Au royaume de la Folle Noire

Vendredi 22 février. Soleil gelé. Départ de Sénouillac vers 09h00. Je traverse Gaillac et monte sur l’A68 en direction de Toulouse. Puis quelques villages assoupis, avant d’apercevoir le panneau « Château de la Colombière« . Me voici donc sur les terres de l’appellation Fronton.

Je me gare (mal) à l’entrée de l’allée pour prendre une première photo des lieux. A peine sorti de ma voiture, voilà qu’un véhicule se pointe, avec deux messieurs à bord. Tiens, d’autres visiteurs-oenophiles ?

Reprenons, je photographie…et voilà qu’arrive un gros 4X4. Cette fois-ci, je prends les devants et précède le 4X4 jusqu’à la propriété. En sort Diane Cauvin, vigneronne de son état et mon interlocutrice du jour.

Les deux messieurs l’attendent, mallette à la main. Ils ont un air bien sérieux…visite inopinée de la Répression des Fraudes. Bardaf, c’est l’embardée. On ne rigole pas. Diane m’invite à me promener dans les vignes, le temps qu’elle s’occupe de ces messieurs, forcément prioritaires.

Ils vont s’incruster, questionner et encore questionner. Jusqu’à ce qu’ils mettent le doigt sur une sombre histoire de ‘BiB’ de 5 litres dont le poids a été vérifié au moyen d’un simple pèse-personnes, alors qu’il est obligatoire d’utiliser une balance ‘ad hoc’, homologuée, certifiée, étalonnée, métrologiquement correcte. Ce petit gadget technique coûte quelques centaines d’euros. Bien sûr, le vigneron est un escroc idiot qui remplit ses BiB aux trois-quarts, en espérant qu’aucun consommateur ne s’en rende compte.

Entre-temps, on mange du cheval, jusque dans l’IKEA du coin. Passons. Après une heure et demie d’administration para-kafkaïenne, les deux croque-morts saluent et repartent torturer leur victime suivante.

Il est déjà midi et mon prochain rendez-vous est à 14 heures. Malgré son gros rhume, Diane m’emmène dans le chai. Ancienne cuverie en béton, cuves inox; un magnifique foudre autrichien acquis en 2010 et un dynamiseur en cuivre, outil indispensable au travail en biodynamie. Nous goûtons à la cuve du rosé Vin Gris 2012, obtenu par pressurage: vin frais, léger, pour l’apéritif.

foudre Stockinger

foudre Stockinger

Philippe Cauvin nous rejoint et nous décidons de goûter les bouteilles en apéro.

Vinum, Réserve, Coste Rouge (très élégant, sans l’ombre de la rusticité si souvent attribuée aux vins du Sud-Ouest) et la nouvelle cuvée Bellouguet (à parts égales: vieille négrette et vieux cabernets; élevage de 18 mois dans le foudre autrichien mentionné ci-dessus). La négrette doit représenter au moins 50% de toute cuvée sollicitant l’appellation Fronton. ‘Folle noire‘ est un synonyme de négrette, cépage en effet réputé pour n’en faire qu’à sa tête, ce qui explique sans doute sa disparition progressive du paysage viticole. Sauf à Fronton où la négrette est tombée sur des vignerons aussi têtus qu’elle.

Je partage le déjeuner de mes hôtes, avant de filer au Domaine Le Roc.

Heureusement, 5 minutes suffisent pour quitter Villaudric et rejoindre l’avenue de Toulouse à Fronton. Néanmoins, il est presque 15 heures quand j’aperçois Cathy Ribes. Nous commençons par un échantillon de La Saignée 2012, dont la mise en bouteille est imminente. Un rosé fortement coloré, puissant, fait pour la table. Nous commençons la série des rouges par La Folle Noire d’Ambat, une bombe fruitée 100% négrette, en provenance directe -surprise- du terroir d’Ambat. Le Classique nous donne l’occasion de goûter deux millésimes très différents: 2009 (solaire et puissant) et 2010 (élégant et précis): je préfère le second. Don Quichotte est et reste une cuvée formidable, à l’exceptionnel rapport plaisir/prix. Entre-temps Frédéric Ribes nous a rejoints.

Naïvement, je demande si le Domaine n’a jamais envisagé d’élaborer un vin blanc. Sourire mystérieux chez Frédéric et Cathy s’éclipse un instant…pour revenir avec une bouteille de la cuvée Le Roc Blanc. Eh oui, Frédéric a planté une large gamme de cépages blancs, ‘juste pour voir’. Au final le choix s’est porté sur un assemblage de chardonnay et de sémillon, avec une touche de muscadelle et une pincée de viognier). C’est très bon, mais c’est épuisé, l’un expliquant l’autre. Je ne résiste pas au plaisir de citer l’étiquette: ‘véritable vin de table de France pour la table’.

Et maintenant ? Retour à La Colombière, vu que je suis parti en courant sans emmener les bouteilles que je destine aux prochaines dégustations. Ici aussi, un vin blanc est apparu dans la gamme, le Prunelard Blanc, du nom d’un vieux cépage local: une curiosité, née récemment par surgreffage de vieux pieds de négrette. Millésime MMXI.

Et encore une bulle rosée (joliment nommée Colombulle)…que je goûte d’un nez un peu distrait, à force de ne vouloir n’être en retard nulle part. Je quitte une deuxième fois les ‘vignerons amoureux’, leur souhaite une bonne semaine de vacances au ski et m’en vais reprendre la route de Gaillac et de Sénouillac, le coffre et l’âme remplis d’excellents vins.

Les vins sont en dégustation ce samedi 16 mars 2013. Ils peuvent être commandés jusqu’au mardi 19 mars, via ce lien.