Visite au Domaine Serge Laloue

Ce voyage dans le Sancerrois commence par une promenade à Chavignol, histoire de coller mon nez au Cul de Beaujeu (mais non…ce n’est pas grossier) et à la Côte des Monts Damnés. Ces deux lieux-dits célèbres (en Bourgogne, on parlerait de « cru », qu’il soit premier ou grand) sont impressionnants par leur pente et par leur masse qui écrasent carrément le village en contrebas. La météo est (très) ensoleillée, le village est pentu, Philippe se sent bien.

Tout en haut, l’église et le Domaine Henri Bourgeois. De là, vue magnifique sur Sancerre, perché au sommet d’une colline.

Il est bientôt 14h30, temps pour prendre la route vers Thauvenay, village situé au bord du canal latéral à la Loire.

Je suis accueilli par Christine Laloue, pendant que son frère Franck est aux vignes. Un passage par le caveau où sont élevés les vins « sous bois », exclusivement en tonneaux de 600 litres. Vaste cuverie inox, à la mesure d’un domaine de 22 hectares. Les vignes sont situées pour l’essentiel à Thauvenay, avec l’une ou l’autre exception.

On commence par goûter un Pouilly-Fumé 2012. Pardon ? Eh oui…une petite cuvée de négoce, élaborée au départ à la demande d’un agent parisien qui trouvait pratique de pouvoir proposer Sancerre et Pouilly-Fumé d’un seul jet ! Malgré cette naissance un peu particulière, le vin est sympathique, net, droit et « sauvignonne » joliment.

Le Sancerre blanc 2013 (mis en bouteilles fin février) est très sauvignon à l’attaque et déjà Sancerre en finale. A ce stade, le cépage prend néanmoins le dessus sur l’appellation. Mais je suis prêt à parier que ce sera l’inverse dans quelques mois. Equilibre sur l’élégance, pas sur la puissance de l’alcool. Pas de bois et assemblage des trois types de terroirs de Sancerre: des caillottes, des terres blanches et des silex. Je reviendrai sur ce sujet, mais pas ce soir !

A propos de silex, voici la cuvée Silex 2012 (malheureusement déjà épuisée). Profil sérieux et énergique. L’alcool est parfaitement dompté. Le cépage s’efface devant le caillou. Pas de bois. Le 2013 sera probablement mis en bouteilles en juin prochain.

Cul de Beaujeu 2011 a tout d’un grand. On est à Chavignol. C’est concentré et très long. Puissance de l’extrait sec, avec beaucoup d’élégance. Et toujours pas de bois – quelle bonne idée ! Production fort limitée, parcelle en métayage.

1166 2012 n’est pas le code secret de ma carte VISA, mais une cuvée produite sur une micro-parcelle du village de Sancerre, plantée de …1166 ceps. Terroir de silex et de calcaire. Elevage sous bois pendant 11 mois. Le vin est ample, gras mais conserve une belle fraîcheur. Quantités infimes.

Le Sancerre rouge 2012 commence sur une note de réduction qui s’évacue heureusement très vite. Bonjour pinot noir ! Elevage pour moitié en cuve et pour moitié sous bois. Il y a de la densité et de bons tannins.

Enfin, une nouveauté (le vin n’est pas encore commercialisé), à savoir un rouge « Les Rôties » 2012, une sélection de ce que le Domaine peut faire de mieux avec ses pinots noirs. Un bel équilibre entre suavité et tension.

Le fil conducteur est à chercher dans l’élégance et la légèreté des vins. Entendons-nous, « léger » ne signifie en aucune façon « creux » ou « faible ». La légèreté, c’est le contraire de la pesanteur. C’est une jolie dentelle, un souffle aérien. 

Il me reste beaucoup à partager au sujet de cette visite, mais je ressens comme une irrésistible envie d’aller me coucher. Demain (mardi, quoi), beaucoup de travail (sic) et un trajet vers Chablis en toute fin de journée.