Archives par étiquette : Sant’Armettu

Nouveautés en pagaille !

J’ai rendu visite en avril à tous les importateurs avec qui je travaille régulièrement, en particulier pour faire le point au sujet des nouveaux millésimes, 2025 ou 2024 en fonction de la durée de l’élevage.

Vicissitudes…

Une surprise m’attendait chez l’un d’eux: pour faire bref, cela s’appelle liquidation totale. Pourquoi donc cette décision radicale ? Même si cela n’a pas été explicitement dit, il s’agit avant tout de lassitude et de découragement. Un magasin en centre ville avec fort peu de possibilités pour se garer, les clients qui achètent les nouveautés mais qui ne rachètent pas ce qu’ils ont aimé, les difficultés logistiques causées par un bâtiment pas vraiment adapté aux déplacements fréquents des cartons, la santé qui chancelle, les marges si limitées qu’il est difficile de proposer des promotions attractives, les contraintes administratives.

Rajoutez à cela des éléments qui sont valables pour tout qui commercialise du vin: des caves-clients pleines à ras bord, des portefeuilles un peu hésitants face à l’inflation, l’acharnement d’une partie des professionnels de la santé, le désintérêt des jeunes générations, l’incertitude qui pousse à reporter à plus tard, etc…

Pour Anthocyane, cette disparition d’un fournisseur implique la disparition de la gamme d’une série de Domaines: La Chevalerie (Loire, Bourgueil), Aupilhac (Languedoc, Montpeyroux), Marcoux (Rhône, Châteauneuf-du-Pape), Château Les Croisille (Sud-Ouest, Cahors), etc… Il m’en reste quelques bouteilles, accessibles via le magasin. Ce sont les dernières. Il me faudra du temps pour trouver un fournisseur « de remplacement », … s’il existe.

Appétissant, audacieux, surprenant, jouissif

Cela dit, mes autres fournisseurs se décarcassent pour proposer des nouveautés appétissantes, audacieuses, surprenantes, jouissives !

Par exemple, le Domaine des Bérioles à Saint-Pourçain, avec Aurence en millésime 2025 (chardonnay 70%, tressallier) et Trésaille en millésime 2024 (tressallier 100%). Appellation entre sources de la Loire et Massif Central, certes peu connue par le grand public, mais capable de proposer des vins qui peuvent se comparer au Mâconnais.

Ou le Domaine de Cébène à Faugères (Languedoc), avec Ex Arena 2024 (grenache majoritaire) et Belle Lurette 2023 (carignan majoritaire). Des vins du sud, mais des parcelles orientées vers le nord, pour le meilleur équilibre entre maturité du fruit et fraîcheur.

Et encore: le millésime 2025 de la cuvée Rosumarinu (Domaine Sant Armettu, Corse), le Mâcon Rouge de Nicolas Maillet, la Folle Blanche 2025 de Luneau-Papin, etc…

Et un nouveau riesling allemand (sec): Nineteen Fifty (1950, parce que les vignes ont été plantées cette année-là) du Domaine Geil, dont je propose régulièrement le Grüner Silvaner.

Tous ces vins -et d’autres- sont commentés en détails dans la rubrique Nouveautés du magasin.

Compte-rendu de la dégustation

15 vins plus tard, voici ce que j’ai retenu de cette dégustation. J’ai marqué d’une étoile (*) les 6 vins qui m’ont fait la meilleure impression, dans leur catégories de prix respectives.
Vins mis à votre disposition pendant la première quinzaine de juin.
Vous pouvez également consulter les fiches détaillées des vins sélectionnés via cette page.

Les six premiers vins sont blancs, les huit derniers sont rouges. Et le rosé est au milieu.

Sous une météo pluvieuse et venteuse qui condamnait la terrasse et le jardin à n’être que des éléments du décor, nous avons dégusté avec vaillance et détermination les vins que voici, que voilà:

Les Bosquets, Le Petit Vin 2024 (€ 11,50):

Aromatique et frais, un Rhône méridional surprenant qui combine la vivacité du vermentino et la rondeur d’un chardonnay bien mûr. C’est le sud, sans les pépins méridionaux.

Carl Loewen, Varidor 2024 (€ 13,00):

Seul vin non-français de la sélection, ce riesling de la Moselle réussit à combiner trois éléments essentiels: un degré très raisonnable (12%), une pleine maturité du fruit et une absence de sucres résiduels perceptibles (vin sec). Excellent rapport qualité-prix, difficile de trouver un équivalent en Alsace.

(*) La Pépière, Briords 2023 (€ 14,50):

Un vrai Muscadet avec la vivacité et la salinité qui en font le vin idéal pour accompagner tout ce qui nage et circule sous les flots bleus; la parcelle offre un supplément de gras et de rondeur qui contribue à l’équilibre: les vieilles vignes ont encore frappé !

Les Corbillières, Fabel Barbou 2023 (€ 16,00):

Un sauvignon qui s’exprime pleinement sur des notes de fruits exotiques: fruit de la passion, litchi, mangue…Mais tomber dans une exubérance de mauvais aloi: c’est élégant et salivant.

Goûté à nouveau ce dimanche soir: l’élégance et la pureté prennent le pas sur l’aromatique. C’est meilleur aujourd’hui qu’hier. Mériterait une étoile.

Les Gandines, Climat Les Gandines 2022 (€ 24,50):

Bourgogne blanc de facture classique: élevage sous bois dosé avec maestria, belle longueur. Peut remplacer bien des chardonnays prestigieux de la Côte de Beaune, mais à un prix très différent de ce qui se pratique aujourd’hui du côté de Puligny et autres Meursaults.

Goûté à nouveau ce dimanche soir: 36 heures après avoir été ouverte, la bouteille affiche une grande harmonie, comme si tous les éléments avaient reçu le temps requis pour se fondre les uns dans les autres. Ma comparaison avec la Côte de Beaune est absolument valide. Mériterait une étoile.

PS: je reçois aujourd’hui le numéro de juin de La Revue du Vin de France. En page 89, je lis: « Fruit gourmand et mûr, plein de fraîcheur un peu acidulée en finale: un vin friand, délié et accessible, nuancé et joyeux, lumineux en finale. 93/100« 

Le Clos Galerne, Savennières 2023 (€ 29,90):

Très pur à l’ouverture, vers 09h30, le vin a ensuite divergé, présentant progressivement des arômes légèrement oxydatifs et/ou marqués par l’amertume de la bière. En l’état, je ne peux pas vous recommander un achat. Je suppose que ce problème ne concerne que la bouteille dégustée samedi, mais il faut que je vérifie. Dommage.

Pour en avoir le cœur net, je goûte à nouveau ce dimanche soir ce qui restait dans le flacon. Cela a encore évolué ! La touche oxydative est imperceptible, l’amertume très légère. Bref, c’est nettement mieux qu’hier sans être tout-à-fait au niveau souhaité. Cela reste un vin atypique pour son appellation, construit sur une « maturité précoce » (11,5%). Une forme de fragilité touchante, intéressante, créatrice de débats, mais aussi un point d’interrogation. Pour amateurs audacieux.

(*) Pellé, Morogues rosé 2023 (€ 14,50):

La recherche d’un rosé qui échappe à la banalité m’occupe dès que le printemps montre le bout de son nez. Après avoir entendu les commentaires des participants à la dégustation, je suis encore plus content d’avoir découvert ce rosé de pinot noir qui fera merveille à l’apéro et qui passera à table avec bonheur. La finale est digne de celle d’un grand vin blanc.

La Pépière, La Pépie 2023 (€ 11,50):

Au-delà d’un prix fort sympathique, ce côt (ou malbec) ligérien montre le potentiel de la région du Muscadet pour élaborer des rouges friands et directs. Peut se servir légèrement rafraîchi.

Valensac, Entre nous 2023 (€ 11,50):

Un rare 100% petit verdot. Ce cépage historique dans le Bordelais a trouvé refuge en Languedoc où il atteint sa pleine maturité. C’est tonique, fruité et original. Etiquette esthétique, peu de soufre et superbe rapport qualité/prix: qu’est-ce qu’on attend ?

Sant’Armettu, Mino 2024 (€ 15,50):

Ce domaine du sud-ouest de la Corse ne cesse de m’impressionner, y compris avec ce Mino, assemblage issu des deux cépages rouges emblématiques de l’île de Beauté: niellucio (synonyme du sangiovese toscan) et sciaccarellu. Epicé, concentré et juteux. Elevage en cuve inox (pas de bois).

(*) La Madone, Gamay sur volcan 2024 (€ 17,00):

Quel plaisir de retrouver ce gamay volcanique dans le millésime 2024 -après un 2023 atypique par sa richesse en alcool (14%)- qui en revient aux 12% habituels, ce qui garantit son côté pimpant, primesautier, gouleyant, glouglou-esque à souhait, …

(*) La Cabotte, Gabriel 2023 (€ 17,50):

Autour du bar, j’ai entendu plusieurs fois « Châteauneuf-du-Pape ». Oui, il y a bien de ça, avec deux nuances importantes: la parfaite maîtrise du degré (14,5%) qui ne génère aucune chaleur alcooleuse et le prix qui n’a rien de castelpapal. Elevage en jarres de terre cuite (« amphores »). Un assemblage syrah-grenache puissant comme j’aimerais en goûter plus souvent !

(*) Sant’Armettu, Rosumarinu 2024 (€ 23,50):

Quelle finesse, quelle abondance de parfums, quelle légèreté combinée avec beaucoup de matière ! J’avais été conquis par 2022, ce millésime 2024 se hisse au moins au niveau de son prédécesseur. La couleur est pâle comme il sied à un 100% sciaccarellu.

François Villard, Poivre et Sol 2023 (€ 25,00):

L’incarnation de la syrah « Rhône nord » en mode viril et sauvage. Arômes puissants de lard, de jambon fumé, de caoutchouc brûlé (ne fuyez pas, c’est beaucoup plus intéressant dans le nez que dans cet article). Vin très expressif que je recommande de faire passer par la carafe.

(*) Bernard Baudry, Le Clos Guillot 2022 (€ 27,00):

Ce vin -qui peut se bonifier en cave pendant de longues années- a le grand mérite de très bien se goûter dès son enfance: l’équilibre entre la matière et les tanins de ce millésime 2022 donne déjà beaucoup de plaisir. La maturité de ce cabernet franc est parfaite, en évitant avec talent les pièges d’une année aussi solaire.

J’ai marqué d’une étoile (*) les 6 vins qui m’ont fait la meilleure impression, dans leur catégories de prix respectives.
Vins mis à votre disposition pendant la première quinzaine de juin.
Vous pouvez également consulter les fiches détaillées des vins sélectionnés via cette page.

prochaine dégustation: samedi 25 mai

Le programme est en cours d’élaboration, voici déjà un preview :

Il y aura, saison oblige, deux rosés, l’un corse et l’autre provençal, respectivement Domaine Sant’Armettu et Clos de l’Ours. Des rosés consistants qui ne sont pas destinés au barbecue en bord de piscine. Ils accompagneront par contre avec brio la cuisine de l’été. Ils ont pas mal de points en commun, seule une dégustation comparative permet de faire son choix. NB: Miraflors 2023 sera disponible à partir du samedi 25 mai.

En blanc sec, un focus sur la Bourgogne par l’intermédiaire de Chablis avec le Domaine Pommier (nouveau chez Anthocyane) et du Mâconnais avec le Domaine Nicolas Maillet: tant le Bourgogne-Aligoté que le Mâcon-Verzé valent le détour (voire le voyage). On commencera la dégustation par le Gentil du Domaine Meyer-Fonné (Alsace), assemblage de pinot blanc, de riesling et de muscat.

En rouge, ce sera surtout italo-espagnol, avec deux belles paires de …vins. On sera dans la Valtellina, tout près de la frontière suisse pour le le nouveau millésime de Botonero et pour la cuvée Vesper du Convento San Lorenzo (nouveau chez Anthocyane), un nebbiolo traditionnel. En Espagne, ce sera catalan (Altaroses 2021 du Domaine Joan d’Anguera, vin d’une exceptionnelle finesse) et riojan (Sela 2021 du Domaine Roda, vin puissant et équilibré).

Plus d’information ici: dégustation du 25 mai.

Oscars 2023

Le moment est venu de jeter un coup d’œil derrière moi et de procéder à la désignation des Oscars 2023: 105 vins ont été dégustés, en 8 dégustations (dont une spéciale « Rhône » autour de la table, en janvier); 40 vins en bio et biodynamie (ce nombre est sous-évalué parce que certains vignerons ne communiquent pas sur ce sujet via l’étiquette de leurs bouteilles).

Quelques chiffres…

Comme dans toute bonne cérémonie qui se respecte, on commence par les statistiques. Un peu chiant, certes mais pas dénué d’intérêt. Jugez plutôt:

Sur le bar, 45% de français, 18% d’espagnols, 13% d’allemands et 11% d’italiens. Quelques autrichiens, portugais, grecs, chypriotes et libanais pour compléter ce regard paneuropéen.

Une bonne moitié de vins rouges et un peu plus de 40% de vins blancs secs. Plus 2 rosés et 2 bulles pour faire joli.

Etonnante victoire du grenache lorsque l’on regarde les vins par le biais du cépage. Syrah et gamay complètent le podium.

40 cépages différents, dont les découvertes xynisteri (Chypre), schiava (nord-est de l’Italie), tressallier (sources de la Loire) et godello (nord-ouest de l’Espagne).

NB: si un vin est un assemblage avec une forte dominante d’un cépage, il est assimilé à un monocépage. Restent 14 vins d’assemblage pour lesquels il m’est impossible de déterminer un cépage franchement dominant.

Forcément beaucoup de vins issus du millésime 2022; néanmoins le total 2020+2021 est supérieur à 2022. Quelques vins « avec de la bouteille » (en remontant jusqu’en 2016).

Particulièrement mises dans la lumière les régions suivantes: Rhône, Loire, Catalogne, Corse, Baden, Vénétie, Galice, Roussillon et Beaujolais.

Tambours et trompettes

J’ai repris la liste des vins dégustés, j’ai relu mes notes et j’ai interrogé mes souvenirs. J’ai hésité. Mais trancher il me faut.

Monte sur la troisième marche du podium, médaille de bronze, avec les félicitations du Grand Jury (c’est-à-dire moi), représentant la Corse: Rosumarinu rouge du Domaine Sant’Armettu, appellation Sartène, millésime 2022: bravo ! Grand charme sudiste, finesse, aromatique raffinée, délicatesse des tannins, aucun soupçon alcooleux. S’inscrit dans une gamme irréprochable (Mino, Myrtus, Rosumarinu en blanc, etc…).

Grimpe sur la deuxième marche, médaille d’argent, prix spécial accordé au meilleur blanc sec, prix spécial accordé à un jeune Domaine pour son quatrième millésime, représentant la Loire: Ronceray du Clos Galerne, en appellation Anjou, millésime 2021: bravo ! Bravo ! Un millésime peu ensoleillé en conjonction avec un terroir d’exception capable d’engendrer de très hautes maturités. D’ailleurs le Quart-de-Chaume Grand Cru du même Domaine, sur le même terroir, mérite les mêmes éloges. Je prends les paris: un jour les vins du Clos Galerne seront totalement hors de prix.

Bondit sur la première marche, médaille d’or, prix spécial pour l’originalité du vin, hommage rendu au dynamisme ébouriffant de son appellation d’origine, représentant …La Rioja: Labastida du Domaine Jose Gil, en appellation Rioja, millésime 2021: bravo ! Bravo ! BRAVO ! Une découverte qui m’a laissé pantois: le soyeux d’un grand pinot noir, floral, épicé et fumé. Longueur interminable. Style personnel. Un concurrent pour ce vin ? Oui, San Vicente de la Sonsierra 2021, un autre vin du Domaine Jose Gil (celui-ci n’a pas été dégusté, parce qu’il a bien fallu choisir et renoncer).

Aurais-je pu en choisir d’autres ? Evidemment. Ce podium est un instantané subjectif, un condensé de souvenirs et d’instants précieux: le verre se remplit d’une petite quantité de liquide et, soudain, le nez se parfume, les papilles claquent de joie, une légère humidité voile les yeux, l’intuition crie que c’est vraiment très très bon et les mots manquent.

Bien sûr, j’ai également proposé des vins sur le tarif d’Anthocyane sans qu’ils ne soient dégustés. Parmi eux, je retiens quelques moments d’exception: Riecine di Riecine 2019 (toscan magique et émouvant), Castro Candaz A Boca do Demo 2019 (encore plus fin que Finca El Curvado), Amontillado Poley solera 35 años Toro Albala (oxydatif de grande classe, non-muté), Clos des Grives Combier 2020 (ce fruit !), Steinhalde*** pinot gris Knab 2021 (le plus beau pinot gris sec que je connaisse, volcanique et profond), La Croix Boissée 2019 Bernard Baudry (donner encore un peu de temps en cave pour qu’il donne tout ce qu’il porte en lui), Mas Rousseau 2020 Pas de l’Escalette (vieux ceps de carignan blanc), …

Les sœurs Tessari qui gèrent ensemble le Domaine Suavia (Vénétie)

Et pour clore ce retour sur 2023, un prix spécial pour l’ensemble de son oeuvre, attribué à un Domaine que je suis depuis le millésime 2010: Suavia en Vénétie. Les vins ont toujours été bons, mais ils sont de plus en plus impressionnants: Monte Carbonare 2020 et 2021, Massifitti 2020, Soave Classico 2021 sont tous au top dans leurs catégories de prix respectives.

Cela ne s’appelle pas « Carbonare » par hasard…

Ajoutons que j’ai eu le privilège de goûter “I LUOGHI” (ce qui signifie: les lieux), trois vins issus de petites parcelles de garganega, vinifiées séparément. Tous les paramètres sont identiques SAUF …le terroir. Fittà, Castellaro et Tremenalto sont pourtant très différents l’un de l’autre. Comparaison passionnante, nuances subtiles ! Noi di Suavia siamo felici di portarti in questo viaggio. Ce n’est -à ma connaissance- pas commercialisé en Belgique en 2023. Mais, qui sait, en 2024, quelques bouteilles …

Merci pour votre soutien et …