Evaluer un vin

évaluerSouvent, un vin est évalué via une note.

Cette note peut prendre différentes formes: un nombre d’étoiles, de verres, de grappes ; une catégorie (bien, bien+, très bien, etc…) ; un basique « oui ou non » ou une ‘vraie’ note scolaire, traditionnellement sur 20 (en France) ou sur 100 (aux Etats-Unis).

Cela a le mérite de la simplicité. J’ai néanmoins été régulièrement surpris par un dégustateur attribuant une ‘bonne’ note, après avoir été fort sévère en commentant le vin. Ou vice-versa.

Evaluer implique de gérer un complexe jeu d’influences: les opinions d’autres dégustateurs (présents ou non), notre culture et notre histoire personnelle, la température à laquelle le vin est servi, la pression atmosphérique, nos seuils de sensibilité, le temps dont nous disposons pour nous forger une opinion, les mentions de l’étiquette, les caractéristiques du verre utilisé pour goûter, notre humeur du moment ou notre état de santé, la présence d’odeurs parasites, etc…

Que note-t-on exactement ?

Une impression d’ensemble (synthèse) ou une addition de caractéristiques (analyse)? Le vin tel qu’il est, ici et maintenant, le vin tel qu’il sera lorsque son apogée sera atteint, voire le vin tel qu’il a été dans un passé plus ou moins lointain ? La première gorgée ou le dernier verre de la bouteille ?

Le vin est-il évalué dans l’absolu ou contextualisé par un millésime, une origine …un prix ?

Le but de la note est-il de tendre vers une forme d’objectivité ? De nous construire un cadre de référence ? De quantifier une émotion ou un souvenir ? De nous aider à nous concentrer pendant la dégustation ?

De remplacer les mots lorsque notre vocabulaire atteint ses limites ? De nous comprendre les uns les autres ? De simplifier la complexité qui s’échappe d’un flacon ? De comparer des vins différents, goûtés à des moments différents ? De nous rassurer ?

Après tant et tant de moments passés le nez au-dessus d’un verre, il me reste que, bien souvent, une évaluation en raconte un peu sur le vin et beaucoup sur le dégustateur. Mieux vaut le savoir.

Un même mot signifie une chose ou une autre dans la bouche de différents dégustateurs. L’un accumule les substantifs aromatiques (cassis, groseille, mûre, myrtille), alors qu’il ne mange pas de fruits; l’autre décrit toutes les nuances de la couleur de la robe, alors que la lumière qui éclaire la pièce rend toute description caduque. L’amertume est une tare majeure pour l’un et une simple caractéristique pour l’autre.

Acter que l’évaluation du vin est éminemment subjective ne me satisfait pas vraiment. J’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte.

Pourrait-on proposer un modèle qui nous aiderait à évaluer un vin, subjectivement certes, mais avec une méthodologie cohérente ?

Que pensez-vous de ceci ?

ÉQUILIBRE, harmonie de la structure, fraîcheur, digestibilité

COMPLEXITÉ, multiplicité et précision tant des arômes que des sensations tactiles, évolution à l’aération

INTENSITÉ, énergie, matière/extrait sec

PERSISTANCE, longueur aromatique, qualité de la finale

SPÉCIFICITÉ, personnalité, originalité, incarnation de la démarche et de l’intention du vigneron

MESSAGE, capacité à transmettre le moment et le lieu (les conditions météorologiques du millésime, le sol & le sous-sol, la pente & l’exposition de la parcelle…), capacité à susciter une émotion.

Un vin qui ne posséderait aucune de ces caractéristiques serait un vin sans intérêt pour l’amateur.

Un vin qui posséderait intensément les six caractéristiques ci-dessus tutoierait la perfection…

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