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Une visite au Château Jonc-Blanc

Franck Pascal, vigneron-paysan
Franck Pascal, vigneron-paysan

« Notre souhait le plus cher: exprimer le lieu. Le reste n’est qu’accessoire« .

Nous sommes à Vélines, village situé entre Bergerac et Saint-Emilion. La maison de Franck Pascal et d’Isabelle Carles donne directement dans les vignes. On se trouve au sommet de la colline. Très peu de sol par dessus la roche-mère, essentiellement composée de calcaire blanc « à astéries ».

La propriété s’étend sur 19 hectares plantés en haute densité. Merlot, malbec et cabernet sauvignon en rouge; sauvignon et sémillon en blanc. Agriculture biologique et biodynamique (certification Demeter à partir de 2012).

Acacia 2010 est un blanc étonnant, à des années-lumière d’un sauvignon variétal et boisé. Premier nez légèrement oxydatif qui fait rapidement place à un beau floral, avec du gingembre; progressivement du fruit légèrement exotique (ananas). Complexe.

Quelques similitudes avec un savagnin. Débat entre nous pour savoir si c’est plutôt du savagnin ouillé ou plutôt non-ouillé.

Le vin est long, sec, puissant, savoureux et relativement peu acide. Il est issu à 70% de sauvignon gris, complété par 30% de sémillon. Vendange de grains sur-mûris (passerillage).

Vin de gastronomie, destiné à la cuisine asiatique, à une volaille ou à une viande blanche. 2 heures de carafe pour en tirer la quintessence.

Franck souligne que chaque millésime d’Acacia a sa propre personnalité: 2009 a gardé du sucre résiduel; 2011 sera aussi sec mais moins puissant que 2010.

un blanc très étonnant
un blanc très étonnant

D’ailleurs, ce vin n’est plus présenté à l’agrément de l’appellation Bergerac. C’est un simple « Vin de France ».

L’agrément récompense plutôt les vins moyens, proches d’un archétype. Le vin qui s’aventure sur les chemins de traverse peut être perçu comme dangereux, parce que différent. Faire la part des choses entre un vin indigne (qui mérite l’exclusion) et un vin original n’est pas forcément à la portée de chaque juge-dégustateur.

Alors, dans le doute, on recale, on met le vigneron sous surveillance. L’élite n’est pas la bienvenue parce qu’elle remet en cause trop de pratiques habituelles…

La professionnalisation des dégustations d’agrément conduit paradoxalement le juge-dégustateur à privilégier les certitudes médiocres au détriment des vins qu’il ne comprend pas. Imaginons que ce juge agrée un vin-piège (c’est-à-dire manifestement « bidouillé »), il risque d’être éjecté du panel, avec un impact négatif sur son image personnelle. « Tuez-les tous, Dieu y reconnaîtra les siens ».

On entame les rouges avec Les Sens du Fruit 2010. Long élevage en cuves ; 50% cabernet sauvignon, 40% merlot, 10% malbec.

les billes, pour rafraîchir les rouges
les billes, pour rafraîchir les rouges

On le remet à bonne température de dégustation avec des billes qui sortent du surgélateur. Grand fruit, grand naturel, rondeur.

ClassIK 2010 (Isabelle et FrancK) est un assemblage gourmand, doté d’une grande buvabilité. Moitié-moitié cabernet sauvignon et merlot.

Cœur de Foudre 2010: 100% merlot et deux ans d’élevage en foudres centenaires, rachetés en Bourgogne (Maranges et Santenay). Beaucoup d’élégance et de tension. Comme une touche de fraîcheur à l’italienne. Le merlot comme j’aimerais le goûter plus souvent…

Pour l’anecdote, la cuvée s’appelait initialement Coup de Foudre, mais cette expression étant une marque déposée, en l’occurrence déposée par un vigneron de la Vallée du Rhône, il a fallu modifier. A dire vrai, je préfère Le nom actuel.

Franck Pascal est un interlocuteur passionnant, direct et fin connaisseur de son terroir. Après avoir exercé des fonctions officielles au sein du syndicat de l’appellation Bergerac, il a démissionné en 2006, voyant se mettre en place une politique peu favorable à la qualité. Aujourd’hui, ses blancs sont commercialisés en Vin de France, son rosé va suivre la même voie très bientôt.

Nous avons encore évoqué le sort de l’appellation Montravel, créée en 2001 pour valoriser les meilleurs Bergerac rouges. Le cahier des charges impose des rendements inférieurs à 50 hectolitres par hectare (contre 60 sous l’appellation Bergerac). On constate que le marché n’a pas suivi, condamnant cette jeune appellation à vivoter. Franck Pascal ne commercialise plus de vins en appellation Montravel.

Les vins sont en dégustation le 24 août. Ils peuvent être commandés via ce tarif & bon de commande.

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Journal de bord(eaux)

On tombe, au détour d’une pensée, sur un jeu de mots faiblard. On se dit qu’il est exclu de publier pareille horreur. On la publie malgré tout. Et en titre encore bien.

Pouf-pouf.

C’est ici que je me propose de partager mes impressions aquitaines durant toute la semaine.

05 août – 20h45

La splendide monotonie de 970 kilomètres d’autoroute, rythmés par l’une ou l’autre pause-pipi, par un accident (en sens contraire) qui fiche la trouille, par Eric Clapton, Bill Callahan, Peter Gabriel dans les oreilles.

Pour ce qui concerne les vignes, voici ce que je peux faire de mieux: d’abord le panneau routier Valenciennes-Le-Vignoble (c’est assez mignon, tout un quartier de la ville où les rues se nomment « Clos Pommard », « Allée des Cépages », « Rue des Pampres »), ensuite la traversée de la Loire à Tours et enfin le panneau « département de la Gironde » immédiatement suivi du panneau « Vignoble bordelais ». Je suis installé à Marmande, un peu (beaucoup) cassé malgré tout.

A demain pour le début des vraies aventures !

06 août – 19h45

1ère étape: Château Jonc-Blanc à Vélines

Franck Pascal m’accueille et m’emmène immédiatement dans les vignes. Facile, elles entourent la propriété. 19 hectares, dont 12 hectares de rouge.  Des cabernets, des merlots et 1,40 ha de malbec. Propriété acquise par Franck et Isabelle en 2000.

Un peu d’étymologie pour se mettre dans le rythme: « jonc » n’a rien à voir avec la plante (ouf, la vigne et les terrains marécageux, ça ne colle pas) mais peut être rapproché du terme homonyme utilisé en bijouterie pour désigner un anneau et par extension pour qualifier une zone plus ou moins circulaire et plus ou moins renflée.

Quant à « blanc », il s’agit de la couleur de l’affleurement calcaire sur lequel les vignes sont plantées. En la quasi-absence de sol, il n’y a rien pour stocker l’eau de pluie: en année sèche, le risque de « stress hydrique » est réel.

On s’installe dans la cuisine pour goûter. Attention, le premier vin est TOUT SAUF un petit vin d’été.

Pour finir, promenade rapide dans le chai: barriques, foudres et cuves inox. Un nouveau foudre (Stockinger) va bientôt faire son entrée. A terme, ce contenant devrait progressivement remplacer les barriques. A noter d’ailleurs que les barriques sont bourguignonnes et pas bordelaises…

A 14h15, je me sauve pour ne arriver trop en retard chez Nadia Lusseau. J’aurais bien voulu voir la « Vieille Demoiselle« , une vigne de sémillon d’un âge quasi-canonique, rescapée d’un long abandon, rachetée par Franck pour une bouchée de pain et, au prix d’un lourd travail, remise dans le « droit chemin »…ce sera pour une prochaine fois !

Merci GPS…A 14h35, je me gare devant le Château Haut Lavigne, 2ème étape. Nadia m’installe dans un sympathique petit caveau. La gamme se décline en trois approches: des vins de fruit, élevés en cuve et commercialisés sous l’étiquette « Nadia »; des vins plus puissants, élevés pour 80% en barriques et pour 20% en cuve (« La Miss ») et enfin des sélections parcellaires, élevées à 100% en barriques (« Miss Terre »). Barriques de 300 litres, lesquelles restent manipulables par une jeune femme. Les 400 litres feraient encore mieux l’affaire, mais, non, décidément, elles sont trop lourdes.

Sur le long terme, l’objectif est de conserver le même nombre de pieds de vigne, sur une superficie réduite; autrement dit, d’augmenter la densité de plantation.

Cette journée s’est achevée avec un bref passage par le Château de Duras (fête des vignerons le 11 août) et par la Maison des Vins. « Les Rebelles d’Aquitaine », le slogan me plaît !

07 août – 22h30

À 08h30, je quitte Marmande pour me rendre dans le Bordelais. 3ème étape, Château Tire-Pé: à 09h30, je surprends David Barrault qui s’attendait à ma visite…la semaine prochaine. Comme il n’avait pas prévu grand-chose pour ce matin, vu la fiesta d’hier soir, ça tombe bien. Quelle qualité de silence, quel lieu magnifique, y compris les palmiers. Le plus beau crachoir jamais vu…et pourtant aucune envie de cracher !

À 13 heures, sandwich en bord de Garonne. Puis, Romestaing, le village-fantôme et Lassolle, le lieu-dit que le GPS situe de travers.

4ème étape: au Château Lassolle, dégustation qui tient autant de l’aventure humaine que du cabernet franc.

À 16 heures, Tripel Karmeliet en compagnie de Stéphanie Roussel et de Jean-Christophe, avec vue sur le vignoble du Marmandais.

À 17h30, coincé dans les embouteillages de la rocade de Bordeaux. À 22 heures, arrivée à Saumur.

08 août – 22h45

5ème étape: La Chevalerie. Voilà, le premier vigneron chez qui je reviens, 11 mois après ma première visite. Pierre Caslot conclut une dégustation-marathon par un millésime 1982. Un « Peu Muleau » de 30 ans. En pleine forme, le papy ! La première cuvée 2012, étiquetée « Dernier Cri », est une quintessence de vin-plaisir. Entre ces extrêmes, nous sommes passés par 2011, 2010 (Bretèche est splendide), 2009, 2008, 2007, 1994, 1993, 1987…

J’espérais déjeuner mais c’est encore raté. En voiture et cap sur Puy-Notre-Dame, au sud de Saumur. 6ème étape: Domaine Mélaric.

Le chai se trouve dans l’annexe d’un vrai château XIXe, avec plein de tourelles partout. Aymeric m’emmène dans les vignes. Belle leçon en direct: à droite de la route, ses vignes; à gauche, une parcelle « tout chimique ». Deux mondes radicalement différents.

Verticale sur les deux cuvées du Domaine, en blanc comme en rouge. Très instructif. 2010 et 2012 plairont à ceux qui aiment la fraîcheur. 2009 et 2011 plairont aux amateurs de rondeur.

Ne pas oublier le très chouette Tandem, issu de raisins achetés, assemblage de cabernet franc (…quelle surprise) et de grolleau: ça coule tout seul ! Délicieux !

10 août – 21h30

Vendredi, je commence par une traversée de la Touraine, pour aller de mon hôtel à Saumur jusqu’à Amboise, où j’ai rendez-vous avec Clémence Weisskopf. 7ème étape: Le Rocher des Violettes. Doigté requis pour atteindre le Domaine, situé dans la (très étroite) rue du …Rocher aux Violettes. Très impressionnantes caves creusées dans la roche.  On converse autour du thème des restaurateurs qui payent les vins de plus en plus tard…La trésorerie du vigneron est parfois soumise à de fortes pressions.

Voilà, ici s’achève un voyage plein d’enseignements et plein de découvertes. Sept vignerons et pas une seule déception. De (très) bons moments et de (très) bons vins. Partage prévu dès le 24 août.

2480 kilomètres et quelques minutes consacrées à la visite de Meung-sur-Loire, château, église et place qui semble figée dans un passé lointain.

le château de Meung-sur-Loire, près d'Orléans
le château de Meung-sur-Loire, près d’Orléans

Ce dimanche soir, Catherine et moi recevons 8 convives pour un repas en 8 services, avec 8 vins « assortis ». Je pense qu’ils vont bien s’amuser !

Voyage en Aquitaine

Bordeaux et Sud-Ouest: une lointaine proximité

Dégustation du samedi 24 août