Spicilège: nom masculin. Recueil de morceaux choisis, de documents variés, d’observations.
Spicilège: mot compliqué et désuet dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce matin. Utilisation en titre de cet article pour faire mon intéressant et promouvoir ainsi le taux de lecture du susnommé article.
Le phylloxéra s’attaque aux Îles Canaries
Vous connaissez le phylloxéra, ce puceron d’origine américaine qui s’attaque avec férocité aux vignes européennes et les tue ? Il a ravagé le vignoble pendant la deuxième moitié du XIXème siècle. On a fini par le contrer en greffant les vignes européennes sur des vignes américaines, résistantes. Le porte-greffe constitue la partie racinaire de la vigne, tandis que le greffon est le cépage européen souhaité qui conserve les qualités organoleptiques du vin.
Quelques rares lieux ont échappé à l’animal, en particulier les terroirs sableux (exemple: Camargue, Listel gris) parce qu’il n’arrive pas à s’y mouvoir. Des lieux isolés également, comme Chypre: La majorité des vignes chypriotes sont donc « franches de pieds » (pas de greffe sur vigne américaine). Idem pour Madère et pour Santorin.
Idem pour les Îles Canaries. Sauf que … le phylloxéra vient d’y être observé pour la première fois, sur Tenerife (en particulier à Valle de Guerra et La Matanza de Acentejo). Toute l’île est en effervescence, les vignerons se préparent au combat, des mesures drastiques ont été prises pour contrôler la propagation.
Les Îles Canaries sont un précieux conservatoire de cépages qui n’existent qu’ici. Si le phylloxéra s’installe, le vignoble canarien en sortira profondément modifié. Et les conséquences économiques seront très importantes. Chef d’oeuvre en péril ?
Madère Bual 1966: la perfection
En conclusion d’une dégustation qui avait très bien commencé, j’ai vu apparaître avec stupéfaction un flacon de Madère Bual 1966 élaboré par la Maison Blandy’s. Pour être précis il s’agissait de la bouteille n°616, sur un total produit de 708 bouteilles. La mise en bouteilles a eu lieu en 2015, ce qui signifie que ce 1966 a d’abord passé 49 ans en fûts (chêne américain). Ce très long élevage commence dans le Sotão de Amendoa (le Grenier aux Amandiers, le lieu le plus chaud de la propriété) où les fûts restent pendant dix ans. Puis vingt ans au deuxième étage et enfin dix-neuf ans au premier étage (plus frais). C’est la responsabilité du chef de cave de déterminer à quel moment exact les fûts déménagent.
Analytiquement: alcool 20%, acidité: 8,8 grammes/litre, sucre résiduel: 115 grammes/litre.
Gustativement: un chef d’oeuvre qui coche toutes les cases: complexité, persistance, intensité, équilibre, spécificité. Extraordinaire. 19/20 ou 98/100 comme vous préférez. Et franchement, je me demande pourquoi j’hésite à le noter 20/20. Un moment rare, en lévitation, pendant lequel les émotions sont très intenses.
NB: si vous souhaitez en savoir plus sur ma méthode d’évaluation, rendez-vous ici: Evaluer un vin (au bas de l’article).
Condrieu DePoncins 2023 (François Villard): 97/100
Tant qu’on en est aux très grands vins, en voici un que je suis en mesure de vous proposer. Ce Condrieu (100% viognier, forcément) m’a fait une très forte impression parce qu’il outrepasse tout ce que l’on peut en attendre. Densité et finesse, vibration intense, minéralité dominatrice. Un concentré de la parcelle Poncins.
Rendement: 13 hectolitres/hectare (sic), sol: granite, âge des vignes: 25 ans, élevage de 18 mois: 12 mois en fûtes et 6 mois en cuve inox. Mise en bouteilles: mars 2025. Potentiel de garde: 15 ans. Je parie qu’il sera assez rapidement à son apogée, dès 2027.
Guide de la RVF édition 2026: François Villard est l’un des meilleurs vinificateurs de Condrieu, dont il révèle avec beaucoup de précision différentes facettes (…) plus serré, mais avec une énorme densité et un formidable potentiel, DePoncins est une référence pour l’appellation. 97/100.
Disponible chez Anthocyane au prix de € 55. Commande par e-mail (le vin n’est pas disponible dans le magasin).