Visite au Château Haut-Lavigne

Nadia

Nadia

Le panneau qui marque le début du vignoble de Côtes de Duras est planté à hauteur de l’allée qui mène à la propriété de Nadia Lusseau: à quelques centaines de mètres près, nous aurions été en appellation Bordeaux, plus précisément Sainte-Foy-Bordeaux. Donc, Lot-et-Garonne et non Gironde.

Le chien de la maison est, comment dire, assez grand et direct dans sa façon d’accueillir le chaland. D’un regard de braise, je le ramène à la raison et lui montre qui est le maître. Version alternative: je m’extirpe de ma voiture, encaisse un bon coup de museau dans les lunettes et tente de faire bonne figure.

Château Haut-Lavigne est une propriété de 19 hectares, dont 8,5 hectares plantés en vignes, d’un seul tenant. Cela pourrait faire penser à un terroir homogène. Que nenni.

On y retrouve d’une part un plateau calcaire, surmonté d’une couche d’argiles, où se retrouvent tous les cépages présents sur le domaine. Les raisins sont ici avant tout destinés au haut de gamme (Miss-Terre), sauf les cabernets francs qui passent dans le rosé.

D’autre part, le domaine se compose d’une zone d’argiles profondes et de boulbènes (argile et sable). Les magnifiques cabernets francs de cette zone entrent dans Miss-Terre. Les merlots et les sauvignons sont essentiellement destinés à l’entrée de gamme.

Enfin, une zone hétérogène, avec du calcaire et du silex, avec des vignes de 12 ans et des vignes de 28 ans. Une étude géologique permettra d’y voir plus clair.

Nadia Lusseau organise sa gamme en trois niveaux:

  • Nadia (en blanc, en rosé et et en rouge) est destinée à une consommation immédiate, sur le fruit et la jeunesse. Elevage tout en cuve.
  • La Miss (en blanc et en rouge) est vinifiée à 80% en barriques et à 20% en cuve.
  • Miss-Terre (en blanc et en rouge) est vinifié et élevé 100% en barriques, à partir de sélections parcellaires. Ces deux derniers vins méritent une garde en cave.

Aucune envie de produire un ersatz de Bordeaux.

Dans les assemblages actuels, pas de trace du malbec. Cela changera sans doute, vu qu’un demi-hectare de ce cépage a été récemment planté.

Nadia rééquilibre progressivement la propriété vers une plus grande surface de cépages blancs, en arrachant les vignes rouges les moins intéressantes. Les replantations se font à 5.000 pieds par hectare. Installée depuis 10 ans, elle se fixe l’objectif pour les dix années  à venir de conserver le même nombre de pieds qu’aujourd’hui, sur une surface réduite. Densité de plantation plus importante, donc.

Une cuvée peut être une année majoritairement sémillon et majoritairement sauvignon dans le millésime suivant: pas de règle immuable, c’est le raisin qui décide. Par ailleurs, le sémillon est sensible à la pourriture: en année humide, il peut être judicieux de minimiser la part de sémillon dans un assemblage.

Agriculture biologique; levures indigènes, sauf exception.

Nadia blanc 2012, 80% sauvignon, 20% sémillon. 13,7% d’alcool: cette précision mathématique est un clin d’œil qui répond aux questions habituelles sur l’interprétation à donner à 13% ou à 14%. L’attaque est assez puissante, la finale est serrée, tonique. Cela commence rond, cela finit vertical. Les côtés variétaux du sauvignon (les thiols, responsables des arômes de buis, voire du terrible « pipi de chat ») sont absents. Les raisins sont cueillis mûrs et les sémillons (sur calcaire) sont très « traçants », malgré leur faible part dans l’assemblage.

La Miss blanc 2011: du sémillon très puissant. Du gras en attaque et la même verticalité en finale que Nadia. Un peu de barrique neuve et des barriques de plusieurs vins. Équilibré, dense.

L’évolution se fait vers des contenants de 300 litres au détriment des barriques classiques de 225 litres. Idéalement, Nadia souhaite des 400 litres… mais ceux-ci sont trop lourds à manipuler !

Miss-Terre blanc 2009: 12 mois de barriques, suivis par de 12 mois de cuve. Grosse matière, nécessitant un peu de garde. NB: il n’y aura pas de Miss-Terre blanc 2010: Nadia a préféré écarter les jus dans La Miss 2010, parce que la qualité lui semblait insuffisante pour sa cuvée « haut de gamme ».

Les blancs sont vendangés à la main. Les rouges à la machine. Une machine correctement réglée fournit des raisins entiers, non-abîmés. Paradoxalement, cela perturbe le démarrage des fermentations, par manque de jus, en particulier pour les cabernets. Il y a fermentation intracellulaire, comparable à la macération carbonique.

Nadia rouge 2011: le nez de ce 100% merlot est frais, la bouche tout en rondeur fruitée: à servir plutôt frais, pour éviter que la richesse ne domine l’élégance.

La Miss rouge 2010: de beaux merlots très mûrs, avec des arômes de figue cuite. Belle qualité de tannins.

Miss-Terre rouge 2008: changement radical, voici la fraîcheur mentholée du cabernet sauvignon. Cuvée assemblant cabernet franc et cabernet sauvignon, atypique dans la région. Beaucoup d’élégance. Demande un « peu d’élevage » (dixit Nadia): en ce moment c’est le 2008 qui est commercialisé !

Nadia rosé 2012: on l’avait oublié. Pressurage sur les 95% de cabernets, saignée sur les 5% de merlot, la même trame que les blancs. Finale fraîche et nette: pas de sucre résiduel. Le vin commence comme un rosé classique et finit original. Bonne surprise pour terminer !

Les vins sont en dégustation le 24 août. Ils peuvent être commandés via le tarif & bon de commande.