. La question fait sens, incontestablement. Donc, je me mets en chasse. La bulle doit-elle être française ? Non. Mais ce serait un « plus » sympathique si le style du vin pouvait se rapprocher du modèle champenois. Faut-il viser le dosage zéro et/ou la biodynamie avec danses rituelles autour d’une corne de vache remplie de b… ? Non, au contraire: un bon petit dosage est le bienvenu et le goût prime sur la sorcellerie, fût-elle très inspirée. Et pas trop d’alcool, s’il vous plaît. Et une capacité à ne déplaire à personne.

Alors dégustons !

..et voici le fruit de mes recherches. Bulle catalane qui coche beaucoup de cases. Alcool: 11,5%, dosage: 5 grammes, prix: € 12,50, flacon: pas vilain. Les cépages sont ceux du cava, puisqu’il s’agit bien d’un cava: xarel.lo, macabeu et parellada.

En bouche, c’est bien sec, avec la petite rondeur apportée par le dosage. C’est charmant, avec de la vinosité et une note fermentaire de bon aloi. Pour ceux et celles qui souhaitent en savoir plus, la contre-étiquette est informative, avec cépages, parcelles, récolte (2024) et date de dégorgement (janvier 2026).

Le Domaine Oriol Rossell n’est pas né de la dernière pluie, puisque son chai, moderniste et de toute beauté, a été construit en 1908.

Oriel Rossell, Cava, OR brut cuvée Especial NM – € 12,50

Je passe une commande chez le fournisseur le mercredi 15 avril. A bon entendeur…

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Planella

Première étape: bouteille sur la table: Planella 2017, Domaine Joan d’Anguera, appellation Montsant (Catalogne), village de Darmos (juste au sud du Priorat), 90% carignan + 10% syrah. Bio et biodynamie (Demeter). Hop tire-bouchon et dégustation de la première gorgée une ou deux minutes plus tard. Impression globale: vin massif, plus cubique que sphérique. Il y a quelques angles un peu durs. Une petite crispation. Densité, absence de déséquilibre alcooleux (14,5%).

Deuxième étape: J+1. Restent 40 cl dans la bouteille qui a été conservée, avec un bouchon, au réfrigérateur. Dégustation du lendemain: les aspérités ont disparu, la matière est superbement fluide, la densité s’exprime à présent sous la forme de l’intensité des saveurs. Zéro crispation. Equilibre certes sudiste mais équilibre malgré tout. Grand vin dans sa catégorie de prix (+/- € 17).

Morale: se précipiter pour goûter et finir le flacon dans la foulée n’est pas forcément une bonne idée. Le vin a besoin d’air. Il se livre progressivement. La complexité ne peut s’évaluer que dans la durée. La première gorgée ne raconte pas toute l’histoire, la première gorgée est susceptible de vous mentir. Evaluer un vin (à l’ouverture de la bouteille) en quelques secondes est un non-sens. Alternative positive: évaluer un vin en quelques secondes est un compromis, ni plus ni moins.

Info: les frères d’Anguera considèrent que ce Planella est un vin en transition: progressivement, il s’agit de renoncer à la syrah, de la remplacer par du grenache et de maintenir la part du carignan. La syrah jouait le premier rôle dans les années 2000: voir la cuvée El Bugader (95% syrah + 5% grenache). En son temps, celle-ci était très bien notée; aujourd’hui elle a disparu et elle a fait place à un processus de retour à la tradition: le millésime 2020 de Planella est 50% carignan + 50% grenache. Il m’en reste deux bouteilles à la date d’aujourd’hui.

Le millésime 2022 est en dégustation le samedi 12 octobre 2024.

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Surréaliste

Anthocyane a le plaisir de proposer les vins du Domaine Joan d’Anguera (Espagne, Catalogne, appellation Montsant) et en particulier la cuvée Altaroses, un pur grenache peu extrait, construit sur la finesse. Le millésime 2021 est actuellement disponible.

Quant au 2022, il vient de passer son examen d’agrément devant les juges de la denominacion de origen.

Patatras ! Ajourné, busé, recalé, renvoyé à ses études. Les juges refusent d’octroyer l’appellation Montsant à ce millésime.

« Ah, dois-je en déduire que ce millésime est un mauvais vin ? »

Question judicieuse, à laquelle la réponse est NON. Que reprochent les juges à cet Altaroses 2022 ? Sa couleur n’est pas assez dense, le vin est trop clair. Vous lisez bien, le seul reproche porte sur la densité de la couleur du vin ! Et la recommandation des juges est si simple (comment les vignerons n’y ont-ils pas pensé…): il suffit d’ajouter une bonne dose de colorant pour que le problème disparaisse !

La situation est donc très claire: soit les frères d’Anguera jouent au petit chimiste à coups de E120 et plus si affinités, soit ils quittent l’appellation. Et cette dernière option est d’autant plus triste que les frères d’Anguera ont été à l’origine de la création de l’appellation.

Il se dit que la réponse aurait été fournie sous la forme succincte (mais très claire) d’un doigt majeur pointé verticalement. Anthocyane goûtera le millésime 2022 lorsqu’il sera prêt. Je parie que le vin sera bon, ce sera une ode à la finesse et au cépage grenache. Mais lorsque votre œil attentif cherchera sur l’étiquette la mention « D.O. Montsant », il rentrera bredouille.

La couleur d’Altaroses est constitutive de son identité. Elle sera ce que les raisins voudront.

La Catalogne ne serait-elle pas la patrie d’un certain Dali ?

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blanc dégustation offre rouge

Espagne: les yeux plus grands que le ventre ?

J’ai manifestement eu du mal à choisir. Docteur, est-ce pathologique ?

J’aurais pu me contenter de la dizaine de vins qui participent à la dégustation du samedi 22 août. Mais non.

Comment résister à ce que proposent les meilleurs vignerons de Galice, de Catalogne, de Castille et d’ailleurs ? La diversité des styles est fascinante ! Il y a du franchement « sud » et du franchement « nord »: le nord-ouest de l’Espagne ressemble d’ailleurs bien plus à l’Irlande qu’à une costa méditerranéenne !

Il y a bien sûr du rouge, mais les vins blancs sont aujourd’hui du même niveau: en Catalogne, en Galice, en Andalousie, du côté de Valence les vins blancs de grande qualité pullulent. A vrai dire, je ne sais pas si un vin est susceptible de pulluler, mais vous voyez ce que je veux dire…

Vous recherchez un rouge qui puisse se comparer positivement avec bien des Châteauneuf-du-Pape ? Tentez Bellmunt, un Priorat abordable et diantrement réussi. Un blanc de la nouvelle génération, élevage en amphores et macération ? Essayez Cullerot: ce n’est pas un vin orange, mais on s’en rapproche. Des blancs dont la fraîcheur septentrionale vous esbaudirait ? Sans hésitation, Leirana (cépage albariño) et Louro (cépage godello), belle comparaison sur le millésime 2019.

Un rosé ? Oh oui, même si c’est plutôt un clarete, entre rosé et rouge: Paramos de Nicosia.

Vous aimez le sauvignon et découvrir de nouveaux cépages ? Je suggère le verdejo de José Pariente. Un Rioja moderne ? Jetez-vous sur Sela !

Des prix bien serrés, sans concession sur la qualité ? Salbide et l’andalou Dos Claveles sont proposés à € 10. Ou encore Vermell, un « rouge de rouge », puisque élaboré avec l’alicante bouschet, l’un des seuls raisins à jus rouge.

Un cépage rouge local qui ferait l’unanimité (du moins quand il est confié à des vignerons de talent) ? La mencia de Maquina & Tabla Laderas de Leonila, celle de Raul Perez: Ultreia Saint-Jacques et celle de la Vizcaina (autre projet du serial vigneron Raul Perez): El Rapolao.

Un grenache comme on en fait peu en France ? Vieilles vignes, haute altitude, bas rendements, maturité et finesse de El Terroir, chez Lupier en Navarre. Vin multi-récompensé par la presse spécialisée.

Des vins bio de la région de Valence, zone naguère peu portée sur la qualité: les choses changent grâce au Celler del Roure mais aussi grâce au Domaine Mustiguillo qui propose Mestizaje rouge et Mestizaje blanc.

Un blanc catalan, issu de vignes quinqua- et sexagénaires, d’excellent rapport Q/P ? Jetez un œil sur 3 Macabeus, du Domaine Albet i Noya, un des pionniers du bio en Europe.

Une originalité castillane, pas loin de chez Don Quichotte, élaboré par un quatuor d’œnologues volants, dans l’esprit du vin nature ? Albahra ne porte pas la moindre appellation, pas vraiment un millésime, mais cela ne le rend pas moins bon !

Enfin, un liquide élaboré dans le même esprit que le vin de qualité, mais où le raisin fait place à …l’olive. Le Domaine Roda produit dans les Îles Baléares une huile d’olive d’exception, 100% « cépage » arbequina, issue de la récolte 2019. Acidité très faible. C’est Aubocassa.

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dégustation

Catalunya, nord & sud

Catalogne drapeauRassurez-vous, pas de politique, mais un constat: le vignoble du Roussillon (autour de Perpignan) est de plus en plus souvent surnommé Catalogne-nord. Une identité catalane, par-dessus les Pyrénées, au travers d’une langue et de quelques cépages: grenache (garnatxa), carignan (carinyena) et syrah qui se plantent communément des deux côtés de la frontière.

J’accueille ce mercredi soir un groupe d’amateurs autour de 12 vins (rouges) catalans. Les voici:

1 Mas Igneus – Barranc dels Closos 2009 Priorat
2 Rectorie – Côté Mer 2009 Collioure
3 Bàrbara Forés – Coma d’En Pou 2008 Terra Alta
4 Roc des Anges – vieilles vignes 2008 Côtes du Roussillon Villages
5 Albet i Noya – Reserva Marti 2007 Penedès
6 Roc des Anges – 1903 2007 vdp Pyrénées Orientales
7 Gauby – vieilles vignes 1998 Côtes du Roussillon Villages
8 Clos de l’Obac 1998 Priorat
9 Clos de l’Obac 1999 Priorat
10 Clos de l’Obac 2000 Priorat
11 Clos de l’Obac 2001 Priorat
12 Clos de l’Obac 2002 Priorat

Voici les commentaires de dégustation.